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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>Croyance et d&#233;croissance</title>
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		<dc:creator>Michael SINGLETON</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#201;tymologiquement, rien de plus &#171; anecdotique &#187; que l'anthropologie. Car ce sont ses donn&#233;es de terrain &#171; in&#233;dites &#187; (an + ekdidonai : &#171; non publi&#233; &#187;), aux apparences anodines, qui inspirent et interpellent l'anthropologue quant &#224; ce que fut, est ou pourrait &#234;tre la logique humaine. Encore faut-il qu'il en ait cueilli ad rem &#8211; en l'occurrence sur les rapports entre &#171; technologie et (d&#233;)croissance &#187;. Or, cet anthropologue-ci n'est pas parti sur son terrain en 1969 enqu&#234;ter sur le mode de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;tymologiquement, rien de plus &#171; anecdotique &#187; que l'anthropologie. Car ce sont ses donn&#233;es de terrain &#171; in&#233;dites &#187; (&lt;i&gt;an + ekdidonai&lt;/i&gt; : &#171; non publi&#233; &#187;), aux apparences anodines, qui inspirent et interpellent l'anthropologue quant &#224; ce que fut, est ou pourrait &#234;tre la logique humaine. Encore faut-il qu'il en ait cueilli &lt;i&gt;ad rem&lt;/i&gt; &#8211; en l'occurrence sur les rapports entre &#171; technologie et (d&#233;)croissance &#187;. Or, cet anthropologue-ci n'est pas parti sur son terrain en 1969 enqu&#234;ter sur le mode de production mat&#233;riel de son peuple &#233;lu, les Wakonongo qui cultivaient sur br&#251;lis au fin fond de la brousse tanzanienne. Estimant que l'ethnologie pouvait contribuer &#224; mieux emballer le cadeau r&#233;v&#233;l&#233;, mes sup&#233;rieurs P&#232;res Blancs, apr&#232;s m'avoir fait faire une th&#232;se en philosophie, m'avaient envoy&#233; &#233;tudier l'anthropologie sociale &#224; Oxford aux pieds d'un Evans-Pritchard f&#233;ru de religiosit&#233; &#171; primitive &#187; et converti au catholicisme &#224; cause de la foi monoth&#233;iste de ses Nuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois install&#233; dans le hameau de Mapili, je harcelais mes interlocuteurs avec mes obsessions spiritualistico-symbolistes. N&#233;anmoins, ce qui para&#238;tra une obnubilation ethnocentrique &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante d'anthropologues (historico-mat&#233;rialistes avec un Harris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Harris, M. Cows, pigs, wars and witches : the riddle of culture, Glasgow, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou n&#233;omarxistes avec un Godelier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Godelier, M. Horizons, trajets marxistes en anthropologie, Paris, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ne tombait pas &#224; ce point comme un cheveu dans la soupe locale. Non pas que les Wakonongo sp&#233;culaient, en philosophes bantous, sur l'essence divine, la substance du monde ou la nature humaine. Le jeu de langage jou&#233; par une culture orale tourne autour de ce qu'il y a lieu de faire plus que de penser ; rempli de mots d'ordre et de proverbes et fait pour la conversation conviviale et des palabres conflictuelles, il tire du c&#244;t&#233; de la performativit&#233; pragmatique d'un Austin plus que de l'examen de l'en soi d'un Thomas d'Aquin. En effet, s'il y a quelque chose de techniquement productif chez les &#171; Primitifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la premi&#232;re et la derni&#232;re fois nous mettons des guillemets autour de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, c'est bien leur langue. &#171; Savoir &#187;, c'est &#171; pouvoir &#187;, et &#171; pouvoir &#187;, c'est &#171; parler &#187;. Ce que le Moderne m&#233;prise ou m&#233;prend comme la magie des mots, l'Ancien le prend et le comprend comme le pouvoir de la parole. Pour les Wakonongo, sans prononcer la formule activante agr&#233;&#233;e par les anc&#234;tres, la &lt;i&gt;materia medica&lt;/i&gt; o&#249; l'ethnopharmacologue savant s'acharne &#224; trouver des agents actifs restait une mati&#232;re aussi inerte qu'inutile. Un vieux chasseur konongo pr&#233;parait sous mes yeux un pi&#232;ge &#224; fourmilier glabre qui me paraissait pragmatiquement des plus performants. Mais, parmi les pr&#233;paratifs tout aussi indispensables que les n&#339;uds coulants, figurait le pou pris dans les cheveux d'un gamin et coinc&#233; dans une feuille par le pi&#233;geur qui proclamait que son &#339;uvre devrait se montrer tout aussi op&#233;rante. Ce geste, que nous cataloguons comme de la magie symbolique, jouissait pour l'int&#233;ress&#233; d'une efficacit&#233; tout aussi proprement sacramentelle que les paroles de cons&#233;cration productrices de la pr&#233;sence r&#233;elle. Si l'on peut parler de croissance technologique chez les Primitifs, c'est aussi en termes d'un discours d&#233;cisif qu'il faudrait parler. Parler aux plantes, par exemple, fait partie int&#233;grante des techniques horticoles des Primitifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que leurs morts ne revenaient pas les emb&#234;ter, les Wakonongo vivants ne creusaient pas leurs m&#233;ninges m&#233;taphysiques afin de savoir ce qu'ils pouvaient bien &#234;tre devenus ou &#224; quoi ils s'occupaient dans leur village ancestral. Ce dernier, qui ne se trouvait pas tr&#232;s loin et parfois sous terre, n'avait rien de tr&#232;s spirituel et encore moins de th&#233;ocentrique. La technologie qui permettait aux anc&#234;tres de survivre ne valait s&#251;rement pas mieux que celle employ&#233;e par leurs descendants pour subsister. Les Wakonongo ne cherchaient pas &#224; savoir ce que pouvait bien &#234;tre la sorcellerie &lt;i&gt;ut sic&lt;/i&gt; et en soi, mais comment r&#233;gler leurs comptes avec telle ou telle sorci&#232;re ? Ils ne s'int&#233;ressaient pas &#224; l'identit&#233; intrins&#232;que des esprits qui poss&#233;daient leurs femmes en permanence, mais uniquement &#224; la fa&#231;on d'en &#234;tre quitte &#224; bon compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; une premi&#232;re le&#231;on que je tire de ma participation anecdotique &#224; pas mal de proc&#232;s de sorcellerie et de s&#233;ances spirites. Si &#171; &#224; l'ethnocentrisme nul n'&#233;chappe &#187;, certaines ethnocentricit&#233;s sont plus excentriques que d'autres. Notre pr&#233;occupation (post)moderne avec &#171; la technologie et la (d&#233;)croissance &#187; ne devrait pas nous rendre aveugles &#224; l'essentiel : &#224; savoir que la plupart du temps, la plupart des cultures se sont davantage occup&#233;es de la gestion technique de l'humain que de la ma&#238;trise m&#233;canique du milieu mat&#233;riel. Une technologie sociale qui a pu &#234;tre plafonn&#233;e bien plus bas que les excroissances exag&#233;r&#233;es (telles que la royaut&#233; sacr&#233;e ou des technocraties pharaoniques) des civilisations qui se disent &#171; grandes &#187;. Faire de la technologie un genre et de l'&#233;thologique (apr&#232;s tout les animaux instrumentalisent des objets), de l'ethnographique (les Pr&#233;historiques et les Primitifs ont fabriqu&#233; des outils) et de l'historique (les grandes civilisations perfectionnent les acquis artisanaux) des sous-esp&#232;ces et des &#233;tapes provisoires, pourrait n'&#234;tre qu'un leurre. Si &#171; d&#233;veloppement &#187; rime avec &#171; occidentalisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Latouche, L'Occidentalisation du monde, La D&#233;couverte, 1989&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, en quoi &#171; technologie &#187; ne serait-elle pas synonyme de &#171; croissance &#187; ? Qui veut parler de tout et de n'importe quoi a int&#233;r&#234;t &#224; parler proprement. Or, &#224; proprement parler, la technologie comme la science n'ont pas lieu hors situation socio-historique bien sp&#233;cifique. Ici, comme partout ailleurs, il faut choisir, aussi bien philosophiquement que pratiquement, entre un &#171; fondamentalement la M&#234;me Chose qui s'&#233;panouit de mieux en mieux &#187; et une &#171; &#233;mergence de choses fonci&#232;rement irr&#233;ductibles qui naissent, croissent et meurent pour leur propre compte &#187;. Associant la technologie &#224; la satisfaction croissante de besoins purement naturels, l'esprit typiquement occidental, d'un c&#244;t&#233;, s'extasie devant l'ing&#233;niosit&#233; d'un pi&#232;ge &#224; rat sah&#233;lien &#8211; comme si, en gros, mais pour l'essentiel toutes les cultures avaient la m&#234;me id&#233;e de l'animalit&#233; &#8211; et, de l'autre s'&#233;merveille face &#224; la multiplicit&#233; des houes en Afrique, chacune adapt&#233;e &#224; des particularit&#233;s p&#233;dologiques, comme si toutes les cultures avaient affaire, pour finir, &#224; identiquement la m&#234;me terre transculturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous imaginons que La Technologie, du caillou dont se sert le singe pour casser des noix en passant par des haches en pierres de plus en plus polies, ne cesse de monter jusqu'&#224; nos marteaux informatis&#233;s, nous &#233;chapperons difficilement &#224; l'accusation d'un nombrilisme &#233;volutif, mais surtout nous ne nous poserons pas les bonnes questions. Car, si les hommes et surtout les femmes se sont content&#233;s pendant quelques millions d'ann&#233;es d'un outillage lithique des plus rudimentaires, il se pourrait que, vivant aussi abondamment que les Primitifs de Sahlins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marshall Salhins, &#194;ge pierre, &#226;ge d'abondance, Gallimard, 1976.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , ils n'&#233;prouvaient aucun besoin d'accro&#238;tre leur productivit&#233; et que, d'instinct, ils se rendaient compte qu'en am&#233;liorant la technique ils risquaient de se trouver (mais de ne plus se retrouver) dans des cultures plus ali&#233;nantes &#224; cause d'une division sexuelle du travail ou de l'appropriation par certains des fruits du labeur d'autrui. En effet, il serait extr&#234;mement &#233;quivoque d'attribuer l'absence de progr&#232;s technologique ou sa stagnation mill&#233;naire uniquement au caract&#232;re attard&#233; ou mystique de la mentalit&#233; primitive. La non-croissance peut tout aussi bien r&#233;sulter d'un Non ! &#224; la croissance que d'un manque d'imagination croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait que, m&#234;me en l'absence de l'esclavage qui justifiait l'indiff&#233;rence du Philosophe classique au progr&#232;s technologique, le Primitif ne s'est gu&#232;re pr&#233;occup&#233; de la croissance. Une fois mis sur une orbite de subsistance satisfaisante &#224; ses go&#251;ts, le Primitif se concentre sur le maintien vital de la vitesse de croisi&#232;re relationnelle. Que sont des mythes sur l'origine de la mort et donc de la sexualit&#233;, des l&#233;gendes sur le sort r&#233;serv&#233; aux &#171; enfants terribles &#187; qui bafouent l'ordre &#233;tabli, des syst&#232;mes de parent&#233; extr&#234;mement complexes, des rites de possession, des campagnes anti-sorciers, si ce n'est des hauts lieux de la haute technologie humaine ? Loi d'asym&#233;trie binaire oblige, il ne semble pas possible de mettre le paquet &#224; la fois sur l'humain et sur le non humain. L'absence de progr&#232;s technique chez l'autre pourrait r&#233;pondre &#224; la pr&#233;sence chez lui de ce qui fait d&#233;faut chez nous : une certaine &#233;quanimit&#233; &#233;quitable entre les hommes et un &#233;change &#233;quilibr&#233; certain entre le culturel et le naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas que tous les Primitifs ignorent le changement, m&#234;me technologique. C'est vrai que certains peuples, comme les Aborig&#232;nes d'Australie, se r&#233;f&#233;rant &#224; un Pass&#233; Parfait, mais toujours pr&#233;sent sous forme de pression paradigmatique, n'imaginent pas que le monde puisse cro&#238;tre ou d&#233;cro&#238;tre significativement. Par contre, le groupe linguistique bantou, auquel les Wakonongo appartiennent, parle de la transformation d'un mode de (re)production primordial &#171; chassecueillette &#187; en un mode de (re)production agricole qui, malgr&#233; son c&#244;t&#233; laborieux et p&#233;nible, paraissait aux int&#233;ress&#233;s moins pu&#233;ril et plus perfectionn&#233; que son pr&#233;d&#233;cesseur. Mais le mythe en question campe un point d'arriv&#233;e d&#233;finitif. Il ne pr&#233;voit plus de d&#233;veloppement technologique sensible et encore moins de croissance exponentielle. Tout est l&#224;. La question n'est pas tant &#171; de cro&#238;tre ou de ne pas cro&#238;tre &#187; que de cesser de cro&#238;tre une fois qu'on s'estime suffisamment combl&#233;. Si d&#233;j&#224; dans nos soci&#233;t&#233;s de croissance le commun des mortels ne cherche nullement &#224; s'engager dans une fuite en avant maximalisante, mais tend &#224; plafonner d&#232;s qu'il s'estime suffisamment heureux a &lt;i&gt;fortiori&lt;/i&gt; doit-on s'attendre &#224; ce que le Primitif n'ait pas f&#233;tichis&#233; des taux de croissance optimaux. Une fois assur&#233; le strict minimum vital gr&#226;ce &#224; un outillage &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;, il n'a jamais sembl&#233; utile &#224; des agriculteurs du genre bantou d'accro&#238;tre ind&#233;finiment quoi que ce soit &#8211; ni la productivit&#233; mat&#233;rielle par des incessantes innovations techniques ni le rendement humain par des excitants institutionnels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Crozier et Erhard Friedberg, L'Acteur et le syst&#232;me, Seuil, 1977.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pas besoin de croire &#224; la technologie quand on ne cro&#238;t tout simplement pas ! L'Afrique des Villages ne s'est pas arr&#234;t&#233;e &#224; mi-chemin entre la technologie n&#233;olithique et la technologie postmoderne, elle est descendue au terminus technologique qui lui permettait de rester ma&#238;tre de son destin local. Si, par exemple, elle ne s'est jamais lanc&#233;e dans la macro-ma&#238;trise de l'eau, c'est parce qu'elle n'a pas voulu tomber dans le pi&#232;ge hydraulique des civilisations citadines. Les m&#233;taphores qui conviennent le mieux au processus de la croissance ne sont pas organiques, mais physiques. Qui cro&#238;t ne grandit pas en se gonflant comme l'&lt;i&gt;homunculus&lt;/i&gt;, il passe par des paliers qui cassent un Tout pour le remplacer par un autre. Qui change d'&#233;chelle, change d'essence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Singleton, &#171; De l'espace local &#224; l'espace mondial : changement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et il y a des peuples, comme l'avait bien vu Clastres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Clastres, Recherches d'anthropologie politique, Le Seuil, 1980, p. 127.