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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>La tentation r&#233;actionnaire</title>
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		<dc:date>2012-01-07T23:13:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul BESSET </dc:creator>



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&lt;p&gt;Que leur arrive-t-il ? Quelques-uns des meilleurs intellectuels fran&#231;ais &#8211; R&#233;gis Debray, Alain Finkielkraut, Pierre-Andr&#233; Taguieff et quelques autres&#8230; ils ne forment pas encore une &#233;cole, mais ils dessinent d&#233;j&#224; un courant de pens&#233;e &#8211; semblent soudain perdre les p&#233;dales. On en rel&#232;ve ici et l&#224; quelques &#233;chos dans les gazettes : une col&#232;re d&#233;mesur&#233;e de Debray contre le festival d'Avignon, des propos stup&#233;fiants de Finkielkraut sur la crise des banlieues, de m&#233;chants coups de griffe de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/revue/no-1-decroissance-et-politique-en-ligne/" rel="directory"&gt;N&#176; 1 - D&#233;croissance et Politique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que leur arrive-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Quelques-uns des meilleurs intellectuels fran&#231;ais &#8211; R&#233;gis Debray, Alain Finkielkraut, Pierre-Andr&#233; Taguieff et quelques autres&#8230; ils ne forment pas encore une &#233;cole, mais ils dessinent d&#233;j&#224; un courant de pens&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;gis Debray, Suppliques aux nouveaux progressistes du XXIe si&#232;cle, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; semblent soudain perdre les p&#233;dales. On en rel&#232;ve ici et l&#224; quelques &#233;chos dans les gazettes : une col&#232;re d&#233;mesur&#233;e de Debray contre le festival d'Avignon, des propos stup&#233;fiants de Finkielkraut sur la crise des banlieues, de m&#233;chants coups de griffe de Taguieff contre le politiquement correct&#8230; Les &#171; nouveaux r&#233;acs &#187; sont arriv&#233;s titre &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; tandis que &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; &#233;voque plus respectueusement &#171; la vague iconoclaste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Nouvel Observateur du 1er d&#233;cembre 2005. Le Point du 28 novembre 2005.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Effectivement, ces gaillards mettent r&#233;solument les pieds dans le plat. Au-del&#224; des provocations ou des d&#233;rapages verbaux, ils affichent une r&#233;elle ambition intellectuelle. H&#233;ritiers des meilleures traditions de la pens&#233;e &#171; progressiste &#187; &#8211; faite de pertinence critique, d'ouverture culturelle et de tol&#233;rance humaniste dont leurs &#339;uvres t&#233;moignent &#8211;, ils se font aujourd'hui les v&#233;hicules d'une remise en cause cataclysmique. Celle d'une Modernit&#233; qu'ils ont tant aim&#233;e et qu'ils accusent d'avoir tragiquement bifurqu&#233;, jusqu'&#224; trahir l'id&#233;al des Lumi&#232;res et ali&#233;ner un peu plus le genre humain. &#192; cet accident du Progr&#232;s, ils opposent l'issue salvatrice d'une r&#233;appropriation de l'espace national et d'une r&#233;habilitation du sentiment patriotique. Laquelle perspective s'inscrit, selon nous, dans la tentation d'un repli r&#233;actionnaire g&#233;n&#233;ralis&#233; qui menace l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette coloration nationaliste, r&#233;cemment apparue sur la sc&#232;ne intellectuelle fran&#231;aise, s'affiche d'abord comme le signe d'une angoisse : ce &#224; quoi, comme la plupart des &lt;i&gt;sapiens&lt;/i&gt; du si&#232;cle, ces nouveaux hussards croient et ont toujours cru &#8211; la r&#233;publique, la d&#233;mocratie, la la&#239;cit&#233;, le droit, le progr&#232;s, la science, le d&#233;veloppement &#233;conomique, la croissance des richesses, le contrat social, le banquet illimit&#233; de la nature, l'adoucissement des m&#339;urs&#8230; bref, toute la panoplie ordinaire des raisons d'esp&#233;rer qu'ils &#233;voquent avec des accents de nostalgie d&#233;sabus&#233;e &#8211; est en passe de s'effondrer, bloc par bloc, institution par institution, valeur par valeur. Tout se passe comme si le sol se d&#233;robait sous leurs pieds. Alors, ils paniquent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un enjeu d&#233;cisif&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;On le ferait &#224; moins. La Modernit&#233; (ou postmodernit&#233;, selon les auteurs) qu'ils ont sous les yeux enfante un monstre. Ils le disent, souvent excellemment, dressant l'inventaire de &#171; tout ce qui, depuis trente ans, s'est banalis&#233;, in&#233;galis&#233;, ghetto&#239;s&#233; &#224; mesure qu'il s'est modernis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;gis Debray, Supplique aux nouveaux progressistes du XXIe si&#232;cle, op. cit.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &#192; ce &#171; tout &#187;, rien n'&#233;chappe, des comportements minuscules qui tissent la quotidiennet&#233;, aux d&#233;sirs illimit&#233;s qui ravagent les psych&#233;s et massacrent la nature. C'est, comme l'&#233;crit Taguieff, &#171; la marche automatique du progr&#232;s sans les fins du Progr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Andr&#233; Taguieff, Le Sens du progr&#232;s, Flammarion, Paris, 2005.