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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>R&#233;sister &#224; la croissance des transports</title>
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		<dc:date>2021-11-07T23:28:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Simon CHARBONNEAU</dc:creator>



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&lt;p&gt;Si un pr&#234;t &#224; penser de gauche existe, qui a peu &#233;volu&#233; depuis le XIXe si&#232;cle, c'est celui relatif &#224; l'empire du march&#233; comme fondement unique du capitalisme mondialis&#233;. L'id&#233;ologie n&#233;o-lib&#233;rale expliquerait l'existence d'une logique &#233;conomique univoque recherchant le profit maximum par le jeu d'un syst&#232;me g&#233;n&#233;ralis&#233; de production, d'&#233;change de biens et de services fond&#233; sur la recherche permanente d'une meilleure comp&#233;titivit&#233; afin d'augmenter le capital. L'&#201;tat et la technique ne seraient (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si un pr&#234;t &#224; penser de gauche existe, qui a peu &#233;volu&#233; depuis le XIXe si&#232;cle, c'est celui relatif &#224; l'empire du march&#233; comme fondement unique du capitalisme mondialis&#233;. L'id&#233;ologie n&#233;o-lib&#233;rale expliquerait l'existence d'une logique &#233;conomique univoque recherchant le profit maximum par le jeu d'un syst&#232;me g&#233;n&#233;ralis&#233; de production, d'&#233;change de biens et de services fond&#233; sur la recherche permanente d'une meilleure comp&#233;titivit&#233; afin d'augmenter le capital. L'&#201;tat et la technique ne seraient donc que des instruments au service de cette logique &#233;conomique aujourd'hui d&#233;cha&#238;n&#233;e en raison de l'effondrement des utopies socialistes. Or, ce credo ignore d&#233;lib&#233;r&#233;ment le poids de l'autonomie de ces deux facteurs au regard de cette derni&#232;re. Concernant en particulier le second facteur d'expansion du capitalisme, si l'on a assist&#233; depuis cinquante ans &#224; une acc&#233;l&#233;ration fantastique de ce ph&#233;nom&#232;ne, c'est d'abord, comme Jacques Ellul l'avait observ&#233; d&#232;s 1954, &#224; cause de la dynamique technicienne marqu&#233;e par son universalit&#233; et son autonomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ellul, La Technique ou l'enjeu du si&#232;cle, Armand Colin, 1954, pp. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les &#233;checs &#233;conomiques de grands projets technologiques qui ont co&#251;t&#233; tr&#232;s cher &#224; la collectivit&#233; et aux entreprises (ex : le plan calcul, Concorde, etc.) sont l&#224; pour prouver cette autonomie. Combien d'argent public ou priv&#233; a &#233;t&#233; gaspill&#233; pour des projets technologiques pharaoniques, lesquels n'avaient qu'eux m&#234;mes pour finalit&#233; ! Le profit n'explique pas tout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est un domaine o&#249; cette dynamique a jou&#233; un r&#244;le primordial dans le processus de mondialisation depuis la Seconde Guerre mondiale, c'est celui des moyens de communication, qui ont connu une explosion consid&#233;rable. Qu'il s'agisse de l'informatique et des t&#233;l&#233;communications, qui permettent aujourd'hui de transf&#233;rer une information instantan&#233;ment d'un bout &#224; l'autre de la plan&#232;te, ou du progr&#232;s des moyens de transport physique des hommes et des marchandises sur des distances courtes et moyennes par la route ou le rail, sur des longues distances par voie maritime ou a&#233;rienne, la puissance actuelle de ces techniques explique, coupl&#233;e &#224; la logique du march&#233;, la mondialisation de l'&#233;conomie qui marginalise les fronti&#232;res de l'&#201;tat-nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prolif&#233;ration actuelle de ces moyens de transport provoque la mobilit&#233; des marchandises et des hommes, qui cr&#233;e aujourd'hui des besoins artificiels surd&#233;termin&#233;s par les moyens techniques disponibles, comme le d&#233;montre le &#171; flux tendu &#187; ou z&#233;ro stocks pratiqu&#233; par les entreprises, les flottes de camions rempla&#231;ant le stockage traditionnel des marchandises. Cette prolif&#233;ration des moyens de transport motoris&#233;s en tout genre engendr&#233;e par l'industrie explique non seulement la congestion automobile de l'espace urbain, mais aussi celle des infrastructures destin&#233;es &#224; les accueillir (autoroutes, parkings, lignes ferroviaires &#224; grande vitesse, a&#233;roports) qui sont extraordinairement consommatrices d'espaces naturels et productrices de nuisances multiples. Car plus la congestion et le d&#233;sir de mobilit&#233; augmentent et plus se multiplient les infrastructures dans le vain espoir de voir le trafic se fluidifier. Le cercle vicieux est imparable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion parisienne, dont l'espace est litt&#233;ralement quadrill&#233;e par de telles infrastructures et grignot&#233;e par l'&#233;talement urbain, illustre un cas limite o&#249; l'espace consomm&#233; se r&#233;duit comme une peau de chagrin. Si l'on prend le cas de l'Aquitaine, cette r&#233;gion avait &#233;t&#233; relativement &#233;pargn&#233;e par cette prolif&#233;ration, &#224; l'exception du nord (Gironde et Dordogne), dont l'espace a &#233;t&#233; touch&#233; par les autoroutes A10 et A89, et du sud avec les autoroutes A63 de Bordeaux vers Toulouse et A64 entre Pau et Bayonne. Mais cette situation de &#171; retard &#187; jug&#233;e intol&#233;rable, on a assist&#233; ces derniers temps &#224; une avalanche de projets plus gigantesques les uns que les autres. Il y eut d'abord la voie &#224; grand gabarit pour faire passer les morceaux du &#171; Titanic des Airs &#187; (A380) au terme d'une proc&#233;dure d'expropriation d'extr&#234;me urgence sans aucun d&#233;bat public et ceci pour un pari commercial qui semble actuellement plomb&#233;. Il y a aujourd'hui le projet de LGV Bordeaux/Toulouse, qui a provoqu&#233; une forte mobilisation des &#233;lus de terrain et des associations dans cette partie de notre d&#233;partement au cours du d&#233;bat public de l'ann&#233;e derni&#232;re. Malgr&#233; cette opposition massive d&#233;non&#231;ant l'inopportunit&#233; du projet, le conseil d'administration de R&#233;seau Ferr&#233; de France a approuv&#233; ce dernier, illustrant ainsi son m&#233;pris vis-&#224;-vis des populations locales. L'avenir de ce projet est en r&#233;alit&#233; d&#233;pendant de celui repr&#233;sent&#233; par la LGV/SEA de Bordeaux vers Hendaye, dont l'un des trac&#233;s pr&#233;sent&#233; au public passe par Captieux dans le sud Gironde pour obliquer vers Mont de Marsan. Tous ces projets de lignes &#224; grande vitesse ne se r&#233;aliseront en pratique qu'au d&#233;triment des transports ferroviaires les plus utiles constitu&#233;s par les TER et le fret, comme l'exp&#233;rience l'a montr&#233; depuis de nombreuses ann&#233;es. Il y a aussi le projet d'autoroute A65 Langon/Pau actuellement approuv&#233;, mais sans d&#233;bat public pr&#233;alable, qui va affecter aussi gravement nos landes girondines, malgr&#233; une utilit&#233; publique plus que contestable. Enfin, cerise sur le g&#226;teau, le projet de grand contournement autoroutier de l'agglom&#233;ration bordelaise, combattu par les associations d&#232;s 2003 au cours du d&#233;bat public qui lui &#233;tait consacr&#233;, est aujourd'hui arriv&#233; au stade de la d&#233;finition des fuseaux, lesquels font tardivement r&#233;agir les habitants concern&#233;s. Et dans les Pyr&#233;n&#233;es Atlantique, c'est le projet de &#171; Transnavarraise &#187;, cher au pr&#233;sident du Conseil g&#233;n&#233;ral, qui va mettre &#224; mal le pays basque. Toutes ces nouvelles infrastructures de transport ob&#233;issent aujourd'hui &#224; des logiques technico-&#233;conomiques de dessertes transfronti&#232;res des grands centres urbains europ&#233;ens au d&#233;triment des r&#233;gions rurales travers&#233;es dont les communes peuvent alors se trouver paradoxalement enclav&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;bauche de projets comportant un &#233;norme impact sur l'environnement (consommation d'&#233;nergie, d'espaces naturels et de granulats, &#233;mission de gaz &#224; effet de serre, etc.) a pour origine des choix de nature politique justifi&#233;s par l'id&#233;ologie de la croissance, qui, en mati&#232;re de transports, est domin&#233;e par l'obsession de la vitesse et de la mobilit&#233;. Ces choix qui maintenant s'accompagnent de l'in&#233;vitable rh&#233;torique du &#171; d&#233;veloppement durable &#187; (du moins pour les LGV) sont toujours faits par les autorit&#233;s de l'&#201;tat, plus pr&#233;cis&#233;ment par le minist&#232;re de l'&#201;quipement, mais avec l'aval des Conseils g&#233;n&#233;raux et r&#233;gionaux invoquant rituellement le n&#233;cessaire et indispensable &#171; d&#233;senclavement &#187;. Au c&#339;ur de la technocratie, c'est en particulier le corps des ponts qui, depuis les Trente glorieuses, joue dans ce domaine un r&#244;le strat&#233;gique en tant qu'h&#233;ritier d'une vieille tradition colbertiste remontant &#224; la monarchie absolue. Impos&#233;s traditionnellement de mani&#232;re autoritaire par voie d'expropriation pour cause d'utilit&#233; publique, en dehors de toute proc&#233;dure d&#233;mocratique, ces