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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>La supercherie de l' &#171; externalisation des t&#226;ches domestiques &#187;</title>
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		<dc:date>2021-10-23T16:49:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois-Xavier Devetter, Sandrine Rousseau</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les mesures gouvernementales en faveur des &#171; services &#224; la personne &#187; sont pr&#233;sent&#233;es comme la volont&#233; d'exploiter un gisement d'emplois. Peu de voix se sont &#233;lev&#233;es contre cet objectif. Tout au plus la m&#233;thode, appuy&#233;e sur une logique de d&#233;fiscalisation des d&#233;penses des plus ais&#233;s, a &#233;t&#233; critiqu&#233;e. Si cet &#233;l&#233;ment est assur&#233;ment in&#233;galitaire, il nous semble que les incitations &#224; la cr&#233;ation d'emplois dans ce secteur sont n&#233;gatives sur bien d'autres aspects. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il convient tout d'abord de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/revue/no-2-decroissance-travail-en-ligne/" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les mesures gouvernementales en faveur des &#171; services &#224; la personne &#187; sont pr&#233;sent&#233;es comme la volont&#233; d'exploiter un gisement d'emplois. Peu de voix se sont &#233;lev&#233;es contre cet objectif. Tout au plus la m&#233;thode, appuy&#233;e sur une logique de d&#233;fiscalisation des d&#233;penses des plus ais&#233;s, a &#233;t&#233; critiqu&#233;e. Si cet &#233;l&#233;ment est assur&#233;ment in&#233;galitaire, il nous semble que les incitations &#224; la cr&#233;ation d'emplois dans ce secteur sont n&#233;gatives sur bien d'autres aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il convient tout d'abord de mieux cerner la nature de ces services et des emplois tant esp&#233;r&#233;s. Il est remarquable que ,dans la plupart des discours sur la question, la nature des activit&#233;s encourag&#233;es demeure tr&#232;s floue : services informatiques, assistance aux personnes &#226;g&#233;es, conciergerie d'entreprise, voire tout simplement &#171; nouveaux services &#187; sans plus de pr&#233;cisions. L'&#233;nonc&#233; des services cr&#233;&#233;s passe le plus souvent sous silence le m&#233;nage &#224; domicile. Ainsi, dans un des rares textes publi&#233;s sur l'&#233;mergence d'entreprises de ce secteur, le m&#233;nage n'est &#224; aucun moment cit&#233;... sauf lorsqu'il s'agit de trouver un exemple d'entreprise existant r&#233;ellement (Saint Martin, 2006). Or actuellement, selon les pr&#233;visions les plus s&#233;rieuses (Sebeil, 2002, par exemple), il est clair que le m&#233;nage &#224; domicile repr&#233;sente une part consid&#233;rable des activit&#233;s d&#233;velopp&#233;es : &#224; c&#244;t&#233; des services de garde des enfants et d'assistance aux personnes &#226;g&#233;es, les femmes de m&#233;nage repr&#233;sentent ainsi au moins un tiers des emplois attendus. Nous pouvons donc en partie repr&#233;ciser la question qui nous occupe : quelles sont les cons&#233;quences sociales d'une politique d'incitation &#224; la cr&#233;ation d'emplois de femmes de m&#233;nage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, nous reviendrons sur le caract&#232;re tr&#232;s sp&#233;cifique de cet emploi, dont l'existence et le d&#233;veloppement ne peuvent que s'appuyer sur un cumul d'injustices et d'in&#233;galit&#233;s. Dans un second temps, nous nous int&#233;resserons au mod&#232;le de soci&#233;t&#233; qu'implique une plus grande externalisation des t&#226;ches domestiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des emplois injustes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour affirmer le caract&#232;re injuste des emplois de m&#233;nage &#224; domicile