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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>D&#233;sali&#233;ner le travail pour &#233;conomiser les ressources</title>
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		<dc:date>2021-10-19T20:59:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Marie HARRIBEY</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; La vraie richesse &#233;tant la pleine puissance productive de tous les individus, l'&#233;talon de mesure en sera non pas le temps de travail, mais le temps disponible. &#187; [Marx, 1968, p. 308] &lt;br class='autobr' /&gt; Le ch&#244;mage de masse, la pr&#233;carit&#233;, l'intensification du travail, sa flexibilisation, les multiples atteintes au droit du travail sont dus aux bouleversements d'un capitalisme de plus en plus lib&#233;ralis&#233;, qui n'a de cesse d'&#233;largir la base de l'accumulation et le champ de la marchandise, f&#251;t-ce au prix du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; La vraie richesse &#233;tant la pleine puissance productive de tous les individus, l'&#233;talon de mesure en sera non pas le temps de travail, mais le temps disponible. &#187; [Marx, 1968, p. 308]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le ch&#244;mage de masse, la pr&#233;carit&#233;, l'intensification du travail, sa flexibilisation, les multiples atteintes au droit du travail sont dus aux bouleversements d'un capitalisme de plus en plus lib&#233;ralis&#233;, qui n'a de cesse d'&#233;largir la base de l'accumulation et le champ de la marchandise, f&#251;t-ce au prix du d&#233;labrement des soci&#233;t&#233;s. Dans le m&#234;me temps, se r&#233;v&#232;le l'impasse &#233;cologique d'un mod&#232;le de d&#233;veloppement ax&#233; sur la croissance &#233;conomique perp&#233;tuelle. Repenser en m&#234;me temps le travail, ses finalit&#233;s, sa division, dans le cadre de rapports sociaux moins ali&#233;nants, et les finalit&#233;s de la production, sa r&#233;partition, au sein d'une d&#233;marche respectueuse des conditions de reproduction de la vie et des &#233;cosyst&#232;mes sur le tr&#232;s long terme, est donc l'objectif d'une d&#233;marche sociale et &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion philosophique et socio-&#233;conomique sur le travail est tr&#232;s ancienne. Beaucoup d'analyses conservent encore une part de pertinence, mais le nouveau contexte et les contradictions exacerb&#233;es de l'&#233;conomie mondiale actuelle imposent de revisiter les mod&#232;les de r&#233;f&#233;rence et de les confronter aux nouvelles exigences politiques. Quelle place est assign&#233;e au travail dans le capitalisme ? Cela renvoie &#224; ce qu'est le travail, &#224; son caract&#232;re anthropologique et/ou son caract&#232;re historique, &#224; son implication dans les rapports sociaux et, par cons&#233;quent, &#224; son r&#244;le dans la production de valeur. Ces questions rel&#232;vent plut&#244;t du registre positif. D'autres rel&#232;vent du normatif : quelles priorit&#233;s choisit-on en termes de r&#233;partition des ressources et du travail dans les activit&#233;s jug&#233;es utiles &#224; court et &#224; long terme, compte tenu des besoins sociaux et des contraintes &#233;cologiques ? quelle division du travail accepte-t-on entre les individus, les sexes, les nations ? quelle part du temps de vie consacre-t-on au travail et quelle relation le travail et le non-travail entretiennent-ils ? faut-il lib&#233;rer le travail ou se lib&#233;rer du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de th&#232;mes classiques de l'histoire des id&#233;es, mais qui rev&#234;tent une importance nouvelle puisque le capitalisme est aujourd'hui &#233;tendu au monde entier. Nous essaierons de les r&#233;examiner sous trois aspects : le travail, cat&#233;gorie ambivalente ; les liens entre travail, richesse et valeur ; la r&#233;duction du temps de travail comme pr&#233;lude &#224; une soci&#233;t&#233; non productiviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail, cat&#233;gorie ambivalente&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme r&#233;partit son temps de vie &#233;veill&#233;e entre la production de ses moyens de subsistance et d'autres activit&#233;s sociales, culturelles, ludiques, relationnelles. Si l'on appelle travail la fraction de son activit&#233; consacr&#233;e &#224; la production, cette cat&#233;gorie peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme anthropologique, quelle que soit sa forme sociale et historique. C'est le proc&#232;s de travail en g&#233;n&#233;ral analys&#233; par Karl Marx, par opposition au proc&#232;s de travail capitaliste. Le travail sous sa forme moderne du salariat a &#233;t&#233; apport&#233; par le capitalisme industriel et, devenu la forme dominante de l'activit&#233; n&#233;cessaire, il est une cat&#233;gorie historique. C'est ainsi que nous interpr&#233;tons ce que dit Andr&#233; Gorz [1991, p. 113] : &#171; Le moderne concept de travail repr&#233;sente [...] une cat&#233;gorie socio-historique, non