projets rencontrent aujourd'hui une r&#233;sistance croissante de la part des populations concern&#233;es. La multiplication des conflits sur l'environnement qui en r&#233;sulte explique, de la part des autorit&#233;s en question, le recours de plus en plus fr&#233;quent aux proc&#233;dures de participation. De la part des ma&#238;tres d'ouvrage, il s'agit d&#233;sormais de susciter l'adh&#233;sion des populations aux projets estim&#233;s &#171; socialement acceptables &#187;. De la pratique de la proc&#233;dure du &#171; d&#233;bat public &#187; (art. L.121-1 et suivants du Code de l'Environnement) adopt&#233;e en 2002 et pilot&#233;e par une commission particuli&#232;re, il r&#233;sulte la plupart du temps un malentendu profond entre, d'un c&#244;t&#233;, les d&#233;cideurs pour lesquels elle est un moyen de donner aux projets d'am&#233;nagement d&#233;j&#224; d&#233;cid&#233;s une apparence d&#233;mocratique et, de l'autre, la population repr&#233;sent&#233;e par les associations pour lesquelles cette proc&#233;dure est un moyen d'opposition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette question voir ma publication r&#233;cente De l'ambivalence du d&#233;bat (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quoi qu'il en soit, dans ce domaine comme dans d'autres, les r&#233;f&#233;rences rh&#233;toriques oblig&#233;es faites au &#171; d&#233;veloppement durable &#187; et &#224; la participation du public ont pour fonction aujourd'hui de produire du brouillard autour de pratiques administratives rest&#233;es autoritaires. Elles ne pourront pas longtemps tromper les populations concern&#233;es mises habituellement devant le fait accompli. Elles contribuent dans tous les cas &#224; persuader ces derni&#232;res qu'il existe un consensus politique jusqu'&#224; pr&#233;sent in&#233;branlable en mati&#232;re de cr&#233;ation de nouvelles infrastructures de transport entre la droite et la gauche. Tout cela alimente certes le scepticisme croissant de l'opinion vis-&#224;-vis des &#233;lus de tous bords, mais participe aussi de la naissance de nouvelles formes d'action politique, qui travaillent aujourd'hui en profondeur la soci&#233;t&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; des multiples manifestations de r&#233;sistance locale qui surgissent actuellement chaque fois que sont lanc&#233;s de nouveaux projets d'am&#233;nagement. Ces r&#233;sistances, autrefois ponctuelles et souvent qualifi&#233;es de &#171; nymbistes &#187;, prennent maintenant une forme de plus en plus organis&#233;e par l'interm&#233;diaire des r&#233;seaux associatifs implant&#233;s sur les territoires concern&#233;s. Il y a, de ce point de vue, une tr&#232;s nette &#233;volution en quelques ann&#233;es o&#249; l'on est pass&#233; d'une contestation limit&#233;e au choix d'un trac&#233; particulier &#224; celle de l'opportunit&#233; m&#234;me du projet. Ces mouvements spontan&#233;s sont tr&#232;s actifs dans la mesure o&#249; tout le monde est susceptible d'&#234;tre agress&#233; dans son cadre de vie par la prolif&#233;ration de ces infrastructures. En certains lieux comme la vall&#233;e du Rh&#244;ne, il n'est en effet pas exag&#233;r&#233; de dire que l'espace est litt&#233;ralement congestionn&#233; par ces &#233;quipements . Et lorsqu'il s'agit de cr&#233;er une ligne nouvelle &#224; grande vitesse entre Lyon et Turin dans une vall&#233;e comme celle du Val de Suse o&#249; existe d&#233;j&#224; une voie de chemin de fer, une route et une autoroute, la population se soul&#232;ve alors spontan&#233;ment en criant &#171; assez ! &#187;. Le clivage politique n'est alors plus entre la droite et la gauche, mais entre les &#233;lus locaux solidaires de leur population r&#233;volt&#233;e et les responsables des appareils nationaux repr&#233;sent&#233;s au parlement, qui ne savent raisonner que dans le cadre du pr&#234;t &#224; penser fourni par l'id&#233;ologie de la croissance. Cette cassure d&#233;mocratique se manifeste tr&#232;s nettement entre le niveau des &#233;lus municipaux et les &#233;lus r&#233;gionaux moins proches de leurs &#233;lecteurs, les conseillers g&#233;n&#233;raux restant en quelque sorte &#224; mi-chemin. Peut-&#234;tre s'agit-il l&#224; d'ailleurs d'une &#233;bauche d'un grand clivage politique &#224; venir entre les tenants de la fuite en avant dans le d&#233;veloppement et ceux qui, par r&#233;flexe de survie, s'engagent dans la r&#233;sistance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, il faut alors bien se rendre compte que plus les espaces naturels se restreignent du fait de leur cloisonnement croissant, plus il y aura de r&#233;sistance de la part des populations concern&#233;es et plus il y aura de conflits sur l'environnement, auxquels devront faire face les am&#233;nageurs publics comme priv&#233;s. Par-del&#224; l'obligation de faire des choix personnels destin&#233;s &#224; ne pas alimenter un syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur le mouvement brownien des hommes et des marchandises (limiter l'usage de la voiture et de l'avion), il est devenu indispensable aujourd'hui d'initier et de participer &#224; ces actions de r&#233;sistance collective dirig&#233;es contre la multiplication des infrastructures de transport approuv&#233;e par les pouvoirs publics. Avant m&#234;me d'envisager une d&#233;croissance de la mobilit&#233; des hommes et des marchandises, il est urgent de r&#233;sister &#224; la croissance insoutenable de cette derni&#232;re. Dans notre monde domin&#233; par la fuite en avant vers le &#171; toujours plus &#187;, les postures de r&#233;sistance sont dans tous les domaines une ardente obligation politique et morale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Guillebaud, Le Principe d'humanit&#233;, Le Seuil, 2001, pp. 399-sq.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette posture jadis stigmatis&#233;e au nom de l'id&#233;ologie du progr&#232;s, par la gauche comme la droite, doit se revendiquer clairement conservatrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Rey, Une folle solitude : le fantasme de l'homme autoconstruit, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; face &#224; un syst&#232;me technicien qui d&#233;truit tout pour avancer vers le pire. La table rase&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Charbonneau, Notre table rase, Deno&#235;l, 1974.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, contrairement au discours des utopies politiques et technoscientistes du XXe si&#232;cle, ne saurait constituer un avenir radieux pour l'humanit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces actions de r&#233;sistance collectives peuvent prendre les formes les plus diverses, allant des actions se situant hors de la l&#233;galit&#233; &#224; celles utilisant toutes les voies l&#233;gales permettant aux citoyens d'exercer leurs droits. Cette derni&#232;re forme est actuellement la plus utilis&#233;e par le mouvement associatif environnemental, qui a su s'emparer des dispositions de la loi autorisant ce type d'action dans des limites, il faut bien dire, tr&#232;s strictes. Il y a d'abord toutes les proc&#233;dures de participation qui se sont d&#233;velopp&#233;es depuis quelques ann&#233;es. Ces proc&#233;dures consistent &#224; faire jouer un r&#244;le institutionnel aux repr&#233;sentants du mouvement associatif environnemental dans diverses instances consultatives au sein desquelles ils n'occupent g&#233;n&#233;ralement qu'une place tr&#232;s minoritaire. Il y a aussi la participation aux proc&#233;dures d'enqu&#234;te publique et de d&#233;bat public, pr&#233;alables &#224; l'approbation de tous ces projets de nouvelles infrastructures de transport. Ces proc&#233;dures sont en fait tr&#232;s ambivalentes, car elles sont toutes con&#231;ues pour donner une apparence administrative de respect des r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de la d&#233;mocratie. Participer peut alors revenir &#224; cautionner un projet. Elles peuvent cependant parfois &#224; servir des actions de r&#233;sistance destin&#233;es &#224; faire &#233;chec &#224; ces projets dans la mesure o&#249; des rapports de pouvoirs locaux se sont institu&#233;s gr&#226;ce &#224; une mobilisation efficace des populations. Pour arriver &#224; de tels r&#233;sultats, il faut d&#233;penser beaucoup de temps et d'&#233;nergie &#224; assimiler les dossiers techniques des ma&#238;tres d'ouvrages afin de produire une contre-expertise et trouver les relais m&#233;diatiques n&#233;cessaires, par-del&#224; les indispensables r&#233;unions publiques d'information du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre l&#233;gal, il reste le recours &#224; la justice, de plus en plus pratiqu&#233; par les nouveaux r&#233;sistants au &#171; progr&#232;s &#187;, avec des succ&#232;s tr&#232;s in&#233;gaux. De ce point de vue, il ne faut pas confondre les proc&#232;s spectaculaires d&#233;clench&#233;s par les victimes du d&#233;veloppement industriel (ex : l'amiante, les mar&#233;es noires, AZF, etc.) avec la gu&#233;rilla contentieuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simon Charbonneau, &#171; La Gu&#233;rilla contentieuse des associations de protection (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; men&#233;e depuis trente ans par les associations de protection de l'environnement contre tous ces grands projets d'am&#233;nagement. Cette