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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>Le d&#233;fi de la d&#233;mat&#233;rialisation</title>
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		<dc:date>2021-11-01T23:04:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique BOURG</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'affirmation des droits subjectifs et la construction d'un ordre social et politique destin&#233; &#224; permettre &#224; chacun de maximiser ses int&#233;r&#234;ts, &#224; savoir de produire et de consommer le plus possible, ont progressivement trouv&#233; dans le march&#233; et le progr&#232;s technologique leur domaine d'expression naturel. Au point d'ailleurs qu'il est devenu possible, comme l'atteste le mod&#232;le asiatique de d&#233;veloppement, de s&#233;parer march&#233; et progr&#232;s technologiques, de l'ordre politique h&#233;rit&#233; de la philosophie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'affirmation des droits subjectifs et la construction d'un ordre social et politique destin&#233; &#224; permettre &#224; chacun de maximiser ses int&#233;r&#234;ts, &#224; savoir de produire et de consommer le plus possible, ont progressivement trouv&#233; dans le march&#233; et le progr&#232;s technologique leur domaine d'expression naturel. Au point d'ailleurs qu'il est devenu possible, comme l'atteste le mod&#232;le asiatique de d&#233;veloppement, de s&#233;parer march&#233; et progr&#232;s technologiques, de l'ordre politique h&#233;rit&#233; de la philosophie contractualiste des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles. Il en a r&#233;sult&#233; une civilisation nouvelle dont on peut d&#233;sormais percevoir les limites. Cette civilisation, associ&#233;e &#224; un doublement de la population mondiale en un demi-si&#232;cle, qu'elle a elle-m&#234;me rendu possible, a provoqu&#233; une explosion de tous les flux de mati&#232;res et d'&#233;nergie. Ils ont en effet connu, &#224; compter des ann&#233;es cinquante, une croissance exponentielle. C'est le cas, par exemple, pour les flux d'azote, trois fois sup&#233;rieurs &#224; ce qu'ils seraient sans activit&#233;s humaines, alors que la moiti&#233; des engrais azot&#233;s produits depuis 1913 a &#233;t&#233; utilis&#233;e depuis les vingt derni&#232;res ann&#233;es ; ou encore pour le flux de dioxyde carbone, dont la concentration atmosph&#233;rique est sup&#233;rieure de 35 % &#224; ce qu'elle &#233;tait avant la r&#233;volution thermo-industrielle. La production de fer a &#233;t&#233; multipli&#233;e par 2000 entre 1700 et 1990. La consommation d'eau douce a tripl&#233; depuis 1950 et la plupart des grands fleuves connaissent une diminution importante de leur d&#233;bit et une forte pollution, tels le Fleuve jaune, le Rio Grande, le Gange ou m&#234;me le Danube, etc. On estime d&#233;sormais &#224; 90 % la r&#233;duction de la biomasse mondiale pour les esp&#232;ces p&#234;ch&#233;es, etc. Il en r&#233;sulte une pression in&#233;dite non plus sur tels ou tels &#233;cosyst&#232;mes, mais &#224; l'&#233;chelle m&#234;me de la biosph&#232;re et de ses m&#233;canismes r&#233;gulateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'extension dans l'espace comme dans le temps de nos modes de vie semble exclue. La consommation mondiale d'&#233;nergie a &#233;t&#233; multipli&#233;e par 150 depuis 1850, et par 10 de 1950 &#224; 2000. En projetant sur les d&#233;cennies &#224; venir le rythme d'une augmentation annuelle de la consommation &#233;nerg&#233;tique mondiale de 2% depuis plusieurs d&#233;cennies, on aboutit &#224; l'&#233;puisement de toute la dot fossile de l'humanit&#233;, autour de 8 000 Gtep, au d&#233;but du prochain si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. le calcul de Jean-Marc Jancovici et d'Alain Grandjean dans Le Plein s'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il en r&#233;sulterait une augmentation