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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>Une n&#233;gligence anthropologique</title>
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		<dc:date>2021-11-02T21:12:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Ici, en Occident, o&#249; la passion explicative transforme les objets, y compris esth&#233;tiques, en cadavres, le d&#233;lire explicatif thechno-scientifique-&#233;conomique a pris la place causale des arrangements de la R&#233;f&#233;rence que nous appelons mythes et religions. &#187; Pierre Legendre &lt;br class='autobr' /&gt; De l'ambigu&#239;t&#233; originelle et constante entre art et technique Le mot art, pour les philosophes, les th&#233;oriciens, les critiques et les sociologues, est une notion abstraite relativement r&#233;cente. Elle fut pr&#233;c&#233;d&#233;e par une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Ici, en Occident, o&#249; la passion explicative transforme les objets, y compris esth&#233;tiques, en cadavres, le d&#233;lire explicatif thechno-scientifique-&#233;conomique a pris la place causale des arrangements de la R&#233;f&#233;rence que nous appelons mythes et religions.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Legendre, De la soci&#233;t&#233; comme texte, Fayard, 2001, p. 178&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Legendre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'ambigu&#239;t&#233; originelle et constante entre art et technique&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot &lt;i&gt;art&lt;/i&gt;, pour les philosophes, les th&#233;oriciens, les critiques et les sociologues, est une notion abstraite relativement r&#233;cente. Elle fut pr&#233;c&#233;d&#233;e par une appr&#233;hension concr&#232;te aussi ancienne que les soci&#233;t&#233;s humaines depuis &lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt;, comme un r&#233;pertoire de formes s'ajoutant &#224; celles qui sont fournies par la nature ou qui s'en inspirent. Leroi-Gourhan, non sans c&#233;der &#224; quelques pr&#233;suppos&#233;s m&#233;taphysiques, affirme que le m&#234;me &#233;quipement fondamental du cerveau conduit &lt;i&gt;homo sapiens sapiens&lt;/i&gt; &#224; &#171; fabriquer des outils concrets et des symboles &#187;. Il confirme ainsi l'intuition de la langue grecque ancienne o&#249; le mot art n'existe pas et se traduit par &lt;i&gt;techn&#233;&lt;/i&gt;. Pour Platon, la &lt;i&gt;techn&#233;&lt;/i&gt; permet la cr&#233;ation, la &lt;i&gt;poi&#233;sis&lt;/i&gt; ; c'est une disposition humaine qui par l'action, la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, permet la r&#233;alisation de l'ouvrage comme tel, l'&lt;i&gt;ergon&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomisant de la notion d'art par rapport au religieux appara&#238;t en Italie au Quattrocento, mais avant le XVIIIe si&#232;cle, toute r&#233;flexion sur ce que l'on nomme en fran&#231;ais &lt;i&gt;art&lt;/i&gt; souffre d'une ambigu&#239;t&#233; essentielle. L'art est &#224; la fois proc&#233;d&#233; et moyen &#8211; ce que le grec &lt;i&gt;techn&#233;&lt;/i&gt; traduit nettement &#8211; et l'id&#233;al appr&#233;hensible par les sens qui s'oppose depuis le Moyen-&#194;ge &#224; la Nature, consid&#233;r&#233;e ou non comme cr&#233;ation divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe allemand Baumgarten invente, en 1753, le terme &lt;i&gt;esth&#233;tique&lt;/i&gt; pour d&#233;signer la science de la connaissance sensible. D&#233;riv&#233; du grec &lt;i&gt;aisth&#233;tikos&lt;/i&gt;, et de &lt;i&gt;aisthanestai&lt;/i&gt; : &#171; sentir &#187;, l'esth&#233;tique produit &#233;galement le mot &lt;i&gt;anesth&#233;sie&lt;/i&gt; et le verbe &lt;i&gt;anesth&#233;sier&lt;/i&gt;, qui signifie l'action qui prive de la facult&#233; de sentir (la douleur, mais pas seulement, comme nous le verrons plus loin). &#171; L'invention &#187; de Baumgarten aura des cons&#233;quences consid&#233;rables aussi bien pour la notion d'art que pour celle de technique. Avec Kant, la libert&#233; appara&#238;t dans la notion d'art : &#171; En toute rectitude, on ne devrait appeler art que la production qui fait intervenir la libert&#233;, c'est-&#224;-dire par un libre-arbitre dont les actions ont pour principe la raison&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kant, Critique de la facult&#233; de juger, &#167; 43, T. 2, &#338;uvres philosophiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autonomisation du mot &lt;i&gt;technique&lt;/i&gt; (1750) est rigoureusement contemporaine de celle du mot &lt;i&gt;esth&#233;tique&lt;/i&gt;. Sa signification va tendre &#224; s'en &#233;loigner d&#233;sormais, mais, dans l'acception la plus r&#233;pandue du substantif &lt;i&gt;technique&lt;/i&gt; : &#171; Ensemble des proc&#233;d&#233;s et des m&#233;thodes d'un art, d'un m&#233;tier, d'une industrie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Petit Larousse en couleurs, 1989, p. 964&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, l'ambigu&#239;t&#233; originelle r&#233;appara&#238;t. On conna&#238;t la suite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie le lecteur &#224; l'ouvrage d'Alain Gras : Fragilit&#233; de la puissance, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La plupart des penseurs de la technique ont explor&#233; jusqu'&#224; ce jour ce que je nommerai &#171; le glissement progressif du religieux &#187;. Le besoin de croire, anthropologiquement analys&#233;, d&#233;voile sa permanence historique sous des appellations variables selon les &#233;poques. Elles conservent toutes un statut de croyance. Ainsi, par ordre chronologique, pourrait-on nommer : les mythes, les religions, le monoth&#233;isme tric&#233;phale, la science occidentale, le scientisme, l'&#233;conomisme, le technicisme. Chacune de ces cat&#233;gories h&#233;rite de la part d'idol&#226;trie contenue dans celle qui la pr&#233;c&#232;de. Je formulerais volontiers l'hypoth&#232;se que ce glissement idol&#226;tre a pour origine un ph&#233;nom&#232;ne, &#224; ce jour non encore clairement &#233;lucid&#233;, qui concerne l'origine de l'art dans ses liens avec le religieux, c'est-&#224;-dire avec la mort et avec le pouvoir. Analogiquement, il ne faudrait donc pas s'&#233;tonner que les Grecs &#8211; h&#233;ritiers et premiers th&#233;oriciens des cultures qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;s &#8211; aient utilis&#233; un m&#234;me mot &lt;i&gt;technn&#233;&lt;/i&gt; pour &#233;voquer l'imm&#233;moriale et ambigu&#235; liaison entre art et technique. Cette &#233;trange et permanente ambivalence est toujours vive, comme en atteste la pr&#233;sence, dans nos &#171; maisons de la presse &#187;, d'une publication intitul&#233;e &lt;i&gt;Technik-Art&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la dimension esth&#233;tique de toute exp&#233;rience dans ses relations &#224; la technique artisanale&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Th&#233;oriquement, l'exp&#233;rience esth&#233;tique peut &#234;tre comprise comme une logique de contemplation active qui met en question, construit et d&#233;construit nos modes de repr&#233;sentation de la r&#233;alit&#233;. Elle &lt;i&gt;transforme&lt;/i&gt; notre &#171; &#234;tre au monde &#187; et le relie &#224; qui ce peut transcender les limites subjectives de la perception. Selon moi, elle permet ce faisant (contemplation &lt;i&gt;active&lt;/i&gt;), d'acc&#233;der au &#171; souci du monde &#187;, dans ses dimensions existentielles personnelles et interpersonnelles, dans ses rapports &#224; la technique, &#224; l'&#233;conomique et dans ses relations au politique. Toutefois, les trois phrases pr&#233;c&#233;dentes ne pr&#233;sentent qu'une apparence de th&#233;orie, sauf si l'on fait, une fois encore, recours aux Grecs. Pour eux le mot &lt;i&gt;th&#233;&#244;ria&lt;/i&gt; d&#233;signait un groupe d'envoy&#233;s &#224; un spectacle religieux, ou &#224; la consultation d'un oracle. Il &#233;tait donc associ&#233; &#224; une d&#233;marche communautaire orient&#233;e vers la contemplation, la m&#233;ditation ou l'adoration. La la&#239;cisation de ce terme a accompagn&#233; le progressif d&#233;senchantement du monde. L'envahissement progressif de l'emprise technologique sur nos vies soumises au &#171; funeste credo de cro&#238;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon l'heureuse formulation d'Alain Gras.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; a r&#233;duit la signification de la &lt;i&gt;th&#233;orie&lt;/i&gt; &#224; un utilitarisme d&#233;solant amput&#233; de la dimension po&#233;tique qu'elle contenait &#224; l'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me limiterai ici &#224; sugg&#233;rer qu'il convient de penser la dimension esth&#233;tique de toute exp&#233;rience de pr&#233;sence au monde, plut&#244;t que de penser en quoi l'esth&#233;tique peut &#234;tre une affaire d'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il me soit permis d'&#233;voquer ma pratique artistique. Depuis cinquante ans, je tente &#171; d'&#234;tre peintre &#187;. Cette pratique, telle que je l'ai choisie &#8211; c'est-&#224;-dire comme un m&#233;tier de longue tradition &#8211; m'impose un ensemble de r&#232;gles et une technicit&#233; certaine o&#249; la libert&#233; d'ex&#233;cution se confond avec le choix des contraintes. En cela, il n'y a rien de fondamentalement diff&#233;rent avec l'exercice d'autres m&#233;tiers artisanaux. J'utilise des mati&#232;res et des outils : la toile de lin, appr&#234;t&#233;e ou non, tendue sur un ch&#226;ssis de bois ; des brosses et des pinceaux ; une palette ou quelque support plan en faisant office ; des couleurs contenues dans des tubes de plomb ; divers outils secondaires, r&#233;cipients, chiffons, huiles et diluants... Je me consid&#232;re donc comme un artisan, renouant en cela avec un statut social fort ancien et oubli&#233; par la majorit&#233; des peintres depuis l'&#233;poque romantique, dont le d&#233;but est contemporain de l'&#233;branlement de la civilisation thermo-industrielle. &#171; Tous les peintres sont potentiellement philosophes, parce que leurs effets sont bien souvent des mat&#233;rialisations techniques de leurs r&#234;veries&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Gilbert Kieffer, Que peut la peinture pour l'esth&#233;tique ?, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; En effet, comme tout le monde, je r&#234;ve. Mais mon activit&#233; onirique s'exerce &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;tat de veille. Contemplatif &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; actif, mon &#171; travail &#187; commence toujours par une tr&#232;s longue contemplation et m&#233;ditation &lt;i&gt;sur le motif&lt;/i&gt;, sur ce qui va me mouvoir et m'&#233;mouvoir. Ce faisant, j'ai constat&#233; qu'il fallait que mon ego &lt;i&gt;d&#233;croisse&lt;/i&gt; jusqu'&#224; n'&#234;tre plus qu'extr&#234;me attention &#224; ce qui est. Ma subjectivit&#233; demeure, mais elle est sans autre attente que celle, jamais poss&#233;d&#233;e, mais toujours recherch&#233;e, devant abolir la distance entre l'observateur (je) et la chose observ&#233;e (une part du monde). Cette exp&#233;rience singuli&#232;re de &lt;i&gt;d&#233;croissance&lt;/i&gt; de l'ego, et de son emprise sur le monde, est paradoxale puisqu'elle implique une facult&#233; d'attention et de concentration exclusive de tout autre souci. Ce qui conduit l'opinion commune &#224; consid&#233;rer les &lt;i&gt;artistes&lt;/i&gt; comme de parfaits &#233;go&#239;stes incapables de penser &#224; autre chose qu'&#224; leur &#339;uvre. Techniquement, l'acte de peindre est une succession de gestes qui impliquent tout le corps. La main doit devenir &#339;il et regard. Elle choisit et m&#233;lange une mati&#232;re color&#233;e qui se d&#233;pose sur un support physique en estimant sans cesse la justesse, la v&#233;rit&#233; ou la tromperie, non pas en fonction d'une id&#233;e &#171; a priori &#187;, mais en se soumettant &#224; l'&#233;preuve d'une intensit&#233; de pr&#233;sence au monde dont l'&#339;uvre sera ou non le t&#233;moignage. C'est de cela dont il s'agit quand Paul Klee &#233;crit : &#171; L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible &#187;. &#201;videmment, toutes ces remarques ne concernent pas que l'exercice de la peinture. On peut les &#233;tendre &#224; la po&#233;sie, &#224; l'&#233;criture en g&#233;n&#233;ral, pour peu qu'elle ait souci de la langue dans sa dimension musicale, comme &#224; toute pratique d'un art o&#249; la perception et de la sensibilit&#233; ne c&#232;de pas, en s'y perdant, aux mirages de la technique et &#224; son insignifiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Art, technique industrielle et d&#233;croissance&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Limiter la r&#233;flexion sur la d&#233;croissance &#224; la critique de la croissance sous ses aspects &#233;conomiques et techniques est insuffisant. C'est restreindre son champ d'investigation aux seules cons&#233;quences visibles des effets n&#233;gatifs de la croissance sur les soci&#233;t&#233;s soumises &#224; ses contraintes. L'hypoth&#232;se que j'avance ici tend &#224; esquisser un programme d'exploration dans un domaine jusqu'alors curieusement n&#233;glig&#233; : celui d'une dimension invisible de cette nouvelle &#171; servitude volontaire &#187; accept&#233;e, semble-il, comme une soumission fatale &#224; l'&#233;conomisme et au technicisme. En amont des blessures et des ravages psychologiques, sociaux et politiques provoqu&#233;s par la croissance, cette dimension invisible est celle de la &lt;i&gt;perception sensible&lt;/i&gt; dans la relation &#224; soi-m&#234;me, aux autres et &#224; la Nature. L'art, dans toute la diversit&#233; de ses manifestations, est en quelque sorte la trace visible et sismographique qui en atteste la pr&#233;sence. C'est donc en interrogeant et en examinant l'&#233;volution de l'art que l'on peut juger de l'&#233;tat pr&#233;sent de cette &lt;i&gt;perception sensible&lt;/i&gt;. En creusant cette supposition, bien que confus&#233;ment encore comme l'est toute intuition pr&#232;s de sa source et semblable &#224; celle-ci, quand elle cherche en t&#226;tonnant son chemin, il m'appara&#238;t que l'art, comme n&#233;cessit&#233; anthropologique fondamentale, est le point d'appui qui permet de soulever la chape de plomb que le technicisme, en particulier, fait peser sur nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller au plus pr&#232;s de cette intuition, il faudrait, bien s&#251;r, m&#233;diter sur la rencontre de l'art et de la technique, comprise dans sa dimension industrielle, car ce que j'ai &#233;voqu&#233; plus haut ne concerne qu'une exp&#233;rience singuli&#232;re de l'esth&#233;tique dans ses relations &#224; une technique traditionnelle et artisanale. Vaste sujet dont je ne pourrai ici qu'esquisser le dessein en le mettant en relation avec l'id&#233;e et la valeur d'une civilisation de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technique industrielle et transformation du statut de l'&#339;uvre d'art&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quatre-vingts ans apr&#232;s sa premi&#232;re publication, l'essai sur &#171; L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproductibilit&#233; technique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, L'&#338;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproductibilit&#233; technique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; de Walter Benjamin, demeure l'&#233;tude la plus fulgurante et la plus riche sur les relations entre la technique industrielle et l'&#233;volution du statut de l'&#339;uvre d'art. R&#233;sumer la th&#232;se de Benjamin en quelques mots est une t&#226;che impossible, je n'en retiendrai que le fil conducteur. La technique industrielle de la reproduction photographique des &#339;uvres d'art, si elle d&#233;truit leur fonction sacrale, cultuelle, en faisant dispara&#238;tre l' &#171; aura &#187; suppos&#233;e exister dans le caract&#232;re unique de chacune d'elles, permet en revanche une crise de l'exp&#233;rience en d&#233;tachant l'&#339;uvre d'un instant d&#233;termin&#233; pour la transposer dans la dur&#233;e historique d'un &#233;ternel pr&#233;sent. &#171; En multipliant les exemplaires elles [les reproductions] substituent un ph&#233;nom&#232;ne de masse &#224; un &#233;v&#233;nement qui ne s'est produit qu'une seule fois. En permettant &#224; l'objet reproduit de s'offrir &#224; la vision ou &#224; l'audition dans n'importe quelle circonstance, elles lui conf&#232;rent une actualit&#233;. Ces deux processus aboutissent &#224; un consid&#233;rable &#233;branlement de la r&#233;alit&#233; transmise, &#224; un &#233;branlement de la tradition, qui est la contrepartie de la crise que traverse actuellement l'humanit&#233; et de son actuelle r&#233;novation. Ils sont en &#233;troite corr&#233;lation avec les mouvements de masse qui se produisent aujourd'hui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid,. p. 276.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Au moment o&#249; il travaille &#224; cette derni&#232;re version (1939), Benjamin est profond&#233;ment d&#233;sesp&#233;r&#233;, mais il se raccroche, sous l'influence de Brecht en particulier, &#224; la dimension messianique qu'il d&#233;c&#232;le dans le marxisme historique, malgr&#233; les mises en garde de son ami Gershom Scholem. La douloureuse contrainte de sa foi en la technique ne lui permet pas, du moins dans cet essai, d'appr&#233;hender les germes d'une catastrophe plus lointaine que celle qui s'annonce sous ses yeux, c'est-&#224;-dire la catastrophe de la perception, l'effacement du symbolique et la soumission aux totalitarismes de la technique et de l'&#233;conomisme que r&#233;v&#232;le l'&#233;poque actuelle. Mais Benjamin, loin d'&#234;tre un dogmatique, se serait empar&#233; de ces questions si sa mort pr&#233;matur&#233;e et tragique n'avait pas interrompu sa qu&#234;te du sens, au c&#339;ur de temps obscurs et insens&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#233;tayer cette remarque, je renvoie le lecteur &#224;, Sur le concept (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance et fondements des croyances occidentales&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La jeune pens&#233;e de la d&#233;croissance a h&#233;rit&#233; des concepts issus de la recherche et de la r&#233;flexion &#233;cologique, en particulier ceux d'&lt;i&gt;&#233;chelle&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;limite&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;finitude&lt;/i&gt;, et d'&lt;i&gt;interd&#233;pendance g&#233;n&#233;ralis&#233;e&lt;/i&gt;. Ces notions ont introduit des paradigmes qu'aucun raisonnement s&#233;rieux sur notre situation sp&#233;cifique ne saurait aujourd'hui n&#233;gliger sans devenir aussit&#244;t oiseuse, voire insignifiante. Par exemple, aucune prospective s&#233;rieuse, dans quelque domaine que ce soit, ne peut plus ignorer les causes anthropiques de la crise climatique ou de l'effondrement de la biodiversit&#233;. Il est donc l&#233;gitime de remarquer que si l'art et la technique sont aussi anciens que l'humanit&#233;, il a d&#251; se passer un ph&#233;nom&#232;ne historique qui les a disjoints et qui rel&#232;ve de ce que je nommerais &lt;i&gt;une n&#233;gligence anthropologique&lt;/i&gt; : celle de l'insouciance des &#233;chelles, des limites, de la finitude plan&#233;taire et de l'interd&#233;pendance g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Nous savons que ce ph&#233;nom&#232;ne historique est celui de l'apparition de la civilisation thermo-industrielle. Chaque jour nous d&#233;couvrons les cons&#233;quences dramatiques de cette &lt;i&gt;insouciance&lt;/i&gt; dont l'origine historique et factuelle remonte &#224; plus de deux si&#232;cles. Mais j'ai la conviction que s'en tenir l&#224; est insuffisant et qu'il faut revisiter les fondements des croyances de la civilisation occidentale pour d&#233;couvrir et comprendre la source anthropologique de sa volont&#233; de domination et la cl&#233; de sa &#171; r&#233;ussite &#187; technique, puisque c'est bien cette performance unique que l'&#233;tat actuel de la biosph&#232;re remet