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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>Crise mondiale, d&#233;croissance et sortie du capitalisme</title>
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		<dc:date>2021-10-19T20:59:18Z</dc:date>
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		<dc:creator>Andr&#233; Gorz</dc:creator>



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&lt;p&gt;Jean-Marie Vincent In memoriam &lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;croissance est une bonne id&#233;e : elle indique la direction dans laquelle il faut aller et invite &#224; imaginer comment vivre mieux en consommant et en travaillant moins et autrement. Mais cette bonne id&#233;e ne peut pas trouver de traduction politique : aucun gouverne- ment n'oserait la mettre en &#339;uvre, aucun des acteurs &#233;conomiques ne l'accepterait &#8211; &#224; moins que sa mise en &#339;uvre ne soit fragment&#233;e en mesures subalternes, &#233;tal&#233;e sur une ou plusieurs d&#233;cennies, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean-Marie Vincent&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;In memoriam&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La d&#233;croissance est une bonne id&#233;e : elle indique la direction dans laquelle il faut aller et invite &#224; imaginer comment vivre mieux en consommant et en travaillant moins et autrement. Mais cette bonne id&#233;e ne peut pas trouver de traduction politique : aucun gouverne- ment n'oserait la mettre en &#339;uvre, aucun des acteurs &#233;conomiques ne l'accepterait &#8211; &#224; moins que sa mise en &#339;uvre ne soit fragment&#233;e en mesures subalternes, &#233;tal&#233;e sur une ou plusieurs d&#233;cennies, et vid&#233;e ainsi de son potentiel de radicalit&#233; pour devenir compatible avec la perp&#233;tuation du syst&#232;me &#233;conomique dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui doit d&#233;cro&#238;tre, en effet, est la production de marchandises qui est d&#233;j&#224; trop &#233;troite et trop &#233;conome en travail humain pour permettre &#224; la surabondance de capitaux de se valoriser. La d&#233;croissance provoquerait une d&#233;pression &#233;conomique s&#233;v&#232;re, voire l'effondrement du syst&#232;me bancaire mondial. Son &#233;talement sur une ou plusieurs d&#233;cennies supposerait que le syst&#232;me &#233;conomique dominant soit assur&#233; de durer. Tel n'est pas le cas, pour plusieurs raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme s'enfonce depuis vingt ans dans une crise sans issue. Il approche (j'y reviendrai) de sa limite interne &#8211; de son extinction. Cette crise a pour causes la r&#233;volution informationnelle, la d&#233;mat&#233;rialisation du travail et du capital, l'impossibilit&#233; croissante qui en r&#233;sulte de mesurer la &#171; valeur &#187; de l'un, de l'autre et des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les statistiques de l'emploi ne doivent pas tromper sur le fait que la productivit&#233; du travail continue d'augmenter rapidement et le volume du &#171; travail productif &#187; &#8211; au sens qu'a ce terme dans une &#233;conomie capitaliste &#8211; de diminuer dramatiquement. N'y est &#171; productif &#187; que le travail qui &#171; valorise &#187; (c'est-&#224;-dire accro&#238;t) un capital parce que celui qui le fournit ne consomme pas la totalit&#233; de la &#171; valeur &#187; qu'a ce qu'il produit. Les services aux personnes, en particulier, sont improductifs de ce point de vue. Aux &#201;tats-Unis, souvent cit&#233;s comme mod&#232;le, ils occupent 55 % de la population active qui travaillent comme serveurs/serveuses, vendeurs/vendeuses, femmes et hommes de m&#233;nage, employ&#233;s de maison, gardiens d'immeuble, bonnes d'enfant, etc. La moiti&#233; d'entre eux occupent plusieurs emplois pr&#233;caires, le quart sont des &lt;i&gt;working poor&lt;/i&gt;. Ces emplois ne font pas augmenter la quantit&#233; de moyens de paiement mis en circulation : ils ne cr&#233;ent pas de &#171; valeur &#187;. Leur r&#233;mun&#233;ration provient de revenus