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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>L'infini satur&#233; contre la d&#233;croissance</title>
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		<dc:date>2021-11-08T22:33:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel GUET</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il ne suffit jamais de se dire &#171; puisque notre cause est juste, elle triomphera &#187;. &#192; supposer qu'il y ait bien des conditions de validit&#233; des causes, des valeurs, des concepts ou des id&#233;es, il existe parall&#232;lement des conditions de &#171; visibilit&#233; &#187; pour ces m&#234;mes objets, conditions qui n'ont rien &#224; voir avec leurs contenus, mais dont d&#233;pend leur r&#233;ception aujourd'hui. Ainsi en est-il des concepts aussi puissants que progr&#232;s, science, technique, d&#233;veloppement, mais encore patrie, nation, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il ne suffit jamais de se dire &#171; puisque notre cause est juste, elle triomphera &#187;. &#192; supposer qu'il y ait bien des conditions de &lt;i&gt;validit&#233;&lt;/i&gt; des causes, des valeurs, des concepts ou des id&#233;es, il existe parall&#232;lement des conditions de &#171; &lt;i&gt;visibilit&#233;&lt;/i&gt; &#187; pour ces m&#234;mes objets, conditions qui n'ont rien &#224; voir avec leurs contenus, mais dont d&#233;pend leur r&#233;ception &lt;i&gt;aujourd'hui&lt;/i&gt;. Ainsi en est-il des concepts aussi puissants que progr&#232;s, science, technique, d&#233;veloppement, mais encore patrie, nation, r&#233;publique, d&#233;mocratie, auxquels nous pouvons et devons ajouter &#171; la d&#233;croissance &#187; comprise comme une valeur. Ignorer ces conditions de visibilit&#233; peut conduire &#224; l'&#233;chec qui revient, pour une cause, &#224; ne point exister ou &#224; demeurer confidentielle. &lt;i&gt;Quid&lt;/i&gt; de cette visibilit&#233; ? Qui la produit ? Qui la manipule ? C'est &#224; ces questions ouvertes que nous entendons apporter une contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;cro&#238;tre et &#171; d&#233;-croire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;cro&#238;tre est un objet neuf. Un objet mental, un concept disent les modernes. Nous pouvons, faire remonter cette notion &#224; Georgescu-Roegen et aux ann&#233;es soixante-dix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Grinevald nous en donne une bonne approche dans le n&#176; 1 d'Entropia, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais gu&#232;re plus, ce qui est fort r&#233;cent pour une id&#233;e, alors que certaines nous s&#233;duisent encore depuis deux mille ans. D&#232;s qu'une id&#233;e neuve et vierge appara&#238;t au march&#233; des id&#233;es, tout le monde en veut sa part et la voil&#224; tiraill&#233;e &#224; hue et &#224; dia, tripot&#233;e par des mains pas toujours particuli&#232;rement innocentes. Toujours, l'enfance d'une id&#233;e sera fragile. Il faut s'y faire et admettre que seul son &#226;ge, son histoire, lui sera peut-&#234;tre une protection suffisante, et encore... Il faut y ajouter sa beaut&#233; et sa bont&#233; ! Nul mieux que le graveur Frans Masereel n'a rendu cette fragilit&#233; dans une suite &#8211; sans parole &#8211; de quatre-vingt-trois bois grav&#233;s intitul&#233;e &lt;i&gt;Id&#233;e, sa naissance, sa vie, sa mort&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frans Masereel : Id&#233;e, sa vie, sa mort, Paris Ollendorff, 1920.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Id&#233;e&lt;/i&gt; y est une belle jeune femme, h&#233;las on sait qu'en la circonstance, beaut&#233; et &#226;ge sont des qualit&#233;s r&#233;put&#233;es incompatibles, sauf aux yeux de quelques sages...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Ari&#232;s, dans la premi&#232;re livraison d'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt;, a donn&#233; un bon inventaire des tiraillements auxquels nous faisons allusion, et pos&#233; une terrible question : &lt;i&gt;Comment rendre enfin la d&#233;croissance d&#233;sirable d&#233;mocratiquement&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit. p. 167, formule presque identique &#224; celle de Michel Dias (m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? C'est bien de cela dont il s'agit : au march&#233; des id&#233;es comment rendre enfin la d&#233;croissance d&#233;sirable d&#233;mocratiquement ? C'est &#224; dessein que nous introduisons l'horrible mot &#171; march&#233; &#187;, car h&#233;las, il s'agit bien &#224; pr&#233;sent d'un march&#233;, nous le verrons : la concurrence est rude o&#249; tout s'ach&#232;te et se vend, surtout les mots et les id&#233;es qu'ils recouvrent. C'est en effet un combat furieux qui se livre et se livrera autour de la d&#233;croissance ; il nous faut y aller avec de bonnes armes, et plus encore, poss&#233;der la meilleure connaissance possible du terrain sur lequel il se livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant toute chose, nous proposons de pr&#233;f&#233;rer le mot &#171; valeur &#187; au mot &#171; id&#233;e &#187; pour parler de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Valeurs symboliques&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Convenons donc que la d&#233;croissance est une valeur et, pour l'&#233;loigner d&#233;finitivement de toute r&#233;f&#233;rence triviale, une valeur symbolique ; en tout cas, nous entendons bien la porter si haut parmi ses s&#339;urs, et lui donner toute la force symbolique qu'elle m&#233;rite &#224; nos yeux. Mais qui sont ses s&#339;urs, me direz-vous ? La d&#233;mocratie par exemple, puisque le mot fut prononc&#233; ; voil&#224; une valeur &#233;minemment symbolique, plus que bimill&#233;naire et toujours aussi s&#233;duisante (il reste encore parmi nous, esp&#233;rons-le, quelques sages capables de la courtiser malgr&#233; son grand &#226;ge). La d&#233;mocratie n'est pas la seule valeur symbolique, bien s&#251;r, il en est d'autres, il en est m&#234;me d'autres qui nous sont devenues insupportables et sont des ennemies du genre humain pensonsnous. Contre celles-l&#224; nous entendons nous battre, c'est le cas de la croissance, autre valeur symbolique &#224; qui nous opposons la d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Croire et savoir&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pourquoi d&#233;cro&#238;tre ? Parce que nous avons cr&#251; et cru ; cr&#251; exag&#233;r&#233;ment et cru aveugl&#233;ment en la croissance. (Formidable t&#233;lescopage de la langue fran&#231;aise et ses insondables hasards... un accent circonflexe fera la diff&#233;rence et le d&#233;sespoir de tout traducteur). Pour autant, il ne s'agit pas d'un jeu de mots gratuit, croire et cro&#238;tre ont &#224; voir ensemble. La croissance, au sens &#233;conomique, parvenue au stade o&#249; nous la connaissons, fut pouss&#233;e par de si puissants moteurs &#8211; progr&#232;s, science, technique &#8211; qu'ils ne peuvent qu'&#234;tre aliment&#233;s par une formidable &#233;nergie, une &#233;nergie magique, transcendante et d&#233;passant largement toute technologie, science et progr&#232;s, une &#233;nergie infiniment renouvelable et propre &#224; l'homme : la croyance. Mais de croire ou cro&#238;tre, o&#249; fut le mal ? Autrement dit, des deux, o&#249; est la cause et o&#249; est l'effet ? Cro&#238;tre &lt;i&gt;exag&#233;r&#233;ment&lt;/i&gt; nous semble l'effet, croire &lt;i&gt;aveugl&#233;ment&lt;/i&gt; nous para&#238;t la cause, l'inverse s'embo&#238;terait mal &#224; placer l'aval avant l'amont. Simple logique et simple chronologie : l'homme a d'abord cru avant de cro&#238;tre. Cependant affirmer que croire est un mal serait excessif, admettons que pour un penchant humain, c'est une &lt;i&gt;conduite &#224; risque&lt;/i&gt; qui devient v&#233;ritable danger s'il y a aveuglement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quel autre penchant humain pourrions-nous faire appel et qui s'opposerait au croire, ou bien encore, qui lui conserverait des proportions acceptables ? Nous ne voyons que &#171; savoir &#187;. Voil&#224; qui pose et suppose une n&#233;gociation n&#233;cessaire entre croire et savoir. N&#233;gociation est ici un euph&#233;misme commode pour d&#233;signer tout ce qui se situe entre ces deux p&#244;les : collaborer ou s'opposer, &#234;tre avec ou bien &#234;tre contre. Dans ce dernier cas, c'est d'un combat qu'il s'agit. Opposer croissance et d&#233;croissance est donc bien un combat entre deux valeurs symboliques, comme opposer par exemple monarchie et d&#233;mocratie, ou socialisme et capitalisme. Inversement, nous souhaitons que soient consid&#233;r&#233;es &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; ces deux autres valeurs symboliques que sont d&#233;croissance et d&#233;mocratie. Il nous reste &#224; examiner dans le d&#233;tail comment ces valeurs symboliques se font, se d&#233;font, par quels moyens et sur quels lieux agissent-elles ou sont-elles agies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Instituer l'institution&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment s'impos&#232;rent nos valeurs symboliques ? Tout simplement par l'&lt;i&gt;institution&lt;/i&gt;, dit Castoriadis : &#171; L'institution premi&#232;re de la soci&#233;t&#233; est le fait que la soci&#233;t&#233; se cr&#233;e elle-m&#234;me comme soci&#233;t&#233; et se cr&#233;e chaque fois en se donnant des institutions anim&#233;es par des significations imaginaires sociales sp&#233;cifiques &#224; la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e [...] &#187;. &#171; Et cette institution premi&#232;re s'articule et s'instrumente en des institutions secondes [...] que nous pouvons diviser en deux cat&#233;gories [&lt;i&gt;celles qui sont&lt;/i&gt;] transhistoriques (langage, individu, famille), [&lt;i&gt;et celles qui sont&lt;/i&gt;] sp&#233;cifiques &#224; des soci&#233;t&#233;s donn&#233;es (la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; grecque, ou l'entreprise capitaliste)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Corn&#233;lius Castoriadis, Figures du pensable. Les Carrefours du labyrinthe &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Nous pourrions sans h&#233;siter ajouter, au chapitre de l'entreprise capitaliste, croissance, progr&#232;s et d&#233;veloppement infinis comme institutions sous-sp&#233;cifiques, comme valeurs symboliques. Toute soci&#233;t&#233; humaine se donne, se cr&#233;e, institue des valeurs, lesquelles transcendent et d&#233;passent les contingences n&#233;cessaires &#224; sa stricte survie mat&#233;rielle. (Nous consid&#233;rons l&#224; aussi bien les soci&#233;t&#233;s pr&#233;historiques que celles, dites primitives, que nous n'avons pas encore totalement &#233;radiqu&#233;es de la surface du globe). Ces valeurs, en cela &lt;i&gt;symboliques&lt;/i&gt;, sont une sorte de ciment qui lie les membres d'une soci&#233;t&#233;, c'est le &lt;i&gt;vivre-ensemble&lt;/i&gt; d'Hannah Arendt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'est pas exclu que ce concept soit plus ancien et que l'on puisse, selon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ces valeurs, diff&#233;rentes d'une soci&#233;t&#233; &#224; l'autre &#8211; toutes singuli&#232;res &#8211;, sont le produit de cette soci&#233;t&#233;, mais encore produisent culturellement les hommes de cette soci&#233;t&#233; qui tous y souscrivent fermement. Le terme &lt;i&gt;souscrire&lt;/i&gt; est suffisamment vague pour que l'on puisse y placer croire, esp&#233;rer, savoir, conna&#238;tre ; en un mot pour ces hommes : souscrire &#224; ces valeurs, c'est &#234;tre socialement, c'est &#234;tre humain, c'est m&#234;me &#234;tre &lt;i&gt;tout simplement&lt;/i&gt;. La puissance de ces valeurs symboliques partag&#233;es est telle que s'y soustraire, ou bien encore les m&#233;conna&#238;tre, &#233;quivaut pratiquement &#224; une condamnation &#224; mort et, en tout cas, dans nos soci&#233;t&#233;s contemporaines, correspond &#224; l'exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvoir et repr&#233;sentations&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces valeurs symboliques sont &#171; op&#233;ratoires &#187; quand, devenues institutions, elles poss&#232;dent les vertus, les pouvoirs de nous faire agir, comme l'&#233;crit Pierre Legendre : &#171; L'institution se d&#233;finit comme l'instance logique rendant possible, &#224; chaque sujet, l'amour du Pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Legendre, L'amour du censeur, Seuil, 1974, p. 74.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Nous touchons bien &#224; l'essence m&#234;me du pouvoir. Louis Marin exprime parfaitement ce ph&#233;nom&#232;ne : &#171; Que dit-on lorsqu'on dit &#8220;pouvoir&#8221; ? Pouvoir, c'est d'abord &#234;tre en &#233;tat d'exercer une action sur quelque chose ou quelqu'un ; non pas agir ou faire, mais en avoir la puissance, avoir cette force de faire ou d'agir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Marin, Le portrait du roi, Minuit, 1981, p. 11.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. D&#232;s lors, comment, &#224; partir de ces valeurs symboliques, se cristallise le pouvoir ? &#171; Ce qui donne pouvoir au discours du pouvoir, c'est la puissance propre de l'imagination, dans sa relation avec la coutume en particulier et tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment l'int&#233;riorisation de ce discours de l'arbitraire de la d&#233;cision des ma&#238;tres comme repr&#233;sentation de la croyance obligatoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 46.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Nous retrouvons ici notre croire et &#171; d&#233;croire &#187; pour d&#233;cro&#238;tre. Secondement et en d&#233;coulant, le pouvoir doit s'incarner dans la (ou les) repr&#233;sentation(s) symbolique(s). Il se produit alors un double mouvement sur lequel insiste Marin : &#171; Premi&#232;re relation, l'institution du pouvoir s'approprie la repr&#233;sentation comme sienne [...]. Deuxi&#232;me relation : la repr&#233;sentation, le dispositif de la repr&#233;sentation produit son pouvoir, il se produit comme pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 9.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &#192; ceux qui objecteront que nous sommes bien loin de croissance et d&#233;croissance, il est ais&#233; de r&#233;pondre que les valeurs symboliques &#233;tant op&#233;ratoires, elles ont cette puissance de nous faire agir par la croyance int&#233;rioris&#233;e. Or, qui peut nier que nous avons cru aveugl&#233;ment en la croissance (science, technique, progr&#232;s, d&#233;veloppement) et cr&#251; dangereusement, et que cela m&#234;me nous a conduits au bord du gouffre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour savoir ensuite comment le pouvoir institu&#233; s'incarne dans les repr&#233;sentations et se les approprie, comment le dispositif de repr&#233;sentation symbolique devient lui-m&#234;me pouvoir, il faut aller plus loin. Outre le &lt;i&gt;modus&lt;/i&gt;, il faut chercher le &lt;i&gt;locus&lt;/i&gt;, le lieu de cette op&#233;ration. Car, qu'il s'agisse d'institution, qu'il s'agisse d'incarnation ou de repr&#233;sentation, tout cela qui sert le pouvoir, qui est pouvoir, a bien forme et figure, a bien &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt;. Si, donc, &#171; le monde est tout ce qui a lieu &#187; comme le propose Wittgenstein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ludwig Wittgenstein, proposition 1 (sur 7), in Tractatus logico-philosophicus,&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, quel est donc le lieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le lieu du pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Assur&#233;ment un tel lieu ne peut &#234;tre que visible de tous, appartenir &#224; tous et &#224; personne en particulier, c'est lui qui montre et est montr&#233;, c'est lui qui est sens et fait sens, &#171; qui institue en &#233;tant collectivement institu&#233; &#187; selon les th&#232;ses de Castoriadis. Quel est donc ce lieu qui est le ciment, le vivre-ensemble de toute soci&#233;t&#233; et en contient toutes les valeurs symboliques ? Qui emporte la croyance en sorte qu'elle soit int&#233;rioris&#233;e par tous, et au besoin la fait obligatoire par la force ou par le droit, (nous le verrons) ? Qui porte la mat&#233;rialit&#233; et l'incarnation du pouvoir et ses hi&#233;rarchies par des repr&#233;sentations symboliques, lesquelles &#224; leur tour se produisent elles-m&#234;mes comme pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieu et l&#233;gitimit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce lieu existe, il a un nom et fut parfaitement institu&#233;. Il se nomme l'espace public et c'est bien entre l'Ath&#232;nes ch&#232;re &#224; Castoriadis et Rome qu'il fut institu&#233; pour la premi&#232;re fois dans le droit &#233;crit. &#171; Toute soci&#233;t&#233; institue &#224; la fois son institution et la &#8220;l&#233;gitimation&#8221; de celle-ci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, op. cit. p. 67.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et, si &#171; instituer, c'est faire advenir &#224; l'univers juridique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martine R&#233;mond-Gouilloud, in L'homme, la nature et le droit (collectif), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, nous allons en effet trouver dans le droit l'existence l&#233;gitime de cet espace public. Selon le droit romain, toutes les choses (&lt;i&gt;res&lt;/i&gt;) qui n'&#233;tait point propri&#233;t&#233; particuli&#232;re : &lt;i&gt;res propria&lt;/i&gt;, &#233;taient r&#233;put&#233;es biens sans ma&#238;tre : &lt;i&gt;res nullius&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La cat&#233;gorie des biens sans ma&#238;tre se subdivisait &#224; son tour en deux autres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette derni&#232;re cat&#233;gorie se subdivise comme suit (nous simplifions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ces questions Paul Fr&#233;d&#233;ric Girard, Manuel &#233;l&#233;mentaire de droit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) : primo, les &lt;i&gt;res communes&lt;/i&gt; &#8211; souvent confondues avec les res nullius &#8211;, biens sans ma&#238;tre, mais dont on peut user sans abuser, choses et fruits de la nature, air, eau, vent, etc., r&#233;put&#233;s &#224; l'&#233;poque in&#233;puisables. Enfin, secundo, les &lt;i&gt;res publicae&lt;/i&gt;, biens sans ma&#238;tre, mais essentiels au bon fonctionnement de la cit&#233;, institu&#233;s, b&#226;tis, &#233;tablis &#224; l'usage du peuple comme institution, &lt;i&gt;pour son &#233;dification&lt;/i&gt; et, en principe, plac&#233;s sous son administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Res publicae&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si tel est bien le sens originaire de la &lt;i&gt;res publicae&lt;/i&gt;, (notons au passage la fortune de cette locution, qui conduira au mot &lt;i&gt;r&#233;publique&lt;/i&gt;), le peuple institu&#233; comme pouvoir &#8211; comme &lt;i&gt;cratos&lt;/i&gt; &#8211; est une invention de la cit&#233; ath&#233;nienne : la d&#233;mocratie, mais &#244;tez-en le peuple et le pouvoir restera, ce que s'empresseront de faire toutes les formes de pouvoirs qui se succ&#233;deront apr&#232;s la d&#233;mocratie grecque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui fera dire &#224; Moses I. Finley &#224; propos de l'Empire romain &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'&#233;vidence, c'est la &lt;i&gt;res publicae&lt;/i&gt; qui contient ce que nous cherchons. C'est sous cette cat&#233;gorie du droit que les anciens classaient effectivement les &#233;l&#233;ments constitutifs de ce que nous nommons l'espace public, soit en clair : le pouvoir. Et ceci inclut forc&#233;ment l'ensemble des institutions elles-m&#234;mes qui y contribuent, ainsi que tout l'appareil symbolique propre au (x) pouvoir(s), son c&#233;r&#233;moniel, ses repr&#233;sentations ritualis&#233;es, son &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt; &#233;voqu&#233; par Marin. Lieu institu&#233; collectivement, l'espace public est bien ce lieu visible de tous, qui appartient &#224; tous et &#224; personne en particulier, qui montre et est montr&#233; pour contenir toutes les valeurs symboliques, qui donc est sens et fait sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois espaces publics&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'ici, nous avons rappel&#233; les principes et les fondements de l'espace public, et montr&#233; combien il est consubstantiel au pouvoir. Il reste &#224; traiter de sa mat&#233;rialit&#233; et des modifications qui, au fil des si&#232;cles, l'ont multipli&#233; et &#233;tendu &#224; des espaces impensables aux anciens. Nous pouvons d&#233;couper l'espace public en trois entit&#233;s distinctes et superpos&#233;es, qui chacune apparaissent &#224; un moment de notre histoire. Aucune d'entre elles ne vient remplacer l'autre, mais le tout s'amplifie au contraire, ce qui revient &#224; dire qu'&#224; travers les diff&#233;rents &#233;tats successifs de l'espace public, le pouvoir s'est &#233;tendu. L'histoire de l'espace public se d&#233;compose donc, selon nous, en trois d&#233;ploiements successifs : un premier espace public &#171; tangible &#187; auquel se superposeront d'abord un espace public &#171; papier &#187;, puis un espace public &#171; &#233;cran &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retiendrons &#171; l'espace public tangible &#187; comme premier &#233;tat de l'espace public, celui o&#249; parviennent les soci&#233;t&#233;s d&#232;s lors qu'elles se s&#233;dentarisent en pratiquant l'&#233;levage domestique et l'agriculture, soit le n&#233;olithique. Du n&#233;olithique jusqu'&#224; l'invention de l'imprimerie, on peut consid&#233;rer l'espace public comme unique : il est seul et n'est doubl&#233; d'aucun autre. Essentiellement traduit et mat&#233;rialis&#233; en volume, en relief, en dur, nous le nommons espace public tangible ; nous l'avons toujours sous nos yeux, augment&#233; de ce que les diff&#233;rentes &#233;poques historiques, leurs valeurs symboliques et leurs moyens techniques successifs y ont ajout&#233;. Du point de vue de sa substance &#8211; de sa traduction physique &#8211; cet &lt;i&gt;espace public tangible&lt;/i&gt;, dont le monument est l'arch&#233;type, illustre et mat&#233;rialise les valeurs symboliques qui assurent la coh&#233;sion de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, mais aussi les pouvoirs qui y r&#233;alisent l&#224; leur pleine puissance, que ce soit par la soumission volontaire ou la contrainte, par la croyance int&#233;rioris&#233;e ou l'&#233;tonnement provoqu&#233;. Cet espace public tangible se caract&#233;rise donc, principalement, par le &#171; monumental ostentatoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut attendre l'arriv&#233;e de l'imprimerie et de la gravure (1450) pour voir surgir et se d&#233;ployer, dans les quelques si&#232;cles qui suivirent cette remarquable invention, un second espace public &#8211; virtuel, fait de papier couvert de signes &#8211;, qui vient doubler le premier de fa&#231;on suffisamment significative pour entra&#238;ner de profonds changements politiques et sociaux. Ce second espace que mat&#233;rialisent livres et gravures abondamment multipli&#233;s est bien un nouvel espace public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous renvoyons sur ce sujet au livre magistral de J&#252;rgen Habermas, L'espace (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; cens&#233; &#234;tre accessible &#224; tous. Il permet comme le premier, tangible, la mise en commun des valeurs symboliques nouvellement cr&#233;&#233;es ainsi que de leurs repr&#233;sentations. Les conditions &#224; r&#233;unir pour que cette transformation s'op&#232;re furent d'ordre culturel autant qu'&#233;conomique. Culturellement, ces changements ne purent trouver un terreau qu'&#224; la condition qu'il soit fertile d'un nombre suffisant d'individualit&#233;s se d&#233;gageant du commun par la puissance de la pens&#233;e et le besoin de savoir, d'auteurs et de lecteurs ; en tout cas d'individus &lt;i&gt;pensant&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;se pensant&lt;/i&gt;, ayant en un mot conquis l'&lt;i&gt;autonomos&lt;/i&gt; de la raison (comme Castoriadis a pu le dire de l'Ath&#232;nes d&#233;mocratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Corn&#233;lius Castoriadis, Les carrefours du labyrinthe, 6 vol, Seuil, 1978-1999.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Enfin, c'est au cours de cette p&#233;riode qu'&#233;merge un v&#233;ritable pouvoir &#233;conomique capable de rivaliser puis de supplanter les deux premiers en place &#8211; &lt;i&gt;sacrum&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;imperium&lt;/i&gt;. Il se manifeste par l'&#233;mergence de la puissance financi&#232;re et industrielle &#224; travers la bourgeoisie (banque, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, manufactures, n&#233;goce). Ainsi, l'av&#232;nement du pouvoir &#233;conomique se fit simultan&#233;ment &#224; ce qu'il est convenu de nommer le pouvoir de l'opinion et de la raison, qui s'&#233;tait form&#233; en trois si&#232;cles, de l'invention de l'imprimerie jusqu'aux r&#233;volutions politiques, techniques et &#233;conomiques de la fin du XVIIIe si&#232;cle, en Europe et aux &#201;tatsUnis. Ce qui le caract&#233;rise sera l'&#233;mergence de la bourgeoisie, et plus largement d'une &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; porteuse d'une opinion, capable de s'opposer d'abord au pouvoir religieux et politique, puis plus tard au pouvoir &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'au milieu du XIXe si&#232;cle que commence &#224; se d&#233;ployer le dernier-n&#233; des espaces publics. Il est issu de l'encha&#238;nement historique et technique de la photographie, du cin&#233;ma et de la t&#233;l&#233;vision. C'est l'espace public virtuel &#171; &#233;cran &#187;, auquel viendront s'adjoindre l'ordinateur, l'Internet et leurs d&#233;riv&#233;s. Comme pour le second espace public de papier, il est virtuel, mais ici, &lt;i&gt;la puissance &#233;conomique d&#233;cupl&#233;e sera totalement d&#233;terminante quant aux avanc&#233;es et aux choix techniques r&#233;alis&#233;s afin que l'espace public &#233;cran impose d&#233;finitivement sa domination sur les deux premiers&lt;/i&gt;. &#192; l'instar des deux espaces publics pr&#233;c&#233;dents, il en poss&#232;de les vertus : la mise en commun des valeurs symboliques nouvellement cr&#233;&#233;es ainsi que de leurs repr&#233;sentations &#233;tablissant le pouvoir. Cet espace public de l'&#233;cran est constitu&#233; exclusivement d'un flux constant, permanent et mondialement r&#233;pandu. Ayant r&#233;alis&#233; techniquement la synth&#232;se de l'image, du mouvement, de la parole, du son et de la musique, en une seule m&#233;diation purement visuelle, c'est l'omnipr&#233;sence du visuel et sa consommation massive et passive qui le caract&#233;rise, ce pour quoi il n'est m&#234;me plus n&#233;cessaire de poss&#233;der parfaitement les codes de la lecture (contrairement au pr&#233;c&#233;dent), et il s'accommode fort bien d'un certain niveau d'illettrisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dur&#233;e et visibilit&#233;, le renversement&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'espace public est le lieu du pouvoir, il s'y est auto-institu&#233; dans le droit, nous l'avons vu ; pour autant, la pleine l&#233;gitimit&#233; du pouvoir ne lui sera acquise que si, d'une part, sa dur&#233;e dans l'espace public est suffisante, et d'autre part, que dans la mesure o&#249; il s'y montre avec &#233;vidence, ce que nous traduisons par le monumental et l'ostentatoire. Le monumental sera la constante temps et dur&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alo&#239;s Riegl : &#171; Par monument, au sens le plus ancien et v&#233;ritablement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'ostentatoire sera la constante visibilit&#233; et publicit&#233; (au sens de : caract&#232;re de ce qui est public)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carl Schmitt : &#171; La lutte pour la repr&#233;sentation est toujours une lutte pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi le pouvoir, pour tenir debout, pour avoir une mat&#233;rialit&#233; dans l'espace public, s'appuie sur ces deux piliers que sont la dur&#233;e (temps) et la visibilit&#233; (espace), chacun multipliant les effets de l'autre. Sa l&#233;gitimit&#233;, outre le droit, ne s'institue pleinement que par ces deux voies, &lt;i&gt;or seul l'espace public garantit dur&#233;e et visibilit&#233;&lt;/i&gt;. Lorsqu'une valeur symbolique &#8211; quelle qu'elle soit &#8211; devient ostentatoire dans l'espace public, elle participe du pouvoir : l'homme, pour ces valeurs auxquelles il croit profond&#233;ment, peut aller jusqu'&#224; sacrifier ou offrir sa vie, ses biens et les siens : honneur, &#233;glise, d&#233;mocratie, patrie... Encore, ne citons-nous l&#224; que des valeurs historiques et lest&#233;es du poids d'une certaine d&#233;cence morale (proches de la &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt; orwellienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Mich&#233;a, Orwell, anarchiste tory, Climats, 2000.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), mais, par un renversement extraordinaire, il se trouve que des &#171; valeurs &#187; d'une autre esp&#232;ce et des plus triviales sont promues &#224; leur tour dans &#171; l'espace public pouvoir &#187; : confort, mode, vitesse, progr&#232;s, d&#233;veloppement, croissance... Voil&#224; toute la force de ce que nous nommons l'&lt;i&gt;infini satur&#233;&lt;/i&gt;, et c'est par lui que s'op&#232;re le renversement : si les deux composantes des pouvoirs mat&#233;rialis&#233;s &#8211; dur&#233;e et visibilit&#233; &#8211;, furent en &#233;quilibre relatif dans les espaces publics &#171; tangible &#187; et &#171; papier &#187;, pour construire les pouvoirs au travers des institutions, il n'en va pas de m&#234;me sur le dernier-n&#233; des espaces publics, celui de l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faire &#233;cran&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, par la toute-puissance &#233;conomique et financi&#232;re, entra&#238;nant une ma&#238;trise scientifique et technique encore inconnue, s'op&#232;re un renversement de l'essence du pouvoir et, partant, de toute l&#233;gitimit&#233;. L&#224; o&#249;, autrefois, il fallait concilier dur&#233;e et visibilit&#233; pour obtenir un quelconque pouvoir au travers des institutions, il suffira d&#233;sormais &#224; la puissance &#233;conomique de construire de toutes pi&#232;ces et &lt;i&gt;rapidement&lt;/i&gt;, &#8211; c'est-&#224;-dire sans le concours de la dur&#233;e &#8211;, un espace public fait de pure m&#233;diation visuelle, pour acc&#233;der au pouvoir et faire passer pour l&#233;gitime ce qui ne l'&#233;tait pas, c'est-&#224;-dire ses propres valeurs. La dur&#233;e, comme &#233;coulement, reste inaccessible &#224; toute manipulation, reste impossible &#224; acheter, par contre, l'espace visible est plus v&#233;nal. Il suffira donc &#224; la puissance de l'argent de fabriquer ce nouvel espace public que nous nommons &#171; &#233;cran &#187;, &#224; sa mesure et, dans le m&#234;me temps, d'acheter, envahir ou corrompre tous les espaces publics &lt;i&gt;d&#233;j&#224; l&#224;&lt;/i&gt; (tangible et papier) pour asseoir d&#233;finitivement sa l&#233;gitimit&#233; usurp&#233;e et devenir pouvoir absolu. Ce renversement est total (et totalitaire) en ce que &#8211; outre l'espace &#233;cran, son pur produit &#8211; se trouvent ainsi corrompus l'espace public premier et tangible, mais &#233;galement l'espace public papier. Quant &#224; l'espace priv&#233;, s'il &#233;tait autrefois un rempart et peu ou prou un refuge contre les pouvoirs, c'est aujourd'hui se distinguer que de poss&#233;der chez soi, en s'endettant, le plus d'&#233;crans et toujours plus grands&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Besset : &#171; La publicit&#233; prend aussi d'assaut l'univers priv&#233;, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'infini satur&#233; arraisonne l'espace public&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&lt;i&gt;infini satur&#233;&lt;/i&gt; est l'arraisonnement de la totalit&#233; des espaces publics par le pouvoir &#8211; devenu unique &#8211; de l'&#233;conomie mondialis&#233;e ; ce qui confirme au mieux sa parfaite r&#233;alisation est l'arraisonnement, dans le m&#234;me mouvement, de tout espace priv&#233;. Comment l'&#233;conomie est-elle devenue un pouvoir unique ? La raison &#233;conomique, comme valeur centrale des soci&#233;t&#233;s occidentales, est un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;cent dont l'origine n'a pas plus de cinq si&#232;cles. Cette p&#233;riode fut employ&#233;e &#224; faire converger, principalement sur la vieille Europe colonialiste, les richesses plan&#233;taires, comme stock (mati&#232;res premi&#232;res, &#233;nergies fossiles) et comme flux (force de travail par l'esclavage, le sous-salariat, la prol&#233;tarisation). En outre, les richesses ne furent pas seulement employ&#233;es &#224; &#234;tre consomm&#233;es sur-le-champ, mais, par le truchement des sciences et techniques, elles furent utilis&#233;es &#224; fabriquer de nouvelles richesses et de nouveaux biens ; plus encore, comme l'avait vu Marx, &#224; produire celui &#224; qui elles &#233;taient destin&#233;es : le &#171; sujet &#187; &#8211; aujourd'hui le client &#8211;, avec comme valeurs centrales le progr&#232;s et la technique, ainsi que leurs d&#233;riv&#233;s plus triviaux : le d&#233;veloppement, l'emploi, la consommation, la nouveaut&#233;, la mode... La production du &lt;i&gt;client&lt;/i&gt; fut la t&#226;che que s'assigna l'espace public &#233;cran et sa r&#233;alisation achev&#233;e est l'infini satur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir de l'opinion, n&#233; de l'espace public papier, a pu s'opposer (un temps) aux trois autres, religieux, politique, &#233;conomique. Ces derniers r&#233;pondirent par de multiples dispositions et man&#339;uvres : interdictions, lois et d&#233;crets, de la mise &#224; l'index &#224; la r&#233;pression arm&#233;e, en passant par la censure et la corruption. Mais le pouvoir &#233;conomique, depuis la naissance des banques, des billets &#224; ordre, de la monnaie de papier, du cr&#233;dit, ne cessera de grandir et de s'imposer au fil des si&#232;cles ; se rendant indispensable &#224; tous, il l'emporte finalement sur tous les autres pouvoirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce point de bascule, Karl Polanyi le place autour de 1780 : &#171; Le changement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, plus gravement, sur la raison et le pouvoir d'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le premier espace public tangible tenta d'&lt;i&gt;&#233;difier&lt;/i&gt;, le second, de papier, se risqua &#224; &lt;i&gt;&#233;duquer&lt;/i&gt; ; quant au troisi&#232;me, par l'&#233;cran il parvient &#224; &lt;i&gt;divertir&lt;/i&gt;. L'arraisonnement sera r&#233;alis&#233; d&#232;s lors que les deux premiers espaces publics auront &#233;t&#233; annex&#233;s et se seront soumis au principe du troisi&#232;me : &#233;difier et &#233;duquer en divertissant. En outre l'espace public &#233;cran poss&#232;de sur les deux autres l'absolue sup&#233;riorit&#233; de p&#233;n&#233;trer efficacement l'ensemble des espaces priv&#233;s sans qu'il soit fait appel au vouloir, mais &#224; la simple passivit&#233;, qui plus est divertissante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Paul Besset, op. cit. p. 250.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous sommes ainsi spoli&#233;s de notre espace priv&#233; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de notre espace public &#8211; &lt;i&gt;res publica&lt;/i&gt; &#8211; propri&#233;t&#233; commune, fondement de la R&#233;publique, qui v&#233;hiculait une grande diversit&#233; de valeurs, de croyances et de savoirs, s'opposant les uns les autres, au profit d'un espace public dont les trois formes sont d&#233;sormais arraisonn&#233;es par l'unique pouvoir &#233;conomique, nous imposant les seules valeurs, croyances et savoirs qui lui sont favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arraisonnement et ravissement&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224;, proprement, le &#171; ravissement &#187;, le rapt du savoir et du croire, des consciences et du d&#233;sir dans un heureux, perp&#233;tuel et factice enchantement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour nous mettre en accord avec Max Weber [1864-1920] et son &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'exposer au pouvoir, se manifestant sur l'espace public tangible et premier, demandait un effort de participation. Il fallait quitter son espace priv&#233; pour s'y soumettre. L'espace virtuel papier impliquait un discernement et des choix individuels. Il fallait &#234;tre en possession de codes comme la lecture, ainsi qu'une capacit&#233; plus ou moins complexe de raisonner. Inversement, l'&lt;i&gt;infini satur&#233;&lt;/i&gt; ne demande ni effort, ni participation active, ni discernement, ni raisonnement. &lt;i&gt;S'il exige de nous un effort, c'est celui qu'il faut d&#233;ployer pour lui &#233;chapper&lt;/i&gt;. Selon Serge Latouche, il ne reste plus que &#171; la possibilit&#233; d'entrer en dissidence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Latouche, Le pari de la d&#233;croissance, Fayard, 2006, p. 209 et 276.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais comment entrer en dissidence alors que le ravissement est double : une premi&#232;re fois, parce qu'il a capt&#233; toutes les valeurs ; une seconde fois, en ce qu'il nous captive par la s&#233;duction et l'apparente innocence du divertissement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dissidence&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'espace public, s'il n'est pas une &lt;i&gt;cause premi&#232;re&lt;/i&gt; au sens des philosophes, l'est sur le terrain des valeurs qui d&#233;terminent nos comportements collectifs. Son arraisonnement nous permet d'expliquer &#8211; non d'excuser &#8211; bon nombre d'aveuglements, illusions et aberrations touchant &#224; nos soci&#233;t&#233;s &#233;gar&#233;es. Sous ses trois formes, il est celui qui montre, qui enseigne &#224; tous et &lt;i&gt;qui enseigne &#224; celui qui enseigne&lt;/i&gt;. En effet, il est bien peu de choses que nous sachions, auxquelles nous croyons, que nous enseignons, qui ne viennent pas de lui, y compris celles que nous pensons n&#244;tres et issues de l'espace priv&#233;. C'est &#224; des questions telles que : &#171; pourquoi nous est-il impossible de changer de cap ? &#187;, &#171; pourquoi ne ma&#238;trisons-nous pas la technique ? &#187; (ou le progr&#232;s, le d&#233;veloppement, la croissance), ou bien : &#171; Comment savons-nous ce que nous savons ? &#187;, (ou croyons-nous ce que nous croyons), que r&#233;pond la notion d'infini satur&#233;. C'est l'infini satur&#233; Grand Professeur, &lt;i&gt;infini&lt;/i&gt; parce rien ne peut entraver le d&#233;veloppement ni borner les limites du virtuel ; satur&#233;, pour &#234;tre une sorte de bouteille molle qui n'est emplie que de ce que l'&#233;conomie marchande y met et &lt;i&gt;Grand Professeur&lt;/i&gt;, parce que sous son r&#232;gne, le pouvoir &#233;conomique, ayant arraisonn&#233; tous les espaces publics, devient le ma&#238;tre de la visibilit&#233;, de l'ostentatoire, de la publicit&#233;, le ma&#238;tre du croire et du savoir, mais encore du d&#233;sir. O&#249; que nos yeux se posent, quoi que nos oreilles entendent et nos mains saisissent, c'est lui qui impose les valeurs &#8211; ses valeurs &#8211;, au d&#233;triment de toutes les autres. &lt;i&gt;Quid&lt;/i&gt;, en ce cas, de la &#171; visibilit&#233; &#187; d&#232;s lors qu'acqu&#233;rir une visibilit&#233; sur l'espace public au si&#232;cle de l'&lt;i&gt;infini satur&#233;&lt;/i&gt; ne sera possible qu'&#224; la condition que nous puissions nous hausser &#224; la puissance de ses nouveaux producteurs ? Y parviendrions-nous, que nous n'aurions fait que nous soumettre aux r&#232;gles que ces nouveaux producteurs ont &#233;dict&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de Paul Ari&#232;s et de Michel Dias nous parut juste : &#171; Comment rendre &lt;i&gt;la d&#233;croissance d&#233;sirable d&#233;mocratiquement&lt;/i&gt; ? &#187;, mais elle est aussi terrible parce que triple. Il nous faut en effet r&#233;soudre cette formidable contradiction qu'est la n&#233;cessit&#233; de faire exister ces trois valeurs : d&#233;croissance, d&#233;sir, d&#233;mocratie sur l'espace public dont on sait l'arraisonnement &#224; l'&lt;i&gt;&#233;conomisme&lt;/i&gt;, qui en a d&#233;j&#224; bafou&#233; deux : le d&#233;sir (r&#233;sorb&#233; dans la pacotille marchande) et la d&#233;mocratie (dissoute dans la &#171; t&#233;l&#233;cratie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Stiegler, La t&#233;l&#233;cratie contre la d&#233;mocratie, Flammarion, 2006, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Quant &#224; la soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance, comprise en tant qu'alternative &#224; la soci&#233;t&#233; de croissance, elle s'oppose frontalement &#224; l'infini satur&#233;. C'est pourtant la d&#233;croissance qui me para&#238;t &#234;tre en meilleure posture que le d&#233;sir et la d&#233;mocratie. En effet, la d&#233;croissance dans nos pays occidentaux, me semble, &#224; l'examen de la fausset&#233; des chiffres de l'id&#233;ologie &#233;conomique triomphante, d&#233;j&#224; bien engag&#233;e, ne serait-ce que par la stagnation r&#233;elle qui en est la pr&#233;misse. Finitude du monde, &#233;puisement des ressources, irr&#233;versibilit&#233; et entropie feront le reste. Mais nous avons &#224; la rendre &lt;i&gt;d&#233;sirable&lt;/i&gt;, et surtout &lt;i&gt;d&#233;mocratiquement&lt;/i&gt;, afin de conjurer le danger de &#171; force pure &#187; qu'&#233;voquait Canetti : &#171; Quand le pouvoir prend son temps, il devient puissance. Mais au moment de crise, qui finit toujours par arriver, &#224; l'instant irr&#233;vocable de la d&#233;cision, il redevient pouvoir, force pure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lias Canetti, Masse et puissance, Gallimard, 1966, p. 299.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons cherch&#233; &#224; dessiner la carte en ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle et une bonne carte reste en elle-m&#234;me un espoir. Nous n'avons certes pas cherch&#233; &#224; d&#233;sesp&#233;rer, pas plus qu'&#224; faire esp&#233;rer. Notre intention &#233;tait de d&#233;signer clairement l'adversaire, non point de le dire invincible. Mais il est certain qu'ignorer ou encore sous-estimer la puissance de l'infini satur&#233; conduirait &#224; l'&#233;chec. Nous savons maintenant que ce n'est pas parce que notre cause est juste qu'elle triomphera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire &#224; pr&#233;sent ? peuvent demander ceux qui ont accord&#233; &#224; cette carte une certaine validit&#233;. S'ils ont en main ces quelques feuillets, ils devraient se rassurer : une &#233;troite parcelle d'espace public existe toujours, celle que nous avons nomm&#233;e &#171; espace public papier &#187; qui permet encore le d&#233;bat d'id&#233;es. Des interstices existent encore sur l'infini satur&#233;. &#192; nous de les occuper, de les multiplier, de recr&#233;er un espace public v&#233;ritable &#8211; &lt;i&gt;res publica&lt;/i&gt; &#8211; libre et non afferm&#233;, garantissant, seul, la possible circulation de tous les savoirs et leur partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Individuellement, il reste &#224; chacun de &#171; d&#233;-croire &#187; pour d&#233;cro&#238;tre. Cette formule n'&#233;tait pas un simple jeu de mots liminaire. Pour commenter Jean-Pierre Dupuy qui affirme que &#171; nous ne croyons pas ce que nous savons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme &#233;clair&#233;, Seuil, Point-Essai, 2002, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, t&#226;chons non seulement de croire ce que nous savons, mais encore de savoir ce que nous croyons. C'est le pr&#233;alable &#224; toute action &#224; la mesure des enjeux de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectivement, effor&#231;ons-nous de recr&#233;er, l&#224; o&#249; nous sommes, les conditions de l'&lt;i&gt;autonomos&lt;/i&gt; cher &#224; Castoriadis, &#171; les hommes assembl&#233;s se donnant &#224; eux-m&#234;mes leurs propres lois... &#187;, et &#171; sachant qu'ils le font &#187;, ajoutait-il. Effor&#231;ons-nous de recr&#233;er les conditions de &#171; l'assembl&#233;e des hommes &#187;, ce sont aussi celles du vivre-ensemble. C'est &#224; cette r&#232;gle que je me plierai. Aussi ne soyez pas surpris de ne point trouver ici de &#171; solutions &#187;. Elles ne peuvent venir d'un seul, mais de plusieurs, &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Grinevald nous en donne une bonne approche dans le n&#176; 1 d'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt;, Parangon/Vs, 2006 pp. 185-188. Voir &#233;galement &#171; Historique du mot [d&#233;croissance] &#187; dans &lt;i&gt;Les Cahiers de l'IEESDS&lt;/i&gt;, n&#176; 1 d&#233;cembre 2006, suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;La D&#233;croissance&lt;/i&gt; n&#176; 35, (article non sign&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Frans Masereel : &lt;i&gt;Id&#233;e, sa vie, sa mort&lt;/i&gt;, Paris Ollendorff, 1920.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;. p. 167, formule presque identique &#224; celle de Michel Dias (m&#234;me ouvrage, p. 61).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Corn&#233;lius Castoriadis, &lt;i&gt;Figures du pensable. Les Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; &#8211; VI. Seuil, 1999, pp.124-sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'est pas exclu que ce concept soit plus ancien et que l'on puisse, selon les traducteurs, l'attribuer &#224; Aristote.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Legendre, &lt;i&gt;L'amour du censeur&lt;/i&gt;, Seuil, 1974, p. 74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Marin, &lt;i&gt;Le portrait du roi&lt;/i&gt;, Minuit, 1981, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;. p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;. p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ludwig Wittgenstein, proposition 1 (sur 7), in &lt;i&gt;Tractatus logico-philosophicus&lt;/i&gt;, trad. de Gilles-Gaston Granger, Gallimard, 1993, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martine R&#233;mond-Gouilloud, in &lt;i&gt;L'homme, la nature et le droit&lt;/i&gt; (collectif), Bourgois, 1988, p. 203.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La cat&#233;gorie des biens sans ma&#238;tre se subdivisait &#224; son tour en deux autres : les &lt;i&gt;res nullius&lt;/i&gt; sous juridiction humaine et celles sous juridiction divine. Nous ne nous permettrons point de nous m&#234;ler de ce qui appartient aux dieux, par contre les res nullius sous juridiction humaine m&#233;ritent toute notre attention, puisque ces cat&#233;gories du droit romain r&#233;gissent encore, avec force distorsions, nos lois et nos d&#233;crets nationaux et internationaux particuli&#232;rement pour ce qui concerne l'environnement, (cf. &lt;i&gt;L'homme la nature et le droit, op. cit&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ces questions Paul Fr&#233;d&#233;ric Girard, &lt;i&gt;Manuel &#233;l&#233;mentaire de droit romain&lt;/i&gt;, Paris Rousseau, 1918.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui fera dire &#224; Moses I. Finley &#224; propos de l'Empire romain &#171; La politique cessa d'&#234;tre un instrument utile pour le peuple et il s'av&#233;ra que la solution ultime &#233;tait la fin, non seulement de la participation du peuple &#224; la politique, mais de la politique elle-m&#234;me &#187;, in &lt;i&gt;L'invention de la politique&lt;/i&gt;, Flammarion, 1985, p. 176.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous renvoyons sur ce sujet au livre magistral de J&#252;rgen Habermas, &lt;i&gt;L'espace public&lt;/i&gt;, Payot, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Corn&#233;lius Castoriadis, &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, 6 vol, Seuil, 1978-1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alo&#239;s Riegl : &#171; Par monument, au sens le plus ancien et v&#233;ritablement originel du terme, on entend une &#339;uvre cr&#233;&#233;e de la main de l'homme et &#233;difi&#233;e dans le but pr&#233;cis de conserver toujours pr&#233;sent et vivant dans la conscience des g&#233;n&#233;rations futures le souvenir de telle action ou telle destin&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Le culte moderne des monuments&lt;/i&gt; [1903], Seuil, 1984, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carl Schmitt : &#171; La lutte pour la repr&#233;sentation est toujours une lutte pour le pouvoir politique &#187;, or, &#171; il n'y a de repr&#233;sentation que s'il y a publicit&#233; &#187; in &lt;i&gt;Verfassungslehre&lt;/i&gt;, Berlin, 1957, 3&#176;&#233;d. p. 212, [cit&#233; par Julien Freund in &lt;i&gt;&#171; L'essence du politique &#187;&lt;/i&gt;, Paris, Sirey, 1965, pp. 331-329], ce que dit semblablement Louis Marin &#171; D'un c&#244;t&#233;, la repr&#233;sentation met la force en signes [...], signes de la force qui n'ont besoin que d'&#234;tre vus pour que la force soit crue &#187;, in &lt;i&gt;Le portrait du roi&lt;/i&gt;, Minuit, 1981, p. 11. [&lt;i&gt;C'est l'auteur qui souligne&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude Mich&#233;a, &lt;i&gt;Orwell, anarchiste tory&lt;/i&gt;, Climats, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Besset : &#171; La publicit&#233; prend aussi d'assaut l'univers priv&#233;, la bo&#238;te aux lettres, les messageries &#233;lectroniques, les t&#233;l&#233;phones, les jeux vid&#233;o, les radios de salle de bains &#187;, &lt;i&gt;Comment ne plus &#234;tre progressiste...&lt;/i&gt;, Fayard, 2005, p. 251.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce point de bascule, Karl Polanyi le place autour de 1780 : &#171; Le changement d'atmosph&#232;re, entre Adam Smith et Townsend, est vraiment frappant. Avec le premier se cl&#244;t une &#233;poque qui s'&#233;tait ouverte avec les inventeurs de l'&#201;tat, Thomas More et Machiavel, Luther et Calvin ; le second appartient &#224; ce XIXe si&#232;cle au cours duquel Ricardo et Hegel ont d&#233;couvert, &#224; partir de points de vue oppos&#233;s, l'existence d'une soci&#233;t&#233; qui n'est pas soumise aux lois de l'&#201;tat, mais qui, au contraire soumet l'&#201;tat &#224; ses propres lois &#187;, &lt;i&gt;La grande transformation&lt;/i&gt;, Gallimard, [1983], 2003 p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Paul Besset, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. p. 250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour nous mettre en accord avec Max Weber [1864-1920] et son &#171; d&#233;senchantement &#187;, nous devrions &#233;voquer ici un &lt;i&gt;r&#233;&lt;/i&gt;-enchantement...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Latouche, &lt;i&gt;Le pari de la d&#233;croissance&lt;/i&gt;, Fayard, 2006, p. 209 et 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Stiegler, &lt;i&gt;La t&#233;l&#233;cratie contre la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Flammarion, 2006, &#224; qui nous empruntons ce n&#233;ologisme (et que cela) ; B.S. par ailleurs chantre d&#233;vou&#233; &#224; ce capitalisme cognitif et &lt;i&gt;immat&#233;riel&lt;/i&gt; qui a toujours quelque chose &#224; vendre, que Serge Latouche aurait pu ais&#233;ment ranger au c&#244;t&#233; de Jacques Attali dans &lt;i&gt;Le pari de la d&#233;croissance&lt;/i&gt;, Fayard, 2006, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lias Canetti, &lt;i&gt;Masse et puissance&lt;/i&gt;, Gallimard, 1966, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Dupuy, &lt;i&gt;Pour un catastrophisme &#233;clair&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, Point-Essai, 2002, p. 142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>M&#233;taphysique de l'accident</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article203</link>