fondamentalement en question. Aucune soci&#233;t&#233; humaine, aucune civilisation n'a exist&#233; sans art et sans technique. Mais alors, pourquoi l'Occident est-il devenu ce mod&#232;le unique et triomphant que nous observons au moment m&#234;me o&#249; son extension plan&#233;taire rencontre les limites objectives de sa &#171; r&#233;ussite &#187; au-del&#224; desquelles la survie de l'esp&#232;ce humaine est compromise ? Le probl&#232;me majeur dans tout cela est &#233;videmment que ces analyses, qu'il faudrait certes nuancer, ne sont partag&#233;es que par une extr&#234;me minorit&#233; et que l'&#233;volution des esprits, des mentalit&#233;s et des comportements est infiniment plus lente que celle des ph&#233;nom&#232;nes n&#233;gatifs dont seule une prise de conscience collective et des d&#233;cisions politiques &#171; r&#233;volutionnaires &#187; pourraient enrayer l'issue. &#171; Pourquoi, face &#224; cette situation et sachant ce qu'il faudrait faire, nous ne le faisons pas ? &#187; s'&#233;criait Vaclav Havel, il y a bient&#244;t vingt ans. Nous en sommes toujours l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous en sommes encore au registre de la croyance. La majorit&#233; de nos contemporains &lt;i&gt;croit&lt;/i&gt; encore au progr&#232;s sans limites et aux &#171; g&#233;n&#233;reux &#187; bienfaits de la science et de la technique. Sans doute, il y aura de la casse, admet-elle, et seuls les mieux adapt&#233;s survivront. N'est-ce pas la loi pr&#233;sidant &#224; l'&#233;volution de toutes les esp&#232;ces ? Les OGM aideront &#224; son application &#171; &#233;largie &#187;. &#171; Le Cyborg &#187; et &#171; l'homme bionique &#187; sont &#224; port&#233;e d'&#233;prouvette et des nanotechnologies. Tant de plan&#232;tes et de syst&#232;mes solaires sont &#224; coloniser. Des soleils nains et ma&#238;tris&#233;s fourniront une &#233;nergie &#233;ternelle. Oui, &#171; nos sommes devenus comme des dieux &#187;, puisque la mort elle-m&#234;me sera vaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentant d'approfondir le questionnement sur les relations entre d&#233;croissance et technique, et compte tenu des consid&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, je suis conduit &#224; me demander si ce titre choisi est le bon, ou bien encore s'il faut le comprendre comme un possible catalogue de propositions pour une ou des techniques appropri&#233;es au service d'une d&#233;croissance d&#233;sirable. Dans la premi&#232;re hypoth&#232;se, il pourrait appara&#238;tre que le &#171; vrai &#187; sujet soit agonistique. Mais alors il faudrait rajouter l'adjectif &#171; industrielle &#187; au substantif &#171; technique &#187;, puisque c'est bien &lt;i&gt;l'industrialisme&lt;/i&gt; que nous stigmatisons comme l'origine de nos d&#233;convenues et comme l'objet de nos r&#233;voltes contre &#171; le cours des choses &#187;, et non pas la technique en soi. Autrement dit, il s'agirait de penser la d&#233;croissance comme une lutte contre l'industrialisme. D&#232;s lors, il serait question de strat&#233;gie, de techniques et de politiques de r&#233;sistances, accompagn&#233;es, effectivement, de propositions concr&#232;tes d&#233;finies par l'objectif de d&#233;croissance. Or, ce que nous d&#233;posons sous l'expression provocante de &lt;i&gt;d&#233;croissance&lt;/i&gt; est encore largement impens&#233; pour des raisons qu'il est indispensable de d&#233;voiler si nous voulons d&#233;passer les agressives r&#233;actions qu'elle provoque comme les na&#239;ves adh&#233;sions qu'elle d&#233;clenche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;croissance comme esth&#233;tique de r&#233;sistance face au technicisme&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment d&#233;passer cette paralysie de la pens&#233;e qui surgit d&#232;s l'instant o&#249; l'imminence d'une catastrophe se pr&#233;sente &#224; la perception et &#224; l'esprit, sachant que ce n'est pas l'espoir impens&#233; qui lib&#232;re l'avenir, mais bien le d&#233;sespoir pens&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de quoi, et surtout au nom de qui, voulons-nous construire la pens&#233;e de la d&#233;croissance, c'est-&#224;-dire celle de l'apr&#232;s d&#233;veloppement ? Au nom du refus de la fatalit&#233;. Au nom de celles et ceux qui viennent apr&#232;s nous, au nom des enfants, car m&#234;me sans boussole et d&#233;sorient&#233;e comme jamais, l'histoire continue sa marche en projetant les vivants sur l'empilement des morts. Si, d&#232;s sa naissance, la pens&#233;e de la d&#233;croissance aspire, encore confus&#233;ment sans aucun doute, &#224; devenir une r&#233;flexion th&#233;orique et un outil individuel et collectif d'&#233;mancipation humaine et de transformation sociale, elle ne peut pas faire l'&#233;conomie d'une r&#233;flexion approndie sur un des aspects souvent n&#233;glig&#233;s de l'id&#233;ologie de la croissance : &#224; savoir, celui des liens entre politique, technique et esth&#233;tique. Car c'est probablement l'absence de liens, l'autonomisation relative, l'ignorance r&#233;ciproque et les conflits de pr&#233;valence entre chacune de ces connaissances et de ces pratiques qui sont &#224; l'origine de l'illisibilit&#233; actuelle de notre avenir sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une meilleure connaissance des effets de la croissance, comme r&#233;alit&#233; &#233;conomique et comme &lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt;, sur notre facult&#233; de sentir peut nous orienter vers la compr&#233;hension du r&#244;le de la technique dans l'effondrement actuel du symbolique et de l'esprit d'utopie. Que la technique soit asservie &#224; l'&#233;conomisme ou l'inverse importe moins, ici, que de s'interroger sur le sens de l'expression : le mythe de la croissance. Le mot mythe est-il employ&#233; comme synonyme d'illusion ou comme r&#233;f&#233;rence &#224; un r&#233;cit cosmologique fondateur ? La langue commune invite &#224; choisir la premi&#232;re signification, celle de l'anthropologie la seconde. Dans les remarques suivantes, je propose de superposer ces deux interpr&#233;tations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi souffrir, physiquement et/ou psychologiquement ? Pourquoi mourir ? &#192; ces questions &#171; m&#233;taphysiques &#187; la technique ne r&#233;pond pas. Elle les &#233;limine en tant que questions. Elle anesth&#233;sie. Elle &#233;limine la facult&#233; de sentir la douleur, la peur de la souffrance et de la mort. Elle invente des analg&#233;siques et des psychotropes. Elle fait diversion et illusion. La technique agit sur le comment. Le pourquoi n'est pas son objet. L'&#233;volution technique mesure le progr&#232;s dans la mise en &#339;uvre du comment. Quels sont les crit&#232;res du progr&#232;s ? Qui les d&#233;finit et au nom de quelles valeurs ? Toutes ces questions, au demeurant banales, sont inf&#233;r&#233;es &#224; nos multiples perceptions contemporaines du temps. La modernit&#233; a conditionn&#233; et class&#233; notre imaginaire temporel en cat&#233;gories de perceptions relativement &#233;tanches les unes par rapport aux autres qui contribuent &#224; la &#171; bab&#233;lisation &#187; contemporaine. Pour les marchands et les sp&#233;culateurs l'id&#233;al est l'instantan&#233;it&#233; du profit. Pour les politiques le temps court semble &#234;tre devenu la r&#232;gle. Pour les &#233;conomistes soumis au mod&#232;le dominant, la recherche d'une croissance sans limites n'abolit pas le temps mais le place en quelque sorte hors champ. Les hommes des &#171; soci&#233;t&#233;s traditionnelles &#187; manifest&#232;rent, quant &#224; eux, une extraordinaire cr&#233;ativit&#233; culturelle pour abolir &lt;i&gt;p&#233;riodiquement&lt;/i&gt; le temps et se lib&#233;rer de &#171; la terreur de l'histoire &#187;. L'observation et le respect des cycles de la Nature induisaient la perception commune de la longue dur&#233;e, voire de l'immuable. Ces soci&#233;t&#233;s int&#233;graient tout &#233;v&#233;nement dans la grille de lecture d'un r&#233;cit mythique, tandis que pour les soci&#233;t&#233;s modernes, les nouveaux mythes, comme celui de la croissance, sont &lt;i&gt;sans r&#233;cit&lt;/i&gt;, sans &#233;paisseur ni profondeur. La nouveaut&#233; prime sur la dur&#233;e. L'obsolescence r&#232;gne. Celle de tous les artefacts produits par la technique pr&#233;figure-t-elle celle de l'homme lui m&#234;me, comme le pense Gunther Anders ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perception d'un avenir infini et ind&#233;termin&#233; appara&#238;t avec la modernit&#233;. Une rupture par rapport &#224; la fonction traditionnelle du mythe est introduite sous le concept de Progr&#232;s. La notion de &#171; progr&#232;s technique &#187; a fait basculer les soci&#233;t&#233;s modernes dans la n&#233;cessit&#233; de l'invention technique permanente soumise &#224; un Projet et &#224; des projets qui, par d&#233;finition, gaspillent &#233;norm&#233;ment d'&#233;nergies. Ce gaspillage est aussi, comme nous l'avons appris, dilapidation de vies humaines et source d'immenses profits pour le capitalisme. Le cas de la &#171; Grande guerre &#187; en est, si j'ose dire, la d&#233;monstration la plus fameuse. &#192; l'inverse, les soci&#233;t&#233;s traditionnelles &#171; sont des soci&#233;t&#233;s qui produisent extr&#234;mement peu de d&#233;sordre, que les physiciens appellent &#171; entropie &#187;, et qui ont une tendance &#224; se maintenir ind&#233;finiment dans leur &#233;tat initial, ce qui explique d'ailleurs qu'elles nous apparaissent comme des soci&#233;t&#233;s sans histoire et sans progr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude L&#233;vi-Strauss, Race et histoire, Paris, Gonthier, 1961, p. 44.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses relations &#224; la technique, donc au Progr&#232;s, l'id&#233;e de d&#233;croissance souffre de deux handicaps majeurs. Le premier est que, subissant de plein fouet la dictature intellectuelle du progressisme, sa signification est aussit&#244;t d&#233;tourn&#233;e comme &#233;tant un projet r&#233;actionnaire. L'imaginaire collectif est &#224; ce point colonis&#233; par le mod&#232;le dominant que rares sont ceux capables d'observer qu'en de nombreux domaines, la d&#233;croissance est d&#233;j&#224; une r&#233;alit&#233; commune, mais encore largement impens&#233;e. Le second handicap est aliment&#233; par les perceptions na&#239;ves de ceux qui, refusant &#224; juste raison de se soumettre au mod&#232;le dominant, consid&#232;rent qu'il suffit d'en inverser les injonctions pour en d&#233;couvrir l'issue. L'id&#233;e de d&#233;croissance est encore dans &#171; un angle mort &#187;, en particulier dans la repr&#233;sentation que nous avons de notre imaginaire ins&#233;r&#233; dans la temporalit&#233;. L'anthropologie culturelle peut nous aider &#224; enrichir notre compr&#233;hension. &#192; l'encontre des concepts ethnocentriques ou nationalistes des valeurs absolues, le relativisme culturel n'aboutit pas &#224; un nihilisme ou la n&#233;gation de l'Autre. Il reconna&#238;t que le droit, la justice et la beaut&#233; peuvent rev&#234;tir autant de formes qu'il y a de cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, le sort mat&#233;riel de la classe sociale privil&#233;gi&#233;e de l'Occident a-t-il &#233;t&#233; am&#233;lior&#233; par le perfectionnement des techniques de la mati&#232;re. Mais, dans la mesure o&#249; la pens&#233;e scientifique est devenue, pour l'essentiel, le moteur de perfectionnement des techniques, elle est arriv&#233;e &#224; un point critique de remise en question de toutes les certitudes acquises. Puisse la jeune pens&#233;e de la d&#233;croissance contribuer &#224; les &#233;branler davantage. L'avenir nous le dira. On proposera donc, pour l'instant, de comprendre la d&#233;croissance comme une esth&#233;tique de r&#233;sistance et de solidarit&#233; dans un &#233;branlement, une facult&#233; de &lt;i&gt;sentir au-del&#224;&lt;/i&gt;, une tentative de cr&#233;ation d'un autre horizon anthropologique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Legendre, &lt;i&gt;De la soci&#233;t&#233; comme texte&lt;/i&gt;, Fayard, 2001, p. 178&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kant, &lt;i&gt;Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;, &#167; 43, T. 2, &lt;i&gt;&#338;uvres philosophiques&lt;/i&gt;, Gallimard, La Pl&#233;iade, p. 1084.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Petit Larousse en couleurs, 1989, p. 964&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie le lecteur &#224; l'ouvrage d'Alain Gras : &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance, se lib&#233;rer de l'emprise technologique&lt;/i&gt;, Fayard, 2003, et &#224; l'abondante litt&#233;rature critique sur &#171; le syst&#232;me technicien &#187;, en particulier G&#252;nter Anders, &lt;i&gt;L'Obsolescence de l'homme&lt;/i&gt;, Ivr&#233;a, 2002, Hannah Arendt, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, Calmann L&#233;vy, 1983, Jacques Ellul, &lt;i&gt;Le syst&#232;me technicien&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, 1977, Annie Le Brun, Du trop de r&#233;alit&#233;, Stock, 2000, Herbert Marcuse, &lt;i&gt;L'Homme unidimensionnel&lt;/i&gt;, Minuit, 1968, Bernard Stiegler, &lt;i&gt;La Technique et le Temps&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 1996... pour ne citer que ceux-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon l'heureuse formulation d'Alain Gras.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Gilbert Kieffer, &lt;i&gt;Que peut la peinture pour l'esth&#233;tique ?&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions Petra, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &lt;i&gt;L'&#338;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproductibilit&#233; technique&lt;/i&gt;, derni&#232;re version de 1939, in &lt;i&gt;&#338;uvres III&lt;/i&gt;, Gallimard, 2000, pp. 269-316.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid,&lt;/i&gt;. p. 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour &#233;tayer cette remarque, je renvoie le lecteur &#224;, &lt;i&gt;Sur le concept d'histoire&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 434, o&#249; Walter Benjamin, m&#233;ditant, dans un texte tr&#232;s bref, sur un tableau de Paul Klee qui s'intitule Angelus Novus, d&#233;crit la situation de l'Ange de l'Histoire pris dans la temp&#234;te. &#171; [...] Mais du paradis souffle une temp&#234;te qui s'est prise dans ses ailes, si violemment que l'ange ne peut plus les refermer. Cette temp&#234;te le pousse irr&#233;sistiblement vers l'avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui, s'&#233;l&#232;ve jusqu'au ciel. Cette temp&#234;te est ce que nous appelons le progr&#232;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude L&#233;vi-Strauss, &lt;i&gt;Race et histoire&lt;/i&gt;, Paris, Gonthier, 1961, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La cause de la v&#233;rit&#233;... &#187;</title>
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		<dc:date>2021-10-31T12:39:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; La cause de la v&#233;rit&#233; devrait &#234;tre la cause commune &#187; dit Montaigne. L'exercice de la pens&#233;e soucieuse de v&#233;rit&#233; plus que de b&#233;n&#233;fice ne consiste pas &#224; ass&#233;ner des le&#231;ons mais &#224; tirer le&#231;on de l'examen, rigoureux et intuitif &#224; la fois, de la r&#233;alit&#233; per&#231;ue et librement &#233;tudi&#233;e. L'objection de croissance est n&#233;e d'une r&#233;flexion remettant radicalement en cause toutes les interpr&#233;tations impos&#233;es par la doxa r&#233;gnante. Si l'ambition de l'id&#233;e de d&#233;croissance est de se d&#233;faire de l'imaginaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; La cause de la v&#233;rit&#233; devrait &#234;tre la cause commune &#187; dit Montaigne. L'exercice de la pens&#233;e soucieuse de v&#233;rit&#233; plus que de b&#233;n&#233;fice ne consiste pas &#224; ass&#233;ner des le&#231;ons mais &#224; tirer le&#231;on de l'examen, rigoureux et intuitif &#224; la fois, de la r&#233;alit&#233; per&#231;ue et librement &#233;tudi&#233;e. L'objection de croissance est n&#233;e d'une r&#233;flexion remettant radicalement en cause toutes les interpr&#233;tations impos&#233;es par la doxa r&#233;gnante. Si l'ambition de l'id&#233;e de d&#233;croissance est de se d&#233;faire de l'imaginaire &#233;conomiste et de l'imaginaire technique, au nom de &#171; la cause commune &#187;, elle s'expose in&#233;vitablement &#224; l'hostilit&#233; absolue d'un mod&#232;le consensuel qui a fait de la marchandise et de la technique les fers de lance de sa domination. Mais, plus que l'argent et les armes, ce sont bien les mythes ali&#233;nants qui font obstacle &#224; l'&#233;mancipation de la soci&#233;t&#233; humaine. &#171; Le funeste credo de cro&#238;tre &#187; est celui d'entre eux qui, depuis quelques d&#233;cennies seulement, ravage la plan&#232;te et attise l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dossier de la troisi&#232;me livraison d'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt; interroge la technique &#224; la lumi&#232;re de l'id&#233;e de d&#233;croissance, comprise comme un processus exploratoire cherchant l'issue d'un labyrinthe. Il ne s'agit donc pas de rejeter la technique ou de l'exalter, pas d'avantage que de renoncer &#224; la Raison, mais plut&#244;t de confronter raison et technique &#224; l'imm&#233;morial &#171; pourquoi &#187; qui habite au c&#339;ur de l'homme. Les constats sur notre actuelle situation, en tant qu'esp&#232;ce, replacent frontalement ce &#171; pourquoi &#187; sur la sc&#232;ne de l'histoire. La raret&#233; et le risque ne sont-ils pas les deux composantes majeures de l'usage du monde en notre temps ? Ne pas le percevoir n'est-il pas le signe que &#171; le progr&#232;s &#187; est bien une id&#233;ologie qui distille, &#224; l'envi et pour le plus grand nombre, une esp&#233;rance aveugle o&#249; l'&#233;volution technique est suppos&#233;e r&#233;soudre les probl&#232;mes dont elle est la source ? Si &#171; cause commune &#187; il y a, il est impossible de faire l'impasse sur les dimensions sociales et politiques engendr&#233;es par les techniques contemporaines en tout domaine. Les plus sophistiqu&#233;es d'entre elles impliquent dans leur application une organisation sociale &#224; tendance totalitaire. Il est patent que notre conscience &#8212; et par cons&#233;quent notre &#233;thique et notre morale &#8211; n'est pas &#224; la mesure des outils de notre puissance, ce qui est un facteur essentiel d'irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contributions r&#233;unies dans ce num&#233;ro d'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt; n'ont pas pr&#233;tention &#224; l'exhaustivit&#233;. Elles ne sont que des invitations particuli&#232;res &#224; la r&#233;flexion, situ&#233;es et circonstanci&#233;es, r&#233;unies par une commune vigilance aux aspects diff&#233;rents. Cette attention n'est pas seulement une affaire de savoir et de th&#233;orie. Elle affiche la conviction que l'inertie, le masque et la fatalit&#233; sont impraticables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Claude Besson-Girard&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>NOTES DE LECTURE </title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article181</link>
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		<dc:date>2021-10-26T17:52:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD, Simon CHARBONNEAU</dc:creator>



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&lt;p&gt;Marshall Sahlins, La D&#233;couverte du vrai sauvage et autres essais. Traduit de l'anglais par Claudie Voisenat, Gallimard, janvier 2007. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il en va des livres qui nous nourrissent et nous stimulent comme des vins que l'on boit et partage : il y a des ann&#233;es m&#233;diocres, des moyennes, des bonnes et de tr&#232;s rares excellentes. &lt;br class='autobr' /&gt;
