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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>Comment sortir de l'industrialisme ?</title>
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		<dc:date>2021-10-26T15:40:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean MONESTIER</dc:creator>



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&lt;p&gt;Encourag&#233;e, ne l'oublions pas, par ceux qui ach&#232;tent ses produits, s&#233;duits par le grand vent de la publicit&#233;, l'industrie multiplie l'efficacit&#233; des facteurs de destruction de la biosph&#232;re. M&#234;me si l'&#238;le de P&#226;ques a &#233;t&#233; d&#233;sertifi&#233;e par des hommes munis de haches de pierre, des b&#251;cherons &#233;quip&#233;s de tron&#231;onneuses seraient all&#233;s seulement beaucoup plus vite, mais le r&#233;sultat aurait &#233;t&#233; le m&#234;me. Et nous utilisons couramment aujourd'hui des &#233;quipements &#224; l'&#233;chelle des montagnes, qui font Des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Encourag&#233;e, ne l'oublions pas, par ceux qui ach&#232;tent ses produits, s&#233;duits par le grand vent de la publicit&#233;, l'industrie multiplie l'efficacit&#233; des facteurs de destruction de la biosph&#232;re. M&#234;me si l'&#238;le de P&#226;ques a &#233;t&#233; d&#233;sertifi&#233;e par des hommes munis de haches de pierre, des b&#251;cherons &#233;quip&#233;s de tron&#231;onneuses seraient all&#233;s seulement beaucoup plus vite, mais le r&#233;sultat aurait &#233;t&#233; le m&#234;me. Et nous utilisons couramment aujourd'hui des &#233;quipements &#224; l'&#233;chelle des montagnes, qui font Des d&#233;g&#226;ts au niveau g&#233;ologique. Faut-il donc arr&#234;ter toute l'industrie, ou seulement freiner ce train qui ne va nulle part, mais de plus en plus vite ? N'y a-t-il pas un juste milieu, une juste mesure, permettant de cr&#233;er du bonheur de vivre tout en pr&#233;servant la plan&#232;te le plus longtemps possible ? Nous allons esquisser quelques pistes de r&#233;ponse dans les lignes qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nature de l'industrialisation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le traitement industriel peut s'appliquer &#224; toute activit&#233; de l'&#233;conomie, y compris celles qui ne sont pas consid&#233;r&#233;es a priori comme industrielles, les activit&#233;s de service. Il commence par simplifier la r&#233;alit&#233; pour mieux l'appr&#233;hender et la ma&#238;triser, mais lui applique ensuite des processus de plus en plus techniques et complexes, ce qui fait que les cons&#233;quences n'en sont plus totalement pr&#233;visibles. Cela g&#233;n&#232;re de nouveaux probl&#232;mes, auxquels l'industrie tentera de r&#233;pondre en analysant plus finement le r&#233;el, mais aussi en en complexifiant davantage le traitement, ce qui g&#233;n&#233;rera encore d'autres difficult&#233;s, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc &#224; l'entr&#233;e deux d&#233;marches principales : une segmentation du traitement en processus parall&#232;les analys&#233;s en op&#233;rations successives et, simultan&#233;ment, une approche num&#233;rique, ce qui aboutit immanquablement, d'une part, &#224; une cr&#233;ation de cat&#233;gories au sein des objets trait&#233;s, et donc le plus souvent &#224; leur tri et &#233;ventuellement leur hi&#233;rarchisation, d'autre part, &#224; une massification des donn&#233;es relatives &#224; chaque cat&#233;gorie, qui seront trait&#233;es uniform&#233;ment. Le tout favorise la mise en exergue de la productivit&#233; du processus, flambeau de son d&#233;veloppement et de sa diffusion, lesquels font oublier la mise &#224; l'&#233;cart des cas trop particuliers, renvoy&#233;s &#224; leur insatisfaction. Dans certains cas, des fili&#232;res distinctes se cr&#233;ent (par exemple bois d'&#339;uvre et bois pour p&#226;te &#224; papier), dans d'autres, il y a seulement tri et rejet (par exemple le tri des bless&#233;s &#224; l'entr&#233;e du bloc chirurgical d'un h&#244;pital de guerre). Le probl&#232;me est que cette simplification m&#233;thodologique n'est jamais totalement satisfaisante, sauf quand l'industrie se l'applique &#224; elle-m&#234;me, par exemple pour des produits interm&#233;diaires, puisqu'elle est alors &#224; la fois le concepteur et le b&#233;n&#233;ficiaire du test, et qu'elle assume &#233;ventuellement le co&#251;t du rejet dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;volution du processus, on observe au fil des ans une complexit&#233; de plus en plus croissante des &#233;quipements, issue des perfectionnements et corrections successifs. Cela g&#233;n&#232;re de l'opacit&#233; m&#234;me pour les professionnels et, du fait de la division du travail, une sp&#233;cialisation grandissante de ces derniers, qui est elle-m&#234;me un deuxi&#232;me g&#233;n&#233;rateur d'opacit&#233;, chacun d'entre eux ignorant de plus en plus ce que font ses coll&#232;gues, d'autant plus que leur activit&#233; est &#233;loign&#233;e de la sienne verticalement et horizontalement. Le r&#233;sultat du processus est en principe pr&#233;cis, uniforme, efficace et &#233;conomique, mais il est aussi simplifi&#233;, sans nuance, sans al&#233;as, et pour ainsi dire froid. La massification/simplification qui a permis cette efficacit&#233;, accompagn&#233;e de l'opacit&#233; des processus, aboutit &#224; un certain degr&#233; d'inadaptation du produit industriel et d'&#233;tranget&#233; de son abord premier. Alors que l'industriel s'est voulu au service de l'utilisateur, (&#233;voquant le d&#233;vouement de l'artisan auquel il succ&#232;de souvent), c'est ce dernier qui doit s'adapter au produit, en accepter les r&#232;gles normatives, en apprendre la mise en &#339;uvre, et accepter les contingences du r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a diff&#233;rents degr&#233;s d'industrialisation et diff&#233;rentes mani&#232;res de l'organiser : on peut observer parfois une activit&#233; principale tr&#232;s industrialis&#233;e dont les p&#233;riph&#233;riques le sont tr&#232;s peu (par exemple dans l'agroalimentaire), ou au contraire une activit&#233; principale tr&#232;s peu industrialis&#233;e dont les p&#233;riph&#233;riques le sont &#233;norm&#233;ment (bloc chirurgical), et bien s&#251;r toutes les combinaisons envisageables de ces tendances, de l'usine enti&#232;rement automatis&#233;e &#224; l'organisation int&#233;gralement artisanale, mais d&#233;j&#224; industrieuse. On peut donc imaginer de cr&#233;er des cartes des degr&#233;s d'industrialisation de l'ensemble des processus concourant &#224; une production, mais il restera &#224; &#233;valuer comme nul, faible, moyen, fort, exag&#233;r&#233;, insupportable, le degr&#233; d'industrialisation de chaque phase, et &#224; d&#233;terminer d'abord comment construire la grille de ce classement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir par l'industrialisation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me de l'industrialisation est qu'elle fait syst&#232;me, &#224; la diff&#233;rence de l'artisanat, et donc, comme tout syst&#232;me, qu'elle tend &#224; s'&#233;tendre, &#224; d&#233;velopper sa coh&#233;rence, &#224; chercher &#224; s'appliquer verticalement, du pr&#233;l&#232;vement de mati&#232;re premi&#232;re