nous reprendrons la d&#233;finition de la justice de Nancy Fraser, &#224; savoir qu'une situation est juste si elle permet une &#171; parit&#233; de participation &#187; souscrivant alors &#224; deux crit&#232;res compl&#233;mentaires : une reconnaissance sociale minimale, d'une part, et une capacit&#233; mat&#233;rielle de participation et d'ind&#233;pendance de l'autre (Fraser, 2004). Ce sont ces deux crit&#232;res que nous allons &#233;tudier successivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un d&#233;ficit de reconnaissance&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Fraser accorde une place fondamentale &#224; la demande de reconnaissance sociale des individus, pour qu'ils puissent pleinement appartenir &#224; la soci&#233;t&#233;. Le crit&#232;re de reconnaissance doit &#234;tre entendu dans une acception normative et non psychologique. La reconnaissance est ici une question de statut social plus que d'identit&#233;, et elle doit permettre de reconna&#238;tre l'autre comme partenaire &#224; part enti&#232;re dans l'interaction sociale. Ainsi, l'absence de reconnaissance passe par l'imbrication d'in&#233;galit&#233;s sociales et par le refus de reconnaissance. L'activit&#233; de m&#233;nage &#224; domicile est, en ce sens, marqu&#233;e par une d&#233;valorisation tr&#232;s forte qui la place dans une situation d&#233;favorable en termes de reconnaissance sociale. Plusieurs &#233;l&#233;ments concourent &#224; ce r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il semble que la nature des t&#226;ches tende &#224; &#234;tre d&#233;valoris&#233;e et d&#233;valorisante pour les personnes les effectuant. Certes, il ne faut pas tomber dans une naturalisation trop forte des t&#226;ches, et il est clair qu'historiquement des activit&#233;s rejet&#233;es ont fini par obtenir une visibilit&#233; sociale meilleure, voire enviable. N&#233;anmoins, il nous semble que la gestion de la salet&#233; fait partie des activit&#233;s les plus difficiles &#224; valoriser, comme le montre par exemple Michael Walzer (1997). Historiquement, en effet, et m&#234;me dans les soci&#233;t&#233;s les plus &#233;galitaires, comme les kibboutz ou les phalanst&#232;res, construites autour de la notion d'&#233;galit&#233; (ce qui est loin d'&#234;tre le cas d'autres soci&#233;t&#233;s et notamment la n&#244;tre), les t&#226;ches de m&#233;nage n'ont jamais pu &#234;tre g&#233;r&#233;es comme les autres, gardant un statut &#224; part et d&#233;grad&#233;. Ainsi le fait de nettoyer la salet&#233; des personnes dans leur intimit&#233; reste marqu&#233; n&#233;gativement, au plan symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute ce qui explique l'&#233;mancipation politique tardive des personnes effectuant le m&#233;nage en tant que domestiques. Elles n'acc&#232;dent en effet pas &#224; la citoyennet&#233; au moment de la R&#233;volution Fran&#231;aise, et la R&#233;publique tardera &#224; leur accorder le droit de vote (d'Iribarne, 1997). Aujourd'hui encore, la convention collective du particulier employeur porte sur des emplois d&#233;sign&#233;s par des termes directement issus de la domesticit&#233; : on y parle de &#171; valets de chambre &#187;, de &#171; repasseuse &#187; ou encore de &#171; femmes de chambre &#187;. Et si ces personnes sont aujourd'hui des citoyens par leur droit de vote, elles ont encore beaucoup de difficult&#233;s &#224; faire valoir leurs droits sur leur lieu de travail. L'inspection du travail n'ayant pas l'autorisation d'entrer au domicile des particuliers, les femmes de m&#233;nage sont de fait priv&#233;es d'une partie de la protection accord&#233;e par l'&#201;tat &#224; tout salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ficit de reconnaissance sociale ne semble pas pouvoir &#234;tre combl&#233; aujourd'hui, malgr&#233; l'augmentation du nombre d'emplois qui