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui n'ont m&#234;me pas voulu mettre le pied sur le premier rang de l'&#233;chelle de la croissance sociopolitique, pour ne pas parler de celle de la productivit&#233; socio-&#233;conomique. Au lieu d'ob&#233;ir aveugl&#233;ment &#224; l'imp&#233;ratif technologique, &#171; ce qu'on peut faire on se doit de le faire &#187;, certaines cultures ont su s'arr&#234;ter &#224; temps, &#224; leur point nomm&#233;. En gros&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour le d&#233;tail on lira encore Leroi-Gourhan, Le Geste et la parole (2 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la technologie augmente le potentiel (re)productif &#224; la fois du dedans et du dehors des vivants. Mais, comme la plupart de ces derniers sont aussi redevables d'un corps social, le tout est que dans une situation socio-historique donn&#233;e, la croissance externe n'aboutisse pas &#224; une d&#233;croissance de la convivialit&#233; int&#233;rieure. Si les Canuts ont r&#233;sist&#233; &#224; des changements quantitatifs, c'est qu'ils mena&#231;aient la qualit&#233; de leur vie, toute m&#233;diocre qu'elle puisse nous para&#238;tre aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour j'ai surpris mon h&#244;te, le vieux Jakobo Kasalama, en train de terminer un tambour &#224; l'herminette. Sachant que je devais t&#244;t ou tard rentrer en Europe, je lui ai propos&#233; d'en r&#233;aliser une s&#233;rie que je revendrais ensuite pour lui via les Magasins du Monde, afin qu'il puisse r&#233;aliser l'un ou l'autre projet de d&#233;veloppement communautaire. &#201;bahi, il m'expliquait, comme s'il avait affaire &#224; un extraterrestre, que le tambour &#233;tait destin&#233; &#224; un vieil ami qui allait lui faire en retour cadeau d'un poulet et, qu'en attendant, il n'allait pas se fatiguer &#224; fabriquer des tambours &#224; tire-larigot pour des gens qu'il ne connaissait ni d'&#200;ve ni d'Adam ! Une belle le&#231;on d'une technologie non seulement au service de l'usage, mais du renforcement des liens humains. Au-del&#224; d'un seuil, vite atteint, la croissance technologique produit des objets purs et simples dont l'utilit&#233;, &#224; part de r&#233;troagir sur la croissance m&#234;me, n'est pas toujours, loin s'en faut, objectivement &#233;vidente. Avant d'atteindre ce seuil, ce type d'objet fait tout simplement d&#233;faut, laissant toute la place &#224; des projets porteurs de croissance socio-subjective. Forgeron &#224; ses heures aussi (des heures dict&#233;es par la demande ponctuelle et personnelle et aucunement par une offre permanente et anonyme), la seule croissance qui int&#233;ressait Jakobo et ses semblables, bien qu'obtenue par une certaine technologie, &#233;tait celle de la convivialit&#233; communautaire. Je veux bien que celui qui analyserait cette oblativit&#233; affich&#233;e en bourdieusien n'y verrait que de l'obligation inavou&#233;e. Mais, ayant v&#233;cu moi-m&#234;me cette dure n&#233;cessit&#233; faite pr&#233;tendument vertu, je ne suis pas persuad&#233; que la possibilit&#233; de profiter de la technologie pour sa seule croissance personnelle soit un luxe que le Primitif ne peut pas encore se permettre, faute de pouvoir compter en cas de p&#233;pin sur le SMIG ou une &#233;ventuelle allocation universelle. En effet, ayant travaill&#233; &#171; comme un n&#232;gre &#187;, c'est le cas de le dire, j'avais, gr&#226;ce &#224; la sueur de mon front et l'achat d'engrais chimique, cultiv&#233; un surplus de ma&#239;s que je comptais vendre pour montrer &#224; quel point l'effort acharn&#233;, appuy&#233; par des apports technologiques, pouvait &#234;tre profitable. Impressionn&#233;, le vieux Jakobo me congratula. Mais cela ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de remiser mon ma&#239;s dans le grenier collectif, qu'il g&#233;rait pour son clan selon les besoins de tout un chacun. Ce faisant, il me faisait comprendre que, malgr&#233; mon d&#233;sir de reproduire en pr&#234;tre paysan ce qu'avaient v&#233;cu les pr&#234;tres ouvriers en Europe, je n'avais pas &#224; trop travailler et surtout pas pour moi tout seul. Car, d'un c&#244;t&#233;, ma r&#233;ussite excessive risquait de susciter la jalousie sorci&#232;re (une crainte qui allait se concr&#233;tiser par mon &#171; invitation &#187; &#224; quitter la Tanzanie) et, de l'autre, au vu de ma contribution cons&#233;quente au bien &#234;tre commun, n'ayant plus rien &#224; craindre pour ma survie personnelle, un investissement croissant dans le na&#238;tre et &#234;tre bien communautaire profiterait davantage &#224; tout le monde. Cultiver la terre, c'&#233;tait bien, mais cultiver les rapports humains &#233;tait mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, c'est faute d'avoir compris que le choix local en faveur de la croissance sociale rendait certaines technologies inappropri&#233;es que je proposais des innovations techniques tout &#224; fait inappropriables. Et pourtant, Dieu sait si l'une de mes premi&#232;res initiatives me paraissait on ne saurait plus appropri&#233;e et appropriable. Il s'agissait d'un treuil manuel des plus rudimentaires. Fabriqu&#233; avec du mat&#233;riel de r&#233;cup&#233;ration, je l'avais install&#233; sur ce que, dans mon enthousiasme na&#239;f pour le socialisme ancestral, j'avais pris pour le puits du voisinage, alors qu'en fait, il appartenait &#224; un voisin qui n'appr&#233;ciait gu&#232;re cette confiscation de son bien pour une cause non seulement commune, mais de plus f&#233;minine. Car je voulais faciliter une corv&#233;e f&#233;minine &#224; laquelle, sans femme &#224; l'&#233;poque, j'&#233;tais astreint moi-m&#234;me. Une fois par jour, avec les adolescentes et jeunes &#233;pouses, je devais perdre un temps fou &#224; remplir un seau d'eau avec de vieilles bo&#238;tes de lait condens&#233; attach&#233;es &#224; des lani&#232;res en lamelles d'&#233;corce &#8211; pas la plus fiables des cordes ! Les vieux m'avaient averti : quoi qu'il en soit des femmes blanches, les leurs, peu fut&#233;es, ne sauraient pas se servir m&#234;me d'un &#171; m&#233;canisme &#187; aussi &#233;l&#233;mentaire que mes b&#251;ches boulonn&#233;es en tambour autour d'une manivelle en fer. Et de fait, jour apr&#232;s jour on venait m'informer que le sceau que j'avais financ&#233; &#233;tait tomb&#233; au fond du puits, que la cha&#238;ne que j'avais achet&#233;e &#233;tait entortill&#233;e autour d'un des tr&#233;teaux qui supportaient le tambour, que malmen&#233;, le tout risquait de s'&#233;crouler... Patiemment, je remettais le machin en ordre de marche, en essayant d'expliquer son fonctionnement... jusqu'au moment o&#249; un septi&#232;me sens sociologique est venu &#224; ma rescousse : si les jeunes femmes sabotaient, consciemment ou inconsciemment, mon puits, c'&#233;tait qu'il hypoth&#233;quait une technologie encore plus appropri&#233;e &#224; leur condition f&#233;minine. Les Wakonongo pratiquant le mariage viriou plut&#244;t patrilocal, les filles &#233;taient arrach&#233;es &#224; leur foyer parental et amen&#233;es &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; jusqu'&#224; la concession de leur beau p&#232;re o&#249;, jusqu'au moment o&#249; elles avaient enfant&#233;, elles vivaient une vie que certaines estimeraient d'esclave. N'exag&#233;rons rien ! Mais il n'emp&#234;che que le seul moment de la journ&#233;e o&#249; elles pouvaient &#233;changer des nouvelles et recharger leurs batteries, &#233;tait celui o&#249; elles perdaient du temps lors de la corv&#233;e de l'eau. Plut&#244;t que de les faire cro&#238;tre &#224; ma fa&#231;on (reproduisant en Afrique les effets pervers de l'abolition des lavoirs et l'introduction des machines &#224; lessiver&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Y. Verdier, Fa&#231;ons de dire, fa&#231;ons de faire, Paris, Gallimard, 1979.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; payer quelqu'un pour m'apporter de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi la pl&#233;thore de projets de d&#233;veloppement &#224; base de technologies que j'estimais des plus appropri&#233;es, ne serait-ce qu'&#224; cause de la beaut&#233; de leur petitesse, mais dont aucun n'a atteint son but (ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; les Wakonongo d'en faire des moyens pour r&#233;aliser leurs propres fins&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Singleton, Critique de l'ethnocentrisme, Parangon, 2004.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), je ne mentionnerai que le premier. &#192; peine &#233;tabli &#224; Mapili, je voyais mon voisin, jeune (re) mari&#233;, perdre le temps qu'il aurait pu consacrer au cash &lt;i&gt;crop local&lt;/i&gt; (le tabac), &#224; remettre du chaume sur sa case en pr&#233;vision de la saison des pluies. &#171; Je dois repartir prochainement &#224; Tabora, rechercher mes effets &#187; lui ai-je dit, &#171; mais je pourrais aussi te ramener de la t&#244;le ondul&#233;e, comme &#231;a tu en seras d&#233;finitivement quitte de cette besogne annuelle &#187;. &#171; Excellente id&#233;e &#187;, m'a t-il imm&#233;diatement r&#233;pliqu&#233;, ajoutant qu'il avait de quoi me payer. Mais litt&#233;ralement dans la minute il &#233;tait de retour pour m'annoncer qu'il y renon&#231;ait, car si lui, jeune, osait &#234;tre le premier de la communaut&#233; &#224; se faire un toit en t&#244;le, alors les vieux, par jalousie, enverraient de nuit une hy&#232;ne myst&#233;rieuse d&#233;vorer les tripes de sa femme et ses enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;&#231;u par le faux bond d'un voisin que j'esp&#233;rais transformer en levain de croissance, je me rappelle avoir not&#233; dans mes cahiers ce &#171; bon &#187; exemple de la stupidit&#233; superstitieuse comme obstacle au d&#233;veloppement. Ce n'est que dix ans plus tard (apr&#232;s la crise des ann&#233;es 1970 qui allait nous faire soup&#231;onner que le d&#233;veloppement, loin d'&#234;tre la Fin imminente du monde en signale la fin immanente) que je me suis rendu compte de la sagesse des structures responsables du refus de la t&#244;le : la sorcellerie comme s&#233;curit&#233; sociale ! Personne n'aura de la t&#244;le si ce n'est &#224; partir du moment o&#249; tout le monde pourra se la permettre. Quand, au-del&#224; de la solidarit&#233; oblig&#233;e de la famille &#233;tendue, rien (ni un &#201;tat provident ni assurances priv&#233;es) ne garantit la justice distributive, permettre la croissance individuelle serait collectivement kamikaze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que retenir en d&#233;finitive de cet &#233;chantillonnage v&#233;cu d'impossibles transferts interculturels de technologies, m&#234;me appropri&#233;es ? D'abord, qu'une technique ni ne na&#238;t ni ne cro&#238;t en innocence de toute cause culturelle. &#192; l'instar de mes anc&#234;tres Luddites, les Wakonongo, m&#234;me &#224; l'insu de leur plein gr&#233;, ne voulaient rien savoir d'une croissance aux co&#251;ts cach&#233;s conjoncturellement d&#233;shumanisants. Ensuite, et plus profond&#233;ment, qu'aussi bien la technologie que la croissance ne sont pas des r&#233;alit&#233;s &#171; naturelles &#187;, plus ou moins bien incultur&#233;es apr&#232;s coup, mais sont, d'embl&#233;e et d'office, des projets culturels (re)producteurs d'un Projet Global qui a pour nom propre une certaine occidentalisation du monde. Enfin, que la croissance technologique pr&#233;vue par le Projet en question est une contradiction dans les termes... au moins biologiques. Car, si le Primitif ne croit pas &#224; une croissance exponentielle c'est que son &#171; animisme &#187; lui fait savoir que tout ce qui est anim&#233; ou dot&#233; d'une identit&#233; intentionnelle, des cailloux aux esprits en passant par les plantes, les animaux et les humains, ne na&#238;t et ne cro&#238;t que pour d&#233;cro&#238;tre ou mourir d&#233;finitivement. Si, en principe, toute croissance est mortelle, en pratique, une seule est l&#233;tale &#8211; celle d'une technologie sans fin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Harris, M. &lt;i&gt;Cows, pigs, wars and witches : the riddle of culture&lt;/i&gt;, Glasgow, Fontana, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Godelier, M. &lt;i&gt;Horizons, trajets marxistes en anthropologie&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour la premi&#232;re et la derni&#232;re fois nous mettons des guillemets autour de ce terme qui indique un id&#233;al-type, mais que le mat&#233;riel monographique illustrerait de pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Latouche, &lt;i&gt;L'Occidentalisation du monde&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 1989&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marshall Salhins, &lt;i&gt;&#194;ge pierre, &#226;ge d'abondance&lt;/i&gt;, Gallimard, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Crozier et Erhard Friedberg, &lt;i&gt;L'Acteur et le syst&#232;me&lt;/i&gt;, Seuil, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Singleton, &#171; De l'espace local &#224; l'espace mondial : changement d'&#233;chelle ou changement d'essence ? &#187;, chap. VI, in &lt;i&gt;L'&#201;thique de l'espace politique mondial-m&#233;tissages disciplinaires&lt;/i&gt;, sous la dir. de K-L. Giesen, Bruxelles, Bruylant, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Clastres, &lt;i&gt;Recherches d'anthropologie politique&lt;/i&gt;, Le Seuil, 1980, p. 127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour le d&#233;tail on lira encore Leroi-Gourhan, &lt;i&gt;Le Geste et la parole&lt;/i&gt; (2 vols.), Albin Michel, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Y. Verdier, &lt;i&gt;Fa&#231;ons de dire, fa&#231;ons de faire&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Singleton, &lt;i&gt;Critique de l'ethnocentrisme&lt;/i&gt;, Parangon, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le co&#251;t cach&#233; de la d&#233;croissance</title>