1974 et 1976 furent pour moi, comme pour ceux qui les d&#233;couvrirent alors, les excellentes ann&#233;es de publication en France de deux ouvrages majeurs en anthropologie : La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marshall Sahlins&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;La D&#233;couverte du vrai sauvage et autres essais&lt;/i&gt;. Traduit de l'anglais par Claudie Voisenat, Gallimard, janvier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va des livres qui nous nourrissent et nous stimulent comme des vins que l'on boit et partage : il y a des ann&#233;es m&#233;diocres, des moyennes, des bonnes et de tr&#232;s rares excellentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1974 et 1976 furent pour moi, comme pour ceux qui les d&#233;couvrirent alors, les excellentes ann&#233;es de publication en France de deux ouvrages majeurs en anthropologie : &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt; de Pierre Clastres, et &lt;i&gt;&#194;ge de pierre, &#226;ge d'abondance, l'&#233;conomie des soci&#233;t&#233;s primitives&lt;/i&gt; de Marshall Sahlins, pr&#233;fac&#233; par Pierre Clastres. Ces deux livres ont aliment&#233; &#224; l'&#233;poque ma pens&#233;e naissante sur la d&#233;croissance, &#224; tel point que je pense aujourd'hui que s'il existait une improbable &#171; &#201;cole de la d&#233;croissance &#187; je recommanderais &#224; son responsable d'offrir &#224; ses &#233;l&#232;ves une session de plusieurs mois pour l'&#233;tude de ces deux auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1980, furent publi&#233;s en fran&#231;ais deux autres livres de Sahlins : &lt;i&gt;Critique de la sociobiologie, aspects anthropologiques&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Au c&#339;ur des soci&#233;t&#233;s, raison utilitaire et raison culturelle&lt;/i&gt;, puis il y eut un trou inexplicable de vingt-sept ans dans les publications en fran&#231;ais des &#339;uvres du plus c&#233;l&#232;bre, avec Clifford Geertz (1926-2006), des anthropologues nord-am&#233;ricains. C'est donc avec une gourmandise compr&#233;hensible que je viens de d&#233;vorer son dernier livre, remarquablement traduit par Claudie Voisenat : &lt;i&gt;La D&#233;couverte du vrai sauvage et autres essais&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait chipoter sur le titre fran&#231;ais choisi par la Maison Gallimard, qui ne correspond qu'&#224; l'intitul&#233; d'un des essais de ce recueil. Il est vrai que &lt;i&gt;Culture in Practice&lt;/i&gt; (titre original de l'&#233;dition, publi&#233;e chez Urzone, New York, 2000) est nettement moins &#171; glamour &#187; pour un lectorat urbain et mat&#233;riellement privil&#233;gi&#233;, d'autant plus avide d'exotisme qu'il consomme davantage de 4X4 et de voyages &#171; d&#233;paysants &#187; dans les &#206;les tropicales o&#249; il joue au &#171; bon sauvage &#187; ou au Capitaine Cook, alternativement, selon ses humeurs passag&#232;res et les fluctuations du Cac 40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recueil d'articles, donc. Je dirais plut&#244;t travaux d'atelier qui r&#233;capitulent l'itin&#233;raire intellectuel de Marshall Sahlins, anthropologue profond&#233;ment am&#233;ricain, n&#233; en 1930, engag&#233; contre la guerre men&#233;e par son pays au Vietnam, et qui a entretenu un dialogue avec l'&#233;cole fran&#231;aise d'anthropologie, en particulier avec l'&#339;uvre et la personne de Claude L&#233;vi-Strauss.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier essai du livre (sous la forme d'un &lt;i&gt;Avant-propos&lt;/i&gt;), intitul&#233; : &lt;i&gt;Fragments d'une autobiographie intellectuelle&lt;/i&gt;, on peut lire l'immense int&#233;r&#234;t que Sahlins porte &#224; la philosophie et &#224; la litt&#233;rature en g&#233;n&#233;ral comme &#171; r&#233;action esth&#233;tique &#224; la domination de l'&#233;conomie de march&#233; et &#224; la marchandisation de toute chose &#187;. [p. 9] D'o&#249; lui vient une des constantes de sa recherche dans le domaine symbolique : &#171; L'organisation (et la d&#233;sorganisation) du monde en termes symboliques est la caract&#233;ristique de l'humanit&#233;. &#187; [p. 15] La mise en relation de l'histoire (versus actualit&#233;) avec les fondements culturels des soci&#233;t&#233;s et son admiration pour la lutte vietnamienne lui font &#233;crire : &#171; Mais le spectacle du n&#233;olithique &#233;crasant la r&#233;volution industrielle ne fut pas seul &#224; d&#233;construire mon anthropologie scientifique. Ma participation &#224; l'invention d'un mouvement pour arr&#234;ter la guerre devait influer de fa&#231;on curieuse et contradictoire sur mon parcours intellectuel. &#187; [p. 28] Toute la trajectoire de Sahlins est d&#233;j&#224; dans cette phrase. &#171; L'histoire peut donc ob&#233;ir &#224; un ordre culturel sans &#234;tre prescrite par la culture. Lorsque l'anthropologue d&#233;clare qu'un certain &#233;v&#233;nement &#8211; le &lt;i&gt;teach-in&lt;/i&gt; ou le Capitaine Cook gisant sur une plage d'Hawa&#239; &#8211; se d&#233;plie dans une certaine logique culturelle, il ne tente pas (comme on l'a cru parfois) de r&#233;introduire l'esp&#232;ce disparue du d&#233;terminisme culturel. &#187; [p. 34]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre I a justement pour titre : &lt;i&gt;Exp&#233;rience individuelle et ordre culturel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier sous-chapitre : &#171; Individualisme utilitariste et d&#233;terminisme culturel &#187; on plonge dans un bain aujourd'hui familier aux objecteurs de croissance. &#171; Et, de fait, lorsqu'une soci&#233;t&#233; voue un culte &#224; la marchandise, son anthropologie, elle, est toute dispos&#233;e &#224; faire du culte une marchandise. &#187; [p ; 43] Le plaisir se prolonge, quand Sahlins, puisant dans son immense culture sans fronti&#232;res, &#233;crit plus loin : &#171; La perception est instantan&#233;ment une re-connaissance, une confrontation de ce qui est per&#231;u avec des cat&#233;gories socialement admises : &#8220;Ceci est un oiseau.&#8221; La conscience humaine ou symbolique consiste aussi en des actes de classification impliquant l'int&#233;gration d'une perception individuelle dans une conception sociale. La perception rel&#232;ve donc du concept de la fa&#231;on dont un exemple rel&#232;ve d'une classe ; de m&#234;me l'exp&#233;rience rel&#232;ve de la culture. &#187; [p. 47] Citant le bon mot de Gregory Bateson : &lt;i&gt;plus c'est la m&#234;me chose, plus &#231;a change&lt;/i&gt;, Sahlins, tout au long de l'ouvrage ne va cesser d'articuler la d&#233;marche dialectique critique &#224; son exploration anthropologique cadr&#233;e dans le temps depuis la mise en contact de l'Occident avec les soci&#233;t&#233;s que son imp&#233;rialisme id&#233;ologique et technique lui permet de &#171; d&#233;couvrir &#187;. Dans le champ g&#233;ographique des int&#233;r&#234;ts de Sahlins pour la Polyn&#233;sie, cette &#171; d&#233;couverte &#187; se confond avec et depuis l'aventure de James Cook (1728-1779).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant faire des choix pour ne pas alourdir cette note, je saute au chapitre III : &lt;i&gt;La d&#233;couverte du vrai sauvage&lt;/i&gt;. Y est narr&#233;e par le menu l'aventure de Charlie Savage et ce qui en suivit. Savage &#233;tait (probablement) un marin su&#233;dois, rejet&#233; par un naufrage au large des &#238;les Nairai en 1808 et qui s'installa &#224; Bau comme chef de bande d'une vingtaine d'&#233;trangers combattant pour le compte du grand roi guerrier Naulivou et lui permettant (selon les historiens des &#238;les Fidji) de faire de Bau le royaume dominant ces &#238;les. Le propos de Sahlins, dans cette narration, consiste &#224; d&#233;montrer que &#171; la glorification de Charlie Savage, au cours de sa vie et apr&#232;s sa mort, fut une affaire fidjienne et non une simple autorepr&#233;sentation all&#233;gorique de l'imp&#233;rialisme europ&#233;en &#187;. [p. 187] En termes plus g&#233;n&#233;raux, il s'agit, pour Sahlins, de faire la d&#233;monstration que, contrairement au courant rousseauiste qui se cantonne au c&#244;t&#233; destructeur de la rencontre du capitalisme avec les peuples qu'il conquiert, ceux-ci r&#233;agissent &#224; l'arriv&#233;e des armes et des marchandises en adaptant leurs institutions et en int&#233;grant &#171; l'ext&#233;riorit&#233; &#187; dans un cadre qui prolonge leurs traditions. Les Tonguiens allant jusqu'&#224; penser que Napol&#233;on &#233;tait un Tonguien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essai suivant (chapitre IV) s'intitule : &lt;i&gt;Les cosmologies du capitalisme&lt;/i&gt;. &#171; L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale de ce chapitre est que le Syst&#232;me Monde est l'expression rationnelle &#8211; tout au moins en termes de valeur d'&#233;change &#8211; de logiques culturelles relatives. Syst&#232;me de diff&#233;rences culturelles organis&#233;es comme une division du travail, c'est un march&#233; global des faiblesses humaines, o&#249; toutes peuvent &#234;tre n&#233;goci&#233;es avec profit, dans une monnaie commune. Tout comme Galil&#233;e pensait que les math&#233;matiques &#233;taient le langage du monde physique, la bourgeoisie s'est plu &#224; croire que l'univers culturel &#233;tait r&#233;ductible &#224; un discours sur les prix &#8211; bien que les autres peuples aient r&#233;sist&#233; &#224; l'une et l'autre id&#233;e en peuplant leur existence d'autres consid&#233;rations. Si le f&#233;tichisme est donc le mode de fonctionnement coutumier de l'&#233;conomie mondiale capitaliste, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il traduit ces cosmologies et ontologies distinctes, ces diff&#233;rentes relations de personnes et de syst&#232;mes d'objets, en termes d'analyse de co&#251;t et de b&#233;n&#233;fices : un simple pidgin8 arithm&#233;tique au moyen duquel nous pouvons aussi acqu&#233;rir &#224; bon compte les savoirs des sciences sociales. Certes, cette capacit&#233; de r&#233;duire les propri&#233;t&#233;s sociales aux valeurs du march&#233; est justement ce qui permet au capitalisme de ma&#238;triser l'ordre culturel. Pourtant, au moins quelquefois, cette m&#234;me capacit&#233; fait du capitalisme l'esclave de conceptions locales du prestige, de moyens de contr&#244;le du travail et de pr&#233;f&#233;rences marchandes qu'il ne cherche pas &#224; contr&#244;ler puisque cela ne serait d'aucun profit. Une histoire du syst&#232;me mondial doit mettre au jour la culture cach&#233;e sous le capitalisme. &#187; [p. 213]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmant que &#171; le d&#233;veloppement d'une conscience culturelle chez les anciennes victimes de l'imp&#233;rialisme est l'un des ph&#233;nom&#232;nes les plus remarquables de l'histoire du monde dans la derni&#232;re partie du XXe si&#232;cle &#187; [p. 268], Marshall Sahlins, (dans le chapitre V), nous invite &#224; un &lt;i&gt;Adieu aux Tristes Tropiques&lt;/i&gt;. Certains lecteurs y verront sans doute la malencontreuse apparition d'un optimisme paradoxal et d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'&#339;uvre dont nous &#233;tions tous devenus peu ou prou familiers. Ce n'est pas mon opinion. Je me risque &#224; penser qu'il ne s'agit pas d'optimisme (cat&#233;gorie du jugement, &#233;trang&#232;re &#224; l'anthropologie de Sahlins) mais d'une lucidit&#233; appuy&#233;e sur des faits, des exemples qui constamment assouplissent un sch&#233;ma th&#233;orique ou le relativisme, excluant les faits culturels (symboliques), rejoint un &#171; re-vitalisme &#187; sans concessions &#224; l'air du temps. &#171; Il est parfois utile de rappeler que notre pr&#233;tendu discours rationaliste participe lui aussi d'un langage culturel particulier et que &#171; nous sommes l'un des autres. &#187; [p. 281] Toute l'&#339;uvre de Sahlins s'inscrit en faux contre le relativisme culturel en ce qu'il rend impossible la comparaison. Similarit&#233; et diff&#233;rence se d&#233;veloppent conjointement dans l'histoire du monde moderne et contemporain dans la mesure o&#249; une soci&#233;t&#233; parvient &#224; briser le joug &#233;tranger et retrouve le chemin de sa propre culture. Toute lib&#233;ration, toute &#233;mancipation est d'abord un acte de culture. &#171; Si tout cela a un sens, si le monde devient une Culture des cultures, ce qu'il nous faut aujourd'hui ethnographier c'est l'indig&#233;nisation de la modernit&#233; &#8211; &#224; travers le temps et dans ses hauts et ses bas dialectiques, depuis le premier develop-man [jeu de mot, que Sahlins rel&#232;ve &#224; partir d'une prononciation indig&#232;ne du mot anglais &#171; development &#187;] jusqu'aux derni&#232;res inventions de la tradition. Le capitalisme occidental est plan&#233;taire dans son extension, mais il n'est pas une logique universelle du changement culturel. D'ailleurs, nous avons nous-m&#234;mes &#233;t&#233; trop domin&#233;s, sur le plan historiographique et ethnographique, par ses imp&#233;rieuses affirmations. Il est temps aujourd'hui de comprendre ce qu'il devient dans d'autres contextes culturels. &#187; [p. 295-296]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Osez savoir ! &#187; Ce sont les deux premiers mots du chapitre VI : &lt;i&gt;Lumi&#232;res de l'anthropologie ? De quelques le&#231;ons du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;. Le point d'interrogation est capital, on l'aura compris. Il s'agit bien d'interroger les id&#233;ologies de la &#171; modernisation &#187; et du &#171; d&#233;veloppement &#187;. Celles-ci ont puis&#233; leur inspiration dans un syst&#232;me philosophique justifiant la domination de l'Occident. &#171; L'&#233;volutionnisme unilin&#233;aire du XIXe si&#232;cle &#233;tait une cons&#233;quence anthropologique logique de cette conception &#233;clair&#233;e de la rationalit&#233; universelle. Tout le monde devait passer par les m&#234;mes stades de d&#233;veloppement. &#187; [p. 306-307] S'attachant &#224; d&#233;montrer que si le monde s'est unifi&#233; par l'expansion du capitalisme au cours des deux derniers si&#232;cles, il est &#233;galement rediversifi&#233; par les adaptations indig&#232;nes au rouleau compresseur de la globalisation, Sahlins d&#233;finit son point de vue anthropologique comme capacit&#233; de d&#233;celer les grandes choses dans les petites. &#171; L'indig&#233;nisation de la modernit&#233; nous offre encore un nouvel &#233;clairage. &#187; [p. 328] &#171; Aujourd'hui, tout le monde a une culture et il n'y a plus que les anthropologues pour en douter &#187; [...] Car &#171; la culture n'est pas seulement un h&#233;ritage, c'est un projet &#187;. [p. 334]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre VII (et dernier) est un essai foisonnant de digressions fulgurantes et parfois &#233;nigmatiques. Il porte le beau titre : &lt;i&gt;La tristesse de la douceur, ou l'anthropologue indig&#232;ne de la cosmologie occidentale&lt;/i&gt;. Je songe &#224; la pi&#232;ce de Synge : &#171; Le baladin du monde occidental &#187;, tant les sous-chapitres &#233;voquent une composition po&#233;tique et musicale tout en demeurant des coups de sondes dans la recherche anthropologique contemporaine. Qu'on en juge par leur simple &#233;nonc&#233; : Introduction : Les &#171; Fleurs du mal &#187; ; L'anthropologie du besoin ; Digression : note sur la renaissance ; L'anthropologie de la biologie ; L'anthropologie du pouvoir ; L'anthropologie de la providence ; L'anthropologie de la r&#233;alit&#233; ; La tristesse de la douceur. Je laisse au lecteur le go&#251;t de s'en &#233;merveiller, de s'en d&#233;marquer, de s'y retrouver ou de s'y perdre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Sahlins, une culture se comprend par l'histoire, et une histoire par sa culture. La notion qui est au centre de toute son &#339;uvre est celle de &#171; culture &#187;. Il propose une th&#233;orie de la culture, qui est selon lui le v&#233;ritable projet de l'anthropologie. De la m&#234;me mani&#232;re qu'il a cherch&#233; &#224; r&#233;soudre l'opposition classique entre infrastructure et superstructure en s'appuyant sur le structuralisme, il va prendre la m&#234;me orientation pour tenter de sortir d'un sch&#233;ma &#233;volutionniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de l'histoire. Qu'on le suive ou le d&#233;sapprouve, il est incontestable que s'&#233;tant toujours int&#233;ress&#233; au r&#244;le de l'imp&#233;rialisme occidental dans son rapport aux autres soci&#233;t&#233;s, il nous est d'une aide pr&#233;cieuse pour comprendre o&#249; nous en sommes aujourd'hui. La tradition anthropologique est plus que jamais n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension du monde actuel. Sahlins nous rappelle, si nous l'ignorions encore, que la vraie pens&#233;e sauvage (et la vraie &#171; sauvagerie &#187;) est peut-&#234;tre celle du capitalisme occidental. Puissent les lecteurs de cette revue y trouver leur miel tant il m'appara&#238;t, chaque jour davantage, que la conversion de la pens&#233;e sous-tendue par l'objection de croissance, est une conversion anthropologique ou elle n'est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Claude BESSON-GIRARD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andr&#233; Lebeau&lt;/strong&gt;. &lt;i&gt;L'Engrenage de la technique. Essai sur une menace plan&#233;taire&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;ophysicien de formation, professeur honoraire au CNAM et ancien cadre dirigeant au CNES et &#224; l'Agence Spatiale Europ&#233;enne, Andr&#233; Lebeau a incontestablement vou&#233; sa vie &#224; la Technique, c'est pourquoi il est particuli&#232;rement qualifi&#233; pour en parler. Mais contrairement aux &#233;crits habituellement consacr&#233;s &#224; une carri&#232;re r&#233;ussie c&#233;l&#233;brant les vertus de la technique qui lui ont donn&#233; tout son sens et son &#233;clat, Lebeau a d&#233;cid&#233; de prendre au contraire du recul critique et de la hauteur vis-&#224;-vis de ce qui constitue le destin de l'humanit&#233; moderne. Son analyse du r&#244;le jou&#233; par la technique dans ce que mon p&#232;re Bernard Charbonneau appelait &#171; la grande mue de l'humanit&#233; &#187; s'inscrit dans la tradition des ouvrages consacr&#233;s &#224; la critique du d&#233;veloppement scientifique et technique &#224; contre-courant de l'id&#233;ologie du progr&#232;s, une tradition acad&#233;mique qui n'a malheureusement rencontr&#233; aucun &#233;cho aupr&#232;s de ceux qui sont cens&#233;s nous guider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; certains de ses a&#238;n&#233;s parmi les plus c&#233;l&#232;bres comme Jacques Ellul, qu'il ne cite curieusement pas alors que c'est l'auteur pionnier qui il y a cinquante ans a &#233;crit un ouvrage fondateur sur le question de l'engrenage de la technique dans le monde moderne, Lebeau n'aborde pas du tout cette question sous un angle sociologique et philosophique. Son point de vue, explicable par sa formation, reste r&#233;solument scientifique et plus pr&#233;cis&#233;ment biologisant comme il l'affirme sans d&#233;tour (p. 149 et p. 240 par cette phrase : &#171; Nous resterons plus que jamais fid&#232;le au parti d'un regard ext&#233;rieur, vide d'&#233;motion, sur le sort de l'esp&#232;ce ! &#187;). En s'appuyant sur les &#339;uvres d'auteurs comme Leroi-Gourhan, Simondon et Bertrand Gilles, il analyse la nature, la structure et la dynamique du ph&#233;nom&#232;ne technique. Sur la base d'une grande culture scientifique multidisciplinaire, il souligne les diff&#233;rentes dimensions de ce ph&#233;nom&#232;ne &#224; travers les questions de l'information, de l'&#233;nergie, de la mati&#232;re et de la d&#233;mographie. A vrai dire, au c&#339;ur de la d&#233;marche de l'auteur, il y a le recours &#224; l'analyse syst&#233;mique qui s'applique admirablement &#224; la crise &#233;cologique. Dans cette optique, il a beau jeu de d&#233;montrer que l'absence totale de r&#233;troactions n&#233;gatives, contribuant &#224; instaurer un &#233;quilibre hom&#233;ostatique au sein du techno-syst&#232;me [p. 156], ne peut que d&#233;boucher sur une catastrophe finale pour l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion totalement pessimiste de l'ouvrage qui comporte d'ailleurs le titre &#233;loquent &#171; Les portes de la nuit &#187; [p. 256] s'inscrit dans le courant actuel dit du &#171; catastrophisme &#233;clair&#233; &#187; cher &#224; JeanPierre Dupuy. Reste que l'auteur ignore les fondements anthropologiques du &#171; d&#233;ferlement technologique &#187; (Thibon Cornillot) ainsi que ses cons&#233;quences sociales, &#233;thiques et culturelles, car seule la question des rapports de l'homme moderne arm&#233; de la technique avec la terre l'int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'en conseillerons pas moins la lecture de cet ouvrage remarquablement p&#233;dagogique &#224; toutes les personnes de formation scientifique qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont cru dur comme fer &#224; l'avenir radieux o&#249; devait nous conduire le progr&#232;s technique h&#233;rit&#233; du si&#232;cle des Lumi&#232;res. Il devrait contribuer &#224; leur dessiller les yeux si les &#233;v&#233;nements de ces derni&#232;res ann&#233;es n'y ont pas contribu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon CHARBONNEAU&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;croissance et travail</title>