gu&#233;rilla entre, d'un c&#244;t&#233;, l'administration et, de l'autre, les associations, se d&#233;roule dans la plupart des cas devant le juge administratif et en dernier ressort devant le Conseil d'&#201;tat. En mati&#232;re de grandes infrastructures de transport (LGV et autoroutes), il faut dire que les succ&#232;s sont rares, car la grande majorit&#233; des recours dirig&#233;s contre les d&#233;clarations d'utilit&#233; publique autorisant les travaux sont rejet&#233;s par notre haute juridiction administrative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce sujet voir mon &#233;tude d&#233;j&#224; ancienne mais h&#233;las toujours actuelle : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce domaine, il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que l'on a affaire &#224; un v&#233;ritable d&#233;ni de justice permanent constituant une violation flagrante des fondements de l'&#201;tat de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces actions collectives de r&#233;sistance n'ont, bien entendu, de sens que si elles s'appuient sur des positions implicitement ou explicitement politiques. &#192; l'heure actuelle, dans la mesure o&#249; elles ont d&#233;pass&#233; le stade du &#171; pas chez moi, mais chez le voisin &#187;, les positions des opposants visent &#224; conforter ou &#224; am&#233;liorer l'existant. Autrement dit, il s'agit tout au plus de moderniser les infrastructures existantes et non plus d'en cr&#233;er de nouvelles, sauf en milieu urbain pour les voies de tram que de nombreuses communes se sont d'ailleurs empress&#233;es de supprimer au lendemain de la guerre au nom du &#171; progr&#232;s &#187;. La position est donc conservatrice, mais il lui arrive fr&#233;quemment d'aller au-del&#224; en raison de la croissance continue du trafic qui aboutit aux situations de congestion que l'on conna&#238;t. Alors, in&#233;vitablement, les questions de fond &#233;mergent, qui sont relatives &#224; la mobilit&#233; excessive, &#224; la vitesse, &#224; l'&#233;loignement des lieux de production par rapport aux lieux de consommation et &#224; celui des lieux de r&#233;sidence par rapport aux lieux de travail, sans compter la question &#233;nerg&#233;tique. C'est ainsi que de fil en aiguille peut se poser la question d'une politique de d&#233;croissance des transports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors distinguer au pr&#233;alable la d&#233;croissance subie de la d&#233;croissance choisie. En ce qui concerne la premi&#232;re cat&#233;gorie, il faut rappeler une banalit&#233; de base trop souvent ignor&#233;e par les tenants de la fuite en avant, &#224; savoir que la croissance de nos biens mat&#233;riels produits par l'industrie entra&#238;ne la d&#233;croissance de nos biens mat&#233;riels naturels ! Il s'agit d'une logique imparable qui explique l'appauvrissement de notre biodiversit&#233;, la d&#233;gradation et l'uniformisation de nos paysages, l'&#233;puisement de nos ressources naturelles, etc. L'explosion des transports participe de mani&#232;re importante &#224; ce processus destructeur de ce qui a constitu&#233; les conditions de vie de l'humanit&#233; depuis ses origines. Les grandes infrastructures de transport cloisonnent en effet les milieux naturels qu'elles traversent, consomment des ressources naturelles lors de leur construction, &#233;mettent des gaz &#224; effet de serre, provoquent des nuisances sonores et contribuent &#224; augmenter la consommation globale d'&#233;nergie d'un pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cause de cette d&#233;croissance subie qui nous entra&#238;ne dans un processus catastrophique, il y a donc urgence d'imaginer une d&#233;croissance choisie qui permettrait aux pays les plus d&#233;velopp&#233;s d'emprunter une autre voie. Cette r&#233;volution, car il faut bien qualifier ce choix radical de cette mani&#232;re, implique d'abord une remise en question compl&#232;te des repr&#233;sentations composant l'inconscient collectif des soci&#233;t&#233;s modernes, &#224; savoir la recherche continue d'une meilleure performance technologique et &#233;conomique, l'am&#233;lioration de la mobilit&#233; des hommes et des marchandises, l'artificialisation croissante de la nature par les infrastructures et la sophistication des techniques de transports&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce que Serge Latouche appelle &#171; d&#233;coloniser l'imaginaire &#187;. Voir Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela implique alors certes, comme cela est aujourd'hui reconnu par les pouvoirs publics, de donner la priorit&#233; au rail sur la route et l'air, mais d'abord de donner la priorit&#233; aux transports collectifs de proximit&#233; qui fait le quotidien des gens. Concr&#232;tement, cela signifierait l'abandon du programme autoroutier &#233;labor&#233; durant les Trente glorieuses et l'arr&#234;t de celui des lignes &#224; grande vitesse destin&#233;es &#224; relier les grandes agglom&#233;rations entre elles et &#224; concurrencer le transport a&#233;rien. Plus loin encore dans le raisonnement, il s'agirait alors de r&#233;duire la mobilit&#233; excessive des hommes et des marchandises. Un tel objectif suppose, bien entendu, la remise en question compl&#232;te du mode de fonctionnement de notre &#233;conomie, autrement dit, n'ayons pas peur des mots, une v&#233;ritable r&#233;volution. Et compte tenu de la mondialisation actuelle de l'&#233;conomie et de l'interd&#233;pendance entre les pays qu'elle entra&#238;ne, on mesure toutes les difficult&#233;s d'une politique de d&#233;croissance des transports. De telles perspectives impliquent une r&#233;flexion politique totalement nouvelle, qui ne pourra pas faire l'&#233;conomie d'un certain protectionnisme. Une telle d&#233;marche suppose qu'il faudra un jour faire son deuil des vieilles id&#233;ologies h&#233;rit&#233;es du XIXe si&#232;cle, qui &#233;taient d&#233;j&#224; compl&#232;tement d&#233;cal&#233;es au regard des probl&#232;mes pos&#233;s par la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle inaugur&#233;e par l'explosion de la bombe atomique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut lire &#224; ce sujet les pages inoubliables de G&#252;nther Anders relatives &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus profond&#233;ment, aujourd'hui l'homme moderne se trouve face &#224; un d&#233;fi sans pr&#233;c&#233;dent, qu'il ne pourra relever sans un ultime sursaut spirituel. Voil&#224; o&#249; peut mener une r&#233;flexion sur la d&#233;croissance des transports.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ellul, &lt;i&gt;La Technique ou l'enjeu du si&#232;cle&lt;/i&gt;, Armand Colin, 1954, pp. 75-sq., et &lt;i&gt;Le Syst&#232;me technicien&lt;/i&gt;, Calman Levy, 1977, pp. 137-sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette question voir ma publication r&#233;cente &lt;i&gt;De l'ambivalence du d&#233;bat public&lt;/i&gt; &#224; para&#238;tre aux &#233;ditions Pr&#233;ventique et les publications du groupe grenoblois PMO en lutte contre les nanotechnologies dont &lt;i&gt;La Part du feu&lt;/i&gt;, novembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude Guillebaud, &lt;i&gt;Le Principe d'humanit&#233;&lt;/i&gt;, Le Seuil, 2001, pp. 399-sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Rey, &lt;i&gt;Une folle solitude : le fantasme de l'homme autoconstruit&lt;/i&gt;, Le Seuil, p. 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Charbonneau, &lt;i&gt;Notre table rase&lt;/i&gt;, Deno&#235;l, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Simon Charbonneau, &#171; La Gu&#233;rilla contentieuse des associations de protection de l'environnement &#187;, &lt;i&gt;Pr&#233;ventique/S&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; n&#176; 47, octobre 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce sujet voir mon &#233;tude d&#233;j&#224; ancienne mais h&#233;las toujours actuelle : &#171; Le contr&#244;le contentieux des op&#233;rations d'am&#233;nagement du territoire &#187; dans la &lt;i&gt;Revue Juridique de l'Environnement&lt;/i&gt; n&#176; 3/1981, p. 223.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ce que Serge Latouche appelle &#171; d&#233;coloniser l'imaginaire &#187;. Voir &lt;i&gt;Le Pari de la d&#233;croissance&lt;/i&gt;, Fayard, p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut lire &#224; ce sujet les pages inoubliables de G&#252;nther Anders relatives &#224; &#171; notre aveuglement face &#224; l'apocalypse &#187; dans son livre au titre dramatique &lt;i&gt;L'Obsolescence de l'homme&lt;/i&gt;, Editions de l'encyclop&#233;die des nuisances, Paris, 2002, pp. 261-sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>NOTES DE LECTURE </title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article181</link>
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		<dc:date>2021-10-26T17:52:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD, Simon CHARBONNEAU</dc:creator>



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&lt;p&gt;Marshall Sahlins, La D&#233;couverte du vrai sauvage et autres essais. Traduit de l'anglais par Claudie Voisenat, Gallimard, janvier 2007. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il en va des livres qui nous nourrissent et nous stimulent comme des vins que l'on boit et partage : il y a des ann&#233;es m&#233;diocres, des moyennes, des bonnes et de tr&#232;s rares excellentes. &lt;br class='autobr' /&gt;