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Une d&#233;rive sans horizon, un d&#233;lire sans fin, la dictature de la d&#233;mesure qui, selon Finkielkraut, s'incarne cr&#251;ment dans &#171; le mot d'ordre : si je veux, quand je veux, o&#249; je veux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Figaro, entretien du 19 septembre 2005.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, effray&#233;s par le gouffre gigantesque que cette observation r&#233;v&#232;le &#8211; si la Modernit&#233; est un &#233;chec, si le Progr&#232;s tourne au cauchemar, par quoi les remplacer ? &#8211;, d&#233;boussol&#233;s comme s'ils avaient atteint le p&#244;le magn&#233;tique de la pens&#233;e, ils se pr&#233;cipitent t&#234;te baiss&#233;e dans une sorte de recentrage national, seul susceptible, selon eux, de ramener le pays dans les bras de la Raison. C'est &#224; cette priorit&#233; qu'ils consacrent d&#233;sormais l'essentiel de leur &#233;nergie. Retour donc vers un pass&#233; (largement id&#233;alis&#233;) sous les traits d'une Marianne avenante, repli sous le parapluie de l'identit&#233; et de l'&#201;tat-nation. Sacr&#233; t&#234;te-&#224;-queue ! R&#233;habilitation d'une l&#233;gende qui n'engage que ceux qui ont envie d'y croire ! On pourrait gentiment s'en moquer, mais la question que Finkielkraut, Taguieff, Debray et leurs amis posent, chacun &#224; leur fa&#231;on, est essentielle : nos d&#233;mocraties doivent-elles faire marche arri&#232;re avant qu'il soit trop tard et entrer &#171; en r&#233;action &#187; pour interrompre la course &#224; l'ab&#238;me ? Entre le &#171; conservatisme critique &#187;, cher par exemple &#224; Jean-Claude Mich&#233;a&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Mich&#233;a, Orwell &#233;ducateur, Climats, Castelnau Le Lez, 2003.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et la r&#233;gression pure et simple qui installe &#171; un d&#233;sespoir total &#187; comme &#171; seule alternative possible &#224; la croyance au progr&#232;s &#187; ainsi que le craint Christopher Lasch&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christopher Lasch, Le Seul et Vrai Paradis, Climats, Castelnau Le Lez, 2002.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la fronti&#232;re n'est pas toujours &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interrogation ne saurait laisser personne indiff&#233;rent. Surtout pas le courant des explorateurs de la D&#233;croissance (durable, s&#233;lective, &#233;quitable, conviviale&#8230; quelles qu'en soient les nuances et les coquetteries). Celui-ci, encore jeune et friable, se situe en effet &#224; l'articulation de la critique de la modernit&#233; et de l'&#233;laboration du paradigme de l'apr&#232;s-d&#233;veloppement. Il se trouve donc en position instable, un pied dans le camp des contempteurs du &#171; progr&#232;s meurtrier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eugen Drewermann, Le Progr&#232;s meurtrier, Stock, Paris, 1993.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, un autre engag&#233; dans l'ambition de redonner sens au progr&#232;s. Malgr&#233; lui (ou, ici et l&#224;, par complicit&#233;), le petit courant des objecteurs de croissance risque de se retrouver emport&#233; dans la dynamique du puissant mouvement de R&#233;action qui saisit l'&#233;poque. Rien n'est &#233;crit. Personne n'est infaillible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre point de vue, les objecteurs de croissance et autres post-d&#233;veloppementistes doivent donc pr&#233;senter une intransigeance de mammouth &#224; tout ce qui, de pr&#232;s ou de loin, flirte avec l'illusion nationaliste, laquelle, pensons-nous, ouvre la porte au d&#233;ferlement r&#233;actionnaire (que nous prendrons garde de ne pas confondre avec l'attachement au patrimoine des valeurs du pass&#233;). Sous peine d'assister impuissants &#224; l'envahissement mortif&#232;re d'une pens&#233;e du repli, gliss&#233;e en contrebande sous l'aile d'une critique irr&#233;futable du Progr&#232;s, face au risque de succomber aux charmes v&#233;n&#233;neux de l'entre-soi, de l'exclusion des autres et de l'&#233;puration des diff&#233;rences, il revient aux explorateurs de la D&#233;croissance de r&#233;pondre sans ambigu&#239;t&#233; &#224; la question pos&#233;e des racines, de l'identit&#233; et de la Nation. Culturellement, imaginaire contre imaginaire, par l'affirmation d'un horizon o&#249; l'universel n'est pas sacrifi&#233; au local. Politiquement, programme contre programme, par des propositions transitoires pour une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance qui ne se confondent pas avec la nostalgie d'un pass&#233; plus ou moins magnifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence &#233;cologique et sociale sollicite aujourd'hui de toutes parts les hommes de bonne volont&#233;. Elle commande aussi &#224; batailler fermement dans le d&#233;bat d'id&#233;es pour s'opposer aux incarnations possibles d'une politique r&#233;actionnaire dont l'ampleur envahit chaque jour un peu plus la plan&#232;te et dont le calfeutrage nationaliste constitue l'alli&#233; privil&#233;gi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le choc et le d&#233;sarroi&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Il n'est qu'&#224; ouvrir les yeux pour s'apercevoir que la r&#233;gression est bel et bien en marche. Des signes multiples se manifestent : les &#201;tats-Unis d&#233;ploient un mur de barbel&#233;s et la garde nationale sur la fronti&#232;re du Mexique