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		<dc:date>2012-01-07T23:12:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael SINGLETON</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#8230; O&#249; tout est m&#233;taphore, la d&#233;croissance incluse Depuis que Ric&#339;ur dans La M&#233;taphore vive (1997) a &#233;tabli le caract&#232;re primordial du discours m&#233;taphorique, le probl&#232;me pour un discoureur para&#238;t n'&#234;tre que l'invention vitale et le maintien en vie de la vivacit&#233; d'une m&#233;taphore. Il se pourrait, n&#233;anmoins, que la vitalit&#233; communicative d&#233;pende autant, sinon plus, des conditions de vie d'un esprit vif que de son g&#233;nie cong&#233;nital. La m&#233;taphore de la d&#233;croissance prend le contre-pied de celle de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;N&#176; 1 - D&#233;croissance et Politique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; O&#249; tout est m&#233;taphore, la d&#233;croissance incluse&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Depuis que Ric&#339;ur dans &lt;i&gt;La M&#233;taphore vive&lt;/i&gt; (1997) a &#233;tabli le caract&#232;re primordial du discours m&#233;taphorique, le probl&#232;me pour un discoureur para&#238;t n'&#234;tre que l'invention vitale et le maintien en vie de la vivacit&#233; d'une m&#233;taphore. Il se pourrait, n&#233;anmoins, que la vitalit&#233; communicative d&#233;pende autant, sinon plus, des conditions de vie d'un esprit vif que de son g&#233;nie cong&#233;nital. La m&#233;taphore de la d&#233;croissance prend le contre-pied de celle de la croissance, qui prend pied dans la r&#233;alit&#233; biologique. Elles sont principalement d'ordre &#233;conomique et &#233;ventuellement socio-&#233;conomique. On voit mal comment cro&#238;tre esth&#233;tiquement &#8211; en quoi le mur de la Chapelle Sixtine est-il plus avanc&#233; que les parois de Lascaux ? Et l'on aurait du mal &#224; d&#233;cro&#238;tre &#233;thiquement &#8211; n'en d&#233;plaise aux esprits chagrins, l'absence croissante de mariages ne peut gu&#232;re &#234;tre identifi&#233;e &#224; une rechute dans une pr&#233;tendue promiscuit&#233; primitive suite &#224; l'apog&#233;e suppos&#233; de la monogamie. &#192; un certain moment, quelque part, quelqu'un, sans doute un &#233;conomiste, a d&#251; op&#233;rer le transfert du r&#233;el biologique vers le r&#233;el &#233;conomique. C'est dire que cet individu inspir&#233; n'a pu recevoir son inspiration que dans une situation socio-historiquement bien sp&#233;cifique &#8211; entre autres celle d'apr&#232;s la naissance de l'&#233;conomique &#224; proprement parler. C'est dire surtout que non seulement le litt&#233;raire, mais le sociologue de la connaissance aurait son mot &#224; dire dans l'articulation du Projet de la D&#233;croissance. Une m&#233;taphore donn&#233;e ne vient pas &#224; l'esprit de n'importe qui, mais uniquement &#224; quelqu'un de bien plac&#233; pour l'inventer et cette m&#234;me m&#233;taphore, loin de jouir d'une plausibilit&#233; universelle, ne peut avoir qu'une port&#233;e limit&#233;e. C'est du moins la question que se pose l'anthropologue : quels sont le lieu et le non-lieu du langage ainsi que la logique de la d&#233;croissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'y r&#233;pondre en termes de logique sociale, un petit mot philosophique s'impose du c&#244;t&#233; du langage culturel. Dire de quelqu'un qu'&#171; il joue divinement du piano &#187; suppose, en plus de l'existence de l'instrument en question, celle de Dieu lui-m&#234;me. D'un point de vue m&#233;taphysique donc, le m&#233;canisme m&#233;taphorique implique un r&#233;el de r&#233;f&#233;rence et son rapport &#224; autre chose &#224; cause d'un apport pr&#233;sum&#233; du premier au second. L'&#233;tymologie m&#234;me du terme indique cette affirmation &#8211; le grec &lt;i&gt;metaphorein&lt;/i&gt; signifiant transf&#233;rer (&lt;i&gt;transferre&lt;/i&gt; en latin) ou (r)apporter &#8211; et justifie le rapprochement entre m&#233;taphore et analogie. N'entrons pas trop loin dans le d&#233;bat ontologique &#8211; si le r&#233;el &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; relationnel, alors la r&#233;alit&#233; d'un en soi qui ne &lt;i&gt;serait&lt;/i&gt; pas d'embl&#233;e m&#233;taphorique, ou rapport&#233;e &#224; autre que lui-m&#234;me, constituerait une illusion d'optique &#8211; faisons comme s'il y avait un point de d&#233;part (l'&lt;i&gt;analogatum princeps&lt;/i&gt; des scolastiques &#8211; &#171; Dieu &#187; dans notre exemple) et un point d'arriv&#233;e (le pianiste) auquel on arrive gr&#226;ce &#224; une ampliation analogique (&#171; il joue divinement &#187;). Notons d'abord qu'il n'est pas n&#233;cessaire que la r&#233;alit&#233; initiale soit substantiellement et significativement sup&#233;rieure &#224; celle mise en parall&#232;le. Un splendide coucher de soleil l'emporte sur le simple fait d'aller au lit ! Ce qu'il faut retenir, c'est que le transfert de sens ou l'assimilation analogique se fait au vu d'une ressemblance, sans doute plausible pour ceux qui la postulent, mais ne peut jamais se faire en fonction d'une impossible identit&#233; &#224; l'identique. (C'est cette impossibilit&#233;, d'ailleurs, qui rend &#233;quivoque toute identification autre que conventionnelle entre individus m&#234;me d'une &#171; esp&#232;ce &#187; suppos&#233;e commune : c'est parce que nous le voulons bien en Occident, et depuis peu, et non pas parce que nous aurions une nature identique que nous nous traitons entre nous d'hommes &#8211; et non pas d'animaux &#8211; aux droits &#171; essentiellement &#187; &#233;gaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Singleton &#171; L'animal autre &#187;, in Entre l'Homme et l'Animal une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute &#233;vidence empirique, la m&#233;taphore &#233;conomique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale ce sont les secteurs dominants d'une soci&#233;t&#233; qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la d&#233;croissance s'enracine dans l'&#233;mergence, l'essor et l'extinction d'un &#233;l&#233;ment vital (v&#233;g&#233;tal ou animal). L'alignement analogique des ph&#233;nom&#232;nes biologique et &#233;conomique nous appara&#238;t acceptable &#224; cause, comme l'aurait dit Wittgenstein, d'un &#171; air de famille &#187; d&#233;termin&#233;, justement &#171; en famille culturelle &#187;. En effet, quittant le haut lieu de l'onto-&#233;pist&#233;mologie, lieu commun &#224; n'importe quel esprit humain, pour nous rapprocher des hommes ayant exist&#233; ou existants, nous sommes confront&#233;s &#224; une multiplicit&#233; de milieux culturellement incompressibles. &#192; ce &#171; bas &#187; niveau, la cr&#233;dibilit&#233; des transferts des particuliers vers des casiers conventionnels de rangement rel&#232;ve de raisonnements socio-historiquement situ&#233;s et non pas des &#233;l&#233;ments essentiels que les choses ainsi regroup&#233;es poss&#233;deraient d'elles-m&#234;mes. En l'absence de toute similarit&#233; substantielle, c'est le caract&#232;re culturellement conditionn&#233; des rapprochements entre des r&#233;alit&#233;s singuli&#232;rement distinctes qui rend la cr&#233;ation et le choix de telle ou telle m&#233;taphore plus qu'une simple question de spontan&#233;it&#233; spirituelle. M&#234;me s'ils (re)connaissaient des chefs en bonne et due forme politique, il ne viendrait jamais &#224; l'esprit des cultivateurs de tubercules de se prendre pour les brebis d'un pasteur divinement agr&#233;&#233; &#8211; cette image hi&#233;ratico-hi&#233;rarchique, aux effets pervers d'inf&#233;odation infantilisante, ne peut avoir lieu qu'aupr&#232;s des c&#233;r&#233;aliculteurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Haudricourt, A-G. &#171; Domestication des animaux, culture des plantes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les m&#233;taphores vont main dans la main avec des modes de production et de reproduction. Chez les Trobriandais de Malinowski, qui disaient ignorer aussi bien le terme que la r&#233;alit&#233; de la paternit&#233;, toute naissance &#233;tant virginale, le message m&#233;taphorique de la Vierge Marie passait comme une lettre &#224; la poste, l&#224; o&#249; l'analogie d'un Dieu P&#232;re restait lettre morte. Cultivant sur br&#251;lis, mes Wakonongo de la Tanzanie profonde, en v&#233;ritables nomades, savaient en gros d'o&#249; ils &#233;taient venus, mais ignoraient en d&#233;tail o&#249; ils allaient se retrouver d'ici quelques ann&#233;es. D'o&#249; l'absence chez eux d'un discours bien fourni sur le Commencement cr&#233;&#233; ou la Fin apocalyptique du Monde, compens&#233; par la pr&#233;valence d'un parler s'adressant au pr&#233;sent. Impossible donc, avant qu'ils ne (se) soient s&#233;dentaris&#233;s de leur faire miroiter la possibilit&#233; d'un monde tout autre, croissant ou d&#233;croissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'une m&#233;taphore ne tombe pas du ciel indistinctement sur tout le monde, mais monte d'un terroir bien particulier, limite d'office l'aire o&#249; elle sera prise pour monnaie courante. &#192; moins d'identifier la Postmodernit&#233; au Sens m&#234;me de l'Histoire, voire d'y voir la Fin de cette m&#234;me Histoire, le langage et la logique m&#233;taphoriques de la d&#233;croissance ne peuvent avoir lieu que dans notre milieu postmoderne. Si l'esperanto &#233;choue sur l'&#233;cueil de l'inexistence d'un lieu essentiellement commun, peut-on esp&#233;rer inventer une m&#233;taphore universelle ? Cette impossible mondialisation d'un imaginaire m&#233;rite qu'on s'y attarde l'espace de quelques paragraphes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; O&#249; il y a m&#233;taphore et m&#233;taphore&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Montant &#224; l'assaut, un jour de l'an 1500, et essuyant une pluie de hallebardes au milieu d'une drache monumentale, le lansquenet qui hurlait qu'il en pleuvait aussi inventa, peut-&#234;tre sur le point de mourir, une m&#233;taphore bien vivante. Mais, de nos jours, l'expression est devenue un clich&#233; &#8211; &#224; la limite incompr&#233;hensible pour ceux qui n'ont jamais eu une hallebarde en t&#234;te, et encore moins en main. D&#233;sormais, invention de la mitrailleuse oblige, on parlera spontan&#233;ment d'une &#171; pluie de balles &#187;. Par contre, qui se proclame actuellement &#171; objecteur de croissance &#187; ne peut que frapper des esprits &#8211; du moins ceux qui ont connu le service militaire obligatoire et qui ne soup&#231;onnent pas une faute de frappe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que s'il n'y a &#171; Rien Hors Culture(s) &#187;, a fortiori les m&#233;taphores ne peuvent-elles avoir lieu qu'au-dedans de p&#233;riodes bien d&#233;limit&#233;es. L'esp&#233;rance de vie d'une m&#233;taphore aurait beau &#234;tre difficile &#224; calculer, aucune ne peut esp&#233;rer vivre pour toujours. Les th&#233;ologiens, du moins les plus avertis, furent parmi les premiers &#224; s'&#234;tre heurt&#233;s aux limites du discours m&#233;taphorique et donc du parler humain tout court. En amateur de th&#233;ologie, il m'est arriv&#233; aussi de vivre &#224; la fois la mort liturgique de certaines m&#233;taphores et le caract&#232;re mortel de certaines m&#233;taphores dogmatiques. Les lutteurs de l'Antiquit&#233; s'enduisant d'huile pour mieux r&#233;sister aux prises de leurs adversaires, les premiers chr&#233;tiens comprenaient d'office que l'onction sacramentelle symbolisait leur blindage contre les griffes de Satan. Mais quand j'ai eu l'occasion de demander &#224; une cinquantaine de s&#233;minaristes allemands &#224; Trier en 1964 avec quoi ils associaient imm&#233;diatement le mot &lt;i&gt;Ol&lt;/i&gt; (&#171; huile &#187;), leurs r&#233;ponses ciblaient &#224; 100 % l'huile pour moteur ou pour des salades ! Une v&#233;ritable r&#233;forme liturgique passerait par le renouvellement m&#233;taphorique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, la mort de certaines expressions rituelles n'aboutit qu'&#224; du ritualisme pur, l&#224; o&#249; la transformation de certaines images &#171; r&#233;v&#233;l&#233;es &#187; en id&#233;es &#171; raisonn&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les guillemets font &#233;cho, d'un c&#244;t&#233;, au caract&#232;re inspir&#233; de toute m&#233;taphore (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; produit souvent des cons&#233;quences catastrophiques. M&#233;tamorphoser une m&#233;taphore en m&#233;taphysique, et bonjour les d&#233;g&#226;ts &#8211; aussi bien sacr&#233;s que profanes ! Car aux dogmes substantiels de la Religion correspondent les doctrines essentielles de la Raison. Devenu V&#233;rit&#233; absolue, le Destin aveugle n'est pas moins d&#233;l&#233;t&#232;re que l'&lt;i&gt;Intelligent Design&lt;/i&gt; qu'il voudrait &#233;vincer. Le tout est de ne pas perdre de vue le caract&#232;re relationnel de tout. Cette dualit&#233; primordiale est camp&#233;e par des termes qui impliquent des rapports entre deux r&#233;alit&#233;s, ce qui, sans les rendre synonymes, fait du symbolique et du m&#233;taphorique des combattants pour la m&#234;me cause philosophique. En effet, du moins &#233;tymologiquement, est &#171; symbolique &#187; ce qui se trouve d'embl&#233;e et d'office &#171; jet&#233; avec autre chose &#187;. Qui objective un symbole comme un en-soi substantiel qui ne devient symbolique qu'accidentellement n'aurait rien compris &#224; la relativit&#233; primordiale qui l'identifie intrins&#232;quement. Un symbole n'existe pas d'abord dans toute sa splendeur substantiellement solipsiste pour se trouver transf&#233;r&#233; apr&#232;s coup vers autre chose de tout aussi intrins&#232;quement ind&#233;pendant, il est &lt;i&gt;ab ovo&lt;/i&gt; &#171; m&#233;taphore &#187; ou &#171; transfert &#187;. N&#233;anmoins, en d&#233;finissant ainsi le ph&#233;nom&#232;ne symbolique comme fondamentalement un &#171; (r) apport (er) &#224; &#187;, reste &#224; franchir une &#233;tape cruciale : avec quoi un symbole est-il &#171; pro-jet&#233; &#187; &#8211; une entit&#233; essentielle ou une exp&#233;rience existentielle ? Suite &#224; mon implication profonde dans des ph&#233;nom&#232;nes de possession en Afrique (charg&#233; d'&#226;mes &#224; l'&#233;poque, je devais m'y engager en pasteur et pas seulement m'y int&#233;resser en anthropologue), je me trouvais &#224; une crois&#233;e de chemins. D'un c&#244;t&#233;, je pouvais m'embarquer dans une escalade essentialiste et r&#233;f&#233;rer les r&#233;alit&#233;s auxquelles j'avais affaire aux monstres m&#233;taphysiques que le Moyen-&#194;ge avait extraits des m&#233;taphores bibliques. Je n'aurais pas &#233;t&#233; le seul, loin s'en faut, &#224; voir dans les d&#233;mons pa&#239;ens des simulacres simplistes et sauvages des diables scolastiques, ni, en philosophe p&#233;renne, &#224; identifier dans ces figures populaires, de &#171; purs &#187; esprits, essentiellement et &#233;ternellement mauvais. De l'autre, je pouvais m'efforcer d'&#233;pouser d'aussi pr&#232;s que possible les &#233;paisseurs empiriques qui, de toute &#233;vidence ethnographique, n'exprimaient que (mais de mani&#232;re proprement sacramentelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire non seulement parlaient de probl&#232;mes interg&#233;n&#233;rationnels ou &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) des situations de &#171; simple &#187; stress humain telles que le conflit interg&#233;n&#233;rationnel ou la tension au sein d'un foyer polygame &#8211; le type m&#234;me de mati&#232;re auquel ces esprits s'adressaient. Ployant sous le poids de la plausibilit&#233; ph&#233;nom&#233;nologique et me servant du rasoir d'Ockham, qui incite &#224; ne pas multiplier les entit&#233;s explicatives au-del&#224; du strict n&#233;cessaire positif, j'ai conclu th&#233;oriquement et pratiquement (car j'avais parfois l'occasion de les exorciser) que les esprits en question n'avaient rien de bien spirituel et tout d'une personnification. &#171; Personnification &#187; &#8211; &lt;i&gt;persona facere&lt;/i&gt; : &#224; la lettre, les poss&#233;d&#233;es et les leurs se