1974 et 1976 furent pour moi, comme pour ceux qui les d&#233;couvrirent alors, les excellentes ann&#233;es de publication en France de deux ouvrages majeurs en anthropologie : La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marshall Sahlins&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;La D&#233;couverte du vrai sauvage et autres essais&lt;/i&gt;. Traduit de l'anglais par Claudie Voisenat, Gallimard, janvier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va des livres qui nous nourrissent et nous stimulent comme des vins que l'on boit et partage : il y a des ann&#233;es m&#233;diocres, des moyennes, des bonnes et de tr&#232;s rares excellentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1974 et 1976 furent pour moi, comme pour ceux qui les d&#233;couvrirent alors, les excellentes ann&#233;es de publication en France de deux ouvrages majeurs en anthropologie : &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt; de Pierre Clastres, et &lt;i&gt;&#194;ge de pierre, &#226;ge d'abondance, l'&#233;conomie des soci&#233;t&#233;s primitives&lt;/i&gt; de Marshall Sahlins, pr&#233;fac&#233; par Pierre Clastres. Ces deux livres ont aliment&#233; &#224; l'&#233;poque ma pens&#233;e naissante sur la d&#233;croissance, &#224; tel point que je pense aujourd'hui que s'il existait une improbable &#171; &#201;cole de la d&#233;croissance &#187; je recommanderais &#224; son responsable d'offrir &#224; ses &#233;l&#232;ves une session de plusieurs mois pour l'&#233;tude de ces deux auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1980, furent publi&#233;s en fran&#231;ais deux autres livres de Sahlins : &lt;i&gt;Critique de la sociobiologie, aspects anthropologiques&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Au c&#339;ur des soci&#233;t&#233;s, raison utilitaire et raison culturelle&lt;/i&gt;, puis il y eut un trou inexplicable de vingt-sept ans dans les publications en fran&#231;ais des &#339;uvres du plus c&#233;l&#232;bre, avec Clifford Geertz (1926-2006), des anthropologues nord-am&#233;ricains. C'est donc avec une gourmandise compr&#233;hensible que je viens de d&#233;vorer son dernier livre, remarquablement traduit par Claudie Voisenat : &lt;i&gt;La D&#233;couverte du vrai sauvage et autres essais&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait chipoter sur le titre fran&#231;ais choisi par la Maison Gallimard, qui ne correspond qu'&#224; l'intitul&#233; d'un des essais de ce recueil. Il est vrai que &lt;i&gt;Culture in Practice&lt;/i&gt; (titre original de l'&#233;dition, publi&#233;e chez Urzone, New York, 2000) est nettement moins &#171; glamour &#187; pour un lectorat urbain et mat&#233;riellement privil&#233;gi&#233;, d'autant plus avide d'exotisme qu'il consomme davantage de 4X4 et de voyages &#171; d&#233;paysants &#187; dans les &#206;les tropicales o&#249; il joue au &#171; bon sauvage &#187; ou au Capitaine Cook, alternativement, selon ses humeurs passag&#232;res et les fluctuations du Cac 40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recueil d'articles, donc. Je dirais plut&#244;t travaux d'atelier qui r&#233;capitulent l'itin&#233;raire intellectuel de Marshall Sahlins, anthropologue profond&#233;ment am&#233;ricain, n&#233; en 1930, engag&#233; contre la guerre men&#233;e par son pays au Vietnam, et qui a entretenu un dialogue avec l'&#233;cole fran&#231;aise d'anthropologie, en particulier avec l'&#339;uvre et la personne de Claude L&#233;vi-Strauss.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier essai du livre (sous la forme d'un &lt;i&gt;Avant-propos&lt;/i&gt;), intitul&#233; : &lt;i&gt;Fragments d'une autobiographie intellectuelle&lt;/i&gt;, on peut lire l'immense int&#233;r&#234;t que Sahlins porte &#224; la philosophie et &#224; la litt&#233;rature en g&#233;n&#233;ral comme &#171; r&#233;action esth&#233;tique &#224; la domination de l'&#233;conomie de march&#233; et &#224; la marchandisation de toute chose &#187;. [p. 9] D'o&#249; lui vient une des constantes de sa recherche dans le domaine symbolique : &#171; L'organisation (et la d&#233;sorganisation) du monde en termes symboliques est la caract&#233;ristique de l'humanit&#233;. &#187; [p. 15] La mise en relation de l'histoire (versus actualit&#233;) avec les fondements culturels des soci&#233;t&#233;s et son admiration pour la lutte vietnamienne lui font &#233;crire : &#171; Mais le spectacle du n&#233;olithique &#233;crasant la r&#233;volution industrielle ne fut pas seul &#224; d&#233;construire mon anthropologie scientifique. Ma participation &#224; l'invention d'un mouvement pour arr&#234;ter la guerre devait influer de fa&#231;on curieuse et contradictoire sur mon parcours intellectuel. &#187; [p. 28] Toute la trajectoire de Sahlins est d&#233;j&#224; dans cette phrase. &#171; L'histoire peut donc ob&#233;ir &#224; un ordre culturel sans &#234;tre prescrite par la culture. Lorsque l'anthropologue d&#233;clare qu'un certain &#233;v&#233;nement &#8211; le &lt;i&gt;teach-in&lt;/i&gt; ou le Capitaine Cook gisant sur une plage d'Hawa&#239; &#8211; se d&#233;plie dans une certaine logique culturelle, il ne tente pas (comme on l'a cru parfois) de r&#233;introduire l'esp&#232;ce disparue du d&#233;terminisme culturel. &#187; [p. 34]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre I a justement pour titre : &lt;i&gt;Exp&#233;rience individuelle et ordre culturel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier sous-chapitre : &#171; Individualisme utilitariste et d&#233;terminisme culturel &#187; on plonge dans un bain aujourd'hui familier aux objecteurs de croissance. &#171; Et, de fait, lorsqu'une soci&#233;t&#233; voue un culte &#224; la marchandise, son anthropologie, elle, est toute dispos&#233;e &#224; faire du culte une marchandise. &#187; [p ; 43] Le plaisir se prolonge, quand Sahlins, puisant dans son immense culture sans fronti&#232;res, &#233;crit plus loin : &#171; La perception est instantan&#233;ment une re-connaissance, une confrontation de ce qui est per&#231;u avec des cat&#233;gories socialement admises : &#8220;Ceci est un oiseau.&#8221; La conscience humaine ou symbolique consiste aussi en des actes de classification impliquant l'int&#233;gration d'une perception individuelle dans une conception sociale. La perception rel&#232;ve donc du concept de la fa&#231;on dont un exemple rel&#232;ve d'une classe ; de m&#234;me l'exp&#233;rience rel&#232;ve de la culture. &#187; [p. 47] Citant le bon mot de Gregory Bateson : &lt;i&gt;plus c'est la m&#234;me chose, plus &#231;a change&lt;/i&gt;, Sahlins, tout au long de l'ouvrage ne va cesser d'articuler la d&#233;marche dialectique critique &#224; son exploration anthropologique cadr&#233;e dans le temps depuis la mise en contact de l'Occident avec les soci&#233;t&#233;s que son imp&#233;rialisme id&#233;ologique et technique lui permet de &#171; d&#233;couvrir &#187;. Dans le champ g&#233;ographique des int&#233;r&#234;ts de Sahlins pour la Polyn&#233;sie, cette &#171; d&#233;couverte &#187; se confond avec et depuis l'aventure de James Cook (1728-1779).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant faire des choix pour ne pas alourdir cette note, je saute au chapitre III : &lt;i&gt;La d&#233;couverte du vrai sauvage&lt;/i&gt;. Y est narr&#233;e par le menu l'aventure de Charlie Savage et ce qui en suivit. Savage &#233;tait (probablement) un marin su&#233;dois, rejet&#233; par un naufrage au large des &#238;les Nairai en 1808 et qui s'installa &#224; Bau comme chef de bande d'une vingtaine d'&#233;trangers combattant pour le compte du grand roi guerrier Naulivou et lui permettant (selon les historiens des &#238;les Fidji) de faire de Bau le royaume dominant ces &#238;les. Le propos de Sahlins, dans cette narration, consiste &#224; d&#233;montrer que &#171; la glorification de Charlie Savage, au cours de sa vie et apr&#232;s sa mort, fut une affaire fidjienne et non une simple autorepr&#233;sentation all&#233;gorique de l'imp&#233;rialisme europ&#233;en &#187;. [p. 187] En termes plus g&#233;n&#233;raux, il s'agit, pour Sahlins, de faire la d&#233;monstration que, contrairement au courant rousseauiste qui se cantonne au c&#244;t&#233; destructeur de la rencontre du capitalisme avec les peuples qu'il conquiert, ceux-ci r&#233;agissent &#224; l'arriv&#233;e des armes et des marchandises en adaptant leurs institutions et en int&#233;grant &#171; l'ext&#233;riorit&#233; &#187; dans un cadre qui prolonge leurs traditions. Les Tonguiens allant jusqu'&#224; penser que Napol&#233;on &#233;tait un Tonguien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essai suivant (chapitre IV) s'intitule : &lt;i&gt;Les cosmologies du capitalisme&lt;/i&gt;. &#171; L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale de ce chapitre est que le Syst&#232;me Monde est l'expression rationnelle &#8211; tout au moins en termes de valeur d'&#233;change &#8211; de logiques culturelles relatives. Syst&#232;me de diff&#233;rences culturelles organis&#233;es comme une division du travail, c'est un march&#233; global des faiblesses humaines, o&#249; toutes peuvent &#234;tre n&#233;goci&#233;es avec profit, dans une monnaie commune. Tout comme Galil&#233;e pensait que les math&#233;matiques &#233;taient le langage du monde physique, la bourgeoisie s'est plu &#224; croire que l'univers culturel &#233;tait