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		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD</dc:creator>



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&lt;p&gt;Loin de l'agitation m&#233;diatique et des surench&#232;res de promesses inh&#233;rentes &#224; un rituel hexagonal et quinquennal, Entropia a choisi de contribuer &#224; une r&#233;flexion actualis&#233;e sur la question du travail et de l'emploi, dans la perspective de l'av&#232;nement, souhaitable et in&#233;luctable &#224; nos yeux, d'une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne nous faisons pas d'illusion. La d&#233;croissance comme telle ne sera pas invit&#233;e &#224; composer la carte ou les menus propos&#233;s au choix des &#233;lectrices et des &#233;lecteurs. Par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Loin de l'agitation m&#233;diatique et des surench&#232;res de promesses inh&#233;rentes &#224; un rituel hexagonal et quinquennal, &lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt; a choisi de contribuer &#224; une r&#233;flexion actualis&#233;e sur la question du travail et de l'emploi, dans la perspective de l'av&#232;nement, souhaitable et in&#233;luctable &#224; nos yeux, d'une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous faisons pas d'illusion. La d&#233;croissance comme telle ne sera pas invit&#233;e &#224; composer la carte ou les menus propos&#233;s au choix des &#233;lectrices et des &#233;lecteurs. Par contre, les objecteurs de croissance sont et seront de plus en plus pr&#233;sents autour des tables dress&#233;es, ici et l&#224;, avec ceux qui luttent contre la fatalit&#233; d'un monde sans horizon et sans joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait dire que le mot &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; soit associ&#233; &#224; la joie, sinon pour celles et ceux qui ont conquis la libert&#233; d'exercer des activit&#233;s o&#249; le sentiment de s'accomplir en humanit&#233; est pr&#233;sent dans leur vie quotidienne. Je ne parlerai pas des nantis de naissance qui ignorent souvent le travail &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la joie. Pour les autres, c'est-&#224;-dire pour l'immense majorit&#233; de nos concitoyens, le travail &#171; jetable &#187; a succ&#233;d&#233; au travail prot&#233;g&#233; et qualifi&#233;. Le travail n'est m&#234;me plus un statut qui suffit &#224; sortir de la pauvret&#233;, et pr&#232;s de la moiti&#233; des salari&#233;s actuels imaginent qu'ils pour- raient finir SDF. Et, comble d'une r&#233;gression schizophr&#233;nique, puisque qu'on leur dit que &#171; les emplettes sont les emplois &#187;, ils ont le sentiment de se licencier eux-m&#234;mes s'ils sont de mauvais consommateurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternance des jugements positifs et n&#233;gatifs concernant le &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; traduit plusieurs types d'ambigu&#239;t&#233;s, dont la principale oppose banalement le travail &lt;i&gt;impos&#233;&lt;/i&gt; et le travail &lt;i&gt;choisi&lt;/i&gt;. L'ambivalence de la notion de travail est pr&#233;sente d&#232;s les origines de la pens&#233;e occidentale. Dans la tradition biblique, faut-il le rappeler, Adam et &#200;ve sont chass&#233;s du Paradis pour avoir go&#251;t&#233; au fruit de l'arbre d&#233;fendu et, de ce fait, par Dieu &#171; condamn&#233;s &#224; travailler &#224; la sueur de leur front &#187;. Pour les Grecs, le travail est li&#233; &#224; trois notions distinctes : la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt;, o&#249; le sujet agissant se transforme lui-m&#234;me, la &lt;i&gt;poi&#233;sis&lt;/i&gt;, o&#249; il modifie quelque chose hors de lui-m&#234;me, en cr&#233;ant, et la &lt;i&gt;techn&#233;&lt;/i&gt;, quand, &#224; partir d'une exp&#233;rience pr&#233;alable et un faisceau de savoirs, il peut obtenir un r&#233;sultat souhait&#233;. R&#233;cup&#233;rant les ambigu&#239;t&#233;s du concept de &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;, on sait &#233;galement que les autorit&#233;s nazies l'ont utilis&#233; en guise d'ornement monstrueux &#224; l'entr&#233;e des camps d'exterminations : ARBEIT MACHT FREI, le travail rend libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est naturel, si j'ose dire, que ce dossier d'Entropia consacr&#233; au travail apparaisse aussi comme un hommage, discret mais fervent, rendu &#224; Andr&#233; Gorz, l'une des grandes figures de la pens&#233;e contemporaine, en particulier dans le domaine de la crise des motifs irrationnels de la rationalisation &#233;conomique. Sa r&#233;flexion, assortie d'un engagement philosophique et politique exemplaire, depuis 1958&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Gorz, Le Tra&#238;tre, &#201;ditions du Seuil, 1958 et 1978.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; jusqu'&#224; ce jour, a contribu&#233; &#224; notre meilleure compr&#233;hension des liens complexes entre l'histoire sociale, les luttes &#233;mancipatrices et l'&#233;colo- gie politique. &#171; Il faut essayer de comprendre pourquoi la raison &#233;conomique a pu imposer sa loi ; provoquer le divorce du travail et de la vie, de la production et des besoins, de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233;. Pourquoi elle est en train de d&#233;sint&#233;grer celle-ci ; pourquoi nombre d'activit&#233;s ne peuvent &#234;tre transform&#233;es en travail r&#233;mun&#233;r&#233; et en emploi sans &#234;tre d&#233;natur&#233;es dans leur sens par cette transformation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Gorz, M&#233;tamorphoses du travail, Qu&#234;te du sens, Critique de la raison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pastichant ce mot que l'on pr&#234;te &#224; Georges Clemenceau : &#171; La guerre est une affaire trop s&#233;rieuse pour qu'on la confie &#224; des mili- taires &#187;, ne pourrait-on pas affirmer que &#171; le travail est une affaire trop s&#233;rieuse pour qu'on la confie &#224; des &#233;conomistes &#187; ? Certains le pensent et souvent, je l'avoue, il m'arrive de leur donner raison.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pr&#233;tention des &#171; sciences &#233;conomiques &#187; m'effare. Aujourd'hui, tout d&#233;bat m&#233;diatique &#171; s&#233;rieux &#187; sur des questions &#233;conomiques et sociales se doit de convier &#171; des &#233;conomistes de bords politiques oppos&#233;s (sic) &#187;. Peut-on imaginer semblables pr&#233;cautions avec des biologistes ou des astrophysiciens ? L'affaire est entendue : la scientificit&#233; revendiqu&#233;e par l'&#233;conomie ne concerne que la logique des raisonnements et non les croyances sur lesquelles ils reposent. C'est pr&#233;cis&#233;ment sur le registre de ces croyances que les objecteurs de croissance fondent leur combat contre la dictature de l'&#233;conomisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;conomie a une histoire, elle proc&#232;de donc d'une &#171; invention&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Latouche, L'Invention de l'&#233;conomie, Albin Michel, 2005.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Que les savants me pardonnent si je soutiens que l'&#233;conomie a, certes, une histoire, mais que cette histoire commence aussi tous les jours. Chaque fois que je plante plus de poireaux que n&#233;cessaires &#224; la consommation de la maisonn&#233;e, j'invente l'&#233;conomie puisque, &#224; moins de le jeter, ce qui serait stupide, je dois vendre ou donner le surplus que la terre et &lt;i&gt;mon travail&lt;/i&gt; ont produit. L'&#233;conomie commence donc avec l'au-del&#224; du n&#233;cessaire, avec &#171; le plus qu'il n'en faut &#187;, mais aussi avec les mots pour en parler. Mon ami anthropologue Michael Singleton m'a racont&#233; l'&#233;tonnement d'un expert en d&#233;veloppement qui demandait &#224; un Africain quel &#233;tait son travail dans le maigre champ qu'il cultivait. &#171; Je ne &lt;i&gt;travaille&lt;/i&gt; pas, je suis paysan &#187;, r&#233;pondit celui-ci !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire autrement, l'&#233;conomie commence avec &#171; la peur de manquer &#187;. Son importance est inversement proportionnelle &#224; la part de sagesse qu'elle a d&#233;truite. &#171; D'un point de vue &#233;conomique, le noyau central de la sagesse est la p&#233;rennit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E.F. Schumacher, Small is beautiful, Une soci&#233;t&#233; &#224; la mesure de l'homme, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Au sujet du travail, la sagesse n'imposerait-elle pas de se poser la question du pourquoi plus que celle du comment ? Vivre prescrit d'agir, mais pourquoi se livrer enti&#232;rement &#224; une activit&#233; dont la seule finalit&#233; se r&#233;duirait au &lt;i&gt;travail pour le travail&lt;/i&gt; ? Tout ce dont on estime l'usage n&#233;cessaire pour vivre, sans &#234;tre en mesure de le produire soi-m&#234;me, oblige de se le procurer ailleurs, chez &#171; autrui &#187;, avec qui un &#233;change symbolique s'impose, coquillage, m&#233;tal pr&#233;cieux ou papier-monnaie, ou en s'en remettant &#224; une gestion collective des biens et services communs. Depuis toujours, les petits malins se sont affranchis par la force et la violence de cette obligation morale de l'&#233;change &#233;quitable. Ils ont invent&#233; l'histoire, c'est-&#224;-dire la guerre, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, les fronti&#232;res et le travail ali&#233;n&#233;. On objectera, &#233;videmment, que ces consid&#233;rations abruptes sont simplistes et manquent pour le moins de s&#233;rieux. Tout le monde n'a pas le privil&#232;ge de cultiver son jardin et encore moins celui d'en recueillir une sagesse. L'autarcie n'a pas bonne presse. Ne conduit-elle pas &#224; l'enfermement sur soi, au rejet de l'autre et &#224; l'inceste ? L'autonomie vaut-elle mieux dans le grand cirque de la mondialisation hyper capitaliste ? Qui s'int&#233;resse &#224; elle, sauf pour justifier les industries nationales d'armements et le &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; qu'elles procurent &#224; celles et ceux qu'elles emploient. Le mot emploi n'est qu'en apparence synonyme de &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;. Les machines ne ch&#244;ment pas. Elles travaillent. Leur invention et leur utilisation devaient soulager le travail humain. Elles l'ont fait, au-del&#224; de tout espoir, au point de menacer et de priver de &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; ceux qui les servent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; est un substantif employ&#233; avec de nombreux verbes. Il manque ou ne manque pas. Il se cherche, se pr&#233;sente, se repr&#233;sente, se donne, se prend, se divise, se multiplie, se choisit, s'aban- donne, se justifie, devient flexible, se trouve, se r&#233;duit, se perd...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va du mot &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; comme de tout autre terme servant &#224; d&#233;signer un aspect de la r&#233;alit&#233;. Tout d&#233;pend du point de vue auquel on se place par rapport &#224; l'id&#233;e qu'on s'en fait. Par exemple, on pourra regretter de ne trouver, dans ce dossier, aucune parole de ch&#244;meur de longue dur&#233;e, d'rmiste ou d'exclu du monde du &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;, pour quelque raison que ce soit. Constatant cette carence, ne faudrait-il pas y rem&#233;dier en proposant aux lecteurs d'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt; un num&#233;ro dont le th&#232;me pourrait &#234;tre &#171; d&#233;croissance, exclusion et usage du monde &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, des &#233;conomistes et des sociologues, plus ou moins anti-&#233;conomistes et en tout cas critiques de la domination de l'&#233;conomisme dans nos soci&#233;t&#233;s enrichies, se sont livr&#233;s &#224; un exercice p&#233;rilleux. Il est toujours risqu&#233;, en effet, de parler d'une r&#233;alit&#233; complexe en n'en connaissant, d'exp&#233;rience, qu'un aspect ext&#233;rieur, si j'ose dire, &#224; cette r&#233;alit&#233; m&#234;me, en tout cas telle qu'elle est v&#233;cue par la majorit&#233; de ceux qui la subissent. Je ne veux pas dire, &#233;videmment, que les contributions r&#233;unies dans cette livraison ne sont pas &#171; du &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; &#187;, ni que leurs auteurs ne connaissent pas le monde du travail. Certains en sont, m&#234;me, des sp&#233;cialistes, et c'est bien la difficult&#233; que rencontrent les intellectuels &#224; propos de n'importe quelle question soumise &#224; leur examen &#171; professionnel &#187;. William Faulkner a eu, &#224; ce sujet, ce mot d&#233;finitif : &#171; Il y a ceux qui vivent, et ceux qui, &#224; d&#233;faut de vivre, en parlent. &#187; Ceci &#233;tant dit, il existe un antidote &#224; cette contradiction interne au m&#233;tier d'intellectuel. C'est la facult&#233; de sentir, la sensibilit&#233;. Au-del&#224; des diff&#233;rences d'analyses li&#233;es &#224; des points de vue h&#233;t&#233;rog&#232;nes sur tel ou tel aspect de la r&#233;alit&#233;, les intellectuels attach&#233;s &#224; repr&#233;senter les caract&#233;ristiques souhaitables d'une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance partagent, me semble-t-il, une sensibilit&#233; commune, une facult&#233; de sentir (ce en quoi se d&#233;finit &#233;tymologiquement l'esth&#233;tique) qui les r&#233;unit dans une m&#234;me famille d'esprit. C'est justement le projet d'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt; que d'en dessiner peu &#224; peu le visage. Chacun sait que personne, aujourd'hui moins que jamais, ne peut pr&#233;tendre tout savoir sur tout. Cette &#233;vidence ne doit pas &#234;tre entendue comme une fatalit&#233;. Elle nous invite au contraire &#224; une &#339;uvre de d&#233;passement comparable &#224; celle que s'exige tout artiste digne de ce nom. C'est aussi ce que je nommerais volontiers &lt;i&gt;la po&#233;tique de la d&#233;croissance&lt;/i&gt;. Le r&#233;examen de la question du travail dans cette optique n'ouvre-t-il pas sur un champ de cr&#233;ation et de libert&#233; sans pr&#233;c&#233;dent ? &#171; Le domaine de la libert&#233;, (disait Marx), commence l&#224; o&#249; cesse le travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est affaire de milieu, c'est bien connu. Milieux et m&#233;tiers ont tr&#232;s longtemps &#233;t&#233; associ&#233;s. Ils correspondaient en outre &#224; des r&#233;partitions r&#233;gionales qui se transposaient &#224; l'&#233;chelle r&#233;duite des quartiers &#224; l'int&#233;rieur des villes. Aujourd'hui, dans les m&#233;galopoles, les quartiers s'ethnicisent de plus en plus et le travail avec, tandis que le ch&#244;mage, l'exclusion et la mis&#232;re sont sans lieu, &#171; sans toit ni loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant qu'il n'ait subi, &#224; son tour, les effets de la novlangue niveleuse des parlers &#171; de m&#233;tier &#187;, voici comment, en 1935, &#171; le Milieu &#187; parlait du &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Lacassagne, m&#233;decin des prisons et du service des m&#339;urs, L'Argot du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; &lt;i&gt;Travail&lt;/i&gt;. En argot du &#8220;milieu&#8221;, c'est le vol, le cambriolage, l'exercice de la prostitution. Biseness. Boulo (sic). Colletin. Gratin. Groupin. Truc. Turbin. [...] Travailler : aller au boulo (re-sic), au labeur, au gratin. Bosser. Boulonner. Bousiller. B&#251;cher. Buriner. En filer, en ficher ou en foutre un coup, une secousse. Frapper dans la butte. Gratter. Marner. Masser. Piocher. S'expliquer. S'occuper. Trimer. Turbiner... &#187; C'&#233;tait au temps o&#249; les voyous comme les bourgeois ne croyaient pas encore au mythe de la croissance sans limites. Aujourd'hui la voyouterie, la vraie, celle qui exige 15 % de retour sur investissement et joue au Grand Casino de la mondialisation, n'a plus besoin de pinces-monseigneur ni de &#171; monte-en-l'air &#187;. L'hypercapitalisme d&#233;mat&#233;rialis&#233; r&#232;gne sur notre derni&#232;re &#171; mati&#232;re commune &#187; : le langage. Ses mots sont nos maux. La d&#233;croissance est son ultime hantise, comme celles de l'ail et de l'aube pour les vampires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En introduction &#224; ce dossier d'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt;, consacr&#233; &#224; &#171; D&#233;croissance et travail &#187;, comment ne pas &#233;voquer la figure de Paul Lafargue ? En 1880, le gendre de Marx publie &lt;i&gt;Le Droit &#224; la Paresse&lt;/i&gt;, qui est proba- blement le premier pamphlet d'importance contre le d&#233;veloppement, le productivisme et ses d&#233;rives. On peut donc le consid&#233;rer comme le pr&#233;curseur de l'objection de croissance en s'attaquant &#224; la religion du travail, consid&#233;r&#233;e comme &#171; un vice diaboliquement chevill&#233; dans le c&#339;ur des ouvriers &#187;, non sans des accents que ne renierait pas un &#233;cologiste d'aujourd'hui. Qu'on en juge par cet extrait : &#171; Dans nos d&#233;partements lainiers, on effiloche les chiffons souill&#233;s et &#224; demi pourris, on en fait des draps dits de &lt;i&gt;renaissance&lt;/i&gt;, qui durent ce que durent les promesses &#233;lectorales ; &#224; Lyon, au lieu de laisser &#224; la fibre soyeuse sa simplicit&#233; et sa souplesse naturelle, on la surcharge de sels min&#233;raux qui, en lui ajoutant du poids, la rendent friable et de peu d'usage. Tous nos produits sont adult&#233;r&#233;s pour en faciliter l'&#233;coulement et en abr&#233;ger l'existence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Lafargue, Le Droit &#224; la paresse, Mille et une nuits, 2002.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ma connaissance, l'humour et la joie de vivre ne sont pas les caract&#233;ristiques essentielles du milieu des &#233;conomistes orthodoxes. Seuls les &#233;conomistes h&#233;t&#233;rodoxes, &#224; l'instar de Nicholas Georgescu- Roegen, qui affirmait que &#171; l'objectif de l'&#233;conomie &#233;tait de procurer la joie de vivre &#187;, poss&#232;dent l'ironie et la l&#233;g&#232;ret&#233; qui sied &#224; leur modestie. Ils savent se rire des pouvoirs exorbitants que l'hypercapitalisme contemporain accorde aux &#233;conomistes de sa doxa, devenus les nouveaux mages de nos soci&#233;t&#233;s enrichies d'insignifiances. Comme par hasard, ces dissidents ne sont pas seulement anti-&#233;conomistes, mais aussi philosophes, f&#233;rus d'anthropologie, amateurs d'art et de po&#233;sie, et m&#234;me, comble de l&#232;se gravit&#233;, de tr&#232;s bons vivants. Ils savent aussi que l'antith&#232;se de la sagesse est d'affirmer que &#171; ce qui est laid est utile et ce qui est beau ne l'est point &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paraphrasant Hannah Arendt, je dirais que le &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; ne manque jamais de sens quand &lt;i&gt;l'&#339;uvre&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;l'action&lt;/i&gt; s'y accordent et l'illuminent. N'est-ce pas la vocation de la jeune pens&#233;e de la d&#233;croissance que de retrouver le chemin de cette inspiration ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Gorz, &lt;i&gt;Le Tra&#238;tre&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Seuil, 1958 et 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Gorz, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses du travail, Qu&#234;te du sens, Critique de la raison &#233;co- nomique&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 1988, 4e de couverture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Latouche, &lt;i&gt;L'Invention de l'&#233;conomie&lt;/i&gt;, Albin Michel, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E.F. Schumacher, &lt;i&gt;Small is beautiful, Une soci&#233;t&#233; &#224; la mesure de l'homme&lt;/i&gt;, Le Seuil, 1978, p. 33&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Lacassagne, m&#233;decin des prisons et du service des m&#339;urs, &lt;i&gt;L'Argot du milieu&lt;/i&gt;, pr&#233;face de Francis Carco, Albin Michel, &#233;diteur, Paris 1935.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Lafargue, &lt;i&gt;Le Droit &#224; la paresse&lt;/i&gt;, Mille et une nuits, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le viol du bonheur</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article129</link>