dans la nature jusqu'au rejet des d&#233;chets dans cette m&#234;me nature et, horizontalement, &#224; tout processus, &#224; tout lieu, &#224; toute activit&#233;. On peut dire qu'elle constitue un outil id&#233;al mis &#224; la disposition d'un processus capitalistique, mais ce dernier &#233;tant devenu sp&#233;culatif (et lui m&#234;me industrialis&#233; au moyen de l'informatisation des march&#233;s), et donc entr&#233; dans une spirale destructrice, elle l'accompagne et le soutient dans cette recherche des limites qui, une fois d&#233;pass&#233;es, marqueront la fin de la Soci&#233;t&#233; Humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons ici un petit d&#233;tour par la neurologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonio Damasio explique dans deux livres publi&#233;s chez Odile Jacob, &lt;i&gt;L'erreur de Descartes&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le sentiment m&#234;me de soi&lt;/i&gt;, qu'il existe dans le cerveau un centre des &#233;motions et que, lorsque ce centre est d&#233;truit (ou isol&#233;), le sujet devient incapable de prendre de bonnes d&#233;cisions. Ces derni&#232;res &#233;tant d&#233;finies fort modestement par les sp&#233;cialistes comme les d&#233;cisions favorables &#224; la survie de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en d&#233;duire que le technocrate qui pr&#233;tend appr&#233;cier objectivement une politique et prendre sans &#233;motions les bonnes d&#233;cisions est soit un menteur (cas le plus probable), soit quelqu'un d'&#233;minemment dangereux pour la structure qu'il pilote. Au-del&#224; de la question de savoir si les ordinateurs seront un jour intelligents, ce qui est en quelque sorte exclu par construction, on peut &#234;tre certain qu'ils ne sont aucunement en mesure de &#171; prendre &#187; de bonnes d&#233;cisions, puisqu'ils ne ressentent aucune &#233;motion (ils peuvent seulement les simuler si on les a programm&#233;s dans ce but), et que leur centre &#233;motionnel est, non seulement isol&#233; de leur processeur, mais inexistant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les march&#233;s sp&#233;culatifs, o&#249; beaucoup de d&#233;cisions doivent &#234;tre prises tr&#232;s vite, et sont donc confi&#233;es &#224; des ordinateurs (l'homme ne faisant alors que d&#233;cider des param&#232;tres de l'action), ne peuvent pas, et de moins en moins, au fur et &#224; mesure que l'homme s'efface devant la technique, prendre de bonnes d&#233;cisions (favorables &#224; leur survie et &#224; la n&#244;tre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; le capital traditionnel, apport&#233; par des proches ou &#224; la rigueur une banque locale, ou par appel &#224; un march&#233; r&#233;unissant des intervenants humains, restait ainsi reli&#233; au r&#233;el de l'activit&#233;, &#224; la solidit&#233; de son opportunit&#233;, au co&#251;t &#233;ventuel de ses erreurs &#233;cologiques ou sociales, le capital sp&#233;culatif, g&#233;r&#233; &#224; partir d'algorithmes math&#233;matiques, lib&#233;r&#233; de la r&#233;alit&#233; de quelque lieu que ce soit, affranchi de toute r&#233;alit&#233; sociale ou &#233;cologique, est l'instrument parfait du suicide de l'Humanit&#233;. Les plus lourdes d&#233;cisions, impliquant l'ensemble de la plan&#232;te, &#224; travers le travail des milliers de lobbyistes, op&#233;rant dans tous les domaines, politique, l&#233;gislatif, et bien s&#251;r industriel, sont prises sous son &#233;gide, d&#233;charg&#233;es de toute &#233;motion r&#233;elle comme de toute responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, les technocrates jurent, la main sur le c&#339;ur, que la Banque mondiale et l'OMC sont au service de l'ensemble de l'Humanit&#233;, l'industrie des OGM nous promet une nourriture parfaite pour tous et la gu&#233;rison des maladies les plus retorses, les gouvernements affichent la d&#233;finition du d&#233;veloppement durable en t&#234;te de tous leurs documents un peu importants, mais nous savons que ces phrases sont vides, aussi vides que celles de l'ordinateur programm&#233; &#224; dire &#171; je vous remercie &#187; d&#232;s qu'on a valid&#233; la man&#339;uvre pr&#233;vue par le logiciel activ&#233;, et qu'elles visent seulement l'acceptabilit&#233; (nouveau terme de la novlangue) des mesures &#233;voqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est que cette machine, la m&#233;gamachine, a pris le pouvoir, tout le pouvoir, ou plut&#244;t que l'homme le lui a donn&#233;, au terme d'un processus assez complexe, assez bien d&#233;crit par Ellul, par exemple. &#192; c&#244;t&#233; d'un imaginaire noyaut&#233; sur le plan politique par la notion de progr&#232;s, et sur le plan &#233;conomique par le credo de la croissance, le bras arm&#233; de ce pouvoir est l'&lt;i&gt;industrialisme&lt;/i&gt;, sorte de fanatisme que nous d&#233;finirions comme consistant &#224; confier &#224; l'industrie, peu &#224; peu, et si possible en verrouillant toute possibilit&#233; de revenir en arri&#232;re, l'ensemble des activit&#233;s humaines, y compris les plus intimes, les plus &#233;motionnelles, les plus proches de notre nature originelle. Ce fanatisme, meurtrier par son exc&#232;s m&#234;me, apr&#232;s avoir obtenu de nous une adh&#233;sion massive &#224; travers la religion du progr&#232;s ax&#233;e sur la notion de croissance ind&#233;finie, est sur le point de d&#233;truire l'humus m&#234;me au sein duquel nous avons pris naissance apr&#232;s quelques millions d'ann&#233;es d'&#233;volution : la biosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous sauver, il nous faut &#224; tout prix reprendre le contr&#244;le de cette &#171; machine &#187;, r&#233;sister &#224; cette invasion exponentielle en reprenant d'abord le contr&#244;le de nous-m&#234;mes, en d&#233;colonisant &#224; la fois notre propre imaginaire et notre propre pens&#233;e rationnelle, que le syst&#232;me a investie avec notre propre &#233;nergie en la privant peu &#224; peu de son bienfaisant contrepoids &#233;motionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortir de l'industrialisme&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains auraient tendance &#224; pr&#233;coniser un retour massif &#224; l'artisanat, mais il ne s'agit ni de revenir au pass&#233;, ce qui est en fait impossible, ni de parcourir le temps en marche arri&#232;re, ni de revenir &#224; l'&#233;tat d'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt;. Il faut d'ailleurs remarquer que la fabrication d'un produit, fut-il apparemment simple et d'une utilit&#233; universellement &#233;vidente, comme le v&#233;lo, passe par celle de ses composants et met parfois immanquablement en jeu, &#224; certains stades, des processus industriels. Quelquefois m&#234;me intervient une tr&#232;s haute technologie, opaque, d&#233;voreuse de moyens, et g&#233;n&#233;ratrice de d&#233;sordres sociaux et de pollutions &#224; l'autre bout de la plan&#232;te. Parfois il existe une ou plusieurs alternatives, parfois aucune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons ici que l'absence d'industrie n'a pas emp&#234;ch&#233; les habitants de l'&#238;le de P&#226;ques de d&#233;truire leur biotope. C'est donc bien en amont que se situe ce fanatisme qui, &#224; des &#233;chelles diff&#233;rentes, nous conduit &#224; la catastrophe quel que soit l'outil que nous utilisons. O&#249; se situe donc la limite &#224; ne pas d&#233;passer ? Comment remettre l'industrie &#224; sa place de serviteur efficace et ob&#233;issant ? Qu'est-ce qu'on accepte ? Qu'est-ce qu'on refuse ? Qu'est-ce qu'on a le droit d'accepter ? Qu'est-ce qu'on a le devoir de refuser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part incontournable de la r&#233;flexion, c'est le fait que ce monde est fini et que l'empreinte &#233;cologique de l'Humanit&#233; tout enti&#232;re doit redescendre &#224; 1, sous peine de naufrage. Les pays qui sont au-dessus de 1 ont donc une sorte de dette envers ceux qui ont une empreinte inf&#233;rieure &#224; 1. On a peu &#233;voqu&#233; la contrainte d&#233;mographique, qui est le deuxi&#232;me facteur de l'empreinte &#233;cologique, le premier &#233;tant le patrimoine g&#233;ographique du pays, le troisi&#232;me en &#233;tant le train de vie, c'est-&#224;-dire en quelque sorte l'intensit&#233; d'usage des ressources naturelles de son territoire. Ainsi, plus son territoire est grand, plus l'empreinte du pays sera faible, plus sa population est importante, plus son train de vie est &#233;lev&#233;, plus son empreinte sera forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour chaque produit, on peut se demander s'il est vraiment n&#233;cessaire ou s'il est superflu, en sachant que d&#233;j&#224; ici la culture interviendra, que ce soit au niveau local, national, ou mondial. Il faudra ensuite se demander s'il est g&#233;n&#233;ralisable &#224; tous, comme par exemple la bicyclette, ou si sa fabrication doit &#234;tre exclue pour cause de co&#251;t &#233;cologique et social exag&#233;r&#233;, comme probablement tout ce qui touche au tourisme spatial, ou encore s'il peut l&#233;gitimement &#234;tre fabriqu&#233; pour un certain nombre, en fonction d'une passion assez exclusive (par exemple le char &#224; voile), d'une profession (un v&#233;hicule pour un commer&#231;ant), d'un handicap (un ordinateur pour un aveugle), au moins pour tous ceux qui le souhaitent, ce qui renvoie &#224; une empreinte &#233;cologique tant&#244;t individuelle, tant&#244;t moyenne, donc osons le mot, &#224; une sorte de rationnement polymorphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce terme de rationnement &#233;voque une limitation. Il s'agissait donc d'un gros mot jusqu'&#224; ces derni&#232;res ann&#233;es, m&#234;me si cette limitation n'interdit ni les gains de productivit&#233; sur des pr&#233;l&#232;vements plafonn&#233;s de ressources naturelles ni toutes les am&#233;liorations immat&#233;rielles par lesquelles certains aimeraient sauvegarder la croissance, qui serait alors en quelque sorte d&#233;mat&#233;rialis&#233;e. On sait que ce projet est discutable, puisque le moindre acte immat&#233;riel met malgr&#233; tout en jeu de l'&#233;nergie et des ressources naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, on comprend que mettre un terme &#224; l'industrialisme soit un vaste chantier. Si l'on veut remettre le bonheur de vivre au centre de l'&#233;conomie, dont c'&#233;tait le but premier d'apr&#232;s Georgescu-Roegen, il est n&#233;cessaire de fixer des limites au champ industriel, et de faire rentrer l'industrie dans ce p&#233;rim&#232;tre, soit au niveau de la nature des biens ou services produits (par exemple chaussures, v&#234;tements, soins m&#233;dicaux), soit au niveau de l'opportunit&#233; d'industrialiser tout ou partie des processus de production de ces biens ou services et des biens ou services interm&#233;diaires entrant dans leur composition (par exemple, pour les cycles : les roulements &#224; billes, pneus, accessoires, m&#233;canismes, car&#233;nages), soit au niveau du caract&#232;re tol&#233;rable ou non de cette activit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) par rapport aux travailleurs eux-m&#234;mes, compte tenu de leur degr&#233; d'&#233;panouissement dans le processus, et de l'organisation m&#234;me de ce dernier face au sens qu'ils peuvent lui donner dans leurs vies : par exemple, jusqu'&#224; quel point le ramassage et le traitement des d&#233;chets doivent-il &#234;tre effectu&#233;s par des professionnels qui y consacrent toute leur carri&#232;re ou &#224; tour de r&#244;le pendant un &#224; trois mois par des jeunes effectuant un service civique aussi universel que l'allocation du m&#234;me nom ?&lt;br class='autobr' /&gt;
2) par rapport aux populations environnantes dans le cadre d'une gestion concert&#233;e du territoire : par exemple, jusqu'&#224; quel point une activit&#233; &#224; risque mais jug&#233;e d&#233;mocratiquement n&#233;cessaire peut-elle &#234;tre implant&#233;e quelque part, o&#249; et selon quelles modalit&#233;s et en prenant quelles pr&#233;cautions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une d&#233;marche &#224; proposer&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait mettre au point la d&#233;marche pour quelques produits ou services et, si elle para&#238;t int&#233;ressante, essayer ensuite de trouver les moyens de la syst&#233;matiser &#224; l'ensemble de l'&#233;conomie afin, par exemple, de pouvoir faire des propositions d'objectifs au niveau du tableau d'&#233;changes interindustriel (TEI). Compte tenu du fait que certaines mati&#232;res premi&#232;res ne se trouvent que dans des lieux tr&#232;s localis&#233;s de la plan&#232;te, que certaines productions sont plus facilement envisageables sous d'autres latitudes, il ne serait pas r&#233;aliste de nous limiter &#224; la France, et il faudra donc envisager ult&#233;rieurement de trouver comment nous concerter avec les repr&#233;sentants d'autres pays afin que, la biosph&#232;re &#233;tant plan&#233;taire, ces choix r&#233;fl&#233;chis puissent aussi &#234;tre effectu&#233;s au niveau plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Analyse de la situation actuelle&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
branche par branche ;&lt;br class='autobr' /&gt;
secteur par secteur ;&lt;br class='autobr' /&gt;
produit par produit (y compris les produits interm&#233;diaires). rep&#233;rage des fili&#232;res de production o&#249; l'industrialisme se d&#233;cha&#238;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
ou tend &#224; se d&#233;cha&#238;ner ;&lt;br class='autobr' /&gt;
rep&#233;rage des fili&#232;res g&#233;n&#233;rant une empreinte &#233;cologique&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; sup&#233;rieure &#224; 3 (moyenne fran&#231;aise) : justifiant le blocage de tout nouveau projet d'installation puisqu'il augmenterait l'empreinte &#233;cologique du pays.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; sup&#233;rieure &#224; 1 (moyenne mondiale tol&#233;rable &#224; long terme) :