sous l'influence de plus en plus pr&#233;gnante des propagandistes du choc des civilisations, des adeptes du &lt;i&gt;Conservative Revival&lt;/i&gt; ou du &#171; dessein intelligent &#187; antidarwinien ; les &#233;vang&#233;listes de la &lt;i&gt;Christian Coalition&lt;/i&gt; ressemblent comme des fr&#232;res aux barbus patchouns ou aux orthodoxes juifs ; en Iran, en Palestine, en &#201;gypte, partout o&#249; ils peuvent s'exprimer au Sud, les courants religieux int&#233;gristes triomphent dans la mesure o&#249; ils apparaissent aux plus pauvres comme leur dernier recours ; la Chine d&#233;ploie son bond en avant sur un patriotisme exacerb&#233; ; assis sur ses r&#233;serves de gaz, Poutine r&#234;ve de r&#233;tablir la grande et sainte Russie ; en Europe comme au Japon, les mod&#232;les sociaux vacillent et des diables fascisto&#239;des guettent avec leur longue cuill&#232;re ; les &#171; d&#233;clinologues &#187; (Baverez, Minc, Lelouche, Rouart, Imbert&#8230;) tiennent le haut du pav&#233; (ah ! que la France imp&#233;riale &#233;tait belle, quand elle jouait dans la cour des grands !), la criminalisation de la colonisation ou de l'esclavage est relativis&#233;e, on imagine traquer le g&#232;ne de la d&#233;linquance chez les enfants de la maternelle, Nicolas Sarkozy pr&#244;ne un ordre muscl&#233; tandis que S&#233;gol&#232;ne Royal en pince pour un &#171; ordre juste &#187;&#8230; Assur&#233;ment, le fond de l'air est vici&#233;. Le mouvement de l'humanit&#233;, quoi qu'en disent les &#171; ravis &#187; de la mondialisation, pousse les cat&#233;gorises sociales les plus accabl&#233;es et les peuples les plus frustr&#233;s de la mirifique croissance qu'on leur promet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sait-on par exemple que, d'apr&#232;s la Banque mondiale, le PIB africain a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; se bunk&#233;riser sur leurs communaut&#233;s, leurs fronti&#232;res, leurs identit&#233;s, leurs traditions qui ne sont souvent que le reflet de l'atavisme ou de l'obscurantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sarroi est in&#233;vitable (il reste n&#233;anmoins un moindre mal quand il se porte comme un bleu &#224; l'&#226;me chez nos intellectuels alors que pour les moins prot&#233;g&#233;s et les plus expos&#233;s &#8211; c'est-&#224;-dire, en gros, les deux tiers des habitants de la plan&#232;te &#8211;, il se traduit par un d&#233;sespoir de vie quotidien). Ces vingt derni&#232;res ann&#233;es en effet, les soci&#233;t&#233;s mondiales ont connu des mutations &#233;conomiques, sociales, technologiques et g&#233;opolitiques sans &#233;quivalent dans l'histoire. T&#233;lescopage brutal qui provoque tout &#224; la fois une d&#233;stabilisation de la nature, des soci&#233;t&#233;s et des consciences. Quels sont les mots-cl&#233;s que l'histoire retiendra de ce chambardement ? Pollution, destruction, agression, fragilisation, d&#233;s&#233;quilibres, fragmentation, pr&#233;carisation, exclusion, d&#233;pression&#8230; Choc traumatisant s'il en est, qui laisse tra&#238;ner derri&#232;re lui un sentiment diffus de fatalisme mou selon lequel le cours des choses de la vie &#233;chappe d&#233;sormais &#224; la logique des hommes &#8211; et d'abord au politique &#8211; et qui fait dire que notre seule certitude, c'est que demain sera pire qu'aujourd'hui ! Alors, autant retourner &#224; hier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la lucidit&#233; &#224; la d&#233;gringolade&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;En face, qu'entend-on ? Rien ou si peu. Le silence (ou la connivence) des clercs est impressionnant. Confront&#233;e &#224; un tournant aigu et in&#233;dit de l'histoire &#8211; la crise combin&#233;e du vivant et de l'humain rendant probl&#233;matique l'avenir, voire la survie, de l'esp&#232;ce &#8211;, la classe intellectuelle, courageusement, se tait ou se compla&#238;t dans de l&#233;nifiantes querelles &#171; soci&#233;tales &#187; o&#249; chacun interpr&#232;te le cat&#233;chisme que ses fid&#232;les attendent de lui. Aphasie g&#233;n&#233;ralis&#233;e ! Les Lumi&#232;res semblent une esp&#232;ce d&#233;finitivement disparue&#8230; N'avaient-elles pas su, elles, &#171; penser &#187; le bouleversement historique au sortir du long tunnel moyen&#226;geux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconnaissons leur cela : Debray, Finkielkraut, Taguieff sont de ceux qui ne se &#171; couchent &#187; pas. Que disent-ils ? Que l'histoire donc prend un mauvais tour. &#201;coutons-les porter le fer dans la plaie. Leur d&#233;cryptage aboutit &#224; une stimulante d&#233;construction de la tyrannie du moderne. Debray : &#171; Pour qu'un empilement de &#8220;je&#8221; fasse &#8220;nous&#8221;, il faut pouvoir regarder ensemble, &#224; certains moments plus ou moins ritualis&#233;s, vers un point de fuite &#224; l'horizon. On ne le voit plus [&#8230;] Quand on ne partage plus l'espoir, on n'a que le ressentiment en commun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Nouvel Observateur, entretien du 15 d&#233;cembre 2005.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Finkielkraut : &#171; Tout d&#233;sormais nous compromet, m&#234;me les caprices du ciel [&#8230;] Nous ne pouvons plus nous placer comme nagu&#232;re dans la perspective d'un temps prometteur, nous ne pouvons plus croire avec la m&#234;me na&#239;vet&#233; au progr&#232;s [&#8230;] Et la question c'est de savoir si, pr&#233;cis&#233;ment, nous avons encore la capacit&#233; d'enrayer les processus que nous avons d&#233;clench&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Figaro, entretien du 19 septembre 2005.