faisaient des mod&#232;les personnels pour faire face &#224; des drames interpersonnels. Au-del&#224; du minimum de traits individuels, tels qu'intelligence et volont&#233; qui permettaient d'entrer et d'entretenir des relations avec eux, personne ne cherchait &#224; savoir ce que les &#171; esprits &#187; &#233;taient en et pour eux-m&#234;mes. Je n'avais pas &#224; nier l'existence des entit&#233;s substantiellement immat&#233;rielles de la philosophie p&#233;renne ou de la th&#233;ologie (n&#233;o)thomiste. Tout en soup&#231;onnant qu'une Foi aveugle dans des entit&#233;s gratuites aurait peu de raisons d'&#234;tre, j'avais tout simplement &#224; signaler leur non-pertinence &#224; la conceptualisation et &#224; la gestion des ph&#233;nom&#232;nes africains. Qui aborde les &#233;vidences &#233;vang&#233;liques en ethnologue ne peut que soup&#231;onner &#224; son tour que le langage m&#233;taphorique de J&#233;sus l'exorciste gagnerait en cr&#233;dibilit&#233; s'il &#233;tait transf&#233;r&#233; vers le simple v&#233;cu quotidien plut&#244;t que vers le con&#231;u compliqu&#233; du concile de Trente ou ses candides expressions cat&#233;chistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quid de &#171; l'essentiel &#187; de la d&#233;croissance ? Une substance singuli&#232;rement significative derri&#232;re un tas d'apparences accidentelles ou une pl&#233;thore de ph&#233;nom&#232;nes l&#233;gitimement labellis&#233;e pour les besoins d'une cause cr&#233;dible ? Un noyau naturellement dur ou un &#233;v&#233;nementiel permanent ? Une hypostase f&#233;tichis&#233;e, dot&#233;e d'une intentionnalit&#233; aussi ind&#233;pendante qu'intrins&#232;que ou une g&#233;n&#233;ralisation abstraite, un casier de rangement jouissant au mieux d'une certaine port&#233;e heuristique ? Une mati&#232;re ou une m&#233;taphore ? Une description objective ou un projet symbolique ? &lt;i&gt;In principiis obstat&lt;/i&gt; : si l'on ne fait pas attention, la D&#233;croissance finira par faire figure d'Une Singularit&#233; tout aussi substantielle que la Croissance, la Cause unique et inique de tous nos malheurs&#8230; et la dualit&#233; m&#233;taphysique se transformerait en un &#171; duellisme &#187; manich&#233;en : l'Empire du Bien versus l'Emprise du Mal. Pour se faire comprendre et activer les &#233;nergies, il faut sans doute m&#233;tamorphoser une multitude de processus particuliers en une seule m&#233;taphore vitale. Mais si ce transfert simplificateur venait &#224; bout de la complexit&#233; incompressible du v&#233;cu, le rationalisme r&#233;ducteur serait de retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on ne veut pas que la d&#233;croissance, par analyse abstractive, s'&#233;vanouisse pour l'essentiel, &#224; l'instar de la nature divine, il s'agit, lors de la bifurcation primordiale, d'emprunter le bon embranchement &#8211; celui du cheminement m&#233;taphorique &#8211; plut&#244;t que le cul-de-sac m&#233;taphysique. Complexe, le chemin de la d&#233;croissance ne constitue pas &lt;i&gt;&#171; the one best way &#187;&lt;/i&gt;. Raisonnable, pav&#233; de cas concrets, la raison qui lui convient le mieux est celle de la prudence, ou &lt;i&gt;phronesis&lt;/i&gt; des Anciens, revisit&#233;e de notre vivant entre autres par un Latouche. Il ne s'agit pas de renoncer &#224; toute carte conceptuelle, mais, justement, de reconna&#238;tre le c&#244;t&#233; relativement irr&#233;el des abstractions graphiques face &#224; la r&#233;alit&#233; des cheminements concrets. La d&#233;croissance aura beau faire partie philosophique d'un Tout th&#233;orique, pour finir il faut surtout l'en&lt;i&gt;visager&lt;/i&gt; comme la r&#233;ponse &#224; une interpellation Infinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cl&#244;turons non pas sur une note d'exclamation, mais d'interrogation : o&#249; veut-on, o&#249; peut-on en venir avec ce genre d'exorde d&#233;clamatoire ? En relativisant une certaine onto-&#233;pist&#233;mologie occidentale dont le caract&#232;re abstractif et anonyme induit l'illusion d'un universalisme univoque, il ne peut pas s'agir &#233;videmment de baliser une sortie d&#233;cisive vers une quelconque absolutisation d&#233;finitive de la m&#233;taphore vive, du t&#233;moignage personnel ou de la responsabilit&#233; engag&#233;e. Puisqu'&#224; l'ethnocentrisme personne n'&#233;chappe, sa critique ne peut aboutir qu'&#224; sa version critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre d'Ethnocentrisme critique ayant &#233;t&#233; &#233;tant jug&#233; trop cod&#233;, j'ai d&#251; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; un ethnocentrisme qui s'assume en amont de celui qui s'ignore et, par le fait m&#234;me, s'imagine hors culture. Sur le chemin de l'avenir, l'esprit nomade sait qu'il ne peut que passer d'une culture &#224; une autre. Il ne s'attend nullement &#224; aboutir en fin de parcours &#224; un terminus transculturel. En attendant, dans la mesure o&#249; sa r&#233;ification a fait perdre (mais en apparence seulement) &#224; la croissance son statut m&#233;taphorique et donc son rapport &#224; l'Occident, il esp&#232;re que la m&#233;taphore vive de la d&#233;croissance facilitera notre transfert en un lieu plus convivial pour tout le monde et le monde tout court. La d&#233;croissance, tout en ne pouvant ni na&#238;tre ni &#234;tre que comme ph&#233;nom&#232;ne culturel, n'est pas tant une contre- qu'une autre culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; O&#249; la croissance co&#251;te trop cher, mais o&#249; le prix de la d&#233;croissance est loin d'&#234;tre gratuit&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;N&#233;anmoins, en faisant de la d&#233;croissance une m&#233;taphore parmi d'autres, nous n'avons pas encore fait grand-chose de bien concret. Il ne faut pas &#234;tre grand clerc pour reconna&#238;tre que la production m&#233;taphorique rel&#232;ve &#224; la fois des conditions externes et de l'inspiration idiosyncrasique. L&#224; o&#249; il n'y a que deux saisons, la s&#232;che et la pluvieuse, on ne trouvera pas la m&#233;taphore des quatre. Si on la trouve dans le domaine p&#233;dagogique, c'est que Comenius a pens&#233; pouvoir comparer les &#233;tapes de la formation &#224; nos rythmes saisonniers. Mais sans minimiser le poids des consid&#233;rations de circonstance et de caract&#232;re, le sociologique est particuli&#232;rement sensible &#224; l'impact du milieu. Pour lui, une intuition g&#233;niale fait &#233;cho &#224; une insertion sociale. Selon le litt&#233;raire, il y a m&#233;taphore vive et m&#233;taphore morte selon le degr&#233; d'inspiration d'un auteur. Aux yeux du sociologue, il y a m&#233;taphore marginale et m&#233;taphore centrale en fonction de la localisation d'un locuteur. Il y a non seulement des m&#233;taphores typiquement f&#233;minines, mais des m&#233;taphores propres aux femmes bourgeoises. La d&#233;croissance aura beau vouloir prendre le contre-pied de la croissance, les deux images prennent pied dans un lieu inf&#233;od&#233; &#224; un imaginaire organique. Emanant d'un milieu certes conceptuellement critique, mais mat&#233;riellement privil&#233;gi&#233;, la d&#233;croissance fait plus figure d'une m&#233;taphore &#171; d&#233;volutionnaire &#187; que r&#233;volutionnaire. C'est du moins l'hypoth&#232;se qui vient spontan&#233;ment &#224; l'esprit d'un sociologue de la connaissance. La version radicale de cette sociologie-l&#224; ne se contente pas de camper les conditions qui affecteraient du dehors des savoirs qui seraient substantiellement ind&#233;pendants de leurs &#233;ventuels accidents de parcours, elle pr&#233;tend que tout savoir est fondamentalement une fabrication socio-historique. Si d&#233;j&#224; la Science, pour un Latour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Science en action. Paris, Gallimard, 1995&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est pas seulement sujette accessoirement &#224; des ph&#233;nom&#232;nes sociaux (comme le prestige du scientifique ou l'allocation politis&#233;e des subsides), mais est elle-m&#234;me essentiellement un fait (&lt;i&gt;factum&lt;/i&gt;) social (&#171; total &#187; ajouterait un Mauss), alors a fortiori peut-on penser que la mouvance de la d&#233;croissance ne peut avoir lieu que dans un site propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hypoth&#232;se d'une in&#233;luctable localisation sp&#233;cifique n'est qu'une approche et aucunement un reproche ! S'il y a autant de mentalit&#233;s que de milieux, si des lieux, des logiques et des langages forment des Touts relativement &#233;tanches et donc en (grande) partie mutuellement imperm&#233;ables, la d&#233;croissance comporterait in&#233;luctablement des prix sociaux que ses promoteurs ont tout int&#233;r&#234;t &#224; prendre en compte. Qui ne comptabilise pas des co&#251;ts cach&#233;s risque d'&#234;tre pris interculturellement au d&#233;pourvu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le co&#251;t cach&#233; mais bien r&#233;el de la d&#233;croissance&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il serait int&#233;ressant de savoir pourquoi, &#8211; relents &#233;volutionnistes, positivisme progressiste, optimisme b&#233;at ? &#8211; mais c'est un fait que le recto est souvent plus &#233;tudi&#233; par les sciences humaines que le verso : la conversion plut&#244;t que la r&#233;sistance, l'essor plus que le d&#233;clin, la d&#233;couverte et non pas la perte. Et pourtant globalement il y a eu autant de reculs que d'avanc&#233;es, voire davantage de disparitions que d'apparitions ! Des civilisations qui ont dur&#233; trois fois plus que la n&#244;tre (notamment celle de la M&#233;sopotamie) ne sont plus. N'en d&#233;plaise &#224; Teilhard de Chardin, il se pourrait que les ph&#233;nom&#232;nes vitaux, faute d'issue et ne pouvant pas tous se retrouver autrement ailleurs, redescendent vers un point d'identit&#233; sp&#233;cifique z&#233;ro. Dans le bassin de l'Amazonie, on a cru d'abord n'avoir affaire qu'&#224; des cultures des plus primitives jusqu'au moment o&#249;, dans les parages de certaines bandes de chasseurs-cueilleurs, on a retrouv&#233; les traces de grandes cultures agricoles s&#233;dentaris&#233;es et, dans le vocabulaire de ces peuplades, des &#233;chos d'une complexit&#233; sociale disparue &#8211; sans doute en une g&#233;n&#233;ration suite aux maladies import&#233;es par les Conquistadors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en toute hypoth&#232;se de cause, la d&#233;croissance &#233;tant une m&#233;taphore, ce n'est pas le moment de la prendre &#224; la lettre ! Le retour qu'elle implique ne peut &#234;tre que figur&#233;. L'objecteur de croissance ne cherche pas &#224; renouer avec l'histoire arr&#234;t&#233;e &#224; un moment donn&#233; comme ont pu le faire certaines sectes moraves de l'Am&#233;rique profonde ou comme l'avaient fait bien avant elles les R&#233;kabites de la Bible (Jr.35.1sq), qui n'ont jamais voulu renoncer &#224; la vie du d&#233;sert. Encore moins r&#234;ve-t-il, avec les Primitifs d'un &#201;liade, &#224; un recours &#233;ternel au m&#234;me. Vers 1800, le principe de pr&#233;caution aurait d&#251; emp&#234;cher l'Occident d'emprunter &#224; toute vitesse l'impasse du d&#233;veloppement, car ses effets pervers &#233;taient massivement manifestes d&#232;s le d&#233;part et n'ont cess&#233; depuis d'augmenter exponentiellement gr&#226;ce &#224; leur (im) mondialisation. Pour qu'en l'an 2000 quelques privil&#233;gi&#233;s soient d&#233;velopp&#233;s, il faut davantage d'enfants au travail dans les mines, de filles enferm&#233;es dans des filatures, d'hommes d&#233;s&#339;uvr&#233;s et de ressources naturelles pill&#233;es qu'il n'en fallait en 1800 pour enrichir l'&#233;lite victorienne. Mais en attendant que le d&#233;veloppement se d&#233;fasse, il serait urgent, dans l'int&#233;r&#234;t de tout le monde, de fixer, comme pour les voitures, des vitesses de croisi&#232;re maximales. Si l'on ne veut pas voir tout s'&#233;vaporer, il va falloir renverser la vapeur pour retrouver l'eau chaude de d&#233;part, rebrousser le chemin royal de la d&#233;perdition jusqu'au modeste sentier initial (sinon au &lt;i&gt;Holzweg&lt;/i&gt; qui ne m&#232;ne nulle part, sinon au c&#339;ur de la for&#234;t !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des m&#233;taphores, sans doute, mais dont le sens indique une r&#233;duction s&#233;rieuse d'une croissance insens&#233;e. Le choix de ce champ m&#233;taphorique pourrait para&#238;tre moins radicalement porteur que le discours post-d&#233;veloppementiste. Si ce dernier refusait toute op&#233;ration de sauvetage adjectival d'un fruit fonci&#232;rement pourri &#8211; participatif, endog&#232;ne ou durable, le d&#233;veloppement restait intrins&#232;quement compromis &#8211; la d&#233;croissance appara&#238;t plus ambigu&#235;. S'agit-il d'aboutir &#233;ventuellement &#224; tout autre chose que la croissance ou tout simplement de l'activer autrement ? Sans vouloir ni pouvoir renoncer au flou cr&#233;ateur de toute prise de positon paradigmatique, les partisans de la d&#233;croissance, somm&#233;s d'&#234;tre plus concrets, invoquent les ann&#233;es soixante comme un &lt;i&gt;nec plus ultra&lt;/i&gt; en termes de &lt;i&gt;&#171; carrying capacity &#187;&lt;/i&gt; ou d'empreinte &#233;cologiquement soutenable. Une fois ce seuil fatidique travers&#233;, la croissance, de soutenue, serait devenue insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;croissance &#233;tant encore &#224; l'&#233;tat de simple projet, faute de pouvoir comptabiliser ses co&#251;ts sociaux effectifs, on doit se contenter de quelques projections budg&#233;taires en la mati&#232;re. Fait social total, la d&#233;croissance n'aura pas que des causes et des cons&#233;quences &#233;conomiques. Sp&#233;culons sur le prix mat&#233;riel, moral et m&#233;taphysique qu'il faudrait payer pour ce retour/recours &#224; un milieu et &#224; une logique d&#233;croissante, tout en sachant qu'il ne s'agit pas de pures sp&#233;culations. Pour ceux et surtout celles qui ont pu profiter de la promotion du moi r&#233;fl&#233;chi, la naissance de l'individu moderne repr&#233;sente un point de non-retour sur toutes les lignes. Psychologiquement, en s'&#233;paississant, l'ego a pu s'&#233;manciper de toute essentialisation externe : loin d'&#234;tre r&#233;duit pour l'essentiel &#224; mon r&#244;le de p&#232;re ou de professeur, &#171; je &#187; suis substantiellement moi-m&#234;me et mes r&#244;les &#233;ventuels ne sont qu'autant d'accidents de parcours. Rendu libre de mes moyens (une lib&#233;ration que j'imagine gratuite quand je ne l'attribue pas &#224; mes propres efforts), sociologiquement parlant je m'engage si &#231;a m'int&#233;resse et dans la mesure o&#249; mes int&#233;r&#234;ts sont respect&#233;s. Dans le village plan&#233;taire qui s'annonce pour demain, les rapports entre villageois seront fonci&#232;rement r&#233;gis en termes d'apports contractuels. &#192; cette &#233;galit&#233; humaine r&#233;pondra une gestion &#233;quilibr&#233;e des ressources naturelles gr&#226;ce &#224; une croissance responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui, en parlant de d&#233;croissance tous azimuts, para&#238;t prendre le contre-pied de ces libert&#233;s dites fondamentales, risque fort de se voir trait&#233; de tous les noms que la Modernit&#233; a anath&#233;matis&#233;s : fascisme, nationalisme, machisme, paternalisme, &#233;litisme, pass&#233;isme&#8230; Comment faire comprendre que la d&#233;croissance n'est pas un retour au carcan communautaire (de la petite famille nucl&#233;aire, du quartier hupp&#233;, de l'&#233;go&#239;sme r&#233;gional), mais &#224; un retissage organique du local (permettre aux gens d'&#234;tre plus ensemble comme ils le furent jusqu'aux ann&#233;es soixante gr&#226;ce, entre autres, &#224; des &#233;coles villageoises et des entreprises &#171; familiales &#187;, &#224; des &#233;piciers du coin et des cin&#233;mas de quartier, au lieu de passer leurs vies &#224; &#171; navetter &#187; entre des complexes scolaires, des zonings industriels et grandes surfaces de banlieue) ; que d&#233;cro&#238;tre ne rime pas avec le retour en force de l'opiac&#233;e religieuse du cl&#233;ricalisme d'antan, mais avec la renaissance d'une religiosit&#233; authentique &#8211; se rapporter &#224; autrui en r&#233;seau de r&#233;ciprocit&#233; rapproch&#233;e &#8211; rien de plus irr&#233;ligieux que l'individu, m&#234;me croyant, de l'id&#233;ologie n&#233;o-lib&#233;rale &#224; la Rawls, rien de plus profond&#233;ment religieux que le primitif pourtant sans religion apparente ; que les Droits de l'Homme, loin d'&#234;tre une croissance naturelle, pourraient n'&#234;tre qu'une excroissance europ&#233;enne &#224; laquelle s'opposent des philosophies et pratiques non-occidentales &#224; base d'asym&#233;tries accept&#233;es puisque acceptables &#8211; l&#233;galiser une certaine &#233;galit&#233; est une chose, mais de l&#224; &#224; imaginer que les enfants sont essentiellement &#233;gaux &#224; leurs parents (et il n'y a plus de place pour de l'autorit&#233;) ou que les femmes sont intrins&#232;quement identiques aux hommes (et la compl&#233;mentarit&#233; dispara&#238;t), serait tout autre chose ; qu'enfin &#224; une hypoth&#233;tique responsabilit&#233; globale, hypoth&#233;qu&#233;e par l'absence d'acteur global, r&#233;pond de mani&#232;re plus r&#233;aliste et rentable une responsabilisation bior&#233;gionale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Moscovici (Essai sur l'histoire humaine de la nature, Flammarion, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; quoi qu'il en soit de l'effet papillon, je suis plus enclin &#224; reboucher le trou dans mon trottoir que celui de l'ozone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es de la non-croissance au Nord n'&#233;taient pas un paradis et les ann&#233;es du Non ! &#224; la croissance au Sud ne le sont pas davantage. Mais elles n'&#233;taient pas un purgatoire non plus, l&#224; o&#249; celles de la croissance sont d&#233;j&#224; infernales. Nomade d'esprit, je n'ai ni la nostalgie du pass&#233; ni la na&#239;vet&#233; des lendemains qui chantent toujours mieux. Si j'ai d&#233;crit le monde qui fut, ce n'&#233;tait pas &#224; titre programmatique, mais purement indicatif. Les indications portaient sur des implications psycho-sociologiques d'une d&#233;croissance (re)pr&#233;sent&#233;e explicitement sinon exclusivement, en termes &#233;conomiques. &lt;i&gt;Qui vult et finem vult et media&lt;/i&gt;, disait la sagesse scolastique. Si la d&#233;croissance est aussi bien une fin qu'un ph&#233;nom&#232;ne global, il faut bien penser aux moyens autrement que mat&#233;riels de sa r&#233;alisation. La croissance fut et continue &#224; payer au prix sociologique le plus fort &#8211; le divertissement d'une poign&#233;e de riches, l'asservissement d'une masse de pauvres. Les co&#251;ts socio-culturels de la d&#233;croissance seront s&#251;rement moins chers, mais ils devront &#234;tre support&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, pour le moment, c'est la croissance qui co&#251;te de plus en plus cher &#224; tout le monde et au monde tout court. Qu'en attendant son implosion (imminente et intrins&#232;que ?), d'une occidentalisation expansive, la croissance se mue en une &#171; asiatisation &#187; explosive, ne change fondamentalement rien aux enjeux qui nous pr&#233;occupent. &#192; quand des Saints Georges, objecteurs de croissances orientaux, pour avoir raison des Dragons d&#233;cha&#238;n&#233;s de l'Asie ? ! T&#233;moin des d&#233;g&#226;ts de plus en plus insoutenables que la croissance effr&#233;n&#233;e provoque : une s&#233;rie tout aussi croissante de mots auxquels on a pr&#233;fix&#233; un &#171; d&#233; &#187; privatif &#8211; la d&#233;localisation industrielle, la d&#233;flation mon&#233;taire, le d&#233;senchantement politique, la d&#233;motivation culturelle, la d&#233;mystification religieuse. Mais il arrive qu'un pessimisme d&#233;missionnaire soit le pr&#233;lude d'un soubresaut salutaire. Vu et v&#233;cu d'abord comme une catastrophe, le vieillissement a su redorer son blason. L'exception fran&#231;aise, une fois n'est pas coutume, pourrait devenir la r&#232;gle. Les commentateurs &#233;trangers, surtout anglo-saxons, ont vu dans les manifestations anti-CPE un ultime baroud d'honneur d'une arri&#232;re-garde ringarde qui devrait finir par se rallier &#224; la flexibilit&#233; requise par la croissance. Et il est vrai que, dans un sens, ni les jeunes ni les vieux qui manifestaient ne mettaient en cause la croissance, seulement sa mauvaise gestion et la r&#233;partition injuste de ses fruits. Les parents interview&#233;s avaient peur que leurs enfants ne puissent plus profiter comme eux ont pu le faire de la croissance. Quant aux jeunes eux-m&#234;mes, en d&#233;sespoir de cause ils ne paraissent plus y croire. Le 2 mai 2006, la radio belge fait &#233;tat d'une grande enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par et pour les int&#233;ress&#233;s o&#249; &#224; la question : &#171; &#192; quoi servent les jeunes ? &#187; la plupart r&#233;pondent : &#171; &#192; Rien ! &#187; et se consid&#232;rent non pas comme porteurs d'un meilleur avenir, mais comme un groupe &#224; risque. C'est avec ce public-l&#224; que les objecteurs de croissance ont affaire. Potentiellement pr&#234;ts &#224; positiver leur n&#233;gativit&#233; d&#233;faitiste. En toute hypoth&#232;se de cause, il faudrait faire en sorte que le &#171; d&#233; &#187; de la d&#233;croissance fasse &#233;cho au recul pour mieux sauter ailleurs auquel le &lt;i&gt;dis&lt;/i&gt; latin &#224; l'origine du pr&#233;fixe se pr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230; O&#249; le prix fixe de la d&#233;croissance devient flou !&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;On vient de le voir : la d&#233;croissance n'est pas seulement un r&#234;ve, elle peut, elle devrait m&#234;me devenir &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; r&#233;alit&#233;. &#171; Une &#187; et non pas &#171; La R&#233;alit&#233; &#187;. En effet, si cette utopie s&#233;cularis&#233;e se r&#233;alisait, elle risquerait fort de n'&#234;tre que la derni&#232;re en date d'une longue s&#233;rie &#171; d'a-topies &#187;, de non-lieux qui se sont pris pour la Fin mill&#233;nariste de l'Histoire messianique. Pour que la d&#233;croissance ne fasse pas figure ou ne fonctionne pas comme une &#233;ni&#232;me version de l'eschatologie jud&#233;o-chr&#233;tienne et donc, &#224; ce titre, ne fasse pas partie (des) int&#233;grante d'une certaine occidentalisation du monde, il y a lieu de l'aborder comme une simple &#233;tape de plus sur un chemin sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &lt;i&gt;sommes&lt;/i&gt; pour la Vie et non pas pour la Mort (&lt;i&gt;Sein zum Leben, nicht zum Tode !&lt;/i&gt;) Il n'emp&#234;che que si &lt;i&gt;&#171; si muove &#187;&lt;/i&gt;, en fin de compte, &lt;i&gt;&#171; si muore &#187;&lt;/i&gt; aussi. &lt;i&gt;Dura lex, sed lex&lt;/i&gt; &#8211; le mouvement aura beau &#234;tre perp&#233;tuel, les mobiles et les mobilis&#233;s, eux, ne le sont point. Tout ce qui cro&#238;t finit par d&#233;cro&#238;tre. Le comble serait que qui croit &#224; la d&#233;croissance l'imagine finale. Pour le moment, sans &#234;tre une foi aveugle, cette croyance rel&#232;ve plut&#244;t de l'esp&#233;rance. L&#224; o&#249; le pr&#233;sent est fait de singularit&#233;s substantielles (le catholicisme, la mondialisation), le futur ne peut na&#238;tre que d'une pl&#233;thore de possibilit&#233;s plurielles. M&#234;me &#224; supposer que l'on puisse pr&#233;dire avec une certaine plausibilit&#233; laquelle de ces &#233;ventualit&#233;s foisonnantes deviendra r&#233;alit&#233; &#8211; &#171; la d&#233;croissance enfin r&#233;alis&#233;e &#187; &#8211;, il resterait &#224; maintenir bien vivante cette profonde &#171; inqui&#233;tude &#187; intentionnelle sans laquelle il n'y aurait justement plus de vie humaine tout court. L'occidentalisation du monde a re&#231;u un sacr&#233; coup de pouce quand saint Augustin a cru que cette inqui&#233;tude qui nous identifie pourrait aboutir &#224; l'Absolu (&lt;i&gt;cor inquietum donec requiescat in Te, Domine&lt;/i&gt; &#8211; &#171; en d&#233;finitive, pas de repos si ce n'est en Dieu &#187;). Pour que la d&#233;croissance ne se (re) pr&#233;sente pas &#224; son tour comme un repos &#233;ternel sur des lauriers occidentaux, elle a tout int&#233;r&#234;t &#224; se conjuguer avec de l'ind&#233;finiment ind&#233;finissable. Apr&#232;s tout, en tant qu'esp&#232;ce, avec un peu de chance, nous en avons encore pour quelques millions d'ann&#233;es avant notre disparition d&#233;finitive et/ou apoth&#233;ose en autre chose. En attendant, il y a s&#251;rement lieu de d&#233;cro&#238;tre un peu pour mieux cro&#238;tre &#224; l'avenir !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Singleton &#171; L'animal autre &#187;, in &lt;i&gt;Entre l'Homme et l'Animal une nouvelle alliance ?&lt;/i&gt; (J. Duch&#234;ne et alii &#233;ds.), PUN, Namur, 2002, pp.159-208.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale ce sont les secteurs dominants d'une soci&#233;t&#233; qui fournissent&lt;br class='autobr' /&gt;
le mat&#233;riel m&#233;taphorique lourd &#8211; d'o&#249;, en Occident, le passage oblig&#233; par la m&#233;decine ou l'&#233;conomie (Bracker &amp; Herbrecheter, &lt;i&gt;Metaphors of Economy&lt;/i&gt;. New York/Amsterdam, Rodopi, 2005) &#8211; dont t&#233;moigne notre recours (in) conscient au discours sur les &#171; co&#251;ts cach&#233;s &#187; ou &#171; prix pi&#232;ge &#187; des ph&#233;nom&#232;nes ou processus qui en soi n'ont rien de proprement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Haudricourt, A-G. &#171; Domestication des animaux, culture des plantes et traitement&lt;br class='autobr' /&gt;
d'autrui &#187;, &lt;i&gt;L'Homme&lt;/i&gt;, 2, 1962, pp. 40-50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les guillemets font &#233;cho, d'un c&#244;t&#233;, au caract&#232;re inspir&#233; de toute m&#233;taphore&lt;br class='autobr' /&gt;
originale, et, de l'autre, au fait qu'une abstraction ne perd que des apparences m&#233;taphoriques &#8211; comme l'avait dit Bachelard, le savant qui pr&#233;f&#232;re parler du &#171; centre &#187; au lieu du &#171; nombril &#187; de la Terre ne parle pas pour autant de mani&#232;re fonci&#232;rement moins m&#233;taphorique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire non seulement parlaient de probl&#232;mes interg&#233;n&#233;rationnels ou &#224; l'int&#233;rieur du couple, mais par le fait m&#234;me (ex opere operato) produisaient de l'effet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le titre d'&lt;i&gt;Ethnocentrisme critique&lt;/i&gt; ayant &#233;t&#233; &#233;tant jug&#233; trop cod&#233;, j'ai d&#251; me r&#233;signer &#224; ce que mon dernier livre soit intitul&#233; &lt;i&gt;Critique de l'ethnocentrisme&lt;/i&gt;, courant&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi le risque d'induire l'illusion d'une possible dissolution de l'ethnocentrisme m&#234;me. &#192; noter n&#233;anmoins que si l'ethnocentrisme survit &#224; toute critique, il le fait d'une tout autre mani&#232;re que la Modernit&#233;, laquelle sort substantiellement indemne de la critique accidentelle que Touraine (&lt;i&gt;Critique de la modernit&#233;&lt;/i&gt;, Fayard,&lt;br class='autobr' /&gt;
Paris, 2002) lui adresse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Science en action&lt;/i&gt;. Paris, Gallimard, 1995&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Moscovici (&lt;i&gt;Essai sur l'histoire humaine de la nature&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 1977) fut un des premiers &#224; se rendre compte qu'il y avait autant de natures que de&lt;br class='autobr' /&gt;
p&#233;riodes historiques. &#171; Autant de natures que de cultures &#187; ai-je pu r&#233;p&#233;ter de mani&#232;re plus synchronique (Singleton &#171; Un anthropologue entre la nature de la Culture et la culture de la Nature &#187; in &lt;i&gt;Savoirs et jeux d'acteurs pour des d&#233;veloppements durables&lt;/i&gt;, (dir., F. Debuyst, P. Defourny &amp; H. G&#233;rard), Academia, Louvainla-Neuve, 2001, pp. 81-111) &#8211; le clou &#233;tant d&#233;finitivement enfonc&#233; dans l'ouvrage&lt;br class='autobr' /&gt;
magistral de Descola (&lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>El no lugar de la utop&#237;a</title>