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		<dc:date>2013-03-10T10:20:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre &#187;, &#171; il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir &#187;. La chronique de Marie de Verg&#232;s, dans Le Monde du mardi 26 f&#233;vrier 2013, r&#233;actualise, une fois de plus, le bon sens de ce proverbe ancien dans l'une et l'autre de ses formes.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;Points de vue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.entropia-la-revue.org/local/cache-vignettes/L102xH150/arton129-49c26.jpg?1635518095' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre &#187;, &#171; il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir &#187;. La chronique de Marie de Verg&#232;s, dans Le Monde du mardi 26 f&#233;vrier 2013, r&#233;actualise, une fois de plus, le bon sens de ce proverbe ancien dans l'une et l'autre de ses formes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le premier devoir d'un chroniqueur, comme d'une chroniqueuse, n'est-il pas de s'informer avec exigence et de citer les sources contradictoires de ses informations avant de conclure dans un sens ou un autre ? Si tel avait &#233;t&#233; le cas de Madame Marie de Verg&#232;s, elle saurait que l'id&#233;e de d&#233;croissance ne doit pas &#234;tre confondue avec la r&#233;cession &#233;conomique. La moindre curiosit&#233; en ce domaine en attesterait sans peine, tant la litt&#233;rature sur l'objection de croissance est abondante et accessible &#224; quiconque. Sans doute, lui a-t-il &#233;chapp&#233; aussi de lire dans Le Monde, du 9 f&#233;vrier dernier, ans le suppl&#233;ment &#171; CULTURE &amp; ID&#201;ES &#187;, la double page de St&#233;phane Foucart, titr&#233;e : &#171; Notre civilisation pourrait-elle s'effondrer ? Personne ne veux y croire &#187;. Elle saurait &#233;galement que les &#233;tudes r&#233;centes sur lesquelles elle fonde son pamphlet &#171; Parlons croissance, parlons bonheur &#187; ont &#233;t&#233; contredites par d'autres non moins bien inform&#233;es, ne serait-ce que celles offertes par la communaut&#233; scientifique internationale qui ne cesse, mais en vain semble-il, d'alerter l'opinion et les d&#233;cideurs sur les menaces pesant sur l'avenir de notre esp&#232;ce soumise au d&#233;lire d'une d&#233;mesure en tout domaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le monde tel qu'il est devenu depuis peu, il n'est plus possible de penser et d'agir comme si l'effondrement de la biodiversit&#233;, la crise climatique, la rar&#233;faction des ressources vitales, l'&#233;volution d&#233;mographique et les obsc&#232;nes disparit&#233;s sociales n'&#233;taient que fables et vaines inqui&#233;tudes. C'est pourtant, semble-t-il, l'attitude de Madame de Verg&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me dans ce &#171; d&#233;bat d'id&#233;es &#187; est qu'il ne s'agit pas d'id&#233;es mais de croyances. D&#232;s lors, la r&#233;alit&#233; du monde commun, qu'il s'agisse d'&#233;conomie, de soci&#233;t&#233;, de culture&#8230; ou de bonheur, se trouve distordue par les pr&#233;suppos&#233;s inh&#233;rents aux mondes et aux modes des croyances. T&#233;moin des folies de son si&#232;cle, Goya a grav&#233; une suite de chefs-d'&#339;uvre sous le titre : &#171; Le sommeil de la raison engendre des monstres &#187;. Les objecteurs de croissance, t&#233;moins des folies du n&#244;tre, luttent contre un d&#233;ni des r&#233;alit&#233;s qui concernent les enrichis comme les appauvris, les dominants comme les domin&#233;s. L'unique &#233;galit&#233; entre eux r&#233;side dans le fait qu'ils habitent une m&#234;me plan&#232;te menac&#233;e comme jamais dans les &#233;quilibres de ses &#233;cosyst&#232;mes et rong&#233;e par l'&#233;go&#239;sme de ceux qui placent le bonheur dans un enrichissement mat&#233;riel sans limites.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tant qu'il y a des prisons, nous ne sommes pas libres &#187; &#233;crivait Paul &#201;luard. Tant qu'existe la mis&#232;re engendr&#233;e par une id&#233;ologie mortif&#232;re, nous ne pouvons pas &#234;tre heureux. Si le bonheur existe, et il peut exister &#224; chaque instant sans jamais pouvoir &#234;tre poss&#233;d&#233;, la moindre des choses ne serait-elle pas de le prot&#233;ger de tout viol ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une philosophie de la consommation. Agent &#233;conomique et sujet moral.</title>
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		<dc:date>2012-01-07T23:14:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD, Serge LATOUCHE</dc:creator>



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&lt;p&gt;Sortir de l'imp&#233;rialisme de l'&#233;conomie et construire une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance comporte un versant th&#233;orique, &#224; savoir sortir de l'&#233;conomie politique comme discours dominant. Bien que partant d'une position essentialiste qui n'est pas la n&#244;tre, Arnaud Berthoud, dans un travail remarquable, esquisse pr&#233;cis&#233;ment une alternative th&#233;orique sous le nom de philosophie de la consommation. Il s'agit en fait d'une analyse subversive qui, en se rattachant &#224; l'&#339;conomique d'Aristote, d&#233;l&#233;gitime (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;N&#176; 1 - D&#233;croissance et Politique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sortir de l'imp&#233;rialisme de l'&#233;conomie et construire une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance comporte un versant th&#233;orique, &#224; savoir sortir de l'&#233;conomie politique comme discours dominant. Bien que partant d'une position essentialiste qui n'est pas la n&#244;tre, Arnaud Berthoud, dans un travail remarquable, esquisse pr&#233;cis&#233;ment une alternative th&#233;orique sous le nom de philosophie de la consommation. Il s'agit en fait d'une analyse subversive qui, en se rattachant &#224; l'&lt;i&gt;&#339;conomique&lt;/i&gt; d'Aristote, d&#233;l&#233;gitime radicalement la science &#233;conomique. Celle-ci n'est qu'une &#171; chr&#233;matistique &#187; (science de l'accumulation de la richesse pour elle-m&#234;me). La consommation &#171; vraie &#187; consiste dans l'usage &#233;conome d'un ensemble de richesse ,constituant la propri&#233;t&#233; du sujet en vue du bonheur dans l'amiti&#233; avec soi-m&#234;me. Il remet, ce faisant, explicitement en question la dictature de la production, de la valeur d'&#233;change et donc implicitement de la croissance, et r&#233;habilite le don primordial et le relationnel non marchand au c&#339;ur d'un art de l'usage des choses et des personnes qui pourrait constituer un guide th&#233;orique pour la constitution d'une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance. &#171; Avant toute production et acquisition faite par l'homme, &#233;crit-il, il y a un don fait par la nature [p. 35]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce don, qui est don de son lieu et de son temps de vie, l'homme doit apprendre &#224; l'accueillir. Cet accueil, c'est l'accueil de l'autre, plante, animal, ou homme, d'abord. Suit la r&#233;introduction des rapports personnels dans l'art de consommer. &#171; Consommer ou entretenir sa vie en usant de ses semblables et de tous les biens mat&#233;riels, &#233;crit-il, c'est d'abord les recevoir dans une culture et dans un monde. Le don pr&#233;c&#232;de en cela la prise. L'acquiescement est ant&#233;rieur &#224; la prise de possession. L'accueil est le premier moment de l'appropriation [p. 54]. &#187; &#171; Dans l'&#233;conomie d'Aristote, poursuit-il, l'usage du semblable a une pr&#233;s&#233;ance sur l'usage des choses et le souci relatif &#224; &#8220;l'excellence des personnes&#8221; tient compte des fonctions, des statuts et des histoires [p. 37]. &#187; L'&#233;conomie poli&#173;tique et la science &#233;conomique ult&#233;rieure vont recevoir d'Adam Smith et de sa th&#233;orie de la consommation une notion de bonheur &#233;triqu&#233;e et chagrine qui exclut pr&#233;cis&#233;ment l'usage heureux du semblable. &#171; Tout ce qui fait la joie de vivre ensemble et tous les plaisirs du spectacle social o&#249; chacun se montre aux autres dans tous les lieux du monde &#8211; march&#233;s, ateliers, &#233;coles, administrations, rues ou places publiques, vie domestique, lieux de loisir&#8230; sont retir&#233;s de la sph&#232;re &#233;conomique et plac&#233;s dans les sph&#232;res de la morale, de la psychologie ou de la politique. Le seul bonheur encore attendu de la consommation se trouve s&#233;par&#233; du bonheur des autres et de la joie commune. [p. 38] &#187; Il n'y a ni jouissance premi&#232;re du don, ni plaisir de l'usage d'autrui, ni m&#234;me de sa propre d&#233;pense d'&#233;nergie dans l'accomplissement des t&#226;ches. C'est le naufrage de Robinson, cette figure mythique de la &lt;i&gt;sinistre&lt;/i&gt; science des classiques anglais. &#171; Son travail est v&#233;cu comme un mal qui lui permet de fuir un mal plus grand encore. Le bonheur n'est rien d'autre qu'une distance toujours plus loin du malheur &#8211; une accumulation sans fin de produits qui font toujours davantage obstacle au retour possible du naufrage primitif. [p. 39] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berthoud fonde ainsi un nouveau concept de la richesse. La premi&#232;re richesse dans la vie d'un homme, c'est le sein maternel et la derni&#232;re, la main de l'infirmi&#232;re sur son lit de mort. &#171; &#202;tre riche, dit-il, est d'abord le fait d'un individu qui dispose de ce qui lui est propre pour vivre et jouir de sa vie, tandis que &#171; le bien-&#234;tre produit n'est qu'un pouvoir pour produire &#224; nouveau [p. 39 et 41] &#187;. Le bon usage de la vie suppose de (re)trouver le sens des limites et la &#171; juste &#187; valeur des choses. Les biens &#171; relationnels &#187; ont un r&#244;le central dans cette &#233;conomie du bonheur. &#171; Lorsque le consommateur trouve au contraire son bonheur dans l'usage de ses semblables autant que dans l'usage des choses, sa jouissance se r&#233;fracte comme un faisceau de lumi&#232;re de miroir en miroir et le bonheur se multiplie en se partageant [p. 91]. &#187; La &#171; vraie &#187; consommation c'est d'abord l'usage de tous par chacun. &#171; Lorsque l'individu devient un bon &#233;conome, sa propri&#233;t&#233; remplit alors parfaitement son office, qui est de lui permettre de jouir de sa vie propre &#224; l'abri de l'existence publique ou dans l'enclos priv&#233; de sa vie. [&#8230;] Nous sommes pauvres ou riches selon la quantit&#233;, la qualit&#233; et la vari&#233;t&#233; des services dont nous disposons dans notre vie conjugale, familiale et sociale. [p. 43] &#187; Cette qualit&#233; s'exprime par les possessifs : &#171; ma &#187; femme, &#171; mon &#187; mari, &#171; mes &#187; enfants, &#171; mon &#187; ami, &#171; mon &#187; m&#233;decin, &#171; mon &#187; plombier etc. &#171; L'usage d'autrui pour la conservation de son &#234;tre trouve dans la consommation son moment principal et exemplaire. La collaboration dans le processus de production et la relation mutuelle dans l'&#233;change marchand pr&#233;supposent l'une et l'autre ce premier moment de la consommation du semblable par le semblable. [p. 44] &#187; Dans la &lt;i&gt;chr&#233;matistique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire notre &#233;conomie marchande, &#224; l'inverse, &#171; L'homme riche est alors celui qui l'est toujours davantage ou qui poss&#232;de le pouvoir de l'&#234;tre bient&#244;t plus encore. Richesse est pouvoir. [p. 112] &#187; Berthoud nous montre alors pourquoi les services immat&#233;riels marchands sont pervertis par la logique du syst&#232;me et, sans le rechercher explicitement, nous indique en quoi ils ne peuvent convenir &#224; une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance. &#171; Les services consomm&#233;s sont en quelque sorte pr&#233;lev&#233;s sur la personne d'autrui et abstraits de tout ce qui constitue son affectivit&#233; et son individualit&#233;. L'usage du semblable par le semblable comme relation d'instrumentation est scind&#233;e en deux op&#233;rations qui se font face sym&#233;triquement de chaque c&#244;t&#233; de l'&#233;change : d'une part, la d&#233;pense d'un revenu, comme achat et, d'autre part, l'exercice d'une force de travail comme vente. Le service immat&#233;riel lui-m&#234;me est consid&#233;r&#233;, &#224; l'image du bien mat&#233;riel, comme une chose naturelle, silencieuse, d&#233;limit&#233;e et anonyme qui s'interpose entre les agents et les isole l'un de l'autre. L'entretien de la vie n'est plus d'abord une jouissance r&#233;fl&#233;chie d'autrui, mais elle est seulement une appropriation et une ingestion de choses. [p. 35] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me marchand transforme la jouissance sensuelle d'un soin personnel en un acte froid et m&#233;canique. Il rend la chair triste. &#171; Le service du semblable, pr&#233;cise Arnaud Bertoud, diff&#232;re profond&#233;ment du service immat&#233;riel que la science &#233;conomique range aujourd'hui &#224; c&#244;t&#233; des biens mat&#233;riels agricoles et industriels. Ce service immat&#233;riel n'est ni une chose dont le caract&#232;re symbolique et culturel rendrait le contour relativement indistinct, ni un objet dont l'usage dans la consommation &#233;voquerait la commune servitude de la condition humaine. [&#8230;] Le service immat&#233;riel, ce n'est pas une forme sous laquelle s'offre au d&#233;sir du consommateur quelque chose de son semblable, c'est plut&#244;t ce qui dans l'&#233;tat pr&#233;sent du consommateur est d&#233;j&#224; par anticipation transform&#233; par l'activit&#233; sp&#233;cifique d'un producteur. Le service immat&#233;riel, c'est l'effet de l'activit&#233; productive d&#233;sign&#233;e comme activit&#233; &#8220;tertiaire &#8221;. [p. 50] &#187; Dans le service marchand &#171; le prix du service lib&#232;re la relation mutuelle de toute servitude commune [&#8230;] Ce n'est plus ce qui lie imm&#233;diatement un homme &#224; un autre dans une symbolique et une culture marqu&#233;e par la d&#233;pendance commune du besoin ; c'est au contraire ce qui les d&#233;lie l'un de l'autre en les int&#233;grant ensemble dans une soci&#233;t&#233; marchande o&#249; chacun est quitte de tous les autres. [p. 51] &#187; On est au c&#339;ur du d&#233;sert glac&#233; de l'imaginaire de l'&#233;conomique classique formul&#233; par Hobbes et qu'il rappelle : &#171; Que personne ne se lie plus imm&#233;diatement aux autres et que chacun ne fasse de sa vie de consommateur qu'une affaire &#233;minemment priv&#233;e ou solitaire qui le rattache uniquement aux choses de la nature ! [p. 46] &#187; La notion de richesse est ainsi rabattue sur le mod&#232;le exclusif du bien mat&#233;riel. Tout cela confirme les doutes que nous avions &#233;mis sur l'&#233;cocompatibilit&#233; du capitalisme et d'une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, pour que l'usage d'autrui ne tombe pas non plus dans le servage abusif, il convient d'introduire le garde-fou kantien. &#171; La consommation ignorant &#8220;les personnes&#8221; et ne connaissant que le semblable se trouverait en ce sens en dehors de la morale et de la libert&#233;. &#187; Tel est l'apport de Kant. &#171; Le consommateur use de ses semblables comme de moyens selon son d&#233;sir &#8211; et c'est ici sa servitude &#8211; mais il doit faire de son d&#233;sir une volont&#233; en se traitant soi-m&#234;me comme sujet moral ou comme &#8220;personne&#8221; &#8211; la servitude devenant alors un &#233;tat librement assum&#233; dans l'horizon de la morale et de la politique. [p. 48] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut sembler &#233;trange, de prime abord, que le rejet du consum&#233;risme prenne la forme d'une r&#233;habilitation de la consommation. C'est que l'adh&#233;sion de Berthoud &#224; une conception substantielle l'am&#232;ne &#224; raisonner sur des essences : l'essence de la consommation, du travail, de l'&#233;conomie. Il distingue en cons&#233;quence une &#171; bonne &#187; &#233;conomie d'une &#171; mauvaise &#187;, une &#171; bonne &#187; consommation d'une &#171; mauvaise &#187;, l&#224; o&#249; nous parlons de la n&#233;cessit&#233; de sortir de l'&#233;conomie et o&#249; nous aurions tendance &#224; d&#233;noncer le pi&#232;ge des mots et &#224; chercher d'autres concepts. &#171; L'&#233;conomie domin&#233;e par l'argent n'est pas la seule &#233;conomie concevable et ne constitue pas l'&#233;conomie humaine v&#233;ritable. L'&#233;conomie v&#233;ritable, qu'une th&#233;orie pure non constructiviste peut proposer sous l'inspiration d'Aristote, c'est l'&#233;conomie de la consommation. [p. 192] &#187; &#171; La (bonne) science &#233;conomique est en premier lieu une science du vivre et du bien-vivre dont le consommateur est le support [&#8230;] On ne confondra donc pas l'&#233;conomie de la consommation, qui est un art et une &#233;thique de l'usage des richesses, et l'&#233;conomie de la production et de la reproduction, qui r&#233;pond &#224; la question de savoir comment s'enrichir ou rester au moins aussi riche qu'avant. [p. 78] &#187; &#171; En r&#233;sum&#233;, la notion de consommation est perdue lorsque l'usage des richesses n'est qu'usure de l'objet et habilet&#233; instrumentale ; elle est au contraire conserv&#233;e et comprise lorsqu'elle est fond&#233;e sur l'acquiescement d'un sujet &#224; l'objet. [p. 61] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La consommation dans la science &#233;conomique moderne n'est en r&#233;alit&#233; qu'une op&#233;ration de production de bien-&#234;tre conduite rationnellement et men&#233;e sans intelligence pratique ou sans vertu &#8211; ou sans autre vertu que l'habilet&#233; technique du producteur. [p. 131] &#187; L'exclusion du raisonnable explique ce qu'il appelle la &#171; pathologie de l'&#233;conomie &#187; (l&#224; o&#249; nous d&#233;non&#231;ons l'&#233;conomie comme pathologie du social, du politique et de l'&#233;thique) et l'&#233;garement du consommateur. &#171; La raison pratique de l'agent &#233;conomique prend ainsi la forme d'une critique de la mauvaise &#233;conomie en vue de la bonne &#233;conomie [&#8230;] La seule alternative v&#233;ritable &#224; une &#233;conomie math&#233;matique est une &#233;conomie &#233;thique. [p. 163] &#187; Quoiqu'il en soit, la corruption du &lt;i&gt;bon&lt;/i&gt; usage en consommation obsessionnelle, base ou support de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence mercantile, s'explique par l'&#233;garement du d&#233;sir. &#171; Le consommateur d&#233;sire &#234;tre heureux et il choisit donc les richesses qui conviennent au mieux &#224; son d&#233;sir. Mais ce d&#233;sir lui-m&#234;me est fragile. Il s'&#233;gare et prend pour marque du bonheur ce qui ne lui procure en fait que du malheur. Cela vient de ce que le consommateur n'a pas une connaissance inn&#233;e de son bonheur. [p. 127] &#187; D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'avoir du temps libre, comme de retrouver le sens de l'habiter et du local, toutes choses essentielles &#224; la soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance, pour bien consommer&#8230; L'auteur revient &#224; plusieurs reprises sur cet &#171; &#233;garement &#187;. &#171; Le d&#233;sir peut s'ignorer comme volont&#233; et se prendre seulement comme pulsion, faim ou besoin illimit&#233; de vie dont la satisfaction, le bien-&#234;tre ou ce qu'il appelle encore le bonheur, ne peut venir que d'une accumulation de richesses produites avec art. Cet art de l'accumulation trouve son expression dans la chr&#233;matistique et le d&#233;sir d'argent. [&#8230;] Les richesses pr&#234;tent &#224; erreur et confusion. Le d&#233;sir s'&#233;gare du fait de la confusion entre besoin et volont&#233;. [p. 286] &#187; Berthoud ne le dit pas mais cet &#171; &#233;garement &#187;, nous le savons, est produit et entretenu par le syst&#232;me &#224; travers les sollicitations de la publicit&#233; et du marketing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, &#171; comment le consommateur peut-il revenir de son &#233;garement et devenir un consommateur heureux ? Comment peut-il s'&#233;carter du d&#233;sir d'argent et trouver l'acc&#232;s de son propre d&#233;sir ? Comment peut-il &#234;tre tout &#224; la fois rationnel ou raisonnable en soutenant en m&#234;me temps le refus des mauvais moyens et une critique de la fin illusoire ? [p. 127] &#187; C'est toute la question de la d&#233;colonisation de l'imaginaire qui est ainsi pos&#233;e. Berthoud ne r&#233;pond pas vraiment &#224; la question parce qu'il s'interdit de sortir du domaine strict de la consommation. Il ne s'interroge pas sur les causes de cet &#233;garement qui n&#233;cessiterait de questionner les rapports de production. Il esquisse tout de m&#234;me des voies qui rejoignent nos propres pistes, comme la red&#233;couverte du bon sens, qu'il appelle &#171; sens commun &#187; ou le &#171; travail sur soi &#187;. &#171; Le sens commun est plut&#244;t le sens en chacun de son humanit&#233; ou de son appartenance &#224; titre de membre quelconque de la m&#234;me communaut&#233; des &#234;tres vivants. Or cette id&#233;e de communaut&#233; est une id&#233;e morale et &#224; ce titre une t&#226;che et une r&#232;gle pour la volont&#233;. Le sens commun rel&#232;ve ainsi de la volont&#233; ou de la raison pratique. [p.