tir&#233;s d'un travail productif ; c'est un revenu secondaire. La population directement &#171; capital-productive &#187; repr&#233;sente probablement moins de 10 % de la population active des pays dits d&#233;velopp&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ignacio Ramonet cite un chiffre qui en dit long &#224; ce sujet : Plus de 25 % de l'activit&#233; &#233;conomique mondiale est assur&#233;e par 200 multinationales qui emploient 0,75 % de la population active mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus la productivit&#233; du travail augmente, plus faible devient le nombre d'actifs dont d&#233;pend la valorisation d'un volume donn&#233; de capitaux. Pour emp&#234;cher le volume du profit de baisser, il faudrait que la productivit&#233; d'un nombre de plus en plus r&#233;duit d'actifs augmente de plus en plus vite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Moishe Postone, Time, Labor and Social Domination. &#192; New Interpretation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le capitalisme se heurte &#224; sa limite interne quand le nombre des actifs capital-productifs devient si faible que le capital n'est plus en mesure de se reproduire et que le profit s'effondre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une analyse actualis&#233;e et concr&#232;te, voir sur ce point Robert Kurz, Das (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette limite est virtuellement atteinte &#8211; de m&#234;me que la limite externe, c'est-&#224;-dire l'impossibilit&#233; de trouver des d&#233;bouch&#233;s rentables pour un volume de marchandises qui devrait cro&#238;tre &lt;i&gt;au moins&lt;/i&gt; aussi vite que la productivit&#233;. Chaque firme cherche &#224; faire reculer pour elle-m&#234;me l'une et l'autre limite en livrant une guerre d'an&#233;antissement &#224; ses concurrentes ; en cherchant &#224; les d&#233;pecer pour s'approprier leurs actifs monnayables et leurs parts de march&#233;. Il y a de plus en plus de perdants, de moins en moins de gagnants. Les b&#233;n&#233;fices record que r&#233;alisent les gagnants masquent le fait que, globalement, la masse des profits diminue. Une part importante des b&#233;n&#233;fices record n'est pas r&#233;investie dans la production : celle-ci n'est pas assez rentable. Les 500 firmes de l'index Standard and Poor's disposent de 631 milliards de dollars de r&#233;serves. Une &#233;tude du cabinet McKinsey estime &#224; 80 billions (80 000 milliards) de dollars le volume des capitaux &#224; la recherche de placements. Plus de la moiti&#233; des b&#233;n&#233;fices des entreprises am&#233;ricaines provient d'op&#233;rations financi&#232;res. Pour se reproduire et s'accro&#238;tre, le capital recourt de moins en moins &#224; la production de marchandises et de plus en plus &#224; &#171; l'industrie financi&#232;re &#187; qui ne produit rien : elle &#171; cr&#233;e &#187; de l'argent avec de l'argent, de l'argent sans substance, en achetant et vendant des actifs financiers et en gonflant des bulles sp&#233;culatives. Celles-ci se d&#233;veloppent gr&#226;ce aux achats sp&#233;culatifs d'actifs tels que actions, parts de soci&#233;t&#233;s immobili&#232;res et fonci&#232;res, fonds sp&#233;culant sur le cours des m&#233;taux ou des monnaies, etc. Les achats font monter le prix des certificats d'investissement et entra&#238;nent un mouvement sp&#233;culatif qui en acc&#233;l&#232;re la hausse. La hausse continue du prix des titres permet &#224; leurs d&#233;tenteurs d'emprunter aux banques des sommes croissantes qui, utilis&#233;es pour d'autres placements sp&#233;culatifs ou pour l'achat de biens, donnent l'impression que l'&#233;conomie jouit d'une grande abondance de liquidit&#233;s. Celle-ci est due en r&#233;alit&#233; &#224; une croissance vertigineuse des dettes de toutes sortes auxquelles les cours surfaits des titres participant &#224; la bulle servent de caution. Derni&#232;re en date, la bulle immobili&#232;re, qualifi&#233;e par The Economist de &#171; plus grande bulle sp&#233;culative de tous les temps &#187;, a fait augmenter la &#171; valeur &#187; de