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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>L'eau servante du feu</title>
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		<dc:date>2021-10-31T15:10:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain GRAS</dc:creator>



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&lt;p&gt;Pr&#233;ambule sur le temps et la d&#233;croissance Avant d'entrer dans le vif du sujet, il me semble n&#233;cessaire de pr&#233;ciser, tr&#232;s bri&#232;vement, ce que je pense de la notion de d&#233;croissance pour que ne soit pas mal interpr&#233;t&#233;e l'argumentation. En premier lieu, la d&#233;croissance ne peut en aucun cas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un retour en arri&#232;re, je me d&#233;marque donc de la th&#233;orie dite de l'Olduvai (retour &#224; l'&#233;poque des cavernes), ch&#232;re &#224; certains &#233;cologistes anglo-saxons. Le temps n'existe pas et je partage (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;ambule sur le temps et la d&#233;croissance&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant d'entrer dans le vif du sujet, il me semble n&#233;cessaire de pr&#233;ciser, tr&#232;s bri&#232;vement, ce que je pense de la notion de d&#233;croissance pour que ne soit pas mal interpr&#233;t&#233;e l'argumentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, la d&#233;croissance ne peut en aucun cas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un retour en arri&#232;re, je me d&#233;marque donc de la th&#233;orie dite de l'Olduvai (retour &#224; l'&#233;poque des cavernes), ch&#232;re &#224; certains &#233;cologistes anglo-saxons. Le temps n'existe pas et je partage le jugement de saint Augustin : le pass&#233; n'est que m&#233;moire (et reconstruction) et l'avenir attente (et cr&#233;ation). Au pr&#233;sent, on ne peut dire, &#224; la mani&#232;re d'Heidegger, qu' &#171; il y a temps (&lt;i&gt;&#171; es gibt Zeit &#187;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, et en second lieu, nous allons quelque part, ailleurs, mais pas vers ce qui a &#233;t&#233;. Je ne crois pas qu'il faille r&#233;pondre &#224; la question : que serait la d&#233;croissance pour vous ? Car elle n'est pas pour moi, mais elle est de tous. Plut&#244;t, elle sera une cr&#233;ation collective et ceux qui veulent l'enfermer dans une d&#233;finition ou une image ou un mod&#232;le, tel Odum&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Odum H.T., Odum E.C., Prosperous Way Down, the : Principles and Policy, Uty (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;cemment, continuent la philosophie qu'ils d&#233;noncent : celle de la ma&#238;trise de la nature, laquelle n'est, au fond, que l'illusion que nous pouvons conduire en dernier ressort et en toute conscience notre histoire&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois le pr&#233;ciser, car en troisi&#232;me lieu, si je fais allusion &#224; des techniques non thermiques d'autrefois que l'on pourrait utiliser, ou au retour mal&#233;fique du charbon, entre autres perspectives, ce n'est pas pour renvoyer &#224; un mod&#232;le qui se trouverait dans le pass&#233;. Je veux simplement d&#233;crire ainsi le non-sens de nos technologies actuelles, ce qui laisse enti&#232;rement ouvert le champ des possibles &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;croissance impossible !&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le chemin de la d&#233;croissance est une bifurcation impossible &#187;, nous r&#233;p&#232;te &#224; l'envi la pens&#233;e dominante. Et elle a raison : ce choix est inconcevable, toutes choses &#233;tant &#233;gales par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors se pose la question : toutes choses peuvent-elles rester &#233;gales en cette p&#233;riode de basculement du monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le philosophe allemand Klages, par exemple, sur ce plan, ou bien, pour le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? La r&#233;ponse est &#233;videmment non, mais la pens&#233;e de la domination suit ce principe m&#234;me que les m&#233;t&#233;orologues aiment &#224; mettre en exergue : la plus grande chance de ne pas se tromper consiste &#224; pr&#233;voir que le temps du lendemain sera le m&#234;me qu'aujourd'hui ! La contradiction inh&#233;rente &#224; toute pr&#233;vision est ainsi bien mise en exergue. L'int&#233;r&#234;t d'une pr&#233;vision consiste d'abord &#224; savoir ce qui va changer pour nous y pr&#233;parer, et les sp&#233;cialistes de la m&#233;t&#233;o le savent bien. Leur objectif n'est pas celui de l'efficacit&#233; statistique, mais le d&#233;sir de r&#233;pondre &#224; notre demande en suscitant l'espoir ou la crainte, c'est-&#224;-dire en donnant du sens &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions, avec leur ar&#233;opage d'experts, font exactement l'inverse. Elles cherchent &#224; nous rassurer en affirmant que demain sera comme hier, en mieux, et elles baptisent leurs pr&#233;visions du nom de &#171; progr&#232;s &#187;. Dans ce tissu d'&#226;neries savantes, le discours technologique occupe une place d'autant plus importante qu'il est le seul &#224; donner encore du sens &#224; ce temps orient&#233; par une fin, qu'on appelle donc progr&#232;s, une fin devenue de plus en fantasmatique et suffisamment d&#233;nonc&#233;e pour que je n'insiste pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine de la technoscience, et lui seul, on suit encore ce temps orient&#233; parce que l'on ajoute foi &#224; un indicateur apparemment objectif : l'accumulation de la puissance sur la nature, que permet notre machinerie industrielle. Les discours sur le changement durable sont une petite concession au discours critique sur l'imminence de la crise, mais cette concession n'a &#233;videmment qu'un but, celui de nous faire croire que nous pouvons continuer comme avant, et persister dans nos habitudes de consommation effr&#233;n&#233;e. La notion de d&#233;veloppement durable a &#233;t&#233; inaugur&#233;e, comme on le sait, par le rapport Brundtland en 1987, on y lit cette d&#233;finition : &#171; Le d&#233;veloppement durable est un d&#233;veloppement qui r&#233;pond aux besoins du pr&#233;sent sans compromettre la capacit&#233; des g&#233;n&#233;rations futures de r&#233;pondre aux leurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. La traduction qu&#233;b&#233;coise utilise le terme soutenable pour traduire sustainable&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#233;grenait quelqu'un dans ses discours &#233;lectoraux, que l'on sera gagnant-gagnant dans l'avenir, si l'on prend quelques pr&#233;cautions dans l'usage de nos machines. Or, il n'y a jamais d'&#233;change gagnant-gagnant, la loi de l'entropie nous le dit en thermodynamique, mais cela est vrai de toute relation o&#249; il y a &#233;change de biens mat&#233;riels, et cela se renforce avec la soci&#233;t&#233; de l'&#233;nergie fossile. L'article d'Ernest Garcia pr&#233;cise tr&#232;s clairement ce point de vue et j'y renvoie le lecteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais donc, dans un premier temps, rappeler le hasard malheureux que fut le choix de la machine thermique, avec un pr&#233;ambule sur la fa&#231;on donc le discours &#233;volutionniste nous verrouille l'imaginaire. Dans un second temps j'examinerai quelques pr&#233;visions pour comprendre la port&#233;e sociale de ce choix, car il est essentiel d'insister sur le fait que nous sommes libres face &#224; l'avenir, et si l'avenir devait &#234;tre encha&#238;n&#233; ce serait par les dieux, et non par une n&#233;cessit&#233; naturelle qu'elle soit &#233;conomique ou technologique Je m'interrogerai donc, en filigrane de ces deux parties sur cette question de la d&#233;termination de l'histoire, pour en arriver &#224; r&#233;fl&#233;chir sur ce que pourrait &#234;tre le &lt;i&gt;surgissement&lt;/i&gt; de la d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le choix de la machine thermique, hasard et n&#233;cessit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Retour sur l'&#233;volutionnisme et la construction imaginaire de la r&#233;alit&#233; technologique&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le privil&#232;ge de la croyance en l'&#233;volution technique comme n&#233;cessit&#233; tient moins &#224; la puissance des r&#233;alisations objectives &#8211; puissance ind&#233;niable mais que l'on sait aujourd'hui &#234;tre aussi d&#233;sastreuse que b&#233;n&#233;fique &#8211; qu'&#224; une conception de l'histoire qui procure le dernier refuge &#224; l'id&#233;ologie &#233;volutionniste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Salvador Juan, Critique de la d&#233;raison &#233;volutionniste, L'Harmattan, 2006.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, l'historicisme, ou croyance en un sens de l'histoire, a plus ou moins disparu des versions modernes du grand r&#233;cit sur le pass&#233; que l'homme moderne s'est forg&#233;. Pourtant dans une dimension de ce r&#233;cit survit la repr&#233;sentation d'un temps orient&#233; par un but, que l'humanit&#233; semble chercher &#224; chaque pas dans sa marche, m&#234;me si elle titube parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de l'histoire des techniques, o&#249; seules des querelles de clocher s&#233;parent les diverses &#233;coles &#233;volutionniste darwinienne, d&#233;terministe, continuiste, fonctionnaliste, etc., car toutes sont d'accord sur un fait : l'objet d'aujourd'hui, m&#234;me sous la forme d'une machine tr&#232;s