&#8200;292] &#187; &#171; Il faut un travail sur soi du consommateur pour poser devant lui sa propri&#233;t&#233; et ses richesses en les accueillant dans leur alt&#233;rit&#233;. [p. 72] &#187; &#171; Il faut partir du monde donn&#233; aux hommes. La limite est alors donn&#233;e avec le ciel, la terre et le temps. La limite est dans le don. Il faut en particulier insister sur le temps. L'homme a du temps. Il re&#231;oit le temps de sa vie ou le temps des jours de sa vie. Au temps correspond le travail. Le travail est sans doute productif, mais il est d'abord la passion ou la souffrance du temps, une forme plus primitive et plus profonde du d&#233;sir, le point dans le corps et l'&#226;me o&#249; les jours astronomiques deviennent pour chacun les jours de sa vie. [p. 192] &#187; Si le rem&#232;de n'est pas d&#233;velopp&#233;, au-del&#224; de ce que laisse entrevoir la catharsis du sujet ali&#233;n&#233; et l'exigence &#233;thique, le diagnostic du mal a rarement &#233;t&#233; pouss&#233; aussi loin. Les bases d'une philosophie de la d&#233;croissance sont pos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge LATOUCHE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arnaud Berthoud, &lt;a href=&#034;http://www.septentrion.com/fr/livre/?GCOI=27574100298740&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une philosophie de la consommation&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Agent&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;conomique et sujet moral&lt;/i&gt;, Presses universitaires du Septentrion,&lt;br class='autobr' /&gt;
Villeneuve d'Ascq, 2005.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Remarques sur les fondements th&#233;oriques de l'autolimitation</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article103</link>
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		<dc:date>2012-01-07T23:12:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Nous partons de cette fatalit&#233; que les chemins de la pens&#233;e d&#233;bouchent in&#233;vitablement sur l'interrogation imm&#233;moriale : au nom de quoi peut-on vivre ? C'est-&#224;-dire, pourquoi vivre ? Oui, pourquoi ? Il n'est au pouvoir d'aucune soci&#233;t&#233; de cong&#233;dier le &#8220;pourquoi ?&#8221;, d'abolir cette marque de l'humain. Et pourtant&#8230; L'effondrement du questionnement, en cet Occident trop s&#251;r de lui-m&#234;me, est aussi impressionnant que ses victoires scientifiques et techniques. La peur de penser en dehors des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;N&#176; 1 - D&#233;croissance et Politique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Nous partons de cette fatalit&#233; que les chemins de la pens&#233;e d&#233;bouchent in&#233;vitablement sur l'interrogation imm&#233;moriale : au nom de quoi peut-on vivre ? C'est-&#224;-dire, pourquoi vivre ? Oui, pourquoi ?&lt;br class='autobr' /&gt; Il n'est au pouvoir d'aucune soci&#233;t&#233; de cong&#233;dier le &#8220;pourquoi ?&#8221;, d'abolir cette marque de l'humain. Et pourtant&#8230; L'effondrement du questionnement, en cet Occident trop s&#251;r de lui-m&#234;me, est aussi impressionnant que ses victoires scientifiques et techniques. La peur de penser en dehors des consignes a fait de la libert&#233;, si ch&#232;rement conquise, une prison, du discours sur l'homme et la soci&#233;t&#233; un langage de plomb. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre LEGENDRE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Legendre, La Fabrique de l'homme occidental, Mille et une nuits, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La solidarit&#233; des &#233;branl&#233;s, c'est la solidarit&#233; de ceux qui comprennent. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jan PATOCKA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jan Patocka, Essais h&#233;r&#233;tiques, Verdier, Lagrasse, 1981, p. 145.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelques relations neuves entre th&#233;orie et politique&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le malaise cro&#238;t. &#192; l'&#233;chelle du monde, la nature de ce malaise est in&#233;dite. Malaise dans la nature ? Comment comprendre ce qui se passe ? La r&#233;alit&#233; nous &#233;chappe. Toujours. C'est son statut. Il nous reste l'imaginaire. Il nous reste le devoir de penser. Penser d'abord. L'autolimitation se pr&#233;sente comme la posture vitale pour d&#233;passer le mythe mortif&#232;re du d&#233;veloppement. C'est aussi une th&#233;orie de la lucidit&#233;. Son champ d'application est politique. Il est po&#233;tique. Il est plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sens strict, une th&#233;orie se d&#233;finit comme une construction sp&#233;culative de l'esprit, rattachant des cons&#233;quences &#224; des principes : par opposition &#224; la pratique, par opposition &#224; la connaissance vulgaire, par opposition &#224; la connaissance certaine, par opposition au d&#233;tail de la science. Je distinguerai &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; politique de &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; politique ; le premier d&#233;signant le champ d'exercice symbolique du pouvoir, la seconde celui de son exercice r&#233;el. Une th&#233;orie politique est donc une construction sp&#233;culative qui a trait &#224; la vie collective dans un groupe organis&#233; d'&#234;tres humains. Elle s'&#233;labore en fonction de donn&#233;es multiples corr&#233;l&#233;es au pass&#233;, au pr&#233;sent et au devenir du groupe concern&#233;. Ici, le groupe concern&#233; est en r&#233;alit&#233; l'ensemble des habitants de notre plan&#232;te, mais cet ensemble n'est &#233;videmment pas homog&#232;ne. Il est constitu&#233; de sous-groupes diff&#233;renci&#233;s par la vari&#233;t&#233; des cultures fond&#233;es sur leurs modes de repr&#233;sentation symboliques, et par des rapports sociaux, des pratiques &#233;conomiques et techniques, lesquelles tendent &#224; d&#233;montrer que, bien que vivants tous &#224; la m&#234;me &#233;poque, les &#234;tres humains aujourd'hui ne sont pas tous des contemporains. Or, il se trouve que, depuis peu au regard de &#171; l'histoire longue &#187;, les six milliards et demi de terriens actuels sont affect&#233;s d'une fa&#231;on totalement in&#233;dite par des ph&#233;nom&#232;nes globaux qui les concernent tous, en d&#233;terminant l'avenir de chacun d'entre eux et celui de leur descendance. Ces ph&#233;nom&#232;nes ont trait aux modifications et bouleversements, scientifiquement constat&#233;s, et en partie li&#233;s aux activit&#233;s humaines, qui affectent la biosph&#232;re, c'est-&#224;-dire la nature. En cons&#233;quence logique, sous le poids des faits reconnus et des inqui&#233;tudes qu'ils provoquent, le concept de nature, &#171; la Philosophie de la Nature &#187;, est remis sur le chantier de la pens&#233;e en d&#233;passant l'opposition faite au XXe si&#232;cle entre Nature et Culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est le cadre g&#233;n&#233;ral dans lequel se situent les remarques suivantes sur les fondements th&#233;oriques de l'autolimitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De l'autolimitation comme cons&#233;quence du &#171; principe responsabilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;sent article est &#224; lire comme une modeste contribution &#224; la poursuite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;L'autolimitation est contenue dans le projet politique d'une civilisation de d&#233;croissance. Par &#171; civilisation de d&#233;croissance &#187;, il faut entendre un mode d'organisation politique rompant avec l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique contenu dans l'id&#233;e de d&#233;veloppement. Il sera question ici de lancer quelques sondes pour explorer cette notion en tentant de relier les trois dimensions de la singularit&#233; humaine dans lesquelles elle est appel&#233;e &#224; s'exercer : la dimension individuelle, la dimension sociale et la dimension anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temp&#233;rance, ce beau mot tomb&#233; en d&#233;su&#233;tude et si loin de tous les discours politiquement corrects, est l'expression morale de l'autolimitation, comme le soulignait Andr&#233; Amar, il y a juste trente ans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Amar, &#171; La croissance et le probl&#232;me moral &#187;, La Nef, Les Objecteurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans un article inspir&#233;, l'auteur affirme que &#171; la croissance est en d&#233;finitive croissance de l'agressivit&#233;. Ainsi se trouve pos&#233; le probl&#232;me moral &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de quoi affirmer la n&#233;cessit&#233; d'une autolimitation face &#224; laquelle se trouve confront&#233;e notre esp&#232;ce dans l'&#233;tat actuel de son &#233;volution et de sa responsabilit&#233; ? Ou, pour le dire encore autrement, et puisque les trois grandes morales dans lesquelles s'enracine le pass&#233; de l'Occident, la grecque, la juive et la chr&#233;tienne &#8211; malgr&#233; leurs injonctions en ce domaine &#8211; ont &#233;chou&#233; &#224; enrayer la croissance de l'agressivit&#233;, sur quelles nouvelles bases th&#233;oriques fonder une autolimitation ayant une port&#233;e anthropologique ? C'est-&#224;-dire une autolimitation d&#233;coupl&#233;e des &#171; inventions &#187; propres &#224; l'ethnocentrisme occidental, dont le monoth&#233;isme tric&#233;phale n'est pas des moindres ? Le sujet est vertigineux. Cet article ne pr&#233;tend &#233;videmment pas l'&#233;puiser ni m&#234;me en faire le tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime les dictionnaires. Je les utilise comme garde-fous ou comme garde-corps pour r&#233;sister au vertige de la complexit&#233;. Ils me rassurent un instant avant de m'y perdre. Ils me procurent aussi l'illusion passag&#232;re d'&#234;tre moins niais, sinon moins na&#239;f. Je suis donc all&#233; visiter ceux dont je dispose avant de me lancer dans l'aventure toujours neuve de l'&#233;criture. J'y ai trouv&#233; une perle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui me permettra d'aborder joyeusement la question des fondements th&#233;oriques de l'autolimitation. Elle est extraite de l'ouvrage le plus connu d'un philosophe fran&#231;ais du XIXe si&#232;cle qui n'est plus gu&#232;re lu aujourd'hui, Ravaisson-Mollien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De l'habitude, Fournier, Paris, 1838, p. 32.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La voici : &#171; La nature est la limite du mouvement de d&#233;croissance de l'habitude. &#187; Quelle trouvaille pour un jongleur sans limites ! La d&#233;croissance, c'est la limite de la nature [qui appara&#238;t quand on sort] du mouvement de l'habitude. L'habitude, c'est [ce qui interdit de prendre conscience de] la limite du mouvement de la nature. La limite du mouvement de la nature, c'est l'habitude de la d&#233;croissance. Tr&#234;ve de jongleries. Vive l'autolimitation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'autolimiter est-il possible ? Pourquoi et comment ? Se limiter par soi-m&#234;me n'est-il pas pr&#233;somptueux, voire impossible, sans les injonctions de Dieu, de l'&#201;glise ou du Parti ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on examine cette question dans le r&#233;troviseur de l'histoire, et lorsque &#171; le souci du monde &#187; se partage au pr&#233;sent en devenant politique, qu'y d&#233;couvre-t-on ? Que les soci&#233;t&#233;s dites historiques semblent toutes guid&#233;es par l'id&#233;e et le mouvement de transgression de toute limite. Tout ce que permet le nombre, la technique ou les armes doit &#234;tre accompli pour la seule raison que c'est possible. Ainsi en va-t-il de la constitution des &#201;tats, des Empires, comme de toute esp&#232;ce de processus de domination sur les autres et sur la nature. On peut dire que, jusqu'&#224; maintenant, &#171; le sans limites &#187; est la r&#232;gle d'or du processus historique. Comment en sortir, mais dans l'Histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le &#171; sans limites &#187; est bien la r&#232;gle d'or du processus historique, que peuvent les cultures, comprises comme des configurations de pens&#233;es, des syst&#232;mes visant &#224; imposer des limites pour &#233;chapper &#224; la fatalit&#233; de la d&#233;mesure ? C'est la question inlassablement reprise par George Steiner qui souligne l'inqui&#233;tante proximit&#233; entre la culture et l'horreur, entre Weimar et Dachau : &#171; Pour moi c'est le &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; homme qui le soir joue Bach et qui le matin torture dans un camp&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Steiner, Le Magazine litt&#233;raire, n&#176; 454, juin 2006, p. 33.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Nous pouvons, avec Steiner, envisager une d&#233;faite de la culture quand nous constatons comment nous transformons notre plan&#232;te en un immense champ d'ordures et massacrons sa flore et de sa faune. Que manque-t-il encore &#224; nous-m&#234;mes, accabl&#233;s par le poids de l'histoire qui se confond avec celui de nos incons&#233;quences, pour &#234;tre en mesure de retrouver le chemin d'une alliance perdue entre la biosph&#232;re et la grandeur humaine ? Comment retrouver un sens de la mesure capable de s'opposer victorieusement &#224; la d&#233;mesure de la barbarie, de la tyrannie et de la marchandise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant toute chose, ne faut-il pas prendre le temps de m&#233;diter longuement ces terribles interrogations, plut&#244;t que d'entreprendre, &#224; la h&#226;te, la r&#233;daction d'un catalogue de mesures parcellaires et illusoires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature &#233;tant cela seul qui s'offre avec &#233;vidence &#224; tous les hommes, nous pourrions, comme si nous la d&#233;couvrions pour la premi&#232;re fois, explorer cette &#171; &#233;vidence &#187; complexe et paradoxale qu'elle est pour nous. Puis, en lib&#233;rant en nous la dimension contemplative et po&#233;tique qui nous habite, nous aborderions avec un regard neuf une nouvelle philosophie de la nature. La penserions et adopterions, y compris, bien entendu, dans ses aspects &#233;thiques et politiques. Cependant, pour pouvoir tenter de r&#233;aliser l'accord des esprits &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te vis-&#224;-vis de la nature, il faut abandonner les philosophies th&#233;ologis&#233;es propres &#224; un moment, aujourd'hui d&#233;pass&#233;, de l'histoire humaine. Abandonner les philosophies th&#233;ologis&#233;es ne signifie pas la&#239;ciser la pens&#233;e en r&#233;cusant toute notion de sacr&#233;. Il faut, au contraire, l'approfondir en la d&#233;couplant de l'id&#233;e de sacrifice (&lt;i&gt;sacrum facere&lt;/i&gt;) &#224; laquelle elle se rattache dans notre culture occidentale depuis son origine greco-jud&#233;o-chr&#233;tienne. L'id&#233;e provocante de la d&#233;croissance peut &#234;tre envisag&#233;e comme une pr&#233;sence attendue &#224; l'horizon des possibles anthropologiquement n&#233;cessaires. C'est sans doute pourquoi, de mani&#232;re encore confuse et non exempte de contradictions th&#233;oriques et politiques, elle semble si rapidement s&#233;duire une part grandissante de la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de d&#233;croissance se situe sur le terrain d&#233;terminant la possibilit&#233; m&#234;me d'une poursuite de l'Histoire. Il s'agit en fait, ici et maintenant, d'un choix anthropologique instituant de nouvelles relations humaines avec la nature, avec la biosph&#232;re. Telle est la raison fondamentale pour laquelle la question de savoir si la d&#233;croissance est de gauche ou de droite semble, en tout cas dans le cadre de cet article, tout &#224; fait accessoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Examen rapproch&#233; du principe d'autolimitation&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s avoir parcouru &#224; grandes enjamb&#233;es le paysage factuel et conceptuel dans lequel appara&#238;t le principe d'autolimitation, il convient d'amorcer une analyse plus d&#233;taill&#233;e et d'avancer des propositions th&#233;oriques plus pr&#233;cises. Celles-ci sont orient&#233;es par des &#171; grands d&#233;terminants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le substantif &#171; d&#233;terminants &#187; est employ&#233; ici pour d&#233;signer les &#233;l&#233;ments (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; qui nourrissent la vision que nous avons, au pr&#233;sent, de l'&#233;tat du monde et de son devenir. &#201;tat du monde et &#233;tat d'urgence se recouvrant en l'occurrence. Nous avancerons successivement dans les trois dimensions &#233;voqu&#233;es au d&#233;but de cet article : la dimension individuelle, la dimension sociale et la dimension anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Actualit&#233; des &#171; grands d&#233;terminants &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous en retiendrons trois en arguant que tous les autres peuvent trouver place comme sous-chapitre de chacun d'eux. Le premier et le plus inqui&#233;tant pour l'opinion publique &#8211; ce qui ne veut pas dire le mieux connu par elle &#8211; est ce qu'il est convenu d'appeler &#171; la crise climatique &#187;, et plus particuli&#232;rement la part des effets des activit&#233;s humaines imputables &#224; cette crise. Le deuxi&#232;me est celui de la rar&#233;faction annonc&#233;e, et donc le rench&#233;rissement, des ressources d'&#233;nergies fossiles. Il poss&#232;de un coefficient de moindre inqui&#233;tude, car une majorit&#233; de nos contemporains font toujours confiance &#224; la science et &#224; la technique pour passer ce mauvais cap et continuer ind&#233;finiment sur la route d'une consommation &#233;nerg&#233;tique exponentielle. Le troisi&#232;me &#171; grand d&#233;terminant &#187; est celui de la r&#233;duction acc&#233;l&#233;r&#233;e de la biodiversit&#233;. C'est probablement le facteur le plus charg&#233; d'incertitudes et de bouleversements consid&#233;rables pour le devenir de l'esp&#232;ce humaine. Toujours est-il que la conjonction et la relative simultan&#233;it&#233; d'apparition de ces trois grands d&#233;terminants constituent l'horizon d'inqui&#233;tudes majeures de notre g&#233;n&#233;ration et de celles qui suivront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour couronner le tout, si je puis dire, et d&#233;montrant que la neutralit&#233; de la science est un mythe, nous assistons, de loin pour la plupart d'entre nous, et sans aucun contr&#244;le d&#233;mocratique, &#224; la poursuite du r&#234;ve prom&#233;th&#233;en (celui de &#171; l'homme parfait &#187; se substituant &#224; la nature et triomphant de la mort) activ&#233; par les industries mondialis&#233;es des NBIC (Nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l'information, sciences cognitives).