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		<dc:date>2021-11-08T12:49:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel C&#201;R&#201;ZUELLE</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Mein Gott, faut-il &#234;tre b&#234;te pour dire cela ! &#187; Edgar Poe &#171; Sont-ils fous, cria une voix sur notre pont, cherchent-ils leur ruine ? &#187; Thomas de Quincey &#171; Perspicere : voir &#224; travers. &#187; &#171; Perspicace : qui aper&#231;oit ce qui est difficile &#224; voir. &#187; Dictionnaire Larousse &lt;br class='autobr' /&gt; Les vigies : Le romancier Milan Kundera relevait que &#171; la port&#233;e existentielle d'un ph&#233;nom&#232;ne social est perceptible avec la plus grande acuit&#233; non pas au moment de son expansion, mais quand il se trouve &#224; ses d&#233;buts, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mein Gott&lt;/i&gt;, faut-il &#234;tre b&#234;te pour dire cela ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Edgar Poe&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Sont-ils fous, cria une voix sur notre pont, cherchent-ils leur ruine ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas de Quincey&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Perspicere&lt;/i&gt; : voir &#224; travers. &#187; &#171; Perspicace : qui aper&#231;oit ce qui est difficile &#224; voir. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dictionnaire Larousse&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les vigies : Le romancier Milan Kundera relevait que &#171; la port&#233;e existentielle d'un ph&#233;nom&#232;ne social est perceptible avec la plus grande acuit&#233; non pas au moment de son expansion, mais quand il se trouve &#224; ses d&#233;buts, incomparablement plus faible qu'il ne le deviendra demain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Milan Kundera, Le Rideau, Gallimard, 2005, p. 144.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il signale ainsi qu'une des plus p&#233;n&#233;trantes critiques de la bureaucratisation de l'action publique fut formul&#233;e dans un roman de Stifter, &lt;i&gt;Der Nachtsommer&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1857, alors que le mod&#232;le rationnel-l&#233;gal de la gestion &#233;tatique de la soci&#233;t&#233; n'en &#233;tait qu'aux d&#233;buts de son application en Allemagne. On peut lire dans ce roman un passage dans lequel un haut fonctionnaire allemand raconte au personnage principal pourquoi il a mis fin &#224; une brillante carri&#232;re en se retirant de la vie publique. Il explique que tant que l'administration s'&#233;largissait et s'agrandissait, elle devait engager un nombre de plus en plus grand d'employ&#233;s et parmi eux, in&#233;vitablement, de mauvais ou de tr&#232;s mauvais. Il fut donc imp&#233;ratif de cr&#233;er un syst&#232;me qui permettait aux op&#233;rations n&#233;cessaires d'&#234;tre accomplies sans que la comp&#233;tence in&#233;gale des fonctionnaires les pervertisse ou les affaiblisse. &#171; Pour illustrer mon propos, je dirais que la montre la plus parfaite serait celle dont le m&#233;canisme ne faillirait pas, lorsqu'on en changerait les pi&#232;ces, intervertissant les bonnes et les mauvaises et inversement. Mais une telle montre ne saurait se concevoir. Or, le service de l'&#201;tat devrait se concevoir ainsi, ou se renoncer en raison de l'&#233;volution qu'il avait atteinte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adalbert Stifter, L'Arri&#232;re-saison, Gallimard, Paris, 2000, p. 545.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement &#224; la m&#234;me &#233;poque, dans &lt;i&gt;Bartleby the Scrivener&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herman Melville, Bartleby, une histoire de Wall street, &#201;ditions Amsterdam, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; en 1853, Herman Melville, qui tout jeune dut travailler comme employ&#233; dans une banque, montre comment la civilisation industrielle, dont il observait l'&#233;mergence, favorisait elle aussi des formes extr&#234;mes de d&#233;personnalisation bureaucratique. Le narrateur de la nouvelle raconte le calvaire d'un petit employ&#233; am&#233;ricain qui n'arrive pas &#224; se plier aux normes du monde impersonnel des bureaux dont le d&#233;veloppement accompagne le triomphe apparent de l'esprit d'entreprise. Ce faisant, il montre comment dans ce nouvel environnement plus personne, y compris lui-m&#234;me, n'est d&#233;sormais capable d'accomplir l'acte personnel qui pourrait rompre l'encha&#238;nement de proc&#233;dures qui va conduire &#224; la mort un inadapt&#233; innocent, dont chacun sait qu'il n'a rien fait de mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce soit ici sous l'impulsion de l'&#201;tat, ou l&#224; sous celle du Capital, au moment o&#249; se met en place la soci&#233;t&#233; industrielle, les esprits les plus sensibles se r&#233;voltent devant la perspective d'une d&#233;personnalisation bureaucratique qui leur semble l'in&#233;luctable cons&#233;quence de la modernisation. Ce que la perspicacit&#233; des romanciers a enregistr&#233;, il faudra attendre trois g&#233;n&#233;rations de plus pour que les sciences sociales le reconnaissent. Stifter et Melville ont &#233;t&#233; comme ces vigies qui restent &#233;veill&#233;es la nuit et &#224; qui une sensibilit&#233; extr&#234;me permet de voir arriver le danger de loin, alors que tous les autres sommeillent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me du risque technologique et de l'accident qui sont devenus une des caract&#233;ristiques essentielles du monde moderne. Toujours &#224; la m&#234;me &#233;poque, deux autres &#233;crivains anglo-saxons, Edgar Allan Poe et Thomas de Quincey, ont voulu &#233;galement attirer notre attention sur la vuln&#233;rabilit&#233; de la nouvelle civilisation technicienne au risque technique dont ils sentaient de mani&#232;re pr&#233;monitoire qu'il en serait un des caract&#232;res essentiels. Notons qu'avant l'av&#232;nement de la machine &#224; vapeur, l'accident n'&#233;tait pas un th&#232;me litt&#233;raire important. Certes, les naufrages de navires sont parfois &#233;voqu&#233;s, comme dans le d&#233;nouement de &lt;i&gt;Paul et Virginie&lt;/i&gt;, mais aucune grande &#339;uvre litt&#233;raire fran&#231;aise ne s'attarde &#224; en retracer la gen&#232;se ou &#224; en faire la description attentive. Tant que l'on se d&#233;place &#224; pied ou &#224; cheval, personne ne semble se soucier du sens humain d'un accident de circulation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une anecdote cont&#233;e par Val&#232;re Maxime, et reprise par La Fontaine (mais qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans l'Occident pr&#233;industriel, le rat&#233; technique n'est pas en soi un sujet d'int&#233;r&#234;t ; il ne rec&#232;le aucun enjeu existentiel m&#233;ritant une investigation litt&#233;raire. Les choses vont changer avec la r&#233;volution industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ontologie de l'accident&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Commen&#231;ons par rappeler un &#171; fait divers &#187; r&#233;cent et tragique : &#171; Plus d'un mois apr&#232;s l'accident du &lt;i&gt;Concorde&lt;/i&gt; d'Air France, qui a fait 113 morts le 25 juillet 2000, le myst&#232;re se l&#232;ve sur la lamelle m&#233;tallique soup&#231;onn&#233;e d'&#234;tre &#224; l'origine de la catastrophe. Elle pourrait provenir d'un DC-10 de Continental Airlines ayant d&#233;coll&#233; juste avant le supersonique... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le BEA a confirm&#233; le sc&#233;nario initial d'une cascade de d&#233;faillances provoqu&#233;e par l'&#233;clatement d'un pneu qui a heurt&#233; une pi&#232;ce m&#233;tallique qui se trouvait sur la piste... Comment quelques grammes d'alliage l&#233;ger peuvent-ils d&#233;chirer et faire exploser un pneu d'avion avec plus de 180 tonnes de m&#233;tal et de carburant au-dessus, et provoquer ensuite cet incroyable encha&#238;nement qui a men&#233; &#224; la catastrophe ? En tout cas les faits sont l&#224; ; je vous lis le communiqu&#233; de Continental : &#171; Les inspecteurs ont constat&#233; qu'une baguette de m&#233;tal manquait dans un espace entre la turbine d'inverseur de pouss&#233;e et le capot du r&#233;acteur droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de RTL info.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de rapprocher ce communiqu&#233; qui parle d'un &#171; incroyable encha&#238;nement ayant men&#233; &#224; la catastrophe &#187; de la nouvelle &lt;i&gt;L'Ange du bizarre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edgar Allan Poe, &#171; L'Ange du bizarre &#187;, in Histoires grotesques et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233;e par E. A. Poe en 1845. Cent cinquante-six ans avant la trag&#233;die de Gonesse, le piteux narrateur de cette histoire burlesque lit dans son journal le communiqu&#233; suivant : &#171; Les routes qui conduisent &#224; la mort sont nombreuses et &#233;tranges. Un journal de Londres mentionne le d&#233;c&#232;s d'un homme d&#251; &#224; une cause singuli&#232;re. Il jouait au jeu de &lt;i&gt;puff the dart&lt;/i&gt;, qui se joue avec une longue aiguille, emmaillot&#233;e de laine, qu'on souffle contre une cible &#224; travers un tube d'&#233;tain. Il pla&#231;a l'aiguille du mauvais c&#244;t&#233; du tube, et, ramassant fortement toute sa respiration pour chasser l'aiguille avec plus de vigueur, il l'attira dans son gosier. Celle-ci p&#233;n&#233;tra dans les poumons et tua l'imprudent en peu de jours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En lisant ce communiqu&#233; &#224; l'issue d'un repas tr&#232;s copieux et fort arros&#233;, cet Am&#233;ricain typiquement moderne entre dans une immense rage, et cela, pr&#233;cise-t-il, &#171; sans savoir pourquoi &#187;. Peut &#234;tre est-ce parce qu'il vient de r&#233;veiller son esprit &#171; avec force verres de Lafitte &#187; (bigre ! Il avait des moyens qu'on lui envie...), et que cette boisson &#233;minemment philosophique l'a rendu particuli&#232;rement perspicace. Lisons attentivement comment il s'en explique : &#171; Cet article, m'&#233;criai-je, est une m&#233;prisable fausset&#233;, un pauvre canard ; c'est la lie de l'imagination de quelque mis&#233;rable fabricant d'aventures au pays de Cocagne. Ces gaillards-l&#224;, connaissant la prodigieuse jobarderie du si&#232;cle, emploient tout leur esprit &#224; imaginer des possibilit&#233;s improbables, des &lt;i&gt;accidents bizarres&lt;/i&gt;, comme ils les appellent, mais pour un esprit r&#233;fl&#233;chi (comme le mien, ajoutai-je en mani&#232;re de parenth&#232;se, appuyant sans m'en apercevoir, mon index sur le c&#244;t&#233; de mon nez), pour une intelligence contemplative semblable &#224; celle que je poss&#232;de, il est &#233;vident, &#224; premi&#232;re vue, que la merveilleuse et r&#233;cente multiplication des accidents bizarres est de beaucoup le plus bizarre de tout. Pour ma part, je suis d&#233;cid&#233; &#224; ne rien croire d&#233;sormais de tout ce qui aura en soi quelque chose de singulier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes rel&#232;veront que la conclusion &#171; pour ma part, je suis d&#233;cid&#233; &#224; ne rien croire d&#233;sormais de tout ce qui aura en soi quelque chose de singulier &#187; a un ton r&#233;solument cart&#233;sien. Ce n'est pas par hasard. De fait, dans ce bref passage, un petit bijou de concision ironique, Poe &#233;nonce et d&#233;construit en quelques lignes le &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode&lt;/i&gt; de l'optimisme technophile moderne. Avec une grande virtuosit&#233; dialectique, il s'amuse &#224; entrem&#234;ler dans ce texte trois niveaux d'&#233;nonc&#233;s. Tout d'abord (premier niveau) notre personnage confesse que le motif de sa rage lui &#233;chappe. Poe sugg&#232;re donc clairement que ce n'est pas la raison, mais plut&#244;t l'inconscient qui est ici aux commandes. &#192; nous d'interpr&#233;ter cette rage : la lecture de ce communiqu&#233; semble avoir &#233;branl&#233; une croyance profonde, nous verrons plus loin laquelle, essentielle &#224; l'&#233;quilibre de cet homme. Un point sensible a &#233;t&#233; touch&#233;, a fait vaciller un instant cet &#233;quilibre et la col&#232;re se d&#233;clenche aussit&#244;t pour refouler l'angoisse qui en d&#233;coule. C'est pourquoi (deuxi&#232;me niveau) imm&#233;diatement notre narrateur s'empresse de se contredire en nous servant des &#171; raisons &#187; qui lui semblent tout &#224; fait suffisantes : il se d&#233;crit comme dot&#233; d'un esprit &#171; contemplatif &#187;, c'est&#224;-dire un esprit qui se veut philosophique, au-dessus des contingences de ce monde, un esprit familier des v&#233;rit&#233;s universelles et intemporelles. Pour un tel esprit, fid&#232;le aux enseignements de la raison philosophique traditionnelle, l'accident, c'est le passager, le singulier, ce qui s'oppose &#224; l'essence permanente des choses. Puisque, selon Aristote, il n'y a de science que du g&#233;n&#233;ral, et qu'il ne peut y en avoir du singulier, il n'y a rien &#224; apprendre des accidents. Il est donc &#171; &#233;vident &#187; qu'il est inutile, voire m&#234;me nocif de s'int&#233;resser &#224; ce qui tourne mal. Si le public s'int&#233;resse aux accidents, ce n'est que par faiblesse d'esprit et cr&#233;dulit&#233;. Et ceux qui leur en parlent ne sont que des &#234;tres domin&#233;s par l'imagination, des esprits fascin&#233;s par le sensible et non par l'intelligible. Ceux qui s'int&#233;ressent aux accidents sont donc ceux qui ne comprennent pas qu'ils vivent dans un monde r&#233;gi par des lois universelles et qui ont peur de ce qu'ils ne savent pas pr&#233;voir. Tel est le motif apparemment rationnel que le narrateur plaque &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; sur ses &#233;motions. Notons que ce discours pr&#233;figure de mani&#232;re saisissante les arguments des chantres contemporains du progr&#232;s face &#224; des critiques de l'innovation et &#224; des inqui&#233;tudes qu'ils per&#231;oivent comme l'expression d'une technophobie obscurantiste. Mais non seulement Poe nous fait bien comprendre qu'il s'agit d'une rationalisation, qu'elle est fond&#233;e sur le d&#233;ni, mais en outre, certains &#233;l&#233;ments du texte (troisi&#232;me niveau) sugg&#232;rent que cette rage a bien d'autres motifs, plus profonds, et nous donnent des indications assez pr&#233;cises sur les certitudes qui ont &#233;t&#233; &#233;branl&#233;es par le r&#233;cit de l'accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s curieusement, le narrateur s'indigne de ce que l'auteur de l'article &#171; imagine des possibilit&#233;s improbables &#187;. Par un paradoxe ironique, Poe proc&#232;de &#224; un retournement de la rh&#233;torique progressiste courante au XIXe si&#232;cle. Jusque-l&#224; c'&#233;taient les inventeurs, les artisans et les partisans du progr&#232;s technique qui s'enorgueillissaient d'imaginer des possibilit&#233;s pour en tirer parti. N'est-ce pas le propre du progr&#232;s technique de faire que, gr&#226;ce au pouvoir de l'imagination, ce qui &#233;tait impossible devienne possible ? Or, tout d'un coup, ce qui &#233;tait la vertu de l'inventeur prom&#233;th&#233;en devient une faute intol&#233;rable. Et pourquoi donc ? Parce qu'au lieu de nous faire entrer dans le monde de la merveilleuse et r&#233;cente multiplication des possibilit&#233;s techniques, l'imagination du possible &lt;i&gt;improbable&lt;/i&gt; menace de nous introduire dans un monde dont le narrateur rejette absolument la validit&#233; : celui de la &#171; merveilleuse et r&#233;cente multiplication des accidents &#187;. Curieuse inversion : lorsque l'on fait intervenir l'imagination des possibilit&#233;s improbables, tout change de sens ! Ce sont alors les termes qui servaient d'habitude &#224; d&#233;crire l'Eldorado technologique &lt;i&gt;&#224; venir&lt;/i&gt; qui servent &#224; d&#233;crire un monde de catastrophes qui &lt;i&gt;est d&#233;j&#224; l&#224;&lt;/i&gt;. En effet, &#224; en croire le narrateur, il faudrait que cette &#171; r&#233;cente multiplication des accidents bizarres &#187; soit engendr&#233;e non par l'encha&#238;nement des choses, des possibles singuliers, mais par la puissance malfaisante du discours de ceux qui en parlent. Afin d'&#233;chapper &#224; ces perspectives inqui&#233;tantes et pouvoir continuer &#224; penser que le monde qui se met en place restera un monde vivable, le narrateur a recours &#224; une mesure extr&#234;me : il adopte une &#171; r&#232;gle de la m&#233;thode &#187; qui consiste &#224; exclure de son monde la pertinence ontologique du possible singulier : &#171; Pour ma part, je suis d&#233;cid&#233; &#224; ne rien croire d&#233;sormais de tout ce qui aura en soi quelque chose de singulier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient ici de souligner que le narrateur a l'intelligence de ne pas d&#233;noncer l'imagination de l'&lt;i&gt;impossible&lt;/i&gt;. Il sait bien que ce n'est pas la r&#233;alisation de l'impossible qui rendrait le monde invivable. De l'impossible nous sommes assez bien prot&#233;g&#233;s. M&#234;me si, comme l'&#233;crivait Spinoza, &#171; personne n'a jusqu'ici d&#233;termin&#233; tout ce que peut le corps &#187;, intuition ontologique largement confirm&#233;e par les tsunamis et autres cataclysmes cosmiques. La th&#232;se qu'il sugg&#232;re est bien plus d&#233;stabilisante : c'est l'imagination du &lt;i&gt;possible improbable&lt;/i&gt; qui, pour le narrateur rend le monde catastrophique. D'o&#249; le caract&#232;re quasi d&#233;sesp&#233;r&#233; de sa d&#233;cision qui reproduit sur le mode burlesque la logique du pari pascalien. Pour sauver sa foi progressiste, car tel est l'enjeu de la lecture du communiqu&#233;, le narrateur est &#171; d&#233;cid&#233; &#224; ne rien croire &#187;. Ici on sort clairement du domaine de la raison pour entrer dans celui de la foi. Celle-ci, nous fait comprendre Poe, ne pourra se maintenir et se diffuser qu'au prix de la d&#233;valorisation ontologique de ce qui est &lt;i&gt;odd&lt;/i&gt;, du singulier, de ce qui est certes possible, mais n'a que peu de chances de se produire et ne m&#233;rite donc pas l'attention des gens s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; peine a-t-il &#233;nonc&#233; sa r&#232;gle de la m&#233;thode de l'optimisme technophile que le narrateur est pris &#224; partie par l'Ange du bizarre qui appara&#238;t pour lui dire &#171; &lt;i&gt;Mein Gott&lt;/i&gt;, faut-il &#234;tre b&#234;te pour dire cela ! &#187;. De fait, la suite du texte administre de mani&#232;re burlesque, mais tr&#232;s coh&#233;rente, la preuve de l'absurdit&#233; de ce parti-pris ontologique qui soustend l'optimisme technicien. Je m'en tiendrai ici &#224; quelques br&#232;ves indications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention de ce personnage appelle quelques remarques. Premi&#232;rement il semble que cet ange parle avec un fort accent allemand : il vient donc du pays o&#249; la m&#233;taphysique et la recherche technologique &#233;taient les plus avanc&#233;es &#224; l'&#233;poque de Poe pour donner une le&#231;on de sobri&#233;t&#233; m&#233;taphysique &#224; l'optimisme Yankee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il est peut-&#234;tre dommage pour le lecteur fran&#231;ais que Baudelaire ait traduit &lt;i&gt;Angel of the odd&lt;/i&gt; par &lt;i&gt;Ange du bizarre&lt;/i&gt;. Certes, il est fid&#232;le &#224; la polys&#233;mie du mot, cependant &#171; Ange du singulier &#187;, tout aussi correct, eut &#233;t&#233; plus fid&#232;le &#224; l'intention logique de Poe ; une telle expression aurait rendu plus facile &#224; saisir le paradoxe m&#233;taphysique auquel il veut nous rendre sensible. En effet, spontan&#233;ment, l'esprit h&#233;site &#224; admettre qu'il puisse y avoir un ange du singulier ; c'est ainsi que dans &lt;i&gt;Le Sophiste&lt;/i&gt; de Platon l'&#233;tranger h&#233;site &#224; admettre qu'il puisse y avoir une Id&#233;e du ver de terre ou du poil. Contre l'optimisme rationaliste et techniciste qui repose sur la g&#233;n&#233;ralisation et l'abstraction, mettre en sc&#232;ne un Ange du singulier, c'est dynamiter le privil&#232;ge de l'universel et du pr&#233;visible, c'est un moyen de rendre une dignit&#233; ontologique &#224; l'existant et &#224; l'&#233;v&#233;nement. Rappelons qu'en 1844, Kierkegaard &#233;crivait dans les &lt;i&gt;Miettes Philosophiques&lt;/i&gt; que &#171; le r&#233;el n'est pas plus n&#233;cessaire que le possible &#187; et qu'&#171; il n'y a pas de syst&#232;me de l'existence &#187;. C'est pourquoi l'instant, le temps dans sa dimension la plus singuli&#232;re, devient une cat&#233;gorie existentielle fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de l'ange s'accompagne du d&#233;cha&#238;nement d'une s&#233;rie cocasse d'&#233;v&#233;nements catastrophiques, dont l'encha&#238;nement est hautement improbable, bien que d'un point de vue strictement logique aucun d'entre eux ne soit rigoureusement impossible. C'est la succession rapide de ces &#233;v&#233;nements qui plonge le narrateur dans un cauchemar invraisemblable et tr&#232;s comique. Pourtant il est bien oblig&#233; de reconna&#238;tre que chaque &#233;l&#233;ment singulier de cet extraordinaire encha&#238;nement de faits n'est pas plus impossible que ce qui se passe dans la r&#233;alit&#233; ordinaire. Ce faisant, il doit admettre aussi que, contrairement &#224; ce qu'il avait d&#233;cid&#233; de croire, le possible improbable peut devenir r&#233;el et concerner sa propre existence : &#171; Ah ! &#8211; dis-je &#8211; je vois ce que c'est ; cela saute aux yeux. Accident naturel, comme il doit en arriver de temps &#224; autre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi cette fable administre de mani&#232;re grotesque &#224; l'optimiste technophile la preuve que le singulier improbable non seulement peut arriver, mais &#8211; et c'est encore pire &#8211; peut &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt; arriver, de sorte qu'il finit par reconna&#238;tre au &#171; possible improbable &#187; une indiscutable pr&#233;gnance ontologique. Ce faisant, Poe oblige ses lecteurs &#224; prendre une distance ironique avec la foi qui sous-tend l'optimisme technophile et qui nous pousse &#224; croire que les accidents peu probables n'ont rien &#224; voir avec l'essence de la technique. La fragilit&#233; &#8211; la &lt;i&gt;b&#234;tise&lt;/i&gt;, comme dit l'Ange du bizarre &#8211; du fondement m&#233;taphysique de cette foi est mise en &#233;vidence. La conclusion implicite de cette nouvelle, c'est qu'il est bien de l'essence du progr&#232;s technique de nous exposer au risque d'accident. L'imagination technique consiste &#224; d&#233;clencher et &#224; canaliser des effets de puissance dont nous pr&#233;tendons ma&#238;triser le champ et la direction d'application. Or, comme l'a bien vu Poe, le r&#233;el est plus complexe que ce que nous en connaissons et, en d&#233;pit de leur faible probabilit&#233; d'occurrence, mille et une causes peuvent &#224; tout instant se combiner et d&#233;tourner les effets de puissance du but particulier que nous avions pr&#233;vu. Il est donc de l'essence de notre milieu technique qu'il peut &#224; tout instant se d&#233;traquer, et que les processus que nous avons construits puissent sortir du chemin que nous leur avions prescrit. C'est bien pour cela que le fonctionnement de notre technocosme requiert un &#233;norme travail d'anticipation et de neutralisation de tels ph&#233;nom&#232;nes. Il n'en reste pas moins que l'accident devient un caract&#232;re normal de notre monde, puisque plus nos techniques sont diverses et puissantes, plus s'accroissent les possibilit&#233;s d'intersection avec d'innombrables s&#233;ries causales, techniques et non techniques, qui sont &#224; l'&#339;uvre dans notre monde. Non seulement le singulier existe, non seulement il compte, mais encore notre civilisation s'expose &#224; de graves risques en refusant de reconna&#238;tre que sa puissance perturbatrice est une dimension essentielle du r&#233;el. La trag&#233;die du &lt;i&gt;Concorde&lt;/i&gt; de Gonesse en t&#233;moigne suffisamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signalons enfin une cons&#233;quence de cette m&#233;taphysique de l'accident qui n'a &#233;t&#233; soulign&#233;e qu'un si&#232;cle apr&#232;s Edgar Poe, par Jacques Ellul dans &lt;i&gt;La Technique ou l'enjeu du si&#232;cle&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1954. C'est la m&#234;me logique de la dynamique d'une multitude d'interactions causales invoqu&#233;e par Poe pour expliquer la n&#233;cessit&#233; de l'accident singulier qui explique aussi les effets d&#233;sorganisateurs du fonctionnement normal de nos techniques. Les plus b&#233;nignes apparemment peuvent avoir des effets d&#233;sastreux non pas sur un point, en un lieu et en un temps, mais sur l'environnement global, de mani&#232;re diffuse et diff&#233;r&#233;e. Au lieu de lire ce que les sp&#233;cialistes de la science du danger appellent &lt;i&gt;l'arbre des causes&lt;/i&gt; dans le sens de leur convergence et de leur concentration vers un &#233;v&#233;nement singulier, on peut aussi le lire dans le sens inverse, qui est celui d'une diffusion, d'une irradiation. Dans ce cas, on part de l'objet d&#233;sir&#233; et on identifie de proche en proche toutes les fili&#232;res techniques qui rendent sa production et son utilisation possible. C'est ainsi que la production et le fonctionnement d'outils aussi innocents que les t&#233;l&#233;phones portables requi&#232;rent la convergence et l'intersection d'une multitude de processus techniques et de fili&#232;res productives. Mais leur production en masse exige en retour l'activation et la mont&#233;e en puissance de tout un &#233;cheveau de processus dont les cons&#233;quences sont forc&#233;ment multidimensionnelles : biologiques, physiques chimiques, sociales, environnementales, etc. Ces cons&#233;quences tr&#232;s diverses, qui r&#233;sultent du retentissement d'une technique sur l'ensemble de son milieu technique aussi bien que naturel et social, sont malais&#233;es &#224; pr&#233;voir et &#224; identifier, car elles sont souvent diff&#233;r&#233;es dans le temps et dans l'espace. Certaines d'entre elles peuvent s'av&#233;rer tr&#232;s pr&#233;occupantes, parfois d&#233;sastreuses, bien qu'on ne puisse pas toujours parler ici d'accident, mais bien souvent, plut&#244;t, de catastrophe au ralenti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signalons que la port&#233;e critique de cette br&#232;ve histoire semble avoir &#233;chapp&#233; &#224; beaucoup de lecteurs, et elle a donn&#233; lieu &#224; des interpr&#233;tations elles-m&#234;mes tr&#232;s bizarres. Par exemple la psychanalyste Marie Bonaparte en fait une all&#233;gorie des ravages de l'alcoolisme et interpr&#232;te l'Ange comme une image parentale qui vient punir l'intemp&#233;rant narrateur. Ce faisant, elle n&#233;glige le vieil adage &lt;i&gt;in vino veritas&lt;/i&gt;, et elle oublie aussi de prendre au s&#233;rieux ce que dit le texte et son rapport tant avec l'id&#233;ologie progressiste qu'avec la r&#233;alit&#233; sociale et industrielle de son temps. Cette incapacit&#233; &#224; prendre au s&#233;rieux l'hypoth&#232;se que l'objet principal du texte soit vraiment l'accident montre bien la puissance de l'emprise de la mythologie progressiste sur les esprits modernes qui, exactement comme le narrateur, se refusent &#224; penser qu'il y a l&#224; un sujet important, m&#234;me quand on le leur met sous le nez. Cet aveuglement fournit une confirmation de la perspicacit&#233; de Poe et justifie amplement qu'il ait estim&#233; n&#233;cessaire de mobiliser un ange pour mettre &#224; nu l'absurdit&#233; de ses pr&#233;suppos&#233;s ontologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puissance et existence&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le fait divers singulier, voici la statistique, le fait g&#233;n&#233;ral, qui pla&#238;t tant au narrateur de la nouvelle de Poe : &#171; En 2020, la route pourrait devenir la troisi&#232;me cause de d&#233;c&#232;s et d'invalidit&#233;, juste apr&#232;s les maladies cardiovasculaires et li&#233;es &#224; la d&#233;pression, mais loin devant les guerres et le sida&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sud Ouest, 25 juin 1998.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il y a d&#233;j&#224; longtemps que l'on meurt plus sur les routes que sur les champs de bataille de la plan&#232;te. N'est-on pas ici &#224; nouveau en plein cauchemar ? Comment est-il possible que ce que l'on nomme pr&#233;cis&#233;ment un &#171; accident &#187; de la circulation ait pu devenir un des traits g&#233;n&#233;raux des soci&#233;t&#233;s industrielles ? Comment notre civilisation a-t-elle pu favoriser une telle inversion perverse entre l'essentiel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons les d&#233;finitions : selon le dictionnaire Larousse, l'accident est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'accidentel, au point que de singulier l'accident est devenu g&#233;n&#233;ral, ce qui est le contraire de ce qui devrait se passer dans le monde bien ordonn&#233; que r&#234;vent nos philosophies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Po&#232;te et philosophe, en m&#234;me temps qu'opiomane inv&#233;t&#233;r&#233;, Thomas de Quincey &#233;tait d&#233;tenteur d'un don &#233;trange. Il confesse volontiers que lorsqu'il s'agit d'agir, sa volont&#233; est comme paralys&#233;e, mais au contraire, &#233;crit-il, &#171; en ce qui concerne la pens&#233;e, j'ai le don maudit de voir dans un premier pas vers un malheur possible son &#233;volution totale ; dans le premier maillon de la s&#233;rie causale, je saisis certainement et trop instantan&#233;ment son d&#233;roulement complet ; dans la premi&#232;re syllabe de la redoutable sentence, je lis la derni&#232;re &#187;. Voici donc un esprit capable de l'intuition du &lt;i&gt;possible singulier&lt;/i&gt; qui fait si cruellement d&#233;faut au narrateur de la nouvelle de Poe et aux progressistes d'hier et d'aujourd'hui ; et lui aussi nous parle d'accident, mais sur un mode bien plus tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, alors que Poe affirme le caract&#232;re objectivement in&#233;vitable de la multiplication des accidents, de Quincey explore cette m&#234;me r&#233;alit&#233; en insistant sur ses dimensions subjectives et existentielles. L'analyse fine de la situation des individus qui y sont impliqu&#233;s lui permet de mettre &#224; jour le caract&#232;re paradoxal de cette fatalit&#233; qui s'av&#232;re avoir une dimension non seulement objective, mais aussi subjective. En effet, il montre comment l'encha&#238;nement des circonstances finit par se d&#233;ployer comme une fatalit&#233; qui rend l'accident in&#233;vitable, mais il montre &#233;galement qu'un des ressorts de cette fatalit&#233; est la participation des individus &#224; la mise en place de cette n&#233;cessit&#233;. Paradoxalement ce sont des individus qui consentent &#224; la mise en place et au d&#233;ploiement d'un dispositif de puissance dont le m&#233;canisme impersonnel broie des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Quincey &#233;crit au moment o&#249; l'Europe d&#233;couvre le progr&#232;s. &#192; la suite de Kant, on prit l'habitude de penser en termes de nations, de peuples, d'&#201;tat, de classes, et l'on privil&#233;gia le r&#244;le des acteurs collectifs pour faire avancer &#171; la raison dans l'histoire &#187;, selon la formule de Hegel. De Quincey &#233;tait familier de ces philosophies, voire de ces mystiques, du progr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est lui qui a r&#233;alis&#233; la premi&#232;re traduction anglaise de l'opuscule de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certes, il n'&#233;tait pas insensible &#224; la s&#233;duction de ces grandes visions, mais plusieurs passages de son &#339;uvre traduisent une r&#233;volte contre le privil&#232;ge du collectif et de l'impersonnel qui les soustend. Comme Kierkegaard, il cherche &#224; montrer que l'exaltant r&#233;confort qu'elles nous procurent a pour condition l'oubli du tragique de l'existence, tragique qui selon lui est constitutif de l'humanit&#233; de l'homme. Et la reconnaissance qu'il s'agit d'une des dimensions irr&#233;ductibles de l'exp&#233;rience concr&#232;te des individus suffit pour fissurer le credo progressiste. Inversement, imaginer un monde o&#249; il n'aurait plus sa place implique la d&#233;valorisation ontologique de l'existant singulier, ce qu'il ne saurait admettre. Po&#232;te, de Quincey &#233;tait particuli&#232;rement sensible et attentif &#224; ces moments singuliers de l'existence au cours desquels le rideau des habitudes et des conventions se d&#233;chire pour laisser entrevoir des dimensions de la vie que nous avons l'habitude de n&#233;gliger. Cette rare capacit&#233; d'attention le conduit &#224; &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; que le progr&#232;s collectif a de lourdes contreparties tragiques dont l'individu fait les frais. Mais l'ampleur tragique de ces contreparties &#233;chappe au pouvoir du concept. Elle ne se r&#233;v&#232;le qu'&#224; celui qui est attentif &#224; l'individuel et aux &#233;v&#233;nements singuliers. C'est pourquoi de Quincey nous communique des &#171; visions &#187; au cours desquelles des encha&#238;nements d'images &#8211; et non de concepts &#8211; viennent attester de mani&#232;re sensible de l'importance ontologique des instants tragiques qui affectent l'existence, et du caract&#232;re essentiel de ce que l'histoire consid&#232;re &#224; tort comme accidentel, petit et n&#233;gligeable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, De Quincey proc&#232;de &#224; une r&#233;&#233;valuation ontologique des souffrances et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens son &lt;i&gt;point de vue&lt;/i&gt; annonce les philosophies existentielles modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'il eut la rare perspicacit&#233; de r&#233;aliser que l'accident de circulation singulier dont il fut le t&#233;moin impuissant lors d'une nuit de l'&#233;t&#233; 1814 avait une port&#233;e universelle. Nous allons voir qu'il anticipait la diffusion d'un fl&#233;au dont les manifestations sont aujourd'hui devenues si banales que nous n'y pensons plus, tant qu'elles n'affectent pas douloureusement notre existence ou celles de nos proches. Cet accident inspira la r&#233;daction d'un &#233;tonnant r&#233;cit, intitul&#233; &lt;i&gt;La Malle-poste anglaise&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas de Quincey, &#171; La Malle-poste anglaise &#187;, in Les Confessions d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, publi&#233; trente-cinq ans apr&#232;s les faits, en 1849, l'ann&#233;e de la mort de Poe. De Quincey avait alors soixante-quatre ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit est compos&#233; de trois parties, de plus en plus br&#232;ves et concentr&#233;es. La premi&#232;re, gaie, triomphante et pleine d'humour, est intitul&#233;e &#171; La splendeur de l'&#233;lan &#187; (The glory of motion). &#192; l'&#233;poque, les malles-poste, qui avaient pour mission principale et officielle de distribuer le courrier dans tout le royaume, pesaient pr&#232;s d'une tonne et &#233;taient tir&#233;es par un attelage de quatre chevaux ; elles pouvaient atteindre la vitesse de vingt kilom&#232;tres &#224; l'heure (treize milles). On peut lire ce texte, r&#233;dig&#233; bien des ann&#233;es plus tard, alors que les transports en chemin de fer commen&#231;aient &#224; se r&#233;pandre, comme une c&#233;l&#233;bration du plaisir que de Quincey &#233;prouvait dans sa jeunesse &#224; voyager juch&#233; sur le banc du cocher. En 1814, ce plaisir &#233;tait augment&#233; par le fait qu'au cours de son voyage le Courrier Royal avait souvent l'occasion de r&#233;pandre les nouvelles des victoires glorieuses remport&#233;es par les arm&#233;es anglaises contre celles de Napol&#233;on. Le narrateur nous donne une description tr&#232;s fine du caract&#232;re extatique de l'exp&#233;rience de la vitesse ainsi que du sentiment de puissance et d'importance qu'il en retirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord il insiste sur le sentiment de s&#233;curit&#233; qui habite le voyageur : la malle-poste, prot&#233;g&#233;e par privil&#232;ge royal est l'endroit le plus s&#251;r qu'on puisse imaginer &#8211; &#171; l&#224;, personne ne peut vous toucher&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 281&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#8211; le progr&#232;s est facteur de s&#233;curit&#233;. Certes il arrivait que la diligence bouscule le petit peuple : mais c'est bien dans l'ordre des choses : &#171; Il arrivait parfois qu'apr&#232;s le petit-d&#233;jeuner, la malle de Sa Majest&#233; dev&#238;nt fringante, et qu'en se frayant malais&#233;ment un chemin parmi les encombrements des march&#233;s matinaux, elle renvers&#226;t une charrette de pommes, une voiture charg&#233;e d'&#339;ufs, etc. Gigantesques &#233;taient l'affliction et l'effroi, redoutable le dommage. Quand &#224; moi, je faisais en pareil cas tout mon possible pour exprimer la conscience et les sentiments moraux de la malle-poste ; lorsque des immensit&#233;s d'&#339;ufs gisaient, poch&#233;s, sous les sabots de nos chevaux, j'&#233;tendais douloureusement les mains pour m'&#233;crier (en des termes trop c&#233;l&#232;bres &#224; cette &#233;poque, venus qu'ils &#233;taient des faux &#233;chos de Marengo) &#8220;Ah ! que n'avons-nous le temps de pleurer sur vous !&#8221;, chose assur&#233;ment impossible, puisque nous n'avions m&#234;me pas le temps de rire. Li&#233;e par les d&#233;lais postaux, qui &#233;taient dans certains cas de cinquante minutes pour onze milles, la malle royale pouvait-elle pr&#233;tendre exprimer elle-m&#234;me sa sympathie et ses condol&#233;ances ? Pouvait-on attendre qu'elle t&#238;nt en r&#233;serve des larmes pour les accidents de la route ? S'il semblait qu'elle pi&#233;tin&#226;t l'humanit&#233;, c'&#233;tait, je le sentais bien, dans l'accomplissement de plus imp&#233;rieux devoirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 284-285.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs le sentiment de la vitesse et de toute-puissance procur&#233; par la ma&#238;trise d'un attelage plongeait de Quincey dans un &#233;tat d'ivresse euphorique : &#171; L'exp&#233;rience vitale du plaisir &#233;prouv&#233; par les sensibilit&#233;s animales ne laissait &#233;prouver aucun doute sur notre vitesse : nous l'entendions, nous la voyions, nous la ressentions comme un fr&#233;missement ; et cette vitesse n'&#233;tait pas le produit de m&#233;canismes aveugles et insensibles, incapables d'aucune sympathie, elle s'incarnait dans les prunelles enflamm&#233;es de la plus noble des b&#234;tes, dans ses naseaux dilat&#233;s, dans ses muscles secou&#233;s de spasmes, dans ses sabots au bruit de tonnerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 288. L'exclamation est un pastiche de la phrase : &#171; Ah ! que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en contrepoint de la description des effets subjectifs de cette exp&#233;rience enthousiasmante, le narrateur prend &#233;galement soin d'en rappeler le contexte social objectif. Toute cette premi&#232;re partie propose une r&#233;flexion tr&#232;s p&#233;n&#233;trante sur le r&#244;le social des techniques de communications au d&#233;but de l'&#232;re industrielle. De mani&#232;re &#233;tonnamment moderne, plusieurs passages soulignent le r&#244;le d&#233;cisif de ces techniques dans la construction d'une nouvelle r&#233;alit&#233; objective, l'&#201;tat-nation, et de son corollaire subjectif, le sentiment national, qui rend possible la mobilisation des hommes au service de la guerre et le consentement aux sacrifices qu'elle exige. Il nous montre d'abord que cette exp&#233;rience vitale de &#171; la splendeur de l'&#233;lan &#187;, si &#233;mouvante pour les jeunes individus, repose en fait sur la mise en place d'un nouveau monde technique et machinal, c'est-&#224;-dire impersonnel. Si le service des malles-poste permettait de voyager &#224; une vitesse sans pr&#233;c&#233;dent &#224; l'&#233;poque, son fonctionnement d&#233;pendait de la mise en place d'un r&#233;seau technique coordonn&#233; qui excluait l'impr&#233;vu. L'exactitude, la rapidit&#233; de la course, des correspondances et des changements de chevaux au relais, etc., tout cela &#233;tait rendu possible &#171; par la pr&#233;sence consciente d'un cerveau central qui, au milieu de vastes distances &#8211; de temp&#234;tes, de t&#233;n&#232;bres, de p&#233;rils &#8211; surmontait tous les obstacles pour aboutir &#224; un ferme syst&#232;me coop&#233;ratif de port&#233;e nationale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 274&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais surtout la mise en place de ce nouveau syst&#232;me technique permettait non seulement aux individus de voyager de mani&#232;re plus rapide, confortable et s&#251;re, elle permettait &#233;galement la transmission et la propagation d'informations. De Quincey ne manque pas de souligner que ce syst&#232;me permettait la diffusion avec une r&#233;gularit&#233; m&#233;canique sur tout un territoire des nouvelles du gouvernement. Il d&#233;crit de mani&#232;re tr&#232;s vivante les sc&#232;nes d'enthousiasme collectif qui s'emparent de la foule lors de l'arriv&#233;e des d&#233;p&#234;ches annon&#231;ant des victoires : &#171; La malle-poste, en tant que l'organe national qui diffusait ces &#233;v&#233;nements consid&#233;rables, devint elle-m&#234;me un objet id&#233;alis&#233; et glorieux pour les c&#339;urs passionn&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 275&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il ne manque pas de relever que cet enthousiasme pousse &#8211; et plusieurs passages le soulignent fortement &#8211; &#224; l'oubli de soi et de la mort tragique de ceux que l'on aime sur de lointains champs de bataille. De Quincey est tr&#232;s clairvoyant : il est probable que sans de telles mises en sc&#232;ne de la r&#233;alit&#233; politique et militaire, les bureaux de recrutement auraient &#233;t&#233; moins remplis de volontaires. Quoi qu'il en soit, derri&#232;re l'exaltation, collective ou individuelle, il ne faut pas oublier la puissance de l'organisation technique qui la rend possible, la cr&#233;e, puis la renforce par la r&#233;p&#233;tition : &#171; De huit heures du soir &#224; huit heures quinze ou vingt, figurez-vous les malles-poste rang&#233;es en ordre de parade, non pas &#224; Saint Martin &#8211; le &#8211; Grand, mais dans Lombard Street o&#249; se trouvait alors le si&#232;ge de la poste centrale. Combien alors &#233;tions-nous rassembl&#233;s, je ne m'en souviens pas ; mais nous remplissions toute la rue de nos attelages, bien qu'elle f&#251;t longue et que nous &#233;tions sur deux rangs. &lt;i&gt;Toutes&lt;/i&gt; les nuits le spectacle &#233;tait splendide [...] tel &#233;tait le spectacle qui s'offrait toujours au regard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 297&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu avec quelle indiff&#233;rence le narrateur consid&#233;rait les charrettes d'&#339;ufs pi&#233;tin&#233;es par les chevaux de la malle-poste. Cette indiff&#233;rence aux accidents de parcours r&#233;sulte d'un des principes fondamentaux de la vision du monde progressiste, &#224; savoir que l'on ne fait pas d'omelette sans casser les &#339;ufs. La deuxi&#232;me partie du r&#233;cit, intitul&#233;e &#171; Vision de la mort subite &#187;, raconte comment une collision nocturne fit d&#233;couvrir au jeune de Quincey que s'il y a une splendeur de l'&#233;lan, il a aussi sa face noire et tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cit insiste sur le fait que cet accident singulier fut le r&#233;sultat malheureux d'un concours de circonstances exceptionnelles, caus&#233; par des d&#233;r&#232;glements insignifiants et improbables du syst&#232;me de communication, et dont les cons&#233;quences tragiques se manifest&#232;rent tr&#232;s loin de leur lieu d'origine : &#171; Le garde m'apprend qu'il y a cette nuit un suppl&#233;ment consid&#233;rable de courrier &#233;tranger, d&#251; aux irr&#233;gularit&#233;s que la guerre, le vent d&#233;favorable et le mauvais temps ont apport&#233; dans le service des paquebots [...] la poste a donc d&#251; trier pendant une heure de plus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 318&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Pour respecter l'imp&#233;ratif de r&#233;gularit&#233; m&#233;canique du service, il faudra donc aller plus vite que d'habitude pour tenter de rattraper ce retard d'une heure en sept ou huit heures de trajet de nuit. Les chevaux sont donc lanc&#233;s &#224; vive allure, mais le jeune passager d&#233;couvre que le cocher est somnolent. En effet, exceptionnellement oblig&#233; d'aller s'occuper d'un proc&#232;s dans une ville &#233;loign&#233;e de son domicile, il y avait trois jours et trois nuits qu'il n'avait dormi dans un lit. Il finit par s'endormir compl&#232;tement. &#171; Et c'est ainsi qu'&#224; dix milles environ de Preston, je me trouvais avoir la charge de la malle-poste royale de Londres &#224; Glasgow, qui courait alors pour le moins au train de douze milles &#224; l'heure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 320&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Comme le cocher ne les surveillait plus, les chevaux avaient entra&#238;n&#233; la malle-poste du mauvais c&#244;t&#233; de la route, o&#249; le bas-c&#244;t&#233; sabl&#233; &#233;tait plus doux &#224; leurs sabots. Mais une quatri&#232;me circonstance exceptionnelle contribue &#224; rass&#233;r&#233;ner le jeune de Quincey : en effet, la Cour si&#233;geait &#224; Lancaster et, en ces circonstances, il savait qu'il n'y avait plus de moyens de transport disponibles pour voyager de nuit ; il pouvait donc penser que la route serait d&#233;serte : &#171; En cette occasion, donc, le silence et la solitude habituels r&#233;gnaient sur la route. On n'entendait pas un sabot, pas une roue. Et pour renforcer cette trompeuse et voluptueuse confiance inspir&#233;e par les routes muettes, la nuit &#233;tait particuli&#232;rement solennelle et paisible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 321.