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; recherche de moyens de r&#233;duire l'activit&#233; ou de lui trouver des alternatives moins pr&#233;gnantes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Recherche documentaire des alternatives et calculs de leurs empreintes &#233;cologiques respectives&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; au niveau d'une op&#233;ration&lt;/li&gt;&lt;li&gt; au niveau d'un processus&lt;/li&gt;&lt;li&gt; au niveau d'une fili&#232;re&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (par exemple par simplification des appareils, renonciation &#224; des sophistications inutiles, etc.)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait ensuite se pencher aussi sur l'aspect quantitatif des productions industrielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait int&#233;ressant, en utilisant au maximum les documentations existantes, de cr&#233;er un tableau matriciel chiffrant les &#233;changes &#233;nerg&#233;tiques et mat&#233;riels (et non financiers) inter-branches selon trois modes : &#233;ventualit&#233; la plus catastrophique pour l'environnement, situation actuelle, &#233;conomie de mati&#232;re et d'&#233;nergie la plus performante en l'&#233;tat actuel des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ainsi, en faisant varier les param&#232;tres, calculer l'importance du b&#233;n&#233;fice &#233;cologique esp&#233;r&#233; de tel ou tel processus alternatif (artisanal ou non), de tel gain de productivit&#233;, de telle diminution sugg&#233;r&#233;e de l'offre dans tel ou tel secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible qu'il faille consulter pour cela des professionnels, cadres ou syndicalistes, dans chaque branche, des sp&#233;cialistes de la comptabilit&#233; nationale, des informaticiens, mais :&lt;br class='autobr' /&gt;
1) cette r&#233;flexion deviendrait ainsi politiquement plus cr&#233;dible et capable de structurer un d&#233;bat.&lt;br class='autobr' /&gt;
2) le fait que nous ne puissions pas mener &#224; bien une telle t&#226;che aujourd'hui n'exclut pas que nous dressions un plan de recherche afin d'en chercher ult&#233;rieurement le financement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus envisageable est sans doute, dans un premier temps, de commencer par traiter compl&#232;tement quelques produits embl&#233;matiques et reconnus indispensables comme le v&#233;lo, le fauteuil du dentiste, le livre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Recommandations normatives&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; soulev&#233; dans des d&#233;bats de niveau national, le programme politique des objecteurs de croissance reste peu d&#233;velopp&#233;. Ce travail permettrait de sugg&#233;rer diverses mesures d'encadrement de l'industrie, action incontournable pour &lt;i&gt;sortir de l'industrialisme&lt;/i&gt; au niveau de l'offre, et mettre fin &#224; la dictature des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne serait pas inutile de r&#233;diger m&#234;me des propositions, sur &lt;i&gt;l'affichage de l'&#233;nergie grise, la r&#233;parabilit&#233;, le suivi des pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, la compatibilit&#233;, la modularit&#233; des produits industriels&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'affichage de l'&#233;nergie&lt;/i&gt; grise de tout bien et service et de tout produit interm&#233;diaire semble une chose indispensable et urgente si l'on veut lutter contre l'emballement de l'effet de serre. Pour que cette mesure soit efficace et dissuasive, il faut, d'une part, que les acheteurs-citoyens soient sensibilis&#233;s &#224; l'utilit&#233; de cette information, d'autre part, qu'elle soit universellement donn&#233;e, y compris, m&#234;me avec une approximation, pour les produits artisanaux, de sorte que les comparaisons les plus &#233;clatantes soient &#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La r&#233;parabilit&#233;&lt;/i&gt; est en quelque sorte le contraire de l'obsolescence programm&#233;e, pratique industrielle d&#233;vorante de ressources naturelles, puisqu'elle permet de prolonger la vie des produits. Elle implique d'autres attitudes lors de leur conception, d'autres choix de composants (vis au lieu de rivets, joints au lieu de soudure, etc.), mais permettant de faire durer les produits &#233;ventuellement &#224; travers plusieurs carri&#232;res, elle &#233;conomise les pr&#233;l&#232;vements &#224; la nature et ralentit les &#233;missions de d&#233;chets. Elle facilite aussi le recyclage partiel, voire la mise &#224; niveau des composants, tout en contribuant &#224; cr&#233;er des emplois plut&#244;t qualifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le suivi des pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es&lt;/i&gt; implique que la gestion de ces derni&#232;res ne soit pas instrumentalis&#233;e pour acc&#233;l&#233;rer l'obsolescence des produits. Des seuils de dur&#233;e minimale pourraient &#234;tre &#233;tablis, en distinguant selon qu'il s'agit d'un &#233;l&#233;ment consommable, d'une pi&#232;ce d'usure, d'un composant structurel. Par ailleurs, on pourrait d&#233;cider que la fabrication des composants est libre et les brevets correspondants suspendus (ou retomb&#233;s dans le domaine public) quand le vendeur du produit ne veut plus assurer le suivi des pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es en assurant la &#171; r&#233;parabilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La compatibilit&#233;&lt;/i&gt; est aussi tr&#232;s limit&#233;e par l'industrie quand elle tente de conserver une exclusivit&#233; sur ses gammes de produits, ou d'organiser tout simplement leur obsolescence par refus de vente des composants. Mais ce sera au contraire son int&#233;r&#234;t de favoriser la compatibilit&#233; si on l'oblige &#224; assurer de longs suivis de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, car elle pourra alors limiter le nombre de r&#233;f&#233;rences en stock. Cette probl&#233;matique est flagrante dans le secteur automobile, o&#249; il semble normal de changer de v&#233;hicule quand on veut seulement en changer le moteur (voir tout le discours actuel sur les v&#233;hicules hybrides), mais o&#249; certaines pi&#232;ces restent discr&#232;tement identiques sur tous les mod&#232;les de la marque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compatibilit&#233; entre fabricants et entre fili&#232;res soul&#232;ve un probl&#232;me plus d&#233;licat, celui des normes, puisqu'on d&#233;passe alors les choix internes &#224; une entreprise, et que l'on bride la libert&#233; mythique de l'entrepreneur. Nous pensons toutefois qu'il s'agit avant tout de volont&#233; politique. Le proc&#232;s Microsoft est embl&#233;matique de la fa&#231;on dont la compatibilit&#233; est envisag&#233;e par les grandes entreprises : un moyen d'asservir l'ensemble de leur secteur. Pour en rester &#224; l'automobile, c'est bien une culture n&#233;faste qui nous fait admettre qu'il faut changer tout le v&#233;hicule alors que c'est d'abord le moteur qui est remis en question. Il n'en a pas toujours &#233;t&#233; ainsi, puisqu'au d&#233;but du si&#232;cle dernier on pouvait composer son v&#233;hicule en choisissant ici un moteur, l&#224; un train avant, etc. Ceci nous am&#232;ne justement &#224; la piste suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La modularit&#233; des produits&lt;/i&gt; correspond &#224; une nouvelle libert&#233; de l'utilisateur. La souplesse d'utilisation et d'affectation d'un composant, rendue possible par la compatibilit&#233;, est envisag&#233;e d&#232;s sa conception quand la modularit&#233; devient un objectif. Il peut alors, en cours de carri&#232;re, &#234;tre r&#233;affect&#233; dans un autre &#233;quipement, puis un autre au besoin, jusqu'&#224; la fin de sa dur&#233;e de