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fondements th&#233;oriques de la dimension individuelle de l'autolimitation&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il ne suffit pas de dire que &#171; l'individu isol&#233; &#187; n'est pas viable et d'affirmer, avec Aristote, que &#171; l'Homme est un animal politique &#187;. L'homme est &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; &#171; un animal po&#233;tique &#187;. C'est-&#224;-dire un animal parlant, sachant qu'il est mortel et, d&#233;coulant de ce fait anthropologique, habit&#233; par la question du &#171; pourquoi vivre ? &#187;. Question primordiale et reconduite &#224; chaque nouvelle g&#233;n&#233;ration par le biais du &#171; monde t&#233;n&#233;breux des g&#233;n&#233;alogies &#187;. Question menac&#233;e aujourd'hui d'&#233;croulement brutal, comme le sont &#171; les &#233;chafaudages dogmatiques traditionnels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Legendre, op. cit., p. 7&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous dit encore Pierre Legendre ? : &#171; &lt;i&gt;Instituer la vie&lt;/i&gt; : tel est le ma&#238;tre mot qui r&#233;sume cette [notre] t&#226;che. La Fabrique de l'homme n'est pas une usine &#224; reproduire des souches g&#233;n&#233;tiques. On ne verra jamais gouverner une soci&#233;t&#233; sans les chants et la musique, sans les chor&#233;graphies et les rites, sans les grands monuments religieux ou po&#233;tiques de la Solitude humaine. &#187; La Solitude humaine : mot-clef et clef de vo&#251;te de notre commune condition en l'oubli desquels tout totalitarisme s'origine. C'est bien l&#224; &#171; la pierre d'attente &#187;, la pierre ch&#233;rie des grands b&#226;tisseurs de pens&#233;es ou des constructeurs de monuments embl&#233;matiques d'&#233;poques et d'esth&#233;tiques singuli&#232;res. Car &#171; l'attente &#187; dont il est question ici est bien celle qui aspire &#224; relier entre elles les solitudes particuli&#232;res, et qui inspire &#224; tresser contin&#251;ment la fragile passerelle, tendue au-dessus de l'ab&#238;me du &#171; sans pourquoi &#187;, entre le versant po&#233;tique et le versant politique de chaque destin&#233;e humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette mise en perspective, il appara&#238;t que la dimension individuelle des fondements th&#233;oriques et politiques de l'autolimitation n'est pas un leurre, mais la source du processus d'individuation de la conscience d'o&#249; tout proc&#232;de. En cons&#233;quence de quoi, la grande et diffuse inqui&#233;tude anthropologique que notre esp&#232;ce rencontre pr&#233;sentement doit &#234;tre &#233;tudi&#233; avec une extr&#234;me attention. C'est &#224; partir de sa compr&#233;hension partag&#233;e par le plus grand nombre, dans une perspective d&#233;dramatis&#233;e, que &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; politique doivent se d&#233;finir par ce que j'appellerai &#171; une p&#233;dagogie de la conscience individuelle &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la dialectique de la nature &#187; bien plus que par la recherche du pouvoir. Cette p&#233;dagogie ne peut que d&#233;passer, en l'int&#233;grant n&#233;anmoins, le cadre dogmatique propre &#224; l'Occident, pour inventer un nouveau corps de prescriptions reconnues n&#233;cessaires pour la survie de chaque individu comme pour celle de l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fondements th&#233;oriques de la dimension sociale de l'autolimitation&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Reformulons la question de d&#233;part : &#171; Sur quelles bases th&#233;oriques, suffisamment convaincantes, et ayant accompli ce cheminement dans la conscience de soi, non s&#233;par&#233;e de la conscience de la nature, un individu peut-il engager, avec d'autres, un processus social d'autolimitation ? &#187; Ou bien encore, en inversant le couple conscient/inconscient, comment l'inconscient individuel rejoint-il un inconscient collectif, limit&#233; &#224; un groupe social d&#233;termin&#233;, en restant vigilant quant aux dangers des m&#233;canismes &#233;motionnels et fusionnels d'une telle entreprise ? Formulons l'hypoth&#232;se que la notion de &#171; partage objectiv&#233; &#187; est le bon cheminement. Par &#171; partage objectiv&#233; &#187;, il faut entendre l'introduction d'un troisi&#232;me terme charg&#233; d'une valeur partageable par les deux premi&#232;res instances : la conscience de soi et la conscience de l'autre. Seule la nature peut jouer ce r&#244;le, dans la mesure o&#249; elle est cela seulement qui s'offre avec &#233;vidence &#224; tous les hommes. Cette &#233;vidence est paradoxale. Elle ne va pas de soi, tant l'histoire et le sens du mot nature ont, en Occident et depuis son origine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De m&#234;me que natura remonte au verbe nasci &#171; na&#238;tre &#187;, le grec phusis, que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, englob&#233; de vastes domaines organis&#233;s selon des syst&#232;mes d'opposition : la nature &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; l'homme, &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; Dieu, &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; l'esprit ; la nature &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la culture, &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; la technique, &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; l'art ; la nature &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; le social, &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; le politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je consid&#232;re que l'esth&#233;tique, qui est au sens &#233;tymologique la facult&#233; de sentir, est le passage privil&#233;gi&#233; vers un partage objectiv&#233;. Il est indispensable de r&#233;&#233;quilibrer l'&#233;ducation et la transmission des valeurs fondatrices de l'humanit&#233; de l'homme en faveur d'apprentissages approfondis du regard, de l'&#233;coute, et plus g&#233;n&#233;ralement de tous les registres de l'approche sensible et corporelle de la connaissance. En allant r&#233;solument dans ce sens, on se rendrait compte qu'il existe vraiment un passage entre le po&#233;tique et le politique ; passage aujourd'hui mur&#233; par la domination des choix spectaculaires et marchands de la d&#233;raison du mod&#232;le dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, la voie de l'autolimitation par le chemin de l'esth&#233;tique n'exclut pas d'autres approches plus nettement sociales et politiques. Je pense, toutefois, que celles-ci auraient beau dommage &#224; ne pas utiliser celle-l&#224;, tant il semble, aujourd'hui, de plus en plus difficile de mobiliser la conscience collective sur le seul registre des valeurs mat&#233;rielles ou profanes. Tous les adversaires de l'&#233;mancipation et de la d&#233;sali&#233;nation individuelle et collective savent pertinemment que l'abrutissement m&#233;diatique et consum&#233;riste est l'arme de destruction massive en leur pouvoir pour anesth&#233;sier et faire avorter toute volont&#233; de r&#233;volte et tout d&#233;sir de lib&#233;ration de l'imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fondements th&#233;oriques de la dimension anthropologique de l'autolimitation&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Dans le sillage de Claude L&#233;vi-Strauss, l'adoption du &#171; regard &#233;loign&#233; &#187;, et qui se conna&#238;t pour tel, la recherche du dialogue et de la r&#233;ciprocit&#233; entre les hommes qui cherchent &#224; conna&#238;tre et ceux qui sont &#224; conna&#238;tre d&#233;finissent ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui &#171; l'anthropologie r&#233;ciproque &#187;. Cette posture &#233;pist&#233;mologique est fondamentale, car elle permet de sortir du cadre normatif h&#233;rit&#233; de l'ethnocentrisme occidental comme des limites impos&#233;es par l'ethnologie dogmatique strictement marxiste, ou se voulant telle. En particulier et pour ce qui nous occupe ici, cette conversion du regard port&#233; sur les soci&#233;t&#233;s sans &#201;tat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Clastres, La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat, Minuit, Paris, 1974.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme sur les soci&#233;t&#233;s r&#233;sistant &#224; &#171; l'occidentalisation du monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Latouche, L'Occidentalisation du monde, La D&#233;couverte, Paris, 1989.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, attire notre attention en lui redonnant une valeur centrale sur le principe d'autolimitation dans sa dimension anthropologique. Les drogu&#233;s de la sauvagerie du mod&#232;le de croissance &#233;conomique sans limites auraient beaucoup &#224; appendre de ceux que l'on appelait, il y a peu, &#171; des sauvages &#187;. Dans ces soci&#233;t&#233;s humaines dont la disparition programm&#233;e, en voie d'ach&#232;vement sous nos yeux, la connaissance profonde des relations entre un territoire et ses ressources, des seuils d&#233;mographiques &#224; respecter, comme des modes d'organisations symboliques et sociales, nous renvoient &#224; tout ce que nous avons perdu dans l'adoption aveugle des normes dogmatiques de la modernit&#233;. Il n'y a dans ce constat ni nostalgie ni croyance en quelque paradis perdu. Il y a seulement l'observation de la concomitance entre la d&#233;couverte r&#233;cente des apories th&#233;oriques et des impasses de la modernit&#233;, et la disparition de modes d'&#234;tre au monde et de l'habiter dont l'enseignement pourrait encore nous sauver d'un naufrage plan&#233;taire. Cette &#171; d&#233;couverte r&#233;cente &#187; n'est pas le fruit d'une nouvelle id&#233;ologie, comme nos adversaires, utilitaristes de tout poil, ultralib&#233;raux crisp&#233;s et progressistes vulgaires, voudraient en convaincre l'opinion. Elle proc&#232;de d'un d&#233;cryptage lucide de donn&#233;es objectives recueillies, en particulier, par la communaut&#233; scientifique internationale, du moins la part d'entre elle qui refuse l'inf&#233;odation au mod&#232;le dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas davantage qu'au plan individuel et social, l'autolimitation, dans sa dimension anthropologique, ne saurait &#234;tre r&#233;duite &#224; un plan comptable ou &#224; un inventaire de prescriptions strictement mat&#233;rielles et politiques. J'&#233;voquerai seulement les ph&#233;nom&#232;nes symboliques et religieux, les m&#339;urs et les coutumes, l'histoire des peurs, des superstitions (ou pr&#233;sum&#233;es telles dans une vision superficielle qu'une soci&#233;t&#233; porte sur les autres), et, bien entendu, l'immense vari&#233;t&#233; des m&#233;diations esth&#233;tiques d&#233;j&#224; invoqu&#233;es ; bref, tout ce qui rel&#232;ve de l'immat&#233;riel, des constantes et des particularismes de sa repr&#233;sentation et de son usage. La d&#233;finition que chaque soci&#233;t&#233; humaine a &#233;labor&#233; du &#171; sacr&#233; &#187; et les rapports qu'elle entretient avec ce qu'elle consid&#232;re ses manifestations est au c&#339;ur th&#233;orique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; exp&#233;rimental de l'autolimitation. Il se pourrait bien que le fameux propos de Heidegger : &lt;i&gt;&#171; Seul un dieu peut encore nous sauver &#187;&lt;/i&gt;, doive &#234;tre reformul&#233; pour &#234;tre entendu, sinon compris, de la mani&#232;re suivante : &lt;i&gt;Seul un sentiment du sacr&#233; r&#233;ellement partag&#233; peut nous permettre de comprendre pourquoi nous sommes perdus&lt;/i&gt;. Car il ne s'agit pas d'&#234;tre sauv&#233;, mais d'acc&#233;der &#224; une lucidit&#233; sans autre objet qu'elle-m&#234;me, sans autre attente que celle de l'advenu d'un inattendu qui nous enseigne un peu moins mal &#171; le m&#233;tier de vivre &#187;. Ce serait tr&#232;s peu et d&#233;j&#224; beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coda&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sur tous les chemins de la connaissance, on rencontre un paradoxe. Dans tous les domaines, scientifiques ou litt&#233;raires, th&#233;oriques ou techniques, actifs ou contemplatifs, politiques ou po&#233;tiques, on s'aper&#231;oit que pour acc&#233;der &#224; une plus grande connaissance, il faut &lt;i&gt;accepter de perdre connaissance&lt;/i&gt;. Perdre connaissance, c'est alors &#233;prouver le trouble de penser. C'est consentir &#224; &#171; la docte ignorance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le point d'achever cet article, je me rends compte que je n'ai fait qu'effleurer la question des fondements th&#233;oriques de l'autolimitation, mais surtout, que la piste choisie en croise d'autres qu'il faudrait explorer &#224; leur tour. Je pense en particulier &#224; l'int&#233;r&#234;t qu'il y aurait &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la notion &#171; d'instinct de conservation &#187;. Nous savons que toutes les esp&#232;ces animales en sont pourvues, qu'il se manifeste par des actes instinctifs correspondant &#224; un ensemble de directives chimiquement enregistr&#233;es par le patrimoine h&#233;r&#233;ditaire. Par la fuite, l'adaptation ou l'all&#233;geance au plan individuel, ou bien &#224; travers la r&#233;gulation sexuelle, d&#233;mographique et territoriale de chaque esp&#232;ce particuli&#232;re. Qu'en est-il de l'instinct de conservation de l'esp&#232;ce humaine ? L'instinct humain est-il un leurre ? Cette question n'a pas de r&#233;ponse claire. Les th&#233;ories de l'instinct sont tributaires de celles qui s'appliquent aux oppositions animal/homme, corps/esprit, cerveau/pens&#233;e. S'agissant de l'esp&#232;ce humaine, la notion d'&#171; instinct &#187;, mise en rapport avec la neurologie du cerveau, re&#231;oit des sp&#233;cifications par rapport au niveau de conscience, puis au concept d'&#171; habitude &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur les fondements de la th&#233;orie de l'autolimitation rencontre obligatoirement la difficile question de la conscience, comprise ici non seulement comme connaissance intime que le &#171; moi &#187; a de son propre &#233;tat, de ses impressions et de ses id&#233;es, mais aussi comme facult&#233; de discernement du bien et du mal, de l'appr&#233;ciation de la valeur &#233;thique et politique des actes et des situations. L'air du temps, en ce qu'il valorise une forme d&#233;sabus&#233;e de cynisme et de m&#233;pris des faibles et des abandonn&#233;s de la soci&#233;t&#233;, d&#233;pr&#233;cie la conscience politique globale et ouverte, au profit de replis claniques, d'identit&#233;s frileuses et de toutes les formes de communautarisme. Cette tendance lourde des soci&#233;t&#233;s d'individualisme massifi&#233; est l'obstacle fondamental qui obstrue l'acc&#232;s &#224; la conscience de l'universalit&#233; de notre situation sp&#233;cifique objective. C'est pourquoi, dans la mesure o&#249; il existe, notre instinct de conservation ne trouve, apparemment et pour le moment, aucune prise suffisamment solide et collective pour inverser le cours d'une orientation suicidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que reste-t-il &#224; l'homme moderne apr&#232;s son abandon d'une exp&#233;rience cosmique ? Pouvons-nous encore croire, avec Walter Benjamin, que &#171; l'&#234;tre vivant ne surmonte le vertige de son an&#233;antissement que dans l'ivresse de la procr&#233;ation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, Vers le plan&#233;tarium, in Sens unique, Maurice Nadeau, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ? Pourtant, de gr&#233; ou de force, l'autolimitation est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre, y compris &#224; travers la baisse du taux de f&#233;condit&#233; des soci&#233;t&#233;s enrichies de l'Occident. La nature, &#233;ternelle pourvoyeuse de questions sans r&#233;ponses et de r&#233;ponses sans questions, est &#171; au travail &#187;, comme on le dit d'une parturiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant que &#171; la lucidit&#233; est la blessure la plus rapproch&#233;e du soleil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Char, Feuillets d'Hypnos, 169, OEuvres compl&#232;tes, La Pl&#233;iade, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, au-del&#224; du d&#233;sespoir et du fatalisme, il nous reste &#224; affirmer haut et fort, et joyeusement, qu'il reste tout &#224; faire, et surtout &#224; ne pas faire, pour tenter d'&#234;tre et de vivre en harmonie avec le principe d'autolimitation qui est au c&#339;ur du projet d'une civilisation de d&#233;croissance, pour entrer dans &#171; l'Apr&#232;s-d&#233;veloppement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Envoi&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Encore tout enfant, j'ai re&#231;u le don sans attente en retour que la nature m'offrait &#224; profusion d'&#233;motion et de beaut&#233;. La nature, pour moi, n'occupait pas la place d'un amour maternel tant avis&#233; qu'il ne devint jamais possessif. Mais, pendant cette enfance paysanne p&#233;trie de sons, d'odeurs, de formes et de couleurs et tandis que la nature m'offrait la splendeur de ses voix et le grand labyrinthe de ses myst&#232;res joyeux, douloureux ou inqui&#233;tants, j'appris en m&#234;me temps &#224; m'insurger contre le silence assourdissant des adultes sur les deux sujets que tout enfant se pose tr&#232;s t&#244;t et qui encadrent toute vie humaine : la sexualit&#233; et la mort. Au lieu de partager progressivement le contenu de ces interrogations essentielles avec &#171; le nouvel arrivant &#187;, l'adulte &#8211; c'est-&#224;-dire celui qui a reni&#233; ou perdu sa propre enfance &#8211;, d&#233;bite d'ineptes fables mensong&#232;res et hypocrites. La soci&#233;t&#233; fait le reste : elle adapte ou elle casse le nouveau venu. Sans l'enfance que j'ai v&#233;cue, je n'aurais probablement pas cultiv&#233; jusqu'&#224; ce jour mes facult&#233;s de louange et de r&#233;volte. Car les deux sont ins&#233;parables. De l&#224; me vient, sans doute, cet enthousiasme d&#233;sesp&#233;r&#233; qui m'habite. En tout cas, ne pouvant vivre sans cela, je suis profond&#233;ment convaincu que s'il est un domaine o&#249; le principe d'autolimitation ne doit pas entrer en jeu, c'est celui de la connaissance quand elle sait r&#233;pondre aux exigences de la ferveur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Legendre, &lt;i&gt;La Fabrique de l'homme occidental&lt;/i&gt;, Mille et une nuits, Paris, 1998, p. 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jan Patocka, &lt;i&gt;Essais h&#233;r&#233;tiques&lt;/i&gt;, Verdier, Lagrasse, 1981, p. 145.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le pr&#233;sent article est &#224; lire comme une modeste contribution &#224; la poursuite et &#224; l'actualisation du champ de r&#233;flexion ouvert par le c&#233;l&#232;bre ouvrage d'Hans Jonas : &lt;i&gt;Le Principe responsabilit&#233;&lt;/i&gt;, Cerf, Paris 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Amar, &#171; La croissance et le probl&#232;me moral &#187;, &lt;i&gt;La Nef, Les Objecteurs de croissance&lt;/i&gt;, 1976, p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Lalande, &lt;i&gt;Vocabulaire technique et critique de la philosophie&lt;/i&gt;, PUF, Paris,&lt;br class='autobr' /&gt;