de la temp&#233;rature moyenne sur Terre de 10&#176; C. C'en serait fini de toutes les r&#233;serves fossiles de p&#233;trole, de gaz et de charbon, aussi bien que des p&#233;troles non conventionnels, des sables asphaltiques de l'Alberta ou de Sib&#233;rie orientale, et des schistes bitumineux. Le constat est probablement plus dramatique encore pour les flux de mati&#232;res pour lesquels on ne peut compter sur un flux externe comme le flux d'&#233;nergie solaire. Imaginons que les Chinois puis les Indiens connaissent &#224; l'avenir le m&#234;me &#233;quipement automobile que les Am&#233;ricains, soit 3 voitures pour 4 habitants : aux 800 millions de voitures actuellement en circulation s'ajouteraient 900 millions de voitures chinoises et 800 millions d'indiennes, soit 2,5 milliards d'automobiles. O&#249; irions-nous chercher l'acier, l'aluminium et le nickel pour les construire, le caoutchouc pour les faire rouler, le carburant pour les mouvoir ? Et c'est encore confondre la biosph&#232;re avec un simple stock de ressources au moment o&#249; les services &#233;cologiques de fourniture, de r&#233;gulation et culturels sans lesquels nous ne saurions vivre, sous la pression croissante de ces flux et de l'expansion spatiale de notre esp&#232;ce, sont pour 15 sur 24 d&#233;j&#224; d&#233;grad&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les leviers dont nous disposons pour infl&#233;chir progressivement et fermement cet &#233;tat de choses ? D'aucuns r&#233;pondront la d&#233;croissance tous azimuts. Ce n'est pas la th&#232;se que je d&#233;fendrai ici. Elle d&#233;boucherait sur une d&#233;pression sociale et rendrait improbable la part du progr&#232;s technologique sans laquelle nous ferons difficilement face &#224; l'avenir : comment pourrions-nous par exemple affronter le changement climatique et ses cons&#233;quences sans modifier nos modes de chauffage et sans isoler la quasi-totalit&#233; du parc immobilier national ? Comment pourrions-nous encore affronter le co&#251;t de la dette et celui des retraites ? Il est en revanche n&#233;cessaire de faire d&#233;cro&#238;tre les flux de mati&#232;res et d'&#233;nergie, &#224; terme de fa&#231;on drastique, sans pour autant ruiner le dynamisme de nos &#233;conomies. Il convient de chercher &#224; disjoindre la cr&#233;ation de richesses de l'augmentation des flux qui l'a jusqu'alors sous-tendue. Il convient &#224; cet &#233;gard de faire le d&#233;part entre les &#233;nergies carbon&#233;es et les flux de mati&#232;res. R&#233;duire les premi&#232;res d'un facteur 4 au moins pour nos pays semble tout sauf hors de port&#233;e, moyennant certes un progr&#232;s technologique d'ores et d&#233;j&#224; effectif ou en vue, mais pas exclusivement ; des instruments &#233;conomiques propres &#224; acc&#233;l&#233;rer le rythme de diffusion des techniques et &#224; modifier les comportements seront aussi n&#233;cessaires. Ils n'iront pas sans susciter des questions &#233;thiques et politiques. R&#233;duire les flux de mati&#232;res constituera une t&#226;che autrement difficile pour laquelle nous disposons au mieux de pistes, qui sont plus organisationnelles qu'&#224; proprement parler techniques. S'ajoute encore &#224; ces deux d&#233;fis, en un sens mat&#233;riels, un d&#233;fi moral tout aussi ruineux que les deux pr&#233;c&#233;dents, tout aussi consubstantiel &#224; notre civilisation finissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;fi &#233;nerg&#233;tique&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas possible de comprendre pourquoi le progr&#232;s technologique a conduit en environ un si&#232;cle et demi &#224; une consommation croissante d'&#233;nergie en ne consid&#233;rant que les seules techniques. D'autres facteurs interviennent, notamment &#233;conomiques et fiscaux. Il convient en premier lieu de rappeler que le progr&#232;s technologique, dans les limites d'une fili&#232;re d&#233;termin&#233;e, se