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais les diverses s&#233;ries causales ind&#233;pendantes sont en place ; elles peuvent maintenant converger, pour que se concr&#233;tise en un lieu, en un instant, et sur une seule personne, le risque qui est in&#233;vitablement potentialis&#233; par la vitesse. Et de Quincey insiste sur le fait que sa capacit&#233; &#224; voir clairement au loin dans la nuit transparente non seulement ne permet pas d'&#233;viter la trag&#233;die, mais ajoute &#224; son horreur : &#171; Devant nous s'&#233;tendait une avenue droite comme une fl&#232;che, longue peut-&#234;tre de six cents yards ; et les arbres ombreux qui s'&#233;levaient de part et d'autre en file r&#233;guli&#232;re, se rencontrant &#224; une grande hauteur, lui donnaient l'aspect d'une nef de cath&#233;drale. Ces arbres pr&#234;taient une solennit&#233; plus profonde aux premi&#232;res lueurs de l'aube, mais il faisait assez clair pour distinguer &#224; l'extr&#233;mit&#233; de la nef gothique un fr&#234;le cabriolet d'osier o&#249; &#233;taient assis l'un &#224; c&#244;t&#233; de l'autre un jeune homme et une jeune femme. [...] la voiture se tra&#238;ne sur la route &#224; raison d'un mille &#224; l'heure et ses occupants, dans leur tendre commerce, inclinent naturellement la t&#234;te. Entre eux et l'&#233;ternit&#233;, selon toute &#233;valuation humaine, il n'y a plus qu'une minute et demie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 325-326.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Quincey qui voit tout cela est d'abord incapable d'agir. Enfin, il lance un cri d'avertissement, mais le jeune homme qui conduit le cabriolet n'a pas le temps de le mettre hors d'atteinte. Le choc fit un fracas terrible, mais n'affecta en rien la course de la pesante malle-poste ; cependant, en se retournant le narrateur voit que la jeune femme a &#233;t&#233; atteinte irr&#233;m&#233;diablement : &#171; Le spectacle d&#233;sertera-t-il jamais mes r&#234;ves de cette jeune femme qui se leva et s'affaissa sur son si&#232;ge, s'affaissa pour se relever encore, jetant ses bras &#233;gar&#233;s vers le ciel, se cramponnant dans les airs &#224; quelque objet illusoire, d&#233;faillant, implorant, d&#233;lirant, d&#233;sesp&#233;rant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 330.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut rire des &#339;ufs &#233;cras&#233;s, mais lorsque c'est la beaut&#233;, la jeunesse et l'amour incarn&#233;s en une personne vivante qui sont broy&#233;s par l'&#233;lan du char du progr&#232;s collectif, m&#234;me le progressiste le plus enthousiaste ne peut plus ironiser. Aujourd'hui, le fait devenant de plus en plus fr&#233;quent, on se console en se disant que c'est tr&#232;s triste en effet, mais qu'on n'y peut rien ; que les accidents n'affectent que des individus alors que la poursuite du progr&#232;s int&#233;resse toute l'humanit&#233;. On se dit aussi que les souffrances caus&#233;es par ces accidents s'effaceront t&#244;t ou tard, alors que les bienfaits du progr&#232;s accompagneront l'humanit&#233; pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Quincey, lui, ne se satisfaisait de ces consolations faciles. Dans la troisi&#232;me partie intitul&#233;e &#171; Fugue &#187;, il interroge cette vision du monde progressiste qui justifie les &#171; accidents de parcours &#187; en attribuant un privil&#232;ge ontologique au futur sur l'instant pr&#233;sent, au g&#233;n&#233;ral sur le singulier, au collectif sur l'individuel. Homme m&#251;r, il est d&#233;sormais convaincu que de telles abstractions sont dangereuses. Elles conduisent &#224; d&#233;responsabiliser l'individu des cons&#233;quences des processus anonymes auxquels il participe, qu'ils soient institutionnels ou techniques, et &#224; consentir &#224; leur multiplication. &#192; ces visions d'un avenir radieux, il oppose le r&#233;cit d'autres visions qui vinrent hanter ses r&#234;ves &#224; la suite de cet accident. Imag&#233;es et personnelles, elles viennent donner corps &#224; une autre exp&#233;rience du monde, et &#224; d'autres valeurs. Nous n'en ferons pas ici l'analyse d&#233;taill&#233;e et ne rappellerons que quelques points forts de ce texte complexe et savamment construit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'entr&#233;e de jeu ces visions mettent le doigt sur une contradiction m&#233;taphysique fondamentale : la puissance collective a toujours pour contre-partie in&#233;vitable le sacrifice de la vie individuelle. Or, chaque existence individuelle a une valeur absolue et rien ne peut att&#233;nuer cette contradiction tragique. Aussi haut place-t-on les plus glorieuses victoires collectives de l'humanit&#233;, les spasmes et les angoisses de la chair martyris&#233;e s'&#233;l&#232;vent encore plus haut. Or, les hommes de son temps sont fascin&#233;s par cette puissance politique et technique &#224; laquelle ils veulent acc&#233;der le plus vite possible, et les diverses images de course exalt&#233;e ont toutes pour contrepoint la plong&#233;e dans l'ombre de la mort. Ainsi dans la deuxi&#232;me vision : &#171; Je regardais au bord du vent, et l'&#233;t&#233; avait disparu. La mer houlait, secou&#233;e d'une col&#232;re grandissante. &#192; sa surface reposaient de puissants brouillards qui formaient des arches et de longues nefs de cath&#233;drales : dans l'une d'elles, une fr&#233;gate courait avec la foudroyante rapidit&#233; d'un trait d'arbal&#232;te, droit en travers de notre route. &#8220;Sont-ils fous ? cria une voix sur notre pont, cherchent-ils leur ruine ?&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 335.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ces fous, qui ne s'int&#233;ressent qu'&#224; acc&#233;l&#233;rer la marche en avant vers la puissance, que de Quincey veut communiquer ses visions comme autant d'avertissements. Il leur rappelle qu'avec la puissance, croit le risque d'accidents possibles. Il leur rappelle la relativit&#233; des plus grandes r&#233;ussites collectives et les met en garde contre la face sombre du progr&#232;s. Navigant sur un de ces grands et puissants navires &#224; trois ponts, merveilles techniques qui firent la gloire de l'Angleterre, il voit venir vers lui puis dispara&#238;tre un fr&#234;le vaisseau portant toute une joyeuse compagnie de jeunes filles et de jeunes gens : &#171; La nacelle s'approche lentement de nous, gaiement nous h&#232;le et dispara&#238;t en silence dans l'ombre de notre puissante proue. [...] La ruine de nos amis &#233;tait-elle blottie dans notre ombre redoutable ? Notre ombre &#233;tait-elle l'ombre de la mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p334-335.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait une face sombre constitutive de l'essence du progr&#232;s, le texte de &lt;i&gt;La Malle-poste anglaise&lt;/i&gt; ne se contente pas de l'affirmer. L'ensemble du r&#233;cit nous permet d'en identifier au moins une &lt;i&gt;raison m&#233;taphysique&lt;/i&gt;, &#224; savoir la disparit&#233; de nature entre le temps humain et le temps technique. Le temps humain est ce temps dont a besoin celui qui conduit le cabriolet pour comprendre le risque, h&#233;siter, choisir la r&#233;ponse appropri&#233;e et enfin agir. Le temps humain est aussi le temps dont aurait eu besoin le narrateur qui voit venir le danger et qui pousse trop tard son cri d'alarme. L'homme qui cr&#233;e les machines n'est pas une machine ; rien de plus humain que cette paralysie qui le saisit face &#224; une situation de danger alors qu'il faudrait r&#233;agir imm&#233;diatement ! Le temps technique est en revanche celui de la r&#233;gularit&#233; des plans et des fonctions, de l'ex&#233;cution imperturbable et impersonnelle des consignes. Le d&#233;calage entre ces deux temporalit&#233;s, l'une lente et l'autre toujours plus rapide, est fr&#233;quent lorsqu'un &#233;v&#233;nement impr&#233;vu se produit. Il est encore plus pr&#233;occupant lorsqu'il s'agit d'anticiper les divers probl&#232;mes pos&#233;s par l'&#233;volution de la technique et par ses cons&#233;quences. En effet, le monde de la technique n'est pas statique, son ordre n'est pas d&#233;fini une fois pour toutes. Au contraire, le temps technique est aussi celui de l'acc&#233;l&#233;ration de l'innovation, dont le rythme exc&#232;de la capacit&#233; d'adaptation et de pr&#233;vision des individus et des groupes sociaux, de sorte que, depuis deux si&#232;cles, la soci&#233;t&#233; industrielle que vit na&#238;tre de Quincey est chroniquement affect&#233;e par de multiples formes de d&#233;sorganisation culturelle, sociale, politique et &#233;cologique dont les effets se sont &#224; plusieurs reprises av&#233;r&#233;s cataclysmiques. Accidents brutaux ou catastrophes au ralenti, combien de jeunes vies ont-elles pay&#233; la ran&#231;on du progr&#232;s acc&#233;l&#233;r&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de Quincey &#233;tait persuad&#233; qu'on n'y peut rien, il n'aurait pas &#233;crit ce texte ; au contraire, il est persuad&#233; que nous y pouvons quelque chose. C'est bien ce qui ressort de plusieurs passages de ce r&#233;cit organis&#233; selon une dialectique subtile entrem&#234;lant des th&#232;mes oppos&#233;s et des temporalit&#233;s diff&#233;rentes. Nous avons vu comment la mise en sc&#232;ne de l'accident et de sa gen&#232;se, tel qu'il fut v&#233;cu par le jeune homme de 1814, insiste sur la fatalit&#233; de l'accident et nous fait participer &#224; l'impuissance tragique du spectateur &#224; emp&#234;cher l'&#233;v&#233;nement &#233;pouvantable qu'il voit arriver. Mais de Quincey n'en &#233;tait pas rest&#233; l&#224; et, d&#232;s le prologue de la deuxi&#232;me partie, l'homme m&#251;r qui r&#233;dige le r&#233;cit d&#233;construit la validit&#233; de ces impressions de jeunesse qu'il va pourtant restituer fid&#232;lement dans la suite du r&#233;cit. Par avance, il nuance l'affirmation d'impuissance par l'&#233;tonnante affirmation d'une responsabilit&#233;. En effet, voici comment il juge r&#233;trospectivement cette exp&#233;rience : &#171; &#201;chouer dans un cas o&#249; la Providence a jet&#233; tout d'un coup entre vos mains les ultimes int&#233;r&#234;ts d'autrui, d'un de nos semblables qui frissonne entre les portes de la vie et de la mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 312.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ce faisant, et de mani&#232;re tr&#232;s &#233;tonnante, l&#224; o&#249; nous nous sommes accoutum&#233;s &#224; parler de fatalit&#233; et d'impuissance, il reconna&#238;t implicitement une part de responsabilit&#233;. Un peu plus loin, il fait un pas de plus et introduit m&#234;me la notion de faute&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici encore, il aura fallu plus d'un si&#232;cle au droit moderne pour commencer &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le lecteur peut s'&#233;tonner : n'est-ce pas par exc&#232;s de scrupules que cet homme se sent responsable et coupable d'un accident dont il n'&#233;tait que spectateur et non acteur ? Est-ce sa faute si, par nature, il manque de pr&#233;sence d'esprit ? Qui peut assurer qu'il n'aurait pas &#233;t&#233; lui aussi p&#233;trifi&#233; en pareilles circonstances ? O&#249; est la faute ? Pourtant le texte nous donne plusieurs indications qui sugg&#232;rent que la paralysie de sa capacit&#233; &#224; r&#233;agir face au danger n'est pas si naturelle qu'il le pr&#233;tend. Ainsi nous a-t-il bien expliqu&#233; qu'il avait pris de l'opium au moment de monter sur la malle-poste. Par ailleurs, il avait constat&#233; d&#232;s le d&#233;part, et avec d&#233;lices, que le postillon &#233;tait un risquetout bien connu et qu'il admirait : &#171; C'&#233;tait le seul homme d'Europe qui eut pu (si quiconque le pouvait) mener &#224; six, au triple galop sur Al Sirat, ce terrible pont de Mahomet que ne flanquait nul garde-fou et qui n'avait point en trop la largeur d'une lame de rasoir ; oui, mon postillon eut lanc&#233; tout droit ses chevaux par-dessus l'ab&#238;me sans fond&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 317.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, au cours de la derni&#232;re minute o&#249; se noue la trag&#233;die, il n'y a plus de choix, mais cette absence de choix est bien le r&#233;sultat d'une succession de d&#233;cisions ant&#233;rieures. Le de Quincey de l'&#226;ge m&#251;r sait bien que si, au temps de sa jeunesse, l'exp&#233;rience de la vitesse l'avait plong&#233; dans une ivresse euphorique et oublieuse de notre condition charnelle, c'est qu'il avait accept&#233; la perte de vigilance qui en r&#233;sulte. C'est bien lui-m&#234;me qui avait endormi ses craintes en se persuadant que cette nuit-l&#224;, exceptionnellement, la route avait toutes les chances d'&#234;tre d&#233;serte. M&#234;me ind&#233;cis, il avait tout le temps d'agir (entre quinze et vingt minutes !) lorsqu'il a entendu &#224; quatre milles de distance qu'un autre v&#233;hicule approchait. &#171; Ce murmure &#8211; distant peut-&#234;tre de quatre milles &#8211; annon&#231;ait secr&#232;tement un d&#233;sastre qui, pour &#234;tre pr&#233;vu, n'en restait pas moins in&#233;vitable ; qui pour &#234;tre connu n'en restait pas moins irr&#233;m&#233;diable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 324.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; C'est son esprit, et non &#171; l'ordre et la connexion des choses &#187; chers au d&#233;terminisme de Spinoza, qui a d&#233;cid&#233; que le d&#233;sastre &#233;tait in&#233;vitable et irr&#233;m&#233;diable, qui le regarde arriver, qui l'attend, fascin&#233; par la perspective de &lt;i&gt;laisser&lt;/i&gt; le possible devenir in&#233;vitable. Autant de d&#233;cisions plus ou moins inconscientes qui n'ont rien de naturel et qui auraient pu ne pas &#234;tre. Ainsi, au fond de son c&#339;ur il a accept&#233;, d&#233;sir&#233; m&#234;me, la prise de risque dont une autre sera la victime. Telle est la faute principielle, dont la paralysie au moment de l'action n'est que la cons&#233;quence diff&#233;r&#233;e. Ainsi, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il peut se flatter de poss&#233;der mieux que d'autres la capacit&#233; &#224; anticiper, que la volont&#233; inavou&#233;e de ne pas en tirer parti pour pr&#233;venir l'accident possible est si grave. Le de Quincey de la maturit&#233; ne se laisse plus duper par le jeune passionn&#233; de vitesse qu'il fut. L'accident est donc le r&#233;sultat d'une succession de choix pervers apparemment anodins : &#171; Une fois encore, comme au paradis originel, l'homme tombe par son propre choix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 313.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ce que r&#233;v&#232;le l'analyse minutieuse des ressorts de cette situation catastrophique singuli&#232;re, c'est que &#171; la situation que nous consid&#233;rons ici met en lumi&#232;re le terrible ulc&#232;re qui se cache au plus profond de la nature humaine. Ce n'est point que les hommes soient commun&#233;ment appel&#233;s &#224; affronter d'aussi redoutables &#233;preuves ; mais en puissance, mais sous une forme distincte, une telle &#233;preuve s'agite souterrainement dans la nature &#8211; peut-&#234;tre &#8211; de tous les hommes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Au plus profond de leur esprit les hommes sont fascin&#233;s par la d&#233;possession de leur capacit&#233; personnelle d'agir qui r&#233;sulte du fonctionnement normal de leurs outils de puissance. Une partie d'eux-m&#234;mes est pr&#234;te &#224; consentir par avance aux d&#233;sastres possibles. Or, ce sont les m&#234;mes hommes enclins &#224; faillir qui mettent en &#339;uvre des techniques si puissantes qu'il faudrait qu'ils fussent infaillibles pour qu'elles n'aient pas d'effets d&#233;sastreux. Mais cela, nous fait comprendre De Quincey, nous l'avons toujours su, et c'est bien pour cette raison que nous refusons, ou refoulons, un tel savoir. Nous ne sommes donc pas innocents des accidents qui surviennent. Nous avons accept&#233; qu'ils puissent arriver, nous avons d&#233;sir&#233; les conditions qui les rendent possible. Dire apr&#232;s coup &#171; je ne savais pas &#187;, c'est se mentir &#224; soi-m&#234;me, car nous avons &#233;t&#233; pr&#233;venus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion : innovation galopante, pens&#233;e impuissante&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Edgar Allan Poe nous en a administr&#233; la preuve : avec la rapide mont&#233;e en puissance de nos techniques, les effets non d&#233;sirables de celles-ci vont fatalement se multiplier. Thomas de Quincey pr&#233;cise que ces effets peuvent &#234;tre atroces et que rien ne les justifie, mais il nous dit aussi que nous en sommes responsables. S'il y a bien souvent une fatalit&#233; des effets de la technique, paradoxalement cette fatalit&#233; est une cr&#233;ation de la libert&#233; humaine et &#224; tout moment cette libert&#233; peut tenter de se ressaisir. Certes, il s'agit d'une t&#226;che tr&#232;s difficile, &#233;crasante, mais le premier pas, lui, est toujours &#224; notre port&#233;e : chacun peut s'efforcer de ne pas consentir &#224; l'abandon &#224; cette logique de la puissance. Pour cela, notre esprit doit d'abord s'arracher &#224; l'engourdissement fascin&#233; provoqu&#233; par la vitesse du changement. Ici Poe et de Quincey anticipent un des th&#232;mes qui sera &#233;galement repris par Jacques Ellul. En m&#234;me temps qu'il th&#233;orise l'autonomie de l'ordre technique dans la soci&#233;t&#233; moderne, il affirme &#233;galement : &#171; Il n'y a pas de technique en soi, mais dans sa marche implacable elle se fait accompagner de l'homme, sans quoi elle n'est rien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ellul, La Technique ou l'enjeu du si&#232;cle, op. cit., p. 203.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; S'il y a bien, dans la soci&#233;t&#233; technicienne, une fatalit&#233; technique, celle-ci ne peut se d&#233;ployer que parce que les hommes y consentent. Ce consentement peut prendre des formes diff&#233;rentes. Poe en a bien identifi&#233; un des ressorts qui consiste &#224; ne rien vouloir savoir du contexte et des diverses cons&#233;quences de nos actions. De Quincey, lui aussi, confesse qu'il a voulu ne rien savoir de ce que sa perspicacit&#233; lui avait permis d'entrevoir des dysfonctions du syst&#232;me de transport. Il va encore plus loin en explorant les ressorts de la secr&#232;te fascination pour la puissance et la vitesse qui rend possible, et parfois m&#234;me appelle, les d&#233;sastres techniques. Un si&#232;cle plus tard, le philosophe Jean Brun analysera avec beaucoup de profondeur les ressorts existentiels de cet &#171; optimisme sous-critique &#187; inv&#233;t&#233;r&#233;, qui fait de nous les victimes consentantes de la civilisation du risque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Brun, Le Retour de Dionysos, Descl&#233;e, Paris 1969 ; Les Masques du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons sur les dates de publication des textes que nous avons &#233;voqu&#233;s dans cette &#233;tude. Poe a publi&#233; &lt;i&gt;The Angel of the Odd&lt;/i&gt; en 1845 ; de Quincey, &lt;i&gt;The English Mail-Coach&lt;/i&gt; en 1849 ; Melville, &lt;i&gt;Bartleby the Scrivener&lt;/i&gt; en 1853 ; et enfin Stifter &lt;i&gt;Der Nachtsommer&lt;/i&gt; en 1857. En l'espace de douze ann&#233;es, ces quatre livres nous avertissent des risques mat&#233;riels et institutionnels li&#233;s &#224; la mise en place de ce que Bertrand de Jouvenel appelait &lt;i&gt;La Civilisation de la puissance&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bertrand de Jouvenel, La Civilisation de la puissance, Fayard, Paris 1976.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La soci&#233;t&#233; industrielle n'existait alors que depuis un demi-si&#232;cle (pour simplifier) et d&#233;j&#224; ses enjeux existentiels &#233;taient clairement identifi&#233;s par les esprits les plus perspicaces et sensibles. Aucun d'entre eux n'&#233;tait philosophe professionnel, et encore moins sociologue. C'est leur capacit&#233; &#224; s'int&#233;resser au singulier qui les a rendus perspicaces quant aux cons&#233;quences inqui&#233;tantes du mouvement g&#233;n&#233;ral de notre civilisation technicienne. Cent cinquante ans plus tard leurs avertissements n'ont rien perdu de leur actualit&#233; br&#251;lante. Ainsi, pour revenir &#224; la question de l'accident et du risque technologique, il aura fallu attendre plus d'un si&#232;cle pour que les sciences humaines enregistrent le caract&#232;re substantiel et non accidentel du risque technique dans la civilisation de la puissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet : Patrick Lagadec, La Civilisation du risque, Le Seuil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Appendice : La transparence et l'horreur&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques remarques d'ordre esth&#233;tique pour signaler un prolongement inattendu de la vision de Thomas de Quincey. Influence directe, r&#233;miniscence inconsciente, simple co&#239;ncidence ? Il est &#233;tonnant de constater les similarit&#233;s des proc&#233;d&#233;s de mise en sc&#232;ne du th&#232;me de l'accident utilis&#233;s par de Quincey dans &lt;i&gt;La Malle-poste anglaise&lt;/i&gt; et par John Cameron dans le film &lt;i&gt;Titanic&lt;/i&gt;. M&#234;me certitude de s&#233;curit&#233; ; m&#234;mes images de l'&#233;lan, de l'extase de la vitesse, du couple amoureux, du cocher/commandant endormi, de l'ombre noire du grand navire. Une bonne partie du film &lt;i&gt;Titanic&lt;/i&gt; semble une transposition maritime de ce passage de &lt;i&gt;La Malle-poste anglaise&lt;/i&gt; : &#171; En cette occasion, donc, le silence et la solitude habituels r&#233;gnaient sur la route. On n'entendait pas un sabot, pas une roue. Et pour renforcer cette trompeuse et voluptueuse confiance inspir&#233;e par les routes muettes, la nuit &#233;tait particuli&#232;rement solennelle et paisible. &#187; Dans le film comme dans le r&#233;cit, m&#234;me exploitation tragique de la transparence de la nuit : on voit venir l'obstacle, on ne dispose que d'une minute et demie pour l'&#233;viter, mais la vitesse et la puissance annulent la capacit&#233; des personnes &#224; corriger l'action. Comme dit le proverbe : &#171; Quand la pierre a quitt&#233; la main, c'est le Diable qui la guide &#187;. Or, pr&#233;cis&#233;ment le progr&#232;s technique consiste &#224; rendre l'outil efficace ind&#233;pendamment de la main qui l'a construit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Milan Kundera, &lt;i&gt;Le Rideau&lt;/i&gt;, Gallimard, 2005, p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adalbert Stifter, &lt;i&gt;L'Arri&#232;re-saison&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 2000, p. 545.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Herman Melville, &lt;i&gt;Bartleby, une histoire de Wall street&lt;/i&gt;, &#201;ditions Amsterdam, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une anecdote cont&#233;e par Val&#232;re Maxime, et reprise par La Fontaine (mais qui ne m&#233;rite aucune cr&#233;ance), attribue la mort d'Eschyle &#224; la chute d'une tortue enlev&#233;e par un aigle qui la laissa tomber sur la t&#234;te du po&#232;te. Mais il serait abusif de pr&#233;tendre que cette fable, tout comme le mythe d'Icare et celui de Pha&#235;ton, traite des risques du transport a&#233;rien !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extrait de RTL info.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edgar Allan Poe, &#171; L'Ange du bizarre &#187;, in &lt;i&gt;Histoires grotesques et s&#233;rieuses, &#338;uvres en prose&lt;/i&gt;, Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade, Gallimard, Paris 1951, pp. 921-931.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sud Ouest&lt;/i&gt;, 25 juin 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons les d&#233;finitions : selon le dictionnaire Larousse, l'accident est un &#233;v&#233;nement malheureux ou dommageable. En philosophie, l'accident est un attribut contingent d'un &#234;tre. Il s'oppose &#224; l'essence qui est la nature permanente du sujet. Il peut avoir lieu ou dispara&#238;tre sans destruction du sujet. Est accidentel ce qui arrive d'une mani&#232;re contingente ou fortuite ; ce qui pourrait ne pas &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est lui qui a r&#233;alis&#233; la premi&#232;re traduction anglaise de l'opuscule de Kant, &lt;i&gt;L'Id&#233;e d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi, De Quincey proc&#232;de &#224; une r&#233;&#233;valuation ontologique des souffrances et du tragique de chaque existence individuelle, y compris de celles des petits enfants, auxquelles ceux qui ne s'int&#233;ressent qu'&#224; l'universel ne sauraient accorder d'importance. Dans &lt;i&gt;Levana&lt;/i&gt;, il sugg&#232;re qu'une d&#233;esse pr&#233;side aux premi&#232;res heures de la vie des enfants et qu'il y a m&#234;me des sortes d'anges (our &lt;i&gt;Ladies of sorrows&lt;/i&gt;) qui veillent sur leurs chagrins et curieusement ont pour mission de les leur apporter pour qu'ils deviennent eux-m&#234;mes. Ce faisant il reste fid&#232;le &#224; l'esprit des &#201;vangiles o&#249; il est affirm&#233; : &#171; Ce que vous avez fait au plus petit d'entre vous, c'est &#224; moi que vous l'avez fait. &#187; (Mat. 25-40). Signalons que Stifter, lui aussi, pensait qu'il fallait inverser le rapport entre le grand et le petit qui d&#233;coule des philosophies historicistes du progr&#232;s. &#192; Hegel qui affirme que rien de grand ne s'est fait sans passion, Stifter r&#233;pond : &#171; Une vie enti&#232;re faite d'&#233;quit&#233;, simplicit&#233;, ma&#238;trise de soi, pond&#233;ration dans le jugement, efficacit&#233; dans son champ d'action, admiration du beau, le tout associ&#233; &#224; une attitude calme et sereine &#224; l'approche de la mort, voil&#224; ce que je tiens pour grand : les puissants mouvements du c&#339;ur, le terrible surgissement de la col&#232;re, la soif de la vengeance, l'esprit enflamm&#233; qui aspire &#224; l'action, abat, transforme, d&#233;truit et qui, dans son exaltation, ruine souvent sa propre vie, ce sont manifestations que je tiens nullement pour grandes, mais pour plus petites [...] Si nous consid&#233;rons l'humanit&#233; dans l'histoire comme un fleuve argent&#233; coulant paisiblement vers un but &#233;ternel, nous en ressentons alors la noblesse, le caract&#232;re proprement &#233;pique. Mais aussi puissant et grandiose que soit l'effet du tragique et de l'&#233;pique, aussi efficients que soient ces caract&#232;res comme ressorts de l'art, il n'en reste pas moins que la loi morale trouve son centre de gravit&#233; le plus s&#251;r dans les actions ordinaires et quotidiennes inlassablement r&#233;p&#233;t&#233;es des hommes, car ce sont l&#224; les actions durables, les actions fondatrices, en quelque sorte les millions de radicelles de l'arbre de la vie. &#187; Adalbert Stifter, &lt;i&gt;Cristal de Roche&lt;/i&gt;, Jacqueline Chambon, 1988, pp. 7-15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas de Quincey, &#171; La Malle-poste anglaise &#187;, in &lt;i&gt;Les Confessions d'un mangeur d'opium, Suspiria de profundis&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Malle-poste anglaise&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 281&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 284-285.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 288. L'exclamation est un pastiche de la phrase : &#171; Ah ! que n'ai-je le temps de pleurer &#187;, soi-disant prononc&#233;e par Bonaparte lorsque Desaix fut tu&#233; &#224; Marengo en 1800. L'ironie est redoubl&#233;e par le fait qu'en 1814 l'opinion anglaise consid&#233;rait Napol&#233;on comme un tyran hypocrite pr&#234;t &#224; mettre l'Europe &#224; feu et &#224; sang pour satisfaire sa soif de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 274&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 275&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 297&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 318&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 320&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 321.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 325-326.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 330.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 335.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p334-335.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 312.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici encore, il aura fallu plus d'un si&#232;cle au droit moderne pour commencer &#224; entrer dans de telles vues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 317.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 324.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 313.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ellul, &lt;i&gt;La Technique ou l'enjeu du si&#232;cle&lt;/i&gt;, op. cit., p. 203.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Brun, &lt;i&gt;Le Retour de Dionysos&lt;/i&gt;, Descl&#233;e, Paris 1969 ; &lt;i&gt;Les Masques du d&#233;sir&lt;/i&gt;, Buchet-Chastel, Paris, 1981 ; &lt;i&gt;Le R&#234;ve et la machine&lt;/i&gt;, La Table ronde, Paris, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bertrand de Jouvenel, &lt;i&gt;La Civilisation de la puissance&lt;/i&gt;, Fayard, Paris 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet : Patrick Lagadec, &lt;i&gt;La Civilisation du risque&lt;/i&gt;, Le Seuil, Paris, 1981 ; Charles Perrow, &lt;i&gt;Normal accidents&lt;/i&gt;, Basic books, New York, 1984 ; Simon Charbonneau, &lt;i&gt;La Gestion de l'impossible&lt;/i&gt;, Economica, Paris 1992 ; Alain Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance&lt;/i&gt;, Fayard, Paris, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des techniques contre la logique de croissance</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article202</link>
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		<dc:date>2021-11-07T23:47:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Lannoye</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Retour sur un conditionnement programm&#233; Une strat&#233;gie de sortie de la logique de croissance n&#233;cessite une interrogation s&#233;rieuse sur le r&#244;le des technologies qui se sont impos&#233;es depuis un bon demi-si&#232;cle dans le paysage &#233;conomico-politique des pays industrialis&#233;s, et pour nombre d'entre elles dans notre vie quotidienne. Il n'est pas abusif de pr&#233;tendre que l'irruption de nouvelles technologies invasives dans nos soci&#233;t&#233;s industrialis&#233;es a syst&#233;matiquement fait l'objet d'une promotion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour sur un conditionnement programm&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une strat&#233;gie de sortie de la logique de croissance n&#233;cessite une interrogation s&#233;rieuse sur le r&#244;le des technologies qui se sont impos&#233;es depuis un bon demi-si&#232;cle dans le paysage &#233;conomico-politique des pays industrialis&#233;s, et pour nombre d'entre elles dans notre vie quotidienne. Il n'est pas abusif de pr&#233;tendre que l'irruption de nouvelles technologies invasives dans nos soci&#233;t&#233;s industrialis&#233;es a syst&#233;matiquement fait l'objet d'une promotion politique intense avec, comme principal argument, leur capacit&#233; &#224; assurer une pouss&#233;e de croissance &#233;conomique significative, garante de plus de production, de consommation, de conqu&#234;te de march&#233;s ext&#233;rieurs, donc de bien-&#234;tre pour tous. Cette promotion politique s'est accompagn&#233;e g&#233;n&#233;ralement de campagnes d'information-propagande visant &#224; s&#233;duire, voire &#224; conditionner l'opinion, &#224; grand renfort d'arguments scientifico-techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, il &#233;tait utile de d&#233;valoriser et m&#234;me de d&#233;nigrer les pratiques et les techniques en vigueur, en arguant de leur faible rendement ou de leur pr&#233;tendue inefficacit&#233;. Il est int&#233;ressant, pour illustrer ce propos, de se reporter &#224; la v&#233;ritable r&#233;volution qu'a constitu&#233; pour l'agriculture l'entr&#233;e en sc&#232;ne de la chimie avec le couple engrais de synth&#232;se-pesticides charg&#233; de doper les rendements de production et d'assurer &#224; la fois la s&#233;curit&#233; alimentaire et des revenus confortables aux agriculteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, le trait&#233; de Rome, sign&#233; en 1957, cautionnait cette vision moderne de l'agriculture et mettait en place les outils de son d&#233;veloppement avec la politique agricole commune (PAC). Il &#233;tait pr&#233;visible que la course &#224; la productivit&#233; ainsi mise en &#339;uvre conduirait &#224; des surplus &#224; exporter et &#224; la conqu&#234;te des march&#233;s des pays pauvres incapables avec leur agriculture paysanne de supporter la concurrence des produits import&#233;s &#224; bas prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La technologie agricole bas&#233;e sur le recours &#224; de multiples intrants chimiques est une technologie de conqu&#234;te de march&#233;s, et donc intrins&#232;quement li&#233;e &#224; l'objectif de croissance. Ses impacts n&#233;gatifs sur l'environnement, sur la sant&#233; publique et sur le monde rural, n'ont entra&#238;n&#233; des mesures de restriction partielles qu'au long des ann&#233;es soixante-dix, avec l'interdiction de certains pesticides organochlor&#233;s aux &#201;tatsUnis d'abord, en Europe ensuite lorsqu'a &#233;t&#233; adopt&#233;e la directive 79/117/CEE&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Directive 79/117/CEE du 21 d&#233;cembre 1978 concernant l'interdiction de mise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les r&#233;formes successives de la PAC n'ont jamais remis en cause la priorit&#233; absolue donn&#233;e &#224; l'objectif de comp&#233;titivit&#233; de l'agriculture europ&#233;enne, comp&#233;titivit&#233; qui ne peut &#234;tre assur&#233;e que par le recours &#224; la chimie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrain agricole n'a pas &#233;t&#233;, loin s'en faut, le seul domaine convoit&#233; par l'industrie chimique. Cr&#233;er de nouveaux march&#233;s passe par une strat&#233;gie de conqu&#234;te dans des domaines o&#249; on peut rapidement susciter une importante demande populaire, donc parvenir &#224; une forte croissance. Ces domaines furent la sant&#233;, l'hygi&#232;ne et les soins corporels. L'essor de l'industrie pharmaceutique et celui des produits d'hygi&#232;ne et d'entretien se sont r&#233;alis&#233;s &#224; partir de campagnes de sensibilisation de populations d&#233;j&#224; culturellement pr&#233;par&#233;es par un discours technico-scientifique promettant un mieux-&#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233; gr&#226;ce &#224; une pharmacop&#233;e moderne, la propret&#233; du logis et l'hygi&#232;ne du corps gr&#226;ce aux d&#233;couvertes de la chimie. Au diable les rem&#232;des traditionnels, la m&#233;decine naturelle et les approches pr&#233;ventives : place aux m&#233;dicaments efficaces. Adieu la salet&#233;, puisqu'il y a des produits qui lavent plus blanc que blanc !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la chimie assurait sa pr&#233;sence dans notre quotidien pour de longues d&#233;cennies, avec son cort&#232;ge de nuisances de plus en plus ais&#233;ment mesurables au fil du temps, mais toujours minimis&#233;es et largement ignor&#233;es par les d&#233;cideurs politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre secteur d'activit&#233;s a b&#233;n&#233;fici&#233; de ce m&#234;me climat de consensus, du moins &#224; ses d&#233;buts. Il s'agit du secteur &#233;nerg&#233;tique, d'autant plus essentiel que sa production constitue l'&#233;l&#233;ment de base de la logique de croissance. La perc&#233;e irr&#233;versible du p&#233;trole dans tous les rouages de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; n'a gu&#232;re suscit&#233; de d&#233;bats, d&#232;s lors que ses avantages sp&#233;cifiques comme carburant ne faisaient pas de doute, et que les prix pratiqu&#233;s sur les march&#233;s des pays industrialis&#233;s le rendaient comp&#233;titif pour la plupart des usages. C'&#233;tait &#224; la fin des ann&#233;es cinquante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conscients de la d&#233;pendance dans laquelle les pays europ&#233;ens s'installaient &#224; l'&#233;gard des pays producteurs, les responsables politiques europ&#233;ens signaient en 1957, parall&#232;lement au Trait&#233; de Rome, le trait&#233; Euratom, dans un climat d'euphorie et de fascination pour les promesses de l'atome pacifique. Le pr&#233;ambule du trait&#233;, justifiant son int&#233;r&#234;t commun pour les six signataires, traduit parfaitement cet &#233;tat d'esprit. Il y est dit notamment que les pays signataires sont conscients de ce que l'&#233;nergie nucl&#233;aire constitue la ressource essentielle qui assurera le d&#233;veloppement et le renouvellement des productions et permettra le progr&#232;s des &#339;uvres de paix. Ils se d&#233;clarent r&#233;solus &#224; cr&#233;er les conditions de d&#233;veloppement d'une puissante industrie nucl&#233;aire, source de vastes disponibilit&#233;s d'&#233;nergie et d'une modernisation des techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait croire, cinquante ans plus tard, que ce texte est devenu obsol&#232;te et n'est plus pris au s&#233;rieux. La r&#233;alit&#233; est que, malgr&#233; les al&#233;as de l'histoire, les revers manifestes subis par l'industrie nucl&#233;aire et l'opposition croissante &#224; son &#233;gard dans de nombreux pays europ&#233;ens, le trait&#233; Euratom est toujours en vigueur. Il n'a &#233;t&#233; que timidement remis en cause lors de la pr&#233;paration des d&#233;bats qui ont conduit en 2004 &#224; l'adoption du projet de trait&#233; constitutionnel. Celui-ci laissait de c&#244;t&#233; le trait&#233; Euratom alors qu'une majorit&#233; d'&#201;tats membres est officiellement hostile &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire. On sait ce qu'il est advenu de ce projet, rejet&#233; par les &#233;lecteurs fran&#231;ais et n&#233;erlandais, mais rien n'augure d'un changement d'attitude &#224; propos de l'avenir d'Euratom. C'est que la foi dans l'existence de ressources infinies et dans la capacit&#233; de l'&#233;nergie nucl&#233;aire &#224; r&#233;pondre aux probl&#232;mes qu'elle cr&#233;e (devenir de ses d&#233;chets, risques d'accidents catastrophiques, prolif&#233;ration) reste bien ancr&#233;e dans la majorit&#233; des esprits. Le nucl&#233;aire &#233;tait cens&#233;, en 1957, r&#233;pondre &#224; la soif d'&#233;nergie d'une soci&#233;t&#233; industrielle visant &#224; une croissance sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente ans plus tard, une nouvelle technologie pr&#233;sent&#233;e, elle aussi, comme capable de gu&#233;rir les maux du si&#232;cle et surtout de conqu&#233;rir le march&#233; mondial apparaissait dans le paysage europ&#233;en, apr&#232;s avoir s&#233;duit les responsables politiques aux &#201;tats-Unis. Le g&#233;nie g&#233;n&#233;tique &#233;tait vu d&#232;s 1988 par la Commission europ&#233;enne comme un nouveau pas d&#233;cisif dans la course au progr&#232;s de l'humanit&#233; avec, en perspective, un march&#233; mondial en l'an 2000 de 100 milliards de dollars&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;U. Dolata, in Transg&#233;nique : le temps des manipulations, Frison Roche, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On en est loin &#224; ce jour, malgr&#233; la propagande incessante des compagnies transnationales impliqu&#233;es dans la production de vari&#233;t&#233;s transg&#233;niques, la complicit&#233; de scientifiques fascin&#233;s par les perspectives d'avenir de leurs jouets et le soutien tr&#232;s large des gouvernements et surtout de la Commission europ&#233;enne. M&#234;me si les r&#233;sultats sont largement en de&#231;&#224; des pr&#233;visions, au vu des inconv&#233;nients et des risques li&#233;s &#224; la technologie, mais aussi du fait que les avantages escompt&#233;s ont &#233;t&#233; tr&#232;s nettement surestim&#233;s, la foi des gouvernants et de leurs experts ne faiblit pas, du moins jusqu'&#224; ce qu'ils se sentent &#224; l'abri des effets politiques de la r&#233;probation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les le&#231;ons du pass&#233; ne semblent pas avoir marqu&#233; les esprits, ceux-ci restent ouverts &#224; toute nouvelle promesse de technologies omnipotentes. La derni&#232;re en date est celle des nanotechnologies, gr&#226;ce auxquelles la r&#233;volution industrielle la plus d&#233;cisive de tous les temps devrait para&#238;t-il s'imposer. Le sous-secr&#233;taire d'&#201;tat am&#233;ricain au Commerce pour la technologie n'h&#233;sitait pas, d&#232;s 2003, &#224; affirmer que le potentiel des nanotechnologies &#233;tait &#171; vraiment miraculeux &#187; : &#171; Permettre aux aveugles de voir, aux boiteux de marcher et aux sourds d'entendre ; gu&#233;rir le sida, le cancer, le diab&#232;te et d'autres maladies, r&#233;soudre le probl&#232;me de la faim et m&#234;me augmenter le pouvoir de notre esprit... Les nanotechnologies vont am&#233;liorer notre niveau de vie et nous permettre de vivre plus longtemps, en meilleure sant&#233; et de mani&#232;re plus productive. Les nanotechnologies ont un potentiel extraordinaire pour prot&#233;ger l'environnement mondial, gr&#226;ce &#224; un processus de production qui ne g&#233;n&#232;re pas de d&#233;chets, consomme peu d'&#233;nergie et ne repr&#233;sente aucun danger pour la sant&#233; humaine et l'environnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philip J. Bond, &#171; Remarques au Nano-Economic Congress &#187;, Washington DC, 9 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, l'Union europ&#233;enne tient-elle un discours moins na&#239;f, malgr&#233; quelques allusions aux questions sociales d'environnement, de sant&#233; et de s&#233;curit&#233; que les nanotechnologies impliquent. On retrouve une vision euphorique de l'avenir avec des perspectives de croissance illimit&#233;e dans le plan d'action 2005-2009 pour l'Europe, consacr&#233; aux nanosciences et aux nanotechnologies, propos&#233; par la Commission europ&#233;enne en 2005. C'est en cette m&#234;me ann&#233;e 2005 que les d&#233;penses publiques annuelles en recherche-d&#233;veloppement de l'ensemble de l'Union europ&#233;enne ont rejoint celles des &#201;tats-Unis avec plus de mille millions de dollars investis. Selon les estimations, ces investissements ont &#233;t&#233; multipli&#233;s par cinq entre 2000 et 2005 ; ils atteignent un niveau sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire de la technologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hope Shand et Kathy Jo Wetter, &#171; La science en miniature : une introduction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce long pr&#233;ambule montre clairement que le &#171; progr&#232;s &#187; technique a poursuivi un objectif constant depuis les ann&#233;es cinquante : conqu&#233;rir de nouveaux march&#233;s en suscitant de nouveaux besoins et de nouveaux espoirs, et ainsi assurer une croissance &#233;conomique continue m&#234;me si une part importante de cette croissance est due &#224; la r&#233;paration des d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques et sociaux provoqu&#233;s par les technologies elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l&#233;gitime d'ajouter que, pour ce qui est des espoirs, il est assez clair qu'ils ont &#233;t&#233; largement d&#233;&#231;us. Sans doute, en premier lieu parce qu'ils &#233;taient d&#233;mesur&#233;s, mais aussi parce que de la chimie au g&#233;nie g&#233;n&#233;tique en passant par le nucl&#233;aire, la sous-&#233;valuation voire l'ignorance de leur potentiel de retomb&#233;es n&#233;gatives &#233;tait et reste &#224; ce jour importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Choisir la convivialit&#233; plut&#244;t que la domination&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Plut&#244;t que promouvoir les technologies et les fili&#232;res qui sont intrins&#232;quement porteuses de croissance, il est souhaitable pour amorcer le changement vers une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance de penser le r&#244;le des technologies d'une mani&#232;re nouvelle, centr&#233;e sur la demande et la capacit&#233; des &#233;cosyst&#232;mes &#224; y r&#233;pondre. Certes, la d&#233;finition de la demande n&#233;cessite-t-elle de pr&#233;ciser les limites &#224; ne pas franchir et les acteurs concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe de la croissance sans limites &#233;tant abandonn&#233;, les limites physiques et &#233;cologiques retrouvent un statut qu'elles n'auraient jamais d&#251; perdre ; mais au-del&#224;, il s'agit de prendre en compte les limites sociales et humaines, lesquelles peuvent s'av&#233;rer plus contraignantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour r&#233;pondre &#224; une demande relative aux besoins de base (alimentation, habitat, chauffage, acc&#232;s &#224; l'eau, sant&#233;, qui&#233;tude), la r&#233;ponse n'est pas strictement technologique. Autrement dit, l'&#233;cosyst&#232;me ambiant peut, sinon totalement, du moins partiellement, fournir gratuitement une contribution importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; technophile nous a souvent fait n&#233;gliger ces apports gratuits. Emprisonn&#233;s dans la logique de croissance, nous oublions que l'&#233;nergie solaire peut chauffer et &#233;clairer gratuitement un habitat bien con&#231;u. Avant m&#234;me de penser &#224; une technique de chauffage et &#224; un syst&#232;me d'&#233;clairage des lieux de vie, il faut implanter et concevoir l'habitat pour maximiser les apports gratuits. Ceci n'est &#233;videmment possible que pour un habitat nouveau. L'habitat existant peut cependant faire l'objet d'une r&#233;novation permettant de corriger dans une large mesure les choix architecturaux qui ont n&#233;glig&#233; les apports solaires. Une eau de qualit&#233;, c'est-&#224;-dire exempte de polluants chimiques et bact&#233;riologiques, devrait &#234;tre accessible gratuitement dans de nombreux lieux de vie, moyennant une infrastructure l&#233;g&#232;re (citerne, puits). Sans ignorer la pollution diffuse qui contribue &#224; la contamination de l'eau de pluie et m&#234;me de celle en provenance des nappes phr&#233;atiques, il n'y a gu&#232;re de raisons de penser que la qualit&#233; de l'eau distribu&#233;e en r&#233;seau soit sup&#233;rieure. Lorsque cette eau de distribution provient d'eaux de surface souvent largement pollu&#233;es, donc soumises &#224; des traitements d'&#233;puration lourds, la balance pencherait plut&#244;t en faveur de l'eau capt&#233;e localement. Le recours &#224; la technologie devrait &#234;tre choisi en compl&#233;ment des apports &#171; gratuits &#187; et non en substitut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle approche &#171; d&#233;croissante &#187; heurte de plein fouet la logique dominante, et met donc en question les technologies intensives en capital et centralisatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, les technologies adapt&#233;es &#224; une valorisation des ressources locales et &#224; l'autonomie sont potentiellement les mieux en mesure de r&#233;pondre &#224; une demande formul&#233;e en ces termes, en particulier pour ce qui est de l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;nergie comme cl&#233; du changement de paradigme&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La soci&#233;t&#233; industrielle, productiviste et organis&#233;e pour la croissance, n'a pu fonctionner qu'en faisant appel &#224; des ressources &#233;nerg&#233;tiques disponibles &#224; faible co&#251;t. D&#232;s lors que ce co&#251;t est appel&#233; &#224; augmenter irr&#233;versiblement, du fait de la d&#233;pl&#233;tion des r&#233;serves, ce fonctionnement sera mis en cause. Le r&#234;ve de la substitution au p&#233;trole et au gaz d'une &#233;nergie in&#233;puisable permettant de continuer comme avant (il s'agit bien s&#251;r du nucl&#233;aire) &#233;tant s&#233;rieusement contest&#233; par les faits, les conditions d'une mutation vers l'utilisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des &#233;nergies renouvelables sont bien pr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, entretenue par les conservateurs de toute ob&#233;dience, les &#233;nergies renouvelables sont parfaitement aptes &#224; r&#233;pondre &#224; la totalit&#233; de la demande &#233;nerg&#233;tique. Mais cette demande ne peut s'exprimer comme elle le fait aujourd'hui dans une perspective de croissance &#233;conomique g&#233;n&#233;ralis&#233;e et de comp&#233;tition mondialis&#233;e. Elle doit s'inscrire dans une perspective de sobri&#233;t&#233;, d'efficience &#233;nerg&#233;tique et de relocalisation &#233;conomique. La valorisation des &#233;nergies renouvelables locales et r&#233;gionales doit viser &#224; une autonomie lib&#233;ratrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les technologies sont d'ores et d&#233;j&#224; disponibles pour impulser cette nouvelle politique &#233;nerg&#233;tique et leur assurer un r&#244;le majeur &#224; moyen terme. Solaire thermique et photovolta&#239;que, &#233;olien, mini et microhydraulique, cog&#233;n&#233;ration &#224; partir de biomasse gaz&#233;ifi&#233;e ou de biogaz, r&#233;seaux de chaleur locaux aliment&#233;s en g&#233;othermie ou par combustion de mati&#232;res ligneuses, pompes &#224; chaleur, &#233;nergie des vagues, peuvent, selon les lieux et les usages, intervenir de mani&#232;re compl&#233;mentaire pour aller vers l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure de la mise en place de ces outils technologiques pr&#233;parant l'apr&#232;s-p&#233;trole, les efforts de recherche-d&#233;veloppement doivent &#234;tre cibl&#233;s sur l'augmentation de leurs performances et sur la perc&#233;e de technologies faisant actuellement l'objet de recherches, mais qui n'ont pas encore atteint la fiabilit&#233; ou l'efficience attendue (stockage intersaisonnier de chaleur &#224; basse temp&#233;rature, stockage de l'&#233;lectricit&#233; en batteries ou &#224; l'air comprim&#233;, piles &#224; combustible, syst&#232;mes de production et de stockage de l'hydrog&#232;ne &#224; petite &#233;chelle et couplage avec piles &#224; combustible).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autolimitation de la production et de la consommation d'&#233;nergie est li&#233;e d'une part au fait que la ressource est un flux, et d'autre part &#224; la disponibilit&#233; des sols et des surfaces de captation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette disponibilit&#233; n'est pas seulement physique, elle est li&#233;e &#224; la concurrence des usages. C'est ainsi que la fili&#232;re des biocarburants d'origine agricole doit &#234;tre s&#233;rieusement r&#233;&#233;valu&#233;e, elle qui fait l'objet d'une promotion politique d&#233;mesur&#233;e et &#224; mon avis injustifiable. Au-del&#224; des faibles rendements obtenus en termes d'&#233;nergie utile par unit&#233; d'&#233;nergie investie pour les diff&#233;rentes cultures envisag&#233;es en Europe (colza, tournesol, froment, betterave), il appara&#238;t surtout que pour obtenir une production significative de biocarburants (sous forme de bio&#233;thanol et de diester), il faudrait mobiliser une proportion importante des terres agricoles au d&#233;triment de cultures alimentaires ou autres, &#233;cologiquement et &#233;conomiquement utiles. C'est ainsi que l'objectif vis&#233; par l'Union europ&#233;enne &#224; l'horizon 2010 (couvrir 5,75 % de la demande en carburants pour le transport par les biocarburants) exigerait que la part de la surface agricole (dans l'Europe &#224; 25) consacr&#233;e &#224; la production de biocarburants devrait aller jusqu'&#224; 13 % du total (dans un sc&#233;nario 50 % diester-colza &#8211; 50 % bio&#233;thanol-bl&#233;). Cette estimation bas&#233;e sur une production brute d'&#233;nergie devrait &#234;tre au moins doubl&#233;e sur la base d'une production nette d'&#233;nergie par hectare. Il est r&#233;aliste d'estimer que les biocarburants d'origine endog&#232;ne ne pourront pas rencontrer l'objectif fix&#233; par l'Europe, celui-ci ne pouvant &#234;tre atteint qu'avec l'apport de mati&#232;res premi&#232;res import&#233;es (Br&#233;sil, Indon&#233;sie...). Ce choix europ&#233;en est d'autant plus contestable qu'il s'inscrit dans un cadre de croissance de la demande en carburants pr&#233;vu comme devant &#234;tre de 2 % par an au cours des ann&#233;es &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A fortiori&lt;/i&gt; faut-il mettre en question l'avenir &#224; long terme de fili&#232;res industrielles aussi peu productives et aussi gourmandes en territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, &#224; l'horizon 2010, on se trouve d&#233;j&#224; confront&#233; &#224; l'indisponibilit&#233; en terres cultivables, il est &#233;vident qu'aller au-del&#224; des objectifs 2010&lt;br class='autobr' /&gt;