1960, &#224; &#171; Limite &#187; p. 570.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De l'habitude&lt;/i&gt;, Fournier, Paris, 1838, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Steiner, &lt;i&gt;Le Magazine litt&#233;raire&lt;/i&gt;, n&#176; 454, juin 2006, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le substantif &#171; d&#233;terminants &#187; est employ&#233; ici pour d&#233;signer les &#233;l&#233;ments majeurs qui &#171; d&#233;terminent &#187; des faits et dont l'interpr&#233;tation objective est d'ordre pr&#233;dictif sans devoir &#234;tre confondu avec quelque fatalisme que ce soit, comme il est malheureusement r&#233;pandu d'utiliser improprement le mot de &#171; d&#233;terminisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Legendre, op. cit., p. 7&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De m&#234;me que &lt;i&gt;natura&lt;/i&gt; remonte au verbe &lt;i&gt;nasci&lt;/i&gt; &#171; na&#238;tre &#187;, le grec &lt;i&gt;phusis&lt;/i&gt;, que &lt;i&gt;natura&lt;/i&gt; sert &#224; traduire en latin, vient de &lt;i&gt;phuien&lt;/i&gt;, qui correspond &#224; l'id&#233;e de &#171; pousser &#187;, de &#171; cro&#238;tre &#187; et de &#171; faire pousser &#187;. De l&#224; vient, dans l'inconscient collectif, l'adoption&lt;br class='autobr' /&gt;
non critique &#171; du funeste credo de cro&#238;tre &#187; (selon l'heureuse trouvaille&lt;br class='autobr' /&gt;
d'Alain Gras), mais aussi le choc salutaire que provoque le terme de &#171; d&#233;croissance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Clastres, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt;, Minuit, Paris, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Latouche, &lt;i&gt;L'Occidentalisation du monde&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &lt;i&gt;Vers le plan&#233;tarium&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Sens unique&lt;/i&gt;, Maurice Nadeau, Paris, 1988, p. 229.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Char, &lt;i&gt;Feuillets d'Hypnos&lt;/i&gt;, 169, OEuvres compl&#232;tes, La Pl&#233;iade, Gallimard, Paris, 1983, p. 216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi Entropia ?</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article98</link>
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		<dc:date>2012-01-07T23:12:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD, Serge LATOUCHE</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;ENTROPIA signifie litt&#233;ralement &#171; se retourner &#187;. Ce verbe, pronominal en fran&#231;ais, a pris, depuis 1723, un sens particuli&#232;rement int&#233;ressant pour &#233;clairer notre d&#233;marche intellectuelle et pratique vers un apr&#232;s-d&#233;veloppement : &#171; Changer de ligne de conduite afin de s'adapter &#224; des circonstances nouvelles. (Dictionnaire culturel en langue fran&#231;aise, Le Robert, vol. IV, p. 273) &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Toute pens&#233;e qui refuse son autocritique n'est plus une pens&#233;e, mais une croyance. Elle quitte le terrain (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique28" rel="directory"&gt;N&#176; 1 - D&#233;croissance et Politique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;ENTROPIA signifie litt&#233;ralement &#171; se retourner &#187;. Ce verbe, pronominal en fran&#231;ais, a pris, depuis 1723, un sens particuli&#232;rement int&#233;ressant pour &#233;clairer notre d&#233;marche intellectuelle et pratique vers un apr&#232;s-d&#233;veloppement : &#171; Changer de ligne de conduite afin de s'adapter &#224; des circonstances nouvelles. (Dictionnaire culturel en langue fran&#231;aise, Le Robert, vol. IV, p. 273) &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Toute pens&#233;e qui refuse son autocritique n'est plus une pens&#233;e, mais&lt;br class='autobr' /&gt;
une croyance. Elle quitte le terrain solaire de la lucidit&#233; pour les mirages de l'esp&#233;rance. Depuis plus de cinquante ans, &#171; la croissance &#187; et &#171; le d&#233;veloppement &#187; rel&#232;vent de ce statut irrationnel et dogmatique. Dans les ann&#233;es soixante-dix, cependant, quelques chercheurs h&#233;t&#233;rodoxes et que la clairvoyance n'effrayait pas (Illich, Georgescu-Roegen, Ellul, Partant, Castoriadis&#8230;) se sont dress&#233;s contre cette dictature de l'&#233;conomisme et ont jet&#233; les bases d'une pens&#233;e de la d&#233;croissance. Pens&#233;e d&#233;rangeante s'il en est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es seulement, et singuli&#232;rement depuis le colloque &lt;i&gt;D&#233;faire le d&#233;veloppement, refaire le monde&lt;/i&gt; (Unesco 2002), des publications comme &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'&#201;cologiste&lt;/i&gt;, le bulletin de &lt;i&gt;La Ligne d'horizon, les amis de Fran&#231;ois Partant&lt;/i&gt;, lui ont fait une place grandissante dans leurs colonnes. Le bimestriel &lt;i&gt;La D&#233;croissance&lt;/i&gt; contribue, depuis trois ans, &#224; accentuer son caract&#232;re iconoclaste et provocant. Car cette notion de d&#233;croissance bouleverse en effet les signes et les lignes : les signes th&#233;oriques et symboliques de reconnaissance, comme les lignes des clivages politiques traditionnels. Cette situation peut engendrer des d&#233;rapages et&lt;br class='autobr' /&gt;
des d&#233;rives th&#233;oriques et politiques qui exigent la plus grande vigilance de la pens&#233;e et des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui reste clair c'est que, depuis peu, quatre crises capitales sont identifi&#233;es et confirment la pertinence et l'urgence d'une recherche sur l'apr&#232;s-d&#233;veloppement qui est, en quelque sorte, le prolongement ouvert et &#171; positif &#187; de la notion irritante de d&#233;croissance. Ces crises sont d'ailleurs pr&#233;sentes &#224; l'arri&#232;re-plan de sujets de conversations ordinaires et v&#233;hiculent une inqui&#233;tude grandissante. La crise &#233;nerg&#233;tique, li&#233;e &#224; l'&#233;puisement, au rench&#233;rissement des ressources fossiles et au consum&#233;risme compulsif g&#233;n&#233;ralis&#233; ; la crise climatique parall&#232;le &#224; la r&#233;duction de la biodiversit&#233;, &#224; la privatisation du vivant et des ressources naturelles ; la crise sociale, inh&#233;rente au mode capitaliste de production et de croissance, exacerb&#233;e par une mondialisation lib&#233;rale g&#233;n&#233;ratrice d'exclusion au Nord et plus encore au Sud ; la crise culturelle des rep&#232;res et des valeurs, dont les cons&#233;quences psychologiques et soci&#233;tales sont visibles en tout domaine. Ces quatre crises remettent en cause, comme jamais, le dogme de la croissance &#233;conomique sans limites et le productivisme qui l'accompagne. Elles r&#233;v&#232;lent &#233;galement, pour les r&#233;soudre, l'inefficacit&#233; flagrante du &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, comme oxymore s&#233;datif et comme mensonge consensuel. Mais, au-del&#224; de ces aspects &#233;conomiques, physiques, biologiques, sociologiques et politiques, se profile en r&#233;alit&#233; une crise anthropologique totalement in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en partageant l'essentiel de ces interrogations majeures qu'un&lt;br class='autobr' /&gt;
petit groupe de chercheurs, universitaires ou non, a d&#233;cid&#233; de proposer une revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance : &lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt;. Cette publication aura un rythme semestriel. Chaque livraison comportera un th&#232;me principal : d&#233;croissance et politique, d&#233;croissance et travail, d&#233;croissance et technique&#8230; Elle rendra compte, &#233;galement, de l'actualit&#233; de &#171; la mouvance de la d&#233;croissance &#187; et des d&#233;bats ou controverses qui la stimulent. Des comptes-rendus de lecture inviteront &#224; approfondir la r&#233;flexion et &#224; l'ouvrir &#224; d'autres cieux et d'autres cultures que la n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt; s'inscrit dans la longue tradition de la revue d'id&#233;es et d'engagement, lieu d'expression privil&#233;gi&#233; d'une pens&#233;e collective naissante et qui s'&#233;labore au fil du temps. Une pens&#233;e sur la cr&#234;te des interrogations fondamentales de notre &#233;poque, pour l'amplification de la prise de conscience d'une situation sans pr&#233;c&#233;dent de la condition humaine, pour l'enrichissement de l'imaginaire th&#233;orique, po&#233;tique et politique de l'apr&#232;s-d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Avis</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article89</link>
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		<dc:date>2011-05-06T12:44:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Si, le 1er f&#233;vrier de cette ann&#233;e 2011, vous aviez eu la curiosit&#233; d'&#233;crire la question suivante dans la fen&#234;tre r&#233;serv&#233;e &#224; cet effet par le &#171; moteur de recherche &#187; Google : &#171; Qu'est-ce qu'une revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique ? &#187;, vous auriez eu la surprise de constater que le premier lien de la premi&#232;re page, (sur environ 328 000 r&#233;sultats en 0,22 secondes), avait pour titre : D&#233;croissance (&#233;conomie) &#8211; Wikip&#233;dia. Sous ce titre en bleu et soulign&#233;, vous auriez pu lire : C'est dans cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique36" rel="directory"&gt;N&#176; 10 - Aux sources de la d&#233;croissance&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.entropia-la-revue.org/local/cache-vignettes/L150xH52/arton89-16e3b.png?1635514349' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='52' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si, le 1er f&#233;vrier de cette ann&#233;e 2011, vous aviez eu la curiosit&#233; d'&#233;crire la question suivante dans la fen&#234;tre r&#233;serv&#233;e &#224; cet effet par le &#171; moteur de recherche &#187; Google : &#171; Qu'est-ce qu'une revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique ? &#187;, vous auriez eu la surprise de constater que le premier lien de la premi&#232;re page, (sur environ 328 000 r&#233;sultats en 0,22 secondes), avait pour titre : D&#233;croissance (&#233;conomie) &#8211; Wikip&#233;dia. Sous ce titre en bleu et soulign&#233;, vous auriez pu lire : C'est dans cette logique qu'ils critiquent vivement la classe politique&#8230; Entropia (revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance&#8230; [la parenth&#232;se n'est pas referm&#233;e] Puis, &#224; la ligne et en couleur verte : fr.wikipedia.org&#8230;/D&#233;croissance_&#233;conomie) &#8211; Puis en bleu : En cache &#8211; Pages similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous auriez eu (en gras) la confirmation du mode de &#171; pens&#233;e &#187; d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; moteur de recherche &#187; &#224; partir de la question qui est pos&#233;e ! Il pense, en effet, puisqu'il choisit les mots cl&#233;s (ceux dont la censure raffole !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que conclure de cette fugace anecdote ? Pas grand-chose d'autre&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'oser peut-&#234;tre la sobre manifestation d'un &#233;tonnement certain&lt;br class='autobr' /&gt;
m&#226;tin&#233; d'une satisfaction contr&#244;l&#233;e en constatant que notre modeste&lt;br class='autobr' /&gt;
revue ait pu appara&#238;tre (sur Google, certes), avant m&#234;me la parution de son n&#176; 10, comme la premi&#232;re r&#233;ponse &#224; une question somme toute banale mais qu'il n'est sans doute jamais inutile de se reposer sans s&#233; reposer sur les illusions de quelque petite notori&#233;t&#233; suppos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par inadvertance, une forme virale d'optimisme s'abattait sur&lt;br class='autobr' /&gt;
nous, on pourrait oser &#233;crire que cette promotion non recherch&#233;e gr&#226;ce au &#171; plus puissant moteur de recherche au monde &#187; tombe &#224; pic pour assurer le succ&#232;s de cette livraison &#171; historique &#187; qui porte le nom de son dossier : Aux sources de la d&#233;croissance. &#171; Historique &#187;, en effet, parce que la plupart des textes rassembl&#233;s ici traitent, &#233;videmment sans pr&#233;tention d'exhaustivit&#233;, de l'histoire et des origines, possibles sinon probables, de l'objection de croissance ; mais &#171; historique &#187; &#233;galement si l'on attribue quelque valeur ontologique &#224; la &#171; d&#233;cimalit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour souligner cette premi&#232;re dizaine, une fois n'est pas coutume en&lt;br class='autobr' /&gt;
tout cas, qu'il soit permis au comit&#233; de r&#233;daction et aux &#233;diteurs&lt;br class='autobr' /&gt;
d'Entropia de remercier celles et ceux qui lisent cette revue, ainsi, bien&lt;br class='autobr' /&gt;
entendu, que les auteurs des quelques 200 contributions et plus,&lt;br class='autobr' /&gt;
publi&#233;es depuis le d&#233;but de cette aventure &#233;ditoriale totalement b&#233;n&#233;vole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 2006, on pouvait lire ces lignes en conclusion du premier&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;ditorial : &#171; Entropia s'inscrit dans la longue tradition de la revue&lt;br class='autobr' /&gt;
d'id&#233;es et d'engagement, lieu d'expression privil&#233;gi&#233; d'une pens&#233;e collective naissante et qui s'&#233;labore au fil du temps. Une pens&#233;e sur la&lt;br class='autobr' /&gt;
cr&#234;te des interrogations fondamentales de notre &#233;poque, pour&lt;br class='autobr' /&gt;
l'amplification de la prise de conscience d'une situation de la condition&lt;br class='autobr' /&gt;
humaine sans pr&#233;c&#233;dent, pour l'enrichissement de l'imaginaire th&#233;orique, po&#233;tique et politique de l'apr&#232;s-d&#233;veloppement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix num&#233;ros plus tard, Entropia est-elle rest&#233;e fid&#232;le &#224; cette ambition ? La r&#233;ponse n'est pas sur Google.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kunst ist Subversion</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article80</link>
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		<dc:date>2010-06-04T10:29:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Von Jean-Claude Besson-Girard, Kunstmaler, Autor von Decrescendo cantabile, Petit manuel pour une d&#233;croissance harmonique (Parangon Verlag), Direktor von ENTROPIA (Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance. &lt;br class='autobr' /&gt; Die Idee einer &#171; Wachstumsr&#252;cknahme &#187; stellt unseren Glauben radikal in Frage ; sie bedeutet ein nicht weniger radikales Umsto&#223;en von dem, was wir unter &#171; Kultur &#187; verstehen. Es existiert keine menschliche Natur, die von der Kultur, die die Menschheit in der Gesellschaft (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;Degrowth&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.entropia-la-revue.org/local/cache-vignettes/L130xH93/arton80-f87f3.jpg?1635380423' class='spip_logo spip_logo_right' width='130' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Von Jean-Claude Besson-Girard, Kunstmaler, Autor von Decrescendo cantabile, Petit manuel pour une d&#233;croissance harmonique (Parangon Verlag), Direktor von ENTROPIA (Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Die Idee einer &#171; Wachstumsr&#252;cknahme &#187; stellt unseren Glauben radikal in Frage ; sie bedeutet ein nicht weniger radikales Umsto&#223;en von dem, was wir unter &#171; Kultur &#187; verstehen.&lt;br class='autobr' /&gt;
Es existiert keine menschliche Natur, die von der Kultur, die die Menschheit in der Gesellschaft formt, unabh&#228;ngig sei. &lt;br class='autobr' /&gt;
Die F&#228;higkeit zu symbolisieren ist das Herz einer jeden Kultur. Die kulturelle Vielfalt ist das Symbolische Pendant der biologischen Vielfalt ; aber um den Wert der Kultur zu verstehen, sollte ihr Sinn selbstverst&#228;ndlich nicht auf die Produktion und den Konsum von kulturellen G&#252;tern reduziert werden, wie uns der Produktivismus konditioniert zu denken. &lt;br class='autobr' /&gt;
Die Kultur ist ein komplexes Ensemble, das Wissen, Glaube, Moral und Gewohnheiten einer Gesellschaft einschlie&#223;t ; die Kunst ist ihr riskantester Teil. Es handelt sich also nicht darum, &#171; die Kunst eine Subversion werden zu lassen &#187; sondern darum, anzuerkennen, dass die Kunst Subversion ist. Sie ist kein dekorativer Zusatz f&#252;r irgendeine &#171; Lebensversch&#246;nerung &#187;. Sie ist die Spur, das Ergebnis der vollkommenen Hingabe derjenigen, die damit dem Ruf der Kunst wie einer Notwendigkeit folgen, manchmal bis zur Lebensgefahr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Was kann im Angesicht eines Systems, das den_die K&#252;nstler_in in uns ausschaltet, getan werden ? Ich kann hier nur ein paar Wege schildern und ein paar Haltungen vorschlagen, die eine Entkonditionierung bez&#252;glich des gewohnheitsm&#228;&#223;igen Diskurses &#252;ber Kunst und Kultur erlauben. So verstehe ich nicht gut, was eine &#171; humanistische Kunst &#187; au&#223;erhalb des Sinnes, den sie sich in Europa seit der Renaissance angeeignet hat, bedeuten k&#246;nnte. Sie hat in anderen Kulturen und Epochen keine signifikante Wirkung. Sie erlaubt uns nicht, die Geburt der Kunst und ebenso wenig die chinesische Malerei, zu erfassen&#8230; Jedoch scheint es mir, dass das Eigene der Kunst aller Epochen und Kulturen ist, dass sie Zeuge einer Beziehung zu dem Heiligen ist und dass diese Beziehung das Vorrecht der menschlichen Spezies ist, welche Bewusstsein &#252;ber ihre Endlichkeit erlangt und sich mit einer besonderen Intensit&#228;t bei den Dichtern manifestiert. Es dr&#228;ngt, das von der Romantik geerbte Bild des K&#252;nstlers, das in au&#223;erhalb des oder sogar h&#246;her als das gemeinsame Schicksal stellte. Dieser missbr&#228;uchliche Anspruch hat nach und nach die Kluft und das Unverst&#228;ndnis zwischen K&#252;nstler_in und Gesellschaft geschaffen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wenn wir heute verloren sind, ist das grunds&#228;tzlich, weil wir der poetischen Dimension unserer Existenzen den R&#252;cken zugekehrt haben. Diese Dimension ist diejenige unserer sinnlichen Beziehungen zum Ganzen des Realen, welches der Grundstoff aller menschlichen Kreation ist... Wir m&#252;ssen die Kreuzung wiederfinden, an der wir den falschen Weg einschlugen. Dieser Weg f&#252;hrte uns, wie wir jetzt wissen, in die Sackgasse der Wahrnehmung und der Empfindsamkeit, die uns bet&#228;ubt und wie von unserem essentiellen Teil amputiert l&#228;sst... Es ist zu behaupten, dass die Kunst und die Kultur weder auf Nutzen ausgerichtet sind, noch irgendeiner Macht unterworfen sind. Die Kunst und die Kultur erbringen keinen Nutzen, deshalb sind sie f&#252;r die W&#252;rde des menschlichen Zustandes unabdingbar. Sie zeugen von ihrem in jeder Generation erneuerten R&#228;tsel... In aller Bescheidenheit den Dialog mit den leblosen, bewunderungsw&#252;rdigen Gegenst&#228;nden als Tr&#228;ger der vergessenen Pr&#228;senz derer, die sie schufen wiederfinden... In amour&#246;se Komplizenschaft mit den Naturelementen und alle Lebensformen treten. Kurzum, selbst vollkommen an der Welt sein, um mit den Anderen auf der Welt zu sein... Dann, nach und nach, ist es vielleicht m&#246;glich, sich die Einf&#252;hrung von gegen&#252;ber der Kunst und der Kultur gleichzeitig wahreren und tieferen Verhaltensweisen vorzustellen. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dies sind einige der zu erforschenden Wege und aufzuwendenden Einstellungen, um den Sinn der Kunst als das Teilen des menschlichen Zustandes und als Notwendigkeit eines fr&#246;hlichen Aufstandes wiederzufinden.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#172;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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