l'immobilier du monde industrialis&#233; de 20 &#224; 60 billions de dollars en trois ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque bulle finit t&#244;t ou tard par &#233;clater et par transformer en dettes les actifs financiers sans base r&#233;elle figurant au bilan des banques. &#192; moins d'&#234;tre relay&#233; par le gonflement d'une bulle nouvelle et plus grande encore, l'&#233;clatement d'une bulle entra&#238;ne normalement des faillites en cha&#238;ne &#8211; &#224; la limite, l'effondrement du syst&#232;me bancaire mondial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le r&#244;le central des bulles financi&#232;res pour la survie apparente du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valorisation du capital repose de plus en plus sur des artifices, de moins en moins sur la production et la vente de marchandises. La richesse produite a de moins en moins la forme valeur, la forme marchandise ; elle est de moins en moins mesurable en termes de valeur d'&#233;change, de PIB. Plusieurs facteurs mettent en &#233;vidence la fragilit&#233; du syst&#232;me, sa crise, et pointent vers une &#233;conomie fondamentalement diff&#233;rente qui ne soit plus r&#233;gie par le besoin du capital de s'accro&#238;tre et le souci g&#233;n&#233;ral de &#171; faire &#187; et de &#171; gagner &#187; de l'argent, mais par le souci de l'&#233;panouissement des forces de vie et de cr&#233;ation, c'est-&#224;-dire des sources de la vraie richesse qui ne se laisse ni exprimer ni mesurer en termes de valeur mon&#233;taire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que la croissance des &#233;changes marchands, c'est-&#224;-dire du PIB, ne conduise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;croissance de l'&#233;conomie fond&#233;e sur la valeur d'&#233;change a d&#233;j&#224; lieu et s'accentuera. La question est seulement de savoir si elle va prendre la forme d'une crise catastrophique subie ou celle d'un choix de soci&#233;t&#233; auto-organis&#233;, fondant une &#233;conomie et une civilisation au-del&#224; du salariat et des rapports marchands, dont les germes auront &#233;t&#233; sem&#233;s et les outils forg&#233;s par des exp&#233;rimentations sociales convaincantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#234;tre tr&#232;s net : Nous aurons toujours autant de travail que nous voudrons, mais il ne prendra plus la forme du travail emploi &#8211; travail marchandise. Ce n'est pas seulement le plein emploi, c'est l'emploi lui-m&#234;me que le postfordisme a entrepris de supprimer. Par cette suppression, le capitalisme travaille &#224; sa propre extinction et fait na&#238;tre des possibilit&#233;s sans pr&#233;c&#233;dent de passer &#224; une &#233;conomie affranchie de la domination du capital sur le mode de vie, les besoins et la mani&#232;re de les satisfaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette domination qui demeure l'obstacle insurmontable &#224; la limitation de la production et de la consommation. Elle a conduit &#224; ce que nous ne produisons rien de ce que nous consommons et ne consommons rien de ce que nous produisons. Tous nos besoins et d&#233;sirs sont des besoins et d&#233;sirs de marchandises, donc des besoins d'argent. Nous mesurons la richesse en argent, lequel est par essence abstrait et sans limite, et dont le d&#233;sir, par cons&#233;quent, est lui aussi sans limite. L'id&#233;e du suffisant &#8211; l'id&#233;e d'une limite pass&#233;e laquelle nous produirions ou ach&#232;terions trop, c'est-&#224;-dire plus qu'il ne nous en faut &#8211; n'appartient pas &#224; l'&#233;conomie ni &#224; l'imagination &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes incapables de d&#233;cider, voire de nous demander de quoi nous avons besoin en quantit&#233; et en qualit&#233;. Nos d&#233;sirs et nos besoins sort amput&#233;s, format&#233;s, appauvris par l'omnipr&#233;sence des propagandes commerciales et la surabondance de marchandises. Marchandises nous-m&#234;mes en tant que, d&#233;sormais, nous avons &#224; &#171; nous vendre &#187; nous-m&#234;mes pour pouvoir vendre notre