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		<dc:creator>Michael SINGLETON</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#8220;Con todo el respeto que se les debe y por m&#225;s que se lamenten unas causas perdidas por adelantado, tus Primitivos pertenecen a un pasado totalmente caduco &#191;Antrop&#243;logo, en qu&#233; te metes al ocuparte de utop&#237;as, de futuribles mir&#237;ficos, que tus fieles seguidores animistas, enfeudados a los paradigmas ancestrales de un illo tempore m&#225;s que perfecto, ignoraban por completo&#8221; Y es verdad que fuera de unas cuantas excepciones (se piensa en los Tupi-Guaranis de Brasil (Eliade, 1971), la idea de un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Decrecimiento&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.entropia-la-revue.org/local/cache-vignettes/L130xH135/arton68-ebfd4.jpg?1635377991' class='spip_logo spip_logo_right' width='130' height='135' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#8220;Con todo el respeto que se les debe y por m&#225;s que se lamenten unas causas perdidas por adelantado, tus Primitivos pertenecen a un pasado totalmente caduco &#191;Antrop&#243;logo, en qu&#233; te metes al ocuparte de utop&#237;as, de futuribles mir&#237;ficos, que tus fieles seguidores animistas, enfeudados a los paradigmas ancestrales de un illo tempore m&#225;s que perfecto, ignoraban por completo&#8221;&lt;/i&gt; Y es verdad que fuera de unas cuantas excepciones (se piensa en los Tupi-Guaranis de Brasil (Eliade, 1971), la idea de un mundo totalmente otro y a&#250;n menos la esperanza de un mundo mejor no aflor&#243; sino raras veces a la imaginaci&#243;n ni inspir&#243; el imaginario de los pueblos estudiados por los antrop&#243;logos. Es sobre todo a partir del momento en que tuvieron que soportar nuestro militantismo maniqueo de inspiraci&#243;n judeo-cristiana cuando, transformados en unos Damnificados de la Tierra, los pueblos lastrados, olvidados, y abandonados del Sur hicieron abundar una pl&#233;tora de cultos mesianico-milenaristas. &#161;Sin embargo, ad hominem postmodernum, se&#241;alar&#237;a a mi interlocutor ir&#243;nico que la Utop&#237;a se presenta como una monograf&#237;a realizada por un etn&#243;logo, Raphael Hythloday, a quien Tom&#225;s Moro declara haber conocido en B&#233;lgica &#161; mi pa&#237;s de adopci&#243;n ! Su venerable y apasionante narrador hab&#237;a hecho cinco a&#241;os de terreno sobre aquella isla bienaventurada y se habr&#237;a quedado de buen grado si no se hubiera sentido destinado a hacer reconocer a su propio mundo inmundo aquel encantado &#171; otro lugar &#187;, mucho m&#225;s inspirado y estimulante que el aqu&#237; y el ahora &#8220;civilizado&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esto no descarta que en realidad(2), la ideolog&#237;a utopista no cunde entre la mayor&#237;a de los pueblos no occidentales, en particular, entre las culturas africanas que conozco mejor. Pero si el etn&#243;logo registra de buen grado esta clase de observaci&#243;n, es porque la ausencia de una cosa hace a menudo eco a la presencia de otra, y de una cosa a veces mucho m&#225;s significativa que la ausencia de palabra. Si hemos aludido a unos &#8220;pueblos no occidentales&#8221; en general m&#225;s bien que a unos &#8220;Primitivos&#8221; en particular, es porque incluso unas civilizaciones llamadas &#171; grandes &#187; apenas demostraron un pensamiento utopista. En ausencia de una teolog&#237;a reconocible por monoteistas (Gernet, 1982), o incluso de una teleolog&#237;a cabalmente aristotelo-tomista (Jullien, 1992), uno no se sorprende de constatar que China no destaca sobre la cuesti&#243;n del Principio y el Final de la Creaci&#243;n. Y a menos de creer con Jung en un inconsciente colectivo, ser&#237;a necesaria una buena dosis de imaginaci&#243;n recuperadora para identificar el nirvana con una versi&#243;n india de un arquetipo utopista. Pero puesto que Jean-Claude Besson-Girard ya ha hecho referencia al poco caso que Asia hace de la utop&#237;a, me limitar&#233; a describir sobre todo el caso de los Wakonongo, &#8220;mis&#8221; queridos agricultores sobre chamiceras o m&#225;s exactamente los m&#225;s aut&#233;nticos de los n&#243;madas, de la Tanzania profunda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los dioses est&#225;n hechos para prodigar los bienes&lt;br class='autobr' /&gt;
En la d&#233;cada de 1920, los Wakonongo se hab&#237;an vuelto r&#225;pidamente y en masa cat&#243;licos. &#034;Un tornado de gracia&#034; me dec&#237;a el viejo Padre Rivi&#232;re, su principal evangelizador. &#034;Desculturalizados por el trabajo forzado, el reclutamiento de la Primera Guerra Mundial y la subsiguientes epidemias (gripe espa&#241;ola y enfermedad del sue&#241;o), como &#250;ltimo recurso, se aferraron a una &#250;ltima tabla de salvaci&#243;n &#187; opinar&#237;an unos analistas tan comprometidos como fan&#225;ticos. Personalmente, impresionado por un &#171; self reliance &#187; anticipado del kujitegemea del Presidente Nyerere, la capacidad de los Wakonongo para sobrevivir con los medios disponibles, a pesar de los retos que habr&#237;an destruido unos pueblos menos desenvueltos, me parec&#237;a en (gran) parte debido a un entorno (bosque seco) que, lejos de plantear problemas insuperables, se mostraba generoso con los que sab&#237;an sacar provecho de &#233;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Volveremos sobre el impacto de este medio &#8220;natural&#8221; en la mentalidad &#8220;cultural&#8221; - las comillas se imponen puesto que al dejar sus aldeas de h&#225;bitat disperso, los WaKonongo no entraban en nuestro medio ambiente material, sino que avanzaban al encuentro de los fundamentos ancestrales de su cultura. Hagamos en primer lugar eco a mi primera decepci&#243;n de terreno. Antrop&#243;logo, dato de antes del neomarxismo de un Godelier o el ecologismo naciente de un Harris. El inter&#233;s de mi fallecido maestro, Sir Edward Evans-Pritchard, por la religiosidad primitiva no hab&#237;a hecho m&#225;s que confirmar mis preocupaciones misioneras de la &#233;poca. Soci&#243;logo, era suficientemente realista para aceptar que el vulgus plebs africano, por animista que sea, se muestre tan poco preocupado por la Filosof&#237;a bant&#250; como el com&#250;n de los mortales cat&#243;licos entre nosotros se apasiona por la teolog&#237;a tomista. Esperaba sin embargo poder encontrar ante uno u otro viejo sabio algunas perlas salvajes que databan de antes de la llegada de los Padres Blancos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pero cuanto m&#225;s mis interlocutores me enriquec&#237;an por sus conocimientos t&#233;cnicos materiales y su sensatez moral, m&#225;s frustrado me dejaba su pobreza metaf&#237;sica. Ni el menor mito creacionista y menos a&#250;n elucubraciones escatol&#243;gicas. Las pocas ideas sobre Dios y el m&#225;s all&#225;, el alma y la inmortalidad, eran manifiestamente de factura catequ&#237;stica y en ning&#250;n caso ancestrales. E incluso en lo inmediato de cada d&#237;a, si hab&#237;a muchas pr&#225;cticas &#8220;m&#225;gicas&#8221;, muchas historias de brujer&#237;a y posesi&#243;n, ya no hab&#237;a &#8220;culto de los antepasados&#8221; ni sacrificio a los esp&#237;ritus. Acosados, algunos raros informadores me proporcionaban fragmentos de su pasado, pero tan confusos y contradictorios (del &#8220;mismo&#8221; esp&#237;ritu, por ejemplo, se dec&#237;a que era a veces grande a veces peque&#241;o, a veces masculino, a veces femenino, que no llegaba a reconstituir en todo su esplendor sustancialmente sensato, la Religi&#243;n de anta&#241;o. Atribu&#237;a este estado de deterioro lamentable al impacto implosivo de la civilizaci&#243;n occidental&#8230; al menos hasta el momento en que, en un manuscrito descubierto en los archivos de la archidi&#243;cesis de Tabora, le&#237; esta frase sobre la religiosidad de la regi&#243;n : &#171; entre los Wanyamwezi (una gran reagrupaci&#243;n &#233;tnica de la cual los WaKonongo formaban parte) no hay religi&#243;n, sino solamente una pl&#233;tora de asociaciones, h&#225;bitos y diversiones de toda clase - kwa Wanyamwezi hakuna dini, kuna uingi wa ngoma tu na desturi Na machezo ya kila namna&#8221; &#187;. Se trataba de un texto de Jusufu Kaswai, un catequista local, escrito hacia 1900 para el Padre B&#246;sch (autor de una monograf&#237;a cl&#225;sica sobre los Banyamwezi), pero que reflejaba la situaci&#243;n precolonial. De ah&#237; una sospecha naciente, que se ha convertido en adelante en una certeza : los WaKonongo simplemente nunca hab&#237;an conocido (puesto que su m&#233;todo de (re)producci&#243;n nunca lo hab&#237;a exigido), una visi&#243;n religiosa del mundo del tama&#241;o y la envergadura de la m&#237;a. Mi problema pasaba a ser no de explicar la desaparici&#243;n de una religi&#243;n que no han tenido nunca, sino de dar cuenta de la aparici&#243;n de una filosof&#237;a y pr&#225;ctica del mundo diferentemente &#8220;religiosa&#8221; que la m&#237;a - tomando esta vez el t&#233;rmino &#8220;religioso&#8221; a una de sus letras etimol&#243;gicas, a saber el simple hecho de tener que corresponderle a la gente o mostrarse agradecido y estar ligado a las &#8220;cosas&#8221; (Singleton, 2003).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esta explicaci&#243;n en t&#233;rminos de una presencia continua m&#225;s bien que de una ausencia de lo que fue de hecho o que habr&#237;a debido ser en principio, me llevaba en primer lugar a revisar el sentido de su conversi&#243;n al catolicismo. Los WaKonongo no hab&#237;an rechazado tanto lo antiguo precipit&#225;ndose en lo nuevo, como seguido simplemente seg&#250;n su instinto campesino. &#161;&#8220;Gods are made for delivering the goods ! &#8221;. Ahora bien los bienes por excelencia para los agricultores, son la fertilidad de las mujeres y la fecundidad de los campos. Ambas cosas que no se podr&#237;an tener (o volver a tener) sin la lluvia. Si el rendimiento pluviom&#233;trico de las &#8220;divinidades&#8221; ancestrales disminuye seriamente o si las noticias propuestas por los Blancos parecen m&#225;s rentables, entonces en vez de sacrificar un pollo negro sobre las tumbas de los antepasados, se tendr&#225; todo inter&#233;s en pagarse una misa para la lluvia a la Santa Virgen. De ah&#237; el episodio, tan c&#243;mico en s&#237; como convincente para mi tesis, relatado por el Padre superior de la misi&#243;n de Urwira de donde se hab&#237;a iniciado la evangelizaci&#243;n del Ukonongo. En 26.04.1946 el misionero que se hab&#237;a alegrado antes, en el diario del hecho de que sus fieles hab&#237;an comenzado por fin a desviarse de los sacrificios paganos para solicitar el verdadero sacrificio de la misa, debe desenga&#241;arse : &#161;los fieles hab&#237;an venido durante la semana para pagarse una misa por la lluvia, pero como &#233;sta hab&#237;a regresado en fuerza antes de que la celebraci&#243;n haya tenido lugar, reclamaron su dinero !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Unos n&#243;madas sin utop&#237;a&lt;br class='autobr' /&gt;
En el contexto de los Wakonongo, esta necesidad b&#225;sica que sienten todos los campesinos &#034;primitivos&#034; de negociar un buen precio ritual por la regularidad pluviom&#233;trica ten&#237;a lugar seg&#250;n las modalidades y la mentalidad propias de la agricultura de chamicera. Este t&#233;rmino, t&#233;cnicamente consagrado, de hecho abarca un nacer y un ser de los m&#225;s aut&#233;nticos. A priori, se puede crear varios modelos de nomadismo. En T&#250;nez, he conocido a unos n&#243;madas que eran m&#225;s bien trashumantes ya que hac&#237;an cada a&#241;o idas y vueltas entre sus campamentos de invierno y verano. En Mauritania, he tratado con unos n&#243;madas que, por &#243;rdenes de su jefe, liaban el petate y se largaban hasta el siguiente pozo. Pero los Wakonongo eran a&#250;n m&#225;s puramente n&#243;madas, en la medida en que cada familia, de acuerdo a sus necesidades, iba sencillamente hacia adelante por cuenta propia roturando la selva circundante. A falta de nada esencial, y pudiendo permitirse peque&#241;os lujos festivos (nunca he pasado hambre entre los Wakonongo y &#161;Dios sabe cuanta cerveza artesanal he podido beber !), anclados firmemente en la convivialidad del presente, nomadizaban casi a espaldas de su propia voluntad. Acusado de haber teledirigido unas serpientes a un pueblo socialista rival del m&#237;o, tuve que dejar a mis amigos abruptamente a finales de 1972. Por pura casualidad, durante un d&#237;a, tuve la oportunidad de volver donde ellos en 1986. &#161;Pero fui yo quien les he se&#241;alado que entretanto se hab&#237;an desplazado de varios kil&#243;metros !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los Wakonongo estaban muy apegados a su vida n&#243;mada. Iban hacia adelante no por no tener nada mejor, sino porque cre&#237;an que era lo mejor que se pod&#237;a hacer. De ah&#237; algunos a&#241;os despu&#233;s de mi partida precipitada, su resistencia virulenta a la sedentarizaci&#243;n forzosa. Entre otras cosas porque, hecha la experiencia, estaban convencidos de que cuanto m&#225;s se apretaban al sedentarizarse, mayor era la tensi&#243;n social y por lo tanto la brujer&#237;a anti-social . Un MuKonongo inc&#243;modo en su cuerpo social (a causa , por ejemplo, de los conflictos de proximidad) o desafortunado (sus campos atacados por los insectos), pudiendo siempre facilmente irse m&#225;s lejos, no so&#241;aba en un Otro Lugar diferente del todo. Al contrario, un T&#243;mas Moro, reclu&#237;do en su carcel ciudadana, abrumado por la complejidad coyuntural, no pod&#237;a m&#225;s que imaginar una alternativa ut&#243;pica a la Inglaterra corrompida de Enrique VIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los distintos grupos konongo sab&#237;an de d&#243;nde hab&#237;an venido (en realidad de todos los puntos cardinales !). Si llegaba el caso, caminando por el bosque, unos viejos me se&#241;alaban lo que quedaba de los claros (matongo) donde sus antepasados (wahenge) hab&#237;an vivido. Pero me miraban asombrados cuando preguntaba si, por nostalgia de los or&#237;genes, nunca hab&#237;an tenido deseo de regresar a sus puntos de partida : &#161;al dar marcha atr&#225;s no se encontrar&#237;a m&#225;s que lo exactamente igual ! En cuanto al futuro, m&#225;s all&#225; del a&#241;o en curso, era la menor de sus preocupaciones. En el centro de lengua de Tabora, he aprendido el futuro en swahili. Pero una vez en el terreno casi nunca lo he necesitado. (Con)centrados del todo, pero tranquilamente, sobre lo que hab&#237;a que hacer inmediatamente, los WaKonongo s&#243;lo raramente hablaban del pasado o de lo cumplido y pensaban a&#250;n menos en lo que hab&#237;a a&#250;n eventualmente que realizar ya que de todos modos, en el mejor de los casos, el futuro repetir&#237;a el presente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cierto sentido ni el Primitivo ni el Moderno se encuentran plenamente en el presente. El primero se refiere a un Pasado Perfecto, el segundo se orienta en funci&#243;n de un Futuro Absoluto. Pero en otro sentido y parad&#243;jicamente, el n&#243;mada se encuentra m&#225;s enteramente en el presente que el sedentario. En efecto, la referencia a un illo tempore paradigm&#225;tico, en una cultura oral, no puede ser pasada y a&#250;n menos caduca, puesto que los Antepasados, lejos de haber muerto y haber sido enterrados desde hace una eternidad, siguen presentes, cuidando de lo suyo. Por lo contrario nuestros contempor&#225;neos, volcados no s&#243;lo hacia el futuro sino que aspiran a su advenimiento, no est&#225;n intencionalmente sino (muy) parcialmente all&#237; donde actualmente aparecen. Est&#225;n a menudo no solamente en otra parte sino adelante - proyectando las vacaciones del a&#241;o que viene, preocup&#225;ndose al menos de sus pensiones si no de su salvaci&#243;n eterna. Lejos de experimentar nostalgia por un pasado normativo, lamentan haber nacido demasiado temprano para poder aprovechar los remedios milagrosos y los artilugios mir&#237;ficos que la tecno-ciencia promete para ma&#241;ana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los WaKonongo, grandes peregrinos de la temporada seca, no ignoraban que hab&#237;a un mundo m&#225;s all&#225; de su bosque. Pero mientras estaban en el, les parec&#237;a (y era) hasta tal punto indefinido que podr&#237;an aventurarse en el sin fin en todos los sentidos del t&#233;rmino. No imaginaban poder o deber un d&#237;a salir de el. Y mientras tanto, no podr&#237;a no hacer demasiado hincapi&#233; en el hecho de que su nomadismo navegaba serenamente entre el Escila de una despreocupaci&#243;n inconsciente y el Caribdis de una inquietud incesante. Antes de que se descarte como un freno al Desarrollo, un obst&#225;culo al Progreso, el ne varietur del semper idem n&#243;mada se explica. Si la elecci&#243;n de cultivar sobre chamicera excluye un arraigo in&#250;tilmente entorpecido por muchas cosas redundantes, es totalmente compatible con un ahondamiento de las relaciones y los aportes humanos. Si los WaKonongo hab&#237;an limitado su nivel de autosuficiencia material relativamente bajo, era para cubrir mejor en la vida diaria sus necesidades morales. Ir hacia adelante no tiene nada de una fuga permanente hacia adelante. Parad&#243;jicamente es el sedentario el que no est&#225; nunca donde se encuentra - siempre presionado para que el ma&#241;ana sea mejor, no tiene tiempo que perder con sus pr&#243;jimos y sus vecinos ; ante su pantalla, colgado a su celular, el espacio virtual que lo preocupa se encuentra a a&#241;os luz del espacio que ocupa de hecho.