traduit en gains de productivit&#233; et donc en consommation moindre de mati&#232;res et d'&#233;nergie pour produire les objets vendus. De g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, lesdits objets consomment quant &#224; eux, pour un service &#233;quivalent, g&#233;n&#233;ralement moins d'&#233;nergie et pr&#233;sentent un poids d&#233;croissant : les locomotives actuelles d&#233;veloppent une puissance incomparable &#224; celle d&#233;velopp&#233;e par celles des d&#233;buts de la saga ferroviaire, avec un ratio poids/puissance &#224; l'avenant ; le premier ordinateur, l'Eniac, occupait toute une salle pour des performances d&#233;risoires au regard de celles d'un &lt;i&gt;laptop&lt;/i&gt;, etc. En revanche, la manne financi&#232;re d&#233;gag&#233;e par ces gains de productivit&#233; ne cesse de s'investir dans des objets nouveaux, lesquels peuvent par ailleurs participer &#224; une course &#224; la puissance, etc. &#192; quoi s'ajoute que pendant la quasi-totalit&#233; du XXe si&#232;cle, &#224; l'exception pr&#232;s des deux chocs p&#233;troliers, le co&#251;t du p&#233;trole n'a gu&#232;re d&#233;pass&#233; les 20 $ constants, alors que le PIB a connu un accroissement vertigineux. Autrement dit, l'&#233;nergie n'a cess&#233; de co&#251;ter relativement moins, alors que le travail n'a cess&#233; de co&#251;ter plus cher. Un ph&#233;nom&#232;ne qui a encore &#233;t&#233; accentu&#233; par la fiscalit&#233; de nombreux pays : en France, par exemple, 38 % des pr&#233;l&#232;vements obligatoires sont assis sur les salaires et 3,5 % seulement sur les carburants fossiles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : note d'Yves Martin pour la Fondation Nicolas Hulot.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi l'on ne saurait compter sur le progr&#232;s technologique seul, sans un encadrement notamment fiscal, pour relever le d&#233;fi du facteur 4. Rappelons ici rapidement l'engagement de l'Union europ&#233;enne, celui d'une diminution par deux des &#233;missions mondiales de gaz &#224; effet de serre, par rapport &#224; celles de 1990, avec une division par quatre des celles de l'Union. L'id&#233;e &#233;tant de redescendre en dessous de la barre des 3 Gt de CO2, environ la part de nos &#233;missions que les &#233;cosyst&#232;mes terrestres et marins parviennent &#224; s&#233;questrer. Il est toutefois fort probable que les capacit&#233;s naturelles de s&#233;questration &#233;voluent &#224; la baisse, auquel il cas il conviendra d'exiger une r&#233;duction plus forte de nos &#233;missions. Quoi qu'il en soit, dans l'absolu, ind&#233;pendamment du temps et du rythme, il semble tout &#224; fait possible de parvenir au facteur 4 par les seuls progr&#232;s technologiques. Le parc immobilier fran&#231;ais consomme 42 % de l'&#233;nergie finale hexagonale pour 21 % des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre. Or, le seul &#233;quipement par des pompes &#224; chaleur, sans compter les marges &#233;normes en termes d'isolation, pourrait permettre d'atteindre le facteur 3&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Pompes &#224; chaleur et habitat &#187;, Clip, n&#176; 18 janvier 2007, p. 5. La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Shell et Saint-Gobain ont mis au point des verres avec une couche de nanoparticules permettant d'arr&#234;ter le rayonnement infrarouge (moins de chauffage en hiver et moins de climatisation en &#233;t&#233;) et int&#233;grant des microcellules photovolta&#239;ques dont le rendement est de 30 % sup&#233;rieur &#224; celui des cellules en silicium. Produire une tonne de b&#233;ton ou d'acier avec quatre fois moins de CO2 n'est pas impossible. L'identification de nouveaux catalyseurs pourraient permettre des proc&#233;d&#233;s de fabrication chimique moins &#233;nergivores ; des proc&#233;d&#233;s de fabrication sous haute pression, sans chaleur et solvants, semblent aussi