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Taguieff : &#171; Lorsque l'affirmation du progr&#232;s s'op&#232;re sans qu'en soit d&#233;finie la notion, sans &#234;tre r&#233;f&#233;r&#233;e &#224; des fins de l'homme [&#8230;], elle revient &#224; faire du &#171; mouvement &#187; ou du &#171; changement &#187; une idole, quelque chose comme un nouvel Absolu, un substitut de l'Etre supr&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Andr&#233; Taguieff, R&#233;sister au bougisme, op. cit.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Rien n'&#233;chappe &#224; leur perspicacit&#233;. D'un m&#234;me ton rugueux et salutaire, ils d&#233;noncent addiction consum&#233;riste, productivisme extraverti, saccage &#233;cologique, dictature de la vitesse, d&#233;sagr&#233;gation sociale, hyperindividualisme, ali&#233;nations techniques, marchandisation acc&#233;l&#233;r&#233;e, d&#233;culturation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, colonisation des devoirs par les droits&#8230; Au total, c'est un monde trop prompt &#224; &#171; r&#233;pliquer &#224; la limite par l'enjamb&#233;e &#187; qu'ils d&#233;noncent brillamment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La formule est de Victor Hugo.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour notre part, nous ne pouvons que signer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; : en passant de la lucidit&#233; critique vis-&#224;-vis du pr&#233;sent &#224; l'affirmation d'un horizon pour le futur (troquant de ce fait les habits du philosophe pour ceux du militant, et l'analyse pour l'action), nos intellectuels op&#232;rent un glissement spectaculaire. C'est m&#234;me une d&#233;gringolade tout schuss qu'ils nous proposent. Confront&#233;s aux r&#233;gressions qu'ils constatent, saisis d'effroi par leur ampleur et leur complexit&#233;, ils vont politiquement au plus vite, au plus simple : Finkielkraut, Taguieff, Debray et quelques autres enclenchent la marche arri&#232;re et ne trouvent rien de mieux que de plaider pour un retour &#224; l'&#233;tat &lt;i&gt;ante&lt;/i&gt;, celui des &#201;tats forts en gueule, moustache impeccable et menton volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne s'agissait que de la marque d'une nostalgie, passe encore. On ne reprochera &#224; personne d'&#233;prouver une langueur m&#233;lancolique envers un monde qui dispara&#238;t, l'ordre rassurant des usines et des champs, la douce berceuse d'une progression &#224; deux chiffres du produit int&#233;rieur brut, ce monde o&#249; s'inscrivaient les engagements de jeunesse avec, grav&#233;es dans le marbre, les valeurs d'une humanit&#233; en noir et blanc, la&#239;cs contre cur&#233;s, savants contre ignorants, progressistes contre conservateurs, gauche contre droite. Cette &#233;poque est r&#233;volue. Dommage ? Peut-&#234;tre, mais n'est-ce pas d'abord aux penseurs de se coltiner les asp&#233;rit&#233;s du r&#233;el au lieu d'en reproduire les mythologies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Feu sur le quartier g&#233;n&#233;ral communautariste&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nos nouveaux hussards pr&#233;f&#232;rent, eux, battre en retraite sur l'illusoire ligne Maginot du pass&#233;. En fait de retranchement, les d&#233;fenses qu'ils croient avoir d&#233;nich&#233;es sont tr&#232;s &#233;quivoques. Apr&#232;s avoir plaid&#233;, &#224; juste titre, en faveur d'un retour au sens et au lien, ils pr&#233;sentent, en guise de ressaisissement, un mod&#232;le version IIIe R&#233;publique, avec d&#233;votion nationale pour faire sens et renforcement de l'autoritarisme pour faire lien. Tout y passe : les valeurs d'identit&#233; (la fiert&#233; de l'histoire nationale telle qu'apprise sur les bancs de la communale ?), l'arrimage &#224; l'&#201;tat-nation et aux principes r&#233;publicains (comme nouvelle religion civile ?), la souverainet&#233; reconquise (celle de la Banque de France contre l'Europe ?), la r&#233;incarnation d'un &#201;tat fort (avec ses armes de destruction massive ?), le r&#233;tablissement du magister (lequel, celui du mandarin, du cur&#233;, du sous-pr&#233;fet, du conseiller g&#233;n&#233;ral ?), le cocon des racines (&#224; condition qu'elles soient catholiques et romaines ?). Ecoutons Finkielkraut : &#171; Ce qui m'inqui&#232;te, c'est la d&#233;saffiliation nationale [&#8230;] La question que je pose s'adresse &#224; notre ultime utopie : le m&#233;tissage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, entretien du 27 novembre 2005.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ; Debray : &#171; Quand il n'y a pas de fronti&#232;res, il n'y a ni sacralit&#233;, ni n&#233;cessit&#233;, ni croyance partag&#233;e, ni sentiment d'appartenance. Alors, faute d'histoire commune, chacun se replie sur sa m&#233;moire, sa micro identit&#233; sexuelle, ethnique, religieuse, r&#233;gionale. Quand l'Europe aura le courage d'avoir des adversaires, elle commencera &#224; exister&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Nouvel Observateur, entretien du 15 d&#233;cembre 2005.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ; Taguieff : &#171; Red&#233;couvrir l'&#201;tat-nation comme instrument indispensable de r&#233;sistance &#224; l'imp&#233;rialisme du march&#233; globalis&#233;, jouer la multiplicit&#233; des nations contre les multinationales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Andr&#233; Taguieff, R&#233;sister au bougisme, op. cit.