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Modo de producci&#243;n material y reproducci&#243;n moral, el nomadismo del tipo konongo no es sin repercusiones metaf&#237;sicas. Podr&#237;a ser incluso que trat&#225;ndose de una Elecci&#243;n de Sociedad, el imaginario o la intencionalidad identitaraia n&#243;mada haya sido una (pro)posici&#243;n cultural m&#225;s que una imposici&#243;n natural. Despu&#233;s de todo, tanto la Revoluci&#243;n Neol&#237;tica (Cauvin, 1997) como la Revoluci&#243;n industrial (Graso, 2007) representan bifurcaciones deliberadas internas m&#225;s que determinadas por el exterior. En cualquier caso, lo que est&#225; seguro, es que quien se satisface con un m&#237;nimo vital estricto puede viajar igualmente ligero en esp&#237;ritu. Que viaje solo o en compa&#241;&#237;a, el n&#243;mada no cuenta ni sus d&#237;as ni con un D&#237;a Final. A t&#237;tulo individual, ignorante de su d&#237;a de nacimiento (que era tambi&#233;n el de su doble), si el animista t&#237;pico no desea celebrar su cumplea&#241;os, es porque, lejos de concebirse como una criatura in&#233;dita, lanzada desde su concepci&#243;n sobre un recorrido de direcci&#243;n &#250;nica y, m&#225;s inquietante a&#250;n, quiz&#225; sin salida, se ve como habiendo existido, al menos en parte, mucho antes de su salida del vientre materno y se cree destinado al menos a ir tirando en alguna parte despu&#233;s de su &#8220;muerte&#8221;. El antes y el despu&#233;s de la existencia visible que tiene lugar en la dimensi&#243;n invisible de un solo y mismo mundo, &#233;ste, no tienen nada que ver ni con la reencarnac&#237;on temporalmente punitiva del hinduismo ni con la inmortalidad intr&#237;nsecamente inmaterial del alma plat&#243;nica. Incluso sedentarizado, el agricultor africano no se imaginaba por un momento condenado, Karma o Pecado Original obligan, a caminar en un Valle de l&#225;grimas a la espera de (re)encontrarse de nuevo en el Cielo o reducido a Nada. A esta psicolog&#237;a personal del Primitivo corresponde una cosmolog&#237;a colectiva igualmente indefinida. Al desinter&#233;s en relaci&#243;n tanto con el terminus a quo como con el terminus ad quem topol&#243;gicos hace eco una indiferencia teol&#243;gica y teleol&#243;gica. Plenamente satisfecho con su situaci&#243;n presente, el n&#243;mada no se siente fundamentalmente frustrado, ni de un Para&#237;so perdido ni de un Para&#237;so a (re)conquistar. Para &#233;l las cosas no salieron mal a partir del principio, solo que se muerend la cola- en un regreso estacional que no tiene nada de un Eterno retorno. Hay un fondo de verdad en la ocurrencia de Sahlins. La relativa abundancia que caracterizaba las &#8220;econom&#237;as&#8221; m&#225;s primitivas, combinada con una equidad igualitarista y un equilibrio medioambiental, hac&#237;a que los agricultores sobre chamicera as&#237; como los cazadores recolectores, no careciendo de nada material y moralmente, poco se sent&#237;an culpables de perder un Para&#237;so plet&#243;rico, y sent&#237;an menos a&#250;n la necesidad de una inversi&#243;n revolucionaria de las relaciones humanas. Entre los WaKonongo, por ejemplo, las relaciones intergeneracionales e intersexuales, por cierto eran asim&#233;tricas ; sin embargo, se trataba de una asimetr&#237;a no solamente aceptada sino aceptable. Los j&#243;venes ten&#237;an un inter&#233;s vital en aprovechar el hecho de que cuanto m&#225;s se envejec&#237;a en su tipo de sociedad, m&#225;s crec&#237;a su utilidad p&#250;blica. Y las mujeres que ten&#237;an m&#225;s de una flecha artera en su aljaba, no ten&#237;an ning&#250;n inter&#233;s en declarar abiertamente una guerra perdida por adelantado para todos. No se trata de reanudar con el mito del Buen Salvaje. Estas culturas eran incluso capaces de prever contrasociedades. Pero contra nuestros so&#241;adores utopistas o locos simp&#225;ticos , los Baader Meinhof, Brigate Rosse y otras C&#233;lulas Comunistas Combatientes, en &#193;frica eran las propias autoridades las que trataban de seducir abiertamente con posibles alternativas anarquistas contando historias de Hijos Terribles o Trickster que defend&#237;an la opini&#243;n contraria del orden establecido cagando literalmente sobre el jefe, quemando las cosechas o provocando animales salvajes. Pero la moral de estos relatos era que el precio a pagar para ir a parar al Infierno era psico-socialmente suicidario. &#161;La &#193;frica ancestral no ha esperado a un Orwell o un Huxley para establecer contra-utop&#237;as !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En esta misma &#193;frica profunda, cuando uno de sus raros mitos de origen habla de una felix culpa que liber&#243; a la humanidad de su fase caza recolecci&#243;n, primordial pero pueril, volvi&#233;ndola agr&#237;cola y en consecuencia definitivamente adulta ; cuando su sociedad est&#225; hecha de asimetr&#237;as aceptadas puesto que aceptables (en particular, la de la gerontocracia) ; cuando su medio ambiente lejos de plantearle problemas termina siempre por proporcionarle m&#225;s de lo necesario, por qu&#233; experimentar pesares respecto a un pasado caduco o esperar mejor un futuro mil veces mejor que un presente que no se presenta tan mal : &#191;cu&#225;ndo de alto en alto progresa usted poniendo un pie ante el otro sin imaginar que estas escalas podr&#237;an ser etapas hacia el Progreso, c&#243;mo aspirar a&#8220;realizarse absolutamente&#8221; y cuanto antes ? &#8220;los gitanos&#8221;, los n&#243;madas hacen, precisamente, del viaje mismo su raz&#243;n de ser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aunque sea etimol&#243;gicamente un &#8220;no lugar&#8221; (en griego ou+topos), la utop&#237;a para la mayor&#237;a de los (post)modernos hace papel de un destino bien real. Que se trate del Otro mundo de los creyentes monote&#237;stas o del mundo diferente de los militantes altermundialistas, el mejor de los mundos, la eu-topia, lejos de ser una a-topia absoluta, la u-top&#237;a es completamente un lugar de pleno derecho que se perfila en el horizonte. Pero antes de decir una palabra a su prop&#243;sito, nos pareci&#243; &#250;til indicar la existencia de medios culturales y momentos hist&#243;ricos en los cuales la aspiraci&#243;n ut&#243;pica simplemente no tuvo lugar. Hay pueblos que, por lo esencial, no conociendo carencias, nunca han sentido de verdad que podr&#237;a haber algo crucial a (re)conquistar - gente que se satisface con los dolores y con las alegr&#237;as de cada d&#237;a, sin preocuparse por el primer o el &#250;ltimo D&#237;a de la Creaci&#243;n. En cualquier caso de nuestras propias esperas en cuanto a l&#243;gica humana, como simple antrop&#243;logo no tenemos ni que canonizar ni que consagrar el no lugar n&#243;mada, sino que inventoriarlo en el mismo concepto que el medio que dio lugar al lenguaje y a la l&#243;gica utopista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La utop&#237;a, una inspiraci&#243;n judeo-cristiana &lt;br class='autobr' /&gt; Siendo el nuestro este &#250;ltimo lugar, podemos acelerar el paso. Sin embargo su car&#225;cter evidente merecer&#237;a una reflexi&#243;n profunda si no una refecci&#243;n radical. Ya que en el fondo, la utop&#237;a no es tanto un m&#225;s all&#225; como un despu&#233;s. En efecto, a pesar de una etimolog&#237;a que hace pensar en un en otra parte mucho mejor, la ideolog&#237;a utopista no es una topolog&#237;a sino una cronolog&#237;a, o incluso una ucron&#237;a. M&#225;s concretamente, esta crono-l&#243;gica es sea expl&#237;citamente sea impl&#237;citamente de inspiraci&#243;n judeo-cristiana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Para el creyente cl&#225;sico la utop&#237;a es el M&#225;s all&#225; a secas, sin ning&#250;n despu&#233;s. Al Final de los Tiempos, no espera encontrar sobre tierra el Para&#237;so Perdido, sino gozar en el Cielo de la visi&#243;n beat&#237;fica para la eternidad. Puramente espiritual, esta utop&#237;a celestial no tiene nada del Club Med prometido a los musulmanes. Pero esta espiritualizaci&#243;n de la esperanza no es genuina. El Jes&#250;s de antes de los Evangelios y sobre todo de los exegetas, militante nacionalista, esperaba que durante su vida su Padre restablecer&#237;a la soberan&#237;a del Pueblo elegido al menos sobre sus tierras, si no sobre la tierra entera (Mordillat y Prieur, 1999 y 2004). Fue s&#243;lo cuando el agitador galileo, transformado mientras tanto en Cristo Se&#241;or, tardaba en volver, cuando los de la primera hora, la mayor&#237;a jud&#237;os, sin renunciar a la esperanza de un Final inminente del Mundo pero con sus dudas, lo transformaron en la utop&#237;a de un mundo diferente del todo. A los creyentes todav&#237;a en vida cuando el Juicio Final se les promet&#237;a mil a&#241;os de despreocupada abundancia terrestre. Pero esta esperanza escatol&#243;gica revel&#225;ndose a su vez propiamente utopista, la Iglesia invent&#243; la escatolog&#237;a realizada (Bultmann, 1959) - a la espera de ser juzgada a t&#237;tulo individual, cada alma cristiana deb&#237;a vivir como si cada momento era el &#250;ltimo. Nada menos concreto y colectivo que la utop&#237;a celestial : puramente espiritual, la visi&#243;n beat&#237;fica es tan pasiva y puramente personal como la televisi&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los militantes, tanto de la globalizaci&#243;n como del altermundialismo, han reanudado no s&#243;lo con el milenarismo materialista de sus antecesores judeo-cristianos (tanto en Davos como en Porto Alegre, no pobres ni escaseces), sino tambi&#233;n con su inmediatez. De trascendente, se volvi&#243; immanente, la utop&#237;a sigue siendo inminente. Ya que si hay algo que caracteriza la cronolog&#237;a utopista, que su linearidad sea descendente (el Pecado creciente) o ascendente (el Progreso incesante), es el choque abrupto del futuro, el atajo radical hacia el futuro. &#161;Un Final utopista que no estar&#237;a al alcance de la mano para ma&#241;ana no ser&#237;a una utop&#237;a estimulante, sino un no lugar puro y simple ! Mois&#233;s lo hab&#237;a aprendido a costa suya (por experiencia propia) : si la entrada en la Tierra Prometida se hace esperar, el Pueblo, incluso elegido, deposita las armas. &#191;Cu&#225;l es el militante que no se dimitir&#237;a al o&#237;r que los frutos del crecimiento o del decrecimiento (desde el punto de vista ut&#243;pico es lo mismo) escapar&#225;n incluso a sus nietos ? Jes&#250;s habr&#237;a entrado triunfalmente en Jerusal&#233;n seis meses solamente despu&#233;s de haberse lanzado en &#243;rbita mesi&#225;nica. Si la entrada en Porto Alege perpetuamente se deja para las calendas griegas, las tropas no subir&#225;n tan pronto al asalto de Davos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Santo subito, Todo inmediatamente, el mejor de los mundos para esta Noche : la urgencia utopista responde a una antropo-l&#243;gica de la carencia- el resultado de un incumplimiento inicial para los cristianos, de una inmadurez evolutiva para los dem&#225;s, pero a los cuales, para ambos, es necesario poner remedio cuanto antes. En Occidente esta l&#243;gica humana deficitaria tiene por Santo patr&#243;n, sino Padre Fundador, a Agust&#237;n. Alma de angustia insaciable si no alcanza el Absoluto (cor inquietum donec requiescat in Te, Domine), el obispo de Hippone cre&#237;a que la Ciudad de Dios estaba a punto de sustituir a la Ciudad de los hombres que se hund&#237;a en torno a &#233;l. Pilar central de la fe eclesial durante siglos, esta convicci&#243;n de un Final del Mundo inminente y el Principio de uno Nuevo se encontr&#243; relegada actualmente al margen sectario del mundo religioso. Adem&#225;s el optimismo prometeico del Moderno se ha sustituido hoy d&#237;a al paseismeo pesimista del Antiguo : se trata de activar y no de esperar la llegada del mejor de los mundos. Pero se trata siempre de colmar cuanto antes el vac&#237;o indebido que nos separa de lo que abunda y rebosa. Poco importa c&#243;mo concibe el Para&#237;so (la despreocupaci&#243;n individualista del Club Med o la sobriedad comunitaria de las Cevennes), o con qu&#233; lo combina prioritariamente (la Justicia social o el Control tecno-cient&#237;fico), el utopista tiene prisa de llegar para descansar para siempre. Una vez llegado, por lo esencial el tiempo se detiene para siempre. Poco importa en qu&#233; uno encuentra el descanso eterno, el requiescat en pace es siempre un Nunc stans, un paro definitivo. &#161;Frente por fin al Primum Mobile Immobile, uno ya no se mueve (Singleton, 2001) ! &#161;Al &#8220;se&#241;or, ven ! &#8221; el marana tha parousiaco y perentorio de los primeros Cristianos que cre&#237;an vivir los &#250;ltimos tiempos, hacen eco las exigencias escatol&#243;gicas de los Postmodernos : &#8220;La Salud para Todos en el a&#241;o 2000&#8221; o &#8220;Los objetivos del Mill&#233;nium&#8221; para 2015. Y es verdad que un proyecto utopista que no estar&#237;a al alcance de la mano para ma&#241;ana apenas tendr&#237;a, sino poco sentido, al menos poco poder &#8220;activador de las energ&#237;as humanas&#8221; - como lo habr&#237;a dicho otro gran utopista, Teilhard de Chardin. Que se espere un ma&#241;ana mejor o que se tema un cataclismo para el ma&#241;ana, el imaginario occidental est&#225; impregnado de o impresionado por la inminencia del Final. Los hay que creen con inocencia que el Final est&#225; detr&#225;s de nosotros - tanto desde Cristo (CULMANN, 1947) como desde la Ca&#237;da del Muro (Fukuyama, 1992). Y luego los hay que gritan (hasta ahora en el desierto) que dentro de poco sin el decrecimiento, nuestra especie va a estrellarse contra la pared.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#191;Una cronolog&#237;a de la utop&#237;a ?