compliqu&#233;e, est le successeur d'une longue suite d'inventions cumulatives. La technique, et plus largement la technoscience, devient ainsi le dernier refuge imaginaire d'un pseudo-progr&#232;s moribond. Pourtant, le paradoxe devient flagrant : ce progr&#232;s correspond &#224; une histoire qui se r&#233;alise &lt;i&gt;sans avoir besoin du sujet homme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le r&#233;cit mythique s'appuie sur le d&#233;sir et la capacit&#233; de l'homme &#224; rendre ses outils de plus en plus efficaces. Mais de quel homme r&#233;el s'agit-il ? N'est-ce pas tout simplement le sujet contemporain pr&#233;occup&#233; de la seule &#171; accumulation de la puissance &#187;, celui que la modernit&#233; a mis au centre de son syst&#232;me de valeurs ? L'&lt;i&gt;homo economicus&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;homo industrialis&lt;/i&gt;, sujets contingents, deviennent le mod&#232;le de r&#233;f&#233;rence pour fabriquer une histoire domin&#233;e par la figure d'un sujet transcendant. Un beau tour de passe-passe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'une tribu des &#238;les Andamans chasse &#224; l'arc par plaisir alors qu'une autre tribu voisine utilise le filet, que les Am&#233;rindiens aient eu des jouets en bois avec quatre roues sans jamais &#171; inventer &#187; la roue pour la traction, que les Eskimos n'utilisent pas la raquette en hiver alors que les Kwaktiuls ou les Mandans, &#224; la m&#234;me latitude, chassent gr&#226;ce &#224; elle durant cette p&#233;riode, que les Chinois des Ming aient eu &#224; la fois une pompe &#224; eau &#224; piston et des mines de charbon sans vouloir associer l'une et l'autre (&#224; la diff&#233;rence des &#201;cossais de l'&#233;poque de James Watt), et bien d'autres cas, presque innombrables, ne g&#234;ne pas les tenants du d&#233;terminisme technologique. Que des peuples ne se pr&#233;occupent pas d'efficacit&#233;, mais qu'ils aient eu de tout autres d&#233;sirs en maniant les outils, ne rel&#232;ve pas de cette logique fond&#233;e sur la &#171; rationalit&#233; des fins &#187; invent&#233;e par nous et ils sont donc inscrits hors de l'histoire. Ils n'ont &#224; strictement parler aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit partial veut oublier que la technique, dans d'autres civilisations que la n&#244;tre, est totalement sociale, en ce sens qu'elle est ins&#233;r&#233;e dans un ensemble de significations qui renvoient &#224; un univers symbolique. Il faut reconstituer cet univers pour comprendre le r&#244;le jou&#233; par l'objet technique, ou, dans une terminologie weberienne, se pr&#233;occuper de la rationalit&#233; des valeurs pour saisir le sens de la rationalit&#233; des fins en usage dans cette civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ceci n'est qu'un pr&#233;ambule qui devrait nous permettre d'&#233;chapper un instant &#224; la vision ethnocentrique que v&#233;hicule l'&#233;volutionnisme progressiste. Je soutiens que l'aventure dans laquelle s'est lanc&#233; l'Occident avec une technologie fond&#233;e sur la puissance du feu, la &lt;i&gt;civilisation thermo-industrielle&lt;/i&gt;, ne prolonge pas une autre aventure, celle des &lt;i&gt;homo habilis&lt;/i&gt; qui ont taill&#233; les pierres puis d&#233;couvert l'usage du feu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jacques Grinevald, &#171; L'effet de serre et la civilisation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je reviendrai donc bri&#232;vement sur l'origine de notre modernit&#233;, la r&#233;volution dite &#171; industrielle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Digression historique sur la r&#233;volution de la machine et les origines de la soci&#233;t&#233; thermo-industrielle&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est faux de lier la r&#233;volution industrielle uniquement &#224; la machine &#224; vapeur. La premi&#232;re r&#233;volution industrielle s'est accomplie avec l'eau des rivi&#232;res des Midlands anglais qui actionnaient les m&#233;tiers &#224; tisser. Certains pourraient objecter en citant l'exemple de la pompe de Newcomen (1712) et celle de Watt (1780). En r&#233;alit&#233;, ces pompes &#233;taient des objets de curiosit&#233;. &#192; la fin du XVIIIe si&#232;cle, on ne comptait qu'&#224; peine 2000 pompes install&#233;es en Angleterre. Les machines &#224; vapeur n'existaient pas, hormis quelques centaines tout au plus, qui fonctionnaient &#224; titre exp&#233;rimental. La premi&#232;re r&#233;volution industrielle s'est donc faite avec de l'eau et... un nouveau mode d'organisation sociale du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elle poss&#232;de une capacit&#233; &#233;nerg&#233;tique extraordinaire, l'eau a un d&#233;faut : elle ne dispense l'&#233;nergie