une cat&#233;gorie anthropologique. &#187; En effet, ce travail-l&#224; a &#233;t&#233; invent&#233; par le capitalisme &#224; partir du moment o&#249; l'activit&#233; productive a cess&#233; d'&#234;tre priv&#233;e et soumise aux n&#233;cessit&#233;s naturelles. En m&#234;me temps que le travail salari&#233;, le capitalisme instaure cette activit&#233; productive coup&#233;e des capacit&#233;s d'expression, de d&#233;cision, de ma&#238;trise des individus sur elle, de m&#234;me qu'il impose des repr&#233;sentations de ce travail et lui conf&#232;re l'exclusivit&#233; de pouvoir d&#233;cerner une identit&#233; sociale. Pour cela, la n&#233;cessit&#233; de produire toujours plus a &#233;t&#233; invent&#233;e. En distinguant l'activit&#233; productive elle-m&#234;me et le rapport social dans lequel elle s'exerce, on s'&#233;loigne d'Hannah Arendt [1961] et on rejoint plut&#244;t Karl Polanyi [1983] pour qui le capitalisme a invent&#233; le march&#233; du travail et non le travail : le fait de consid&#233;rer le travail comme une marchandise est une fiction qui a justement permis d'organiser le march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique radicale de la marchandise et de son f&#233;tichisme, par laquelle Marx ouvre &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, contient, en germe, la critique anti-productiviste qui na&#238;tra v&#233;ritablement un si&#232;cle plus tard. L'ali&#233;nation &#224; la marchandise f&#233;tichis&#233;e, &#224; l'argent, prend corps dans la s&#233;paration du producteur du produit de son travail et dans la s&#233;paration de l'&#234;tre humain de sa vie : la reconnaissance sociale est alors exclusivement m&#233;diatis&#233;e par l'acc&#232;s &#224; la marchandise f&#233;tiche. &#192; l'inverse, la distinction entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change, irr&#233;ductibles l'une &#224; l'autre, ouvre un espace th&#233;orique et politique pour fonder la pr&#233;&#233;minence future de la premi&#232;re sur la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anselm Jappe [2003] a radicalis&#233; la critique du travail en soi pour en faire la face invers&#233;e du capital. &#192; ses yeux, la critique de la marchandise ne peut se faire sans la critique du travail. Mais ne court-on pas le risque de r&#233;duire le travail en g&#233;n&#233;ral au travail dont la forme est dialectiquement li&#233;e au capital ? Cette difficult&#233; renvoie &#224; l'interpr&#233;tation que l'on peut donner de la crise du capitalisme contemporain. Est-elle une crise classique de suraccumulation et de surproduction ? Ou est-elle une crise qui va toucher non seulement la r&#233;alisation de la valeur, mais aussi sa production, puisque le capital met en danger les conditions m&#234;mes de la reproduction de la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les liens entre travail, richesse et valeur&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis vingt ans, la notion de soutenabilit&#233; s'est impos&#233;e dans la th&#233;matique du d&#233;veloppement et dans les discours programmatiques des institutions politiques et &#233;conomiques sur le plan mondial. &#192; travers l'&#233;quit&#233; intra et interg&#233;n&#233;rationnelle se dessinent la prise en compte du social et celle de l'&#233;cologie, dont il existe une version &#171; faible &#187; et une version &#171; forte &#187;. La premi&#232;re postule la substituabilit&#233; continue entre les facteurs de production gr&#226;ce au progr&#232;s technique, pour peu que l'on instaure un march&#233; et un prix sur les biens naturels. La seconde, plus proche de l'imp&#233;ratif de Hans Jonas [1990], r&#233;cuse ce postulat et soumet les activit&#233;s &#233;conomiques aux contraintes naturelles. Mais, derri&#232;re cette opposition, r&#233;appara&#238;t en filigrane la vieille question de l'&#233;conomie politique : celle qui porte sur les concepts de richesse et de valeur (au sens &#233;conomique) et sur leur origine. Pour y r&#233;pondre, plusieurs th&#232;ses s'opposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La th&#232;se physiocrate &lt;/i&gt; : seule la terre produit de la richesse. On retrouve aujourd'hui cette id&#233;e dans une th&#232;se n&#233;o-physiocrate formul&#233;e par certains &#233;cologistes soutenant que la nature cr&#233;e de la valeur &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La th&#232;se classique &lt;/i&gt; : elle part de la distinction dont Aristote [1993, p. 110-120] avait eu l'intuition entre valeur d'usage (richesse) et valeur d'&#233;change, irr&#233;ductibles. Situant l'origine de la valeur d'&#233;change dans le travail, elle culmine dans la th&#233;orie de la valeur-travail de David Ricardo [1992].