pourrait laisser penser &#224; une sorte de banalisation. En effet, ce type d'emplois s'appuie sur l'absence apparente de qualifications sp&#233;cifiques. Les qualit&#233;s requises sont consid&#233;r&#233;es comme &#171; naturelles &#187; ou &#171; inn&#233;es &#187; et surtout tr&#232;s largement partag&#233;es, chacun pouvant autoproduire le service de m&#233;nage &#224; son domicile. Or, selon Axel Honneth (2002, p.152), &#171; une personne ne peut se juger estimable que si elle se sent reconnue dans des prestations qui ne pourraient &#234;tre aussi bien assur&#233;es par d'autres &#187;. L'estime de soi doit s'appuyer sur la participation &#224; un processus de production dont l'utilit&#233; est collective, et auquel chacun collabore de mani&#232;re sp&#233;cifique. La division du travail sur laquelle reposent les emplois de femmes de m&#233;nage n'est pas conforme &#224; l'id&#233;e d'une division coop&#233;rative et d&#233;mocratique du travail telle qu'on la retrouve chez Mead par exemple. Cette affirmation rejoint le constat de Christian Baudelot et Michel Gollac : les femmes de m&#233;nage ont &#233;t&#233; les seules &#224; interpr&#233;ter de mani&#232;re diff&#233;rente la question qui leur &#233;tait pos&#233;e (comme &#224; toutes les autres cat&#233;gories de salari&#233;s) : &#171; Vous arrive-t-il parfois d'&#233;prouver dans votre travail l'impression que ce que vous faites n'importe qui pourrait le faire ? &#187; Si pour les autres professions, une r&#233;ponse positive est per&#231;ue comme d&#233;valorisante (n&#233;gation d'une qualification), pour les femmes de m&#233;nage elle peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un signe positif de &#171; normalit&#233; &#187; de la profession et du refus de son caract&#232;re d&#233;valorisant (Baudelot, Gollac, 2003, pp.83-84). En l'absence de qualifications sp&#233;cifiques, la seule raison d'une d&#233;l&#233;gation de ces t&#226;ches &#224; d'autres repose sur leur p&#233;nibilit&#233; (et leur faible co&#251;t) (Kauffman, 1997)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ne sont pas compris dans cette analyse les cas de m&#233;nage &#224; domicile chez les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et c'est sans doute l&#224; l'&#233;l&#233;ment essentiel d'une impossible valorisation de ces emplois : certains se sp&#233;cialisant dans ce que d'autres peuvent, mais ne veulent pas faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est utile de distinguer les t&#226;ches des personnes, remarquons toutefois que le passage par un emploi de femme de m&#233;nage ne permet que rarement d'acc&#233;der &#224; des emplois plus qualifi&#233;s ou plus valoris&#233;s. Les personnes sur ces postes sont le plus souvent des femmes en situation de rupture sociale, ce qui en fait un emploi non transitoire, accept&#233; en fin de trajectoire professionnelle, et per&#231;u comme un &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les emplois de m&#233;nage &#224; domicile sont particuli&#232;rement mal consid&#233;r&#233;s socialement. Les raisons &#233;voqu&#233;es pr&#233;c&#233;demment sont probablement partielles, mais l'essentiel ici est que le constat est relativement sans appel. Une &#233;tude empirique aupr&#232;s d'&#233;tudiants en &#233;cole d'ing&#233;nieur peut l'illustrer : lorsqu'il est demand&#233; de classer des emplois selon leur degr&#233; de d&#233;sirabilit&#233; pour eux-m&#234;mes durant leurs &#233;tudes ou pour un(e) ami(e) n'ayant pas fait d'&#233;tudes, le m&#233;nage &#224; domicile arrive loin derri&#232;re les autres situations propos&#233;es comme agent de s&#233;curit&#233;, employ&#233; dans la restauration rapide ou manutentionnaire. La perception de l'emploi est tr&#232;s n&#233;gative, d'autant qu'&#224; ce manque de reconnaissance s'ajoute une situation tr&#232;s d&#233;grad&#233;e dans