vie. Alvin Toffler pr&#233;voyait dans les ann&#233;es soixante-dix que la modularit&#233;, par exemple dans le b&#226;timent, autoriserait les utilisateurs des produits industriels &#224; une grande cr&#233;ativit&#233; qui ferait contrepoids &#224; l'uniformisation que l'on redoutait d&#233;j&#224; de l'industrialisation. Mais les dirigeants d'entreprise, comme ils l'ont souvent fait face aux normes, y ont vu des avantages donn&#233;s &#224; la concurrence et la modularit&#233;, sauf quand elle est utilis&#233;e en interne, reste de l'ordre d'un bricolage plut&#244;t d&#233;savou&#233; par les fabricants. M&#234;me en informatique, o&#249; elle est vant&#233;e par certains commerciaux, elle se limite souvent aux mat&#233;riels ayant moins de trois ans, ce qui favorise l'obsolescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a sans doute compris, ces diff&#233;rentes contraintes, que nous proposons de confirmer &#224; la fois par le haut, par la voie l&#233;gislative, et par le bas, par les boycotts des acheteurs, visent &#224; augmenter la dur&#233;e de vie des produits, de sorte que leur r&#233;forme, qui devrait aboutir &#224; leur d&#233;montage et leur recyclage, soit librement d&#233;cid&#233;e par l'utilisateur, si possible apr&#232;s un calcul visant la plus grande &#233;conomie de ressources naturelles, et non impos&#233;e techniquement par le fabricant, dont la strat&#233;gie marketing ne vise qu'&#224; d&#233;gager le plus gros profit, sans aucun souci des g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Recommandations concr&#232;tes&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc d&#233;terminer : que produire ? combien produire ? comment produire ? par des voies industrielles ? artisanales ? en autoproduction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut distinguer : a) ce qui peut &#234;tre produit pour tous (mais en quelle quantit&#233; ?) avec le processus ayant l'empreinte &#233;cologique minimale. Notons que si la population de r&#233;f&#233;rence est multipli&#233;e par deux, des limites &#224; cette &#171; d&#233;mocratisation &#187; peuvent &#234;tre impos&#233;es par le caract&#232;re fini de la ressource ou de la base qui lui permet de se renouveler. On peut envisager de classer dans cette cat&#233;gorie les produits n&#233;cessaires &#224; la satisfaction des besoins basiques fondamentaux (eau, nourriture, v&#234;tement, logement), mais aussi les grands services publics (&#233;ducation, sant&#233;, transports collectifs, organisation des d&#233;bats publics, gestion administrative, etc.)&lt;br class='autobr' /&gt;
b) ce qui ne devrait &#234;tre produit pour personne, car non g&#233;n&#233;ralisable, puisque, dans l'id&#233;ologie actuelle, tout produit tend &#224; se diffuser, par l'action pernicieuse des mass m&#233;dias, vers des publics de plus en plus nombreux, et que cette diffusion future, parfois totalement hypoth&#233;tique, justifie l'accaparement, par les plus fortun&#233;s, de ressources naturelles &#224; l'acc&#232;s desquelles leur argent ne devrait leur donner aucun droit suppl&#233;mentaire. Nous pensons ici &#224; l'exemple typique du tourisme spatial, dont la d&#233;mocratisation n'est m&#234;me pas &#233;voqu&#233;e, mais dont les comptes-rendus triomphants sont une injure &#224; la face du monde, ou plus banalement au Paris-Dakar, hideux flambeau de l'id&#233;ologie occidentale et du gaspillage &#233;nerg&#233;tique, qui devrait au minimum &#234;tre interdit de toute m&#233;diatisation nationale ou internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
c) dans les produits non g&#233;n&#233;ralisables &#224; l'ensemble de la population, certains pourraient tout de m&#234;me &#234;tre fabriqu&#233;s, soit parce qu'ils sont indispensables &#224; une cat&#233;gorie de personnes bien pr&#233;cise et peu int&#233;ressants pour les autres, soit parce que, dans un contexte de revenus plus stables et moins diff&#233;renci&#233;s, ils repr&#233;senteraient un investissement qui ne peut correspondre qu'&#224; une forte passion &#8211; et donc un tr&#232;s grand bonheur de vivre pour leurs utilisateurs &#8211; excluant pour eux (&#224; travers les limites de temps et d'argent) de nombreuses autres activit&#233;s : tout le monde ne veut pas faire du char &#224; voile, de la reliure, du mod&#233;lisme, etc. C'est donc ici que se nicheraient les diversit&#233;s individuelles, car nous ne pensons gu&#232;re que le &#171; bonheur de vivre &#187; puisse &#234;tre issu d'une &#171; planification &#224; la sovi&#233;tique &#187; de la consommation, ni d'un &#171; fascisme vert &#187; g&#233;rant uniform&#233;ment l'emploi des ressources naturelles par chaque individu. Rappelons que c'est la consommation globale qui doit &#234;tre ma&#238;tris&#233;e, et on peut esp&#233;rer qu'elle le soit en autorisant des diversit&#233;s de comportements limit&#233;es plus par un plafonnement de l'&#233;ventail de revenus que par un rationnement strict des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous pouvons calculer assez objectivement ce qu'il est possible de mettre &#224; la disposition de tous, ou au contraire ce qu'il est impossible de g&#233;n&#233;raliser, il nous semble qu'un d&#233;bat d&#233;mocratique au sein de chaque communaut&#233; devrait d&#233;terminer quels produits ne pourraient &#234;tre propos&#233;s qu'&#224; une certaine proportion de la population, ou r&#233;serv&#233;s &#224; des usages collectifs, et dans quel quota, puisque c'est seulement le total cumul&#233; qui devrait &#234;tre plafonn&#233; &#224; travers l'empreinte &#233;cologique, et que de nombreux arbitrages tr&#232;s divers restent possibles dans cette limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, tout rationnement posera en m&#234;me temps la question de la d&#233;mocratie &#224; travers celle de sa l&#233;gitimit&#233;, et celle de l'&#233;galit&#233;, puisque rationnements, quotas, et autres p&#233;r&#233;quations individuelles ne sont supportables que si les revenus des citoyens cessent de devenir de plus en plus divergents. En effet, il n'est pas question de r&#233;partir les ressources en fonction du pouvoir d'achat, ce qui reviendrait &#224; maintenir les privil&#232;ges actuels, que les divergences grandissantes des revenus rendraient insupportables en situation de p&#233;nurie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;tablir au passage un parall&#232;le avec les doctrines mon&#233;taires qui demandent l'&#233;tablissement :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;1) d'un revenu minimum&lt;/i&gt; (par exemple l'allocation universelle) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;2) d'un revenu maximum&lt;/i&gt;, au-dessus duquel l'enrichissement d&#233;borde l'environnement r&#233;el d'un individu et le fait obligatoirement entrer soit dans un accaparement de biens ou de ressources st&#233;rile par rapport au but ultime de l'&#233;conomie, la cr&#233;ation de bonheur de vivre (son bonheur personnel dans le monde r&#233;el n'&#233;tant plus accru par un suppl&#233;ment de richesse), soit dans la sp&#233;culation capitalistique, dont il appara&#238;t de plus en plus clairement qu'elle est destructrice de l'&#233;conomie r&#233;elle, c'est-&#224;-dire de l'outil permettant justement &#224; la collectivit&#233; humaine