&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La th&#232;se marxienne&lt;/i&gt; : elle n'est pas une r&#233;p&#233;tition de celle de Ricardo, car le capitalisme est un processus de transformation du travail concret en travail abstrait (une quantit&#233; de temps sans lien avec son contenu, ses caract&#233;ristiques et ses cons&#233;quences) qui prend la forme de la valeur d'une marchandise, elle-m&#234;me transform&#233;e en argent lors de la vente sur le march&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;La th&#232;se n&#233;o-classique&lt;/i&gt; : il n'y a pas de valeur, il n'y a que des prix sur le march&#233;. Disparaissent ainsi les conditions sociales de la production et bien entendu l'exploitation. La distinction entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change est ni&#233;e, ce qui permet de ne consid&#233;rer comme l&#233;gitimes que les richesses marchandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces quatre th&#232;ses, la premi&#232;re est marqu&#233;e par une &#233;poque o&#249; la rente fonci&#232;re &#233;tait la forme majeure de pr&#233;l&#232;vement du surplus social. La deuxi&#232;me esquisse une analyse en termes de classes, mais reste prisonni&#232;re de sa d&#233;fense de l'ordre capitaliste nouveau. La quatri&#232;me est pure id&#233;ologie et, de plus, est min&#233;e par des contradictions logiques internes. Seule la troisi&#232;me nous est utile pour comprendre l'exploitation du travail et la dynamique sans fin de l'accumulation. Mais elle est aujourd'hui contest&#233;e par des th&#232;ses qui pr&#233;tendent interpr&#233;ter la crise contemporaine en d&#233;passant les cat&#233;gories de Marx. Un premier essai est b&#226;ti autour du &#171; capitalisme cognitif &#187; et de l'immat&#233;riel. Un deuxi&#232;me s'inscrit dans la recherche de nouveaux indicateurs de richesse. Et un troisi&#232;me appartenant au courant &#233;cologiste fait implicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la physiocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'&#233;voquerons ici la th&#232;se du cognitivisme qu'&#224; propos de l'interpr&#233;tation de la crise du capitalisme sur laquelle elle d&#233;bouche. Les nouvelles techniques introduiraient un nouveau paradigme, et le travail cesserait d'&#234;tre le centre o&#249; se nouent les rapports sociaux capitalistes. La valeur ne pourrait &#234;tre la forme du travail abstrait, et par cons&#233;quent la quantit&#233; de travail ne pourrait plus en &#234;tre la mesure. Cela r&#233;sulterait du passage d'une &#233;conomie produisant de la mati&#232;re, &#224; partir de la mati&#232;re et du travail, &#224; une &#233;conomie produisant de l'information, &#224; partir de l'information et des connaissances. Dans une telle &#233;conomie, compteraient les multiples externalit&#233;s positives qui na&#238;traient de la mise en r&#233;seau et qui constitueraient le nouveau c&#339;ur de la cr&#233;ation de valeur. Le capital cherche &#224; s'approprier les connaissances port&#233;es par les travailleurs pour se valoriser. Et Gorz souligne &#171; la difficult&#233; intrins&#232;que &#224; faire fonctionner le capital intangible comme un capital, &#224; faire fonctionner le capitalisme dit cognitif comme un capitalisme &#187; ; et ajoute : &#171; le capitalisme dit cognitif est la crise du capitalisme &#187; [2003, p. 55] ou encore : &#171; le &#8220;capitalisme cognitif&#8221; est la crise du capitalisme tout court &#187; [2003, p. 47].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation de la production et de la transmission de connaissances entre en contradiction ouverte avec leur appropriation priv&#233;e. Mais, pour mettre au jour cette contradiction comme manifestation de la crise contemporaine du capitalisme, il n'est point besoin d'une th&#233;orisation &#8211; fausse selon nous &#8211; de la &#171; nouvelle source de la valeur &#187; situ&#233;e dans un ailleurs, un au-del&#224;, de la production. Et, bien que fustigeant Michael Hardt et Antonio Negri [2000], Jappe n'est pas loin, semble-t-il, de les rejoindre quand il affirme que la r&#233;volution informatique conduit le capitalisme &#224; se passer de travail vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, l'augmentation de la productivit&#233; du travail qui r&#233;sulte conjointement de l'am&#233;lioration des connaissances et du savoir-faire, du perfectionnement des techniques et de la mise en r&#233;seau des syst&#232;mes productifs et d'&#233;change, n'infirme pas la th&#233;orie de la valeur de Marx, mais la confirme : au fur et &#224; mesure que la productivit&#233; augmente, la valeur des marchandises diminue. Quand bien m&#234;me le travail requis serait enti&#232;rement intellectuel, il n'en serait pas moins du travail, et quand bien m&#234;me le travail n&#233;cessaire &#224; la production diminuerait inexorablement jusqu'&#224; disparition compl&#232;te, cette th&#233;orie serait confirm&#233;e puisque la valeur d'&#233;change tendrait vers z&#233;ro. Plus la richesse produite augmente en termes physiques, c'est-&#224;-dire en termes de valeurs d'usage, plus la valeur d'&#233;change diminue avec la hausse de la productivit&#233; du travail. Ainsi entrevoit-on la possibilit&#233; d'acc&#233;der aux logiciels gratuitement, parce qu'ils ne valent rien ou presque. Pierre-No&#235;l Giraud [2004] le r&#233;sume ainsi : &#171; Un spectre hante le capitalisme : la gratuit&#233;. &#187; Mais, comme la production n'est pas enti&#232;rement automatis&#233;e pour donner la gratuit&#233; totale, la lutte continue pour l'appropriation de la valeur cr&#233;&#233;e par le travail. D'abord, les d&#233;tenteurs de capitaux sapent l'emploi, les salaires et les conditions de travail. Ensuite, par les concentrations d'entreprises, ils entendent se positionner &#224; la meilleure place pour capter le plus de valeur possible par le biais de prix de monopole bien au-dessus de la valeur des produits, ou tout simplement par le biais de la sp&#233;culation sur les plus-values futures. La lev&#233;e du paradoxe &#8211; faible valeur et prix &#233;lev&#233; par captation de valeur pour les produits des secteurs dominants &#8211; d&#233;mystifie la &#171; nouvelle &#233;conomie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau pan de la recherche est occup&#233; &#224; d&#233;finir de nouveaux indicateurs de richesse &#233;vitant les d&#233;fauts du PIB. &#192; la suite des travaux notamment de William Nordhaus et James Tobin [1972], Marc et Marque-Luisa Miringoff [1999], des indicateurs alternatifs voient le jour, tels l'&#171; indicateur de progr&#232;s v&#233;ritable &#187; (GPI, Genuine Progress Indicator) calcul&#233; par Redefining Progress. R&#233;actualisant les critiques d&#233;j&#224; anciennes du PIB, ces tentatives mettent en &#233;vidence un hiatus entre niveau de la production et bien-&#234;tre. Jean Gadrey, Florence Jany-Catrice [2005, p. 18 et 24] et Serge Latouche [2006, p. 70] d&#233;plorent le fait que le PIB ne tienne compte que des &lt;i&gt;outputs&lt;/i&gt; et pas des &lt;i&gt;outcomes&lt;/i&gt;. Ainsi, Gadrey [2006] consid&#232;re que le concept de productivit&#233; est d&#233;pass&#233; parce qu'il serait li&#233; &#224; une &#233;conomie industrielle et que, dans une &#233;conomie de services, on ne sait pas bien &#233;valuer le service rendu et surtout l'am&#233;lioration de sa qualit&#233;. Nous pensons qu'il s'agit d'un faux probl&#232;me. Pas plus hier dans l'industrie qu'aujourd'hui dans les services, la productivit&#233; ne mesure la qualit&#233; ou l'utilit&#233; de la production : la qualit&#233; du service rendu par l'automobile n'est pas int&#233;gr&#233;e quand on d&#233;nombre les automobiles figurant au num&#233;rateur du rapport productivit&#233;, car, implicitement, la distinction entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change est op&#233;r&#233;e. Ceux qui mettent en avant une difficult&#233; in&#233;dite &#224; propos des services pensent-ils que l'on pouvait nagu&#232;re &#224; la fois mesurer valeur et utilit&#233; ou, pire, tirer la premi&#232;re de la seconde ? Ce qui est d&#233;pass&#233;, ce n'est pas tant le concept de productivit&#233; &#8211; qui ne donne ni plus ni moins d'indications qu'autrefois &#8211; que l'oubli de la distinction pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affirmations d'un certain courant de l'&#233;cologie pr&#233;tendant que, pour prendre en compte la nature dans l'&#233;conomie, il faut consid&#233;rer que les ressources naturelles cr&#233;ent de la valeur &#233;conomique, constituent de graves contresens, en tout point comparables &#224; la croyance lib&#233;rale selon laquelle le capital &#8211; chose morte par excellence &#8211; cr&#233;e de la valeur. L'utilisation de la fonction de production n&#233;o-classique Cobb-Douglas &#224; facteurs substituables dans laquelle est introduit, &#224; c&#244;t&#233; du travail et du capital, le facteur environnemental, t&#233;moigne bien d'un ralliement pur et simple &#224; la conception lib&#233;rale qui impute la cr&#233;ation de valeur &#224; chacun de ces facteurs &#224; hauteur de la part que le capitalisme leur attribue sous forme de r&#233;mun&#233;ration. Ainsi, r&#233;cemment, Yves Cochet [2005], en s'inspirant de certaines &#233;tudes, a cru pouvoir th&#233;oriser l'imputation de 50 % de la valeur du PIB au facteur &#233;nergie. Or, la d&#233;composition du taux de croissance &#233;conomique &#224; partir de la fonction de production ci-dessus n'est pas une preuve de la contribution productive de chaque facteur pour plusieurs raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, cette fonction a &#233;t&#233; construite pour conserver l'hypoth&#232;se selon laquelle la r&#233;mun&#233;ration d'un propri&#233;taire de facteur est &#233;gale &#224; ladite &#171; productivit&#233; marginale &#187; de ce facteur. Cette r&#232;gle constitue l'un des piliers de la th&#233;orie micro-&#233;conomique qui en fait la condition de l'utilisation optimale des facteurs de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on pourrait ajouter beaucoup d'autres facteurs dans cette fonction et trouver une &#171; justification &#187; de la part que s'approprient leurs propri&#233;taires, et dont la croissance pond&#233;r&#233;e viendrait att&#233;nuer celle imputable aux seuls capital et travail dans une fonction &#224; deux variables. Tout