devient impraticable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Comblin et Paul Lannoye, ; 2006.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fili&#232;re de production de biocarburants &#224; partir d'huile v&#233;g&#233;tale n'a d'avenir r&#233;el que dans une perspective d'autonomie &#233;nerg&#233;tique locale. En effet, l'utilisation locale de l'huile brute de colza ou de tournesol &#233;vite l'&#233;tape industrielle de la transest&#233;rification, r&#233;duit les d&#233;penses de transport et garantit la valorisation des co-produits que sont les tourteaux. Son bilan &#233;nerg&#233;tique, &#233;conomique et &#233;cologique est donc largement sup&#233;rieur. Il s'agit &#233;videmment d'une fili&#232;re courte, ma&#238;tris&#233;e par les producteurs eux-m&#234;mes et ne s'inscrivant nullement dans la logique de croissance. On comprend pourquoi elle est souvent discr&#233;dit&#233;e par les industriels au nom d'arguments techniques fallacieux ; on comprend aussi pourquoi elle est ignor&#233;e, quand ce n'est pas contrecarr&#233;e, par les pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des biocarburants permet de mettre le doigt sur l'impasse dans laquelle le monde industrialis&#233; s'est enfonc&#233; en pariant sur la p&#233;rennit&#233; de transports rapides et peu co&#251;teux, alors que les transports routiers et a&#233;riens d&#233;pendent int&#233;gralement de la ressource p&#233;troli&#232;re. Or, dans un contexte de d&#233;pl&#233;tion rapproch&#233;e, il est fondamental de comprendre qu'il n'y a pas d'alternative aux carburants p&#233;troliers sans remise en question du r&#244;le des transports. Ni &#224; court terme ni &#224; moyen terme, sachant que la perc&#233;e du carburant hydrog&#232;ne n'est envisag&#233;e par ses plus chauds partisans que dans quinze &#224; vingt ans. Quelle que soit l'&#233;volution technique dans le secteur automobile et l'aviation, et sans contester la n&#233;cessit&#233; d'accro&#238;tre l'efficacit&#233; des moteurs et des carburants, il est imp&#233;ratif de se rendre compte que le slogan &#171; moins vite, moins loin, moins souvent &#187; propos&#233; par Yves cochet devra guider le monde de l'apr&#232;s p&#233;trole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yves Cochet, P&#233;trole apocalypse, Fayard, Paris, 2005.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;vocation des biocarburants permet aussi de montrer la n&#233;cessit&#233; de l'approche syst&#233;mique. L'&#233;nergie, param&#232;tre fondamental, n'est pas tout, et les &#233;cosyst&#232;mes, comme ressources pour la vie humaine, ne sont pas extensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers l'autonomie alimentaire, le retour du textile indig&#232;ne et la chimie des plantes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;clatement des fili&#232;res de production-consommation alimentaires et la mondialisation du secteur le plus vital pour les &#234;tres humains entra&#238;nent des d&#233;s&#233;quilibres &#233;cologiques, des d&#233;g&#226;ts humains et sociaux et une ali&#233;nation des peuples largement document&#233;s depuis de nombreuses ann&#233;es. La n&#233;cessit&#233; de sortir l'agriculture et l'alimentation du cadre commercial d&#233;fini par l'OMC est reconnue et plaid&#233;e par les associations paysannes &#224; travers le monde. Le concept de souverainet&#233; alimentaire gagne de l'audience au Nord comme au Sud. Il se transpose dans un r&#233;cent ouvrage de Philippe Desbrosses, Emmanuel Bailly et Thanh Nghiem&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ph. Desbrosses, E. Bailly et T. Nghiem, &#171; Terres d'avenir pour un mode de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par la proposition de d&#233;marche &#233;cor&#233;gionale par laquelle les auteurs proposent d'organiser l'espace r&#233;gional autour de l'agriculture et selon un mode de production agrobiologique. L'agrobiologie, telle que reconnue aux niveaux europ&#233;en et international, n'est pas la seule technologie agricole &#233;cologique ; la biodynamique et la permaculture se basent elles aussi sur des techniques &#233;prouv&#233;es de production alimentaire (polyculture-&#233;levage, cultures associ&#233;es, assolement, choix des vari&#233;t&#233;s indig&#232;nes, recyclage) s'inscrivant dans la logique de souverainet&#233; alimentaire r&#233;gionale. Cette logique est forc&#233;ment d&#233;croissante, dans la mesure o&#249; elle exclut les intrants industriels classiques (pesticides, engrais) et ne vise pas &#224; conqu&#233;rir les march&#233;s lointains, ce qui implique une forte r&#233;duction des transports et une limitation de la transformation, du conditionnement et du commerce. Contrairement aux affirmations aussi p&#233;remptoires que peu argument&#233;es du monde de l'agro-alimentaire, une telle approche est une r&#233;ponse pertinente aux probl&#232;mes de sous-alimentation v&#233;cus en Afrique et en Asie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Niels Halberg et al., &#171; The impact of organic farming on food security in a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la priorit&#233; dans l'utilisation des terres cultivables doit aller &#224; la production alimentaire pour le march&#233; r&#233;gional, la culture de vari&#233;t&#233;s v&#233;g&#233;tales &#224; des fins non alimentaires peut occuper le deuxi&#232;me rang dans une strat&#233;gie d'autonomisation r&#233;gionale r&#233;pondant &#224; des besoins essentiels. C'est notamment le cas des vari&#233;t&#233;s capables de fournir des fibres textiles de qualit&#233; ainsi qu'accessoirement des mat&#233;riaux divers, voire des m&#233;dicaments pour la phytoth&#233;rapie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le XVIIIe si&#232;cle, les pays industrialis&#233;s ont progressivement &#233;limin&#233; de la production textile toutes les fibres naturelles indig&#232;nes et accord&#233; une place de plus en plus dominante au coton. La culture du coton dans le sud des &#201;tats-Unis a aliment&#233; le textile britannique d&#232;s le XVIIIe si&#232;cle. Apr&#232;s l'ind&#233;pendance, les &#201;tats-Unis ont continu&#233; de fournir en coton leur ancienne m&#233;tropole. De son c&#244;t&#233;, la France d&#233;veloppait la culture du coton dans son empire africain. La culture du cotonnier n&#233;cessite des conditions climatiques sp&#233;cifiques : ensoleillement important et approvisionnement en eau suffisant pendant la croissance ; la r&#233;colte de la fibre du cotonnier requiert un temps sec. Ces conditions expliquent que la culture du cotonnier se d&#233;veloppe surtout dans les r&#233;gions tropicales ou subtropicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et du Centre se sont lanc&#233;s, sous pression du FMI, dans la monoculture du coton, dont ils sont maintenant dramatiquement d&#233;pendants, alors que les cours mondiaux sont tr&#232;s volatils. L'Europe du Sud (Gr&#232;ce, Espagne) produit peu et exporte peu sur le march&#233; mondial. La culture du coton est tr&#232;s gourmande en pesticides et insecticides ; &#224; l'&#233;chelle mondiale, elle consomme respectivement 10 et 22,5 % des quantit&#233;s totales de pesticides et insecticides employ&#233;s en agriculture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St Parmentier et O. Bailly, &#171; Coton &#8211; des vies sur le fil &#187;, Oxfam ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, l'alternative de la culture biologique commence-t-elle &#224; se d&#233;velopper, mais l'empreinte &#233;cologique globale d'une fili&#232;re textile &#224; base de coton import&#233; d'Afrique, des &#201;tats-Unis ou d'Inde reste &#233;lev&#233;e. Ceci justifie que des cultures v&#233;g&#233;tales connues de longue date dans les r&#233;gions au climat temp&#233;r&#233; comme celles du lin et du chanvre, dont les fibres pr&#233;sentent une qualit&#233; indiscutable, soient s&#233;rieusement revaloris&#233;es. L'int&#233;r&#234;t de ces fili&#232;res est d'autant plus grand qu'il s'agit de v&#233;g&#233;taux peu exigeants en termes de qualit&#233; des sols et de conduite de culture. Par ailleurs, la valorisation des sous-produits (huile, graines, tourteaux) est &#233;conomiquement et &#233;cologiquement prometteuse dans une approche de relocalisation &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on admet qu'&#224; moyen terme, la p&#233;trochimie est condamn&#233;e du fait de la d&#233;pl&#233;tion p&#233;troli&#232;re et de l'imminence d'une hausse vertigineuse des co&#251;ts de la mati&#232;re premi&#232;re, il appara&#238;t aussi judicieux qu'urgent de r&#233;investiguer le potentiel de production de substances utiles &#224; de nombreux usages (peintures, produits d'entretien, cosm&#233;tiques, solvants, lubrifiants) &#224; partir des v&#233;g&#233;taux indig&#232;nes. Des fili&#232;res courtes bas&#233;es sur les ressources r&#233;gionales sont aptes &#224; se substituer &#224; celles d'origine p&#233;troli&#232;re, tout en minimisant les risques &#233;cologiques et sanitaires. La recherche-d&#233;veloppement devrait se focaliser sur ce potentiel qui constitue pour chaque r&#233;gion un v&#233;ritable tr&#233;sor (selon l'expression du pr&#233;sident d'EuroSolar, Hermann Scheer)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hermann Scheer, Le Solaire et l'&#233;conomie mondiale, Actes Sud, 2001.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La caract&#233;ristique commune &#224; toutes les fili&#232;res et technologies pr&#233;sent&#233;es ci-dessus est leur recours aux ressources renouvelables et locales. Elles sont aussi adapt&#233;es &#224; un processus d'autonomisation locale ou r&#233;gionale, gr&#226;ce notamment &#224; leur capacit&#233; &#224; &#234;tre mises en &#339;uvre de mani&#232;re compl&#233;mentaire et int&#233;gr&#233;e. Les instances europ&#233;ennes ont, au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, adopt&#233; des mesures l&#233;gislatives ou r&#233;glementaires visant &#224; permettre &#224; toutes ces fili&#232;res d'exister, c'est-&#224;-dire occuper des &#171; niches &#187; limit&#233;es sur des march&#233;s domin&#233;s par les fili&#232;res traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'essor des technologies &#224; petite &#233;chelle bas&#233;es sur les ressources renouvelables ne peut se r&#233;aliser dans un contexte qui leur est d&#233;favorable, puisque ce contexte est fa&#231;onn&#233; pour les technologies de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur pertinence technique n'est en r&#233;alit&#233; mise en cause que par ceux qui ont int&#233;r&#234;t &#224; les d&#233;consid&#233;rer. Leur capacit&#233; &#224; se substituer aux technologies dominantes ne fait pas de doute, pour autant que l'objectif de croissance soit remis en question et qu'ainsi soient lev&#233;s les obstacles id&#233;ologiques et politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Directive 79/117/CEE du 21 d&#233;cembre 1978 concernant l'interdiction de mise sur le march&#233; et d'utilisation des produits phytopharmaceutiques contenant certaines substances actives publi&#233;e au J.O. N&#176; L 033 du 08.07.79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;U. Dolata, in &lt;i&gt;Transg&#233;nique : le temps des manipulations&lt;/i&gt;, Frison Roche, Paris, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philip J. Bond, &#171; Remarques au Nano-Economic Congress &#187;, Washington DC, 9 septembre 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hope Shand et Kathy Jo Wetter, &#171; La science en miniature : une introduction aux nanotechnologies &#187;, in &lt;i&gt;L'&#201;tat de la plan&#232;te&lt;/i&gt; 2006 ; Institut Worldwatch ; USA.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Comblin et Paul Lannoye, &lt;a href=&#034;http://www.grappebelgique.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.grappebelgique.be&lt;/a&gt; ; 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yves Cochet, &lt;i&gt;P&#233;trole apocalypse&lt;/i&gt;, Fayard, Paris, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ph. Desbrosses, E. Bailly et T. Nghiem, &#171; Terres d'avenir pour un mode de vie durable &#187; , Alph&#233;e, Jean-Paul Bertrand, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Niels Halberg et al., &#171; The impact of organic farming on food security in a regional and global perspective &#187;, CAB intern. 2005, Tjele, Danemark.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St Parmentier et O. Bailly, &#171; Coton &#8211; des vies sur le fil &#187;, Oxfam ; Magasins du Monde, d&#233;c. 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hermann Scheer, &lt;i&gt;Le Solaire et l'&#233;conomie mondiale&lt;/i&gt;, Actes Sud, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;sister &#224; la croissance des transports</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article201</link>
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		<dc:date>2021-11-07T23:28:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Simon CHARBONNEAU</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Si un pr&#234;t &#224; penser de gauche existe, qui a peu &#233;volu&#233; depuis le XIXe si&#232;cle, c'est celui relatif &#224; l'empire du march&#233; comme fondement unique du capitalisme mondialis&#233;. L'id&#233;ologie n&#233;o-lib&#233;rale expliquerait l'existence d'une logique &#233;conomique univoque recherchant le profit maximum par le jeu d'un syst&#232;me g&#233;n&#233;ralis&#233; de production, d'&#233;change de biens et de services fond&#233; sur la recherche permanente d'une meilleure comp&#233;titivit&#233; afin d'augmenter le capital. L'&#201;tat et la technique ne seraient (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si un pr&#234;t &#224; penser de gauche existe, qui a peu &#233;volu&#233; depuis le XIXe si&#232;cle, c'est celui relatif &#224; l'empire du march&#233; comme fondement unique du capitalisme mondialis&#233;. L'id&#233;ologie n&#233;o-lib&#233;rale expliquerait l'existence d'une logique &#233;conomique univoque recherchant le profit maximum par le jeu d'un syst&#232;me g&#233;n&#233;ralis&#233; de production, d'&#233;change de biens et de services fond&#233; sur la recherche permanente d'une meilleure comp&#233;titivit&#233; afin d'augmenter le capital. L'&#201;tat et la technique ne seraient donc que des instruments au service de cette logique &#233;conomique aujourd'hui d&#233;cha&#238;n&#233;e en raison de l'effondrement des utopies socialistes. Or, ce credo ignore d&#233;lib&#233;r&#233;ment le poids de l'autonomie de ces deux facteurs au regard de cette derni&#232;re. Concernant en particulier le second facteur d'expansion du capitalisme, si l'on a assist&#233; depuis cinquante ans &#224; une acc&#233;l&#233;ration fantastique de ce ph&#233;nom&#232;ne, c'est d'abord, comme Jacques Ellul l'avait observ&#233; d&#232;s 1954, &#224; cause de la dynamique technicienne marqu&#233;e par son universalit&#233; et son autonomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ellul, La Technique ou l'enjeu du si&#232;cle, Armand Colin, 1954, pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les &#233;checs &#233;conomiques de grands projets technologiques qui ont co&#251;t&#233; tr&#232;s cher &#224; la collectivit&#233; et aux entreprises (ex : le plan calcul, Concorde, etc.) sont l&#224; pour prouver cette autonomie. Combien d'argent public ou priv&#233; a &#233;t&#233; gaspill&#233; pour des projets technologiques pharaoniques, lesquels n'avaient qu'eux m&#234;mes pour finalit&#233; ! Le profit n'explique pas tout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est un domaine o&#249; cette dynamique a jou&#233; un r&#244;le primordial dans le processus de mondialisation depuis la Seconde Guerre mondiale, c'est celui des moyens de communication, qui ont connu une explosion consid&#233;rable. Qu'il s'agisse de l'informatique et des t&#233;l&#233;communications, qui permettent aujourd'hui de transf&#233;rer une information instantan&#233;ment d'un bout &#224; l'autre de la plan&#232;te, ou du progr&#232;s des moyens de transport physique des hommes et des marchandises sur des distances courtes et moyennes par la route ou le rail, sur des longues distances par voie maritime ou a&#233;rienne, la puissance actuelle de ces techniques explique, coupl&#233;e &#224; la logique du march&#233;, la mondialisation de l'&#233;conomie qui marginalise les fronti&#232;res de l'&#201;tat-nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prolif&#233;ration actuelle de ces moyens de transport provoque la mobilit&#233; des marchandises et des hommes, qui cr&#233;e aujourd'hui des besoins artificiels surd&#233;termin&#233;s par les moyens techniques disponibles, comme le d&#233;montre le &#171; flux tendu &#187; ou z&#233;ro stocks pratiqu&#233; par les entreprises, les flottes de camions rempla&#231;ant le stockage traditionnel des marchandises. Cette prolif&#233;ration des moyens de transport motoris&#233;s en tout genre engendr&#233;e par l'industrie explique non seulement la congestion automobile de l'espace urbain, mais aussi celle des infrastructures destin&#233;es &#224; les accueillir (autoroutes, parkings, lignes ferroviaires &#224; grande vitesse, a&#233;roports) qui sont extraordinairement consommatrices d'espaces naturels et productrices de nuisances multiples. Car plus la congestion et le d&#233;sir de mobilit&#233; augmentent et plus se multiplient les infrastructures dans le vain espoir de voir le trafic se fluidifier. Le cercle vicieux est imparable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion parisienne, dont l'espace est litt&#233;ralement quadrill&#233;e par de telles infrastructures et grignot&#233;e par l'&#233;talement urbain, illustre un cas limite o&#249; l'espace consomm&#233; se r&#233;duit comme une peau de chagrin. Si l'on prend le cas de l'Aquitaine, cette r&#233;gion avait &#233;t&#233; relativement &#233;pargn&#233;e par cette prolif&#233;ration, &#224; l'exception du nord (Gironde et Dordogne), dont l'espace a &#233;t&#233; touch&#233; par les autoroutes A10 et A89, et du sud avec les autoroutes A63 de Bordeaux vers Toulouse et A64 entre Pau et Bayonne. Mais cette situation de &#171; retard &#187; jug&#233;e intol&#233;rable, on a assist&#233; ces derniers temps &#224; une avalanche de projets plus gigantesques les uns que les autres. Il y eut d'abord la voie &#224; grand gabarit pour faire passer les morceaux du &#171; Titanic des Airs &#187; (A380) au terme d'une proc&#233;dure d'expropriation d'extr&#234;me urgence sans aucun d&#233;bat public et ceci pour un pari commercial qui semble actuellement plomb&#233;. Il y a aujourd'hui le projet de LGV Bordeaux/Toulouse, qui a provoqu&#233; une forte mobilisation des &#233;lus de terrain et des associations dans cette partie de notre d&#233;partement au cours du d&#233;bat public de l'ann&#233;e derni&#232;re. Malgr&#233; cette opposition massive d&#233;non&#231;ant l'inopportunit&#233; du projet, le conseil d'administration de R&#233;seau Ferr&#233; de France a approuv&#233; ce dernier, illustrant ainsi son m&#233;pris vis-&#224;-vis des populations locales. L'avenir de ce projet est en r&#233;alit&#233; d&#233;pendant de celui repr&#233;sent&#233; par la LGV/SEA de Bordeaux vers Hendaye, dont l'un des trac&#233;s pr&#233;sent&#233; au public passe par Captieux dans le sud Gironde pour obliquer vers Mont de Marsan. Tous ces projets de lignes &#224; grande vitesse ne se r&#233;aliseront en pratique qu'au d&#233;triment des transports ferroviaires les plus utiles constitu&#233;s par les TER et le fret, comme l'exp&#233;rience l'a montr&#233; depuis de nombreuses ann&#233;es. Il y a aussi le projet d'autoroute A65 Langon/Pau actuellement approuv&#233;, mais sans d&#233;bat public pr&#233;alable, qui va affecter aussi gravement nos landes girondines, malgr&#233; une utilit&#233; publique plus que contestable. Enfin, cerise sur le g&#226;teau, le projet de grand contournement autoroutier de l'agglom&#233;ration bordelaise, combattu par les associations d&#232;s 2003 au cours du d&#233;bat public qui lui &#233;tait consacr&#233;, est aujourd'hui arriv&#233; au stade de la d&#233;finition des fuseaux, lesquels font tardivement r&#233;agir les habitants concern&#233;s. Et dans les Pyr&#233;n&#233;es Atlantique, c'est le projet de &#171; Transnavarraise &#187;, cher au pr&#233;sident du Conseil g&#233;n&#233;ral, qui va mettre &#224; mal le pays basque. Toutes ces nouvelles infrastructures de transport ob&#233;issent aujourd'hui &#224; des logiques technico-&#233;conomiques de dessertes transfronti&#232;res des grands centres urbains europ&#233;ens au d&#233;triment des r&#233;gions rurales travers&#233;es dont les communes peuvent alors se trouver paradoxalement enclav&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;bauche de projets comportant un &#233;norme impact sur l'environnement (consommation d'&#233;nergie, d'espaces naturels et de granulats, &#233;mission de gaz &#224; effet de serre, etc.) a pour origine des choix de nature politique justifi&#233;s par l'id&#233;ologie de la croissance, qui, en mati&#232;re de transports, est domin&#233;e par l'obsession de la vitesse et de la mobilit&#233;. Ces choix qui maintenant s'accompagnent de l'in&#233;vitable rh&#233;torique du &#171; d&#233;veloppement durable &#187; (du moins pour les LGV) sont toujours faits par les autorit&#233;s de l'&#201;tat, plus pr&#233;cis&#233;ment par le minist&#232;re de l'&#201;quipement, mais avec l'aval des Conseils g&#233;n&#233;raux et r&#233;gionaux invoquant rituellement le n&#233;cessaire et indispensable &#171; d&#233;senclavement &#187;. Au c&#339;ur de la technocratie, c'est en particulier le corps des ponts qui, depuis les Trente glorieuses, joue dans ce domaine un r&#244;le strat&#233;gique en tant qu'h&#233;ritier d'une vieille tradition colbertiste remontant &#224; la monarchie absolue. Impos&#233;s traditionnellement de mani&#232;re autoritaire par voie d'expropriation pour cause d'utilit&#233; publique, en dehors de toute proc&#233;dure d&#233;mocratique, ces projets rencontrent aujourd'hui une r&#233;sistance croissante de la part des populations concern&#233;es. La multiplication des conflits sur l'environnement qui en r&#233;sulte explique, de la part des autorit&#233;s en question, le recours de plus en plus fr&#233;quent aux proc&#233;dures de participation. De la part des ma&#238;tres d'ouvrage, il s'agit d&#233;sormais de susciter l'adh&#233;sion des populations aux projets estim&#233;s &#171; socialement acceptables &#187;. De la pratique de la proc&#233;dure du &#171; d&#233;bat public &#187; (art. L.121-1 et suivants du Code de l'Environnement) adopt&#233;e en 2002 et pilot&#233;e par une commission particuli&#232;re, il r&#233;sulte la plupart du temps un malentendu profond entre, d'un c&#244;t&#233;, les d&#233;cideurs pour lesquels elle est un moyen de donner aux projets d'am&#233;nagement d&#233;j&#224; d&#233;cid&#233;s une apparence d&#233;mocratique et, de l'autre, la population repr&#233;sent&#233;e par les associations pour lesquelles cette proc&#233;dure est un moyen d'opposition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette question voir ma publication r&#233;cente De l'ambivalence du d&#233;bat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quoi qu'il en soit, dans ce domaine comme dans d'autres, les r&#233;f&#233;rences rh&#233;toriques oblig&#233;es faites au &#171; d&#233;veloppement durable &#187; et &#224; la participation du public ont pour fonction aujourd'hui de produire du brouillard autour de pratiques administratives rest&#233;es autoritaires. Elles ne pourront pas longtemps tromper les populations concern&#233;es mises habituellement devant le fait accompli. Elles contribuent dans tous les cas &#224; persuader ces derni&#232;res qu'il existe un consensus politique jusqu'&#224; pr&#233;sent in&#233;branlable en mati&#232;re de cr&#233;ation de nouvelles infrastructures de transport entre la droite et la gauche. Tout cela alimente certes le scepticisme croissant de l'opinion vis-&#224;-vis des &#233;lus de tous bords, mais participe aussi de la naissance de nouvelles formes d'action politique, qui travaillent aujourd'hui en profondeur la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; des multiples manifestations de r&#233;sistance locale qui surgissent actuellement chaque fois que sont lanc&#233;s de nouveaux projets d'am&#233;nagement. Ces r&#233;sistances, autrefois ponctuelles et souvent qualifi&#233;es de &#171; nymbistes &#187;, prennent maintenant une forme de plus en plus organis&#233;e par l'interm&#233;diaire des r&#233;seaux associatifs implant&#233;s sur les territoires concern&#233;s. Il y a, de ce point de vue, une tr&#232;s nette &#233;volution en quelques ann&#233;es o&#249; l'on est pass&#233; d'une contestation limit&#233;e au choix d'un trac&#233; particulier &#224; celle de l'opportunit&#233; m&#234;me du projet. Ces mouvements spontan&#233;s sont tr&#232;s actifs dans la mesure o&#249; tout le monde est susceptible d'&#234;tre agress&#233; dans son cadre de vie par la prolif&#233;ration de ces infrastructures. En certains lieux comme la vall&#233;e du Rh&#244;ne, il n'est en effet pas exag&#233;r&#233; de dire que l'espace est litt&#233;ralement congestionn&#233; par ces &#233;quipements . Et lorsqu'il s'agit de cr&#233;er une ligne nouvelle &#224; grande vitesse entre Lyon et Turin dans une vall&#233;e comme celle du Val de Suse o&#249; existe d&#233;j&#224; une voie de chemin de fer, une route et une autoroute, la population se soul&#232;ve alors spontan&#233;ment en criant &#171; assez ! &#187;. Le clivage politique n'est alors plus entre la droite et la gauche, mais entre les &#233;lus locaux solidaires de leur population r&#233;volt&#233;e et les responsables des appareils nationaux repr&#233;sent&#233;s au parlement, qui ne savent raisonner que dans le cadre du pr&#234;t &#224; penser fourni par l'id&#233;ologie de la croissance. Cette cassure d&#233;mocratique se manifeste tr&#232;s nettement entre le niveau des &#233;lus municipaux et les &#233;lus r&#233;gionaux moins proches de leurs &#233;lecteurs, les conseillers g&#233;n&#233;raux restant en quelque sorte &#224; mi-chemin. Peut-&#234;tre s'agit-il l&#224; d'ailleurs d'une &#233;bauche d'un grand clivage politique &#224; venir entre les tenants de la fuite en avant dans le d&#233;veloppement et ceux qui, par r&#233;flexe de survie, s'engagent dans la r&#233;sistance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il faut alors bien se rendre compte que plus les espaces naturels se restreignent du fait de leur cloisonnement croissant, plus il y aura de r&#233;sistance de la part des populations concern&#233;es et plus il y aura de conflits sur l'environnement, auxquels devront faire face les am&#233;nageurs publics comme priv&#233;s. Par-del&#224; l'obligation de faire des choix personnels destin&#233;s &#224; ne pas alimenter un syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur le mouvement brownien des hommes et des marchandises (limiter l'usage de la voiture et de l'avion), il est devenu indispensable aujourd'hui d'initier et de participer &#224; ces actions de r&#233;sistance collective dirig&#233;es contre la multiplication des infrastructures de transport approuv&#233;e par les pouvoirs publics. Avant m&#234;me d'envisager une d&#233;croissance de la mobilit&#233; des hommes et des marchandises, il est urgent de r&#233;sister &#224; la croissance insoutenable de cette derni&#232;re. Dans notre monde domin&#233; par la fuite en avant vers le &#171; toujours plus &#187;, les postures de r&#233;sistance sont dans tous les domaines une ardente obligation politique et morale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Guillebaud, Le Principe d'humanit&#233;, Le Seuil, 2001, pp. 399-sq.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette posture jadis stigmatis&#233;e au nom de l'id&#233;ologie du progr&#232;s, par la gauche comme la droite, doit se revendiquer clairement conservatrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Rey, Une folle solitude : le fantasme de l'homme autoconstruit, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; face &#224; un syst&#232;me technicien qui d&#233;truit tout pour avancer vers le pire. La table rase&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Charbonneau, Notre table rase, Deno&#235;l, 1974.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, contrairement au discours des utopies politiques et technoscientistes du XXe si&#232;cle, ne saurait constituer un avenir radieux pour l'humanit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces actions de r&#233;sistance collectives peuvent prendre les formes les plus diverses, allant des actions se situant hors de la l&#233;galit&#233; &#224; celles utilisant toutes les voies l&#233;gales permettant aux citoyens d'exercer leurs droits. Cette derni&#232;re forme est actuellement la plus utilis&#233;e par le mouvement associatif environnemental, qui a su s'emparer des dispositions de la loi autorisant ce type d'action dans des limites, il faut bien dire, tr&#232;s strictes. Il y a d'abord toutes les proc&#233;dures de participation qui se sont d&#233;velopp&#233;es depuis quelques ann&#233;es. Ces proc&#233;dures consistent &#224; faire jouer un r&#244;le institutionnel aux repr&#233;sentants du mouvement associatif environnemental dans diverses instances consultatives au sein desquelles ils n'occupent g&#233;n&#233;ralement qu'une place tr&#232;s minoritaire. Il y a aussi la participation aux proc&#233;dures d'enqu&#234;te publique et de d&#233;bat public, pr&#233;alables &#224; l'approbation de tous ces projets de nouvelles infrastructures de transport. Ces proc&#233;dures sont en fait tr&#232;s ambivalentes, car elles sont toutes con&#231;ues pour donner une apparence administrative de respect des r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de la d&#233;mocratie. Participer peut alors revenir &#224; cautionner un projet. Elles peuvent cependant parfois &#224; servir des actions de r&#233;sistance destin&#233;es &#224; faire &#233;chec &#224; ces projets dans la mesure o&#249; des rapports de pouvoirs locaux se sont institu&#233;s gr&#226;ce &#224; une mobilisation efficace des populations. Pour arriver &#224; de tels r&#233;sultats, il faut d&#233;penser beaucoup de temps et d'&#233;nergie &#224; assimiler les dossiers techniques des ma&#238;tres d'ouvrages afin de produire une contre-expertise et trouver les relais m&#233;diatiques n&#233;cessaires, par-del&#224; les indispensables r&#233;unions publiques d'information du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre l&#233;gal, il reste le recours &#224; la justice, de plus en plus pratiqu&#233; par les nouveaux r&#233;sistants au &#171; progr&#232;s &#187;, avec des succ&#232;s tr&#232;s in&#233;gaux. De ce point de vue, il ne faut pas confondre les proc&#232;s spectaculaires d&#233;clench&#233;s par les victimes du d&#233;veloppement industriel (ex : l'amiante, les mar&#233;es noires, AZF, etc.) avec la gu&#233;rilla contentieuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simon Charbonneau, &#171; La Gu&#233;rilla contentieuse des associations de protection (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; men&#233;e depuis trente ans par les associations de protection de l'environnement contre tous ces grands projets d'am&#233;nagement. Cette gu&#233;rilla entre, d'un c&#244;t&#233;, l'administration et, de l'autre, les associations, se d&#233;roule dans la plupart des cas devant le juge administratif et en dernier ressort devant le Conseil d'&#201;tat. En mati&#232;re de grandes infrastructures de transport (LGV et autoroutes), il faut dire que les succ&#232;s sont rares, car la grande majorit&#233; des recours dirig&#233;s contre les d&#233;clarations d'utilit&#233; publique autorisant les travaux sont rejet&#233;s par notre haute juridiction administrative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce sujet voir mon &#233;tude d&#233;j&#224; ancienne mais h&#233;las toujours actuelle : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce domaine, il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que l'on a affaire &#224; un v&#233;ritable d&#233;ni de justice permanent constituant une violation flagrante des fondements de l'&#201;tat de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces actions collectives de r&#233;sistance n'ont, bien entendu, de sens que si elles s'appuient sur des positions implicitement ou explicitement politiques. &#192; l'heure actuelle, dans la mesure o&#249; elles ont d&#233;pass&#233; le stade du &#171; pas chez moi, mais chez le voisin &#187;, les positions des opposants visent &#224; conforter ou &#224; am&#233;liorer l'existant. Autrement dit, il s'agit tout au plus de moderniser les infrastructures existantes et non plus d'en cr&#233;er de nouvelles, sauf en milieu urbain pour les voies de tram que de nombreuses communes se sont d'ailleurs empress&#233;es de supprimer au lendemain de la guerre au nom du &#171; progr&#232;s &#187;. La position est donc conservatrice, mais il lui arrive fr&#233;quemment d'aller au-del&#224; en raison de la croissance continue du trafic qui aboutit aux situations de congestion que l'on conna&#238;t. Alors, in&#233;vitablement, les questions de fond &#233;mergent, qui sont relatives &#224; la mobilit&#233; excessive, &#224; la vitesse, &#224; l'&#233;loignement des lieux de production par rapport aux lieux de consommation et &#224; celui des lieux de r&#233;sidence par rapport aux lieux de travail, sans compter la question &#233;nerg&#233;tique. C'est ainsi que de fil en aiguille peut se poser la question d'une politique de d&#233;croissance des transports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors distinguer au pr&#233;alable la d&#233;croissance subie de la d&#233;croissance choisie. En ce qui concerne la premi&#232;re cat&#233;gorie, il faut rappeler une banalit&#233; de base trop souvent ignor&#233;e par les tenants de la fuite en avant, &#224; savoir que la croissance de nos biens mat&#233;riels produits par l'industrie entra&#238;ne la d&#233;croissance de nos biens mat&#233;riels naturels ! Il s'agit d'une logique imparable qui explique l'appauvrissement de notre biodiversit&#233;, la d&#233;gradation et l'uniformisation de nos paysages, l'&#233;puisement de nos ressources naturelles, etc. L'explosion des transports participe de mani&#232;re importante &#224; ce processus destructeur de ce qui a constitu&#233; les conditions de vie de l'humanit&#233; depuis ses origines. Les grandes infrastructures de transport cloisonnent en effet les milieux naturels qu'elles traversent, consomment des ressources naturelles lors de leur construction, &#233;mettent des gaz &#224; effet de serre, provoquent des nuisances sonores et contribuent &#224; augmenter la consommation globale d'&#233;nergie d'un pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cause de cette d&#233;croissance subie qui nous entra&#238;ne dans un processus catastrophique, il y a donc urgence d'imaginer une d&#233;croissance choisie qui permettrait aux pays les plus d&#233;velopp&#233;s d'emprunter une autre voie. Cette r&#233;volution, car il faut bien qualifier ce choix radical de cette mani&#232;re, implique d'abord une remise en question compl&#232;te des repr&#233;sentations composant l'inconscient collectif des soci&#233;t&#233;s modernes, &#224; savoir la recherche continue d'une meilleure performance technologique et &#233;conomique, l'am&#233;lioration de la mobilit&#233; des hommes et des marchandises, l'artificialisation croissante de la nature par les infrastructures et la sophistication des techniques de transports&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce que Serge Latouche appelle &#171; d&#233;coloniser l'imaginaire &#187;. Voir Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela implique alors certes, comme cela est aujourd'hui reconnu par les pouvoirs publics, de donner la priorit&#233; au rail sur la route et l'air, mais d'abord de donner la priorit&#233; aux transports collectifs de proximit&#233; qui fait le quotidien des gens. Concr&#232;tement, cela signifierait l'abandon du programme autoroutier &#233;labor&#233; durant les Trente glorieuses et l'arr&#234;t de celui des lignes &#224; grande vitesse destin&#233;es &#224; relier les grandes agglom&#233;rations entre elles et &#224; concurrencer le transport a&#233;rien. Plus loin encore dans le raisonnement, il s'agirait alors de r&#233;duire la mobilit&#233; excessive des hommes et des marchandises. Un tel objectif suppose, bien entendu, la remise en question compl&#232;te du mode de fonctionnement de notre &#233;conomie, autrement dit, n'ayons pas peur des mots, une v&#233;ritable r&#233;volution. Et compte tenu de la mondialisation actuelle de l'&#233;conomie et de l'interd&#233;pendance entre les pays qu'elle entra&#238;ne, on mesure toutes les difficult&#233;s d'une politique de d&#233;croissance des transports. De telles perspectives impliquent une r&#233;flexion politique totalement nouvelle, qui ne pourra pas faire l'&#233;conomie d'un certain protectionnisme. Une telle d&#233;marche suppose qu'il faudra un jour faire son deuil des vieilles id&#233;ologies h&#233;rit&#233;es du XIXe si&#232;cle, qui &#233;taient d&#233;j&#224; compl&#232;tement d&#233;cal&#233;es au regard des probl&#232;mes pos&#233;s par la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle inaugur&#233;e par l'explosion de la bombe atomique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut lire &#224; ce sujet les pages inoubliables de G&#252;nther Anders relatives &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus profond&#233;ment, aujourd'hui l'homme moderne se trouve face &#224; un d&#233;fi sans pr&#233;c&#233;dent, qu'il ne pourra relever sans un ultime sursaut spirituel. Voil&#224; o&#249; peut mener une r&#233;flexion sur la d&#233;croissance des transports.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ellul, &lt;i&gt;La Technique ou l'enjeu du si&#232;cle&lt;/i&gt;, Armand Colin, 1954, pp. 75-sq., et &lt;i&gt;Le Syst&#232;me technicien&lt;/i&gt;, Calman Levy, 1977, pp. 137-sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette question voir ma publication r&#233;cente &lt;i&gt;De l'ambivalence du d&#233;bat public&lt;/i&gt; &#224; para&#238;tre aux &#233;ditions Pr&#233;ventique et les publications du groupe grenoblois PMO en lutte contre les nanotechnologies dont &lt;i&gt;La Part du feu&lt;/i&gt;, novembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude Guillebaud, &lt;i&gt;Le Principe d'humanit&#233;&lt;/i&gt;, Le Seuil, 2001, pp. 399-sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Rey, &lt;i&gt;Une folle solitude : le fantasme de l'homme autoconstruit&lt;/i&gt;, Le Seuil, p. 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Charbonneau, &lt;i&gt;Notre table rase&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Simon Charbonneau, &#171; La Gu&#233;rilla contentieuse des associations de protection de l'environnement &#187;, &lt;i&gt;Pr&#233;ventique/S&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; n&#176; 47, octobre 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce sujet voir mon &#233;tude d&#233;j&#224; ancienne mais h&#233;las toujours actuelle : &#171; Le contr&#244;le contentieux des op&#233;rations d'am&#233;nagement du territoire &#187; dans la &lt;i&gt;Revue Juridique de l'Environnement&lt;/i&gt; n&#176; 3/1981, p. 223.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ce que Serge Latouche appelle &#171; d&#233;coloniser l'imaginaire &#187;. Voir &lt;i&gt;Le Pari de la d&#233;croissance&lt;/i&gt;, Fayard, p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut lire &#224; ce sujet les pages inoubliables de G&#252;nther Anders relatives &#224; &#171; notre aveuglement face &#224; l'apocalypse &#187; dans son livre au titre dramatique &lt;i&gt;L'Obsolescence de l'homme&lt;/i&gt;, Editions de l'encyclop&#233;die des nuisances, Paris, 2002, pp. 261-sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers une autonomie &#233;nerg&#233;tique locale</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article200</link>
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		<dc:date>2021-11-07T19:46:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laure Dobigny </dc:creator>