la distribution des avantages &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un d&#233;ficit dans la distribution des avantages &#233;conomiques&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est tr&#232;s difficile de porter un jugement objectif sur les conditions de travail et de r&#233;mun&#233;ration des femmes de m&#233;nage, en l'absence de donn&#233;es statistiques significatives. Les principales donn&#233;es disponibles sur ce th&#232;me seraient celles issues du compl&#233;ment &#171; Conditions de Travail &#187; r&#233;alis&#233; avec l'Enqu&#234;te Emploi de 1998. Malheureusement, les &#171; employ&#233;s de maison et femmes de m&#233;nage &#187; interrog&#233;s dans ce cadre ne sont que 239. Certes, sur la base de cet &#233;chantillon, il ressort que cette cat&#233;gorie de salari&#233;s d&#233;clare tr&#232;s largement subir une p&#233;nibilit&#233; du travail li&#233;e au fait de rester debout (92 % contre 51 % des autres employ&#233;s). Ils d&#233;clarent &#233;galement davantage que la moyenne des employ&#233;s des postures (54 %) et des mouvements p&#233;nibles (42 %). La taille r&#233;duite de l'&#233;chantillon doit nous inciter &#224; prendre ces r&#233;sultats avec prudence, mais ils sont toutefois largement confirm&#233;s par les enqu&#234;tes sociologiques effectu&#233;es sur ce secteur d'emploi. Les publications de J.-C. Kaufman (1997), A. Dussuet (2002), T. Angelof (2000) ou K. Vaselin (2001, 2002) (pour se limiter aux travaux fran&#231;ais) s'accordent sur le constat d'un travail p&#233;nible, faiblement r&#233;mun&#233;r&#233; (et n'assurant pas toujours un revenu sup&#233;rieur au seuil de pauvret&#233;), pr&#233;caire, marqu&#233; par l'isolement et des contraintes temporelles excessives. Il en va de m&#234;me des entretiens men&#233;s par nos soins aupr&#232;s des employeurs des nouvelles entreprises cr&#233;&#233;es sur le secteur : l'organisation du travail et les conditions de r&#233;mun&#233;ration, par exemple, ne sont pas meilleures que dans le gr&#233; &#224; gr&#233;, notamment du fait de la faiblesse des marges obtenues par les entreprises (Devetter, Rousseau, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de r&#233;mun&#233;ration, 43 % des employ&#233;s de maison et femmes de m&#233;nage d&#233;clarent toucher moins de 380 euros mensuels (Enqu&#234;te Emploi, 2002). Ces salaires mensuels ne s'expliquent pas par une faible r&#233;mun&#233;ration horaire, mais la faiblesse du nombre d'heures travaill&#233;es. Il semble en effet difficile (si ce n'est impossible) de travailler &#224; temps plein en tant que femme de m&#233;nage. Outre la p&#233;nibilit&#233; importante du travail qui rend le temps plein difficile &#224; supporter, surtout pour des femmes plut&#244;t &#226;g&#233;es, leur r&#233;mun&#233;ration se fonde sur le temps pass&#233; au domicile des clients. Contrairement &#224; d'autres emplois de services r&#233;mun&#233;r&#233;s sur la base de 35 heures par semaine, quel que soit le temps pass&#233; sur le lieu de production du service, les femmes de m&#233;nage ne sont pay&#233;es que lorsqu'elles sont &#224; pied d'&#339;uvre. Ainsi la multiplication du nombre de clients entra&#238;ne la multiplication des temps de transport (non r&#233;mun&#233;r&#233;s dans l'ensemble des entreprises que nous avons interrog&#233;es, et conform&#233;ment &#224; la convention collective). Le temps moyen d'intervention au domicile &#233;tant de 3 heures (Enqu&#234;te Emploi du Temps, 1998), lorsque ces employ&#233;es font le m&#233;nage chez deux personnes, elles n'ont travaill&#233; que 6 heures et ne peuvent que difficilement &#171; faire une troisi&#232;me maison &#187;. Ainsi, l'organisation m&#234;me de l'emploi emp&#234;che la constitution d'un temps plein, y compris au sein d'associations prestataires. Il est tout de m&#234;me remarquable que nous