travail, nous avons int&#233;rioris&#233; la logique propre au capitalisme : pour celui-ci, ce qui est produit importe pour autant seulement que cela rapporte ; pour nous en tant que vendeurs de notre travail, ce qui est produit importe pour autant seulement que cela cr&#233;e de l'emploi et distribue du salaire. Une complicit&#233; structurelle lie le travail-marchandise et le capital : pour l'un et pour l'autre, le but d&#233;terminant est de &#171; gagner de l'argent &#187;, le plus d'argent possible. L'un et l'autre tiennent &#171; la croissance &#187; pour un moyen indispensable d'y parvenir. L'un et l'autre sont assujettis &#224; la contrainte immanente du &#171; toujours plus &#187;, &#171; toujours plus vite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pouvoir autod&#233;terminer nos besoins, nous concerter sur les moyens et la mani&#232;re de les satisfaire, il est donc indispensable que nous recouvrions la ma&#238;trise des moyens de travail et des choix de production. Or, cette ma&#238;trise est impossible dans une &#233;conomie industrialis&#233;e. Elle est interdite par la conception m&#234;me des moyens de production. Ceux-ci exigent une sp&#233;cialisation, une subdivision et une hi&#233;rarchisation des t&#226;ches ; ils ne sont pas des techniques neutres, mais des moyens de domination du capital sur le travail. C'est le fait que les rapports de domination sont inh&#233;rents au mode de production industriel &#8211; lequel reste structurellement capitaliste m&#234;me quand 1'industrie est &#171; collectivis&#233;e &#187; &#8211; qui explique la persistance d'utopies nostalgiques qui lient d&#233;croissance, d&#233;sindustrialisation, retour aux &#233;conomies villageoises, communautaires ou/et familiales, largement autarciques, dont la production est essentiellement artisanale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est une tout autre sortie de l'industrialisme et du capitalisme par la m&#234;me occasion dont la possibilit&#233; se dessine actuellement. C'est le capitalisme lui-m&#234;me qui, sans le vouloir, travaille &#224; sa propre extinction en d&#233;veloppant les outils d'une sorte d'artisanat high-tech, qui permettent de fabriquer &#224; peu pr&#232;s n'importe quels objets &#224; trois dimensions avec une productivit&#233; tr&#232;s sup&#233;rieure &#224; celle de 1'industrie et une faible consommation de ressources naturelles. Je me r&#233;f&#232;re ici &#224; des appareils utilis&#233;s actuellement dans l'industrie pour le rapid prototyping (fabrication de prototypes ou de mod&#232;les) : les digital fabricators, appel&#233;s aussi factories in a box, fabbers ou personal fabricators. Ils peuvent &#234;tre install&#233;s dans un garage ou un atelier, transport&#233;s dans un break, utilisent de fines poudres de r&#233;sine ou de m&#233;taux comme mati&#232;re premi&#232;re, et leur mise en &#339;uvre ne demande d'autre travail que la conception de logiciels qui commandent la fabrication par l'interm&#233;diaire d'un laser. Ils permettraient aux populations exclues, vou&#233;es &#224; l'inactivit&#233; ou au sous-emploi par le &#171; d&#233;veloppement &#187; du capitalisme, de se regrouper pour produire dans des ateliers communaux tout ce dont elles-m&#234;mes et leur commune ont besoin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les digital fabricators sont, &#224; ma connaissance, les moyens de production (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils offrent la possibilit&#233; d'interconnecter les ateliers communaux &#224; travers le monde entier, de traiter &#8211; comme le fait le mouvement des logiciels libres &#8211; les logiciels comme un bien commun de l'humanit&#233;, de remplacer le march&#233; et les rapports marchands par la concertation sur ce qu'il convient de produire, comment et &#224; quelle fin, de fabriquer localement tout le n&#233;cessaire, et m&#234;me de r&#233;aliser de grandes installations complexes par la coop&#233;ration de plusieurs dizaines d'ateliers locaux. Transport, stockage, commercialisation et montage en usine, qui repr&#233;sentent deux tiers ou plus des