pr&#233;visibles. La diffusion des moteurs hybrides coupl&#233;s &#224; des moteurs thermiques fonctionnant avec des agrocarburants de seconde g&#233;n&#233;ration et dot&#233;s de batteries au fonctionnement non plus chimique, mais physique (fond&#233; sur des assemblages de nanotubes de carbone), avec un rendement et une rapidit&#233; de charge tr&#232;s am&#233;lior&#233;e, pourrait ramener les &#233;missions &#224; 40 g/Km2. Une agriculture inspir&#233;e des acquis de l'&#233;cologie scientifique pourrait aussi diminuer sa contribution &#224; l'effet de serre. &#192; quoi s'ajoutent bien s&#251;r les proc&#233;d&#233;s de s&#233;questration et de stockage du carbone qui pourraient permettre de pi&#233;ger 20 &#224; 40 % de nos &#233;missions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. GIEC, Pi&#233;geage et stockage du dioxyde de carbone, OMM et ONU, 2005.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant un probl&#232;me de taille : celui du rythme de diffusion de ces technologies. Or, cette question est d&#233;cisive. L'enjeu capital de la lutte contre le changement climatique est la hauteur &#224; laquelle nous finirons, au cours de ce si&#232;cle, par stabiliser la concentration atmosph&#233;rique des gaz &#224; effet de serre. Notre avenir et celui des g&#233;n&#233;rations qui nous succ&#233;deront en d&#233;pendront. Plus rapidement nous r&#233;duirons nos &#233;missions et plus basse sera &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; la hauteur en question. Empruntons &#224; la climatologue Marie-Antoinette M&#233;li&#232;res l'analogie suivante pour le faire comprendre. Imaginons une baignoire remplie d'eau dont le niveau reste constant car le trou du siphon, qui est rest&#233; ouvert, laisse passer autant d'eau qu'il en arrive par l'ouverture du robinet. On bouche maintenant en partie le trou d'&#233;vacuation : le d&#233;bit de sortie diminue et le volume d'eau va augmenter jusqu'&#224; atteindre un nouvel &#233;quilibre, quand la pression au fond de la baignoire, du fait du volume d'eau accru, aura suffisamment augment&#233; et suffisamment renforc&#233; le d&#233;bit sortant, au point de compenser &#224; nouveau le d&#233;bit d'arriv&#233;e d'eau. Toutes proportions gard&#233;es, c'est ce qui se passera dans la &lt;i&gt;serre atmosph&#233;rique&lt;/i&gt;. Ici l'eau &#233;quivaut &#224; l'&#233;nergie, et la quantit&#233; d'eau disponible dans la baignoire, &#224; la quantit&#233; d'&#233;nergie disponible sur la surface de la Terre, ce que traduit la temp&#233;rature ; les d&#233;bits d'arriv&#233;e et de d&#233;part sont analogues au rayonnement solaire qui chauffe la Terre et au rayonnement terrestre qui la refroidit ; et, bien s&#251;r, le trou d'&#233;vacuation qui se r&#233;tr&#233;cit, &#224; l'augmentation des gaz &#224; effet de serre qui absorbent le rayonnement terrestre. Plus on r&#233;tr&#233;cit la surface du trou d'&#233;vacuation, plus l'eau monte : plus on augmente les gaz &#224; effet de serre, plus la temp&#233;rature de la surface de la Terre cro&#238;t. En cons&#233;quence, plus nous commencerons &lt;i&gt;t&#244;t&lt;/i&gt; &#224; r&#233;duire nos &#233;missions, et plus &lt;i&gt;basse&lt;/i&gt; sera ensuite la temp&#233;rature atteinte dans le nouvel &#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le n&#233;cessaire recours &#224; des instruments &#233;conomiques pour nous inciter et/ou nous contraindre &#224; r&#233;duire le plus rapidement possible nos &#233;missions. Au sein de l'Union, existe depuis janvier 2005 la directive relative aux permis d'&#233;missions n&#233;gociables ; les &#233;missions concentr&#233;es, celles des producteurs d'&#233;nergie et des grands transformateurs de mati&#232;res comme les cimentiers, les verriers, les sid&#233;rurgistes et les papetiers, sont donc encadr&#233;es. Le niveau de ces quotas est pour l'heure ridiculement bas, car r&#233;f&#233;r&#233; &#224; l'objectif de Kyoto 2012 ; mais rien n'interdit de faire d'un tel syst&#232;me un instrument puissant de r&#233;duction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe rien en revanche pour limiter les &#233;missions diffuses, celles des particuliers, des PME, TPE et autres administrations. Il n'y a pour ce faire que deux solutions : soit limiter directement les &#233;missions par l'extension du syst&#232;me des quotas en vigueur pour les gros industriels aux individus, avec par exemple une carte &#224; puce CO2 (syst&#232;me auquel se sont rang&#233;es les autorit&#233;s britanniques), soit les limiter indirectement en agissant sur les prix &#224; la consommation des &#233;nergies fossiles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf.Charles Raux, Les Permis n&#233;gociables dans le secteur des transports, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avantages d'une taxation du carbone, telle qu'elle est propos&#233;e par le Pacte &#233;cologique de Nicolas Hulot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas Hulot et le CVE, Pour un Pacte &#233;cologique, Paris, Calmann-L&#233;vy, 2006.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sont clairs. Alors que le syst&#232;me des quotas individuels, s'il devait &#234;tre &#233;tendu &#224; toutes les &#233;missions diffuses, exigerait l'impossible calcul de la composante carbone de tous les biens et services, la taxe, associ&#233;e &#224; la directive pour les gros &#233;metteurs, conduit en revanche &#224; une imputation automatique du co&#251;t du carbone &#224; tous les biens et services. Deuxi&#232;me avantage, un prix plus &#233;lev&#233; rend &#233;conomiquement possible le d&#233;veloppement d'alternatives technologiques. Troisi&#232;me avantage, l'instauration de taxes compensatoires &#224; l'importation, qui exige toutefois un calcul sectoriel de la composante carbone, r&#233;&#233;quilibre les conditions de concurrence entre les industries domestiques et &#233;trang&#232;res ; l'importation de biens carbon&#233;s enrichit de ce fait le Tr&#233;sor public. Un tel syst&#232;me peut enfin &#234;tre mis en place &#224; pression fiscale constante, en d&#233;taxant le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation des taxes serait bien s&#251;r progressive et diff&#233;renci&#233;e : diff&#233;renci&#233;e, parce qu'autrement un co&#251;t de 100 euros la tonne de carbone conduirait &#224; quadrupler le prix de la tonne de charbon pour les industriels, &#224; augmenter de 50 % le prix du m3 de gaz pour les m&#233;nages et &#224; une augmentation de 30 centimes du litre de carburant &#224; la pompe ; progressive, pour permettre aux acteurs et consommateurs de s'organiser dans la dur&#233;e. L'efficacit&#233; de la taxe ne fait gu&#232;re de doute. On ne choisit pas le m&#234;me syst&#232;me de chauffage lorsqu'on sait que le co&#251;t de l'&#233;nergie augmentera s&#251;rement et si l'on peut en plus calculer cette augmentation ; apr&#232;s les deux chocs p&#233;troliers, les Fran&#231;ais ont durant un temps syst&#233;matiquement opt&#233; pour de plus petites cylindr&#233;es. Autre avantage, une taxe progressive permettrait &#224; la fois de cr&#233;er un contexte de stabilit&#233; des prix &#233;nerg&#233;tiques sur la dur&#233;e et de se pr&#233;parer aux chocs &#224; venir provoqu&#233;s par le futur pic p&#233;trolier, suivi par les pics gazier puis charbonnier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les probl&#232;mes suscit&#233;s par la taxe carbone ? Tout d&#233;pend en l'occurrence des mesures d'accompagnement qui pourraient &#234;tre d&#233;ploy&#233;es selon les domaines concern&#233;s. Consid&#233;rons l'habitat : une augmentation brute du co&#251;t du chauffage serait insupportable pour les revenus modestes et m&#234;me moyens. Or, elle arrivera sans le moindre doute du fait des pics de production p&#233;trolier, gazier puis charbonnier. L'avantage de la taxe est de mettre tout