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quence logique : il faut extirper le virus qui sape l'harmonie sociale, qui dynamite l'identit&#233; collective et qui, tel une invasion de termites, fragilise la forteresse nationale. &#192; savoir l'id&#233;ologie communautariste dont Taguieff per&#231;oit l'av&#232;nement dans &#171; la communautarisation croissante &#187; des modes de vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration du 28 d&#233;cembre 2005.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et Debray dans la juxtaposition conflictuelle de &#171; narcissismes communautaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Nouvel Observateur, entretien du 15 d&#233;cembre 2005.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Puis restaurer le cadre de r&#233;f&#233;rence collectif et le sentiment d'appartenance, autour du &#171; religo &#187; de la Nation et de &#171; la fiert&#233; r&#233;publicaine &#187;. Au passage, nos auteurs revisitent l'histoire r&#233;cente et rendent l'explosion soixante-huitarde responsable de ce &#171; comportement g&#233;n&#233;ral de plaignants et d'ayants-droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, entretien du 27 novembre 2005., entretien du 27 novembre 2005.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, sans doute parce que ce printemps de r&#233;volte a impos&#233; des droits que la R&#233;publique disputait chichement &#224; celles et ceux qui en &#233;taient priv&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant d'intelligence pour en arriver l&#224; ! D&#233;busquer la source des maux de la modernit&#233; dans un incertain irr&#233;dentisme communautariste et une suppos&#233;e dissolution multiculturelle ! Exhumer la cl&#233; du futur dans les fronti&#232;res retrouv&#233;es de la Nation et de la vieille matrice patriotique ! D&#233;cid&#233;ment, nos intellectuels ne sont braves qu'&#224; moiti&#233;. Oubliant leur pertinence critique envers la m&#233;gamachine de la modernit&#233; d&#232;s lors qu'il s'agit d'entrer en politique concr&#232;te, ils s'empressent de recourir aux vieilles ficelles : fabriquer un bouc &#233;missaire, selon la d&#233;marche classique des raccourcis historiques qui renvoient sur l'Autre la charge du d&#233;lit. L'Autre, c'est-&#224;-dire l'Inconnu, le Diff&#233;rent, autant dire l'&#201;tranger. C'est tellement dans l'air du temps, quand il pr&#233;sente une gueule bronz&#233;e et des guenilles de vagabond ! On le dit avec gravit&#233; : en adoptant sans nuance une posture nationalitaire, nos intellectuels sautent &#224; pieds joints dans la vieille figure de la R&#233;action et ouvrent la bo&#238;te de Pandore. On le regrette avec tristesse : ces voix passionnantes et passionn&#233;es se disqualifient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute la crispation communautariste ou ethniciste fait-elle partie des questions qui se posent. Des signes inqui&#233;tants se manifestent dans le corps social. Qu'&lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; l'affirmation d'une citoyennet&#233; commune soit un objectif politique, nous n'en disconviendrons pas. Que le sentiment d'appartenance &#224; une communaut&#233; nationale, identifi&#233;e par sa langue et sa culture, constitue un &#233;chelon indispensable dans les parcours d'int&#233;gration, un des maillons du vivre ensemble, personne ne le contestera. Force est de constater que la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, de ce point de vue, se montre particuli&#232;rement r&#233;tive, multipliant les obstacles &#224; coups de d&#233;lits de faci&#232;s, de discriminations sociales et de banlieues-ghettos, poussant ainsi les communaut&#233;s immigr&#233;es &#224; s'ossifier plut&#244;t qu'&#224; se projeter sur un avenir commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais faire de la tentation communautariste &#171; la &#187; question cl&#233; de l'&#233;poque &#8211; &#171; L'antiracisme est le nouveau totalitarisme du si&#232;cle &#224; venir &#187; affirme Finkielkraut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration apr&#232;s la conf&#233;rence internationale de Durban.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, plus p&#233;remptoire que jamais, tandis que son ami et complice Taguieff &#233;voque sans ambages &#171; la terreur judiciaire &#187; et &#171; la sovi&#233;tisation des esprits &#187; qu'imposent &#171; les lobbies associatifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration du 28 d&#233;cembre 2005.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et qu'un de leur copain commun, Pascal Bruckner, s'emporte contre &#171; la tyrannie de minorit&#233;s totalitaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Nouvel Observateur, 1er d&#233;cembre 2005.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, ou qu'un esprit aussi mesur&#233; que Marcel Gaucher d&#233;nonce &#171; l'id&#233;ologie communautaire &#187; dans laquelle nous baignerions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration, entretien du 25 f&#233;vrier 2006.