co&#251;ts actuels, seraient &#233;limin&#233;s. Une &#233;conomie au-del&#224; du travail emploi, de l'argent et de la marchandise, fond&#233;e sur la mise en commun des r&#233;sultats d'une activit&#233; comprise d'embl&#233;e comme commune, s'annonce possible : une &#233;conomie de la gratuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la fin du travail ? Au contraire : c'est la fin de la tyrannie qu'exercent les rapports de marchandise sur le travail au sens anthropologique. Celui-ci peut s'affranchir des &#171; n&#233;cessit&#233;s ext&#233;rieures &#187; (Marx) ; recouvrer son autonomie ; se tourner vers la r&#233;alisation de tout ce qui n'a pas de prix, ne peut &#234;tre ni achet&#233; ni vendu ; devenir ce que nous faisons parce que r&#233;ellement nous d&#233;sirons le faire et trouvons notre accomplissement dans l'activit&#233; elle-m&#234;me autant que dans son r&#233;sultat. La grande question est : que d&#233;sirons-nous faire dans et de notre vie ? Question que la culture &#233;conomiciste du &#171; plus vaut plus &#187; emp&#234;che de poser et qu'un tiers du livre de Frithjof Bergmann veut nous apprendre &#224; aborder&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;conomie de la gratuit&#233; est une anti-&#233;conomie : une &#233;conomie tr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224;, c'est entendu, d'une utopie. Mais d'une utopie concr&#232;te. Elle se situe dans le prolongement du mouvement des logiciels libres qui se comprend comme une forme germinale d'&#233;conomie de la gratuit&#233; et de la mise en commun, c'est-&#224;-dire d'un communisme. Et elle se situe dans la perspective d'une &#233;limination de plus en plus compl&#232;te du travail emploi, d'une automatisation de plus en plus pouss&#233;e, qui fera (et fait d&#233;j&#224;) de la conception de logiciels de loin la plus importante activit&#233; productive &#8211; productive de richesse mais non de &#171; valeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde dit sous-d&#233;velopp&#233; ou &#171; en voie de d&#233;veloppement &#187; ne sauvera pas le capitalisme ni ne se sauvera lui-m&#234;me par une industrialisation cr&#233;atrice de plein emploi. La m&#234;me logique qui a conduit le monde industrialis&#233; &#224; rendre sa main-d'&#339;uvre inutile, &#224; la remplacer par des robots de plus en plus performants, cette m&#234;me logique s'impose ou s'imposera aux pays dits &#233;mergents qui, pour devenir et rester comp&#233;titifs et se doter des infrastructures n&#233;cessaires, devront &#233;galer en productivit&#233; les &#233;conomies les plus avanc&#233;es. Le plein emploi de type fordiste n'est pas reproductible par l'apr&#232;s-fordisme informatis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas par hasard que l'ouvrage proph&#233;tique de Robert Kurz, Der Kollaps der Modernisierung&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Kurz, Der Kollaps der Modernisierung. Vom Zusammenbruch des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est devenu une sorte de best- seller au Br&#233;sil. Ni que c'est en Afrique du Sud que l'introduction de fabbers, projet&#233;e par Bergmann, est accueillie avec int&#233;r&#234;t par l'ANC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, l'utopie que je partage depuis longtemps avec Bergmann, celle de l'autoproduction communale coop&#233;rative, n'est pas imm&#233;diatement r&#233;alisable sur une grande &#233;chelle. Mais elle aura, d&#232;s son application en quelques points du globe, la valeur d'une exp&#233;rimentation sociale exemplaire : elle nous proposera un but en partant non pas des mis&#233;rables repl&#226;trages qui sont imm&#233;diatement r&#233;alisables, mais de la possibilit&#233; d'un monde radicalement diff&#233;rent que nous avons d&#233;sormais les moyens de r&#233;ellement vouloir. Elle contribuera &#224; changer notre regard sur ce qui est, en illustrant ce qui peut &#234;tre ; elle aidera &#224; faire perdre, dans la conscience, la pens&#233;e et l'imagination de tous, sa centralit&#233; &#224; ce &#171; travail &#187; que le capitalisme abolit massivement