de consolider ou d'accro&#238;tre &#233;ventuellement son bonheur de vivre global,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;3) des processus plus complexes&lt;/i&gt; qui, laissant l'individu libre &lt;i&gt;entre ce plancher et ce plafond&lt;/i&gt;, lui demanderont toutefois soit de faire redescendre progressivement et de maintenir &#224; 1 son empreinte &#233;cologique personnelle (contrainte individuelle), soit, dans le cadre d'une mutualisation des pr&#233;l&#232;vements et des pollutions, d'agir en sorte que l'empreinte &#233;cologique de son groupe de r&#233;f&#233;rence descende et se maintienne durablement &#224; 1 (contrainte collective). Les doutes exprim&#233;s sur l'efficacit&#233; des &#233;changes de quotas de carbone obligent &#224; rester prudents sur ce type de perspective, m&#234;me dans l'hypoth&#232;se d'une r&#233;duction de l'&#233;ventail des revenus qui mettrait tous les individus devant des possibilit&#233;s mon&#233;taires comparables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la France, base incontournable de notre r&#233;flexion, la t&#226;che est immense puisque notre pays devrait diviser son empreinte &#233;cologique par 3. Il faudra donc commencer par d&#233;finir une strat&#233;gie qui tienne compte de l'urgence de la situation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Demain &#187;</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article138</link>
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		<dc:date>2016-02-24T21:48:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean MONESTIER</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pas plus tard qu'hier, j'ai vu &#224; Perpignan, au cin&#233;ma Le Castillet, le film &#171; Demain &#187;, de Cyril Dion et M&#233;lanie Laurent, que de nombreux militants m'avaient press&#233; de visionner. Ce que j'ai trouv&#233; tr&#232;s positif, c'est que le public, alors que l'on approchait de la derni&#232;re s&#233;ance, &#233;tait encore important et comprenait de nombreux jeunes. La veille, j'&#233;tais all&#233; entendre une conf&#233;rence sur &#171; La M&#233;diterran&#233;e, une mer en sursis &#187;, o&#249; le public, nombreux &#233;galement, n'&#233;tait presque exclusivement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;Points de vue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.entropia-la-revue.org/local/cache-vignettes/L150xH43/arton138-4c919.jpg?1635457630' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='43' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pas plus tard qu'hier, j'ai vu &#224; Perpignan, au cin&#233;ma Le Castillet, le film &lt;a href=&#034;http://www.demain-lefilm.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Demain &#187;&lt;/a&gt;, de Cyril Dion et M&#233;lanie Laurent, que de nombreux militants m'avaient press&#233; de visionner. Ce que j'ai trouv&#233; tr&#232;s positif, c'est que le public, alors que l'on approchait de la derni&#232;re s&#233;ance, &#233;tait encore important et comprenait de nombreux jeunes. La veille, j'&#233;tais all&#233; entendre une conf&#233;rence sur &#171; La M&#233;diterran&#233;e, une mer en sursis &#187;, o&#249; le public, nombreux &#233;galement, n'&#233;tait presque exclusivement form&#233; que de personnes de plus de 45 ans. D'un c&#244;t&#233;, je me r&#233;jouis donc que ce film, qui tente de nous d&#233;crire un avenir possible apr&#232;s la catastrophe en cours, trouve une belle audience d&#233;passant manifestement les cercles militants. Par ailleurs, mis &#224; part le c&#244;t&#233; esth&#233;tique de certaines vues a&#233;riennes qui font penser &#224; un &#171; h&#233;licologiste &#187; bien connu, il &#233;lude certains probl&#232;mes majeurs, notamment dans les domaines de l'&#233;nergie et des ressources. Or, si l'homme a d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; de remarquables qualit&#233;s d'adaptation dans des circonstances tr&#232;s difficiles ou lors de conflits majeurs avec ses semblables, nous accumulons vis-&#224;-vis de la biosph&#232;re une dette non n&#233;gociable qui reste un impens&#233; g&#233;n&#233;ral, y compris parfois dans les cercles militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut qu'&#234;tre d'accord pour la mutation de l'agriculture vers l'agro-&#233;cologie et la permaculture d&#233;crite dans le premier chapitre du film. Mais je regrette fort d'entendre exprimer que cette r&#233;volution permettra de nourrir sans difficult&#233;s 11 milliards d'hommes vers 2050. Tout en critiquant la croissance ind&#233;finie dans les chapitres sur l'&#233;conomie et la monnaie, dans le m&#234;me temps, on lui ouvre une belle fen&#234;tre en envisageant sereinement une augmentation de 57% de la population mondiale. Certes, une solution &#224; ce probl&#232;me se trouve dans l'&#233;ducation, mais pas celle, bien d&#233;crite par le film et par ailleurs remarquable, offerte aux riches petits finlandais, mais celle qui permettra aux petites filles pauvres des pays d'Afrique de choisir d'avoir moins d'enfants, comme je l'ai entendu expliquer par Ren&#233; Dumont &#224; Lille dans les ann&#233;es 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en finir avec le chapitre agricole, m&#234;me si l'on admet que le monde rural devra participer &#224; l'alimentation des villes, notamment pour les c&#233;r&#233;ales, et m&#234;me si l'agriculture urbaine est bien justifi&#233;e par le film, elle ne pourra satisfaire plus de la moiti&#233; ou m&#234;me seulement un tiers des besoins alimentaires urbains. Il restera donc d'importants &#233;changes de marchandises entre les villes et les territoires environnants, sans parler des flux &#224; plus longue distance exig&#233;s par la r&#233;silience alimentaire aux soubresauts climatiques. Or, si les auteurs &#233;voquent abondamment les transports de personnes en milieu urbain (v&#233;los, v&#233;hicules ferroviaires embarquant ces derniers, etc.) ils restent tr&#232;s discrets sur les transports ruraux ou interr&#233;gionaux de voyageurs et sur les transports de marchandises (nourriture, combustible, &#233;quipements, acier, b&#233;ton, pales d'&#233;oliennes et autres capteurs solaires). Ceci est tr&#232;s courant dans tout ce que j'ai lu sur la transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est le chapitre sur l'&#233;nergie qui me parait le plus discutable. &#201;voquer la sobri&#233;t&#233; tout &#224; la fin, comme une sorte de recherche compl&#233;mentaire ultime, me parait &#224; la fois une erreur psychologique et strat&#233;gique :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; un excellent article de Richard Heinberg paru dans le N&#176; 121 de &lt;a href=&#034;http://www.ladecroissance.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La D&#233;croissance&lt;/a&gt; (juillet-ao&#251;t 2015) explique fort bien pourquoi les &#233;nergies renouvelables seront tr&#232;s loin de pouvoir remplacer les &#233;nergies fossiles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les &#233;nergies renouvelables ne pourront pas alimenter la croissance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il invoque par exemple le b&#233;ton et l'acier, dont nous pourrions limiter l'utilisation mais sans doute pas la supprimer. Je n'ai encore jamais entendu parler de processus &lt;strong&gt;industriels&lt;/strong&gt; permettant d'en produire &#224; partir de l'&#233;nergie solaire. Et s'ils existent un jour, ils seront tr&#232;s co&#251;teux et il faudra restreindre notre demande consid&#233;rablement. La sobri&#233;t&#233; n'est donc pas seulement un axe compl&#233;mentaire de la transition &#233;nerg&#233;tique.