ayons affaire &#224; un m&#233;tier qui concentre une part non n&#233;gligeable des working poors, le revenu de ces emplois ne permettant pas toujours de d&#233;passer le seuil de pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cumul de situations d&#233;favorables rend particuli&#232;rement complexe une am&#233;lioration de la situation des salari&#233;es concern&#233;es, et cela d'autant plus que leur d&#233;veloppement s'inscrit dans un cadre fonci&#232;rement in&#233;galitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; in&#233;gal et productiviste&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, l'existence m&#234;me des emplois de femmes de m&#233;nage repose sur les in&#233;galit&#233;s sociales, tandis que leur d&#233;veloppement entretient ces m&#234;mes in&#233;galit&#233;s. Par ailleurs, la division sociale du travail qui en d&#233;coule favorise et s'articule parfaitement avec une orientation productiviste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des emplois qui n'existent que gr&#226;ce aux in&#233;galit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La dimension in&#233;galitaire de ces emplois se manifeste tout d'abord par l'absence de m&#233;canismes d'allocation de ces t&#226;ches p&#233;nibles, reconnues comme socialement l&#233;gitimes. Comme le montre notamment Walzer (1997), les travaux p&#233;nibles peuvent &#234;tre r&#233;partis de diff&#233;rentes mani&#232;res, pour certaines socialement acceptables : que ce soit sur la base par exemple d'in&#233;galit&#233;s consid&#233;r&#233;es l&#233;gitimes (l'&#226;ge par exemple) ou encore suivant un principe de r&#233;ciprocit&#233; ou une sorte de &#171; tour de r&#244;le &#187;. Or, aucun de ces m&#233;canismes n'est &#224; l'&#339;uvre dans le cas des services domestiques. L'&#226;ge par exemple : en g&#233;n&#233;ral les t&#226;ches les plus p&#233;nibles physiquement sont allou&#233;es aux jeunes et/ou aux hommes. Ici, les femmes de m&#233;nage, comme leur nom l'indique, sont des femmes et leur moyenne d'&#226;ge est &#233;lev&#233;e en comparaison d'autres professions non qualifi&#233;es (SYDO, 2005). Par ailleurs, le principe de r&#233;ciprocit&#233; ou du &#171; chacun son tour &#187; n'est ici pas appliqu&#233; : les femmes de m&#233;nage n'ont pas recours elles-m&#234;mes &#224; d'autres femmes de m&#233;nage, et les employeurs (ou clients selon la structure) n'ont que tr&#232;s rarement (pour ne pas dire jamais) occup&#233; eux-m&#234;mes l'emploi avant de le confier &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, la demande de services domestiques n'est pas appuy&#233;e sur des besoins &#171; objectifs &#187;, d&#233;finis collectivement et reconnus socialement, mais sur le seul niveau de revenu. Les analyses &#233;conom&#233;triques font clairement ressortir que les &#171; besoins &#187; (li&#233;s &#224; l'activit&#233; f&#233;minine ou la pr&#233;sence d'enfants par exemple) n'expliquent que tr&#232;s marginalement le recours &#224; une femme de m&#233;nage. Seul le niveau de revenu est r&#233;ellement explicatif. Ainsi la proportion de m&#233;nages (dont la personne de r&#233;f&#233;rence a moins de 70 ans) employant une femme de m&#233;nage ne devient significative que pour le 10e d&#233;cile de la distribution des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tudes am&#233;ricaines comparant le volume d'emploi dans ce secteur entre les grandes villes am&#233;ricaines concluent &#233;galement que le principal d&#233;terminant du nombre d'emplois de femmes de m&#233;nage n'est ni l'activit&#233; f&#233;minine, ni d'autres &#171; besoins &#187; &#233;ventuels, ni m&#234;me le seul revenu des m&#233;nages, mais plus encore le degr&#233; d'in&#233;galit&#233;s, notamment au sein de la distribution des salaires f&#233;minins (Milkman et alii, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'in&#233;galit&#233; n'est