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&lt;p&gt;Si la question &#233;nerg&#233;tique se voit aujourd'hui propuls&#233;e sur le devant de la sc&#232;ne m&#233;diatique et politique, le d&#233;bat ne porte essentiellement que sur les sources d'&#233;nergies probables, souhaitables ou encore envisageables. Des &#233;nergies renouvelables (EnR) au nucl&#233;aire, en passant par les projets de la technoscience aussi d&#233;mesur&#233;s qu'inutiles (hydrog&#232;ne, &#171; charbon propre &#187;, ITER, etc.), la question pos&#233;e reste &#171; quoi &#187; bien plus que &#171; comment &#187;. Et pour cause, s'interroger sur les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si la question &#233;nerg&#233;tique se voit aujourd'hui propuls&#233;e sur le devant de la sc&#232;ne m&#233;diatique et politique, le d&#233;bat ne porte essentiellement que sur les &lt;i&gt;sources&lt;/i&gt; d'&#233;nergies probables, souhaitables ou encore envisageables. Des &#233;nergies renouvelables (EnR) au nucl&#233;aire, en passant par les projets de la technoscience aussi d&#233;mesur&#233;s qu'inutiles (hydrog&#232;ne, &#171; charbon propre &#187;, ITER, etc.), la question pos&#233;e reste &#171; quoi &#187; bien plus que &#171; comment &#187;. Et pour cause, s'interroger sur les convertisseurs et syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques, c'est poser la question de l'&lt;i&gt;id&#233;ologie&lt;/i&gt; sous-jacente aux choix technologiques. Ainsi, bien qu'on ne puisse que se r&#233;jouir de la place &#8211; tant dans les d&#233;bats que dans les installations &#8211; que prennent les EnR, ne s'inscrivent-elles pas dans la continuit&#233; des technologies modernes, c'est-&#224;-dire de l'id&#233;ologie de croissance ? Au-del&#224; de l'&#233;nergie utilis&#233;e, ne serait-ce pas la &lt;i&gt;technique employ&#233;e&lt;/i&gt; qui caract&#233;rise un changement social ? Le fondement de ce questionnement est que, si une soci&#233;t&#233; d&#233;croissante, du point de vue &#233;nerg&#233;tique, reposait avant tout sur l'absence de consommation ou &#171; n&#233;gawatt &#187;, une part incompressible d'&#233;nergie resterait n&#233;anmoins n&#233;cessaire. Quel syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique serait alors compatible avec une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance et surtout, car il s'agit bien de penser la transition, permettrait d'atteindre une sobri&#233;t&#233; ? Ce changement de syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique n'est-il pas d'ailleurs d&#233;j&#224; en &#339;uvre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technologie et id&#233;ologie&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;veloppement rapide des grands projets EnR appara&#238;t n&#233;cessaire face &#224; l'urgence &#233;cologique de r&#233;orienter nos choix &#233;nerg&#233;tiques. Bien que seules les EnR repr&#233;sentent une alternative &#233;nerg&#233;tique r&#233;elle, de tels projets se situent pourtant dans la lin&#233;arit&#233; de nos usages &#233;nerg&#233;tiques et de nos fondements id&#233;ologiques s'exprimant dans la technique. Par l&#224;, ils ne peuvent &#234;tre pens&#233;s comme transition vers une d&#233;croissance. S'il sera davantage fait ici allusion au r&#233;seau &#233;lectrique, l'analyse peut s'&#233;tendre &#224; tous les syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#234;me rapport &#224; la nature tout d'abord. L'usage des &#233;nergies fossiles et fissiles semble significatif d'une &#171; conception moderne &#187; du monde : le rapport d'ext&#233;riorit&#233; &#8211; et de pr&#233;dation &#8211; de l'homme envers la nature par le pillage des ressources et la ma&#238;trise de la puissance. Mais en quoi la construction d'&#233;normes barrages hydrauliques, en d&#233;pla&#231;ant le lit d'un fleuve, inondant des hectares, cr&#233;ant de gigantesques retenues d'eau, modifiant enti&#232;rement le paysage sur de grandes distances et d&#233;pla&#231;ant des populations enti&#232;res, ne rel&#232;ve-t-elle pas d'une artificialisation de la nature, manipul&#233;e et domin&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour son paroxysme, on pensera notamment au barrage chinois des Trois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Que l'&#233;nergie hydraulique soit une des rares EnR &#224; n'avoir jamais &#233;t&#233; abandonn&#233;e malgr&#233; l'essor des &#233;nergies fossiles en est r&#233;v&#233;lateur. L'Union europ&#233;enne n'inclut ainsi dans sa d&#233;finition des EnR que l'hydraulique inf&#233;rieure &#224; dix m&#233;gawatts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La distinction entre le gros et le petit hydraulique cr&#233;e notamment un vif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; pourtant la source d'&#233;nergie reste identique. La technique caract&#233;riserait-elle davantage l'id&#233;ologie qui la sous-tend que le type d'&#233;nergie utilis&#233;e ? Le d&#233;bat sur les gros convertisseurs n'est pas &#233;largi aux autres EnR, alors que tous s'inscrivent dans une m&#234;me continuit&#233; technologique, c'est-&#224;-dire dans cette m&#234;me conception du monde. Si prendre en compte l'environnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'usage de ce mot exprime &#224; lui seul la pr&#233;gnance d'une conception (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'homme, pr&#233;server son &#171; contexte &#187;, n'est pas une conception d'ext&#233;riorit&#233; radicale entre l'homme et la nature, elle n'en reste pas moins une vision anthropocentriste du monde. La nature est toujours un immense r&#233;servoir de ressources, mais qu'il faut pr&#233;server, voire faire fructifier, pour permettre l'existence future de l'homme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si prendre en compte le contexte n'implique pas l'abandon de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et ce n'est pas incompatible avec le d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#234;me conception du &lt;i&gt;bien-&#234;tre social&lt;/i&gt; donc. Les convertisseurs sont en effet indissociables du syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique dans lequel ils s'ins&#232;rent : de grandes unit&#233;s de production d'&#233;nergie n'ont de sens que dans un vaste r&#233;seau centralis&#233;. Or, ces macro-syst&#232;mes techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notion introduite en France par A. Gras, elle caract&#233;rise un syst&#232;me compos&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que sont les r&#233;seaux &#233;nerg&#233;tiques, reposent sur une conception particuli&#232;re du bien-&#234;tre social qu'est la croissance. Conception d&#233;terminant &#233;galement une organisation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire l'organisation politique, institutionnelle, &#233;conomique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sp&#233;cifique, que caract&#233;rise un r&#233;seau &#233;nerg&#233;tique fortement centralis&#233;, dont les individus sont totalement d&#233;pendants. Y ins&#233;rer de grandes installations d'EnR n'est pas un changement de &lt;i&gt;paradigme&lt;/i&gt;, c'est au mieux un am&#233;nagement de l'id&#233;ologie de croissance &#8211; ou &#171; d&#233;veloppement durable &#187;. Ces grands convertisseurs n&#233;cessitent aussi, en eux-m&#234;mes, un important syst&#232;me technique pour leur construction mondialis&#233;e, leur installation et bien s&#251;r leur maintenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuit&#233; id&#233;ologique et technologique donc ; l&#233;gitimit&#233; de l'organisation sociale en place, par l'impossibilit&#233; de concevoir un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, une d&#233;croissance &#233;nerg&#233;tique est inatteignable : ne sont remises en cause ni la surproduction d'&#233;nergie ni les consid&#233;rables pertes sur le r&#233;seau. Interroger les besoins et consommations &#233;nerg&#233;tiques est en fait impossible avec un tel r&#233;seau. Cette &#233;nergie invisible, imm&#233;diate et immat&#233;rielle emp&#234;che toute conscience de sa mise en &#339;uvre dans le quotidien. On voit difficilement comment les consommations pourraient donc cesser d'augmenter, voire se stabiliser. Alors, ins&#233;rer des EnR sur le r&#233;seau, c'est faire presque l'aveu de leur impossible substitution totale aux &#233;nergies fossiles ou fissiles. R&#233;pondre &#224; une telle demande, en tenant compte de l'intermittence du soleil et du vent qui sont l'objet des principales installations, n&#233;cessiterait en effet des installations en surcapacit&#233;. C'est-&#224;-dire, une surproduction de mat&#233;riaux n&#233;cessaires &#224; leur construction &#8211; qui commencent d&#233;j&#224; &#224; manquer &#8211; ainsi qu'une importante mobilisation de l'espace. L'impact environnemental serait consid&#233;rable. Un choix qui se r&#233;v&#232;le donc peu probable, l&#233;gitimant le recours, plus substituable, au nucl&#233;aire comme aux alternatives les plus folles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique donn&#233; inclut donc toujours dans une m&#234;me logique toutes les &#233;nergies utilis&#233;es. Le &#171; gros EnR &#187; est pens&#233;-pour et ins&#233;r&#233; dans un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique qui repose sur une conception moderne du monde et particuli&#232;re du bien-&#234;tre social qu'est la croissance. Une m&#234;me &#233;nergie peut &#234;tre employ&#233;e dans deux syst&#232;mes techniques au sens social antagonique. Donc au-del&#224; de l'&#233;nergie choisie, c'est bien s&#251;r les techniques utilis&#233;es qu'il s'agit d'&#234;tre vigilant. La technique a en effet toujours un sens social : interm&#233;diaire entre l'homme et la nature ainsi qu'entre les membres d'un groupe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gras, Fragilit&#233; de la puissance, Paris, Fayard, 2003, p. 235.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle est &lt;i&gt;moyen d'action&lt;/i&gt; sur le monde. &#192; une rupture id&#233;ologique correspond forc&#233;ment une rupture technologique. Ce n'est d&#232;s lors qu'avec des syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques en discontinuit&#233; radicale qu'une d&#233;croissance est pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autonomie locale : l'&#233;nergie de la d&#233;croissance ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Discontinuit&#233; que constitue sans nul doute l'autonomie &#233;nerg&#233;tique locale au moyen d'EnR. Ce syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique est-il n&#233;anmoins compatible avec une d&#233;croissance ? Les convertisseurs sont techniquement identiques &#224; ceux d&#233;crits pr&#233;c&#233;demment, mais de petite envergure ou &#224; la mesure d'un homme et dans un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique inverse : l'autonomie de production. Une &#233;tude de terrain r&#233;alis&#233;e en 2005, aupr&#232;s de personnes en autonomie &#233;nerg&#233;tique totale ou partielle au moyen d'EnR dans leur habitat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Dobigny, Des &#233;nergies renouvelables &#224; la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique, Etude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous permet de d&#233;gager quelques caract&#233;ristiques de ce syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique, et d'en &#233;valuer le sens social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des EnR &#224; la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que ce soit en autonomie partielle ou totale, l'usage de petits convertisseurs d'EnR conduit &#224; la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique. Celle-ci d&#233;coule de la proximit&#233; des lieux de production et de consommation d'&#233;nergie : avoir conscience de la production am&#232;ne &#224; consommer diff&#233;remment. En effet, la proximit&#233; de la production (fluctuante et limit&#233;e) permet le &#171; d&#233;voilement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Heidegger, en effet, &#171; Le pro-duire fait passer de l'&#233;tat cach&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; de l'&#233;nergie. D&#233;voilement qui modifie le rapport de l'acteur &#224; l'&#233;nergie : elle acquiert une valeur symbolique qui s'oppose &#224; son gaspillage. La connaissance du syst&#232;me technique donne donc sa &lt;i&gt;valeur&lt;/i&gt; &#224; l'objet &#8211; en dehors du r&#244;le qu'il peut avoir dans le jeu des interactions sociales &#8211; et cela influence directement les usages et la consommation d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la valeur qu'acquiert l'&#233;nergie pour les acteurs est la stricte inversion de sa d&#233;finition &#233;conomique. L'&#233;nergie, gratuite, est per&#231;ue comme un bien rare et pr&#233;cieux. Ce renversement de valeur tient &#224; la visibilit&#233; de la production d'&#233;nergie, son caract&#232;re fluctuant, sa m&#233;diatet&#233; et son incidence sur la satisfaction des besoins. L'autonomie conduit donc &#233;galement &#224; une inversion de la logique de consommation moderne : ce n'est pas la satisfaction d'un besoin qui am&#232;ne &#224; consommer de l'&#233;nergie, mais la pr&#233;sence d'&#233;nergie qui permet la satisfaction d'un besoin. C'est-&#224;-dire &#171; prendre ce qui est l&#224;, quand c'est l&#224; &#187;, t&#233;moigne un acteur. Est ainsi adopt&#233; un mode de consommation &#233;conome, arbitr&#233; en fonction de la production, c'est-&#224;-dire du temps m&#233;t&#233;orologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien par la conscience du syst&#232;me technique &#8211; parce qu'il est proche ou que l'on y participe &#8211; que se modifie la consommation d'&#233;nergie. La visibilit&#233; de la production fait sens, elle rend conscient de l'&#233;nergie mise en &#339;uvre ainsi que de l'acte de consommation et acquiert donc une valeur. Cette valeur conf&#233;r&#233;e &#224; l'&#233;nergie sort alors du cadre de l'habitat : s'instaure chez les acteurs une r&#233;flexion &#233;nerg&#233;tique syst&#233;matique pour tous leurs choix quotidiens de biens de consommation (services, objets techniques, alimentation, mobilit&#233;, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un autre rapport &#224; la nature&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'usage de ces techniques, il s'agit de se greffer sur un ph&#233;nom&#232;ne naturel sans le modifier, de pr&#233;server plut&#244;t que de d&#233;truire. Ainsi, le micro-hydraulique &#8211; pour reprendre cet exemple &#8211; est &#171; au fil de l'eau &#187;. Il y a, de plus, une forte d&#233;pendance de l'acteur aux ph&#233;nom&#232;nes naturels pour ses besoins &#233;nerg&#233;tiques. Cette d&#233;pendance modifie et, en m&#234;me temps, inscrit l'acteur dans un autre rapport &#224; la nature. Un rapport qui n'est pas soutenu par un quelconque utilitarisme, car si l'acteur devient davantage d&#233;pendant des ph&#233;nom&#232;nes naturels pour ses besoins &#233;nerg&#233;tiques, son rapport &lt;i&gt;&#224; la nature&lt;/i&gt;, il le con&#231;oit moins comme une interd&#233;pendance que comme un &#171; &#233;quilibre &#187;. Ce qui se manifeste, dans les pratiques, par des logiques de pr&#233;servation et d'usage raisonn&#233; tant de l'&#233;nergie que des ressources naturelles. Pour un acteur, ce sera par exemple la gestion &#224; long terme du bois sur son propre terrain, utilis&#233; comme unique &#233;nergie de chauffage. Chez la plupart des utilisateurs s'instaure &#233;galement une observation &#171; r&#233;flexe &#187; des conditions m&#233;t&#233;orologiques, de par leur incidence (originaire) sur la production d'&#233;nergie, qui est &#224; comprendre comme &#171; attention de &#187; et rompt radicalement avec une position d'ext&#233;riorit&#233;. Certains utilisateurs acqui&#232;rent ainsi une connaissance m&#233;t&#233;orologique tr&#232;s pr&#233;cise, bas&#233;e par exemple sur l'orientation de leur &#233;olienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni pr&#233;dation, ni ext&#233;riorit&#233;, l'usage de ces techniques s'inscrit davantage dans un rapport de cohabitation, au sens d'un espace commun, c'est-&#224;-dire proche d'une conception &#233;cocentr&#233;e du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'&#171; outil convivial &#187; &#224; une autre organisation sociale ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Autonomie et d&#233;croissance sont n&#233;cessairement li&#233;es, puisque l'autonomie conduit &#224; la sobri&#233;t&#233;. Les caract&#233;ristiques d'une technique compatible avec la d&#233;croissance sont donc assez proches de la notion d'&#171; outil convivial &#187; d'Ivan Illich&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La notion d'outil chez I. Illich ne porte pas uniquement sur la technique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il tente en effet de d&#233;finir un outil non liberticide, c'est-&#224;-dire permettant davantage d'autonomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En effet, selon lui, si l'outil n'est pas maintenu dans une certaine limite, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Se baser sur cette analyse nous permet d&#232;s lors d'&#233;valuer le caract&#232;re &#171; d&#233;croissant &#187; des petits convertisseurs EnR mais aussi les cons&#233;quences sociales de leur usage, sur lesquelles porte avant tout l'analyse d'Illich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un outil est &#171; convivial &#187; dans la mesure o&#249; chacun peut l'utiliser, sans difficult&#233;, lorsqu'il le souhaite, &#224; des fins qu'il d&#233;termine lui-m&#234;me, et son caract&#232;re convivial ne d&#233;pend pas de sa complexit&#233; (cela n'exclut donc en rien les technologies modernes). Mais il doit &#234;tre au service d'une personne dans un groupe et non &#224; celui d'un corps de sp&#233;cialistes, contr&#244;l&#233; par l'homme, c'est-&#224;-dire ma&#238;trisable, &#224; sa mesure et localis&#233;. Si les objets techniques sont en effet de plus en plus &#171; verrouill&#233;s &#187; pour l'utilisateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et ce &#171; depuis le basculement dans l'&#232;re capitaliste, et l'on peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les petits convertisseurs d'EnR sont en revanche totalement ma&#238;trisables (ils ne d&#233;pendent pas d'un r&#233;seau pour fonctionner et sont sous le contr&#244;le total de l'individu) et appropriables. La plupart de ces techniques sont en effet simples et r&#233;parables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hormis le photovolta&#239;que, une technologie de pointe, dont la r&#233;paration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens, ces techniques sont bien des outils qui suscitent la cr&#233;ativit&#233;, l'&#233;panouissement et le savoir-faire autonome : beaucoup sont en effet auto-construites. De nombreux utilisateurs exp&#233;rimentent aussi tout un tas de solutions pour augmenter le rendement &#233;nerg&#233;tique de ces techniques, dans l'optique de les rendre toujours plus simples &#224; auto-construire, pour &#234;tre accessibles &#224; tous sans connaissances techniques pointues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme par exemple les multiples exp&#233;riences pour mettre au point un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils s'inscrivent donc dans cette &#171; recherche radicale &#187; qu'un outil doit permettre selon Illich, &#224; savoir qu'un nombre croissant de gens puissent faire, et non avoir, toujours plus avec toujours moins. N'est-ce pas &#233;galement l'objectif d'une d&#233;croissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'autonomie pour davantage de libert&#233; et d'&#233;quit&#233; sont les cons&#233;quences sociales de l'outil convivial selon Illich. En ce, finalement, qu'il n'exerce pas de &#171; monopole radical &#187; ; tel l'usage des EnR qui permet &#8211; force est de le constater &#8211; la coexistence d'autres modes de production. Cette autonomie en premier lieu &#233;nerg&#233;tique a bien des r&#233;percussions plus globales sur la libert&#233; d'un individu ou d'une localit&#233;. L'autonomie et la sobri&#233;t&#233; permettent en effet de s'extraire de cercles de d&#233;pendance qui s'imbriquent les uns dans les autres. Plusieurs acteurs ont ainsi diminu&#233; leur temps de travail, c'est-&#224;-dire d&#233;gag&#233; du temps mobilisable pour r&#233;aliser des objectifs non salari&#233;s, qu'il s'agisse d'activit&#233;s culturelles, sociales ou d'auto-construction. L'autonomie d'une commune permet, de fa&#231;on identique, la r&#233;alisation d'autres objectifs collectifs. Autonomie et sobri&#233;t&#233; ne sont pas non plus sans incidence sur l'&#233;quit&#233;, dans la mesure o&#249;, comme le d&#233;montre Illich, plus l'&#233;nergie abonde, plus son contr&#244;le est mal r&#233;parti, c'est-&#224;-dire que &#171; plus d'&#233;nergie consomm&#233;e demande plus de domination sur autrui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;I. Illich, &#201;nergie et &#233;quit&#233; [1975], in &#338;uvres compl&#232;tes vol. 1, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une &#233;chelle plus collective, changer de syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique conduit donc n&#233;cessairement &#224; une modification de l'organisation sociale. L'autonomie locale et la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique permettraient notamment de relocaliser l'&#233;conomie, de valoriser les productions locales, d'autres modes de concertation et de d&#233;cision, plus collectifs, ainsi qu'une autre forme de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'autonomie au lien social&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; ce que l'on pourrait croire en effet, l'autonomie ne conduit pas &#224; la perte mais &#224; la cr&#233;ation de liens sociaux. Autour de l'usage d'EnR s'instaure en effet un &#233;change de savoirs et d'exp&#233;riences (localement ou plus globalement, par des visites, forums Internet, articles, conf&#233;rences), la cr&#233;ation de groupe de pairs, ainsi que des relations et entraides avec le voisinage autour de l'&#233;nergie et de la panne ; comme en t&#233;moigne cet acteur : &#171; Ce qui m'int&#233;resse dans le fait d'&#234;tre coup&#233; du r&#233;seau, c'est r&#233;ussir &#224; &#234;tre coup&#233; du r&#233;seau sans &#234;tre coup&#233; des personnes. Pour moi la recherche d'autonomie, &#231;a n'a jamais &#233;t&#233; une recherche d'autarcie. Au contraire, &#231;a a cr&#233;&#233; plus de contact humain que &#231;a ne m'en a coup&#233;. &#199;a a une port&#233;e que je ne recherche m&#234;me pas [...] Rien que par la curiosit&#233; des gens, l&#224; je parle localement, qui se rendent compte... [...] Il y a des gens qui me connaissent aussi par ce biais-l&#224;, uniquement presque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, plus d'autonomie individuelle conduit &#224; davantage de liens sociaux, alors que plus les individus sont interd&#233;pendants les uns des autres, comme c'est le cas dans nos soci&#233;t&#233;s techniciennes modernes de &#171; division du travail social &#187;, plus on observe un repli sur soi. Dans l'autonomie, en effet, on a conscience de la n&#233;cessit&#233; de l'autre, notamment en cas de panne. Autre, qui est identifi&#233; comme une personne tant physique que morale, le voisin par exemple. S'il s'instaure davantage de lien social, c'est parce que l'autonomie en r&#233;v&#232;le l'importance. En revanche, dans nos soci&#233;t&#233;s modernes &#8211; o&#249; l'interd&#233;pendance est totale &#8211; il y a une illusion d'autonomie et d'inutilit&#233; de l'autre pour la satisfaction de ses besoins. L'autre est effectivement invisible, il n'est que service ou bien marchand, comme l'intervention de l'agent EDF ou du chauffagiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'autonomie appara&#238;t ainsi une autre forme de solidarit&#233; reposant tant sur la n&#233;cessit&#233; de l'entraide que sur l'&#233;change de savoir-faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers une autonomie &#233;nerg&#233;tique locale ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, le passage de l'individuel au collectif ou de l'atomisation de ce syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique &#224; sa g&#233;n&#233;ralisation, peut &#234;tre discut&#233; et diverger sur la forme : de petits r&#233;seaux collectifs ? municipaux ? des coop&#233;ratives de particuliers ? etc. En revanche, le sens social d'un tel syst&#232;me semble bien compatible avec une d&#233;croissance, tout comme les modifications sociales qu'il engendrerait. Nous n'avons pas &#233;t&#233; exhaustifs sur ce point, car bien d'autres cons&#233;quences sociales peuvent en d&#233;couler. Cons&#233;quences qui ne s'imposent pas ext&#233;rieurement puisque le choix &#233;merge toujours du social : c'est un changement social qui conduit &#224; l'obsolescence d'un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique ou de l'usage d'une &#233;nergie, et &#224; l'adoption d'autres. Il n'en reste pas moins que les changements techniques ont des cons&#233;quences sociales, voire philosophiques, tant id&#233;elles que par la concr&#233;tude d'un rapport au monde que la technique permet. Si le choix &#233;nerg&#233;tique est d&#233;termin&#233; &#8211; en amont &#8211; par des conceptions particuli&#232;res du monde et du bien-&#234;tre social, son usage r&#233;alise le passage symbolique de l'id&#233;el au r&#233;el. Ainsi, par le grand barrage hydraulique, je &#171; deviens &#187; ma&#238;tre de la nature. En ce sens, la technique est bien moyen d'action sur le monde naturel et social. Mais l'adoption d'une technique modifie aussi &#224; son tour le social, aux cons&#233;quences impens&#233;es lors de son choix, notamment par de nouveaux usages dans les rapports sociaux. Ainsi, l'objet technique &#171; construit son sens en m&#234;me temps qu'il modifie son contexte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gras, Fragilit&#233; de la puissance, op. cit., p. 26.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; tant naturel que social. Et son usage peut conduire &#224; une remise en question des conceptions sur lesquelles il repose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le fort d&#233;veloppement technique avec les cons&#233;quences environnementales que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ainsi un lien corr&#233;latif entre, d'une part, changement &#233;nerg&#233;tique et changement social, et d'autre part, entre syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique et organisation sociale &#8211; mais dont la r&#233;ciprocit&#233; se situe sur des ordres de grandeur diff&#233;rents. Il faut donc bien se garder, dans une pens&#233;e de la d&#233;croissance, d'un quelconque d&#233;terminisme technique : un changement radical de technique ne conduirait pas, mais proviendrait d'un changement social radical, puisque ce choix technique &#233;manerait du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation actuelle ne permet pas davantage le postulat d'un d&#233;terminisme mat&#233;rialiste : l'&#233;puisement des &#233;nergies fossiles et fissiles ou des m&#233;taux ne conduira pas ind&#233;niablement &#224; la sobri&#233;t&#233;, l'autosuffisance locale, etc. Il n'y a tout d'abord jamais eu aucun d&#233;terminisme &#233;nerg&#233;tique dans l'histoire, notamment en cas de crise d'une ressource donn&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que d&#233;montrent J.-C. Debeir, J.-P. Del&#233;age et D. H&#233;mery dans leur ouvrage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et ce serait oublier l'al&#233;atoire des bifurcations technologiques dans un contexte social sp&#233;cifique, tel que le d&#233;montre Alain Gras&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gras, Fragilit&#233; de la puissance, op. cit.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et donc la libert&#233; de choix des soci&#233;t&#233;s humaines quant &#224; leur devenir. Ainsi, comme nous l'avons vu, les choix techniques actuels &#233;manant des pouvoirs &#233;tatiques ou industriels s'inscrivent toujours dans l'id&#233;ologie de croissance. Les alternatives &#233;nerg&#233;tiques mises en place, en dehors du &#171; grand &#187; EnR, sont bien plut&#244;t l'EPR, ITER, l'hydrog&#232;ne, le charbon &#171; propre &#187;, etc., qui ne vont ni dans le sens d'une sobri&#233;t&#233;, ni d'une autosuffisance locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les alternatives sociales ne se r&#233;sument donc pas aux simples alternatives &#233;nerg&#233;tiques. Ainsi, tandis que les grands pouvoirs de la soci&#233;t&#233; perp&#233;tuent un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique identique &#8211; et donc une m&#234;me id&#233;ologie, &#233;merge un syst&#232;me antagonique n&#233;cessairement porteur d'un autre sens social. L'autonomie locale s&#233;duit en effet de plus en plus de particuliers, communes ou villes. Un processus d'autonomisation qui ne se limite pas d'ailleurs &#224; l'&#233;nergie. De plus en plus de communes reprennent la r&#233;gie de l'eau, tout comme, de plus en plus de petits projets EnR se mettent en place, ici et l&#224;, &#224; l'initiative des habitants, agriculteurs, communes et villes, voire des r&#233;gions. Et il s'agit bien d'aller vers une autonomie, &#224; travers des r&#233;seaux de chaleur ou la production d'&#233;lectricit&#233; ; de nombreuses localit&#233;s font en effet le choix de techniques dont elles peuvent assurer la maintenance, tout comme elles reprennent la gestion et l'entretien des r&#233;seaux d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus d'autonomisation &#233;nerg&#233;tique, encore plus install&#233; dans d'autres pays europ&#233;ens, en instaurant un syst&#232;me radicalement autre, ne peut &#234;tre compris d&#232;s lors que comme le signe avant coureur d'un profond changement social &#224; venir, mais d&#233;j&#224; &#171; en &#339;uvre &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour son paroxysme, on pensera notamment au barrage chinois des Trois Gorges, mais les barrages fran&#231;ais s'inscrivent dans un rapport identique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La distinction entre le gros et le petit hydraulique cr&#233;e notamment un vif d&#233;bat en Am&#233;rique du Nord, o&#249; celle-ci varie d'un &#201;tat &#224; l'autre. D. Egr&#233;, L. Gagnon et J. Milewski, &#171; Les grands projets hydro&#233;lectriques : une &#233;nergie renouvelable et &#8220;verte&#8221; ? &#187;, Cuepe, novembre 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'usage de ce mot exprime &#224; lui seul la pr&#233;gnance d'une conception anthropocentriste, il permet de &#171; bien souligner encore son caract&#232;re ext&#233;rieur, avec toujours l'Homme au centre, comme &#224; l'&#233;poque o&#249; la terre &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme le centre de l'Univers. &#187;, selon J. Grinevald, &#171; De la nature de l'&#233;conomie &#224; l'&#233;conomie de la nature &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; M. Dardenne et G. Trussart (dir.), &lt;i&gt;Penser et agir avec Illich, Balises pour l'apr&#232;s-d&#233;veloppement&lt;/i&gt;, Bruxelles, Couleur livres, 2005, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si prendre en compte le contexte n'implique pas l'abandon de l'anthropocentrisme, celui-ci ne repose pas n&#233;cessairement sur une conception humaniste &#8211; telle l'&#233;thique environnementale d&#233;velopp&#233;e par D. Birnbacher, tout aussi dangereuse pour l'homme que pour la nature, &lt;i&gt;La responsabilit&#233; envers les g&#233;n&#233;rations futures&lt;/i&gt; [1988], Paris, PUF, 1994. Sur le caract&#232;re mena&#231;ant d'une telle &#233;thique, C. Larr&#232;re, &#171; Peut-on &#233;chapper au conflit entre anthropocentrisme et &#233;thique environnementale ? &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; A. Fagot-Largeault et P. Acot (dir.), &lt;i&gt;L'&#233;thique environnementale&lt;/i&gt;, Chilly-Mazarin, Sens, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notion introduite en France par A. Gras, elle caract&#233;rise un syst&#232;me compos&#233; d'objets industriels, s'&#233;tendant sur un large espace, coupl&#233; &#224; une technologie de l'information : l'&#233;tat de chaque point est connu du centre de r&#233;gulation, et soutient d'autres syst&#232;mes techniques, qui peuvent aussi &#234;tre des macro-syst&#232;mes. Ce type de syst&#232;me appara&#238;t &#224; partir du XIXe si&#232;cle. In A. Gras, S. Poirot-Delpech, &lt;i&gt;Grandeur et d&#233;pendance&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire l'organisation politique, institutionnelle, &#233;conomique et technique. Une organisation sociale particuli&#232;re d&#233;termine donc le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique choisi, qui est &#224; ce titre une organisation socio-technique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2003, p. 235.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Dobigny, &lt;i&gt;Des &#233;nergies renouvelables &#224; la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique, Etude socioanthropologique des EnR dans l'habitat individuel en France&lt;/i&gt;, m&#233;moire de Ma&#238;trise, Universit&#233; Paris 1, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Heidegger, en effet, &#171; Le pro-duire fait passer de l'&#233;tat cach&#233; &#224; l'&#233;tat non cach&#233;, il pr&#233;sente (bringt vor). Pro-duire (her-vorbringen) a lieu simplement pour autant que quelque chose de cach&#233; arrive dans le non cach&#233;. Cette arriv&#233;e repose, et trouve son &#233;lan, dans ce que nous appelons le d&#233;voilement. &#187;. M. Heidegger, &#171; La question de la technique &#187;, in &lt;i&gt;Essais et Conf&#233;rence&lt;/i&gt; [1954], Paris, Gallimard, 2004, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La notion d'outil chez I. Illich ne porte pas uniquement sur la technique, elle regroupe tout objet, organisation, structure pris comme moyen d'une fin, et englobe donc autant les biens que les services. I. Illich, &lt;i&gt;La convivialit&#233;&lt;/i&gt; [1973], in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes vol. 1&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En effet, selon lui, si l'outil n'est pas maintenu dans une certaine limite, les moyens se changent en fins et ainsi, non seulement l'outil n'atteint plus la fin initiale de son usage, mais impose un monopole radical, en ce sens qu'il n'est plus possible que cohabitent d'autres outils et modes de production. De tels outils dominent alors l'individu et imposent une consommation obligatoire qui restreint son autonomie et sa libert&#233;. I. Illich, &lt;i&gt;La convivialit&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et ce &#171; depuis le basculement dans l'&#232;re capitaliste, et l'on peut consid&#233;rer qu'un des objectifs de l'invention technique depuis lors consiste &#224; enfermer l'objet technique dans un bo&#238;te noire, verrouill&#233;e pour l'utilisateur ou l'op&#233;rateur professionnel &#187;, selon A. Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 232.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hormis le photovolta&#239;que, une technologie de pointe, dont la r&#233;paration reste tr&#232;s limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme par exemple les multiples exp&#233;riences pour mettre au point un rev&#234;tement s&#233;lectif sur les panneaux solaires thermiques auto-construits (technique pour l'instant uniquement industrielle) auxquelles se livrent les amateurs d'EnR, avec la recherche du moins co&#251;teux, du plus simple et du recyclage, comme on peut l'observer sur un forum d'&#233;change mis en place pour partager les savoir-faire et exp&#233;riences du solaire thermique : &lt;a href=&#034;http://fr.groups.yahoo.com/group/auto_construction_solaire_thermique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://fr.groups.yahoo.com/group/auto_construction_solaire_thermique/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;I. Illich, &lt;i&gt;&#201;nergie et &#233;quit&#233;&lt;/i&gt; [1975], in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes vol. 1&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2005, p. 386.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le fort d&#233;veloppement technique avec les cons&#233;quences environnementales que l'on sait, n'a-t-il pas permis de montrer les limites d'une conception du monde qui s&#233;pare la nature de l'homme, d&#233;montrant que lorsque nous abandonnons nos artefacts, ils n'en cessent pas moins d'exister (la pollution par exemple), d&#233;voilant ainsi une nature &#171; vivante &#187; qui se modifie par nos actions et agit &#224; son tour sur nous ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que d&#233;montrent J.-C. Debeir, J.-P. Del&#233;age et D. H&#233;mery dans leur ouvrage collectif qui reste une r&#233;f&#233;rence sur l'histoire de l'&#233;nergie, &lt;i&gt;Les servitudes de la puissance, Une histoire de l'&#233;nergie&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La technologie et les dilemmes de la d&#233;croissance</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article199</link>
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		<dc:date>2021-11-05T18:05:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ernest GARCIA</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e 2006, l'IUCN (Union Mondiale pour la Nature) lan&#231;a un d&#233;bat sur les bases conceptuelles de son action. La proposition initiale &#233;tait ainsi formul&#233;e : la notion de d&#233;veloppement durable a-t-elle un sens ? La r&#233;ponse est ambigu&#235; : &#171; Le concept est holistique, attractif et &#233;lastique [...]. Il est clair que le terme d&#233;veloppement durable en signifiant tout ne signifie rien &#187;, or, cette organisation avait largement particip&#233; au lancement de cette notion. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces doutes expriment (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'ann&#233;e 2006, l'IUCN (Union Mondiale pour la Nature) lan&#231;a un d&#233;bat sur les bases conceptuelles de son action. La proposition initiale &#233;tait ainsi formul&#233;e : la notion de d&#233;veloppement durable a-t-elle un sens ? La r&#233;ponse est ambigu&#235; : &#171; Le concept est holistique, attractif et &#233;lastique [...]. Il est clair que le terme d&#233;veloppement durable en signifiant tout ne signifie rien &#187;, or, cette organisation avait largement particip&#233; au lancement de cette notion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces doutes expriment un sentiment largement partag&#233;. Les usages rh&#233;toriques ont, en effet, d&#233;riv&#233; en un jargon qui n'est qu'une adaptation de la formule &#171; business as usual &#187;. Comme il en fut de ses pr&#233;d&#233;cesseurs (d&#233;veloppement social, humain...), le terme de d&#233;veloppement durable n'a pas &#233;t&#233; autre chose qu'une tentative pour &#233;tayer un programme d'expansion &#233;conomique dont les co&#251;ts, en termes d&#8216;in&#233;galit&#233; et de d&#233;t&#233;rioration des &#233;cosyst&#232;mes, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s &#233;normes et insolubles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interpr&#233;tation un peu pessimiste n'est pas seulement le r&#233;sultat d'une banalisation des discours sur la question, elle int&#232;gre plut&#244;t l'&#233;vidence que l'on a d&#233;pass&#233; les limites et que le temps de la promesse d'un quelconque d&#233;veloppement est fini. Triste constat qu'une phrase peut exprimer &#171; Ce mot d&#233;veloppement durable fut une bonne id&#233;e, il y a soixante ans (ou peut-&#234;tre deux cents ?), mais, aujourd'hui, la d&#233;mesure est telle que ce qui nous reste &#224; faire est de nous pr&#233;parer au pire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; des limites, quel que soit le point de vue&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La litt&#233;rature qui reconna&#238;t l'existence de limites d&#233;crit quatre th&#232;mes fondamentaux pour aborder les questions de &#171; soutenabilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous utilisons le terme de soutenabilit&#233; plut&#244;t que celui de durabilit&#233; car (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Bien qu'ind&#233;pendants, ils sont en r&#233;alit&#233; compl&#233;mentaires, je vais les passer en revue, mais on constatera que les conclusions sont proches, quel que soit le point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rien ne peut cro&#238;tre ind&#233;finiment dans un milieu fini&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En de nombreuses occasions ce qui a &#233;t&#233; d&#233;crit comme &#171; insoutenabilit&#233; &#187; n'est autre que la tendance &#224; d&#233;passer les limites de charge de l'&#233;cosyst&#232;me, en d&#233;bouchant ainsi sur un effondrement in&#233;vitable. Ceci est le point de vue formul&#233; par le Club de Rome d&#232;s 1972 : &#171; Si les tendances &#224; la croissance de la population du monde, l'industrialisation, la pollution, la production de nourriture et l'&#233;puisement des ressources restent inchang&#233;es, les limites &#224; la croissance sur cette plan&#232;te seront atteintes un jour ou l'autre dans les cent prochaines ann&#233;es. Le r&#233;sultat le plus probable sera une baisse plut&#244;t soudaine et incontr&#244;lable tant de la population que de la capacit&#233; industrielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Meadows, D.H. ; Meadows, D.L. ; Randers, J. et W.W. Behrens (1972) : Los (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destin&#233;e de ce rapport a &#233;t&#233; pour le moins curieuse. Presque tout le monde se souvient de l'&#233;motion &#233;norme qu'il a suscit&#233;e, mais bien peu se souviennent du propos et sont encore int&#233;ress&#233;s par ses pr&#233;visions. Un examen rapide nous montre que la situation actuelle est tr&#232;s proche de ce qui serait arriv&#233; si toutes les tendances enregistr&#233;es n'avaient pas chang&#233;. La population mondiale n'atteint pas encore 7 milliards, mais elle a tr&#232;s largement d&#233;pass&#233; les 6 milliards. L'investissement en capital a cr&#251; plus ou moins selon ce qui &#233;tait pr&#233;vu. La pr&#233;vision la plus contest&#233;e sur l'utilisation de min&#233;raux non &#233;nerg&#233;tiques a &#233;t&#233;, il est vrai, la moins v&#233;rifi&#233;e, mais les donn&#233;es sur le pic imminent du p&#233;trole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deffeyes, K.S. (2001) : Hubbert's Peak : The Impending World Oil Shortage. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; compensent les quelques erreurs en ce qui concerne les m&#233;taux. Les tensions dans la production alimentaire sont aussi visibles. La pollution a des effets plus dramatiques que ceux attendus &#8211; pour le changement climatique, surtout &#8211; mais la pr&#233;cision des projections est remarquable : la concentration de CO2 dans l'atmosph&#232;re, alors estim&#233;e &#224; 380 ppm pour l'an 2000, atteint actuellement 370 ppm&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Keeling, C.D. et T.P. Whorf (2004) : Atmospheric CO2 concentrations derived (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans l'ensemble, la projection surprend plus par sa justesse que par ses d&#233;viations. En d'autres termes, nous ne pouvons que constater combien les mesures prises ont &#233;t&#233; inop&#233;rantes, ce qui n'est gu&#232;re surprenant quand les r&#233;ponses &#224; l'avertissement ont essentiellement consist&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter : limites ? Quelles limites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;vision la plus r&#233;currente du rapport de 1972 consistait &#224; affirmer que, si l'on ne freinait pas tr&#232;s rapidement la croissance de la population et du capital pour les maintenir aux niveaux de 1970, le monde, vers l'an 2000, serait d&#233;j&#224; entr&#233; dans une phase de &#171; translimitation &#187;, de d&#233;passement des limites impos&#233;es par une plan&#232;te finie. La mise &#224; jour du rapport, trente ans plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Meadows, D. ; Randers, J. et D. Meadows (2004) : Limits to Growth : The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a ajout&#233; deux conclusions. La premi&#232;re soutient que, depuis plus d'une d&#233;cennie d&#233;j&#224;, nous sommes effectivement entr&#233;s dans cette phase de d&#233;passement [l'affirmation s'appuie sur les calculs de l'empreinte &#233;cologique, un indicateur synth&#233;tique selon lequel l'utilisation des syst&#232;mes renouvelables d&#233;passe la capacit&#233; naturelle de remplacement dans une marge de 25 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hails, C., Loh, J., Goldfinger, S. (Eds). 2006. Living planet report 2006. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La deuxi&#232;me affirme que l'effondrement provoqu&#233; par le manque ou le retard d'une r&#233;ponse de port&#233;e suffisante, est plus probable qu'en 1972 (et plus difficile &#224; contrecarrer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rien n'est &#233;ternel&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les syst&#232;mes vivants ne peuvent subsister et &#233;voluer qu'en augmentant l'entropie de leur environnement. Les syst&#232;mes auto-organisateurs sont n&#233;cessairement des syst&#232;mes d&#233;sorganisateurs, qui d&#233;pendent d'un contact &#233;troit et d'une interaction permanente avec un environnement qui contient ordre et &#233;nergie en quantit&#233; suffisante, aux d&#233;pens duquel ils peuvent s'arranger pour survivre. Si le d&#233;sordre introduit dans l'environnement est trop grand, alors le syst&#232;me peut &#8211; peut-&#234;tre &#8211; acc&#233;der &#224; un nouveau niveau adaptatif en consommant davantage d'&#233;nergie (mais aussi en augmentant plus encore la d&#233;gradation ambiante). L'inviabilit&#233; peut aussi &#234;tre consid&#233;r&#233;e, par cons&#233;quent, comme le r&#233;sultat de l'accroissement d'entropie g&#233;n&#233;r&#233; par des processus de production trop grands ou trop intensifs. Cette acception est implicite dans l'affirmation que rien ne dure &#233;ternellement, qu'aucun processus mat&#233;riel ne peut &#234;tre ind&#233;finiment prolong&#233; dans un milieu fini. Dans ce contexte, viabilit&#233; tend &#224; s'identifier avec conservation (dans le sens de parcimonie dans l'utilisation des ressources), comme l'a signal&#233; le repr&#233;sentant le plus illustre de ce point de vue, Nicholas Georgescu-Roegen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georgescu-Roegen, N. (1993) : &#171; Looking back &#187;. European Association for (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et la conservation, dans la mesure o&#249; elle signifie un moindre usage des mat&#233;riaux et une moindre intensit&#233; de leurs mouvements sur la surface de la plan&#232;te, implique une &#233;chelle inf&#233;rieure des activit&#233;s &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Espace et aliment pour toutes les cr&#233;atures&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre angle d'analyse, souvent utilis&#233;, montre que le caract&#232;re non viable est surtout le r&#233;sultat d'un d&#233;s&#233;quilibre catastrophique dans le processus de co-&#233;volution. Si l'une des esp&#232;ces en pr&#233;sence profite d'un apport &#233;nerg&#233;tique trop grand, elle impose alors &#224; l'&#233;cosyst&#232;me une simplification radicale, en provoquant une r&#233;duction drastique de la diversit&#233; biologique. C'est ce qui se passe depuis le moment o&#249; l'esp&#232;ce humaine a d&#233;velopp&#233; une habilit&#233; sp&#233;cifique pour s'approprier &#224; grande &#233;chelle la production photosynth&#233;tique primaire. Dans ce contexte, la viabilit&#233; requiert qu'il y ait suffisamment d'espace et d'aliments pour le reste des cr&#233;atures. Cette acception est implicite dans le d&#233;bat sur la port&#233;e et les rythmes de la perte de biodiversit&#233;. Elle a &#233;t&#233; brillamment formul&#233;e dans un article fameux sur l'appropriation humaine de la production photosynth&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vitousek, P.M., P.R. Ehrlich, A.H. Ehrlich et P.A. Matson. 