qu'au-dessous d'elle, &#224; c&#244;t&#233; d'elle, ou pr&#232;s d'elle. Elle oblige ainsi les gens, les mat&#233;riaux et les machines &#224; venir dans son environnement imm&#233;diat et &#224; accepter ses contraintes. Cette caract&#233;ristique repr&#233;sentait des inconv&#233;nients, voire un frein au d&#233;veloppement d'un certain capitalisme de l'Empire britannique du XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le &lt;i&gt;mill&lt;/i&gt; anglais (moulin en fran&#231;ais, synonyme de fabrique en anglais), &#233;tait branch&#233; sur un m&#233;tier &#224; tisser dans les filatures, il fournissait l'&#233;nergie et devenait le moyen de d&#233;veloppement du capitalisme. Toutefois, pour son fonctionnement, le mill devait utiliser non seulement l'&#233;nergie de l'eau, mais encore de la main-d'&#339;uvre bon march&#233;. Si la main-d'&#339;uvre n'&#233;tait pas &#224; proximit&#233;, il fallait d'abord la faire venir, puis lui procurer du chauffage. Le d&#233;veloppement du charbonnage dans l'Angleterre du XVIIIe si&#232;cle n'est pas le fait de la machine &#224; vapeur, comme l'enseignent souvent les manuels scolaires. Il r&#233;pondait d'abord au besoin de chauffage des ouvriers, qui travaillaient sur les grands m&#233;tiers &#224; tisser actionn&#233;s par les rivi&#232;res des Midlands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la r&#233;volution industrielle se d&#233;roule en fin de compte sur un territoire minuscule ! Les ing&#233;nieurs qui ont fait la r&#233;volution industrielle (Watt, Newcomen, Hargreaves, Boulton et d'autres moins connus) &#233;taient des &#201;cossais ou des Anglais des Midlands. Tous &#233;taient des puritains qui voyaient dans le d&#233;veloppement du capitalisme et dans la technique le moyen de prolonger l'&#339;uvre de Dieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Noble, The Religion of Technology, A.A.Knopf, 1997, et avec un avis un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette volont&#233; extraordinaire de transformer le monde est donc le fait d'un tout petit nombre de personnes. En France, on ne connaissait aucune machine &#224; vapeur en 1800, sauf celle construite pour les laminoirs du Creusot en 1785, qui n'a jamais fonctionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle, l'eau joue ainsi le r&#244;le de d&#233;veloppeur, mais aussi de frein au capitalisme industriel. L'av&#232;nement du capitalisme thermo-industriel va changer le r&#244;le de l'eau. Avec la Machine de Marly&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pompe au fil de l'eau, sur la Seine, qui alimentait le Versailles de Louis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou la noria, l'eau impose les limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'eau servante du feu&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme thermo-industriel va, au contraire, utiliser l'eau au service de la puissance du feu dans la machine &#224; vapeur, cr&#233;ant ainsi une rupture dans l'&#233;quilibre entre les &#233;l&#233;ments naturels. En principe, l'eau et le feu doivent &#234;tre s&#233;par&#233;s, tout en &#233;tant indissociables. L'eau &#233;teint le feu. Le feu, &#224; son tour, lorsqu'il r&#233;duit en cendres, permet &#224; l'eau de faire rena&#238;tre la vie en rendant la terre fertile. Ce jeu des deux principes oppos&#233;s existe jusqu'au XVIIIe si&#232;cle. L'eau et le feu ont chacun leur r&#244;le : celui &#233;voqu&#233; plus haut pour l'eau ; le feu joue le sien dans les poteries, les forges et les hauts-fourneaux. &#192; un certain moment, tout bascule, mais ce n'est pas la pompe de Watt en tant que telle qui est &#224; l'origine de ce changement. La pompe joue simplement un r&#244;le dans l'imaginaire des technosciences : pour la premi&#232;re fois, l'eau est enferm&#233;e dans un espace clos, r&#233;duite &#224; l'&#233;tat de servante du feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec la locomotive, paradigme de la machine &#224; vapeur comme fait de puissance sur l'espace et le temps, que va se mettre en place une nouvelle fa&#231;on de penser le monde. La terre sera alors con&#231;ue comme un &lt;i&gt;territoire&lt;/i&gt; &#224; asservir, un lieu o&#249; la nature n'a plus la capacit&#233; de se d&#233;fendre. Certes, la volont&#233; de puissance a toujours exist&#233;, mais, avec la technique thermique, elle prend une dimension nouvelle. La machine &#224; vapeur convoque la puissance de l'&#233;nergie, c'est l&#224; sa radicale nouveaut&#233;. La ma&#238;trise de la force m&#233;canique ouvre d&#232;s lors vers une expansion illimit&#233;e de la volont&#233; de puissance technoscientifique. Celle-ci ne s'exercera plus simplement sur les objets mat&#233;riels, mais aussi sur l'espace-temps. La machine &#224; vapeur, mise sur