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, c'est prendre l'effet pour la cause. Car, si la peur que suscite le grand &#233;quarrisseur du progr&#232;s conduit des groupes humains &#224; se recroqueviller sur ce qui leur reste, c'est-&#224;-dire sur ce qu'ils sont ou sur ce qu'on a fait d'eux, &#224; qui la faute ? Qui d&#233;culturalise, d&#233;shumanise, d&#233;solidarise, d&#233;s&#233;quilibre, fragmente, fragilise, sinon le mouvement m&#234;me du d&#233;veloppement ? Comment pr&#233;tendre que les victimes de ce ph&#233;nom&#232;ne en sont les responsables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sous le drapeau, la peur&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; vrai dire, &#233;riger en contre feu le &lt;i&gt;revival&lt;/i&gt; national pour contenir &#171; l'insurrection des identit&#233;s &#187; dont Debray et les autres agitent l'ombre mena&#231;ante &#8211; &#171; Nous voici confront&#233;s &#224; la plan&#233;tarisation de la haine &#187; s'exclame Finkielkraut en d&#233;signant explicitement l'Islam&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lib&#233;ration du 9 f&#233;vrier 2006.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; para&#238;t bien paradoxal. &#192; quoi bon en effet remplacer une identit&#233; communautaire par une autre, nationale celle-l&#224;, de m&#234;me nature &#8211; en tant que syst&#232;me symbolique d'adh&#233;sion &#8211;, qui pr&#233;sente seulement pour diff&#233;rence d'&#234;tre un peu plus puissante ? Cela revient &#224; remplacer un clan par une tribu ou une secte par une religion. R&#233;cuser les visions ethnicistes (forc&#233;ment r&#233;trogrades) pour leur substituer une repr&#233;sentation nationale (forc&#233;ment grandiose), qu'est-ce que cela change ? O&#249; se situe la diff&#233;rence &#224; l'&#233;chelle des enjeux globaux du monde d'aujourd'hui ? Les citoyens fran&#231;ais, parce qu'ils sont fran&#231;ais et h&#233;ritiers d'une glorieuse histoire, se comportent-ils mieux vis-&#224;-vis des biens communs &#233;cologiques que n'importe quelle modeste communaut&#233; africaine ou asiatique ? Les Gaulois pur jus, parce qu'ils partagent un pacte r&#233;publicain, &#233;prouvent-ils moins de malaise &#224; vivre que les Kanaks ou les Navajos ? Le creuset national prot&#233;gerait-il mieux des fanatismes identitaires que la matrice communautaire ? &#192; la lumi&#232;re de l'histoire, y compris la plus r&#233;cente, du c&#244;t&#233; des Balkans, on ne prendra pas le pari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;In fine&lt;/i&gt;, en cherchant &#224; ressusciter le fant&#244;me d'une religiosit&#233; de la Nation, Taguieff, Finkielkraut et Debray militent ardemment en faveur de ce qu'ils d&#233;noncent avec ferveur : les d&#233;rives particularistes, diff&#233;rencialistes et s&#233;paratistes. Nous feraient-ils croire que, par extraordinaire, le nationalisme fran&#231;ais y &#233;chapperait sous pr&#233;texte qu'il rel&#232;verait d'une mieux-disante exception culturelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, les ponts-levis ayant &#233;t&#233; remont&#233;s autour de l'excellence du petit &#238;lot gaulois, une fois retricot&#233;es les mailles de l'entre soi &#8211; &#171; Cette qu&#234;te du semblable o&#249; se perd le sens du monde &#187; selon l'expression d'Edwy Plenel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edwy Plenel, Proc&#232;s, Stock, Paris, 2005.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un des irr&#233;ductibles adversaires des nouveaux hussards &#8211;, qu'adviendra-t-il ? Le climat s'interrompra-t-il de basculer, les m&#233;galopoles de s'&#233;tendre, les d&#233;serts d'avancer, la mis&#232;re de gagner ? La pluie s'acharnera-t-elle &#224; refuser de tomber l&#224; o&#249; elle manque le plus, les ours et les tigres ne seront-ils plus menac&#233;s de dispara&#238;tre, le p&#233;trole rejaillira-t-il ? Les consommateurs renonceront-ils &#224; s'&#233;tourdir dans le &lt;i&gt;turnover&lt;/i&gt; des lin&#233;aires ? Les bricoleurs de la g&#233;n&#233;tique retrouveront-ils la raison ? On le voit bien : aucun des grands enjeux du monde contemporain n'est susceptible de trouver un d&#233;but de r&#233;ponse dans la posture de reconqu&#234;te d'un espace national &#233;conomique, social et culturel, aussi vaillant soit-il. Peine perdue : la troupe des gueux ethniques et communautaires, dont nos hussards craignent tant un d&#233;barquement massif, continuera de rejoindre les lampions de la f&#234;te occidentale parce que, chez eux, le champ, la prairie, la for&#234;t ou la barque ne nourrissent plus. Se barricader n'y changera rien. La r&#233;habilitation des fronti&#232;res nationales n'y fera pas obstacle. C'est la terre, l'herbe, les arbres et les eaux qu'il faut ref&#233;conder, l&#224;-bas. Et, de ce point de vue, Debray, Finkielkraut, Taguieff et consorts n'ont pas grand-chose &#224; nous dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sont-ils toujours de gauche, comme ils s'en r&#233;clament encore, ou pass&#233;s &#224; droite, &#224; c&#244;t&#233; de Sarkozy, comme on les en suspecte &#224; gauche ? Peu importe l'anecdotique des postures. Ils sont tomb&#233;s dans le camp de la peur. Face &#224; l'&#232;re du vide que r&#233;v&#232;le le trop plein de nos productions et de nos consommations, la d&#233;rive de ces intellectuels, dont on attendait autre chose qu'une &lt;i&gt;Marseillaise&lt;/i&gt; de 14 juillet, se pr&#233;sente comme un puissant r&#233;v&#233;lateur d'une &#233;poque travaill&#233;e en profondeur par la tentation r&#233;actionnaire. &#171; Insensiblement, notait il y a quelques mois un journaliste du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, un nombre croissant d'intellectuels rejoignent les irr&#233;ductibles de toujours, les r&#233;actionnaires historiques, chantres de la douceur des lampes &#224; huile et de la splendeur de la marine &#224; voile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel de Roux, Le Monde du 6 d&#233;cembre 2005.