r&#233;ductible &#224; un discours sur les prix &#8211; bien que les autres peuples aient r&#233;sist&#233; &#224; l'une et l'autre id&#233;e en peuplant leur existence d'autres consid&#233;rations. Si le f&#233;tichisme est donc le mode de fonctionnement coutumier de l'&#233;conomie mondiale capitaliste, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il traduit ces cosmologies et ontologies distinctes, ces diff&#233;rentes relations de personnes et de syst&#232;mes d'objets, en termes d'analyse de co&#251;t et de b&#233;n&#233;fices : un simple pidgin8 arithm&#233;tique au moyen duquel nous pouvons aussi acqu&#233;rir &#224; bon compte les savoirs des sciences sociales. Certes, cette capacit&#233; de r&#233;duire les propri&#233;t&#233;s sociales aux valeurs du march&#233; est justement ce qui permet au capitalisme de ma&#238;triser l'ordre culturel. Pourtant, au moins quelquefois, cette m&#234;me capacit&#233; fait du capitalisme l'esclave de conceptions locales du prestige, de moyens de contr&#244;le du travail et de pr&#233;f&#233;rences marchandes qu'il ne cherche pas &#224; contr&#244;ler puisque cela ne serait d'aucun profit. Une histoire du syst&#232;me mondial doit mettre au jour la culture cach&#233;e sous le capitalisme. &#187; [p. 213]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmant que &#171; le d&#233;veloppement d'une conscience culturelle chez les anciennes victimes de l'imp&#233;rialisme est l'un des ph&#233;nom&#232;nes les plus remarquables de l'histoire du monde dans la derni&#232;re partie du XXe si&#232;cle &#187; [p. 268], Marshall Sahlins, (dans le chapitre V), nous invite &#224; un &lt;i&gt;Adieu aux Tristes Tropiques&lt;/i&gt;. Certains lecteurs y verront sans doute la malencontreuse apparition d'un optimisme paradoxal et d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'&#339;uvre dont nous &#233;tions tous devenus peu ou prou familiers. Ce n'est pas mon opinion. Je me risque &#224; penser qu'il ne s'agit pas d'optimisme (cat&#233;gorie du jugement, &#233;trang&#232;re &#224; l'anthropologie de Sahlins) mais d'une lucidit&#233; appuy&#233;e sur des faits, des exemples qui constamment assouplissent un sch&#233;ma th&#233;orique ou le relativisme, excluant les faits culturels (symboliques), rejoint un &#171; re-vitalisme &#187; sans concessions &#224; l'air du temps. &#171; Il est parfois utile de rappeler que notre pr&#233;tendu discours rationaliste participe lui aussi d'un langage culturel particulier et que &#171; nous sommes l'un des autres. &#187; [p. 281] Toute l'&#339;uvre de Sahlins s'inscrit en faux contre le relativisme culturel en ce qu'il rend impossible la comparaison. Similarit&#233; et diff&#233;rence se d&#233;veloppent conjointement dans l'histoire du monde moderne et contemporain dans la mesure o&#249; une soci&#233;t&#233; parvient &#224; briser le joug &#233;tranger et retrouve le chemin de sa propre culture. Toute lib&#233;ration, toute &#233;mancipation est d'abord un acte de culture. &#171; Si tout cela a un sens, si le monde devient une Culture des cultures, ce qu'il nous faut aujourd'hui ethnographier c'est l'indig&#233;nisation de la modernit&#233; &#8211; &#224; travers le temps et dans ses hauts et ses bas dialectiques, depuis le premier develop-man [jeu de mot, que Sahlins rel&#232;ve &#224; partir d'une prononciation indig&#232;ne du mot anglais &#171; development &#187;] jusqu'aux derni&#232;res inventions de la tradition. Le capitalisme occidental est plan&#233;taire dans son extension, mais il n'est pas une logique universelle du changement culturel. D'ailleurs, nous avons nous-m&#234;mes &#233;t&#233; trop domin&#233;s, sur le plan historiographique et ethnographique, par ses imp&#233;rieuses affirmations. Il est temps aujourd'hui de comprendre ce qu'il devient dans d'autres contextes culturels. &#187; [p. 295-296]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Osez savoir ! &#187; Ce sont les deux premiers mots du chapitre VI : &lt;i&gt;Lumi&#232;res de l'anthropologie ? De quelques le&#231;ons du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;. Le point d'interrogation est capital, on l'aura compris. Il s'agit bien d'interroger les id&#233;ologies de la &#171; modernisation &#187; et du &#171; d&#233;veloppement &#187;. Celles-ci ont puis&#233; leur inspiration dans un syst&#232;me philosophique justifiant la domination de l'Occident. &#171; L'&#233;volutionnisme unilin&#233;aire du XIXe si&#232;cle &#233;tait une cons&#233;quence anthropologique logique de cette conception &#233;clair&#233;e de la rationalit&#233; universelle. Tout le monde devait passer par les m&#234;mes stades de d&#233;veloppement. &#187; [p. 306-307] S'attachant &#224; d&#233;montrer que si le monde s'est unifi&#233; par l'expansion du capitalisme au cours des deux derniers si&#232;cles, il est &#233;galement rediversifi&#233; par les adaptations indig&#232;nes au rouleau compresseur de la globalisation, Sahlins d&#233;finit son point de vue anthropologique comme capacit&#233; de d&#233;celer les grandes choses dans les petites. &#171; L'indig&#233;nisation de la modernit&#233; nous offre encore un nouvel &#233;clairage. &#187; [p. 328] &#171; Aujourd'hui, tout le monde a une culture et il n'y a plus que les anthropologues pour en douter &#187; [...] Car &#171; la culture n'est pas seulement un h&#233;ritage, c'est un projet &#187;. [p. 334]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre VII (et dernier) est un essai foisonnant de digressions fulgurantes et parfois &#233;nigmatiques. Il porte le beau titre : &lt;i&gt;La tristesse de la douceur, ou l'anthropologue indig&#232;ne de la cosmologie occidentale&lt;/i&gt;. Je songe &#224; la pi&#232;ce de Synge : &#171; Le baladin du monde occidental &#187;, tant les sous-chapitres &#233;voquent une composition po&#233;tique et musicale tout en demeurant des coups de sondes dans la recherche anthropologique contemporaine. Qu'on en juge par leur simple &#233;nonc&#233; : Introduction : Les &#171; Fleurs du mal &#187; ; L'anthropologie du besoin ; Digression : note sur la renaissance ; L'anthropologie de la biologie ; L'anthropologie du pouvoir ; L'anthropologie de la providence ; L'anthropologie de la r&#233;alit&#233; ; La tristesse de la douceur. Je laisse au lecteur le go&#251;t de s'en &#233;merveiller, de s'en d&#233;marquer, de s'y retrouver ou de s'y perdre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Sahlins, une culture se comprend par l'histoire, et une histoire par sa culture. La notion qui est au centre de toute son &#339;uvre est celle de &#171; culture &#187;. Il propose une th&#233;orie de la culture, qui est selon lui le v&#233;ritable projet de l'anthropologie. De la m&#234;me mani&#232;re qu'il a cherch&#233; &#224; r&#233;soudre l'opposition classique entre infrastructure et superstructure en s'appuyant sur le structuralisme, il va prendre la m&#234;me orientation pour tenter de sortir d'un sch&#233;ma &#233;volutionniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de l'histoire. Qu'on le suive ou le d&#233;sapprouve, il est incontestable que s'&#233;tant toujours int&#233;ress&#233; au r&#244;le de l'imp&#233;rialisme occidental dans son rapport aux autres soci&#233;t&#233;s, il nous est d'une aide pr&#233;cieuse pour comprendre o&#249; nous en sommes aujourd'hui. La tradition anthropologique est plus que jamais n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension du monde actuel. Sahlins nous rappelle, si nous l'ignorions encore, que la vraie pens&#233;e sauvage (et la vraie &#171; sauvagerie &#187;) est peut-&#234;tre celle du capitalisme occidental. Puissent les lecteurs de cette revue y trouver leur miel tant il m'appara&#238;t, chaque jour davantage, que la conversion de la pens&#233;e sous-tendue par l'objection de croissance, est une conversion anthropologique ou elle n'est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Claude BESSON-GIRARD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andr&#233; Lebeau&lt;/strong&gt;. &lt;i&gt;L'Engrenage de la technique. Essai sur une menace plan&#233;taire&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;ophysicien de formation, professeur honoraire au CNAM et ancien cadre dirigeant au CNES et &#224; l'Agence Spatiale Europ&#233;enne, Andr&#233; Lebeau a incontestablement vou&#233; sa vie &#224; la Technique, c'est pourquoi il est particuli&#232;rement qualifi&#233; pour en parler. Mais contrairement aux &#233;crits habituellement consacr&#233;s &#224; une carri&#232;re r&#233;ussie c&#233;l&#233;brant les vertus de la technique qui lui ont donn&#233; tout son sens et son &#233;clat, Lebeau a d&#233;cid&#233; de prendre au contraire du recul critique et de la hauteur vis-&#224;-vis de ce qui constitue le destin de l'humanit&#233; moderne. Son analyse du r&#244;le jou&#233; par la technique dans ce que mon p&#232;re Bernard Charbonneau appelait &#171; la grande mue de l'humanit&#233; &#187; s'inscrit dans la tradition des ouvrages consacr&#233;s &#224; la critique du d&#233;veloppement scientifique et technique &#224; contre-courant de l'id&#233;ologie du progr&#232;s, une tradition acad&#233;mique qui n'a malheureusement rencontr&#233; aucun &#233;cho aupr&#232;s de ceux qui sont cens&#233;s nous guider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; certains de ses a&#238;n&#233;s parmi les plus c&#233;l&#232;bres comme Jacques Ellul, qu'il