rail et devenue locomotive, modifiera compl&#232;tement les conditions de vie de notre soci&#233;t&#233;. Vitesse, mobilit&#233;, puissance m&#233;canique. Le tout gr&#226;ce &#224; l'&#233;nergie fossile. Si l'on &#233;tudie le d&#233;veloppement du r&#233;seau ferr&#233; en France, on s'aper&#231;oit, par exemple, qu'il fut aussi rapide que le d&#233;veloppement de l'Internet, toutes proportions gard&#233;es : entre 1830 et 1860 la France enti&#232;re est recouverte de voies ferr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'invention de la machine &#224; vapeur ressortit ainsi autant de l'histoire des mentalit&#233;s, de l'&#233;conomie, du politique, que de l'histoire des techniques&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Gras, Le Monde incendi&#233;, Fayard, &#224; para&#238;tre 2007.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de la thermo-industrie d&#233;coule, en partie, des besoins du capitalisme, particuli&#232;rement les &#233;changes de longue distance, et le transport de main-d'&#339;uvre. Notre civilisation thermo-industrielle est donc relativement r&#233;cente, comme le montre le tableau ci-dessous. La puissance install&#233;e en charbon ne d&#233;passe l'hydraulique que dans les ann&#233;es 1900 et elle atteint ses taux les plus importants en 1950 pour laisser (en valeur relative) la place au p&#233;trole dont la consommation s'envole dans les ann&#233;es 1960 seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau 1&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Sources d'&#233;nergie primaire (monde) en valeur relative 1850-2000&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_515 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.entropia-la-revue.org/IMG/png/e303_tableau1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.entropia-la-revue.org/local/cache-vignettes/L500xH374/e303_tableau1-b2bd9.png?1635695668' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Source : A. Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance&lt;/i&gt;, Fayard, 2003, p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux d&#233;velopper ici plus longuement cet aspect du probl&#232;me de la croissance li&#233; au d&#233;s&#233;quilibre entre les forces naturelles en raison du privil&#232;ge accord&#233; &#224; la puissance du feu il y a &#224; peine plus d'un si&#232;cle. Il me faut en venir aux cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Club de Rome, dernier avatar de l'histoire du refoulement d'une catastrophe annonc&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le XIXe si&#232;cle, certains esprits critiques ont d&#233;nonc&#233; le risque que l'on prenait avec l'&#233;nergie fossile &#171; charbon &#187;, dont les ressources &#233;taient limit&#233;es, d'autres ont vu dans la ville moderne industrielle et thermique un camp de concentration pour y exterminer un jour les populations par un autre feu, le feu du ciel, mais plus pr&#232;s de nous il y eut aussi le fameux &lt;i&gt;Halte &#224; la croissance&lt;/i&gt; du Club de Rome, aussi d&#233;nomm&#233; &lt;i&gt;Rapport Meadows&lt;/i&gt;, du nom de son principal auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieusement, dans les ann&#233;es soixante-dix, la croissance z&#233;ro &#233;tait une position acceptable, &#224; un point tel que Sicco Mansholt, pr&#233;sident de la Commission europ&#233;enne s'en d&#233;clarait partisan. Plus &#233;trangement encore, la crise du p&#233;trole, qui survint peu apr&#232;s, aurait pu d&#233;boucher sur une r&#233;flexion en profondeur concernant notre mode de vie. Or, il n'en fut rien, la crise fut vite r&#233;duite, avec l'appui des intellectuels de service et des m&#233;dias, &#224; un litige avec les pays arabes de l'OPEP, ce qui mit hors jeu la r&#233;flexion sur le risque thermo-industriel. L'&#233;quipe Meadows publia ensuite en 1992 &lt;i&gt;Beyond the limits&lt;/i&gt; (Au-del&#224; des limites), annon&#231;ant qu'on avait d&#233;pass&#233; le seuil o&#249; la plan&#232;te pouvait encore supporter l'empreinte &#233;cologique humaine, et en 2004 elle proposa une mise &#224; jour du rapport&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernesto Garcia, Medio ambiente y sociedad : La civilizaci&#243;n industrial y los (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tableau 2 &#8211; L'empreinte &#233;cologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_516 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='http://www.entropia-la-revue.org/IMG/png/e303_tableau2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='http://www.entropia-la-revue.org/local/cache-vignettes/L500xH387/e303_tableau2-326a5.png?1635695668' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Empreinte &#233;cologique depuis 1960&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Source : Limits to Growth : an Update&lt;/i&gt;, Chelsea Green publishing Co, 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en parall&#232;le, et sans tenir compte du Club de Rome, que le fameux rapport Brundtland introduisit, comme je l'ai &#233;voqu&#233;, la notion de d&#233;veloppement durable. Cette fiction veut ainsi nous laisser croire que l'on peut garder, en Occident, le m&#234;me bien-&#234;tre mat&#233;riel gr&#226;ce &#224; une &#171; utilisation scrupuleuse de nos moyens et &#224; une limitation intelligente de nos besoins... &#187;, nous dit Wolfgang Sachs qui ajoute : &#171; Mais les rapports sur l'environnement suppriment la deuxi&#232;me option, et se pr&#233;cipitent sur la premi&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wolfgang Sachs et Gustavo Esteva, Des ruines du d&#233;veloppement, Le Serpent &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, car le r&#232;gne de la croissance multinationale impose sa loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux autres rapports Meadows ne font que confirmer les mod&#232;les du premier, mais avec de plus en plus de certitudes. Or, les m&#233;dias n'ont presque pas parl&#233; de ces rapports qui n'ont m&#234;me pas &#233;t&#233; traduits en fran&#231;ais. Certes, il s'agit de mod&#232;les fond&#233;s sur des principes que l'on peut contester : entre le mod&#232;le 1972 et le &#171; world 3 &#187; de 2004 les dates des retournements de situation ont peu vari&#233;, le pic du quota alimentaire est atteint vers 2025, ou 2040, suivant les sc&#233;narios&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernesto Garcia donne d'autres pr&#233;cisions ibidem&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, peut-on penser que si des mesures avaient &#233;t&#233; prises au d&#233;but de la derni&#232;re phase en date (et sans doute en valeur absolue) de l'histoire de la soci&#233;t&#233; industrielle &#8211; c'est-&#224;-dire dans les ann&#233;es soixante-dix &#8211;, un certain mode de d&#233;veloppement durable aurait &#233;t&#233; envisageable ? Il est ais&#233; d'en tirer une premi&#232;re conclusion : le p&#233;trole a brouill&#233; les cartes. Il fut consacr&#233; &#233;nergie reine dans l'apr&#232;s-guerre, en raison du terrible conflit qui avait fait jouer &#224; cette substance un r&#244;le cl&#233; dans la puissance militaire (y compris en tant qu'&#233;l&#233;ment de la bombe incendiaire). Sa densit&#233; &#233;nerg&#233;tique a alors pris une valeur sociale, qu'aucune anthropologie des techniques ne peut expliquer dans une continuit&#233; historique. Il a apport&#233; en un clin d'&#339;il un &#171; confort &#187;, ou plut&#244;t un luxe inou&#239;, sans que l'on ait eu le temps de s'apercevoir que l'on tombait dans une totale d&#233;pendance de la m&#233;gamachine thermique. Al Gore appelle cela le &#171; syndrome de la grenouille au bain-marie &#187; : une grenouille plong&#233;e dans un r&#233;cipient d'eau chaude saute par-dessus, mais si on la met dans de l'eau froide ou ti&#232;de, elle se laissera r&#233;chauffer jusqu'&#224; en mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous en sommes l&#224; : l'&#233;puisement du p&#233;trole, les dangers du nucl&#233;aire et son co&#251;t font la une des journaux et les congr&#232;s du type Kyoto se multiplient, pourtant nous sommes en train de prolonger tranquillement l'&#232;re de la machine &#224; vapeur. Je renvoie au texte d'Yves Cochet dans ce num&#233;ro pour comprendre que ceci n'est pas une m&#233;taphore, car la trajectoire technologique du charbon lui-m&#234;me ne s'est pas incurv&#233;e vers le bas, bien au contraire. La part de cette &#233;nergie se maintient, en effet, en valeur relative &#224; 34 % en moyenne sur les vingt derni&#232;res ann&#233;es, et elle a tendance &#224; augmenter, d'autant plus que, par la transformation Fischer-Tropf, certains pays (l'Afrique du Sud en particulier) veulent produire du p&#233;trole &#224; partir de la houille. &lt;i&gt;Nous assistons &#224; la fois &#224; l'&#233;largissement de la critique &#233;cologique et en m&#234;me temps &#224; un retour aux premiers temps du capitalisme de la seconde r&#233;volution industrielle (et aussi sur le plan social sans doute)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, une seconde conclusion s'impose aussi : la seule conscience du danger, si elle reste abstraite, ne suffit pas &#224; la volont&#233; pour agir. Il faut des catastrophes. En allant plus loin que la th&#232;se de Jean-Pierre Dupuy sur le &lt;i&gt;catastrophisme &#233;clair&#233;&lt;/i&gt;, je dirais qu'il nous faut des catastrophes &lt;i&gt;&#233;clairantes&lt;/i&gt; et nous allons les voir se produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que nous retrouverons la libert&#233; de