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; L'image est sympathique, mais elle s'av&#232;re trompeuse. La tentation r&#233;actionnaire &#8211; que nous ne confondrons pas avec les attitudes conservatrices qui parfois s'imposent vis-&#224;-vis de l'acharnement destructeur de la modernit&#233; &#8211; est d'une tout autre nature que les tendres nostalgies pass&#233;istes que chacun d'entre nous entretient. Derri&#232;re le discours impavide de r&#233;f&#233;rence &#224; un monde disparu se cache le refus d'affronter les probl&#232;mes &#224; l'&#233;chelle o&#249; ils se posent, c'est-&#224;-dire plan&#233;taire. Sous pr&#233;texte de d&#233;limiter des p&#233;rim&#232;tres, c'est celui de la peur qu'on installe. Peur des autres, peur du monde, peur des (r) &#233;volutions n&#233;cessaires. La R&#233;action incarne le triomphe de la peur, conseill&#232;re attitr&#233;e des mauvais jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'elle est fond&#233;e sur cette peur, la strat&#233;gie du repli national aboutit &#224; une impasse lourde de menaces. C'est en son nom qu'il faut s'armer, exclure, &#233;purer, pour pr&#233;server ses fronti&#232;res, ses racines, son identit&#233;. Alain Finkielkraut, d'ailleurs, n'h&#233;sita pas, dans les ann&#233;es quatre-vingt-dix, &#224; prendre fait et cause pour les Croates contre les Serbes et les Bosniaques. Pourquoi ? Parce que les premiers &#233;taient catholiques, donc proches de l'identit&#233; europ&#233;enne, et les autres orthodoxes ou musulmans, autrement dit &#233;trangers. Le r&#233;flexe ethnique, communautaire ou religieux joue &#224; plein dans le champ national. Il s'en nourrit et s'y enivre. On choisit son camp, celui des siens et de ses semblables, et l'on fourbit les fusils contre les autres plut&#244;t que d'affronter les complexit&#233;s et les dissemblances d'un monde commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les objecteurs de croissance interpell&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les partisans et les op&#233;rateurs de la d&#233;croissance n'&#233;chapperont pas au devoir de clarification que la menace de d&#233;rive r&#233;actionnaire impose. Certaines th&#233;matiques politiques, si elles ne sont pas pr&#233;cis&#233;es, sont en effet susceptibles de donner du grain &#224; moudre au grand mouvement de repli, certaines pratiques pouvant nourrir involontairement ou aveugl&#233;ment la tendance &#224; l'enfermement identitaire. O&#249; passe par exemple la fronti&#232;re entre le r&#233;enracinement, ch&#232;re aux r&#233;actionnaires, et la relocalisation, propre aux d&#233;croissants ? Elle existe : le r&#233;enracinement renvoie &#224; une probl&#233;matique de naissance, de sang ou d'appartenance communautaire, alors que la relocalisation n'&#233;tablit aucun lien avec les origines ; elle concerne les activit&#233;s de la vie en fonction des lieux d'habitation et de travail. Territoire d'existence contre terroir de racine, la diff&#233;rence n'est pas mince. Elle n'est pas toujours nette dans les proclamations. L'excellente proclamation &#171; Vivre et travailler au pays &#187; doit, &#224; notre avis, s'accompagner du codicille &#171; au pays choisi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommes-nous s&#251;rs que l'attachement l&#233;gitime &#224; un lieu, &#224; une culture, &#224; des valeurs ne contient pas en germe un embrigadement nationaliste quand il s'agira de d&#233;fendre ces pr&#233;cieux biens contre les intrus ou de les partager avec les autres ? Entre le sentiment de familiarit&#233; d'une proximit&#233; communautaire et l'extase patriotique, la ligne de cr&#234;te, l&#224; encore, existe mais elle peut s'av&#233;rer bien mince en cas de conflit pour la r&#233;partition des richesses. Le discours sur la relocalisation des activit&#233;s (et des pratiques d&#233;mocratiques) contre la mondialisation des &#233;changes (et des d&#233;cisions autocratiques) auquel, faut-il le pr&#233;ciser, nous adh&#233;rons pleinement, pr&#234;te parfois le flanc au d&#233;tournement quand, en pratique, il vire &#224; une sorte d'h&#233;donisme r&#233;gionaliste &#8211; &#171; Mon petit coin de paradis d'abord ! &#187; &#8211; ou quand il s'&#233;rige en mod&#232;le &#233;litiste &#8211; &#171; Les autres sont des cr&#233;tins infr&#233;quentables, ils n'ont pas compris qu'ils pouvaient vivre comme moi en s'appliquant imm&#233;diatement la simplicit&#233; volontaire ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au rythme actuel d'&#233;puisement des ressources et de destruction du monde, la tentation d'une nouvelle forme d'apartheid &#233;conomique et social existe, et elle pourrait s'amplifier. C'est m&#234;me l'issue logique du repli r&#233;actionnaire. Elle peut prendre appui sur un r&#233;flexe protectionniste d'enfermement sur son lopin de territoire pour y construire &#224; l'&#233;cart sa petite contre soci&#233;t&#233; et y pr&#233;server ses richesses, dans l'entre soi rassurant du noyau domestique ou clanique. Cela commence par le village et cela peut se terminer par une intransigeance identitaire partag&#233;e avec tous ceux qui sont &#171; d'ici &#187;, autrement dit de France, d'Europe et d'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'extr&#234;me droite, les Identitaires et la Nouvelle Droite ne s'y trompent pas d'ailleurs quand ils en appellent, &#224; leur fa&#231;on, &#224; la d&#233;croissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le salut par la d&#233;croissance ? &#187;, in &#201;l&#233;ments n&#176; 119.