cela est impeccable math&#233;matiquement, mais c'est une aberration &#233;conomique. Il est d'ailleurs assez cocasse que les n&#233;o-classiques et ceux des &#233;cologistes qui les imitent parviennent au m&#234;me r&#233;sultat pour le &#171; r&#233;sidu &#187;, les uns l'attribuant au progr&#232;s technique, les autres &#224; l'&#233;nergie. Donc, on mettrait n'importe quel troisi&#232;me facteur, on aurait un r&#233;sultat identique. Ce r&#233;sultat tient en r&#233;alit&#233; &#224; l'impens&#233; commun &#224; la th&#233;orie n&#233;o-classique et &#224; la th&#232;se de ces &#233;cologistes : seul le travail produit de la valeur nouvelle. Les affirmations selon lesquelles l'&#233;nergie apporte une &#171; valeur ajout&#233;e &#187;, que la &#171; contribution productive de l'&#233;nergie est de l'ordre de 50 %, celle du capital environ de 35 % et celle du travail autour de 15 % &#187;, ou qu'elle est le &#171; principal facteur de production &#187;, n'ont &#224; proprement parler strictement aucun sens. Imaginons qu'&#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;nergie, on mette l'eau, puis l'air, etc. Dirions-nous que la contribution de l'air serait plusieurs fois inf&#233;rieure ou sup&#233;rieure &#224; celle de l'&#233;nergie, alors que, sans air, on meurt et le feu aussi ? Ou bien que le total des contributions d&#233;passe 100 % ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que l'utilisation d'une fonction de production &#224; facteurs substituables (seule capable de fournir cette d&#233;composition &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; pour justifier la r&#233;partition des revenus dans le capitalisme) oblige &#224; abandonner un point fondamental de la critique du capitalisme productiviste. Il concerne les intrants dans la production, qui sont largement compl&#233;mentaires et non pas substituables. Si l'on retient la compl&#233;mentarit&#233;, alors s'impose la notion de facteur limitant : on ne produit rien si on n'a pas d'&#233;nergie, mais cela n'autorise pas &#224; en conclure que l'&#233;nergie produit 100 % de la valeur (les 100 % seraient d'ailleurs la seule conclusion logique dans cette optique et non pas 50 %), ou bien que &#171; le p&#233;trole cr&#233;e plus de plus-value que le travail &#187;, comme le r&#233;p&#232;tent &#224; l'envi nombre d'&#233;cologistes croyant &#234;tre ainsi meilleurs &#233;cologistes, mais montrant la confusion entre l'occasion de la production de plus-value et le &#171; facteur &#187;, c'est-&#224;-dire le cr&#233;ateur de la valeur de cette production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233; de ces th&#233;ories sid&#233;rantes, il faut redire que la nature a une valeur d'usage qui est incommensurable &#224; toute valeur &#233;conomique : en l'&#233;tat naturel, les ressources dites naturelles sont de la richesse, mais n'ont pas de valeur mon&#233;taire. La th&#232;se que nous d&#233;fendons peut &#234;tre r&#233;sum&#233;e par quatre id&#233;es : 1) les ressources naturelles sont des richesses ; 2) elles n'acqui&#232;rent &#233;ventuellement de valeur &#233;conomique que par l'intervention du travail humain (une ressource gisant au fond des oc&#233;ans n'a aucune valeur &#233;conomique si elle est inaccessible ou si l'on ne va pas la chercher) ; 3) elles ne cr&#233;ent pas elles-m&#234;mes de valeur, tout en &#233;tant indispensables &#224; la production de richesse et de valeur nouvelles par le travail ; 4) si, en dehors de tout usage, on fait le choix de pr&#233;server les &#233;quilibres des &#233;cosyst&#232;mes, c'est au nom de &#171; valeurs &#187; qui ne ressortissent pas &#224; l'&#233;conomique, mais &#224; l'&#233;thique ou au politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;duction du temps de travail comme pr&#233;lude &#224; une soci&#233;t&#233; non productiviste&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exemple d'AZF est souvent cit&#233; pour illustrer les difficult&#233;s &#224; faire converger luttes sociales et luttes &#233;cologiques, sans que soit analys&#233; s&#233;rieusement le fait que la logique capitaliste met les travailleurs dans l'obligation de se d&#233;fendre bec et ongles sur des objectifs de court terme. Si la contrainte du ch&#244;mage n'&#233;tait pas si pressante, si des garanties de conditions, de revenu, de formation et de reclassement imm&#233;diat &#233;taient offertes, les travailleurs ne seraient-ils pas davantage en situation de prendre en compte des objectifs et des int&#233;r&#234;ts plus globaux et de plus long terme ? La vision que donne Jappe [2003, p. 109-110] d'une &#171; identit&#233; objective &#187; entre les int&#233;r&#234;ts des travailleurs et ceux des capitalistes, et d'un mouvement ouvrier n'ayant fait qu'&#171; assurer l'int&#233;gration des ouvriers dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187;, est par trop r&#233;ductrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e du travail peut aider &#224; surmonter ces contradictions si elle devient la variable