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Par ailleurs, mettre en avant &lt;strong&gt;l'efficacit&#233;&lt;/strong&gt;, ce qui est certes beaucoup plus souriant et consensuel, aboutit, par l'effet rebond (faire davantage de km puisqu'ils co&#251;tent moins cher) et le d&#233;versement (consacrer les &#233;conomies faites dans un domaine &#224; augmenter les d&#233;penses dans d'autres), &#224; faire oublier &lt;strong&gt;la sobri&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;, beaucoup plus difficile &#224; promouvoir et &#224; n&#233;gocier, surtout dans une soci&#233;t&#233; in&#233;galitaire, et finalement &#224; additionner les &#233;nergies renouvelables aux &#233;nergies fossiles au lieu de les leur substituer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vert paradoxe &#187;, Le pi&#232;ge des solutions &#233;co&#233;nerg&#233;tiques, David Owen, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Pour ces deux raisons, la sobri&#233;t&#233; doit donc &#234;tre pr&#233;sent&#233;e d&#232;s le d&#233;but comme un effort pr&#233;alable majeur dans tout projet de transition r&#233;aliste. L'appellation &#171; film documentaire &#187; m'aurait paru impliquer normalement qu'on la mette en avant. Pour appuyer cette assertion, je donnerai un seul chiffre, calcul&#233; par un biologiste am&#233;ricain, Jeffrey Dukes : chaque ann&#233;e, en puisant dans le stock d'&#233;nergies fossiles, nous consommons &lt;strong&gt;400 fois&lt;/strong&gt; la production biologique annuelle de la plan&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Calcul de Jeffray Dukes cit&#233; par George Monbiot dans The Guardian du 6 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela temp&#232;re tout projet d'utiliser davantage la biomasse dans la transition vers les &#233;nergies renouvelables. Il se trouve que, m&#234;me si le soleil &#233;met chaque jour vers la plan&#232;te plusieurs milliers de fois l'&#233;nergie que consomme l'Humanit&#233;, cette &#233;nergie est extr&#234;mement dilu&#233;e, et les op&#233;rations de captation en absorbent d'&#233;normes proportions. Ce ph&#233;nom&#232;ne, tr&#232;s peu &#233;voqu&#233; en g&#233;n&#233;ral, et pas du tout dans le film &#171; Demain &#187;, se mesure par un coefficient appel&#233; en fran&#231;ais le TRE, &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_de_retour_%C3%A9nerg%C3%A9tique&#034; class=&#034;spip_glossaire&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Taux de retour &#233;nerg&#233;tique&lt;/a&gt;. On calcule le rapport entre l'&#233;nergie recueillie par un processus en un endroit donn&#233; et la quantit&#233; d'&#233;nergie consacr&#233;e &#224; cette captation, et m&#234;me au transport et &#224; la livraison &#224; l'utilisateur final. Si on r&#233;colte 3 unit&#233;s d'&#233;nergie par unit&#233; investie dans l'ensemble du processus, le TRE est de 3. En 1900, il &#233;tait de 100 pour le p&#233;trole, pr&#233;cieux condens&#233; d'&#233;nergie solaire produit par la nature au fil de centaines de millions d'ann&#233;es, mais il baisse peu &#224; peu. Pour les sables bitumineux du Canada, il serait actuellement plut&#244;t inf&#233;rieur &#224; 1,5, c'est-&#224;-dire qu'une unit&#233; investie ne procure qu'une demi-unit&#233; utilisable, puisqu'il faut d'abord &#171; rembourser &#187; l'investissement pour pouvoir le renouveler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; P&#233;trole : la f&#234;te est finie ! &#187;, Avenir des soci&#233;t&#233;s industrielles apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si le TRE descend &#224; 1 et au dessous, ce qui serait d&#233;j&#224; le cas pour certains agro-carburants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La faim, la bagnole, le bl&#233; et nous, une d&#233;nonciation des biocarburants &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on r&#233;colte moins d'&#233;nergie qu'on n'en investit, et il conviendrait d'abandonner le processus. Je crois me souvenir que le film &#233;voque cette contre-performance pour la production de calories alimentaires par l'agriculture industrielle, mais il ne parle jamais du TRE de la captation des &#233;nergies renouvelables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous montre avec satisfaction des hectares de capteurs photovolta&#239;ques fixes, qui perdent donc 30 &#224; 40% de performance par rapport &#224; ceux qui suivent le soleil. Par ailleurs, les cadres en sont en aluminium, produit &#233;vident, brillant et moderne, dont la fabrication est tr&#232;s co&#251;teuse en &#233;lectricit&#233;, au lieu d'&#234;tre en bois, mat&#233;riau politiquement vieillot, mais que j'ai vu utilis&#233; dans des capteurs de d&#233;monstration par une chercheuse militante rencontr&#233;e il y a longtemps au sein de l'association &lt;a href=&#034;http://www.lalignedhorizon.net/wikka.php?wakka=Accueil&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Ligne d'Horizon&lt;/a&gt;. Cela rel&#232;verait pourtant le TRE de la fili&#232;re de fa&#231;on non n&#233;gligeable. L'aluminium, qui allonge ici regrettablement la dur&#233;e d'amortissement &#233;nerg&#233;tique des &#233;quipements de captation, devrait &#234;tre r&#233;serv&#233; &#224; la construction des v&#233;hicules, dont il ferait diminuer la consommation kilom&#233;trique d'&#233;nergie durant toute la dur&#233;e de vie, et ne pas &#234;tre gaspill&#233; &#224; fabriquer des capteurs solaires ou des fen&#234;tres qu'on n'ouvre qu'une fois par jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci nous m&#232;ne au concept d'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%A9nergie_grise&#034; class=&#034;spip_glossaire&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;nergie grise&lt;/a&gt;. Il est agr&#233;able de se glorifier en affichant que telle installation fournit l'&#233;nergie consomm&#233;e par 100, 1000, 10.000 foyers. Mais au-del&#224; de leur procurer de quoi faire fonctionner l'&#233;clairage, le chauffage, et de quoi actionner machines &#224; laver et logiciels &#171; intelligents &#187;, il faut tenir compte, sur leur dur&#233;e de vie, de l'&#233;nergie utilis&#233;e annuellement pour construire ces b&#226;timents, ces installations &#233;lectriques, ces machines &#224; laver, ces ordinateurs, ces chaudi&#232;res, ces r&#233;seaux de chaleur, ces capteurs solaires, ces &#233;oliennes, et tout ce dont a besoin l'industrie pour extraire et transformer les mat&#233;riaux n&#233;cessaires &#224; leur fabrication. Et c'est &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je tremble quand j'entends parler, comme dans le film, de stocker les &#233;nergies renouvelables dans les batteries de voitures qui seraient d&#233;sormais &#171; intelligentes &#187;. O&#249; sera donc stock&#233;e l'&#233;lectricit&#233; concern&#233;e au-del&#224; de celle d&#233;stock&#233;e par ces voitures elles-m&#234;mes pour rouler ? Quelle capacit&#233; auront donc ces batteries, aussi performantes soient-elles ? Vont-elles peser 500 kg, une tonne, cinq tonnes ? M&#234;me en nous limitant &#224; 500 kg, combien en faudra-t-il ? On approche actuellement le nombre d'un milliard de voitures individuelles en circulation sur la plan&#232;te, et elles sont utilis&#233;es essentiellement par la petite fraction d'hommes menant un train de vie occidental, (non n&#233;gociable ?). Au nom de l'&#233;galit&#233; d&#233;mocratique, y en aura-t-il un jour deux milliards ? trois milliards ? cinq milliards ? Je n'en crois rien, pas plus qu'&#224; la pertinence de consacrer de l'&#233;nergie &#224; d&#233;placer au gr&#233; des fantaisies des automobilistes de lourds objets de stockage d'une &#233;lectricit&#233; destin&#233;e &#224; des usages fixes. J'avouerai que, depuis longtemps, Jeremy Rifkin, interview&#233; dans le film parmi d'autres intervenants beaucoup plus cr&#233;dibles, est d'abord &#224; mes yeux un &#171; mage &#233;conomiste &#187;, et que je ne crois absolument pas &#224; la plupart de ses pr&#233;dictions, m&#234;me s'il est pay&#233; parfois tr&#232;s cher pour dire aux gens ce qu'ils ont envie d'entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, je voudrais souligner les difficult&#233;s des changements d'&#233;chelle, qui ne sont absolument pas abord&#233;es dans ce film, car cela entamerait l'optimisme confortable qu'il d&#233;fend. On peut construire et faire rouler un million, dix millions, cent millions de voitures &#233;lectriques. Un milliard ? J'ai des doutes, d'autant que, dans &#171; P&#233;trole : la f&#234;te est finie ! &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;op. cit., p. 246-247&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Richard Heinberg nous rappelle que l'automobile est une des plus efficaces fa&#231;ons de gaspiller l'&#233;nergie. Cinq milliards ? Cela n'arrivera jamais. Pourquoi ? Parce que le changement d'&#233;chelle provoque un changement de nature et que le fait de laisser circuler cinq milliards de voitures n'a rien &#224; voir avec le fait d'en tol&#233;rer un milliard, avec les d&#233;j&#224; tr&#232;s lourdes cons&#233;quences &#233;cologiques que l'on sait. Olivier Rey d&#233;veloppe ceci remarquablement dans son essai &#171; Une question de taille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une question de taille &#187;, Olivier Rey, Editions Stock, 2014.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, j'invoquerai deux exemples :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; sur un bateau, si un passager se penche &#224; tribord pour scruter la mer, il n'y a aucun probl&#232;me. Si tous les passagers en font autant, le vaisseau, selon sa propre taille, peut s'incliner dangereusement, voire chavirer &#224; tribord.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Pendant la seconde guerre mondiale, en France, l'occupant a laiss&#233; tr&#232;s peu de carburants p&#233;troliers &#224; la disposition du pays, et toutes sortes d'alternatives ont &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233;es : gazog&#232;ne, gaz naturel, gaz de ville, &#233;lectricit&#233;, etc. Chaque fois, la solution exp&#233;riment&#233;e a suscit&#233; l'enthousiasme puis un engouement plus ou moins exponentiel. Et, tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement, sont apparus des goulots d'&#233;tranglement, soit au niveau des carburants (bois, gaz naturel), soit au niveau de la mise &#224; disposition (stations de compression du gaz de ville), soit au niveau des &#233;quipements (plomb et cuivre pour les v&#233;hicules &#233;lectriques). Au sujet du gazog&#232;ne, qui motive encore aujourd'hui certains militants, puisqu'il fonctionne &#224; partir d'une &#233;nergie renouvelable, le bois, j'ai eu la surprise d'apprendre que l'administration avait fini par interdire la fabrication de tout nouvel appareil. Tout ceci est bien document&#233; dans un petit livre de Camille Molles : &#171; La fin du p&#233;trole - Histoire de la p&#233;nurie sous l'occupation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La fin du p&#233;trole - Histoire de la p&#233;nurie sous l'occupation &#187;, Camille (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ajoutons qu'il y avait moins de deux millions de voitures en France &#224; l'&#233;poque, alors qu'il y en a plus de trente millions aujourd'hui. Je crois qu'il sera donc plus pertinent d'utiliser la biomasse, moins de 1/400&#232;me de l'&#233;nergie fossile que nous consommons annuellement selon Jeffrey Dukes, &#224; faire rouler un certain nombre de tracteurs, d'engins de chantiers, et de v&#233;hicules ferroviaires vraiment indispensables.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, ce film, &#171; Demain &#187;, pr&#233;sente nombre d'actions dont certaines sont exemplaires et tr&#232;s int&#233;ressantes, mais c'est avec beaucoup de l&#233;g&#232;ret&#233; qu'il postule implicitement qu'elles sont g&#233;n&#233;ralisables en l'&#233;tat aux 7 milliards d'hommes qui peuplent cette petite plan&#232;te. A moins que, parmi tous ces hommes qui devraient avoir le m&#234;me acc&#232;s aux ressources, certains soient moins &#233;gaux que d'autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Perpignan, le 21 f&#233;vrier 2016&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Les &#233;nergies renouvelables ne pourront pas alimenter la croissance &#233;conomique &#187;, R. Heinberg, La D&#233;croissance N&#176; 121, p. 20&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://ecosociete.org/livres/vert-paradoxe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Vert paradoxe &#187;, Le pi&#232;ge des solutions &#233;co&#233;nerg&#233;tiques&lt;/a&gt;, David Owen, Editions &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Calcul de Jeffray Dukes cit&#233; par George Monbiot dans The Guardian du 6 d&#233;cembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editionsdemilune.com/petrole-la-fete-est-finie-p-28.html?PHPSESSID=7fe72be16275ed5e5762f50e9201cc49&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; P&#233;trole : la f&#234;te est finie ! &#187;, Avenir des soci&#233;t&#233;s industrielles apr&#232;s le pic p&#233;trolier&lt;/a&gt;, Richard Heinberg, Editions Demi-Lune, collection R&#233;sistances, 2008, p. 166-167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.fayard.fr/la-faim-la-bagnole-le-ble-et-nous-9782213634623&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La faim, la bagnole, le bl&#233; et nous, une d&#233;nonciation des biocarburants &#187;&lt;/a&gt;, Fabrice Nicolino, &#233;dition Fayard, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;op. cit., p. 246-247&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editions-stock.fr/une-question-de-taille-9782234077652&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Une question de taille &#187;&lt;/a&gt;, Olivier Rey, Editions Stock, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editions-descartes.fr/Titres-des-Editions-Descartes/Fin-du-petrole-la-Histoire-de-la-penurie-sous-l-Occupation/677.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La fin du p&#233;trole - Histoire de la p&#233;nurie sous l'occupation &#187;&lt;/a&gt;, Camille Molles, Editions Descartes et Cie, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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