tout en exigeant de chacun qu'il se batte contre tous les autres pour l'obtenir &#224; tout prix. Elle rendra visible que le travail n'est pas quelque chose qu'on a dans la mesure o&#249; on vous le donne, mais que le travail est quelque chose qu'on fait pourvu qu'on en ait les moyens, et que ces moyens, qui sont aussi les moyens de la r&#233;appropriation du travail, deviennent d&#233;sormais disponibles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans Les Aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur, Deno&#235;l, 2003, pp. 153 &#224; 155, Anselm Jappe montre qu'une partie de plus en plus faible des activit&#233;s qui se d&#233;roulent dans le monde &#171; cr&#233;e de la plus-value et alimente encore le capitalisme &#187;. En amont, en aval et &#224; c&#244;t&#233; du &#171; v&#233;ritable proc&#232;s productif &#187;, l'activit&#233; productive a besoin de s'appuyer sur des travaux non productifs de plus en plus nombreux &#171; et qui ne peuvent souvent ob&#233;ir &#224; la loi de la valeur. &#187; &#171; Pour qu'un travail soit productif, il faut que ses produits fassent retour dans le proc&#232;s d'accumulation du capital et que leur consommation alimente la reproduction &#233;largie du capital en &#233;tant consomm&#233;s par des travailleurs productifs ou en devenant des biens d'investissement... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Moishe Postone, Time, Labor and Social Domination. &#192; New Interpretation of Marx'Critical Theory, Cambridge University Press, 1993, pp. 308-314. Cette &#339;uvre ma&#238;tresse de Postone a jou&#233; un r&#244;le important dans la critique du travail et de la valeur, et dans la distinction entre valeur et richesse dans l'&#233;cole de Robert Kurz, en particulier. En fran&#231;ais on ne trouve de Postone que Marx est-il devenu muet ?, recueil de deux articles traduits et pr&#233;fac&#233;s par Olivier Galtier et Luc Mercier, &#233;ditions de l'Aube, 2003. La pr&#233;face est une excellente pr&#233;sentation de l'&#339;uvre de Postone.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une analyse actualis&#233;e et concr&#232;te, voir sur ce point Robert Kurz, Das Weltkapital. Globalisierung, und innere Schranken des modernen warenproduzierenden Systems, Tiamat, Berlin, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le r&#244;le central des bulles financi&#232;res pour la survie apparente du syst&#232;me, voir Robert Kurz, op. cit., pp. 228-267, ainsi que Robert Benton, &#171; New Boom or New Bubble ? &#187;, New Left Review, 25, Jan. Feb. 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que la croissance des &#233;changes marchands, c'est-&#224;-dire du PIB, ne conduise point par elle-m&#234;me &#224; un accroissement de la richesse, mais peut signifier un appauvrissement et une d&#233;t&#233;rioration des rapports sociaux et de la qualit&#233; de la vie, est d&#233;sormais une &#233;vidence largement partag&#233;e, gr&#226;ce notamment au rapport du PNUD de 1998, au livre de Dominique M&#233;da, Qu'est-ce que la richesse ?, Aubier, 1999, et &#224; Reconsid&#233;rer la richesse, &#201;ditions de l'Aube, par Patrick Viveret. Moins partag&#233;e est l'&#233;vidence que la rupture avec une &#233;conomie qui mesure la richesse en termes mon&#233;taires suppose la rupture avec la &#171; valeur &#187; dans ses trois formes : l'argent, le travail emploi et la marchandise. Seule une &#233;conomie affranchie de la loi de la valeur peut mettre la production au service du d&#233;veloppement humain, au lieu de mettre les hommes au service de la production de marchandises. Cf. &#224; ce sujet, A. Gorz, L'Immat&#233;riel, Galil&#233;e, 2003, pp. 81-88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les digital fabricators sont, &#224; ma connaissance, les moyens de production les plus avanc&#233;s dont l'industrie dispose actuellement. J'en ai trouv&#233; deux pr&#233;sentations. La premi&#232;re a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le Open Source Jahrbuch 2005 qu'on peut consulter sur le net : &lt;a