d'ajustement permettant de consid&#233;rer simultan&#233;ment le social et l'&#233;cologique. Et cela gr&#226;ce &#224; une RTT qui agisse dans plusieurs directions : contre le ch&#244;mage ; pour r&#233;orienter le partage du revenu global en faveur des travailleurs et diminuer les in&#233;galit&#233;s ; pour utiliser les gains de productivit&#233; &#224; autre chose que produire toujours davantage de marchandises ; pour amorcer une conception du bien-&#234;tre et des besoins propre &#224; transformer ce que Cornelius Castoriadis [2005] nomme l'&#171; imaginaire &#187; ; pour supprimer le clivage entretenu par le capitalisme (gr&#226;ce &#224; l'&#171; arm&#233;e de r&#233;serve &#187;) entre ceux qui seront ins&#233;r&#233;s dans le travail productif collectif et ceux qui devraient se contenter en permanence de revenus d'assistance, et permettre &#224; tous de disposer de temps pour des activit&#233;s sociales autres que le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation quantitative qui existe entre la production, la productivit&#233; du travail, la dur&#233;e du travail et le niveau de l'emploi est formalis&#233;e simplement ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
si y est le taux de variation de la production, p celui de la productivit&#233; horaire du travail, t celui du temps de travail individuel, n celui du nombre d'emplois, (1 + y) = (1 + p) (1 + t) (1 + n).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emploi progresse en proportion directe de la production et en proportion inverse de la productivit&#233; horaire et du temps de travail. Cette relation est vraie en toutes circonstances, globalement ou dans un secteur quelconque, dans les activit&#233;s marchandes et non marchandes. &#201;videmment, cette relation quantitative n'implique aucun jugement sur la qualit&#233; de la production ni sur celle des conditions de travail ou des conditions d'utilisation des ressources naturelles. Mais elle est utile pour mettre en &#233;vidence le r&#244;le qu'a jou&#233; historiquement chacune de ces variables, ou que l'on peut faire jouer &#224; l'une ou l'autre dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, en France, sur deux si&#232;cles environ, la production a &#233;t&#233; multipli&#233;e par 26, la productivit&#233; horaire du travail a &#233;t&#233; multipli&#233;e par 30, la dur&#233;e individuelle du travail a &#233;t&#233; divis&#233;e par 2, et l'emploi a &#233;t&#233; multipli&#233; par 1,75. Quels enseignements tirer de ce constat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance &#233;conomique ne cr&#233;e des emplois que si, pour une dur&#233;e du travail donn&#233;e, elle est sup&#233;rieure &#224; la progression de la productivit&#233; horaire du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas contraire, l'emploi ne peut progresser que si la baisse de la dur&#233;e du travail fait plus que compenser la sup&#233;riorit&#233; de l'augmentation de la productivit&#233; horaire par rapport &#224; l'augmentation de la production. Que serait-il advenu si, au cours des deux derniers si&#232;cles, pour les m&#234;mes accroissements de la production et de la productivit&#233; horaire, la dur&#233;e du travail n'avait pas diminu&#233; ? Comme le volume horaire de travail n&#233;cessaire aurait diminu&#233; de 12,5 %, et que la population active comptait 12,871 millions de travailleurs en 1806, elle n'aurait plus &#233;t&#233; que de 11,262 millions &#224; la fin du XXe si&#232;cle. Plus de la moiti&#233; de la population active aurait &#233;t&#233; mise au ch&#244;mage : nous aurions aujourd'hui plus de 14 millions de ch&#244;meurs en France, en sus de la pr&#233;carit&#233; bien entendu, puisque plus il y a de ch&#244;meurs, plus la pression s'intensifie sur l'ensemble des salari&#233;s, employ&#233;s ou non. Cependant, il faut se m&#233;fier du raisonnement dissociant les &#233;volutions de chacune de ces variables. Ainsi, l'augmentation de la production et celle de la productivit&#233; sont li&#233;es, bien que, sur le long terme, elles ne soient pas &#233;gales. De m&#234;me, la RTT induit des gains de productivit&#233; parce que les heures qui restent travaill&#233;es sont plus efficaces quand on est moins fatigu&#233; ou parce que les employeurs se d&#233;brouillent pour les intensifier. D&#232;s lors, le calcul pour mesurer les impacts respectifs de la croissance et de la RTT sur l'emploi, en faisant comme si l'une des variables restait constante pendant que les autres bougent, est fictif et n'a pour vertu que d'aider &#224; comprendre le m&#233;canisme. En effet, le raisonnement ci-dessus est r&#233;versible : si la production &#233;tait rest&#233;e constante, l'emploi aurait r&#233;gress&#233; de 93,3 % avec la productivit&#233; et la dur&#233;e du travail telles qu'elles ont &#233;volu&#233;. Ces calculs fictifs n'ont d'autre pertinence que de situer le probl&#232;me : donner la priorit&#233; &#224; l'une ou l'autre des variables est un choix de soci&#233;t&#233;, tout en sachant que nous ne sommes pas