pas seulement &#233;conomiquement n&#233;cessaire (n&#233;cessit&#233; de diff&#233;rentiels de salaire &#233;lev&#233;s comme pour tous les services aux particuliers), elle est &#233;galement symboliquement utile : Bridget Anderson montre par exemple que la g&#234;ne li&#233;e &#224; la d&#233;l&#233;gation de t&#226;ches domestiques est combattue, du point de vue du client, notamment via l'aide apport&#233;e par l'employeur &#224; la salari&#233;e intervenant &#224; son domicile. Ainsi, les personnes recourant aux services d'une femme de m&#233;nage aident par exemple les enfants des salari&#233;es dans le cadre d'un soutien scolaire, ce qui ne fait finalement que renforcer le d&#233;calage social. Pour le dire cr&#251;ment, on ne fait pas faire son m&#233;nage &#224; un semblable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une division sociale du travail favorable au productivisme&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la division sociale du travail qui d&#233;coule du d&#233;veloppement des emplois &#224; domicile, et plus particuli&#232;rement du m&#233;nage, est fonci&#232;rement in&#233;galitaire, elle s'articule &#233;galement avec une vision tr&#232;s productiviste de la soci&#233;t&#233;. En effet, ces emplois sont cens&#233;s permettre un engagement plus grand des individus &#171; les plus productifs &#187; dans leur travail. Les discours relatifs aux emplois de services &#224; la personne sont sans ambigu&#239;t&#233; : ils doivent faciliter la conciliation vie professionnelle &#8211; vie priv&#233;e des actifs, et permettre &#233;ventuellement un accroissement choisi du temps de travail. En ce sens, la politique de promotion des services domestiques est parfaitement coh&#233;rente avec la volont&#233; de favoriser un temps de travail &#171; choisi &#187;, permettant de &#171; travailler plus pour gagner plus &#187;. Et on peut v&#233;rifier que les employeurs de femmes de m&#233;nage ont bien un temps de travail sensiblement sup&#233;rieur &#224; la moyenne (Enqu&#234;te Budget des m&#233;nages, 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution in&#233;galitaire des temps de travail (croissance du temps de travail des cadres et diminution forte, via le temps partiel, des temps de travail des ouvriers et employ&#233;s) ob&#233;it &#224; la m&#234;me logique d'accroissement de la division sociale du travail (Gershuny, 2005). La marchandisation des t&#226;ches domestiques encourage la transformation des gains de productivit&#233; en r&#233;mun&#233;ration suppl&#233;mentaire et non en temps libre. Ce choix a &#233;videmment des cons&#233;quences environnementales non n&#233;gligeables, comme le rappelle notamment Juliet Schor (2005). Lorsqu'un actif travaille plus de 45 heures, on observe en effet des &#233;volutions de consommation dans trois domaines particuli&#232;rement importants : les d&#233;penses de transports en commun baissent, les voyages &#224; forfaits (incluant le plus souvent un transport a&#233;rien) croissent consid&#233;rablement et les d&#233;penses de &#171; repas pris &#224; l'ext&#233;rieur &#187; augmentent &#233;galement, alors que ceux-ci ont une empreinte &#233;cologique de 4 fois sup&#233;rieure &#224; celle d'un repas pris au domicile (Wiedmann et alii, 2006). Les temps de travail &#233;lev&#233;s sont le plus souvent le fait de cat&#233;gories socio-professionnelles sup&#233;rieures, donc &#224; revenu &#233;lev&#233;. Or, la pollution &#233;tant tr&#232;s li&#233;e &#224; la consommation, c'est sans doute l&#224; le lien essentiel entre temps de travail et externalit&#233;s (Devetter, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux travaux f&#233;ministes soulignent &#233;galement que le d&#233;veloppement des emplois de m&#233;nage &#224; domicile signale l'&#233;chec d'une redistribution des