1986. &#171; Human (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'article donne les r&#233;sultats d'un calcul selon lequel les activit&#233;s humaines s'approprient pr&#232;s de 40 % de la production primaire nette potentielle sur la terre. La croissance d&#233;mographique et &#233;conomique pousse &#224; une appropriation toujours plus grande des produits de la photosynth&#232;se. L'analyse montre une limite absolue de la capacit&#233; de charge pour des &#234;tres humains, mais tient &#233;galement compte des effets sur d'autres esp&#232;ces, soulignant en conclusion la possibilit&#233; d'extinctions qui entra&#238;neraient une destruction aussi grande de la diversit&#233; organique que celle survenue, il y a 65 millions d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;veloppements post&#233;rieurs de cette ligne d'analyse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vitousek, P.M. ; Mooney, H.A. ; Lubchenco, J. et J.M. Melillo (1997) : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont insist&#233; sur le fait que la marge d'ind&#233;termination est vaste. Ils ont &#233;galement soulign&#233; que l'appropriation humaine de la production primaire nette pourrait d&#233;j&#224; avoir atteint des valeurs proches de 60 %, et qu'elle tend &#224; augmenter. Ces conclusions corroborent celles obtenues &#224; partir d'autres fa&#231;ons d'aborder le sujet, qui signalent une tendance &#8211; dont les effets sont d&#233;j&#224; en grande partie irr&#233;versibles &#8211; &#224; la d&#233;t&#233;rioration des fonctions utiles de la nature et de la capacit&#233; de la plan&#232;te &#224; maintenir les diff&#233;rentes formes de la vie. L'&lt;i&gt;&#201;valuation des &#201;cosyst&#232;mes pour le Mill&#233;naire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Millennium Ecosystem Assessment (2005) : Ecosystems and Human Well-being : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a conclu que 2/3 des prestations de la nature (&#171; &lt;i&gt;nature's services&lt;/i&gt; &#187; : production d'aliments, r&#233;gulation du climat, pollinisation, plaisir esth&#233;tique du paysage, etc....), se d&#233;t&#233;riorent dans le monde. L'Indice de Plan&#232;te Vivante, qui mesure les tendances de la diversit&#233; biologique en se basant sur des donn&#233;es de 1 313 esp&#232;ces de vert&#233;br&#233;s, a chut&#233; d'environ 30 % entre 1970 et 2003&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hails, C. et al (2006) : Living Planet Report 2006. Gland (Suiza), WWF (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La tendance globale, affirment les auteurs de ce calcul, sugg&#232;re que nous d&#233;gradons les syst&#232;mes naturels &#224; un rythme sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire. L'analyse de l'&#233;tat des &#233;cosyst&#232;mes, donc, d&#233;crit aussi une situation de d&#233;passement des limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;sacc&#233;l&#233;rer, d&#233;globaliser&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Insoutenabilit&#233;, enfin, pourrait signifier blocage des dispositifs sociaux d'apprentissage, suite &#224; une acc&#233;l&#233;ration excessive et &#224; une connectivit&#233; trop haute. L'apprentissage requiert du temps pour choisir positivement les adaptations viables. Il exige aussi des lieux non touch&#233;s par les effets de l'erreur, &#224; partir desquels il pourrait se corriger. Les deux conditions &#233;manent du fait central que l'erreur est in&#233;vitable. Si un syst&#232;me r&#233;flexif s'acc&#233;l&#232;re trop, ses centres de d&#233;cision commencent &#224; commettre des erreurs chaque fois plus grandes et chaque fois plus fr&#233;quentes. S'il se &#171; globalise &#187; trop, si tous ses &#233;l&#233;ments sont fortement connect&#233;s, les erreurs se diffusent partout et il manque alors d'espaces alternatifs disponibles pour des essais &#233;ventuellement r&#233;ussis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kafka, P. (1993) : &#171; Conditions of creation : The invisible hand and the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si, de plus, le syst&#232;me dispose d'une technologie de grand impact, c'est-&#224;-dire, capable d'alt&#233;rer intens&#233;ment l'&#233;cosyst&#232;me, toutes les conditions sont alors r&#233;unies pour une s&#233;rieuse inqui&#233;tude. Dans ces conditions, la viabilit&#233; consiste &#224; maintenir la flexibilit&#233;, en &#233;vitant une acc&#233;l&#233;ration et une interconnexion excessives. Selon cette analyse, une soci&#233;t&#233; devient non soutenable quand elle a de plus en plus d'options dans des intervalles de temps de plus en plus courts. Quand, par exemple, elle se montre incapable de contr&#244;ler la prolif&#233;ration nucl&#233;aire, quand elle introduit chaque ann&#233;e dans la nature des milliers de substances chimiques nouvelles ou quand elle se dispose &#224; faire la m&#234;me chose avec des milliers d'organismes g&#233;n&#233;tiquement manipul&#233;s. Le fait est que l'on constate une faillite profonde du syst&#232;me d'information d'o&#249; une amplification tr&#232;s puissante de la probabilit&#233; d'erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise &#233;cologique actuelle n'est pas nouvelle du fait qu'elle est &#233;cologique. Bien des cultures du pass&#233; ont abus&#233; de leurs ressources de base et, du coup, sont entr&#233;es en d&#233;cadence. Mais il s'agissait de cultures locales et le changement social a pu se poursuivre sur d'autres parties de la plan&#232;te. Maintenant, les dynamiques de ladite globalisation sont cause de d&#233;gradations partout et tr&#232;s rapidement. Cette nouvelle crise est une crise d'acc&#233;l&#233;ration et d'interconnexion. La soutenabilit&#233; est alors une question de freinage (ralentir de tous les points de vue) et de relocalisation. Mais la vague d'expansion est indissolublement li&#233;e &#224; l'acc&#233;l&#233;ration et &#224; la mondialisation. La freiner implique, d'une mani&#232;re ou d'une autre, une d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance : le changement social au-del&#224; des limites&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La perception du fait que nous sommes entr&#233;s dans la phase transitoire de translimitation se transforme en motif central de la litt&#233;rature &#8211; croissante en quantit&#233; et en impact &#8211; qui consid&#232;re possible un effondrement de la civilisation industrielle dans un futur proche et revoit, sous cette perspective, le sort encouru par diverses soci&#233;t&#233;s dans le pass&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diamond, J. (2005) : Collapse : How Societies Choose to Fail or Survive. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la port&#233;e et les &#233;ventuels effets sociaux du &#171; d&#233;clin &#187; est intense. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, il est aussi en grande partie souterrain. Ses outils sont plus les groupes de discussion sur le net que les grands moyens de communication. De petits centres de recherche et &#8211; parfois &#8211; d'individus isol&#233;s, sont plus souvent entr&#233;s en lice que les grandes institutions acad&#233;miques. Dans ce d&#233;bat, des frictions significatives qui forment des lignes de division potentielles se concentrent sur quelques points. La plus importante s&#233;pare ceux qui associent la d&#233;croissance &#224; un effondrement complet et catastrophique de la civilisation (le &lt;i&gt;die-off&lt;/i&gt;, le retour rapide &#224; la caverne de l'Olduvai, c'est-&#224;-dire &#224; l'origine pr&#233;historique de l'esp&#232;ce humaine) de ceux qui l'associent &#224; la continuit&#233; du bien-&#234;tre (en d&#233;fendant l'id&#233;e d'un &#171; d&#233;clin &#187; plus ou moins prosp&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La d&#233;croissance comme voie d'extinction&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;terminisme &#233;nerg&#233;tique n'est pas pr&#233;cis&#233;ment une nouveaut&#233;. Son expression de base peut &#234;tre formul&#233;e ainsi : la complexit&#233; sociale est fonction de l'utilisation d'&#233;nergie. Ce principe n'a pas eu beaucoup de succ&#232;s en th&#233;orie sociale, non pas parce qu'il n'est pas vrai (il a tout l'air de l'&#234;tre), mais pour deux autres raisons. La premi&#232;re d'entre elles est le postulat a priori du progr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gras, A. Fragilit&#233; de la puissance : se lib&#233;rer de l'emprise technologique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La conviction la plus r&#233;pandue consiste &#224; croire que l'&#233;nergie disponible est le r&#233;sultat combin&#233; de l'imagination humaine et de la n&#233;cessit&#233;. Par cons&#233;quent, si celle-ci venait &#224; manquer davantage, on trouverait d'autres sources et on les d&#233;velopperait. La seconde raison est l'impossibilit&#233; d'&#233;valuer &#224; partir de ce principe les caract&#233;ristiques concr&#232;tes des changements de complexit&#233; et de l'organisation sociale (irr&#233;ductibilit&#233; de l'&#233;v&#233;nement accidentel et de l'action rationnelle dans l'histoire), qui est, en fin de compte, ce qui int&#233;resse les sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conviction que le cycle historique ascendant de l'utilisation de combustibles fossiles touche &#224; sa fin, unie &#224; un scepticisme justifi&#233; quant &#224; l'existence d'alternatives &#233;nerg&#233;tiques assez abondantes et bon march&#233;, est &#224; la base de la pr&#233;vision qu'un effondrement de la population humaine sur la Terre ne peut &#234;tre retard&#233; au-del&#224; de quelques ann&#233;es. Quelques versions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Price, D. (1995) : &#171; Energy and human evolution &#187;, Population and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pr&#233;voient aussi que cet effondrement impliquera la fin de la civilisation, et non seulement son passage &#224; une &#233;chelle inf&#233;rieure soutenable, parce que les survivants, s'il y en a, ne seront pas capables de maintenir la complexe association de traits culturels dont les hommes modernes sont tellement fiers. Les soci&#233;t&#233;s post-effondrement devront vivre des vies plus simples, comme les chasseurs et les agriculteurs de subsistance du pass&#233;. Price ajoute que, &#224; son avis, ce n'est pas seulement la civilisation qui sera entra&#238;n&#233;e par la spirale descendante de l'effondrement, mais qu'il est peu probable que l'esp&#232;ce elle-m&#234;me puisse pr&#233;server longtemps la culture dont nous sommes si fiers. D'autres versions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Duncan, R.C. (2006) : &#171; The Olduvai theory : Energy, population, and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ajoutent une m&#233;diation technologique : la &#171; th&#233;orie Olduvai &#187;, propos&#233;e par cet auteur, sugg&#232;re que la civilisation industrielle aura dur&#233; au total pas plus d'un si&#232;cle, approximativement de 1930 &#224; 2030. Il utilise pour sa d&#233;monstration l'indicateur clef qu'est le quota d'&#233;nergie disponible par personne. Pour Duncan, le signal du d&#233;clin sera l'apparition r&#233;p&#233;t&#233;e de grandes coupures de courant, et l'affaiblissement de l'approvisionnement &#233;lectrique, pr&#233;alable &#224; la chute d&#233;finitive du r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces perspectives prolongent le d&#233;terminisme &#233;nerg&#233;tique bien au-del&#224; de son cadre. L'affirmation qu'une r&#233;duction de l'&#233;nergie disponible doit impliquer une r&#233;duction de la population, de la consommation, et/ou de la complexit&#233; organisationnelle me para&#238;t peu discutable. Au-del&#224;, commence l'incertitude, m&#234;me si nous nous limitons aux applications apparemment plus imm&#233;diates. Pour cette raison, l'affirmation que l'&#233;puisement des combustibles fossiles apportera la fin de la civilisation (ou m&#234;me de l'esp&#232;ce humaine) requiert une autre justification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre aspect du raisonnement d&#233;terministe (d&#233;terminisme biologique, dans ce cas) est g&#233;n&#233;ralement &#233;voqu&#233; &#224; ce propos. Par exemple, la th&#232;se que l'&#233;volution pousse toute population d'organismes &#224; se multiplier sans limite jusqu'&#224; &#233;puiser les ressources qui rendent possible cette expansion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morrison, R. (1999) : The Spirit in the Gene : Humanity's Proud Illusion and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une version particuli&#232;rement brutale de la combinaison de ces deux lignes d'argumentation nous a &#233;t&#233; r&#233;cemment offerte par l'hypoth&#232;se de la collision thermo/g&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'expression fait allusion au croisement entre les lois de la thermodynamique (qui expliquent la constante diminution de la masse de ressources) et les impulsions g&#233;n&#233;tiques (qui en r&#233;clament toujours plus). Une situation caract&#233;ris&#233;e par la surpopulation et par la baisse dans l'offre de ressources aboutit n&#233;cessairement &#224; une d&#233;sorganisation catastrophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La d&#233;croissance comme transition vers une soci&#233;t&#233; &#224; &#233;chelle humaine&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le postulat de la libert&#233; humaine, de la construction du cours de l'histoire &#224; travers des choix collectifs conscients, est &#224; la base des visions qui consid&#232;rent la d&#233;croissance comme une occasion d'organiser l'adaptation des soci&#233;t&#233;s humaines sur une &#233;chelle de temps soutenable. Un livre publi&#233; par Howard et Elisabeth Odum&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Odum, H.T. et E.C. Odum (2001) : A Prosperous Way Down : Principles and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; soutient, par exemple, que les &#233;cosyst&#232;mes et les civilisations ont en commun un cycle en quatre phases (croissance, climax, d&#233;croissance, puis lente r&#233;cup&#233;ration des ressources, avant une nouvelle phase ascendante). Selon eux, la soci&#233;t&#233; industrielle vit maintenant son climax et, par cons&#233;quent, la chute est imminente et in&#233;luctable. Ils estiment alors que l'application de principes ad&#233;quats &#224; une situation de ressources limit&#233;es (&#233;chelle r&#233;duite, efficience et coop&#233;ration) pourrait diminuer l'impact de la d&#233;croissance, et la rendre compatible avec le maintien d'un niveau de bien-&#234;tre suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kunstler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kunstler, J.H. (2005) : The Long Emergency : Surviving the Converging (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et Heinberg&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heinberg, R. (2004) : Powerdown : Options and Actions for a Post-Carbon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; voient le pic du p&#233;trole comme le signal de d&#233;part d'une crise prolong&#233;e, dont le trait le plus caract&#233;ristique sera une contraction chronique et g&#233;n&#233;ralis&#233;e, vue surtout comme l'opportunit&#233; d'un changement de direction vers le plus petit, le plus lent et le plus localis&#233; et un passage de la concurrence &#224; la coop&#233;ration et de la croissance illimit&#233;e &#224; l'autolimitation. Si l'on combinait l'adaptation &#224; un approvisionnement &#233;nerg&#233;tique d&#233;clinant (&lt;i&gt;powerdown&lt;/i&gt;) et le d&#233;veloppement de structures relocalis&#233;es d'organisation sociale, cette voie pourrait conduire, apr&#232;s la descente, &#224; une soci&#233;t&#233; moins peupl&#233;e. Elle serait moins consommatrice d'&#233;nergie et gagnante du bien-&#234;tre, avec plus de satisfactions artistiques et moins de consum&#233;risme, et organis&#233;e de mani&#232;re plus conviviale, ouverte &#224; des exp&#233;riences spirituelles plus profondes et distribu&#233;e en petites communaut&#233;s, dans lesquelles les personnes auraient plus de contr&#244;le sur leurs vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision de la d&#233;croissance comme opportunit&#233; a m&#234;me donn&#233; lieu &#224; quelques versions explicitement programmatiques. C'est le cas, par exemple, du groupe fran&#231;ais li&#233; &#224; l'&lt;i&gt;Institut d'&#201;tudes &#201;conomiques et Sociales pour la D&#233;croissance Soutenable&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif, Revue Silence, 2006.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, du protocole pour l'&#233;puisement du p&#233;trole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heinberg, R. (2006) : The Oil Depletion Protocol : A Plan to Avert Oil Wars, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de la proposition d' &#171; embrasser la Communaut&#233; de la Terre &#187; par la combinaison d'une esp&#232;ce de conversion religieuse, qui produirait de nouveaux mythes (des &#171; r&#233;cits fondateurs &#187; in&#233;dits) avec quelque support &lt;i&gt;high-tech&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Korten, D. (2006) : The Great Turning : From Empire to Earth Community. San (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diverses perspectives sur la d&#233;croissance et ses effets commencent &#224; susciter un grand int&#233;r&#234;t par leur capacit&#233; &#224; sugg&#233;rer l'ouverture d'horizons culturels nouveaux, plut&#244;t que par leur exactitude ou leur puissance pr&#233;dictive douteuse. Il me para&#238;t &#233;vident que toute tentative de pr&#233;dire &lt;i&gt;en d&#233;tail&lt;/i&gt; comment seront les soci&#233;t&#233;s post-fossilistes, d'anticiper les chemins que suivra le changement social &#171; apr&#232;s le carbone &#187;, est condamn&#233;e en bonne mesure &#224; &#234;tre r&#233;fut&#233;e par les faits (contre toute tentation d'&#233;volutionnisme social d&#233;terministe on peut lire Juan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Juan, S. (2006) : Critique de la d&#233;raison &#233;volutionniste : Animalisation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). En cela, la prolif&#233;ration en cours de propositions &#224; ce sujet rappelle beaucoup les caract&#233;ristiques (et s&#251;rement le destin) des discours du XIXe si&#232;cle sur le socialisme du futur. On pourrait parler, avec juste raison, de la floraison en puissance d'une nouvelle vague de pens&#233;e utopique. Et, en r&#233;alit&#233;, ma pr&#233;tention aujourd'hui est surtout de souhaiter la bienvenue &#224; cette fa&#231;on de penser (non pour ce qu'elle nous annonce du futur, mais pour ce qu'elle r&#233;v&#232;le du retour de l'histoire, avec toute son opaque incertitude).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La technologie dans l'&#232;re post-carbone : notes pour une philosophie de l'apr&#232;s d&#233;veloppement&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les enjeux sociaux du d&#233;passement des limites sont intrins&#232;quement incertains. Un demi-tour vers la d&#233;croissance pourrait &#234;tre imminent, d&#251; au pic du p&#233;trole, &#224; une modification soudaine et non lin&#233;aire des syst&#232;mes qui r&#233;gulent le climat, ou &#224; une combinaison de celles-ci et d'autres facteurs d&#233;clenchants. Le d&#233;bat ci-dessus suppose que la d&#233;croissance est d&#233;j&#224; in&#233;vitable, dans un d&#233;lai plus ou moins long. Toutefois, la m&#234;me incertitude d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e implique qu'on ne peut refuser la possibilit&#233; que ce d&#233;lai s'&#233;largisse. Peut-&#234;tre le d&#233;but du d&#233;clin de l'&#232;re industrielle sera-t-il retard&#233; &#224; la suite de changements technologiques, organisationnels ou culturels. Il n'y a pas moyen de le savoir parce que la relation entre une soci&#233;t&#233; et son environnement se produit toujours &#224; travers tellement de m&#233;diations que celles-ci ne peuvent &#234;tre pr&#233;vues avec anticipation : &#171; Il n'est pas possible de pr&#233;dire avec exactitude quelle sera la limite qui se pr&#233;sentera d'abord ou quelles seront ses cons&#233;quences, parce qu'il existe beaucoup de r&#233;ponses humaines concevables et impr&#233;visibles dans une telle situation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Meadows, D.H. ; Meadows, D.L. ; Randers, J. et W.W. Behrens (1972) : Los (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les options technologiques nous font entrer d'une mani&#232;re cruciale dans ce territoire terriblement incertain. Les sources d'&#233;nergie en sont un bon exemple. Toute civilisation se caract&#233;rise par un ensemble de recettes techniques qui reposent sur une technologie viable, c'est-&#224;-dire une technique de production d'&#233;nergie utile qui soutient tous les autres processus &#233;conomiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georgescu-Roegen, N. (1982) : &#171; La d&#233;gradation entropique et la destin&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la situation actuelle, on peut seulement &#234;tre raisonnablement s&#251;r de deux choses &#224; ce sujet : la premi&#232;re est que nous vivons la fin du cycle historique des combustibles fossiles ; la deuxi&#232;me est que &#8211; en mati&#232;re d'&#233;nergie &#8211; personne n'a d'id&#233;es claires sur ce qui viendra ensuite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Garcia, E. (2006) : &#171; Del pico del petr&#243;leo a las visiones de una sociedad (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peut-&#234;tre qu'un miracle technologique viendra &#224; notre secours et reconstituera temporairement notre fiert&#233; bless&#233;e d'esp&#232;ce dominante ? Peut-&#234;tre, personne ne le sait, personne ne peut le savoir. La discussion sur ce sujet garde un aspect religieux d&#233;primant. C'est surtout une histoire de foi, c'est-&#224;-dire, de croyance non rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la foi selon laquelle tous nos probl&#232;mes auront une solution technologique est tr&#232;s r&#233;pandue, mais ce n'est qu'une foi. Cela ne d&#233;montre rien. Et il n'y a aucune garantie que l'invention salvatrice se produise un jour. &#192; l'encontre de ce que l'on pense g&#233;n&#233;ralement, une nouvelle matrice &#233;nerg&#233;tique (une nouvelle technologie viable, ou prom&#233;th&#233;enne, dans le langage de Georgescu-Roegen) est une invention extr&#234;mement rare dans l'histoire humaine, qui ne s'est peut-&#234;tre produite qu'&#224; deux occasions (avec le contr&#244;le du feu et avec la machine &#224; vapeur). Rien ne garantit donc, qu'une nouvelle technologie viable soit sur le point d'appara&#238;tre. Il ne s'agit pas d'un &#233;v&#233;nement pr&#233;visible. On peut y croire ou ne pas y croire, c'est tout. Comme l'a remarqu&#233; presque toute la philosophie de la science du XXe si&#232;cle, la d&#233;couverte n'est pas programmable. Il est sens&#233;, alors, de supposer que le miracle attendu n'aura pas lieu (ce qui est parfaitement possible) et de s'interroger sur les implications d'une telle absence pour le changement social. Voil&#224; ce qui donne sens au d&#233;bat sur les soci&#233;t&#233;s &#171; post-carbone &#187; que j'ai pr&#233;c&#233;demment comment&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais pour finir encadrer la discussion &#224; partir de quatre principes. Premier principe : &lt;i&gt;toute solution technologique d&#233;place les limites, elle ne les annule pas&lt;/i&gt;. Ainsi, par exemple, si l'on arrivait &#224; contr&#244;ler la fusion nucl&#233;aire, on disposerait d'une source d'&#233;nergie suffisante pour maintenir temporairement le cycle d'expansion de l'&#232;re industrielle, mais seulement jusqu'&#224; des limites naturelles d'une autre nature (surpopulation, pollution, perte de diversit&#233; biologique ou quoi que ce soit). On l'avait d&#233;j&#224; dit, il y a trente-cinq ans : &#171; Quand nous introduisons les d&#233;veloppements technologiques qui parviennent &#224; &#233;liminer un obstacle &#224; la croissance ou &#224; &#233;viter un effondrement, le syst&#232;me cro&#238;t simplement jusqu'&#224; une autre limite, il le d&#233;passe temporairement et tombe. Vu cette premi&#232;re hypoth&#232;se &#8211; que la croissance de la population et du capital ne devrait pas d&#233;lib&#233;r&#233;ment &#234;tre limit&#233;e [...] nous n'avons pas encore pu trouver un ensemble de politiques qui &#233;vite le mode de comportement qui m&#232;ne &#224; l'effondrement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Meadows, D.H. ; Meadows, D.L. ; Randers, J. et W.W. Behrens (1972) : Los (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soins palliatifs technologiques en phase terminale de la croissance sont seulement provisoires. Ceci est une le&#231;on qu'on oublie trop fr&#233;quemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les espoirs des optimistes technologiques sont centr&#233;s sur la capacit&#233; de la technologie &#224; d&#233;placer ou &#233;tendre les limites de la croissance de la population et du capital. Nous avons d&#233;montr&#233; que, dans le mod&#232;le du monde, l'application de la technologie &#224; des probl&#232;mes apparemment d'&#233;puisement des ressources, de contamination ou de p&#233;nurie d'aliments, n'a aucun effet sur le probl&#232;me essentiel constitu&#233; par la croissance exponentielle dans un syst&#232;me fini et complexe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 182.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important d'ajouter que cette conclusion est ind&#233;pendante du type de technologies consid&#233;r&#233;es, et m&#234;me de l'&#233;ventualit&#233; d'une d&#233;rive positive de l'innovation. Entre les nombreux ajustements subtils que le premier rapport du Club de Rome a introduits dans ses pr&#233;visions, figurait l'&#233;ventualit&#233; d'un accroissement important de l'&#233;co-efficience, ainsi que la pr&#233;vision d'une d&#233;connexion significative entre croissance &#233;conomique et demande de mat&#233;riaux. Le facteur 4 avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; introduit dans les mod&#232;les de 1972 ! Et le r&#233;sultat &#233;tait toujours l'effondrement, d&#251; dans ce cas &#224; la p&#233;nurie alimentaire (bien que diff&#233;r&#233;e dans le temps et situ&#233;e &#224; un niveau d&#233;mographique et &#233;conomique tr&#232;s sup&#233;rieur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me principe : &lt;i&gt;de grandes technologies m&#232;nent &#224; de grandes chutes&lt;/i&gt;. Ainsi, prolonger dans le temps la croissance du volume de p&#233;trole extrait d'un gisement d&#233;termin&#233; au moyen d'efforts technologiques (comme la repressurisation &#8211; injection d'eau, etc. &#8211; ou la perforation horizontale multiple) a pour cons&#233;quence que la diminution de la production, lorsqu'elle se produit, est plus rapide et prononc&#233;e. Les r&#234;ves de la g&#233;o-ing&#233;nierie (contr&#244;ler le r&#233;chauffement de la Terre au moyen de miroirs r&#233;flecteurs g&#233;ants mis en orbite dans l'espace, par la diffusion massive d'a&#233;rosols artificiels ou par la prolif&#233;ration &#224; une grande &#233;chelle de dispositifs de captage de CO2) ont toutes les chances de se transformer en cauchemars si l'on essayait de les mettre en pratique. Selon les termes de Georgescu-Roegen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georgescu-Roegen, N. The Entropy Law and the Economic Process. Cambridge, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : les sciences technologiques devraient apprendre que la loi d'entropie implique que des artefacts plus grands et meilleurs produisent une pollution plus grande et meilleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me principe : &lt;i&gt;les technologies &#224; &#233;chelle humaine sont &#224; &#233;chelle humaine dans tous leurs effets&lt;/i&gt;. Il est clair que fait tout au long de mill&#233;naires. Il est &#233;vident qu'une plus grande utilisation des sources renouvelables pourrait prolonger sensiblement la vie de la matrice technologique pr&#233;sente. Il n'est pas &#233;vident, par contre, qu'il puisse exister une civilisation industrielle soutenue exclusivement par des convertisseurs de radiations solaires. Et, en tout cas, il est totalement improbable qu'une telle civilisation puisse conna&#238;tre l'expansion rapide qui a caract&#233;ris&#233; l'&#232;re des combustibles fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les biocombustibles, m&#234;me dans les conditions o&#249; ils ont un rendement &#233;nerg&#233;tique positif et ne sont pas un simple d&#233;versoir, ne pourraient jamais maintenir le transfert horizontal de mat&#233;riaux et de personnes &#224; l'&#233;chelle actuelle. Toute tentative pour forcer les choses dans cette direction conduirait &#224; une catastrophe &#233;cologique et &#224; un injustifiable accroissement de l'in&#233;galit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;rer compl&#232;tement la production alimentaire de son actuelle d&#233;pendance au p&#233;trole et au gaz supposerait une r&#233;introduction massive d'animaux de labeur ; mais la r&#233;introduction n&#233;cessaire pour nourrir une population humaine de plus de 7 milliards d'habitants est impensable. Au contraire, comme l'a dit Georgescu-Roegen, le p&#233;trole qui reste, apr&#232;s le pic de sa production, serait mieux employ&#233; dans la production agricole que dans le transport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; : peut-&#234;tre pourrait-on &#233;tablir une transition vers les &#233;nergies renouvelables. De plus, il est assez probable que cela se fasse, m&#234;me si c'est plus par force de n&#233;cessit&#233; que par pouvoir de conviction. Il est peu probable, cependant, qu'elle s'obtienne sans traumatisme et sans avoir pour r&#233;sultat un mode de vie notamment plus modeste et sobre que l'actuel, ainsi qu'une population nettement plus r&#233;duite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;McCluney, R. (2005) : &#171; Renewable energy limits &#187;. McKillop, A. et S. Newman (&#8230;)&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me principe : &lt;i&gt;toute technologie op&#232;re dans un cadre institutionnel, moral et esth&#233;tique d&#233;termin&#233;&lt;/i&gt;. Une solution technique pourrait se d&#233;finir comme celle &#171; qui exige un changement seulement dans les techniques des sciences de la nature, et tr&#232;s peu ou pas du tout dans les valeurs humaines ou dans la morale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hardin, G. (1968) : &#171; The tragedy of the commons &#187;. Science, vol. 162, 13 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais il y a tr&#232;s peu de probl&#232;mes, dans ce contexte de crise &#233;cologique, qui admettent une telle solution. Comme l'a dit Bateson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bateson, G. (1987) : Steps to an Ecology of Mind. London, Jason Aronson. p. 468.&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; une civilisation qui croit que la nature lui appartient pour la dominer et dispose, en plus, d'une technologie puissante a la m&#234;me probabilit&#233; de survivre qu'une boule de neige au milieu de l'enfer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tenants de la d&#233;croissance sont tout &#224; fait raisonnables quand ils soutiennent qu'une autre technologie suppose une autre conception de la vie et une autre fa&#231;on de la vivre. Toute tentative d'&#233;luder cette interd&#233;pendance est condamn&#233;e &#224; aggraver les choses dans un horizon qui, m&#234;me sans erreur syst&#233;mique, serait d&#233;j&#224; bien difficile et pr&#233;occupant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;sumerai, pour conclure, ma propre position. Les meilleures donn&#233;es disponibles sur la relation entre l'&#233;chelle physique de la soci&#233;t&#233; et la capacit&#233; de r&#233;cup&#233;ration (&#171; soutenabilit&#233; &#187;) de la plan&#232;te, sur la dissipation in&#233;vitable de ressources irrempla&#231;ables, sur l'&#233;tat des &#233;cosyst&#232;mes et sur la souplesse dans la r&#233;cup&#233;ration des erreurs, indiquent qu'on est d&#233;j&#224; entr&#233; dans une situation de d&#233;passement des limites. Sans changement substantiel dans la matrice technologique, dans l'organisation sociale et dans les syst&#232;mes de valeurs, cette situation ne peut qu'&#234;tre transitoire, c&#233;dant le pas, t&#244;t ou tard, &#224; une phase d'ajustement &#224; la baisse, c'est-&#224;-dire de d&#233;croissance. Plus on tarde &#224; commencer cet ajustement &#224; la baisse, plus les co&#251;ts de la d&#233;croissance seront &#233;lev&#233;s, en incluant la possibilit&#233; d'un effondrement de la civilisation. Les r&#233;ponses technologiques ne garantissent, en aucune mani&#232;re, que la dynamique en question puisse &#234;tre enray&#233;e et, de fait, elles pourraient dramatiquement aggraver ses effets, mais elles pourraient aussi les amortir en favorisant l'adaptation et la flexibilit&#233; gr&#226;ce &#224; des principes de pr&#233;caution, de conservation, et de contr&#244;le pour &#233;viter la d&#233;mesure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous utilisons le terme de soutenabilit&#233; plut&#244;t que celui de durabilit&#233; car il correspond &#224; l'usage g&#233;n&#233;ral pour la traduction du mot anglais &#171; sustainable &#187;. L'usage de l'adjectif durable est particulier &#224; la France (NdT). Garcia, E. (1997) : &#171; La sostenibilitat ecol&#242;gica : Diferents accepcions i implicacions per a les ci&#232;ncies socials &#187;. &lt;i&gt;Arxius de Sociologia&lt;/i&gt;, no 1, pp. 107-121. Garcia, E. (2004) : &lt;i&gt;Medio ambiente y sociedad : La civilizaci&#243;n industrial y los l&#237;mites del planeta&lt;/i&gt;. Madrid, Alianza Editorial.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Meadows, D.H. ; Meadows, D.L. ; Randers, J. et W.W. Behrens (1972) : &lt;i&gt;Los l&#237;mites del crecimiento : Informe al Club de Roma sobre el predicamento de la humanidad&lt;/i&gt;. M&#233;xico, Fondo de Cultura Econ&#243;mica. p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deffeyes, K.S. (2001) : &lt;i&gt;Hubbert's Peak : The Impending World Oil Shortage&lt;/i&gt;. Princeton (NJ), Princeton University Press.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Keeling, C.D. et T.P. Whorf (2004) : Atmospheric CO2 concentrations derived from flask air samples at sites in the SIO network. In &lt;i&gt;Trends : A Compendium of Data on Global Change&lt;/i&gt;. Oak Ridge (Tennessee), Carbon Dioxide Information Analysis Center, Oak Ridge National Laboratory, US Department of Energy.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Meadows, D. ; Randers, J. et D. Meadows (2004) : &lt;i&gt;Limits to Growth : The 30-year Update&lt;/i&gt;. White River Junction (VT), Chelsea Green.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hails, C., Loh, J., Goldfinger, S. (Eds). 2006. &lt;i&gt;Living planet report 2006&lt;/i&gt;. World Wide Fund for Nature International (WWF), Zoological Society of London (ZSL), Global Footprint Network, Gland, Switzerland.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georgescu-Roegen, N. (1993) : &#171; Looking back &#187;. European Association for Bioeconomic Studies : &lt;i&gt;Entropy and Bioeconomics : First International Conference of the EABS. Proceedings&lt;/i&gt;. Milano, Nagard, pp. 11-21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vitousek, P.M., P.R. Ehrlich, A.H. Ehrlich et P.A. Matson. 1986. &#171; Human appropriation of the products of photosynthesis. &#187; &lt;i&gt;BioScience&lt;/i&gt;, 34, n&#176; 6, pp. 368 &#8211; 374.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vitousek, P.M. ; Mooney, H.A. ; Lubchenco, J. et J.M. Melillo (1997) : &#171; Human domination of Earth's ecosystems &#187;. &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;, vol. 277, no 5325, pp. 494-499. Imhoff, M.L. ; Bounoua, L. ; Ricketts, T. ; Loucks, C. ; Harriss, R. et W.T. Lawrence (2004) : &#171; Global patterns in human consumption of net primary production &#187;. &lt;i&gt;Nature&lt;/i&gt;, vol. 429, June, pp. 870-873.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Millennium Ecosystem Assessment (2005) : &lt;i&gt;Ecosystems and Human Well-being : Synthesis&lt;/i&gt;. Washington, Island Press.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hails, C. &lt;i&gt;et al&lt;/i&gt; (2006) : &lt;i&gt;Living Planet Report 2006&lt;/i&gt;. Gland (Suiza), WWF International/Zoological Society of London/Global Footprint Network.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kafka, P. (1993) : &#171; Conditions of creation : The invisible hand and the global acceleration crisis &#187;. European Association for Bioeconomic Studies : &lt;i&gt;Entropy and Bioeconomics : First International Conference of the EABS. Proceedings&lt;/i&gt;. Milano, Nagard, pp. 344-369.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Diamond, J. (2005) : &lt;i&gt;Collapse : How Societies Choose to Fail or Survive&lt;/i&gt;. London, Allen Lane.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gras, A. &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance : se lib&#233;rer de l'emprise technologique&lt;/i&gt;, Paris, Fayard. 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Price, D. (1995) : &#171; Energy and human evolution &#187;, &lt;i&gt;Population and Environment&lt;/i&gt;, vol. 16, no 4, pp. 301-319.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Duncan, R.C. (2006) : &#171; The Olduvai theory : Energy, population, and industrial civilization &#187;. &lt;i&gt;The Social Contract&lt;/i&gt;, vol. 16, no 2, winter 2005-6, &lt; &lt;a href=&#034;http://www.hubbertpeak.com/duncan/OlduvaiTheorySocialContract.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.hubbertpeak.com/duncan/OlduvaiTheorySocialContract.pdf&lt;/a&gt; &gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morrison, R. (1999) : &lt;i&gt;The Spirit in the Gene : Humanity's Proud Illusion and the Laws of Nature&lt;/i&gt;. Ithaca (NY), Cornell University Press.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Odum, H.T. et E.C. Odum (2001) : &lt;i&gt;A Prosperous Way Down : Principles and Policies&lt;/i&gt;. Boulder, University Press of Colorado.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kunstler, J.H. (2005) : The Long Emergency : Surviving the Converging Catastrophes of the Twenty-first Century. New York, &lt;i&gt;Atlantic Monthly Press&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heinberg, R. (2004) : &lt;i&gt;Powerdown : Options and Actions for a Post-Carbon World&lt;/i&gt;. Gabriola Island, New Society.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Collectif, Revue &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt;, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heinberg, R. (2006) : &lt;i&gt;The Oil Depletion Protocol : A Plan to Avert Oil Wars, Terrorism and Economic Collapse&lt;/i&gt;. Gabriola Island, New Society.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Korten, D. (2006) : &lt;i&gt;The Great Turning : From Empire to Earth Community&lt;/i&gt;. San Francisco, Berrett-Koehler, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Juan, S. (2006) : &lt;i&gt;Critique de la d&#233;raison &#233;volutionniste : Animalisation de l'homme et processus de &#171; civilisation &#187;&lt;/i&gt;. Paris, L'Harmattan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Meadows, D.H. ; Meadows, D.L. ; Randers, J. et W.W. Behrens (1972) : &lt;i&gt;Los l&#237;mites del crecimiento : Informe al Club de Roma sobre el predicamento de la humanidad&lt;/i&gt;. M&#233;xico, Fondo de Cultura Econ&#243;mica. p. 113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georgescu-Roegen, N. (1982) : &#171; La d&#233;gradation entropique et la destin&#233;e prom&#233;th&#233;enne de la technologie humaine &#187;, &lt;i&gt;Economie Appliqu&#233;e&lt;/i&gt;, vol. XXXV, no 1-2, pp. 1-26. Georgescu-Roegen, N. (1984) : &#171; Feasible recipes versus viable technologies &#187;, &lt;i&gt;Atlantic Economic Journal&lt;/i&gt;, vol. XII, no 1, pp. 21-31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Garcia, E. (2006) : &#171; Del pico del petr&#243;leo a las visiones de una sociedad postfosilista &#187;. &lt;i&gt;Mientras Tanto&lt;/i&gt;, no 98, pp. 25-49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Meadows, D.H. ; Meadows, D.L. ; Randers, J. et W.W. Behrens (1972) : &lt;i&gt;Los l&#237;mites del crecimiento : Informe al Club de Roma sobre el predicamento de la humanidad&lt;/i&gt;. M&#233;xico, Fondo de Cultura Econ&#243;mica. p. 179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt; p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georgescu-Roegen, N. &lt;i&gt;The Entropy Law and the Economic Process&lt;/i&gt;. Cambridge, Harvard University Press.1971. p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;McCluney, R. (2005) : &#171; Renewable energy limits &#187;. McKillop, A. et S. Newman : &lt;i&gt;The final energy crisis&lt;/i&gt;. London,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hardin, G. (1968) : &#171; The tragedy of the commons &#187;. &lt;i&gt;Science&lt;/i&gt;, vol. 162, 13 d&#233;cembre, pp. 1243-1248.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bateson, G. (1987) : &lt;i&gt;Steps to an Ecology of Mind&lt;/i&gt;. London, Jason Aronson. p. 468.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fabrique du vivant et d&#233;croissance</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article198</link>
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		<dc:date>2021-11-04T21:58:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Testart</dc:creator>



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&lt;p&gt;On peut difficilement imaginer que certains &#233;l&#233;ments de la machine du progr&#232;s demeureraient indemnes de nouvelles conditions &#233;conomiques, et des nouveaux paradigmes de sociabilit&#233; qui en d&#233;coulent. Ce n'est pas seulement la carence du p&#233;trole et la r&#233;alit&#233; de l'effet de serre qui appelleront des solutions novatrices, c'est aussi la le&#231;on des &#233;checs de l'&#232;re industrielle, l'&#233;vidence qu'il faut r&#233;viser les certitudes du &#171; progr&#232;s &#187;, et l'instauration de nouvelles r&#232;gles pour la vie de chacun (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On peut difficilement imaginer que certains &#233;l&#233;ments de la machine du progr&#232;s demeureraient indemnes de nouvelles conditions &#233;conomiques, et des nouveaux paradigmes de sociabilit&#233; qui en d&#233;coulent. Ce n'est pas seulement la carence du p&#233;trole et la r&#233;alit&#233; de l'effet de serre qui appelleront des solutions novatrices, c'est aussi la le&#231;on des &#233;checs de l'&#232;re industrielle, l'&#233;vidence qu'il faut r&#233;viser les certitudes du &#171; progr&#232;s &#187;, et l'instauration de nouvelles r&#232;gles pour la vie de chacun et pour la vie collective. Ce monde ne pourra &#234;tre que plus convivial, ou alors il serait dramatiquement injuste, si un petit nombre s'appropriait les ressources rar&#233;fi&#233;es tout en poursuivant la d&#233;pr&#233;dation de la plan&#232;te, une &#233;ventualit&#233; qui rappelle que l'avenir sera aussi un effet de la politique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, dans l'hypoth&#232;se o&#249; la barbarie ne l'emporterait pas, notre monde devra survivre &#224; la r&#233;duction de sa consommation en d&#233;veloppant la frugalit&#233;, mais aussi des relations de coop&#233;ration et de solidarit&#233; qui, seules, peuvent rendre la d&#233;croissance supportable, si ce n'est r&#233;jouissante. Dans ce paysage o&#249; nous vivrons bient&#244;t, la recherche scientifique ne pourra pas poursuivre sa fonction actuelle, qui est essentiellement de rendre possible la consommation de nouveaux produits ou services pour le b&#233;n&#233;fice principal de puissances financi&#232;res. Mais cela ne veut pas dire que la recherche deviendrait interdite ou seulement superflue. Imaginer cette issue serait admettre que l'humanit&#233; dispose d'ores et d&#233;j&#224; de toutes les technologies n&#233;cessaires &#224; sa survie et m&#234;me &#224; son &#233;panouissement, une hypoth&#232;se mise &#224; mal, entre autre, par de vraisemblables nouveaux besoins, n&#233;s de nouvelles conditions d'existence. On peut m&#234;me imaginer le renouvellement du besoin de connaissances par la recherche dite &#171; fondamentale &#187;... une activit&#233; devenue un luxe en perdition dans nos soci&#233;t&#233;s n&#233;o-lib&#233;rales de comp&#233;tition ! Les utopistes de &lt;i&gt;La Nef des fous&lt;/i&gt; ont ainsi exp&#233;riment&#233; depuis trente ans les conditions d'une &#233;conomie domestique &#233;chappant aux crit&#232;res du d&#233;veloppement. Ils t&#233;moignent que &#171; les questions rencontr&#233;es nous ont amen&#233;s &#224; &#233;tudier des savoirs aussi vari&#233;s que la di&#233;t&#233;tique pour d&#233;finir nos plans de culture et d'&#233;levage, le droit pour d&#233;finir notre statut juridique et fiscal dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, la thermodynamique pour imaginer des moteurs nouveaux, l'&#233;lectronique pour la r&#233;gulation automatique de nos machines &#224; partir de composants r&#233;cup&#233;r&#233;s dans de vieux t&#233;l&#233;viseurs... Nous avons donc constitu&#233; une biblioth&#232;que technique d'ouvrages du XVIIIe si&#232;cle &#224; nos jours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diog&#232;ne, in D&#233;faire le d&#233;veloppement, refaire le monde, Parangon, 2000. 2 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... &#187;. On le voit, une activit&#233; inventive, souvent d&#233;connect&#233;e des laboratoires professionnels, ne s'oppose pas &#224; la pr&#233;diction d'Ivan Illich : &#171; Les deux-tiers de l'humanit&#233; peuvent encore &#233;viter de traverser l'&#226;ge industriel s'ils choisissent d&#232;s &#224; pr&#233;sent un mode de production fond&#233; sur un &#233;quilibre postindustriel, celui-l&#224; m&#234;me auquel les nations surindustrialis&#233;es vont &#234;tre accul&#233;es par la menace du chaos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Illich I. La Convivialit&#233;, Seuil, 1973.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la quasi totalit&#233; des r&#233;flexions autour de la d&#233;croissance, quand elles comportent des analyses plut&#244;t que des g&#233;n&#233;ralit&#233;s, portent sur les th&#232;mes de la gestion de l'&#233;nergie ou de l'&#233;conomie de proximit&#233;. Ce sont effectivement les th&#232;mes premiers, puisqu'un monde d&#233;croissant n'est pas forc&#233;ment le meilleur des mondes possibles, mais celui que va nous imposer la n&#233;cessit&#233; de faire avec les p&#233;nuries et les pollutions. C'est donc de fa&#231;on presque automatique qu'on pense l'agonie de la bagnole, de l'avion et du pavillon individuel, en m&#234;me temps qu'on peut imaginer des modes de vie responsables. Mais qu'en est-il de la science et des innovations dans des domaines qui semblent d&#233;connect&#233;s des pr&#233;occupations &#171; d&#233;croissantes &#187; actuelles ? Nous formulerons ici des hypoth&#232;ses sur le devenir possible des actions sur le vivant, appliqu&#233;es &#224; l'homme ou aux plantes cultiv&#233;es et aux animaux domestiques. Cet ensemble d'artifices concerne de nombreux champs : &lt;i&gt;procr&#233;ation&lt;/i&gt; (AMP), &lt;i&gt;contraception&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;st&#233;rilisation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;s&#233;lection&lt;/i&gt; (DPI, diversit&#233;), &lt;i&gt;correction&lt;/i&gt; (th&#233;rapie g&#233;nique), &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; (clonage), &lt;i&gt;modification&lt;/i&gt; (OGM), &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; (transhumanisme). Quand elles s'appliquent aux humains ces techniques ne rel&#232;vent pas de nouveaux biens mais de nouveaux services, dont on doit &#233;valuer la pertinence c'est-&#224;-dire le potentiel d'am&#233;lioration qualitative des conditions d'existence mais aussi l'effet anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, &#224; la Renaissance, l'anatomiste Andr&#233; V&#233;sale publia &lt;i&gt;La fabrique du corps humain&lt;/i&gt; (1543), fruit de ses dissections controvers&#233;es, il ne s'agissait que de description des os, muscles, nerfs, vaisseaux, organes, etc., sans pr&#233;tention &#224; enseigner le fonctionnement de la machine humaine. Aujourd'hui, l'anatomie est devenue une science d&#233;su&#232;te : les enjeux cognitifs, m&#233;dicaux et &#233;conomiques se sont port&#233;s sur la dimension fonctionnelle des &#171; machines vivantes &#187;, de la bact&#233;rie &#224; l'homme en passant par les plantes et les animaux. Et la &lt;i&gt;fabrique du corps humain&lt;/i&gt; a fait place &#224; une v&#233;ritable &lt;i&gt;fabrique du vivant&lt;/i&gt;, d&#233;bordant le descriptif pour cr&#233;er, modifier, g&#233;rer des organismes. Puisque cette fabrique du vivant occupe largement l'actualit&#233; et se d&#233;montre capable d'influencer notre devenir et celui du monde naturel, il est justifi&#233; de penser son statut et ses fonctions dans une soci&#233;t&#233; dont la gouvernance, les priorit&#233;s et les ressources seraient largement remodel&#233;es. C'est le cas d'une soci&#233;t&#233; amen&#233;e &#224; r&#233;viser son mode d'existence quand l'&#233;conomie n'est plus dict&#233;e par la croissance. Alors, la dimension anthropologique des technologies pourrait &#234;tre appr&#233;ci&#233;e en dehors des pressions parasites (int&#233;r&#234;ts des professionnels, industriels, id&#233;ologie de la performance...