quitter le chemin, pris il y a moins de deux si&#232;cles, par une bifurcation technologique inattendue, qui nous a fait tomber sous l'emprise du feu. Cette libert&#233; est affaire de volont&#233;, mais aussi de hasard, et en cela les catastrophes prennent tout leur sens, elles deviennent la parole de la plan&#232;te bless&#233;e. L'interpr&#233;tation de l'histoire de Zygmunt Bauman, proche de celle de Walter Benjamin, &#224; propos de l'Holocauste me semble convenir pour la p&#233;riode que nous connaissons, comme pour chaque bifurcation historique : &#171; La rencontre (d'&#233;v&#233;nements qui provoqu&#232;rent l'Holocauste) fut unique et n&#233;cessita une exceptionnelle combinaison de circonstances, les facteurs qui se sont trouv&#233;s rassembl&#233;s dans cette rencontre &#233;taient et sont encore aujourd'hui, omnipr&#233;sents et normaux... peu d'efforts ont &#233;t&#233; entrepris... pour tenter de paralyser leurs effets &#233;ventuellement terrifiants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zygmunt Baumnan, Modernit&#233; et holocauste, La Fabrique, 1989, p. 262.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Une combinaison de hasards, un moment fatidique, br&#232;che entre deux mondes, et s'engouffre une nouvelle histoire. L'Holocauste fut une catastrophe, mais Bauman estime qu'elle ne nous a pas ouvert les yeux sur une perspective vraiment ind&#233;fendable. Par cons&#233;quent, l'&#233;volutionnisme social associ&#233; au progressisme technologique continue &#224; faire son credo : &#171; La soci&#233;t&#233; moderne serait une force express&#233;ment moralisatrice, ses institutions des puissances civilisatrices et ses contr&#244;les coercitifs, une digue d&#233;fendant la fragile humanit&#233; contre le d&#233;ferlement des passions animales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;croissance : un jeu de hasard dont le r&#233;sultat est connu&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi les moments fatidiques, le &lt;i&gt;ka&#239;ros&lt;/i&gt; pour les Grecs anciens, sont-ils innombrables, mais certains p&#232;sent plus que d'autres. La machine thermique, avec sa puissance, nous a fait perdre la t&#234;te. La soif de confort, devenue besoin de tout et n'importe quoi, est insatiable et rien ne semble l'arr&#234;ter, alors m&#234;me que les laiss&#233;s pour compte tombent chaque jour plus nombreux au bord du chemin du d&#233;veloppement, durable ou pas. Je ne vais donc pas multiplier les oracles de malheur, chacun conna&#238;t maintenant ce qui se passe dans l'agriculture, les transports, l'alimentation, la sant&#233; ou m&#234;me le monde du cyberespace. Dans toutes les dimensions de la vie quotidienne, les r&#233;sidus de la chaleur nous enveloppent et le r&#233;chauffement est synonyme de pollution, d'abus, de pr&#233;dation, de perdition aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mod&#232;les du Club de Rome ne nous ont pas ouvert les yeux, et d'autres discours, que j'aurais pu convoquer ici pour la d&#233;monstration, ne l'ont pas plus fait. La d&#233;croissance est encore impossible dans nos consciences et pourtant chacun la sait in&#233;luctable. Acteurs d'une trag&#233;die grecque, nous savons que nous jouons dans une pi&#232;ce dont nous ignorons l'intrigue &#224; venir. Pourtant nous en connaissons le d&#233;nouement : la d&#233;croissance. Les dieux &#8211; &#233;ponyme de la nature indompt&#233;e &#8211; nous offrent pourtant tous les moyens de nous en sortir ; les fl&#233;aux qu'ils envoient sur la Terre sont autant de messages, que nous pourrions d&#233;chiffrer pour r&#233;&#233;crire la suite, et &#233;viter le drame final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun peut envisager sa solution, mais un principe me semble fondamental, celui de la localisation. &#192; partir de cet axe, qu'&#233;voque ici m&#234;me Dominique Bourg, autour duquel devraient tourner tous les efforts de d&#233;veloppement technique, de nouvelles trajectoires technologiques, qui sont aussi de nouveaux chemins du social, sont possibles. Et pour &#234;tre plus clair, au-del&#224; de la d&#233;finition pr&#233;cise des moyens, il faut prendre le contre-pied de ce que fut le choix technologique du XIXe si&#232;cle. Et cela sur les deux plans qui nous firent bifurquer vers la n&#233;gligence de notre maison Terre : la machine thermique et les grands syst&#232;mes techniques. Localiser est synonyme d'une autre mani&#232;re de penser le monde que celle dont nous h&#233;ritons du XXe si&#232;cle, il faut limiter au strict minimum la place de la machine thermique, r&#233;&#233;quilibrer les usages des diverses &#233;nergies naturelles, agir avec mod&#233;ration, et &lt;i&gt;se d&#233;brancher&lt;/i&gt; des macro-syst&#232;mes techniques dont les tenants, une &#233;lite