&lt;br class='autobr' /&gt; Sin decidirse por uno u otro modelo, es posible pensar en la esperanza de vida de una especie como la nuestra &#8211;sea lo que sea del &#171; s&#225;lvese quien pueda &#187;de la especie, la Tierra ella, se salvar&#225; por s&#237; sola. Unos mandam&#225;s parisienses que calcularon que los dinosaurios habr&#237;an podido, en principio, conocer una duraci&#243;n de 100 millones de a&#241;o (acortada de hecho por un cometa despu&#233;s de solamente 70), tambi&#233;n asignaron a la nuestra m&#225;s o menos 6 millones y medio de existencia evolutiva. Al l&#237;mite la cifra &#8220;exacta&#8221; importa poco, lo esencial es prever un orden de magnitud. Nuestros cient&#237;ficos contempor&#225;neos, conscientes de la inmensidad del pasado c&#243;smico y humano, sonr&#237;en al o&#237;r que en 1658, Ussher, el obispo de Armagh en Irlanda hab&#237;a fijado el momento de la creaci&#243;n en el domingo 23 de octubre de 4004 a&#241;os antes del nacimiento de Jes&#250;s. Pero unos no occidentales podr&#237;an encontrar igualmente risible la poca atenci&#243;n seria que los cient&#237;ficos conceden a las duraciones futuras.. A pesar de su simplismo esquem&#225;tico, un dibujo podr&#237;a cuestionar la credibilidad de nuestra cronolog&#237;a ut&#243;pica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la izquierda la aparici&#243;n, materialmente modesta, de la especie humana hace un poco m&#225;s de 3 millones de a&#241;os. &#161;Si se le permite al paleo-etn&#243;logo extrapolar a partir de la etolog&#237;a de los grandes monos contempor&#225;neos, se puede suponer que unos hom&#237;nidos del tipo babuino habr&#237;an podido usar de ardides para sustituir al macho dominante, pero cuesta imaginar que, los bonobonos, aspiraban a algo mejor ! Es decir que incluso sin poder contestarla, se plantea una cuesti&#243;n : &#191;a partir de cu&#225;ndo, d&#243;nde y por qu&#233; en la antropog&#233;nesis se realiz&#243; una mitolog&#237;a utopista ? Lo seguro es que a partir de un punto cero sociocultural, la humanidad no dej&#243; de inventar nuevos modos de producci&#243;n y reproducci&#243;n, hasta hace 30.000 a&#241;os (el punteado del esquema) cuando, con Homo sapiens sapiens, estalla en todas las direcciones para demostrar, hacia 1900, una incre&#237;ble complejidad sociocultural - acampada convencionalmente, por ejemplo, en t&#233;rminos religiosos como del animismo al monote&#237;smo pasando por el polite&#237;smo o en materia pol&#237;tica de la acefalia salvaje a la realeza sagrada v&#237;a la gerontocrac&#237;a ancestral. Luego es en el momento en que nos enteramos, en Occidente sobre todo, de esta pluralidad fenomenal cuando en un siglo la diversidad desaparece no dejando por lo esencial m&#225;s que un &#250;nico modelo - a base de Revelaci&#243;n y/o de Raz&#243;n. &#8220;Mejor&#8221; dicen los unos - inclu&#237;dos los Cristianos, que esperaban por las misiones ver el mundo entero entrar o volver a entrar al redil y los Modernos, que contaban con el triunfo de la Raz&#243;n (cient&#237;fica, econ&#243;mica, pol&#237;tica etc). &#8220;Dios no hab&#237;a revelado treinta y seis religiones, sino la &#250;nica Cat&#243;lica&#8221; clamaban los grandes inquisitores, Sprengler y Cramer. &#8220;El Destino s&#243;lo reconoce una Raz&#243;n, la nuestra&#8221; proclaman sus sucesores cientistas, Sokal y Bricmont. &#8220;Tanto peor&#8221; lamentan los otros, resign&#225;ndose ellos tambi&#233;n a ver la globalizaci&#243;n triunfar pronto sobre la diversidad de anta&#241;o. Nada menos profundo o positivamente pluralista que el imaginario utopista. En Utop&#237;a, las autoridades pueden permitir o incluso promover una determinada diversidad &#8220;cultural&#8221; : accidentalmente los unos podr&#225;n seguir prefiriendo Bach a los Beatles y los otros comer cusc&#250;s antes que patatas fritas, pero sustancialmente todos deben respetar la democracia (parlamentaria), jugar el juego del mercado (monetario) y suscribir a la raz&#243;n (cient&#237;fica).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Por lo esencial pues (representado por la convergencia r&#225;pida y acortada de las flechas), el Tiempo se detendr&#237;a en el Siglo XX, cuando el sue&#241;o utopista se ha convertido en principio en la realidad de un mundo por fin desarrollado, democr&#225;tico y tecno-cient&#237;fico. Ahora bien podr&#237;ase que como especie s&#243;lo estemos a medio camino - a punto por otro lado retomar unos factores evolutivos que hasta ahora nos acuciaban. Si seg&#250;n el esquema, el futuro se encoge y se vuelve finalmente tan enigm&#225;tico que inicialmente, no es para recusar todo progreso material, todo avance espiritual, sino solamente para recordar que el crecimiento no puede ser infinito ni sobre todo ilimitado. Nuestra especie como cualquier otra terminar&#225; un d&#237;a - sea por una extinci&#243;n en debida forma sea por una metamorfosis como la que transform&#243; a los dinosaurios en p&#225;jaros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las utop&#237;as : una determinada occidentalizaci&#243;n del mundo&lt;br class='autobr' /&gt; Por fin si la utop&#237;a es este absolutamente mejor en otra parte, surreal pero relativamente realizable, parad&#243;jicamente muchos, no se reconocer&#225;n en ella y quedamos cortos. Ya que el problema no es s&#243;lo que este no lugar a lo occidental represente un Final prematuro y precipitado de la aventura humana (tanto sobre Tierra como en el Cielo un despu&#233;s del despu&#233;s no est&#225; nunca al orden del d&#237;a utopista), es que, a pesar de las veleidades de sus suaves promotores, no tiene o no tendr&#225; simplemente lugar para la mayor&#237;a de los humanos. La escapatoria religiosa de lo que Juan-Claude Besson-Girard describe aqu&#237; como nuestra condici&#243;n laber&#237;ntica r&#225;pidamente hizo problema. Puramente espiritual, distaba mucho de poder activar las energ&#237;as y tentar los apetitos de ne&#243;fitos poco predispuestos a la promesa de una uni&#243;n ext&#225;tica con lo divino y que esperaban una recompensa tangible a precio fuerte (la muerte por martirio) que iban a deber a veces pagar por su fe. Pero incluso cruzada con un determinado materialismo milenarista, la utop&#237;a cristiana segu&#237;a planteando problema. Estando en vida, por m&#225;s que Jes&#250;s anunciara que los vivos no ver&#237;an la muerte antes de la llegada del Reino, despu&#233;s de su muerte los suyos segu&#237;an muriendo sin ver venir nada. Adem&#225;s a pesar del orden de bautizar todo el mundo puesto en su boca (ya que la idea nunca habr&#237;a venido al esp&#237;ritu de Jes&#250;s que ten&#237;a entera confianza en su Padre para reunir a los elegidos en Jerusal&#233;n), no s&#243;lo los no bautizados se encontraban eternamente exclu&#237;dos sistem&#225;ticamente del Cielo, sino que incluso no se inclu&#237;a a la mayor&#237;a de los bautizados. Dios sabe porque vale decirlo, solamente un &#237;nfimo numerus clausus de predestinados (cifrado por el Apocalipsis a 144,000) gozar&#237;a para siempre de la beatitud ut&#243;pica, el resto de la humanidad, una inmensa massa damnata, iba a pasar la eternidad no sobre sino bajo Tierra, en los Infiernos. &#161;Pero secularizada, la salida del laberinto es apenas m&#225;s &#8220;cat&#243;lica&#8221; ! S&#243;lo los que vivieron hasta la revoluci&#243;n comunista gozar&#225;n de el durante el tiempo que les queda por sobrevivir. &#8220;En el Cielo ya no se fornica &#187; dec&#237;a J&#233;sus Cristo. &#191;Jos&#233; Bov&#233; preve en la Comuna planetaria de los altermundialistas un modesto laboratorio Monsanto o un peque&#241;o autoservicio MacDo ? Los primeros en saber o poder saborear el Desarrollo no se ilusionaban : el Destino lo hab&#237;a predestinado a un peque&#241;o pu&#241;ado de elegidos - las masas trabajadoras deb&#237;an satisfacerse con el estricto m&#237;nimo vital que las mantendr&#237;a a perpetuidad aptas para los trabajos forzados (Hobsbawm, 1977:256). En la actualidad, los afortunados que se imaginan con Fukuyama &amp; CO que nuestros d&#237;as son los &#218;ltimos, si hablan, en teor&#237;a, de un derecho al desarrollo, en la pr&#225;ctica, lo limitan al nivel de una atribuci&#243;n universal - panem y circenses : migas para permitir que el vulgus plebs consuma moderadamente (desde la ayuda alimentaria a los artilugios chinos pasando por medicamentos gen&#233;ricos) y que la &#233;lite siga consumiendo &#8220;conspicuously&#8221; (Rolex y Riviera) como si nada, espect&#225;culos mundialmente entretenidos(Copa de f&#250;tbol, de rugby y otro F1) para que los privilegiados puedan dedicarse en paz a sus disracciones de lujo (Am&#233;rica Cup o turismo espacial).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#161;Lugar de sue&#241;o para los unos, pesadilla para los otros &#8211; por eso quiz&#225; la utop&#237;a hace figura de un no lugar para el n&#243;mada !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convencido de que lugares, l&#243;gicas y lenguajes constituyen situaciones sociohist&#243;ricamente espec&#237;ficas, el antrop&#243;logo, despu&#233;s de haber asociado la ausencia de utop&#237;a a la presencia del medio n&#243;mada, se siente en el deber de localizar la mentalidad ut&#243;pica. El sedentarismo, incluso ciudadano, no basta para explicar la aparici&#243;n del imaginario en cuesti&#243;n. Ya que las grandes civilizaciones asi&#225;ticas, a la vez que estaban altamente urbanizadas, han ignorado la utop&#237;a. En realidad, el fen&#243;meno ser&#237;a propiamente occidental, endeudado a la vez a los Griegos-Latinos y a los Judeo-Cristianos. Imposible explicarnos m&#225;s aqu&#237; sobre este punto. Se sabe sin embargo el car&#225;cter sui generis de la Ciudad griega (Vernant y Vidal-Naquet, 1990 ; Murray y Price, 1992), la especificidad del fen&#243;meno urbano en Europa (Heers, 1990 ; Chartier, 1998) y la centralidad religiosa, a la vez terrestre y celestial, de la Ciudad santa de Jerusal&#233;n. No por casualidad toda la experiencia ciudadana, con lo mejor y lo peor, sigue pesando sobre el militantismo man&#237;queo del ciudadano occidental, empeorando sus esperanzas escatol&#243;gicas : la Ciudad de Dios versus la de Mammon, Porto Alegre o Davos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En todo este asunto intercultural (de transcultural no podr&#237;a ser cuesti&#243;n), tal como ocurre con la Mar&#237;a contemplativa del Evangelio, el antrop&#243;logo ha elegido la mejor parte. No tiene que predicar por una u otra capilla (&#161;fuera de la suya !), Sino solamente 1. en ausencia de un lugar com&#250;n a la humanidad (su presencia equivaldr&#237;a al final verdadero del mundo humano !), a hacer la lista de una multiplicidad de medios incompresibles y por lo tanto de mentalidades incompatibles ; 2. a indicar que quien quisiera hacer participar a todos en su filosof&#237;a y pr&#225;ctica del mundo debe deslocalizar a sus interlocutores para relocalizarlos en su entorno : 3. a observar que esta transferencia se asemejar&#237;a curiosamente en general al proselitismo apost&#243;lico y furiosamente en particular, trat&#225;ndose de utop&#237;as crecientes o decrecientes, a una determinada occidentalizaci&#243;n del mundo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Sin embargo y mal que le pese a Trousson(1979) que tiene una definici&#243;n estrictamente literaria del g&#233;nero ut&#243;pico, con el fin de dar m&#225;s sino mejor qu&#233; pensar, hemos optado por una noci&#243;n heur&#237;sticamente amplia, pero profunda de la intencionalidad utopista que tendr&#237;a como base una insatisfacci&#243;n fundamental con el orden establecido as&#237; como una esperanza de ver llegar o volver un mundo profundamente mejor, tanto en la Tierra como en el Cielo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie des ouvrages cit&#233;s et consult&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bultmann, R. Histoire et eschatologie, Neuch&#226;tel, Delachaux et Niestl&#233;, 1959. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cauvin, J. Naissances des divinit&#233;s, naissance de l'agriculture, Paris, Flammarion, 1997.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chartier, R (et alii). La ville des temps modernes : de la Renaissance aux R&#233;volutions, Paris, Seuil, 1998.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cullman, O. Le Christ et le Temps. Temps et Histoire dans le christianisme primitif, Neuch&#226;tel, Delachaux et Niestl&#233;, 1947.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eliade, M. &#171; Paradis et Utopie : g&#233;ographie mythique et eschatologie &#187;, cp. vi de La nostalgie des origines, Paris, Gallimard, 1971.&lt;br class='autobr' /&gt;
Desroche, H. &#171; Humanismes et utopies &#187; in Histoire des M&#339;urs, vol. III, Paris, Gallimard, 1991.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fukuyama, Fr. La Fin de l'histoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, 1992.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gernet, J. Chine et christianisme. Action et r&#233;action, Paris, Gallimard, 1982.&lt;br class='autobr' /&gt;
Heers, J. La ville au Moyen Age en Occident, Paris, Fayard, 1990.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hobsbawm, E.J. The age of capital : 1848-1875, London, Sphere, 1977.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jullien, Fr. La propension des choses. Pour une histoire de l'efficacit&#233; en Chine, Paris, Seuil, 1992.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lucien de Samosate, I (et alii). Voyages aux pays de nulle part, Paris, Robert Laffont, 1990.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mordillat, G. et J. Prieur J&#233;sus contre J&#233;sus, Paris, Seuil, 1991. J&#233;sus apr&#232;s J&#233;sus, Paris, Seuil, 2004.&lt;br class='autobr' /&gt;
More, Th. Utopia, London, Walter Scott, 1907.&lt;br class='autobr' /&gt;
Murray, O et S. Price (edits.). La cit&#233; grecque d'Hom&#232;re &#224; Alexandre, Paris, La D&#233;couverte, 1992.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ruyer, R. L'Utopie des Utopies, Paris, PUF, 1950.&lt;br class='autobr' /&gt;
Singleton, M. &#171; On ne bouge plus ! Une m&#233;ditation d'anthropologue sur la mobilit&#233; humaine &#187;, Spiritus, 1, 2001, pp.1-11.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'au-del&#224;, l'en de&#231;&#224; et l'&#224;-c&#244;t&#233; du religieux &#187;, MAUSS, 22, 2003, pp.181-196.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trousson, R. Voyages aux Pays de Nulle Part. Histoire litt&#233;raire de la pens&#233;e utopique, Bruxelles, Editions de l'Universit&#233; de Bruxelles, 1979.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vernant, J-P. &#171; La formation de la pens&#233;e positive dans la Gr&#232;ce archa&#239;que &#187; in La Gr&#232;ce Ancienne, Paris, Seuil, 1990.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vidal-Naquet, P. &#171; La raison grecque et la cit&#233; &#187; in La Gr&#232;ce ancienne, vol.1. Paris, Seuil,1990.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Con la amable ayuda para la traducci&#243;n de Christiane Tarroux-Follin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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