ne cite curieusement pas alors que c'est l'auteur pionnier qui il y a cinquante ans a &#233;crit un ouvrage fondateur sur le question de l'engrenage de la technique dans le monde moderne, Lebeau n'aborde pas du tout cette question sous un angle sociologique et philosophique. Son point de vue, explicable par sa formation, reste r&#233;solument scientifique et plus pr&#233;cis&#233;ment biologisant comme il l'affirme sans d&#233;tour (p. 149 et p. 240 par cette phrase : &#171; Nous resterons plus que jamais fid&#232;le au parti d'un regard ext&#233;rieur, vide d'&#233;motion, sur le sort de l'esp&#232;ce ! &#187;). En s'appuyant sur les &#339;uvres d'auteurs comme Leroi-Gourhan, Simondon et Bertrand Gilles, il analyse la nature, la structure et la dynamique du ph&#233;nom&#232;ne technique. Sur la base d'une grande culture scientifique multidisciplinaire, il souligne les diff&#233;rentes dimensions de ce ph&#233;nom&#232;ne &#224; travers les questions de l'information, de l'&#233;nergie, de la mati&#232;re et de la d&#233;mographie. A vrai dire, au c&#339;ur de la d&#233;marche de l'auteur, il y a le recours &#224; l'analyse syst&#233;mique qui s'applique admirablement &#224; la crise &#233;cologique. Dans cette optique, il a beau jeu de d&#233;montrer que l'absence totale de r&#233;troactions n&#233;gatives, contribuant &#224; instaurer un &#233;quilibre hom&#233;ostatique au sein du techno-syst&#232;me [p. 156], ne peut que d&#233;boucher sur une catastrophe finale pour l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion totalement pessimiste de l'ouvrage qui comporte d'ailleurs le titre &#233;loquent &#171; Les portes de la nuit &#187; [p. 256] s'inscrit dans le courant actuel dit du &#171; catastrophisme &#233;clair&#233; &#187; cher &#224; JeanPierre Dupuy. Reste que l'auteur ignore les fondements anthropologiques du &#171; d&#233;ferlement technologique &#187; (Thibon Cornillot) ainsi que ses cons&#233;quences sociales, &#233;thiques et culturelles, car seule la question des rapports de l'homme moderne arm&#233; de la technique avec la terre l'int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'en conseillerons pas moins la lecture de cet ouvrage remarquablement p&#233;dagogique &#224; toutes les personnes de formation scientifique qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont cru dur comme fer &#224; l'avenir radieux o&#249; devait nous conduire le progr&#232;s technique h&#233;rit&#233; du si&#232;cle des Lumi&#232;res. Il devrait contribuer &#224; leur dessiller les yeux si les &#233;v&#233;nements de ces derni&#232;res ann&#233;es n'y ont pas contribu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon CHARBONNEAU&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour une d&#233;concentration des activit&#233;s</title>
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		<dc:creator>Simon CHARBONNEAU</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; la centralisation des activit&#233;s &#233;conomiques dans la r&#233;gion parisienne - &#224; l'image de celle de l'administration - &#233;tait oppos&#233;e au &#171; d&#233;sert fran&#231;ais &#187;. Le c&#233;l&#232;bre ouvrage de J.-F. Gravier critiquait alors le d&#233;s&#233;quilibre du territoire fran&#231;ais, caract&#233;ris&#233; par une capitale qui aspirait litt&#233;ralement toute la substance d&#233;mographique et &#233;conomique de la France d'avant-guerre qui restait encore un pays essentiellement agricole. L'exode rural, entam&#233; avant 1914 et acc&#233;l&#233;r&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique26" rel="directory"&gt;N&#176; 8 - Territoires de la d&#233;croissance&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; la centralisation des activit&#233;s &#233;conomiques dans la r&#233;gion parisienne - &#224; l'image de celle de l'administration - &#233;tait oppos&#233;e au &#171; d&#233;sert fran&#231;ais &#187;. Le c&#233;l&#232;bre ouvrage de J.-F. Gravier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Fran&#231;ois Gravier : Paris et le d&#233;sert fran&#231;ais, Le Portulan, 1947, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; critiquait alors le d&#233;s&#233;quilibre du territoire fran&#231;ais, caract&#233;ris&#233; par une capitale qui aspirait litt&#233;ralement toute la substance d&#233;mographique et &#233;conomique de la France d'avant-guerre qui restait encore un pays essentiellement agricole. L'exode rural, entam&#233; avant 1914 et acc&#233;l&#233;r&#233; suite &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale dans la grande majorit&#233; des r&#233;gions, contribuait &#224; favoriser une &#233;migration vers la r&#233;gion parisienne, comme cela se passe aujourd'hui &#224; l'&#233;chelle mondiale du Sud rest&#233; agricole vers le Nord industriel. Au regard de la situation actuelle, de nombreuses r&#233;gions rurales comme la Creuse ou la Loz&#232;re aujourd'hui r&#233;ellement d&#233;sertifi&#233;es, le constat fait par le g&#233;ographe ignorait tout de m&#234;me qu'&#224; l'&#233;poque, les campagnes &#233;taient encore vivantes, quoiqu'en voie de d&#233;vitalisation. Des petites industries exploitant les ressources locales, de multiples activit&#233;s artisanales et commerciales employant beaucoup de main-d'&#339;uvre locale continuaient &#224; exister dans des villages et bourgades aujourd'hui compl&#232;tement mortes, sauf durant la p&#233;riode estivale avec le tourisme. Le secteur primaire, repr&#233;sent&#233; par la polyculture &#233;levage, constituait alors la colonne vert&#233;brale de la soci&#233;t&#233; rurale. Il y avait aussi de multiples services, tant publics que priv&#233;s, qui contribuaient &#224; faire vivre ces pays d&#233;laiss&#233;s par les grands centres urbains et vou&#233;s progressivement &#224; une mort lente, &#233;touff&#233;s par la logique implacable de la concentration, corollaire de la croissance &#233;conomique. Sans compter &#233;galement un patrimoine &#233;cologique peu d&#233;grad&#233; dans la mesure o&#249; l'agriculture &#233;tait rest&#233;e traditionnelle et que l'impact polluant de l'industrie restait limit&#233; &#224; certaines r&#233;gions et aux banlieues des grandes villes. Le tableau de la France de la troisi&#232;me R&#233;publique, dress&#233; par Jean Fran&#231;ois Gravier, d&#233;lib&#233;r&#233;ment sombre pour justifier les choix de l'apr&#232;s-guerre, illustre en tous les cas parfaitement l'id&#233;ologie de la croissance &#233;conomique qui a &#233;t&#233; celle des trente glorieuses ch&#232;res &#224; Fourasti&#233; et continue &#224; s&#233;vin II fallait imp&#233;rativement &#224; l'&#233;poque liquider la soci&#233;t&#233; rurale et l'agriculture paysanne au nom du progr&#232;s, une chanson qui depuis est devenue une rengaine ! Mais, reconnaissons-le avec regret, il aurait sans doute &#233;t&#233; alors plus facile qu'aujourd'hui de choisir la voie de la d&#233;croissance ! Au lieu de cela, une autre voie a &#233;t&#233; choisie qui est celle de la puissance &#233;conomique et technologique, corollaire du nationalisme de l'&#233;poque. Dans les ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre, l'am&#233;nagement du territoire par la planification a &#233;t&#233; choisi comme un instrument privil&#233;gi&#233; pour parvenir &#224; cet objectif. Il s'agissait alors dans un premier temps de reconstruire sur les ruines de la guerre, mais aussi de moderniser en proc&#233;dant &#224; une r&#233;partition rationnelle des richesses &#224; cr&#233;er sur tout le territoire, de mani&#232;re &#224; d&#233;centraliser les activit&#233;s trop exclusivement concentr&#233;es dans la r&#233;gion parisienne ; comme l'avait constat&#233; Jean-Fran&#231;ois Gravier. C'est ainsi que, dans les ann&#233;es 1960, la Datar a pu jouer un r&#244;le essentiel pour remplir cet objectif en raison de ses fonctions interminist&#233;rielles et transdisciplinaires. Il s'agissait de cr&#233;er au plan r&#233;gional des grands p&#244;les de d&#233;veloppement &#233;conomique susceptibles d'entra&#238;ner une dynamique sur l'ensemble du territoire concern&#233;. Les fameuses &#171; m&#233;tropoles d'&#233;quilibre &#187; &#233;taient charg&#233;es de remplir cet objectif. De cette &#233;poque planificatrice, il nous reste les contrats de plan Etat/R&#233;gion, sans que pour autant les processus structurels de d&#233;sertification de parties importantes du territoire national soient remis en question. Comme si l'ambition planificatrice initiale s'&#233;tait heurt&#233;e &#224; la logique autonome du d&#233;veloppement &#233;conomique et technique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ellul : Le syst&#232;me technicien. Calmann-L&#233;vy, 1977, p. 137, et La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui &#233;chappe visiblement au volontarisme politique. Au lieu d'aboutir &#224; une irrigation &#233;conomique de l'ensemble du territoire national comme le voulaient les projets de la Datar, en pratique le processus en cours de concentration/d&#233;sertification n'a fait que s'accentuer. La r&#233;gion parisienne a continu&#233; &#224; aspirer la substance humaine de la nation, &#224; concentrer l'essentiel des activit&#233;s &#233;conomiques et &#224; voir converger vers elle le nouveau r&#233;seau autoroutier &#224; l'image de celui des chemins de fer du XIXe si&#232;cle, tandis que les capitales r&#233;gionales s'&#233;vertuaient &#224; suivre la m&#234;me voie. Dans le Sud-ouest, Bordeaux et Toulouse devenaient des m&#233;tropoles monopolisant l'essentiel de l'activit&#233; &#233;conomique r&#233;gionale, alors que s'instaurait entre elles une concurrence jug&#233;e stimulante. En d&#233;finitive, la planification, tant vant&#233;e pour redresser les d&#233;s&#233;quilibres, n'a contrecarr&#233;, en aucune mani&#232;re, les grandes tendances centralisatrices, bien au contraire. Tout au plus, les a-t-elle accompagn&#233;es. De ce point de vue, l'&#233;chec des politiques publiques d'am&#233;nagement du territoire est patent en raison du choix id&#233;ologique fait en faveur de la croissance qui toujours tend &#224; concentrer &#171; la richesse &#187; l&#224; o&#249; elle existe d&#233;j&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, les politiques lib&#233;rales ne font, bien s&#251;r, qu'aggraver le processus historique de concentration dans tous les domaines, dans la mesure o&#249; elles introduisent des logiques de concurrence qui enclenchent des ph&#233;nom&#232;nes de vases communicants. La r&#233;gion parisienne est toujours plus congestionn&#233;e d'&#233;quipements divers et d'infrastructures de transport quadrillant les derniers espaces naturels transform&#233;s en peau de chagrin. Elle a vu se multiplier les zones d'activit&#233; qui ont enlaidi les lambeaux de paysages ruraux subsistants, tandis que l'&#233;talement urbain consacr&#233; &#224; l'habitat faisait t&#226;che d'huile dans toutes les directions. Si bien qu'aujourd'hui, il est question de donner &#224; Paris un nouveau statut juridique qui serait celui de m&#233;tropole. Ce mod&#232;le est alors emprunt&#233; &#224; son tour par les capitales r&#233;gionales transform&#233;es effectivement en &#171; p&#244;les de d&#233;veloppement &#187; vers lesquels convergent toutes les grandes infrastructures de transport comme les autoroutes et les lignes ferroviaires &#224; grande vitesse. La &#171; richesse &#187; de ces p&#244;les peut alors se mesurer la nuit par observation satellite &#224; l'intensit&#233; de leur luminosit&#233; r&#233;v&#233;latrice d'une forte d&#233;pense &#233;nerg&#233;tique. Ceci explique pourquoi la fameuse &#171; banane bleue &#187; caract&#233;risant le croissant s'&#233;tendant d'Amsterdam &#224; Milan a toujours fait r&#234;ver les am&#233;nageurs qu'ils soient &#233;lus ou technocrates. Et ce r&#234;ve s'est malheureusement &#233;tendu &#224; une &#233;chelle plus modeste chez la plupart des &#233;lus des derniers villages perdus au fin fond de la Dordogne !&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette concentration affecte aussi aujourd'hui les services qui ont tendance &#224; &#234;tre regroup&#233;s dans les fameux p&#244;les r&#233;gionaux, toujours au nom d'une rationalit&#233; &#233;conomique suppos&#233;e, sans d'ailleurs qu'il soit proc&#233;d&#233; &#224; une analyse des multiples co&#251;ts induits, tant sociaux qu'&#233;cologiques. Toutes les r&#233;formes en cours concernant actuellement la justice, la sant&#233; et les universit&#233;s tendent &#224; aggraver la tendance naturelle &#224; la concentration dans les capitales r&#233;gionales. C'est ainsi que des tribunaux existant depuis longtemps dans les villes moyennes sont supprim&#233;s, des h&#244;pitaux, des centres universitaires comme des bureaux de postes sont ferm&#233;s. Les nouvelles technologies de communication jouent bien s&#251;r leur r&#244;le dans ce ph&#233;nom&#232;ne, mais les d&#233;cisions administratives qui orientent vers plus de concentration. Elles ont permis l'adoption de la strat&#233;gie des &lt;i&gt;hubs&lt;/i&gt;, qui vise &#224; centraliser g&#233;ographiquement tous les &#233;quipements techniques de la grande majorit&#233; des services postaux, de la SNCF, d'EDF et autres entreprises priv&#233;es ou publiques. Certains de ces centres techniques sont m&#234;me aujourd'hui d&#233;localis&#233;s &#224; l'&#233;tranger pour des motifs de co&#251;ts de la main-d'&#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ensemble de ces mesures n'est pas sans cons&#233;quences socio-&#233;conomiques, non seulement pour les centres urbains o&#249; sont regroup&#233;s les services en question, mais &#233;galement pour les petites villes d&#233;laiss&#233;es. La concentration des services dans les capitales r&#233;gionales ne peut bien s&#251;r qu'engendrer des ph&#233;nom&#232;nes de congestion qui toujours ont un co&#251;t &#233;conomique, la plupart du temps occult&#233;. &#192; son tour, cette concentration entra&#238;ne un &#233;talement urbain provoqu&#233; par la multiplication des zones d'habitation p&#233;riph&#233;riques aux secteurs d'activit&#233;. Par ailleurs, les relations avec les usagers s'en trouvent forc&#233;ment affect&#233;es &#224; cause des distances induites et de la complexit&#233; technique de cette nouvelle organisation caract&#233;ris&#233;e par une forte opacit&#233;. Plus que jamais, la complexit&#233; croissante de l'univers technique &#233;chappe au citoyen moyen qui n'arrive plus &#224; s'y rep&#233;rer (&#171; tapez 1, tapez 2 ! &#187;), et ne fait bien entendu que renforcer le pouvoir des ing&#233;nieurs et des techniciens sur la vie des gens. Il y a &#233;galement les co&#251;ts &#233;cologiques induits, qui sont ignor&#233;s. Cette politique de concentration des activit&#233;s et des &#233;quipements qui en d&#233;coulent dans les grands centres urbains n'a jamais int&#233;gr&#233; le bilan carbone et la d&#233;pense concomitante d'&#233;nergie fossile d&#233;coulant de la multiplication des transports entre la p&#233;riph&#233;rie et le centre. Pour acc&#233;der aux services concentr&#233;s dans les grands centres urbains, les habitants sont oblig&#233;s de se d&#233;placer, m&#234;me en tenant compte du recours &#224; Internet qui ne peut pr&#233;tendre tout r&#233;gler. Pour se faire soigner ou participer &#224; un proc&#232;s, la voie num&#233;rique n'est pas possible, seules les voies routi&#232;res ou ferroviaires peuvent l'&#234;tre ! Sans compter les cons&#233;quences &#233;conomiques catastrophiques pour les m&#233;nages d&#233;coulant de d&#233;placements obligatoires en cas d'explosion des prix du p&#233;trole. Qui dit concentration, dit mobilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;sultat final de cette politique ne peut qu'aggraver le d&#233;s&#233;quilibre d&#233;j&#224; existant en mati&#232;re d'am&#233;nagement du territoire. Les r&#233;gions excentr&#233;es comme celle du Massif Central ne peuvent que continuer &#224; se vider de leurs populations et &#224; en &#233;carter les franges les plus capables de les faire vivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces ph&#233;nom&#232;nes se retrouvent &#233;galement dans le domaine agricole o&#249;, depuis cinquante ans, le choix de l'agriculture industrielle aboutit aux m&#234;mes d&#233;s&#233;quilibres. D'un c&#244;t&#233;, les r&#233;gions les plus riches sur le plan agronomique ont vu s'&#233;tendre les cultures les plus rentables, notamment c&#233;r&#233;ali&#232;res, de l'autre, des r&#233;gions affect&#233;es par une &#233;norme d&#233;prise agricole avec une extension de terres en friches ou rebois&#233;es et un d&#233;peuplement. De plus, l&#224; o&#249; l'agriculture subsiste, on assiste depuis longtemps &#224; une concentration des terres au profit de quelques exploitants engag&#233;s dans une course sans issue &#224; la comp&#233;titivit&#233;. En abandonnant leurs terres, les agriculteurs les plus &#226;g&#233;s contribuent alors un peu plus &#224; la d&#233;vitalisation du monde rural, dans la mesure o&#249; l'agriculture subsistante n'emploie que peu de main-d'&#339;uvre parce que tr&#232;s m&#233;canis&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autre facteur de concentration, la multiplication des grandes infrastructures de transport justifi&#233;e par le fameux &#171; d&#233;senclavement &#187; tant vant&#233; par les am&#233;nageurs. Il y a eu tout d'abord celle des autoroutes toujours cens&#233;es induire un d&#233;veloppement &#233;conomique dans les pays travers&#233;s. Il s'agit l&#224; pourtant d'une id&#233;e re&#231;ue r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; sati&#233;t&#233; par nos &#233;lus, mais toujours d&#233;mentie par l'exp&#233;rience, qui d&#233;montre au contraire que ce type d'infrastructure a tendance &#224; ass&#233;cher le tissu &#233;conomique restant des r&#233;gions travers&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Marc Offner : &#171; Les effets structurants du transport : mythe politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'autoroute A89 traversant le Massif Central n'a jamais fait rena&#238;tre la vie dans cet espace d&#233;sertifi&#233;. Certes, l'autoroute contribue au d&#233;veloppement des grands centres urbains r&#233;gionaux, mais il contribue au contraire &#224; ass&#233;cher un peu plus les espaces ruraux et les petites villes rest&#233;es &#224; l'&#233;cart, contrairement au r&#233;seau de routes secondaires h&#233;rit&#233; de la Troisi&#232;me R&#233;publique. Et aujourd'hui, le programme des 2 000 Kms de lignes &#224; grande vitesse ne pourra qu'aggraver encore le d&#233;s&#233;quilibre en faveur des grandes agglom&#233;rations dans la mesure o&#249;, sur ces lignes, les TGV passent &#224; l'&#233;cart des petites gares qui ne sont plus desservies