href=&#034;http://www.opensourcejahrbuch.de&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.opensourcejahrbuch.de&lt;/a&gt; &#224; la p. 308 d'un article (pp. 294-309) de Stefan Merten et Stefan Meretz, cofondateurs d'Oekonux, intitul&#233; : &#171; Freie Software und Freie Gesellschaft &#187;. Le m&#234;me texte se trouve online sous : &lt;a href=&#034;http://www.opentheory.org/ox-osjahrbuch-2005/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.opentheory.org/ox-osjahrbuch-2005/&lt;/a&gt;. Les auteurs pr&#233;sentent les fabbers comme une machine qui ne soumet pas les hommes &#224; ses exigences, donc n'est plus un moyen de domination, et comme un robot qui ne se borne pas &#224; automatiser un proc&#232;s de travail d&#233;termin&#233; : pratiquement n'importe quel proc&#232;s peut &#234;tre programm&#233; sur un m&#234;me appareil. Celui-ci pr&#233;figure la possibilit&#233; d'une &#171; soci&#233;t&#233; de l'information &#187; dans laquelle toute l'&#233;nergie humaine peut &#234;tre d&#233;pens&#233;e pour des activit&#233;s cr&#233;atives, &#171; pour l'&#233;panouissement sans limites des facult&#233;s humaines &#187;. La seconde pr&#233;sentation, mettant l'accent sur les potentialit&#233;s pratiques des personal fabricators se trouve au chapitre IV de l'ouvrage de Frithjof Bergmann, New Work, New Culture, qui n'est disponible que dans sa version allemande : Neue Arbeit Neue Kultur, Arbor Verlag, Freiamt, 2004. Voir aussi &lt;a href=&#034;http://www.new-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.new-&lt;/a&gt; worknewculture.net. Bergmann cherche depuis une vingtaine d'ann&#233;es &#224; transformer le ch&#244;mage de masse, dont il a fait l'exp&#233;rience &#224; Detroit, en une chance : celle de &#171; lib&#233;rer le travail de la tyrannie de l'emploi &#187;. Autrement dit : au lieu d'avoir &#224; vendre son travail, pouvoir produire et travailler selon ses besoins, de la mani&#232;re la plus satisfaisante possible. Ce qui supposait, au d&#233;part, que les produits correspondant aux besoins les plus communs soient red&#233;finis de fa&#231;on &#224; pouvoir &#234;tre fabriqu&#233;s avec des outils et des comp&#233;tences &#224; la port&#233;e de tout le monde. Le high-tech selfprovidinq (HTSP) devait permettre aux Africains du Botswana comme aux ch&#244;meurs du Michigan de couvrir leurs besoins par leurs propres moyens. Les digital fabricators, dont Bergmann semble avoir gagn&#233; les inventeurs &#224; son projet, en offraient la solution id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;conomie de la gratuit&#233; est une anti-&#233;conomie : une &#233;conomie tr&#232;s largement d&#233;mon&#233;taris&#233;e, qui n'est plus r&#233;gie par les crit&#232;res de rentabilit&#233; de l'&#233;conomie d'entreprise, mais par le crit&#232;re de &#171; l'utilit&#233; &#187;, de la d&#233;sirabilit&#233; des productions et par la prise en compte des externalit&#233;s n&#233;gatives et positives, impossibles &#224; &#233;valuer en termes de co&#251;ts mon&#233;taires. On retrouve ce combat contre l'&#233;conomicisme dans les &#233;crits de Serge Latouche, dans le mouvement des logiciels libres et, tout derni&#232;rement, dans l'ouvrage extraordinairement riche de Laurence Baranski et Jacques Robin, L'Urgence de la m&#233;tamorphose, &#233;ditions Des Id&#233;es et des hommes, 2006, en particulier pp. 85 &#224; 93, &#171; Art de vivre et gratuit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Kurz, Der Kollaps der Modernisierung. Vom Zusammenbruch des Kasernensozialismus zur Krise der Welt&#246;konomie, Reclam, Leipzig, 1994. Cf. en particulier pp. 310 &#224; 314, o&#249; il est question de la n&#233;cessaire d&#233;mon&#233;tarisation, de l'impossibilit&#233; de faire d&#233;pendre la reproduction individuelle de l'occupation d'un emploi assujetti aux imp&#233;ratifs abstraits de l'&#233;conomie d'entreprise, de coop&#233;ratives communales d'autoproduction et de (l'auto) organisation internationale des flux de ressources d&#233;coupl&#233;s de la logique de l'argent et de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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