technoscientifique autoproclam&#233;e, nous ont asservis &#224; leur propre mode de d&#233;veloppement (c'est cela, &#224; mon avis, que Jacques Ellul appelait l'autonomie de la technique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient les chemins &#224; prendre, il en est un qu'il faut quitter, celui de la pr&#233;dation sur la nature et du pouvoir du feu. La d&#233;mesure de la soci&#233;t&#233; thermo-industrielle est une r&#233;alit&#233; vieille d'&#224; peine plus d'un si&#232;cle, un instant du monde. En un autre instant, tout peut basculer, mais la pi&#232;ce que nous jouons n'est pas seulement une trag&#233;die grecque, elle se r&#233;cite &#224; l'envers d'une banalit&#233; contemporaine dans un oxymore : &#224; l'impossible d&#233;croissance nous sommes tous moralement tenus et, de toute fa&#231;on, elle est in&#233;luctable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Odum H.T., Odum E.C., &lt;i&gt;Prosperous Way Down, the : Principles and Policy&lt;/i&gt;, Uty Press of Colorado, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le philosophe allemand Klages, par exemple, sur ce plan, ou bien, pour le sentiment que l'&#233;nergie fossile est une impasse, Pierre-Simon Girard &#233;crit en 1827 pour nous mettre en garde contre l'usage qui en est fait de l'autre c&#244;t&#233; de la Manche : &#171; Le combustible auquel ces machines doivent leur rendement est arrach&#233; chaque jour &#224; des gisements naturels qui, en d&#233;pit de leur grande &#233;tendue, ne sont pourtant pas du tout in&#233;puisables. &#187; &lt;i&gt;Consid&#233;rations sur les avantages des divers moyens de transport&lt;/i&gt;, 1824. On lui doit aussi une pr&#233;face &#224; M. J. Smeaton, &lt;i&gt;Recherches exp&#233;rimentales sur l'eau et le vent, consid&#233;r&#233;es comme forces motrices, applicables aux moulins et autres machines &#224; mouvement circulaire&lt;/i&gt;, 1810.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.agora21.org/dd/rapport-brundtland.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.agora21.org/dd/rapport-brundtland.html&lt;/a&gt;. La traduction qu&#233;b&#233;coise utilise le terme soutenable pour traduire &lt;i&gt;sustainable&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Salvador Juan, &lt;i&gt;Critique de la d&#233;raison &#233;volutionniste&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jacques Grinevald, &#171; L'effet de serre et la civilisation thermo-industrielle &#187;, &lt;i&gt;Revue europ&#233;enne des sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176; 108, 1997, pp. 140-147, et A. Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance, se lib&#233;rer de l'emprise technologique&lt;/i&gt;, Fayard, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;David Noble, &lt;i&gt;The Religion of Technology&lt;/i&gt;, A.A.Knopf, 1997, et avec un avis un peu diff&#233;rent Christopher Lasch, &lt;i&gt;Le Seul et Vrai Paradis : une histoire de l'id&#233;ologie du progr&#232;s et de ses critiques&lt;/i&gt;, Flammarion, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pompe au fil de l'eau, sur la Seine, qui alimentait le Versailles de Louis XIV. Alain Gras &#171; Arch&#233;ologie de l'imaginaire du feu, le principe de pr&#233;caution des origines ou de la Machine de Marly &#224; la centrale nucl&#233;aire &#187;, &lt;i&gt;Revue europ&#233;enne des sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176; 134, Gen&#232;ve, 2006, pp.129-137.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Gras, &lt;i&gt;Le Monde incendi&#233;&lt;/i&gt;, Fayard, &#224; para&#238;tre 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernesto Garcia, &lt;i&gt;Medio ambiente y sociedad : La civilizaci&#243;n industrial y los l&#237;mites del planeta&lt;/i&gt;, Madrid, Alianza, 2004. D.L. Meadows, D. Forrester, et al., &lt;strong&gt;Halte &#224; la croissance&lt;/strong&gt;, Fayard, 1973, (ed. anglaise 1972) ; D.H.Meadows et al., &lt;i&gt;Beyond the Limits&lt;/i&gt;, Chelsea Green publishing Co, 1993 ; D.H. Meadows, et al., &lt;i&gt;Limits to Growth : an Update&lt;/i&gt;, 2004, Chelsea Green publishing Co, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wolfgang Sachs et Gustavo Esteva, &lt;i&gt;Des ruines du d&#233;veloppement&lt;/i&gt;, Le Serpent &#224; plumes, 2003, p. 75. Mais lire l'implacable r&#233;quisitoire de Gilbert Rist, &lt;i&gt;Le D&#233;veloppement, histoire d'une croyance occidentale&lt;/i&gt;, Presses de Sciences-Po, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernesto Garcia donne d'autres pr&#233;cisions &lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zygmunt Baumnan, &lt;i&gt;Modernit&#233; et holocauste&lt;/i&gt;, La Fabrique, 1989, p. 262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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