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est qu'elle leur para&#238;t pouvoir aller dans le sens de leur anti- universalisme de principe et de leur plaidoyer in&#233;galitaire. On le voit bien : le souci du local, s'il n'est pas port&#233; par une sollicitude envers le monde et &lt;i&gt;&#171; sa r&#233;ciprocit&#233; d'&#234;tres diff&#233;rents &#187;&lt;/i&gt; (Hannah Arendt), peut s'&#233;garer et se d&#233;naturer dans une juxtaposition de &lt;i&gt;Nimby&lt;/i&gt; dont le nationalisme fera ses choux gras et la R&#233;action sa base populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, on s'aper&#231;oit que partager des critiques voisines envers le progr&#232;s et la soci&#233;t&#233; de croissance ne suffit pas. Encore faut-il ne pas se tromper sur le sens &#224; donner au changement et &#224; la soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance. &#192; notre avis, une des principales lignes rouges est trac&#233;e par le nationalisme, ce communautarisme un peu plus gros que les autres. Au refus du monde commun qui le caract&#233;rise, il s'agit d'opposer une mosa&#239;que et une polyphonie d'alt&#233;rit&#233;s recomposant un universalisme que nous nommerons pluriversalisme ou diversalit&#233;. Autrement dit, un universalisme bien diff&#233;rent de l'uniformit&#233; marchande et destructrice qui s'est empar&#233;e de lui sous la f&#233;rule de la mondialisation de l'id&#233;ologie de croissance, mais un universalisme qui ne rend pas les armes devant l'appel &#224; la communaut&#233; de destin qui r&#233;unit tous les &#234;tres vivants de cette plan&#232;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;gis Debray, &lt;i&gt;Suppliques aux nouveaux progressistes du XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 2006. Alain Finkielkraut, &lt;i&gt;Nous autres modernes&lt;/i&gt;, Ellipses, Paris, 2005. Pierre-Andr&#233; Taguieff, &lt;i&gt;R&#233;sister au bougisme&lt;/i&gt;, Mille et Une Nuits, Paris, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt; du 1er d&#233;cembre 2005. &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; du 28 novembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;gis Debray, &lt;i&gt;Supplique aux nouveaux progressistes du XXIe si&#232;cle, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre-Andr&#233; Taguieff, &lt;i&gt;Le Sens du progr&#232;s&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, entretien du 19 septembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude Mich&#233;a, &lt;i&gt;Orwell &#233;ducateur&lt;/i&gt;, Climats, Castelnau Le Lez, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christopher Lasch, &lt;i&gt;Le Seul et Vrai Paradis&lt;/i&gt;, Climats, Castelnau Le Lez, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eugen Drewermann, &lt;i&gt;Le Progr&#232;s meurtrier&lt;/i&gt;, Stock, Paris, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sait-on par exemple que, d'apr&#232;s la Banque mondiale, le PIB africain a encore&lt;br class='autobr' /&gt;
augment&#233; de plus de 5 % en 2005, apr&#232;s avoir progress&#233; dans les m&#234;mes proportions ces derni&#232;res ann&#233;es ? Un taux de croissance dont r&#234;vent les pays industrialis&#233;s mais qui ne change rien &#224; l'appauvrissement g&#233;n&#233;ralis&#233; du continent et de ses&lt;br class='autobr' /&gt;
populations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, entretien du 15 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;, entretien du 19 septembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre-Andr&#233; Taguieff, &lt;i&gt;R&#233;sister au bougisme, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La formule est de Victor Hugo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, entretien du 27 novembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, entretien du 15 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre-Andr&#233; Taguieff, &lt;i&gt;R&#233;sister au bougisme, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 28 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, entretien du 15 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le Monde, entretien du 27 novembre 2005., entretien du 27 novembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration apr&#232;s la conf&#233;rence internationale de Durban.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 28 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 1er d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, entretien du 25 f&#233;vrier 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 9 f&#233;vrier 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edwy Plenel, &lt;i&gt;Proc&#232;s&lt;/i&gt;, Stock, Paris, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel de Roux, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 6 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le salut par la d&#233;croissance ? &#187;, in &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments&lt;/i&gt; n&#176; 119.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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