que par des TER. Des &#171; gares betteraves &#187; sont de temps &#224; autre cr&#233;&#233;es sur ces nouvelles voies qui jouent un r&#244;le d'alibi destin&#233;es &#224; calmer le d&#233;put&#233;-maire d'une ville moyenne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le cas de la future gare d'Agen situ&#233;e sur la rive gauche de la Garonne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avant 1914 au contraire, tout le territoire national &#233;tait irrigu&#233; par un r&#233;seau ferroviaire qui desservait souvent le moindre village&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;II faut voir le cas exemplaire du r&#233;seau des chemins de fer du Midi d'avant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aujourd'hui, l'abandon par la SNCF de la pratique du transport de marchandises par wagon isol&#233; et les projets de fret ferroviaire &#224; grande vitesse s'inscrivent dans une logique d'am&#233;nagement centr&#233;e sur quelques grandes infrastructures de transport desservant des capitales europ&#233;ennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La v&#233;rit&#233; paradoxale aujourd'hui est que ces grandes infrastructures de transport rapide contribuent justement &#224; enclaver des territoires ruraux entiers qui se sentent encore plus isol&#233;s qu'auparavant. Autrement dit, la technologie des grandes infrastructures de transport destin&#233;es &#224; aller plus vite d'un point &#224; un autre est avant tout destin&#233;e &#224; am&#233;liorer la desserte des grands centres urbains au d&#233;triment de la p&#233;riph&#233;rie. Les populations habitant dans des bourgades rurales et des villes moyennes peuvent dor&#233;navant utiliser ces infrastructures permettant des transports rapides pour aller travailler dans les grands centres urbains.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, il faut souligner un paradoxe rarement analys&#233; par les juristes et les sociologues abordant la question de la d&#233;centralisation institutionnelle. Le processus structurel de concentration spatiale du pouvoir &#233;conomique et technique a compl&#232;tement sap&#233; les fondements de la d&#233;centralisation politique de nos institutions. Alors que la r&#233;forme d&#233;centralisatrice des ann&#233;es 1980 visait &#224; accorder de nouvelles comp&#233;tences aux collectivit&#233;s territoriales &#224; diff&#233;rentes &#233;chelles, la logique de la croissance poussait au contraire les politiques publiques &#224; reconcentrer les pouvoirs en faveur de quelques p&#244;les r&#233;gionaux jug&#233;s plus comp&#233;titifs. En effet, les &#233;quipements engendr&#233;s par cette concentration entra&#238;nent toujours des investissements sans commune mesure avec les moyens financiers et techniques dont disposent les petites collectivit&#233;s territoriales. C'est ainsi qu'au nom de l'efficacit&#233; de l'action publique, la loi Chev&#232;nement de 1999 - suivie d'autres textes - a acc&#233;l&#233;r&#233; les regroupements de communes indispensables &#224; leurs projets d'am&#233;nagement. &#192; travers l'institution des communaut&#233;s urbaines, d'agglom&#233;ration et des communaut&#233;s de communes, est en train de dispara&#238;tre l'autonomie communale. Les petites communes sont absorb&#233;es dans des structures supra communales disposant des comp&#233;tences essentielles aux politiques publiques locales d'am&#233;nagement. Dans les ann&#233;es 1960, les communaut&#233;s urbaines avaient inaugur&#233; cette tendance, qui depuis s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;e, particuli&#232;rement en mati&#232;re d'am&#233;nagement urbain o&#249; il existe dor&#233;navant des plans d'urbanisme intercommunaux (SCOT). Et il est vrai que toutes ces r&#233;formes alimentent un peu plus les d&#233;s&#233;quilibres territoriaux en &#233;loignant les centres de d&#233;cisions du citoyen. La densit&#233; des &#233;crans bureaucratiques tend &#224; rendre l'exercice quotidien de la d&#233;mocratie de plus en plus difficile. Tout cela se met en place sans aucune r&#233;flexion, d'autant plus que les solutions propos&#233;es peuvent souvent appara&#238;tre comme indispensable &#224; une meilleure gestion des affaires publiques. Quoi qu'il en soit, le ph&#233;nom&#232;ne historique de concentration technico-&#233;conomique ne peut que r&#233;duire &#224; n&#233;ant toutes les tentatives politiques de d&#233;centralisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Charbonneau a publi&#233; en 1991 aux &#233;ditions Sang de la Terre un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du point de vue d'une politique de d&#233;croissance choisie, il para&#238;t donc indispensable d'emprunter une voie oppos&#233;e &#224; celle qui s'est impos&#233;e &#224; nous. En mati&#232;re d'am&#233;nagement du territoire, il y a donc d'abord &#224; mener toute une r&#233;flexion &#233;quivalente &#224; celle des &#171; villes en transition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entropia n&#176; 7 sur le th&#232;me de l'effondrement.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il s'agit en quelque sorte de s'attaquer d'abord aux id&#233;es re&#231;ues qui sont celles de la majorit&#233; de nos &#233;lus et technocrates, en particulier &#224; celle des fameuses &#171; &#233;conomies d'&#233;chelle &#187; qui justifient les mesures de concentration des activit&#233;s &#233;conomiques et des services, en ignorant toujours les multiples co&#251;ts cach&#233;s les accompagnant. On sous-estimera toujours la puissance des croyances dominantes dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, comme cause essentielle des drames qui s'y jouent. Bien s&#251;r, le poids des d&#233;terminismes justifi&#233;s par ces croyances constitue un obstacle principal &#224; surmonter. Car les int&#233;r&#234;ts en jeu sont tou-jours anim&#233;s par une logique conservatrice de reproduction du syst&#232;me qu'il est in&#233;vitable d'affronter. Relocaliser l'&#233;conomie aujourd'hui - le slogan du mouvement &#233;cologiste - repr&#233;sente un &#233;norme d&#233;fi dans une soci&#233;t&#233; qui a employ&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent toute son &#233;nergie &#224; emprunter une voie oppos&#233;e. Ici et l&#224; se manifestent des contre-courants qui t&#233;moignent d'une prise de conscience tardive de l'impasse dans laquelle nos soci&#233;t&#233;s se sont engag&#233;es depuis plus de cinquante ans. Il faut esp&#233;rer alors que les menaces multiformes qui s'accumulent maintenant sur nos t&#234;tes acc&#233;l&#233;reront cette prise de conscience sous peine de vivre l'exp&#233;rience d&#233;sastreuse d'une d&#233;croissance tribale dont quelques films r&#233;cents nous donnent un avant-go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Charbonneau est sp&#233;cialiste du droit de l'environnement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Fran&#231;ois Gravier : &lt;i&gt;Paris et le d&#233;sert fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Le Portulan, 1947, pr&#233;fac&#233; par Raoul Dautry, ancien ministre de la reconstruction. La lecture de cet ouvrage a 60 ans d'&#233;cart est riche d'enseignements, dans la mesure o&#249; il illustre parfaitement toute la politique d'am&#233;nagement du territoire des ann&#233;es d'apr&#232;s guerre domin&#233;es par l'obsession de la croissance &#233;conomique comme source de restauration de la puissance nationale, gaullisme et communisme ayant &#339;uvr&#233; en commun dans cette voie. Cet ouvrage met en musique tout le programme du CNR (Conseil National de la R&#233;sistance) fond&#233; sur la planification de l'&#233;conomie comme instrument volontariste de la croissance &#233;conomique. Il faut lire ce livre pour comprendre l'h&#233;ritage &#224; la fois politique et &#233;conomique qui continue &#224; occuper la t&#234;te de nos &#233;lites pass&#233;es en quelques ann&#233;es de la planification au tout march&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ellul : &lt;i&gt;Le syst&#232;me technicien.&lt;/i&gt; Calmann-L&#233;vy, 1977, p. 137, et La technique ou l'enjeu du si&#232;cle, Economica, 1990, p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Marc Offner : &lt;i&gt;&#171; Les effets structurants du transport : mythe politique et mystification scientifique &#187;&lt;/i&gt;. Ecole Nationale des Ponts et Chauss&#233;es. Revue de &#171; L'espace g&#233;ographique &#187;, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le cas de la future gare d'Agen situ&#233;e sur la rive gauche de la Garonne pr&#233;vue pour la ligne nouvelle Bordeaux/Toulouse est exemplaire &#224; cet &#233;gard !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;II faut voir le cas exemplaire du r&#233;seau des chemins de fer du Midi d'avant 1914 !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Charbonneau a publi&#233; en 1991 aux &#233;ditions Sang de la Terre un ouvrage malencontreusement intitul&#233; par l'&#233;diteur &lt;i&gt;Sauver nos r&#233;gions&lt;/i&gt; &#224; la place du titre &lt;i&gt;De la plan&#232;te au canton : &#233;cologie et soci&#233;t&#233;s locales&lt;/i&gt;, qui traite de ce ph&#233;nom&#232;ne avec une grande clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entropia n&#176; 7 sur le th&#232;me de l'effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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