t&#226;ches domestiques au sein du m&#233;nage. Pour soulager la femme, le couple emploie une femme de m&#233;nage. Ainsi, le partage des t&#226;ches domestiques, qui serait sans doute une mani&#232;re d'all&#233;ger la double journ&#233;e de travail des femmes, trouve l&#224; un exutoire facile pour les hauts revenus. La &#171; d&#233;faite &#187; des femmes actives au sein de leur m&#233;nage est alors compens&#233;e par leur victoire face aux femmes des classes plus d&#233;favoris&#233;es (Romero, 2002), (Anderson, 2001 ; 2006). En ce sens, les emplois &#224; domicile sont embl&#233;matiques d'un choix de soci&#233;t&#233; privil&#233;giant des temps de travail longs et une marchandisation accrue des activit&#233;s domestiques aux d&#233;pens d'un mod&#232;le privil&#233;giant la r&#233;duction du temps de travail et le partage &#233;galitaire des t&#226;ches domestiques. L'&#233;volution de la politique su&#233;doise vis-&#224;-vis des emplois domestiques illustre cet aspect. Apr&#232;s la mise en place en France du ch&#232;que emploi service, un d&#233;bat a eu lieu en Su&#232;de sur la m&#234;me question. Finalement, le dispositif n'y a pas &#233;t&#233; mis en place, au motif que les emplois de femmes de m&#233;nage &#233;taient d&#233;valorisants pour les femmes, et que l'&#233;galit&#233; n&#233;cessitait un partage des t&#226;ches domestiques. Aujourd'hui la question est relanc&#233;e : le travail des femmes et le faible partage des taches au sein du couple, d&#233;gradant la situation des femmes de ce pays et favorisant l'emploi de femmes de m&#233;nage non d&#233;clar&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les emplois de m&#233;nage &#224; domicile cumulent d&#233;ni de reconnaissance et d&#233;ficit d'avantages &#233;conomiques. En ce sens, nous pouvons consid&#233;rer l'incitation &#224; leur cr&#233;ation comme injuste. Certes, les plans de promotion de ces emplois ont pris acte de leur faible attractivit&#233;, mais les mesures de structuration de l'offre semblent clairement insuffisantes pour am&#233;liorer la situation de salari&#233;s dont l'emploi repose d'abord sur des in&#233;galit&#233;s sociales et symboliques importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, la logique de promotion de ces emplois n'est pas simplement le d&#233;sir d'exploiter un gisement d'emplois, mais s'articule au contraire parfaitement avec un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; fond&#233; sur une division sociale du travail accrue, permettant la marchandisation de nouvelles activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la critique de ces politiques et le rejet de ce type d'emploi ne peuvent s'inscrire que dans une perspective &#171; id&#233;ale &#187; et laissent, au contraire, ouvertes des questions de morale concr&#232;tes. Ainsi, par exemple, les injustices que vivent les femmes de m&#233;nage immigr&#233;es sont potentiellement plus faibles que celles qu'elles auraient v&#233;cues en l'absence de ce type d'emploi... L'obtention d'un emploi de m&#233;nage &#224; domicile peut alors d'un point de vue individuel &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un progr&#232;s. Ce constat favorise le combat pour une meilleure reconnaissance de ces emplois, mais n'annule cependant pas l'objectif, plus lointain, d'une soci&#233;t&#233; o&#249; cette forme d'emploi n'aurait plus lieu d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
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		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ne sont pas compris dans cette analyse les cas de m&#233;nage &#224; domicile chez les personnes &#226;g&#233;es qui entrent dans un cadre diff&#233;rent et ne constituent par ailleurs pas la majorit&#233; de ces emplois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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