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons imm&#233;diatement que les r&#233;flexions qui suivent prennent le risque de mourir comme de fausses pr&#233;visions, une issue qui menace toujours le d&#233;broussaillage et l'audace prospective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les valeurs que nous consid&#233;rerons pour &#233;valuer les pratiques &#233;ventuelles de &lt;i&gt;fabrique du vivant&lt;/i&gt; sont surtout : dignit&#233; humaine, biodiversit&#233;, solidarit&#233;, coop&#233;ration, convivialit&#233;, fragilit&#233;, prudence, autonomie, responsabilit&#233;, tol&#233;rance. Nous n'envisagerons ici que les actions sur le vivant &#171; domestique &#187; ou visible, en n&#233;gligeant les effets des activit&#233;s humaines sur les myriades d'organismes, v&#233;g&#233;taux, insectes, champignons, et en n&#233;gligeant surtout que, pour sa plus grande part (80 %), le vivant habite la couche superficielle de la terre. Ainsi le mod&#232;le d'agriculture est aussi un mode de gestion de ces organismes, car c'est l&#224; que g&#238;t la source pour la fabrique naturelle et le renouvellement du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Procr&#233;ation&lt;/i&gt;. Sous le sigle AMP (Assistance m&#233;dicale &#224; la procr&#233;ation), on regroupe des m&#233;thodes artificielles comme la fivete (f&#233;condation in vitro et transfert d'embryon), l'ins&#233;mination artificielle (IA), le don d'ovules ou d'embryons... Faudrait-il se passer de ces fa&#231;ons r&#233;centes de faire des enfants ? Si l'AMP compte aujourd'hui pour environ 2 % des naissances dans les pays industrialis&#233;s, rares sont les PVD d&#233;pourvus de ces technologies (des centres de fivete existent par dizaines en Inde ou au Br&#233;sil par exemple). Bien s&#251;r, le constat d'une irruption technologique, m&#234;me g&#233;n&#233;ralis&#233;e, ne suffit pas &#224; la justifier, mais toutes les cultures reconnaissent le droit de procr&#233;er, m&#234;me &#224; l'aide de rites ou d'artifices contre les al&#233;as naturels, le Vatican, seul dans le monde, exprimant son opposition &#233;thique. Ces m&#233;thodes paraissant admises, faudrait-il s'abstenir de rechercher de nouveaux artifices pour am&#233;liorer les techniques disponibles ? D&#232;s qu'une pratique se r&#233;pand, &#224; la convenance des populations, les chercheurs ont mission d'&#233;liminer ses carences, ses &#233;checs et ses servitudes. Par ailleurs, les atteintes durables &#224; la fertilit&#233; provoqu&#233;es par les pollutions, d&#233;j&#224; r&#233;elles, de l'environnement ne poussent-elles pas au recours croissant &#224; l'AMP, pour r&#233;soudre des d&#233;sirs individuels autant que pour assurer la suite de l'esp&#232;ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf &#224; accepter la st&#233;rilit&#233; comme une fatalit&#233;, et sans oublier le recours potentiel, h&#233;las &#233;ternel, &#224; l'adoption d'enfants abandonn&#233;s, il restera l&#233;gitime pour un couple de faire &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; enfant, m&#234;me avec l'irruption de sp&#233;cialistes m&#233;dicaux dans son intimit&#233;. Toutefois, quand ces sp&#233;cialistes ne sont pas indispensables, on devrait pouvoir souvent s'en passer, au nom du principe d'autonomie (les lesbiennes am&#233;ricaines se sont depuis longtemps organis&#233;es pour r&#233;aliser elles-m&#234;mes l'ins&#233;mination vaginale, et obtiendraient de meilleurs r&#233;sultats que les gyn&#233;cologues...). D'autre part, quand les techniques de procr&#233;ation comportent la contribution de tiers (don de gam&#232;tes et d'embryons, m&#232;re-porteuse, procr&#233;ation de personnes seules ou de couples homosexuels) on pourrait &#233;viter les &#171; appariements &#187; de type v&#233;t&#233;rinaire qu'impose le pouvoir m&#233;dical. Il faudrait pour cela revaloriser l'adoption, ou r&#233;&#233;valuer les pratiques de secret-anonymat du tiers donneur (de gam&#232;tes ou d'embryons) actuellement obligatoires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Testart J. (dirig&#233; par) Le Magasin des enfants, Gallimard, 1994.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il reste aussi &#224; s'interroger sur l'issue de certains travaux, encore confidentiels et largement utopiques, qui visent &#224; produire des gam&#232;tes &#171; artificiels &#187; ou &#171; synth&#233;tiques &#187; &#224; partir de cellules souches pluripotentes, ou m&#234;me de cellules somatiques, extraites du corps du g&#233;niteur st&#233;rile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'ut&#233;rus artificiel, vieux fantasme masculin r&#233;cup&#233;r&#233; par certaines f&#233;ministes, il faut souhaiter qu'il demeure techniquement infaisable &#233;tant donn&#233; son haut degr&#233; d'exp&#233;rimentation humaine et d'instrumentalisation inutile de la grossesse. Enfin, certaines revendications, comme la grossesse masculine, n'ont pas m&#234;me pour but de r&#233;tablir une fonction emp&#234;ch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chez l'animal&lt;/i&gt;, les pratiques d'IA et de m&#232;res porteuses d'embryons s&#233;lectionn&#233;s conduisent &#224; des monopoles sur les g&#233;niteurs (herd books) et &#339;uvrent &#224; la rar&#233;faction vari&#233;tale (voir s&#233;lection).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Contraception&lt;/i&gt;. Les m&#233;thodes disponibles sont nombreuses et la diminution des ressources devrait valoriser ces artifices pour limiter le nombre des humains autant que pour ma&#238;triser la procr&#233;ation individuelle. La contraception &#171; naturelle &#187; le restera, mais conservera ses marges d'erreur. Les autres techniques font appel aux mati&#232;res plastiques ou aux hormones synth&#233;tiques... mais peut-&#234;tre ne faut-il pas &#234;tre plus d&#233;croissant que la d&#233;croissance ! C'est m&#234;me dans ce domaine de la contraception que des recherches pourraient s'av&#233;rer utiles afin de proposer des moyens contraceptifs non contraignants, en particulier pour les populations qui ne sont pas pr&#233;par&#233;es &#224; la discipline qu'exigent les pratiques actuelles. L'&#233;ventualit&#233; d'un vaccin contraceptif, appliqu&#233; &#224; l'un ou l'autre sexe et efficace pendant quelques ann&#233;es, pourrait s&#233;duire. J'ai personnellement &#233;prouv&#233; les r&#233;ticences de l'industrie pharmaceutique pour aider de telles recherches qui risquent d'entra&#238;ner un manque &#224; gagner consid&#233;rable par rapport aux m&#233;thodes hormonales...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;St&#233;rilisation&lt;/i&gt;. C'est une proposition extr&#234;me pour que l'humanit&#233; puisse survivre malgr&#233; la carence des ressources. Devant la difficult&#233; &#224; recruter massivement des &#171; volontaires &#187;, ce projet quitte l'apparence d'une action m&#233;dicale pour en venir aux solutions radicales et impos&#233;es : guerre, empoisonnement, &#233;limination des populations les plus prolifiques qui sont aussi les plus d&#233;munies. Puisque l'effectif du monde &#171; d&#233;velopp&#233; &#187; n'augmente quasiment plus, l'enrichissement r&#233;el des PVD pourrait &#234;tre une solution &#224; la surpopulation. Mais cette solution ne prend pas en compte la d&#233;croissance globale n&#233;cessaire pour la survie de la plan&#232;te, ni le temps de latence entre les pratiques malthusiennes et leurs &#233;ventuels effets sur l'am&#233;lioration du niveau de vie. Aussi, certains avancent des propositions pour des solutions extr&#234;mes : &#171; L'&#233;limination nucl&#233;aire instantan&#233;e des centres de population pourrait m&#234;me &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une d&#233;livrance, compar&#233;e aux famines et aux massacres se prolongeant pendant des d&#233;cennies. &#192; la longue, probablement avant 2150, la population mondiale sera tomb&#233;e &#224; un niveau que les &#233;nergies renouvelables, principalement la biomasse, pourront soutenir. Il est probable qu'elle soit similaire &#224; la population d'avant la R&#233;volution industrielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanton W, sur le site de l'ASPO :&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Affirmons que, dans le monde que nous souhaitons, les limites &#224; la procr&#233;ation ne peuvent en aucun cas aller au-del&#224; de la contraception volontaire ! Il est, par ailleurs, regrettable que les pr&#233;visionnistes n'envisagent pas d'autres fa&#231;ons de vivre, et en particulier de se nourrir (par exemple, la substitution de plantes l&#233;gumineuses &#224; la viande permettrait de nourrir plus de 10 milliards de personnes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chez les animaux&lt;/i&gt;, la st&#233;rilisation s'opposerait &#224; la prolificit&#233; qu'on exige des &#233;levages. Chapons, poulardes ou b&#339;ufs ne sont que des petits luxes pour parfaire la qualit&#233; des viandes, et la plupart des individus y &#233;chappent dans chaque esp&#232;ce. Mais les m&#226;les, m&#234;mes non castr&#233;s, sont fonctionnellement st&#233;rilis&#233;s si la reproduction des troupeaux n'est assur&#233;e que par quelques g&#233;niteurs, lesquels sont d&#233;tenus par les s&#233;lectionneurs. &lt;i&gt;Les plantes&lt;/i&gt; constituent une cible plus ais&#233;e pour les techniques st&#233;rilisantes. Est-ce seulement pour augmenter la productivit&#233; ou surtout pour fortifier le march&#233; des semences que certaines esp&#232;ces (ma&#239;s) sont essentiellement commercialis&#233;es sous une forme &#171; hybride &#187; qui assure leur st&#233;rilit&#233; ? L'uniformisation g&#233;n&#233;tique qui caract&#233;rise les plants hybrides para&#238;t peu propice pour affronter les changements climatiques et les fl&#233;aux biologiques &#224; venir. Le fameux transg&#232;ne &lt;i&gt;Terminator&lt;/i&gt; que les multinationales menacent d'introduire dans les plantes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;es (OGM) &#171; pour mieux contr&#244;ler leur diss&#233;mination &#187; permettrait surtout de remplacer les contr&#244;les policiers actuels pour assurer l'impossibilit&#233; de resemer des graines r&#233;colt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a bien montr&#233; Jean-Pierre Berlan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Berlan J. P. La Guerre au vivant. OGM et mystifications scientifiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le but des &#171; n&#233;crotechnologies &#187; est &#171; d'exproprier cette propri&#233;t&#233; malheureuse des plantes et des animaux : se reproduire et se multiplier &#187;. Il s'agit donc de s&#233;parer la &lt;i&gt;production&lt;/i&gt; qui reste dans les mains de l'agriculteur, de la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; qui devient le privil&#232;ge de l'investisseur, c'est-&#224;-dire de quelques multinationales. D'o&#249; le projet &#171; s&#233;culaire mortif&#232;re &#187; de st&#233;rilisation du vivant. Ces pratiques mercantiles, contraires &#224; l'int&#233;r&#234;t commun, cesseront si on assure la reprise en main de l'agriculture par les paysans eux-m&#234;mes, et qu'on emp&#234;che l'appropriation du vivant par le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S&#233;lection&lt;/i&gt;. On touche ici un domaine d&#233;j&#224; sensible. L'&#233;limination de certains f&#339;tus ou embryons est motiv&#233;e aussi bien par la charge sociale qu'imposent les handicap&#233;s que par le refus d'accepter des personnes diff&#233;rentes. Qu'en sera-t-il dans une soci&#233;t&#233; d&#233;croissante ? Si on consid&#232;re la charge sociale que repr&#233;senteraient des individus malades ou inactifs, elle pourrait appara&#238;tre de plus en plus insupportable dans un monde moins opulent... Mais, &#224; l'inverse, si des relations solidaires et conviviales s'instaurent r&#233;ellement, les personnes handicap&#233;es pourraient trouver leur place comme il arrivait avant l'av&#232;nement de la soci&#233;t&#233; industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui risque de changer la donne, c'est l'&#233;volution prochaine des techniques concernant le tri des embryons (diagnostic pr&#233;implantatoire = DPI). Qu'en sera-t-il quand la production &lt;i&gt;in vitro&lt;/i&gt; d'ovules en abondance, &#224; partir d'innombrables ovocytes immatures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Testart J. Des Ovules en abondance ? M&#233;decine/Sciences 20, 2004.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; g&#233;n&#233;rera des embryons en masse, et qu'on pourra trier selon des caract&#233;ristiques nombreuses, sans que la femme ne doive souffrir les actes de stimulation hormonale, monitorage de l'ovulation et ponction folliculaire qui caract&#233;risent aujourd'hui la fivete ? Cette perspective ouvre, &#224; moyen terme, la s&#233;lection des enfants &#224; tous les parents potentiels, m&#234;me normalement fertiles. Qui souhaiterait alors choisir un embryon g&#233;n&#233;tiquement &#171; tar&#233; &#187; si des dizaines d'embryons &#171; normaux &#187; sont disponibles ? Une telle banalisation consensuelle de la norme par la &#171; s&#233;lection comp&#233;titive &#187; ouvre &#224; un nouvel eug&#233;nisme, v&#233;ritable mise en science et en fantasmes du n&#233;o-lib&#233;ralisme. Il existe une convergence objective entre les int&#233;r&#234;ts &#233;tatiques des soci&#233;t&#233;s de comp&#233;tition et les angoisses de l'anormalit&#233; chez les futurs parents. Le premier terme devant s'att&#233;nuer dans le monde de l'apr&#232;s-croissance, reste &#224; esp&#233;rer que le second s'&#233;puisera dans de nouvelles valeurs de sociabilit&#233;. Il faut bien voir aussi que la multiplication des diagnostics chez l'embryon, l'enfant et l'adulte am&#232;nera &#224; la caract&#233;risation g&#233;n&#233;tique de plus en plus complexe des individus existants (non &#233;limin&#233;s dans l'&#339;uf) et &#224; alimenter ainsi le champ de la m&#233;decine pr&#233;dictive en fonction de la fr&#233;quence statistique des &#171; facteurs de risque &#187; associ&#233;s &#224; chaque g&#233;nome. D'o&#249; des consignes comportementales pr&#233;ventives et la production d'une ing&#233;nierie m&#233;dicale (m&#233;dicaments, examens, r&#233;gimes) le plus souvent inutile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Testart J. Des hommes probables, Seuil, 1999.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi serait amplifi&#233; jusqu'&#224; l'absurde le constat d'Ivan Illich : &#171; La m&#233;decine cr&#233;e les pathologies qu'elle diagnostique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appliqu&#233;e aux &#234;tres vivants non humains (plantes et animaux), la s&#233;lection est aussi &#224; double tranchant. Si elle permet de conserver et am&#233;liorer des vari&#233;t&#233;s utiles (comme on l'a fait depuis toujours), elle peut aussi r&#233;duire la biodiversit&#233;, une cons&#233;quence qui pourrait s'av&#233;rer dramatique dans les conditions pr&#233;visibles de changements climatiques rapides. Il faudra certainement restituer l'outil s&#233;lectif au monde paysan, ce qui ne peut arriver qu'en r&#233;duisant les avantages qu'en retirent les industriels (brevets, droits divers). Mais cela ne signifie pas que la recherche publique doive s'abstenir de poursuivre son travail de mise &#224; jour des meilleures vari&#233;t&#233;s, y compris avec les outils sophistiqu&#233;s de la g&#233;n&#233;tique. Il existe naturellement des plantes et animaux dou&#233;s de propri&#233;t&#233;s encore mal exploit&#233;es. Les identifier et inclure ces propri&#233;t&#233;s dans l'inventaire du vivant domestique ne n&#233;cessite pas de construire des chim&#232;res intersp&#233;cifiques et para&#238;t positif dans le cadre d'un &#233;largissement de la diversit&#233; plut&#244;t que dans sa restriction. Ainsi l'acclimatation des esp&#232;ces utiles &#224; l'homme peut &#233;largir l'&#233;levage ou la culture &#224; des territoires hostiles ou &#224; des conditions climatiques nouvelles, une perspective qui n'a rien &#224; voir avec le productivisme de l'agriculture intensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Correction&lt;/i&gt;. Bien des proth&#232;ses permettent de corriger efficacement les erreurs du vivant ou les accidents de l'existence (lunettes, greffe d'organe, chirurgie r&#233;paratrice, etc.). L'attrait de certains de ces actes, par exemple la chirurgie esth&#233;tique, pourrait diminuer dans une soci&#233;t&#233; plus tol&#233;rante et moins soumise aux images de perfection, mais on ne voit ni la n&#233;cessit&#233; ni le bien fond&#233; de d&#233;cr&#233;ter leur interdiction. Le cas de la correction des maladies g&#233;n&#233;tiques (th&#233;rapie g&#233;nique) m&#233;rite plus de circonspection tant il mobilise de moyens sans avoir d&#233;montr&#233; sa faisabilit&#233;. Il n'est pas l&#233;gitime qu'un lobby comme le T&#233;l&#233;thon joue sans vergogne sur des sollicitations &#233;motionnelles pour recueillir des sommes consid&#233;rables qui lui permettent de canaliser les moyens de l'appareil public de recherche. Cet exemple est embl&#233;matique de la n&#233;cessit&#233; d'une gouvernance d&#233;mocratis&#233;e de la recherche scientifique, prenant en compte les besoins r&#233;els, des hypoth&#232;ses valid&#233;es et l'affectation proportionn&#233;e des moyens disponibles. De m&#234;me est-il abusif que certains chercheurs veuillent imposer des th&#233;rapies hypoth&#233;tiques avec des cellules correctrices obtenues par clonage (cellules souches embryonnaires = cellules ES). Ce projet, en voie d'&#234;tre impos&#233;, n'est encore qu'une utopie, puisque sa faisabilit&#233; n'a pas &#233;t&#233; montr&#233;e dans un mod&#232;le animal (ici on rencontrera l'hostilit&#233; absolue de certains pour l'exp&#233;rimentation animale, mais, s'il est souvent possible de tester des m&#233;dicaments sur des mod&#232;les cellulaires plut&#244;t que sur animaux vivants, on voit mal comment exp&#233;rimenter des th&#233;rapies cellulaires hors des organismes entiers. Le choix est alors entre cobaye humain ou cobaye animal). De plus le recours aux cellules ES n'appara&#238;t pas n&#233;cessaire tant que des cellules souches moins probl&#233;matiques (extraites du liquide amniotique ou du cordon ombilical, ou d'organismes adultes, ou encore d'embryons vou&#233;s &#224; &#234;tre d&#233;truits) n'ont pas &#233;t&#233; &#233;valu&#233;es compl&#232;tement dans ce but. Il faut souhaiter que tous les projets de recherche controvers&#233;s soient soumis &#224; la critique des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Reproduction&lt;/i&gt;. Au contraire de la procr&#233;ation h&#233;t&#233;rosexuelle qui engendre toujours une descendance vari&#233;e et impr&#233;visible, la reproduction pr&#233;tend recopier un mod&#232;le unique (clonage). Son recours pour des &#234;tres humains supposerait que les &#171; &#233;lus &#187; soient reconnus pour des qualit&#233;s exceptionnelles g&#233;n&#233;tiquement d&#233;termin&#233;es, ou alors que certains puissants s'arrogeraient le &#171; droit &#187; absurde d'immortalit&#233;. Seul un syst&#232;me &#233;litiste, voire totalitaire, pourrait revendiquer le clonage humain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faut-il vraiment cloner l'homme ? Forum Diderot, PUF, 1999.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appliqu&#233; aux &lt;i&gt;animaux&lt;/i&gt; d'&#233;levage, le clonage vise &#224; perp&#233;tuer des qualit&#233;s g&#233;n&#233;tiques, &#233;ventuellement acquises par transgen&#232;se (voir modification). La multiplication asexu&#233;e de ces individus d'&lt;i&gt;&#233;lite&lt;/i&gt; participe &#224; la course au productivisme au m&#233;pris de la diversit&#233;, &#224; la sp&#233;cialisation outranci&#232;re des animaux au m&#233;pris de leur robustesse... et &#224; la privatisation marchande des ressources animales, comme il arrive d&#233;j&#224; avec les &lt;i&gt;plantes&lt;/i&gt; pour lesquelles le clonage (bouturage) est le mode naturel de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Modification&lt;/i&gt;. Pour les m&#234;mes raisons que le clonage, la modification du g&#233;nome humain (transgen&#232;se au stade de l'embryon) ne saurait &#234;tre justifi&#233;e : quel g&#232;ne ajouter &#224; l'humanit&#233; ? Au contraire des animaux ou plantes transg&#233;niques (OGM), nul ne peut dire ce que signifierait le projet d'&lt;i&gt;am&#233;liorer&lt;/i&gt; les humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des &lt;i&gt;plantes et animaux&lt;/i&gt; domestiques, c'est seulement une strat&#233;gie productiviste qui pousse &#224; modifier d&#233;lib&#233;r&#233;ment les g&#233;nomes. Cette strat&#233;gie bute sur des &#233;cueils impr&#233;vus par le r&#233;ductionnisme des g&#233;n&#233;ticiens (OGM manifestant des caract&#232;res ind&#233;sirables, effets seulement temporaires, acquisition de r&#233;sistances par les parasites). On peut m&#234;me penser que la modification g&#233;n&#233;tique des &#234;tres vivants est une absurdit&#233; &#233;cologique dans la mesure o&#249; la ma&#238;trise de ces cr&#233;atures sera toujours en retard sur la r&#233;alit&#233; d'un environnement naturel perturb&#233; en permanence (et d&#233;sormais de fa&#231;on acc&#233;l&#233;r&#233;e). Alors, s'il existe des modifications g&#233;n&#233;tiques d'int&#233;r&#234;t en agriculture, ce seraient seulement parmi celles qui &#233;largissent les perspectives d'acclimatation, comme on l'a &#233;voqu&#233; pour la s&#233;lection (tol&#233;rance au sel, &#224; la s&#233;cheresse). Mais de tels buts pourraient &#234;tre plus s&#251;rement approch&#233;s par des m&#233;thodes de s&#233;lection, &#233;ventuellement assist&#233;e par des marqueurs g&#233;n&#233;tiques, que par l'introduction de g&#232;nes &#233;trangers dans le g&#233;nome des plantes ou des animaux domestiques. Dans une soci&#233;t&#233; qui prendrait soin de ses ressources biologiques, et refuserait leur accaparement par des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, il semble &#233;vident que les droits exigibles sur des vari&#233;t&#233;s am&#233;lior&#233;es seraient limit&#233;s, et que les brevets sur le vivant seraient supprim&#233;s. Dans ces conditions, on peut parier que l'engouement actuel des industriels du vivant pour la transgen&#232;se, au prix de promesses mensong&#232;res, (&#171; nourrir le tiers-monde &#187;, &#171; prot&#233;ger l'environnement &#187;...) tomberait avec les pr&#233;rogatives du brevet...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cr&#233;ation&lt;/i&gt;. Il s'agit de d&#233;lires anciens de la science-fiction, que la science officielle vient juste de revendiquer. On y trouve p&#234;le-m&#234;le : la substitution d'une nouvelle base &#224; l'une des 4 bases (A, T, G, C) constitutives de l'ADN ; la fabrication de chim&#232;res par fusion des embryons d'esp&#232;ces diff&#233;rentes ; la cr&#233;ation de &#171; transhumains &#187; gr&#226;ce &#224; la convergence des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l'information, sciences cognitives). Tous ces projets sont en contradiction absolue avec les valeurs qui permettraient de survivre &#224; la croissance sans sombrer dans la barbarie. Le transhumanisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dupuy J.P. &#171; Quand les technologies convergeront &#187;, Futuribles 300, sept 2004.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; m&#233;rite une mention sp&#233;ciale, parce qu'il est &#224; la fois le plus fou et le plus s&#233;rieusement consid&#233;r&#233; dans les milieux qui comptent, surtout aux &#201;tats-Unis. Il s'agit de d&#233;passer les limites physiques et mentales de l'humain en am&#233;liorant ses capacit&#233;s par l'utilisation de drogues, par le traitement de ses informations c&#233;r&#233;brales &lt;i&gt;ex vivo&lt;/i&gt; dans un ordinateur ou &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; des nanorobots... Le transhumanisme s'oppose &#224; l'humanisme en rempla&#231;ant l'&#233;ducation et les r&#233;formes sociales par l'am&#233;lioration techno-g&#233;n&#233;tique de l'esp&#232;ce. Alors la pens&#233;e deviendrait un objet quantifiable, et la &#171; neur&#233;thique &#187; permettrait de la rationaliser (en commen&#231;ant par la localisation des &#171; aires c&#233;r&#233;brales de la morale &#187; et &#171; de la religion &#187;...). On est l&#224; dans une volont&#233; de m&#233;canisation de l'humain visant la gestion efficace d'une soci&#233;t&#233; d&#233;shumanis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusions&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la civilisation de diversit&#233; que nous souhaitons, la r&#233;gulation des probl&#232;mes de bio&#233;thique ne devrait pas d&#233;pendre de r&#232;gles &#233;dict&#233;es &#171; d'en haut &#187;. Pourtant, ici encore, la libert&#233; de chacun devrait s'arr&#234;ter l&#224; o&#249; commence celle des autres. La question est alors : en quoi, et &#224; qui, certaines pratiques &#233;voqu&#233;es ici sont-elles pr&#233;judiciables, et quelle n&#233;cessit&#233; avons-nous d'une &#233;thique commune ? Cette question est d&#233;j&#224; pos&#233;e dans la soci&#233;t&#233; de comp&#233;tition et les r&#233;ponses r&#233;sultent d'un compromis entre divers lobbies (m&#233;decins, industries des biotechnologies, religions) et des attitudes culturelles (mystique du progr&#232;s, humanisme, &#233;cologie profonde). Ce qui pourrait changer, si la soci&#233;t&#233; relativement d&#233;sali&#233;n&#233;e n'&#233;tait plus pilot&#233;e par des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, c'est le pouvoir des lobbies professionnels et industriels d'une part, et le poids des certitudes d'autre part. Il restera que, je le sais d'exp&#233;rience, deux &#233;thiques coexistent en chacun d'entre nous, m&#234;me si leur conflit n'appara&#238;t qu'en de rares occasions de crise : d'une part l'&#233;thique commune fond&#233;e sur des g&#233;n&#233;ralit&#233;s et refusant le plus souvent les transgressions &#224; la r&#232;gle (morale) commune ; d'autre part l'&#233;thique de situation qui porte chacun &#224; consid&#233;rer que le mal d'un proche (ou le sien propre) constitue un cas particulier susceptible d'exception. Nul ne peut se faire juge des tourments int&#233;rieurs. S'il est l&#233;gitime de fonder des r&#232;gles (comme les lois de bio&#233;thique) dans une soci&#233;t&#233; o&#249; des charognards veillent sur toutes les d&#233;tresses exploitables, on peut esp&#233;rer qu'une autre &#171; biopolitique &#187; serait possible dans un monde apais&#233;. Pas d'illusions ! Il y aura toujours des pervers, des frustr&#233;s du r&#233;el, des gourmands de fantasmes... Dans tous les actes qui bouleversent les r&#232;gles communes du jeu procr&#233;atif (comme faire un enfant apr&#232;s la m&#233;nopause, ou dans un ventre masculin, se faire cloner) ceux-l&#224; resteront largement minoritaires et leurs comportements ne sauraient influencer s&#233;rieusement la soci&#233;t&#233;. Jean Rostand indiquait d&#233;j&#224; que son inqui&#233;tude ne d&#233;coulait pas de l'irruption de quelques savants fous, mais de la tranquille assurance de tous les autres pour fabriquer un avenir jamais &#233;valu&#233;. Il en est de m&#234;me en bio&#233;thique : ce ne sont pas les positions en marge qui d&#233;font la &#171; morale &#187; des peuples, ce sont les revendications raisonnables, mais qui m&#233;prisent les limites, qui ignorent la rupture entre l'espoir du mieux et l'obsession du meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il restera plus ais&#233; et moins violent de surveiller en amont l'&#233;laboration des possibles dans les laboratoires que de l&#226;cher la police sur des contrevenants... Mais ce qui para&#238;t certain, c'est que le r&#244;le et les orientations de la recherche, comme la gestion des innovations, devront, de plus en plus, &#234;tre soumis aux attentes v&#233;ritables de la soci&#233;t&#233;. &lt;i&gt;Ouvrir la recherche&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;mettre la science en d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, ces v&#339;ux qui justifient les combats de la Fondation sciences citoyennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FSC :&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; devraient devenir des &#233;vidences collectives et imposer une nouvelle gouvernance de la recherche scientifique, ne serait-ce que par la conscience d'une communaut&#233; des destins, pour le refus des gaspillages, pour la veille vigilante sur un monde fragilis&#233;. Pour &#233;laborer ces r&#232;gles de vie commune, on devra d'abord s'accorder sur le mode d'emploi de la d&#233;mocratie : faut-il faire confiance aux sp&#233;cialistes, ou glaner les avis bruts de la population, les deux solutions le plus souvent pratiqu&#233;es pour d&#233;cider du &#171; progr&#232;s &#187; ? Mon opinion est qu'il faut, et qu'il faudra toujours, organiser des proc&#233;dures combinant l'acquisition de savoirs avec la valorisation du &#171; bon sens &#187;, c'est ce que peuvent et pourront faire, par exemple, les conf&#233;rences de citoyens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Testart J. Le V&#233;lo, le mur et le citoyen, Belin, 2006. Des &#233;l&#233;ments (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Diog&#232;ne, in &lt;i&gt;D&#233;faire le d&#233;veloppement, refaire le monde&lt;/i&gt;, Parangon, 2000. 2 Illich I. La Convivialit&#233;, Seuil, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Illich I. &lt;i&gt;La Convivialit&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Testart J. (dirig&#233; par) &lt;i&gt;Le Magasin des enfants&lt;/i&gt;, Gallimard, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanton W, sur le site de l'ASPO : &lt;a href=&#034;http://www.peakoil.net/,2005&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.peakoil.net/,2005&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Berlan J. P. &lt;i&gt;La Guerre au vivant. OGM et mystifications scientifiques&lt;/i&gt;, Agone, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Testart J. &lt;i&gt;Des Ovules en abondance ?&lt;/i&gt; M&#233;decine/Sciences 20, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Testart J. &lt;i&gt;Des hommes probables&lt;/i&gt;, Seuil, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Faut-il vraiment cloner l'homme ?&lt;/i&gt; Forum Diderot, PUF, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dupuy J.P. &#171; Quand les technologies convergeront &#187;, &lt;i&gt;Futuribles&lt;/i&gt; 300, sept 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FSC : &lt;a href=&#034;http://www.sciencescitoyennes.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.sciencescitoyennes.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Testart J. &lt;i&gt;Le V&#233;lo, le mur et le citoyen&lt;/i&gt;, Belin, 2006. Des &#233;l&#233;ments compl&#233;mentaires peuvent &#234;tre trouv&#233;s sur mon site : &lt;a href=&#034;http://jacques.testart.free.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://jacques.testart.free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Proposer</title>
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&lt;p&gt;Pour Jacques Testart, il est urgent que la pens&#233;e de la d&#233;croissance int&#232;gre une r&#233;flexion qui d&#233;bouche sur des propositions concr&#232;tes dans le domaine scientifique et dans les champs sp&#233;cifiques que sont : la procr&#233;ation, la contraception, la st&#233;rilisation, la s&#233;lection, la correction, la reproduction, la modification, la cr&#233;ation. Autant de secteurs de recherches porteurs de promesses, mais aussi lourds de menaces. Il s'agit d'esp&#233;rer qu'une autre &#171; biopolitique &#187; soit possible dans un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour &lt;i&gt;Jacques Testart&lt;/i&gt;, il est urgent que la pens&#233;e de la d&#233;croissance int&#232;gre une r&#233;flexion qui d&#233;bouche sur des propositions concr&#232;tes dans le domaine scientifique et dans les champs sp&#233;cifiques que sont : la procr&#233;ation, la contraception, la st&#233;rilisation, la s&#233;lection, la correction, la reproduction, la modification, la cr&#233;ation. Autant de secteurs de recherches porteurs de promesses, mais aussi lourds de menaces. Il s'agit d'esp&#233;rer qu'une autre &#171; biopolitique &#187; soit possible dans un monde apais&#233;. Mais pour y parvenir, &#171; le r&#244;le et les orientations de la recherche, comme la gestion des innovations, devront, de plus en plus, &#234;tre soumis aux attentes v&#233;ritables de la soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement de la biodiversit&#233; est un indicateur majeur du caract&#232;re insoutenable du mod&#232;le dominant. Freiner la mondialisation au profit d'une relocalisation &#171; implique d'une mani&#232;re ou d'une autre, une d&#233;croissance &#187;. Mais pour &lt;i&gt;Ernest Garcia&lt;/i&gt;, cette d&#233;croissance doit &#234;tre comprise comme &#171; transition vers une soci&#233;t&#233; &#224; &#233;chelle humaine &#187;, sans que soit exclue pour autant l'hypoth&#232;se d'un effondrement de la civilisation. Il ne faut pas oublier que &#171; les soins palliatifs technologiques en phase terminale de la croissance sont seulement provisoires &#187;. L'auteur propose enfin d'int&#233;grer &#171; quatre principes &#187; pouvant att&#233;nuer, &#233;cologiquement et socialement, les effets n&#233;gatifs d'une in&#233;luctable d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Laure Dobigny&lt;/i&gt;, quant &#224; elle, s'attache &#224; pr&#233;senter des pistes mettant en relation l'autonomisation &#233;nerg&#233;tique locale et les pr&#233;mices d'un changement social radical. Le d&#233;veloppement et l'usage des &#233;nergies renouvelables doivent se d&#233;gager de l'id&#233;ologie technologique dominante. La pratique de la d&#233;croissance implique une sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique induisant un autre rapport &#224; la nature et une autre organisation sociale dans laquelle l'autonomie individuelle, comme celle des communes ou des villes, conduit paradoxalement &#224; davantage de liens sociaux. Cette r&#233;orientation des modes de vie est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre. Elle doit &#234;tre poursuivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Simon Charbonneau&lt;/i&gt; donne un exemple de cette r&#233;organisation indispensable dans la politique des transports et des moyens de communication. Il montre que les capacit&#233;s de r&#233;sistance des populations &#224; des projets de croissance d'infrastructures peuvent modifier les d&#233;cisions politiques. &#171; Dans le monde domin&#233; par la fuite en avant vers &#8220;le toujours plus&#8221;, les postures de r&#233;sistance sont dans tous les domaines une ardente obligation politique et morale &#187;. Mais l'auteur rappelle un pr&#233;alable incontournable &#224; ces postures et &#224; ces actions : il convient de distinguer au pr&#233;alable &#171; la d&#233;croissance subie de la d&#233;croissance choisie &#187;. Il s'agit rien moins que d'une r&#233;volution politique et d&#233;mocratique qui nous place face &#224; un d&#233;fi sans pr&#233;c&#233;dent, qui est un ultime &#171; sursaut spirituel. Voil&#224; o&#249; peut mener une r&#233;flexion sur la d&#233;croissance des transports &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, il n'y a pas d'alternative aux carburants p&#233;troliers sans une remise en question du r&#244;le des transports. Partant d'une analyse des relations entre la s&#233;curit&#233; alimentaire, les revenus agricoles et les technologies de croissance soutenues par la politique agricole commune depuis un demi-si&#232;cle, les propositions de &lt;i&gt;Paul Lannoye&lt;/i&gt; s'attachent, afin d'en sortir, &#224; d&#233;montrer la d&#233;mesure et l'impasse actuelle dans d'autres domaines d'activit&#233;s. Il s'agit d'abord de renoncer &#224; l'esprit de domination, puis de consid&#233;rer &#171; l'&#233;nergie comme cl&#233; du changement de paradigme &#187;. Les techniques existent pour impulser un changement d&#233;terminant, mais la volont&#233; politique reste inf&#233;od&#233;e &#224; la logique dominante de la croissance &#224; tout prix. Il faut privil&#233;gier un usage alimentaire des terres cultivables. Le recours aux ressources renouvelables et locales, comme aux techniques appropri&#233;es, implique que &#171; soient lev&#233;s les obstacles id&#233;ologiques et politiques &#187; qui en interdisent la gestion conviviale, &#233;cologiquement et socialement responsable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les id&#233;ologies du d&#233;veloppement personnel</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article196</link>
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		<dc:date>2021-11-04T19:40:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul ARI&#200;S</dc:creator>



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&lt;p&gt;La critique du complexe technoscientifique semble faire l'unanimit&#233; parmi les objecteurs de croissance. Cette posture est grosse cependant de sous-entendus et parfois m&#234;me de malentendus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne reviendrai pas ici sur la logique des syst&#232;mes techniciens consid&#233;rant ce savoir comme acquis. J'insisterai en revanche sur le danger que fait courir &#224; la d&#233;croissance une posture technophobe (malheureusement assez commune dans nos r&#233;seaux), d'autant plus qu'elle masque parfois une soumission &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La critique du complexe technoscientifique semble faire l'unanimit&#233; parmi les objecteurs de croissance. Cette posture est grosse cependant de sous-entendus et parfois m&#234;me de malentendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reviendrai pas ici sur la logique des syst&#232;mes techniciens consid&#233;rant ce savoir comme acquis. J'insisterai en revanche sur le danger que fait courir &#224; la d&#233;croissance une posture technophobe (malheureusement assez commune dans nos r&#233;seaux), d'autant plus qu'elle masque parfois une soumission &#224; l'id&#233;ologie de la croissance personnelle et &#224; ses techniques corporelles et mentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les dangers d'une posture technophobe&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les partisans de la croissance nous excommunient souvent au nom de notre suppos&#233;e technophobie. Comment pourrions-nous pourtant opter s&#233;rieusement pour cette (im)posture intellectuelle puisque nous savons tous qu'elle n'est que l'autre face de la technophilie ambiante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire des sciences et des techniques montre que les choses sont bien plus complexes. Jacques Testart a raison de nous mettre en garde contre la logique propre de la technoscience, et de rappeler que toute technique finit toujours par s'imposer au-del&#224; de la volont&#233; de ses initiateurs. Commen&#231;ons par accepter l'eug&#233;nisme n&#233;gatif (&#233;limination de certaines pathologies) et on finira par avoir l'eug&#233;nisme positif (par ne plus tol&#233;rer les &#233;carts &#224; la norme autrefois consid&#233;r&#233;s comme normaux)... D'autres sp&#233;cialistes de l'histoire des techniques rappellent cependant que l'invention d'une technique et la ma&#238;trise d'un savoir scientifique ne suffisent pas pour en permettre l'usage. On conna&#238;t bien l'exemple des communaut&#233;s Amish qui refusent non seulement l'&#233;lectricit&#233;, les moteurs &#224; explosion mais aussi parfois le v&#233;lo, bien qu'ils en connaissent parfaitement l'utilisation. On pourrait citer aussi les communaut&#233;s indiennes qui, bien que connaissant la roue, la r&#233;servaient pour le seul usage des jouets. On sait aussi comment en empruntant le cheval aux Blancs, les Indiens le priveront de sa technologie blanche (selle, &#233;triers, harnais) pour en faire un autre cheval, plus conforme &#224; leur vision du monde. M&#233;fions-nous donc de ne pas naturaliser la technoscience. Pour que le complexe technoscientifique puisse imposer ses objets, ses visions, ses fa&#231;ons de faire, encore faut-il que ces derniers s'inscrivent dans un contexte culturel qui les rend acceptables. C'est donc ce contexte culturel qui doit retenir notre attention et non pas le point de vue de l'ing&#233;nieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les fantasmes ou les fictions culturelles dans lesquelles prend corps la technoscience ? Dans quelle mesure ce complexe technoscientifique prend-il pied dans notre imaginaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mise en garde est grosse de cons&#233;quences politiques, et donc aussi pratiques. Faut-il par exemple nous laisser enfermer dans une opposition technophilie/technophobie qui se nourrit de l'arri&#232;re-plan m&#233;taphysique et ontologique propre au syst&#232;me culturel technicien ? Refuser toute technologie serait non seulement impossible, mais nous renverrait automatiquement vers une posture religieuse, certes possible, mais politiquement tr&#232;s dangereuse. Les milieux de la d&#233;croissance entretiennent la m&#233;moire des luddites, ces ouvriers anglais cassant les machines qui mena&#231;aient directement leur travail et leur identit&#233;, mais qui les s&#233;lectionnaient justement pour cette seule raison et non pas en raison d'une position de principe anti-machine. Faut-il camper dans un refus de toute technologie ou opposer aux proth&#232;ses techniques acc&#233;l&#233;ratrices des proth&#232;ses techniques destin&#233;es &#224; ralentir et &#224; relocaliser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition, certes simpliste, entre technologies douces et dures n'&#233;tait-elle pas finalement plus utile ? Pour avoir consacr&#233; de longues ann&#233;es &#224; &#233;tudier l'histoire de l'alimentation humaine, je sais combien notre humanisation doit &#224; celle de notre table, et combien cette derni&#232;re fut toujours tributaire de l'essor des rituels, mais aussi des sciences, des techniques et des objets : savoirs et techniques en mati&#232;re de chasse, d'agriculture, d'&#233;levage, de conservation, de cuisson, d'assaisonnement, de d&#233;coupe, de service, de dressage des assiettes, de physiologie du go&#251;t, etc. Est-ce un hasard si les formes modernes de la restauration, qui visent &#224; imposer un palais reptilien satisfaisant les sensations organoleptiques de base (sucr&#233;, sal&#233;, craquant, croustillant, mou, etc.), s'en prennent syst&#233;matiquement non seulement &#224; la diversit&#233; des cultures et des produits alimentaires, mais aussi aux rituels, aux techniques et aux objets qui ont fait les diff&#233;rentes tables humaines ? Est-ce un hasard si McDonald's supprime couverts et assiette, et si Coca-Cola remplace le verre par la canette ? Ne s'agit-il pas en supprimant ces objets techniques et les rituels qui les englobent de r&#233;duire la distance qui permet de passer de la nutrition (du corps biologique) &#224; l'alimentation (le corps du gourmet) et finalement du mangeur au consommateur de produits alimentaires ? Les objets techniques peuvent &#234;tre aussi ce qui introduit cette distance n&#233;cessaire &#224; l'humanisation. C'est pourquoi Sartre d&#233;testait les fruits et choisissait syst&#233;matiquement des desserts &#171; inauthentiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apprenons donc &#224; articuler la critique n&#233;gative des techniques et des machines &#224; faire de la croissance &#224; celle, positive, des techniques et des machines &#224; faire de la d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les techniques de d&#233;veloppement personnel&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre grande b&#233;vue de certains objecteurs de croissance consiste &#224; opposer les techniques de d&#233;veloppement personnel (imm&#233;diatement connot&#233;es positivement) aux techniques de transformation de la mati&#232;re (toujours r&#233;prouv&#233;es), sans voir qu'elles rel&#232;vent des m&#234;mes logiques. On peut m&#234;me penser que ces techniques corporelles ou mentales, loin de r&#233;sister aux formes de l'id&#233;ologie d&#233;veloppementaliste t&#233;moignent de leur victoire en nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous acceptons &#224; travers ces techniques notre objectivation ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, notre d&#233;subjectivation. Ce n'est plus seulement la mati&#232;re (le monde ext&#233;rieur) qu'il conviendrait de conna&#238;tre sur ce mode op&#233;ratoire, mais l'humain lui-m&#234;me dans l'ensemble de ses dimensions physiques et mentales. Beaucoup de ceux qui condamnent sans appel le complexe technoscientifique sont cependant pr&#234;ts &#224; offrir leur corps et leur pens&#233;e aux m&#234;mes logiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense au contraire que l'id&#233;ologie du d&#233;veloppement personnel constitue aujourd'hui la nouvelle &#233;tape de l'id&#233;ologie croissanciste. L'id&#233;ologie de la croissance personnelle est donc un faux ami de l'objection de croissance. C'est le fossoyeur des valeurs qui nous sont n&#233;cessaires pour pouvoir encore r&#233;sister. L'id&#233;ologie &lt;i&gt;New Age&lt;/i&gt; n'est pas n&#233;e par hasard dans le c&#339;ur du capitalisme industriel. Elle se d&#233;veloppe depuis sous des aspects chamarr&#233;s et son offre marketing se diversifie. Elle s'&#233;tire de son versant chimique (les drogues) &#224; son versant pseudo-religieux ou corporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les techniques de d&#233;veloppement corporel&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le capitalisme est parvenu &#224; capter les revendications de Mai 68 pour les transformer en marchandises, mais aussi pour en faire le support mat&#233;riel et id&#233;el de son id&#233;ologie d&#233;veloppementaliste en acte. On prendra deux exemples : celui des techniques sportives et des techniques sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La &#171; sportivation &#187; de la vie comme id&#233;ologie du capitalisme&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les objecteurs de croissance fr&#233;quentent peu les salles de sport et de musculation. Ils ont majoritairement fait leurs les critiques de l'id&#233;ologie sportive d&#233;velopp&#233;es depuis une trentaine d'ann&#233;es, notamment par les auteurs de la revue &lt;i&gt;Quel Corps ?