libres de choisir n'importe quelle combinai- son, puisque ces variables sont li&#233;es entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomistes lib&#233;raux se gargarisent d'&#171; enrichissement de la croissance en emplois &#187;. Or la notion de contenu en emplois de la production n'est rien d'autre que l'inverse math&#233;matique de la productivit&#233; individuelle du travail. Autrement dit, pour une technique donn&#233;e, la seule mani&#232;re d'augmenter le contenu en emplois d'une production donn&#233;e est de diminuer le temps de travail pour pouvoir embaucher. La RTT seule cr&#233;e donc une marge de man&#339;uvre contre le ch&#244;mage dans ce cas de figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la relation entre les quatre variables (production, productivit&#233;, dur&#233;e du travail et emploi) est-elle per&#231;ue par les &#233;cologistes et les altermondialistes ? Le moins qu'on puisse dire est qu'elle fait toujours d&#233;bat et qu'elle est m&#234;me souvent mal comprise. La th&#232;se de la &#171; fin du travail &#187; influence nombre d'&#233;cologistes et, surtout, la plupart des partisans de la d&#233;croissance pensent que le plein emploi est intrins&#232;quement li&#233; &#224; une soci&#233;t&#233; productiviste. Peu d'entre eux relient les finalit&#233;s du travail avec la RTT. Quant aux altermondialistes, ils restent partag&#233;s entre ceux qui ont plut&#244;t tendance &#224; miser sur la croissance &#233;conomique pour r&#233;sorber le ch&#244;mage et ceux qui font le choix de la RTT pour ne pas s&#233;parer l'objectif social et l'objectif &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui influence le choix d'affecter les gains de productivit&#233; plut&#244;t &#224; la croissance &#233;conomique ou &#224; la RTT ? Comme il n'y a aucune loi &#233;conomique qui s'imposerait naturellement, il s'agit d'un choix de soci&#233;t&#233;, donc de type politique, qui en fin de compte d&#233;pend du rapport de forces entre les classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette hypoth&#232;se est correcte, derri&#232;re les quatre variables reli&#233;es ci-dessus, intervient un autre facteur : celui de la r&#233;partition des revenus. Puisque la valeur ajout&#233;e est globalement r&#233;partie en salaires et profits et que ces derniers sont affect&#233;s soit &#224; l'investissement, soit aux dividendes, alors, plus la part des salaires baisse, moins il y a de possibilit&#233;s de cr&#233;ations d'emplois. Corr&#233;lativement, plus la part des profits augmente, plus il faudrait que ceux-ci soient affect&#233;s &#224; l'investissement pour que la demande globale ne fl&#233;chisse pas. Or la caract&#233;ristique majeure du capitalisme dans sa phase n&#233;o-lib&#233;rale, tout au moins en Europe, est de diminuer la part des salaires et gonfler celle des profits pour les actionnaires et non pour l'investissement : ch&#244;mage et dividendes vont alors de pair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences &#224; en tirer pour r&#233;duire le ch&#244;mage sont multiples. Si on favorise la cr&#233;ation d'emplois par une RTT sans baisse de salaires, cela va dans le sens d'une am&#233;lioration de la part salariale. La r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s gr&#226;ce &#224; la RTT, &#224; la revalorisation des bas salaires et au plafonnement des hauts revenus, cr&#233;e d'elle-m&#234;me une dynamique sans qu'il y ait besoin d'une activation suppl&#233;mentaire de la croissance &#233;conomique. Par le biais de l'imp&#244;t, la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s permet aussi de donner un autre contenu &#224; l'activit&#233; &#233;conomique si les ressources publiques accrues sont utilis&#233;es pour satisfaire des besoins sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emploi d&#233;pend donc de la combinaison de ces divers &#233;l&#233;ments, mais il y a des combinaisons pr&#233;f&#233;rables &#224; d'autres. Compte tenu de la crise &#233;cologique et des contraintes de ressources naturelles, il vaut mieux d'ores et d&#233;j&#224;, malgr&#233; la nouvelle rh&#233;torique de la Banque mondiale [2002] sur la &#171; qualit&#233; de la croissance &#187;, r&#233;orienter l'appareil productif plut&#244;t que de le faire grossir toujours davantage. Le recours &#224; une croissance aveugle pour supprimer le ch&#244;mage sera d'autant moins n&#233;cessaire que la r&#233;orientation de la production interviendra rapidement et profond&#233;ment, que la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s sera r&#233;solument engag&#233;e et que la RTT accompagnera contin&#251;ment la productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dilemme est alors le suivant : ou bien on pense possible de cr&#233;er 20 % de plus d'emplois pour supprimer le ch&#244;mage (l'officiel et le cach&#233;) dans un pays comme la France sur une dur&#233;e raisonnable, par exemple 5 ans, par la seule croissance &#233;conomique. Ainsi, en supposant que la productivit&#233; du travail ne progresse