&lt;/i&gt; Il serait cependant tout aussi faux de consid&#233;rer que toute activit&#233; sportive est en soi id&#233;ologiquement compatible avec le syst&#232;me. L'&#233;chec du &#171; sport ouvrier &#187; longtemps oppos&#233; au &#171; sport bourgeois &#187; est davantage l'indice d'une incompatibilit&#233; id&#233;ologique que d'une inf&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sport caricature la fa&#231;on dont un domaine d'activit&#233; se d&#233;grade, et la mani&#232;re dont les citoyens et les usagers refoulent ce qu'ils savent du caract&#232;re nocif de cette activit&#233;. Le sport requiert des techniques, souvent des objets, parfois un savoir scientifique. Le fonctionnement id&#233;ologique du sport au service du syst&#232;me &#233;conomique est relativement r&#233;cent. Les historiens ont montr&#233; que le sport ne fut interdit au peuple qu'avec la soci&#233;t&#233; industrielle. Il n'&#233;tait plus question qu'il puisse gaspiller ainsi inutilement son &#233;nergie comme il le faisait autrefois notamment avec le jeu de la soulte (anc&#234;tre du rugby). Cette interdiction prendra une tournure extr&#234;me en Angleterre au XVIIIe si&#232;cle obligeant les rois Jacques Ier et Charles Ier &#224; publier divers textes de loi pour limiter l'influence des puritains : les prol&#233;taires conserveront de justesse le droit de faire du sport le dimanche, malgr&#233; la farouche opposition des premiers &#171; capitaines d'industrie &#187;. Le sport sera ensuite mis au service de la d&#233;fense de l'&#201;tat-nation avec, en France, la cr&#233;ation, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, des fameux &#171; bataillons scolaires &#187;. Les g&#233;n&#233;raux avaient alors besoin de soldats r&#233;sistants et ob&#233;issants. L'inculcation des techniques sportives &#233;tait la premi&#232;re &#233;tape de cette militarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie sportive remplit aujourd'hui une nouvelle fonction. On peut certes penser avec Raoul Vaneigem que le non-emploi massif de la force de travail par l'industrie rend cette &#233;nergie disponible : mieux vaudrait taper dans un ballon que revendiquer. Cette critique de l'id&#233;ologie sportive peut &#234;tre cependant prolong&#233;e gr&#226;ce notamment aux travaux d'auteurs comme Jean-Marie Brohm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie sportive traduit aujourd'hui en termes marchands certaines revendications sur le droit &#224; disposer librement de son corps. Le sport est devenu un march&#233; comme un autre, avec la commercialisation de ses objets, de ses &#233;quipements, de ses techniques toujours plus pouss&#233;es. Il faudrait aussi comprendre pourquoi certains sports, objets et techniques (v&#233;lo et marcheurs d'appartement, sports de glisse) se d&#233;veloppent alors que d'autres r&#233;gressent (sports collectifs). Cette industrie sportive est devenue tout &#224; la fois fabrique et consommation du corps. Elle condense donc les deux faces de l'&#233;conomisme : productivisme et consum&#233;risme. Ces techniques et objets sont de ceux qui permettent un v&#233;ritable m&#233;susage corporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sport est aujourd'hui une des formes les plus abouties de la &#171; junkproduction &#187;. Ce &#171; junksport &#187; est d&#233;j&#224; dangereux pour les individus (sportifs) eux-m&#234;mes : &#171; Le corps sportif est un corps &#171; travaill&#233; &#187; tr&#232;s t&#244;t par le syst&#232;me sportif (probl&#232;me de l'entra&#238;nement sportif pr&#233;coce), un corps m&#233;dicalis&#233; et drogu&#233; (pr&#233;paration biologique, dopage), un corps meurtri et expos&#233; (masochisme, prise de risque), un corps robotis&#233; (recherche de l'efficacit&#233; et du geste parfait), et un corps domin&#233; (d&#233;veloppement de la psychologie sportive)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Caillat, L'Id&#233;ologie du sport en France, &#201;ditions de la Passion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; junksport &#187; repr&#233;sente aussi un danger comme mod&#232;le de vie &#224; g&#233;n&#233;raliser. Il entretient tout d'abord l'id&#233;ologie du dopage qui a depuis longtemps contamin&#233; le sport amateur. Il offre aussi la forme principale par/dans laquelle la soci&#233;t&#233; &#233;conomique se donne en spectacle, notamment aupr&#232;s des plus faibles (domin&#233;s et exploit&#233;s) avec le spectacle de la comp&#233;tition, le spectacle de la marchandise (la place de la publicit&#233; dans le sport) et m&#234;me la mise en abyme du spectacle avec l'organisation de spectacles (lotos sportifs) autour du spectacle sportif (Mundial). Le sport naturalise non seulement l'id&#233;ologie de la concurrence et de la &#171; gagne &#187; (l'essentiel n'est plus de participer mais d'&#234;tre le num&#233;ro un ou deux... comme dans la jungle &#233;conomique), mais la banalisation de la souffrance (marathon), la transgression des r&#232;gles, l'obligation de r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie sportive banalise ainsi l'obligation de positiver alors qu'elle repose sur l'&#233;limination. C'est l'id&#233;ologie du &#171; maillon faible &#187;, du nom d'une funeste &#233;mission de t&#233;l&#233;vision, comme m&#233;taphore de l'hyper-capitalisme &#224; laquelle r&#233;pond dans le quotidien la banale question &#171; comment &#231;a va ? &#187; qui n'attend pas de r&#233;ponse et surtout pas de r&#233;ponse n&#233;gative ou m&#234;me la nouvelle id&#233;ologie alimentaire qui promet de nous apporter produits en main &#171; la forme sans les formes &#187;. Cette id&#233;ologie sportive est aussi celle de l'homme d'action revu par la soci&#233;t&#233; &#233;conomique, celui que symbolise le jouet mondialis&#233; sous le nom d'Action Man (version masculine de la tristement c&#233;l&#232;bre poup&#233;e Barbie) et auquel correspond le syndrome de celui qui veut &#171; travailler plus pour gagner plus &#187; et son fr&#232;re jumeau qui veut &#171; consommer davantage pour vivre davantage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les techniques sexuelles comme id&#233;ologie du capitalisme&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Non seulement nous assistons &#224; une globalisation (standardisation) des sexualit&#233;s &#8211; pratiques et conceptions &#8211; (pourquoi d'ailleurs la sexualit&#233; serait-elle le seul domaine &#224; faire exception ?) mais en outre la vogue en mati&#232;re de technologies sexuelles et d'objets sexuels issus pour partie des milieux de la magie sexuelle et pour une autre partie de l'industrie pornographique v&#233;hicule des phantasmes totalement en phase avec l'id&#233;ologie d&#233;veloppementaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf : Paul Ari&#232;s, Satanisme et vampirisme, Golias, 2006&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces techniques sexuelles m&#234;me lorsqu'elles ne s'inscrivent pas dans le culte de la toute-puissance, (avec des m&#233;thodes issues du tantrisme de la main gauche comme la r&#233;tention spermatique ou l'introduction d'un tube dans le canal de l'ur&#232;tre pour puiser l'&#233;nergie f&#233;minine ou en s'accouplant selon des rites magiques) rel&#232;vent d'une obligation de performance (y compris au moyen de substances chimiques comme le viagra). JeanClaude Guillebaud a parfaitement vu le lien entre cette tyrannie du plaisir et les &#233;volutions lourdes de la soci&#233;t&#233; (obligation de jouissance, recherche de l'esth&#233;tisation, de l'acte pour l'acte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les ressorts id&#233;ologiques du d&#233;veloppement personnel&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e qu'il serait possible d'opposer la croissance personnelle &#224; la croissance &#233;conomique dupe beaucoup de d&#233;&#231;us et d'exclus de la soci&#233;t&#233; de consommation. Il suffit pour s'en convaincre de parcourir les stands des nombreux salons bios et alternatifs. On y fait son march&#233; de techniques de d&#233;veloppement personnel plus efficaces les unes que les autres. Peu importe que certaines parlent d'accroissement des pouvoirs psychiques et d'autres d'&#233;largissement de la conscience, d&#232;s lors que toutes mobilisent le mythe d'un Prom&#233;th&#233;e possible. L'individu y est toujours somm&#233; de se consid&#233;rer comme un capital &#224; valoriser en se soumettant &#224; un ensemble croissant de techniques mentales ou corporelles toutes plus exigeantes et normatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces techniques font passer pour une puissance accrue ce qui n'est qu'une abolition des limites du moi, c'est-&#224;-dire de l'id&#233;e m&#234;me d'un sujet humain doublement limit&#233; par sa raison (sujet kantien) et ses d&#233;sirs (sujet freudien), et cela en disqualifiant les &#233;tats de conscience li&#233;s &#224; cette conception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'aurions-nous besoin de d&#233;fenses &#171; mo&#239;ques &#187;, d'identit&#233;s fortes, de limites individuelles et collectives si l'enjeu est la fusion avec le cosmos ou le devenir-dieu de chaque &#234;tre humain ? Le d&#233;veloppement personnel est bien une fa&#231;on d'en finir avec l'id&#233;e m&#234;me d'un homme limit&#233;. Est-il acceptable de g&#233;n&#233;raliser dans des &#233;coles des cours d'image de soi pour apprendre &#224; se vendre ? Que penser d'une soci&#233;t&#233; o&#249; le culte du para&#238;tre l'emporte ainsi sur la primaut&#233; de l'&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite d'une vie serait acquise en se vouant au culte de l'efficacit&#233;, en acceptant l'instrumentalisation de soi et des autres, en se soumettant toujours plus &#224; la quantification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces techniques permettent toujours un basculement du registre du questionnement &#224; celui de la r&#233;ponse (tout comme le passage des religions aux sectes ou celui de la symbolique &#224; la s&#233;miologie). L'enjeu n'est plus d'appendre &#224; vivre avec ses probl&#232;mes (comme dans la cure psychanalytique) mais de les r&#233;gler techniquement en se reprogrammant (pour devenir &#171; plus &#187; et non mieux). L'individu est conduit &#224; adorer son gourou ou les techniques et objets qui en tiennent lieu, et se retrouve dans la m&#234;me &#171; idole science &#187; que les grands pr&#234;tres du march&#233; ou du scientisme banal. Cette pratique est commune &#224; beaucoup d'adeptes des techniques corporelles ou mentales toujours en attente d'une M&#232;re (Big Mother) qui viendrait consoler leurs blessures narcissiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les techniques de d&#233;veloppement personnel font souvent l'&#233;talage de leur antimodernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles n'h&#233;sitent pas pour cela &#224; puiser faussement dans des traditions lointaines ou exotiques. Elles se voudraient oppos&#233;es aux logiques occidentales, mais partagent avec la technoscience les m&#234;mes m&#233;thodes, les m&#234;mes proc&#233;d&#233;s, le m&#234;me refus du politique et bien souvent du culturel. Elles r&#233;alisent un collapsus entre les dimensions magiques d'autrefois et l'hyper-scientisme actuel. Comme le disent les adeptes de la Programmation Neuro-Linguistique et de l'Analyse Transactionnelle (enseign&#233;es aujourd'hui dans les &#233;coles &#224; la place des anciennes humanit&#233;s) &#171; peu importe comment &#231;a marche puisque &#171; &#231;a &#187; fonctionne &#187;... Ce principe marque la victoire des &#171; valeurs pratiques &#187; contre les valeurs &#233;thiques. Il fait la part belle aux fantasmes d'ing&#233;nieurs. La spiritualit&#233; est entr&#233;e avec ces pratiques dans l'&#226;ge de la production en s&#233;rie et du contr&#244;le de qualit&#233;. Ces pseudo-&#233;glises ne manquent d&#233;j&#224; pas d'afficher la mention &#171; satisfait ou rembours&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit manag&#233;rial qui impose le tout &#233;conomique est un sous-produit de cet esprit ing&#233;ni&#233;rial. C'est toujours le m&#234;me mythe de l'enfantement d'un homme neuf... mais d&#233;sormais l'individu est officiellement seul en charge de son destin. Le d&#233;veloppement personnel se veut toujours de l'auto-d&#233;veloppement. Plus besoin des autres (des vivants bien s&#251;r, mais aussi des morts et des g&#233;n&#233;rations &#224; venir). Plus besoin de symbolique : tout est dans tout et cette totalit&#233; est accessible. Il ne faut que les bonnes techniques pour conna&#238;tre une bonne croissance. Ces techniques ne permettent pas de rendre l'usager ma&#238;tre de ses usages, car toute id&#233;e d'autonomie est battue en br&#232;che puisque ces id&#233;ologies de d&#233;veloppement personnel recyclent une tendance holistique qui se refuse &#224; voir dans le monde une &#233;nigme ind&#233;chiffrable (si ce n'est par la symbolique qui permet d'exprimer ce qui ne peut l'&#234;tre et doit pourtant l'&#234;tre), mais postule toujours une unit&#233; offerte sur le mode du d&#233;j&#224; l&#224;... pourvu qu'on en connaisse les clefs. Il n'est donc pas besoin de creuser bien profond pour d&#233;couvrir dans l'id&#233;ologie du d&#233;veloppement personnel tout comme dans la philosophie spontan&#233;e qui &#233;mane du complexe technoscientifique des relents d'&#233;sot&#233;risme, de f&#233;tichisme et le refus de l'esprit critique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La scientologie, laboratoire du futur ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'objectif est toujours de faire fantasmer sur la toute-puissance pour mieux dominer et exploiter l'humanit&#233;. La scientologie se pr&#233;sente comme une religion technique qui apporterait &#224; l'humanit&#233; la &#171; Tech &#187; (c'est-&#224;-dire un ensemble de techniques mentales et corporelles) mise au point par son fondateur Lafayette Ron Hubbard, et gr&#226;ce &#224; laquelle les humains deviendraient, peu ou prou, des surhommes. La scientologie est donc bien fondamentalement une entreprise de technologisation de l'humain, dont nous vivons au quotidien des formes mineures avec la g&#233;n&#233;ralisation du phoning ou coaching. J'ai pu ainsi d&#233;finir la scientologie comme la religiosit&#233; dont avait besoin l'hypercapitalisme. Son objectif est de chasser la part d'humain dans l'homme (c'est-&#224;-dire sa part d'imperfection, de d&#233;pendances, bref son inconscient), pour la remplacer par une somme de proc&#233;d&#233;s techniques. La secte commercialise ainsi des centaines de techniques permettant de choisir son conjoint(e), ses amis, d'&#233;lever ses enfants, de faire de l'argent, de g&#233;rer ses affaires, de convaincre une assembl&#233;e, de gagner une &#233;lection, de traiter ses adversaires, de faire face &#224; une gr&#232;ve, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me dans l'homme serait en effet l'homme lui-m&#234;me, parce qu'il ne serait pas toujours au sommet de ses potentialit&#233;s, parce qu'il conna&#238;trait des variations de tonus et d'activit&#233;, parce qu'il douterait de lui et des autres, parce qu'il ne serait finalement pas seulement et strictement fonctionnel. On pourrait certes se contenter de se gausser de ces d&#233;lires, mais ce serait oublier que la scientologie a pignon sur rue, que nos dirigeants re&#231;oivent avec les honneurs son VRP de luxe en la personne de Tom Cruise, qu'elle poss&#232;de des dizaines d'universit&#233;s formant chaque ann&#233;e des milliers de cadres dirigeants, qu'elle fantasme sur les propres fantasmes que la modernit&#233; &#233;conomique a r&#233;veill&#233;s, comme le culte de la toute-puissance ou l'id&#233;e d'un monde sans limites. Comment ne pas voir que cette repr&#233;sentation et cette pratique de l'humanit&#233; que nous combattons dans la scientologie sont conformes &#224; ce qui se d&#233;veloppe dans notre bonne soci&#233;t&#233; avec ses techniques de communication et de commercialisation, avec son culte de la &#171; servuction &#187; et du &#171; coaching &#187;, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; fonctionne selon une logique de dopage (biologique ou psychique). Elle a perdu ses rep&#232;res symboliques, c'est-&#224;-dire sa capacit&#233; &#224; s'autolimiter. Un individu incapable de se donner des limites va n&#233;cessairement les chercher dans le r&#233;el (conduites &#224; risque, toxicomanie, suicides des plus faibles). Une soci&#233;t&#233; incapable de se donner des limites va aussi les chercher dans le r&#233;el (&#233;puisement des ressources, r&#233;chauffement plan&#233;taire, explosion des in&#233;galit&#233;s). La seule limite &#224; la dictature &#233;conomique et aux d&#233;lires technoscientistes n'est donc pas l'id&#233;ologie du d&#233;veloppement personnel, mais bien la capacit&#233; &#224; resymboliser la soci&#233;t&#233;. Le d&#233;veloppement personnel entendu comme une somme de techniques corporelles et mentales est bien une fa&#231;on de produire l'humain qui va avec cette soci&#233;t&#233; productiviste et consum&#233;riste. Il est l'autre face de la c&#233;l&#233;bration de la marchandise &#224; laquelle se livre sans fin le syst&#232;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Caillat, &lt;i&gt;L'Id&#233;ologie du sport en France&lt;/i&gt;, &#201;ditions de la Passion, 1989, p. 162.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf : Paul Ari&#232;s, &lt;i&gt;Satanisme et vampirisme&lt;/i&gt;, Golias, 2006&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les trous noirs de la r&#233;volution verte</title>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article195</link>
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		<dc:date>2021-11-04T15:35:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tommaso VENTURINI</dc:creator>



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&lt;p&gt;Au cours de la nuit du 3 d&#233;cembre 1984, une s&#233;rie d'accidents techniques dans une usine de pesticides de la banlieue de Bhopal a produit l'&#233;mission d'un nuage de 35 tonnes de gaz toxique. La contamination a provoqu&#233; la mort de quelque 4 000 personnes et l'empoisonnement de plusieurs autres milliers. La trag&#233;die de Bhopal repr&#233;sente le pire d&#233;sastre de l'agriculture moderne. Un article sur les cons&#233;quences de la modernisation agricole, ne peut commencer autrement que par le r&#233;cit de cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au cours de la nuit du 3 d&#233;cembre 1984, une s&#233;rie d'accidents techniques dans une usine de pesticides de la banlieue de Bhopal a produit l'&#233;mission d'un nuage de 35 tonnes de gaz toxique. La contamination a provoqu&#233; la mort de quelque 4 000 personnes et l'empoisonnement de plusieurs autres milliers. La trag&#233;die de Bhopal repr&#233;sente le pire d&#233;sastre de l'agriculture moderne. Un article sur les cons&#233;quences de la modernisation agricole, ne peut commencer autrement que par le r&#233;cit de cette nuit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Amnesty International, Clouds of Injustice, Londres, Amnesty (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le complexe industriel, th&#233;&#226;tre de la trag&#233;die, appartenait &#224; la filiale indienne d'Union Carbide. Il &#233;tait destin&#233; &#224; la production de pesticides commun&#233;ment utilis&#233;s par l'agriculture moderne. Inaugur&#233; en 1978, l'&#233;tablissement avait &#233;t&#233; accueilli par les institutions et les citoyens comme une importante occasion de d&#233;veloppement. En quelques ann&#233;es, la population de Bhopal avait tripl&#233;, passant de 300 000 &#224; plus de 800000 habitants attir&#233;s par les espoirs d'emploi et d'une vie meilleure. Cependant, les comptes de l'industrie devinrent d&#233;ficitaires, poussant la multinationale &#224; la fermeture de l'usine. Le gouvernement indien s'opposa &#224; cette d&#233;cision afin de ne pas donner un mauvais exemple aux investisseurs internationaux. Pour maintenir des marges de profit suffisantes, Union Carbide d&#233;cida alors de diminuer les d&#233;penses en licenciant le personnel sp&#233;cialis&#233; et en r&#233;duisant radicalement les frais d'entretien et de s&#233;curit&#233;. Il ne fallut pas longtemps pour voir les cons&#233;quences de cette politique : entre 1981 et 1983, l'installation enregistra cinq graves fuites de gaz provoquant un mort et 47 bless&#233;s. En effet, les pesticides produits dans l'usine &#233;taient d&#233;riv&#233;s du m&#233;thylisocyanate (MIC), une substance extr&#234;mement volatile et toxique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 d&#233;cembre 1984 &#224; 11 heures du soir, un inspecteur de l'usine note que la pression du r&#233;servoir 610 (rempli de MIC &#224; 70 % de sa capacit&#233;) a augment&#233; de cinq fois en une heure. Cette augmentation n'impressionne cependant pas l'inspecteur, habitu&#233; aux fr&#233;quents dysfonctionnements des syst&#232;mes de s&#233;curit&#233;. &#192; minuit, la pression dans le r&#233;servoir d&#233;passe le seuil de s&#233;curit&#233;. &#192; minuit et demie, la pression a encore doubl&#233; : le r&#233;servoir tremble et d&#233;gage une forte chaleur. Quelques minutes apr&#232;s, la valve de la s&#233;curit&#233; explose en rel&#226;chant un nuage de gaz toxique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nuage surprend la ville de Bhopal dans son sommeil. L'exposition au MIC frappe d'abord les yeux, produisant un aveuglement temporaire ou permanent. Ensuite le gaz attaque les poumons, provoquant des difficult&#233;s respiratoires parfois mortelles. La ville n'est pas pr&#234;te &#224; g&#233;rer une telle situation d'urgence, le retard dans la transmission des informations rend les secours moins efficaces. Selon les d&#233;clarations officielles, le bilan de la nuit du 3 d&#233;cembre 1984 est de 3 828 morts et de plus de 350 000 bless&#233;s, auxquels il faut ajouter aussi plusieurs milliers de victimes de maladies provoqu&#233;es par l'exposition aux gaz toxiques ou par la pollution du territoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En d&#233;chargeant les responsabilit&#233;s sur sa filiale indienne, la Union Carbide (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Durant la nuit de Bhopal, le r&#234;ve la r&#233;volution verte se transforme soudainement en un terrible cauchemar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; r&#233;volution verte &#187; fait commun&#233;ment r&#233;f&#233;rence &#224; la tentative d'encouragement du d&#233;veloppement du Sud gr&#226;ce &#224; la modernisation des syst&#232;mes agricoles traditionnels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Naturellement, les objectifs de la modernisation agricole n'&#233;taient pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle, cette vision a r&#233;ussi &#224; mobiliser les efforts de toutes les institutions internationales, de la grande partie des pays du Nord et de beaucoup de fondations priv&#233;es. Gr&#226;ce &#224; cet effort, les pays en d&#233;veloppement ont obtenu les artefacts technologiques, les comp&#233;tences scientifiques et les ressources financi&#232;res n&#233;cessaires pour une modernisation &#224; marche forc&#233;e. Du point de vue technologique, le concept de la r&#233;volution verte &#233;tait compos&#233; des m&#234;mes trois &#233;l&#233;ments qui, quelques d&#233;cennies auparavant, avaient r&#233;volutionn&#233; l'agriculture occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Machineries agricoles&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cultures traditionnelles sont produites par le travail de trois groupes d'&#234;tres vivants : les hommes, les animaux domestiques (en particulier les chevaux et les b&#339;ufs) et les animaux sauvages (principalement les insectes pollinisateurs). Tous trouvent l'&#233;nergie n&#233;cessaire &#224; leurs t&#226;ches en se nourrissant des produits agricoles qu'ils contribuent &#224; produire. Ce cycle &#233;nerg&#233;tique stabilise les syst&#232;mes agricoles traditionnels. &#201;tant donn&#233; que le soleil est la seule source &#233;nerg&#233;tique externe, ces syst&#232;mes ne peuvent augmenter leur productivit&#233; que par l'optimisation des flux &#233;nerg&#233;tiques. Avec les machineries agricoles (en particulier le tracteur), la situation change radicalement. Gr&#226;ce &#224; l'emploi du moteur &#224; explosion, l'agriculture peut se servir d'une nouvelle &#233;nergie (celle des fossiles combustibles) caract&#233;ris&#233;e par la possibilit&#233; d'&#234;tre augment&#233;e presque sans limite. Si l'on consid&#232;re qu'un tracteur moderne peut d&#233;velopper un pouvoir &#233;gal &#224; 300-400 chevaux-vapeur (l&#224; o&#249; un paysan traditionnel dispose typiquement d'un seul cheval), il est facile de comprendre la r&#233;volution d&#233;coulant de la m&#233;canisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Grigg, The transformation of Agriculture in the West, Oxford, Basil (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Engrais chimiques&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour vivre, les plantes ont besoin de substances nourrissantes qu'elles tirent, par leurs racines, du sol. Ces substances retournent &#224; la terre par la d&#233;composition de ces m&#234;mes plantes. L'agriculture, &#233;videmment, ne peut pas compter sur ce cycle, son but &#233;tant de ramasser les r&#233;coltes bien avant qu'elles ne se d&#233;composent. Par cons&#233;quent, tous les syst&#232;mes agricoles doivent affronter le probl&#232;me de ne pas &#233;puiser les nutriments du sol, tout en retirant le plus possible des cultures. Traditionnellement, ce probl&#232;me a &#233;t&#233; r&#233;solu en se basant sur les seules capacit&#233;s r&#233;g&#233;n&#233;ratrices du sol. Pour soutenir ces capacit&#233;s, les syst&#232;mes agricoles traditionnels ont invent&#233; une pluralit&#233; de techniques comme la jach&#232;re, la rotation, la polyculture-&#233;levage. Le probl&#232;me de ces techniques est qu'elles sont fort complexes &#224; r&#233;aliser et qu'elles demandent de longues p&#233;riodes de repos. Les engrais chimiques modernes repr&#233;sentent une solution plus simple et plus directe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude et Lydia Bourguignon, Il suolo un patrimonio da salvare, Bra, Slow (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : si le sol perd sa fertilit&#233; du fait que les cultures extraient des substances, rien n'est plus rapide que de r&#233;int&#233;grer ces substances en utilisant des engrais de synth&#232;se&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour des raisons d'espace, dans cet article nous traiterons seulement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vari&#233;t&#233; &#224; grande reddition&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu des plantes cultiv&#233;es sont enti&#232;rement comestibles. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, seules certaines parties sont ad&#233;quates &#224; l'alimentation ; le reste n'est qu'un rebut. D&#232;s l'invention de l'agriculture, les efforts des cultivateurs ont donc &#233;t&#233; orient&#233;s sur deux objectifs : maximiser la partie comestible des r&#233;coltes en s&#233;lectionnant les meilleures vari&#233;t&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les arch&#233;o-botanistes appellent &#171; syndrome de la domestication &#187; l'ensemble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et utiliser toutes les parties restantes pour des usages non alimentaires. Dans les syst&#232;mes agricoles traditionnels, ces deux strat&#233;gies sont &#233;galement importantes. En particulier, les parties non consommables ont plusieurs fonctions : la nourriture des animaux, la combustion, la fertilisation du sol, la fabrication d'ustensiles. Dans les syst&#232;mes agricoles modernes, l'effort pour maximiser la fraction comestible (ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, commercialisable) de la r&#233;colte est devenu absolument prioritaire. L'industrie moderne des semences s'est employ&#233;e &#224; d&#233;velopper des &#171; vari&#233;t&#233;s &#224; rendements &#233;lev&#233;s &#187; ou &#171; vari&#233;t&#233;s naines &#187;, caract&#233;ris&#233;es par une tige plus courte, un appareil de feuilles plus r&#233;duit et un fort gigantisme des parties comestibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robin Pistorius et Jeroen van Wijk, &#171; Exploitation of Plant Genetic (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour comprendre la port&#233;e de cette innovation, on peut noter que la fraction commercialisable d'une plante traditionnelle s'&#233;l&#232;ve d'habitude &#224; 35 %, l&#224; o&#249; les vari&#233;t&#233;s modernes d&#233;passent 50 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Richard Manning, Against the grain. How agriculture has hijacked (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate ainsi que les trois innovations de la r&#233;volution verte partagent un m&#234;me objectif : franchir les barri&#232;res qui limitent la croissance des syst&#232;mes agricoles traditionnels. Une fois qu'on a enlev&#233; toutes les limitations li&#233;es &#224; l'approvisionnement &#233;nerg&#233;tique, &#224; la fertilit&#233; des sols et la physiologie des plantes, il n'est pas difficile de comprendre comment la r&#233;volution verte a &#233;t&#233; capable de d&#233;clencher des augmentations spectaculaires de la production agricole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les statistiques de la FAO sur la productivit&#233; agricole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La base de donn&#233;es de la FAO peut &#234;tre consult&#233;e librement &#224; l'adresse&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'introduction des technologies li&#233;es &#224; la r&#233;volution verte &#233;tait un succ&#232;s extraordinaire. La somme des mesures de productivit&#233; relatives aux vari&#233;t&#233;s principalement int&#233;ress&#233;es par la modernisation d'un &#233;chantillon de 26 pays du Sud&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;chantillon a &#233;t&#233; choisi sur la base de la disponibilit&#233; de s&#233;ries (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; montre une augmentation nette et continue. La grande partie de cette augmentation peut &#234;tre attribu&#233;e aux effets de la m&#233;canisation, de l'agrochimie et des vari&#233;t&#233;s naines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gordon Conway, The Doubly Green Revolution, Ithaca, Cornell University (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; ces r&#233;sultats (et sous l'impulsion des aides internationales) les technologies de la r&#233;volution verte ont connu une diffusion fort rapide. En seulement quarante ann&#233;es, l'investissement dans les machineries des pays en d&#233;veloppement a augment&#233; de plus de 40 fois et l'emploi des engrais synth&#233;tiques de 25 fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, le pourcentage de vari&#233;t&#233;s &#224; rendements &#233;lev&#233;s dans les champs des pays du Sud est grimp&#233; jusqu'&#224; 45 % pour le riz, &#224; 54 % pour le ma&#239;s et &#224; 71 % pour le bl&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Evenson et Douglas Gollin, &#8220;Assessing the Impact of Green Revolution, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de ces succ&#232;s, l'exemple de Bhopal est toujours l&#224; pour nous rappeler que la r&#233;volution verte n'a pas &#233;t&#233; forc&#233;ment une b&#233;n&#233;diction. Pour au moins trois raisons, l'augmentation de la productivit&#233; agricole n'a pas toujours correspondu &#224; des am&#233;liorations significatives dans le bien-&#234;tre des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il faut remarquer que la modernisation agricole demande une disponibilit&#233; croissante de capitaux. Les communaut&#233;s agricoles traditionnelles sont habituellement des &#233;conomies de subsistance : les moyens de production sont produits et gard&#233;s &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me et la grande partie de la production est consomm&#233;e par les m&#234;mes acteurs qui l'ont produite (les fermiers, les animaux domestiques, les insectes, les organismes du sol). Les agricultures traditionnelles sont des syst&#232;mes ferm&#233;s et ind&#233;pendants. Avec la modernisation, la situation change radicalement. Les engins m&#233;caniques, les engrais chimiques, les graines modernes ne peuvent plus &#234;tre produits par les communaut&#233;s agricoles. Leur degr&#233; de complexit&#233; est tel qu'ils doivent &#234;tre g&#233;n&#233;r&#233;s par des syst&#232;mes techno-scientifiques sp&#233;cifiques (respectivement, l'industrie m&#233;canique, agrochimique et semenci&#232;re). Par cons&#233;quent, les syst&#232;mes agricoles modernes doivent se procurer leurs ressources &#224; l'ext&#233;rieur par l'interm&#233;diaire des march&#233;s &#233;conomiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grigg, op. cit.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On constate ainsi le premier paradoxe de la r&#233;volution verte : le remplacement d'une agriculture caract&#233;ris&#233;e par une haute intensit&#233; de travail par une agriculture caract&#233;ris&#233;e par une haute intensit&#233; de capital. Cette substitution est rationnelle dans les pays du Nord, o&#249; le travail agricole est rare et la disponibilit&#233; des capitaux est grande. Au contraire, la m&#234;me substitution se r&#233;v&#232;le fort d&#233;raisonnable dans les pays du Sud, o&#249; le travail est surabondant et les capitaux peu nombreux et distribu&#233;s de fa&#231;on inique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lakshman Yapa, &#8220;What are Improved Seeds ? An Epistemoly of the Green (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deuxi&#232;me lieu, il faut mettre en question la mesure m&#234;me de la productivit&#233; agricole. Le calcul de la productivit&#233; (kilogrammes de r&#233;colte divis&#233;s par hectares de culture) doit &#234;tre repens&#233; en ce qui concerne la notion de &#171; r&#233;colte &#187;. Trop souvent, la mesure des r&#233;coltes est limit&#233;e &#224; la seule fraction comestible des plantes. Cependant, dans les communaut&#233;s traditionnelles, toutes les parties de la plante sont utilis&#233;es (au moins comme fourrage, engrais, combustible ou mati&#232;re de construction). Les syst&#232;mes traditionnels &#233;tant des polycultures, des mesures plus sophistiqu&#233;es sont de plus n&#233;cessaires. Cela n'a aucun sens, par exemple, d'estimer la production de ma&#239;s d'une polyculture andine sans consid&#233;rer en m&#234;me temps la r&#233;colte de haricots et de potirons cultiv&#233;s dans le m&#234;me champ. Ainsi, selon les mesures r&#233;alis&#233;es, la productivit&#233; des syst&#232;mes traditionnels n'est pas forcement inf&#233;rieure &#224; celle des syst&#232;mes modernes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Francesca Bray, &#8220;Agriculture for developing nations&#8221;, Scientific American, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En outre, il faut remarquer que les innovations de la r&#233;volution verte ont concern&#233; seulement certaines cultures (surtout, riz, ma&#239;s, bl&#233;), en n&#233;gligeant beaucoup d'autres vari&#233;t&#233;s comprises dans l'alimentation traditionnelle. La modernisation agricole a donc produit un autre paradoxe : les surplus de certaines vari&#233;t&#233;s (souvent destin&#233;es &#224; l'exportation) ont &#233;t&#233; accompagn&#233;s par une diminution des ressources alimentaires disponibles pour les populations locales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vandana Shiva, Yoked to Death. Globalization and Corporate Control of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De plus, les exc&#232;s productifs ont engendr&#233; sur les march&#233;s internationaux une diminution des prix, en emp&#234;chant les agriculteurs de r&#233;aliser des b&#233;n&#233;fices par l'augmentation de leur production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, la modernisation des agricultures des pays du Sud a produit un nombre croissant d'effets pervers et d'externalit&#233;s n&#233;gatives. Du point de vue environnemental, la r&#233;volution verte a produit au moins trois r&#233;sultats n&#233;fastes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;canisation et l'emploi de combustibles fossiles ont cr&#233;&#233; des nouvelles sources de pollution atmosph&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'importance de la contribution de l'agriculture m&#233;canis&#233; &#224; la pollution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le labourage en profondeur, possible gr&#226;ce aux nouveaux tracteurs, a souvent boulevers&#233; le fragile &#233;quilibre des sols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction des engrais et des pesticides chimiques a gravement contamin&#233; les sols et les eaux en mettant en danger les &#233;cosyst&#232;mes agricoles et sauvages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jason McKenney, McKenney, &#8220;Artificial Fertility&#8221;, in Andrew Kimbrell (ed.), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diffusion des vari&#233;t&#233;s &#224; rendements &#233;lev&#233;s a contribu&#233; &#224; remplacer des syst&#232;mes g&#233;n&#233;tiquement complexes avec des vastes &#233;tendues de monoculture, entra&#238;nant une r&#233;duction dramatique de l'agrobiodiversit&#233; et de la diversit&#233; biologique en g&#233;n&#233;ral&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cary Fowler et Pat Mooney, Shattering. Food, Politics and the Loss of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences sur la structure sociale des pays int&#233;ress&#233;s par la r&#233;volution verte sont tout aussi importantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction drastique du travail dans les syst&#232;mes agricoles a provoqu&#233; des ph&#233;nom&#232;nes d'exode rural et une urbanisation forc&#233;e. Souvent la vitesse de ces ph&#233;nom&#232;nes n'a pas permis une int&#233;gration graduelle des nouveaux arrivants, produisant des tensions sociales tr&#232;s violentes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vandana Shiva, Monocultures of Mind, Londres, Zed Books, 1993.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intensification des techniques de culture a influenc&#233; n&#233;gativement la qualit&#233; des paysages et des produits agricoles. En se concentrant exclusivement sur l'augmentation de la productivit&#233;, les partisans de la modernisation ont n&#233;glig&#233; le fait que l'agriculture traditionnelle &#233;tait aussi garante de la beaut&#233; des paysages et du go&#251;t des aliments&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Boriani, &#8220;Manutenzione del paesaggio : un nuovo/antico ruolo per (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La substitution d'un patrimoine de technologie autochtone par un paquet technologique &#233;tranger a induit la perte de beaucoup de connaissances agricoles, avec des r&#233;percussions profondes sur la survie de la diff&#233;rence culturelle traditionnelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tommaso Venturini, &#8220;Verba Volant, Scripta Manent. The Discontinuity Effect (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trag&#233;die de Bhopal n'est donc pas un &#233;pisode exceptionnel, un &#233;v&#233;nement impr&#233;vu et pathologique dans un contexte de d&#233;veloppement et de progr&#232;s. Au contraire, la nuit de Bhopal n'a &#233;t&#233; que la synth&#232;se de tous les effets pervers de la modernisation agricole, de toutes les externalit&#233;s n&#233;gatives qui, bien que plus diffuses, sont pr&#233;sentes dans touts les pays touch&#233;s par la r&#233;volution verte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas surprenant que de plus en plus de communaut&#233;s paysannes s'opposent &#224; la modernisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En particulier, les &#233;checs de la r&#233;volution verte sont la principale raison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au contraire, il faut se demander comment une technologie co&#251;teuse et inefficace comme celle de l'agriculture moderne a &#233;t&#233; capable de s'&#233;tendre si rapidement et largement, comment en moins d'un demi-si&#232;cle la r&#233;volution verte a &#233;t&#233; capable de remplacer la plus grande partie des syst&#232;mes agricoles traditionnels, bien qu'ils soient souvent plus efficaces et durables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Miguel Altieri, Agroecology : The science of sustainable agriculture, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord reconna&#238;tre que la r&#233;volution verte n'a pas &#233;t&#233; un d&#233;savantage pour tous les acteurs impliqu&#233;s. Bien s&#251;r, les entreprises multinationales qui produisent les machineries agricoles, les engrais chimiques et les semences modernes ont &#233;t&#233; avantag&#233;es par cette r&#233;volution. De plus, certains entrepreneurs agricoles, en exploitant les difficult&#233;s des paysans traditionnels, ont r&#233;ussi &#224; agrandir leurs entreprises. D'une mani&#232;re analogue, la r&#233;volution verte a avantag&#233; les industries alimentaires, qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; de la diminution des prix des produits agricoles. La r&#233;volution verte n'a pas &#233;t&#233; un d&#233;savantage pour les laboratoires scientifiques engag&#233;s dans l'innovation agricole, ni pour les pays du Nord, qui ont vu augmenter la demande de technologie et l'offre en mati&#232;res premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;vation de la productivit&#233; illustr&#233;e par les statistiques n'est pas fictive. S'il est vrai que cette augmentation ne correspond pas forc&#233;ment au bien-&#234;tre des populations, il est n&#233;anmoins vrai qu'elle illustre tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment autre chose : le processus d'int&#233;gration des pays du Sud dans le march&#233; global. Du point de vue de la sociologie de la technique, la r&#233;volution verte peut se d&#233;crire comme une transformation de paradigme analogue &#224; celui de la r&#233;volution industrielle. Avant la r&#233;volution, l'agriculture &#233;tait une constellation de communaut&#233;s ind&#233;pendantes et autonomes. Apr&#232;s, elle se pr&#233;sente comme un seul &#233;norme macro-syst&#232;me technique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Gras, Grandeur et d&#233;pendance : sociologie des macro-syst&#232;mes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avant, le but des syst&#232;mes agricoles &#233;tait d'&#233;conomiser au maximum les ressources employ&#233;es pour garantir la subsistance des communaut&#233;s paysanne. Apr&#232;s, le but est de participer &#224; la croissance illimit&#233;e du macro-syst&#232;me en utilisant toutes les ressources n&#233;cessaires. Avant, la strat&#233;gie des techniques agricoles &#233;tait de multiplier la diversit&#233; biologique et culturelle pour maximiser la r&#233;silience des syst&#232;mes. Apr&#232;s, la strat&#233;gie est de standardiser et formaliser toutes les relations sociales et naturelles afin de favoriser l'expansion du macro-syst&#232;me. Au-del&#224; de la rh&#233;torique du d&#233;veloppement, la r&#233;volution verte n'a pas &#233;t&#233; autre chose qu'un processus d'industrialisation des syst&#232;mes agricoles traditionnels. Elle n'a augment&#233; ni la productivit&#233; agricole totale, ni la disponibilit&#233; de nourriture, ni le bien-&#234;tre des populations. Tant dans ses avantages que dans ses d&#233;fauts, la r&#233;volution verte a &#233;t&#233; un ph&#233;nom&#232;ne de modernisation et c'est sur cet aspect-l&#224; qu'il faut l'&#233;valuer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Amnesty International, &lt;i&gt;Clouds of Injustice&lt;/i&gt;, Londres, Amnesty International Publication, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En d&#233;chargeant les responsabilit&#233;s sur sa filiale indienne, la Union Carbide s'est toujours refus&#233;e de prendre en charge des op&#233;rations d'assainissement environnemental.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Naturellement, les objectifs de la modernisation agricole n'&#233;taient pas seulement humanitaires, comme l'origine de l'expression &#8216;r&#233;volution verte' montre. Cette expression a &#233;t&#233; utilis&#233;e pour la premi&#232;re fois par William Gaud, de l'Agence des &#201;tats-Unis pour le D&#233;veloppement International dans un discours face &#224; la Soci&#233;t&#233; pour le D&#233;veloppement International. Dans ce discours, Gaud a pr&#233;sent&#233; la r&#233;volution verte comme une initiative pour &#233;viter que l'h&#233;ritage pauvret&#233; et tension sociale du colonialisme pousse les pays du Sud &#224; embrasser la &#8216;r&#233;volution rouge' du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;David Grigg, &lt;i&gt;The transformation of Agriculture in the West&lt;/i&gt;, Oxford, Basil Blackwell 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude et Lydia Bourguignon, &lt;i&gt;Il suolo un patrimonio da salvare&lt;/i&gt;, Bra, Slow Food Editore, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour des raisons d'espace, dans cet article nous traiterons seulement de l'apport de la chimie &#224; la fertilisation des sols. En fait, la chimie agricole moderne est aussi largement utilis&#233;e pour une autre fonction : la lutte contre les parasites et les mauvaises herbes. Jean Dorst, &lt;i&gt;La Nature d&#233;-natur&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Delachaux et Niestl&#233;, 1965, pp. 106-127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les arch&#233;o-botanistes appellent &#171; syndrome de la domestication &#187; l'ensemble des transformations impos&#233;es &#224; de nombreuses vari&#233;t&#233;s de l&#233;gumes par l'agriculture d&#232;s sa naissance il y a 100000 ann&#233;es (cf. Gary Paul Nabhan, &lt;i&gt;Enduring Seeds&lt;/i&gt;, Tucson, University of Arizona Press, 1989, pp. I-XXX et Paul Gepts et Roberto Papa, &#8220;Evolution during domestication&#8221;, &lt;i&gt;Encyclopedia of Life Sciences&lt;/i&gt;, Londres, Nature Publishing Group, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robin Pistorius et Jeroen van Wijk, &#171; Exploitation of Plant Genetic Information : Political Strategies &#187;, in &lt;i&gt;Crop Development&lt;/i&gt;, Wallingford, CAB International, 2000. Robert Evenson, 2002 The Green Revolution in Developing Countries : An Economist's Assessment. &lt;a href=&#034;http://unpan1.un.org/intradoc/groups/public/documents/apcity/unpan020402.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://unpan1.un.org/intradoc/groups/public/documents/apcity/unpan020402.pdf&lt;/a&gt; (pp. 8-19).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Richard Manning, &lt;i&gt;Against the grain. How agriculture has hijacked civilization&lt;/i&gt;, New York, North Point Press, 2004, pp. 92-94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La base de donn&#233;es de la FAO peut &#234;tre consult&#233;e librement &#224; l'adresse &lt;a href=&#034;http://faostat.fao.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://faostat.fao.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;chantillon a &#233;t&#233; choisi sur la base de la disponibilit&#233; de s&#233;ries compl&#232;tes de donn&#233;es. Les pays s&#233;lectionn&#233;s sont : Afghanistan, Alg&#233;rie, Argentine, Bangladesh, Bolivie, Br&#233;sil, Burundi, Chili, Chine, Colombie, Cor&#233;e, &#201;gypte, Guatemala, Inde, Iran, Kenya, Mexique, Mozambique, N&#233;pal, Niger, Nig&#233;ria, Pakistan, P&#233;rou, Philippines, Tha&#239;lande, Zimbabwe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gordon Conway, &lt;i&gt;The Doubly Green Revolution&lt;/i&gt;, Ithaca, Cornell University Press, 1997, pp. 44-65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Evenson et Douglas Gollin, &#8220;Assessing the Impact of Green Revolution, 1960 to 2000&#8221;, &lt;i&gt;Nature&lt;/i&gt;, Vol. 300, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Grigg, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lakshman Yapa, &#8220;What are Improved Seeds ? An Epistemoly of the Green Revolution&#8221;, &lt;i&gt;Economic Geography&lt;/i&gt;, Vol. 69, n&#176; 3, 1993, pp. 254-273 ; Bouguerra, &lt;i&gt;La Recherche contre le tiers-monde&lt;/i&gt;, Paris, Presses Universitaires de France, 1993, pp. 56-61.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Francesca Bray, &#8220;Agriculture for developing nations&#8221;, &lt;i&gt;Scientific American&lt;/i&gt;, n&#176; 271, 1994, pp. 30-38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vandana Shiva, &lt;i&gt;Yoked to Death. Globalization and Corporate Control of Agriculture&lt;/i&gt;, New Delhi, Research Foundation for Science, Technology and Ecology, 2001 et Deb Debal, &lt;i&gt;Industrial VS Ecological Agricolture&lt;/i&gt;, New Delhi, Research Foundation for Science, Technology and Ecology, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'importance de la contribution de l'agriculture m&#233;canis&#233; &#224; la pollution atmosph&#233;rique a &#233;t&#233; r&#233;cemment reconnu par le rapport Stern, (Nicolas Stern, &lt;i&gt;Economics of Climate Change&lt;/i&gt;, Cambridge, University Press, 2006, pp. 171, 172) qui a montr&#233; comment les cultures sont responsable du 14 % des &#233;missions des gaz &#224; effet de serre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jason McKenney, McKenney, &#8220;Artificial Fertility&#8221;, in Andrew Kimbrell (ed.), &lt;i&gt;The Fatal Harvest Reader&lt;/i&gt;, Washington, Island Press, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cary Fowler et Pat Mooney, Shattering. &lt;i&gt;Food, Politics and the Loss of Genetic Diversity&lt;/i&gt;, Tucson, University of Arizona Press, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vandana Shiva, &lt;i&gt;Monocultures of Mind&lt;/i&gt;, Londres, Zed Books, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Boriani, &#8220;Manutenzione del paesaggio : un nuovo/antico ruolo per l'agricoltura&#8221;, in Alberta Cazzani (ed.), &lt;i&gt;Giardini d'agrumi. Limoni, cedri e aranci nel paesaggio agrario italiano&lt;/i&gt;, Brescia, Grafo edizioni, 1999, pp. 9-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tommaso Venturini, &#8220;Verba Volant, Scripta Manent. The Discontinuity Effect of Explicit Media&#8221;. &lt;i&gt;The American Behavioral Scientist Journal&lt;/i&gt;, n&#176; 50, 2006, pp. 879-896.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En particulier, les &#233;checs de la r&#233;volution verte sont la principale raison de l'opposition aux biotechnologies consider&#233;es (&#224; raison) comme une deuxi&#232;me vague de modernisation agricole (cf. Jean-Pierre Berlan, &lt;i&gt;La Guerre au vivant, Organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s &amp; autres mystifications scientifiques&lt;/i&gt;, Marseille, &#201;ditions Agone, 2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Miguel Altieri, &lt;i&gt;Agroecology : The science of sustainable agriculture&lt;/i&gt;, Boulder, Westview Press, 1995. Yves Cochet, &lt;i&gt;P&#233;trole apocalypse&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2005, pp. 79-99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Gras, &lt;i&gt;Grandeur et d&#233;pendance : sociologie des macro-syst&#232;mes techniques&lt;/i&gt;, Paris, Puf, 1993 et &lt;i&gt;Les Macro-syst&#232;mes techniques&lt;/i&gt;, Paris, Puf, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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