que de 2 % par an, il faudrait une croissance &#233;conomique de 5,8 % par an, beaucoup plus encore si la productivit&#233; progressait plus vite. Ou bien on met en &#339;uvre une RTT r&#233;elle repr&#233;sentant l'&#233;quivalent de 10 heures par semaine. Ce n'est pas plus irr&#233;aliste que de supposer une croissance &#233;conomique &#224; des taux d&#233;passant les 5 % par an, devenue inenvisageable parce que, dor&#233;navant, sous l'emploi, il y a l'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc inventer un nouveau mixage de politiques qui, &#224; court terme, combine une RTT suffisante, afin de cr&#233;er des emplois pour les ch&#244;meurs, une r&#233;partition des revenus plus &#233;gale et une croissance des biens et services r&#233;pondant &#224; des besoins sociaux &#224; hauteur des gains de productivit&#233; pour ne pas annihiler les possibilit&#233;s de cr&#233;ations d'emplois. &#192; moyen et long terme, la r&#233;orientation de la production, des choix &#233;nerg&#233;tiques, des modes de transport et des normes de consommation sera in&#233;vitable. Pour la pr&#233;parer, les investissements n&#233;cessaires &#224; la r&#233;paration des d&#233;g&#226;ts du productivisme, au remodelage des infrastructures, &#224; la recherche et &#224; l'&#233;ducation, seront colossaux et ne s'accommoderont pas d'une diminution g&#233;n&#233;rale de la production, comme le pr&#244;nent les partisans de la d&#233;croissance. Mais ils impliqueront une transformation radicale du contenu de la production qui devra prendre le pas sur l'objectif de plus en plus absurde de cro&#238;tre infiniment sans savoir ce qu'il est bon de faire cro&#238;tre. C'est dans ce but que la r&#233;appropriation sociale des moyens de production retrouve un sens, au m&#234;me titre que l'extension d'une sph&#232;re non marchande pour juguler l'emprise du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, reste enti&#232;re la question des transitions. Beaucoup de partisans de la d&#233;croissance se sont gauss&#233;s de la proposition de d&#233;c&#233;l&#233;ration de la croissance, comme premi&#232;re &#233;tape vers la d&#233;connexion progressive d'un d&#233;veloppement qualitatif par rapport &#224; la croissance. Notre hypoth&#232;se est que penser et organiser les transitions est indispensable pour parvenir &#224; rendre coh&#233;rents entre eux les objectifs et les choix suivants : finalit&#233;s du travail et de la production, affectation des gains de productivit&#233; (entre production et temps libre, entre production marchande et non marchande), r&#233;partition des revenus tir&#233;s de l'activit&#233; &#233;conomique, r&#233;partition des ressources naturelles, r&#233;partition des efforts &#224; accomplir entre classes riches et classes pauvres, discrimination entre les productions &#224; augmenter et &#224; baisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne de cr&#234;te entre la &#171; sortie de l'&#233;conomie &#187; et le productivisme est &#233;troite, il faut bien en convenir. Il ne s'agit pas de &#171; tenter une m&#233;diation entre &#8220;d&#233;croisseurs&#8221; et &#8220;relanceurs&#8221; &#187; ou de &#171; proposer une synth&#232;se entre productivistes et antiproductivistes &#187;, mais de r&#233;ussir le rapprochement entre le social et l'&#233;cologie, ce qui est tr&#232;s diff&#233;rent. &#192; cet &#233;gard, la sortie de l'&#233;conomie th&#233;oris&#233;e par un courant de l'&#233;cologie, en entretenant les confusions entre &#233;conomie et capitalisme, et entre sph&#232;re mon&#233;taire et sph&#232;re marchande, comporte le risque de nier l'importance de la socialisation d'une partie de la richesse permise par l'existence d'un syst&#232;me de protection sociale et de services non marchands. De m&#234;me, la reconnaissance de biens communs de l'humanit&#233; ne rel&#232;ve pas de la sortie de l'&#233;conomie, mais de la subordination de celle-ci &#224; des exigences politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque le travail est une r&#233;alit&#233; ambivalente, contradictoire, la priorit&#233; n'est-elle pas d'envisager la possibilit&#233; que chacun puisse s'ins&#233;rer dans toutes les sph&#232;res de la vie sociale : productives, politiques, culturelles, etc. ? On n'a pas besoin de supposer une &#171; fin du travail &#187;, ni m&#234;me de trancher entre les visions th&#233;oriques contradictoires du travail, pour mettre en &#339;uvre une RTT continue et partag&#233;e. Non seulement &#233;conomiser le travail rel&#232;ve du m&#234;me principe qu'&#233;conomiser les ressources de la plan&#232;te, mais, de plus, le premier peut &#234;tre une condition du second. Certes non suffisante, mais sur laquelle tous ceux qui veulent harmoniser le social et l'&#233;cologie pourraient au moins s'accorder, d&#232;s lors qu'ils ont compris que changer les rapports de production ne pouvait plus aller sans changer la production et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
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