le monde en ordre de bataille et d'inciter d&#232;s maintenant les pouvoirs publics &#224; concevoir un plan progressif de r&#233;habilitation des performances thermiques du parc immobilier fran&#231;ais. Or, nous l'avons vu, les marges de progr&#232;s sont immenses, au moins de facteur 4 ; du coup, en fonction de l'avanc&#233;e dudit plan, certains consommateurs devraient m&#234;me voir leur facture baisser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses sont plus d&#233;licates dans le domaine des transports : il est plus difficile avec des bas revenus d'acqu&#233;rir un v&#233;hicule moins consommateur ; en province en tout cas, ce sont notamment les gens les plus modestes qui se retrouvent exclus des centre-ville, et donc priv&#233;s de transports en commun ; la mise au point d'alternatives &#224; la voiture individuelle ne peut &#234;tre que longue et on&#233;reuse, etc. Or, la hauteur &#224; laquelle il conviendrait de porter rapidement la taxe pour atteindre une r&#233;gression significative et rapide de la mobilit&#233; ne semble pouvoir &#234;tre support&#233;e socialement. C'est pr&#233;cis&#233;ment face &#224; ce probl&#232;me de co&#251;t et d'in&#233;galit&#233; des revenus, que la carte &#224; puce CO2 devient int&#233;ressante. Pour autant qu'elle est limit&#233;e aux achats directs d'&#233;nergie, et au premier chef du carburant, voire du seul carburant, sa mise en place ne pose pas de probl&#232;mes insurmontables et son efficacit&#233; est imm&#233;diate, sans affecter par ailleurs le pouvoir d'achat. On pourrait imaginer un march&#233; o&#249; pourraient s'&#233;changer &#224; la marge des cr&#233;dits d'&#233;missions pour redonner quelque souplesse au syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, il me semble de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale que la r&#233;gulation des &#233;missions carbon&#233;es par l'argent, qu'il s'agisse de la taxe ou des cartes &#224; puce, ne peut &#234;tre tol&#233;r&#233;e que si elle s'inscrit dans certaines limites, r&#233;glementairement d&#233;finies. Si le changement climatique constitue un danger majeur, inconnu jusqu'alors, avec pour enjeu la r&#233;duction de l'habitabilit&#233; de la plan&#232;te, est-ce vraiment acceptable que de se rendre de Nice &#224; Paris en avion plut&#244;t qu'en TGV, ou de rouler avec un Hummer ? L'argent peut-il conf&#233;rer &#224; ceux qui le poss&#232;dent un droit de d&#233;truire un bien public, en l'occurrence la stabilit&#233; du climat, au-del&#224; du n&#233;cessaire ? Est-il l&#233;gitime que l'effort consenti par le plus grand nombre soit entam&#233; par la n&#233;gligence de quelques-uns ? La richesse et les grandes in&#233;galit&#233;s de revenus peuvent d&#233;sormais poser des probl&#232;mes auparavant inexistants, tout simplement parce que toute richesse, quelle qu'elle soit comporte une face obscure, destructive, celle aff&#233;rente aux externalit&#233;s dont elle est ins&#233;parable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc qu'une batterie d'instruments &#233;conomiques, fiscaux et r&#233;glementaires avec un fondement &#233;thique, devrait permettre d'encadrer, d'orienter et d'acc&#233;l&#233;rer les progr&#232;s technologiques contribuant &#224; une r&#233;duction du recours aux &#233;nergies fossiles, en les rendant de plus en plus on&#233;reuses, tout en &#233;vitant toute esp&#232;ce d'effet rebond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;fi de la d&#233;mat&#233;rialisation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant il semble possible de r&#233;duire notre consommation d'&#233;nergie fossile, en d&#233;pit de la difficult&#233; de la t&#226;che, autant il para&#238;t difficile de parvenir &#224; une r&#233;duction progressive des diff&#233;rents flux de mati&#232;res sans d&#233;boucher sur une d&#233;pression &#233;conomique. Or, l'enjeu n'est pas moins grand que celui du changement climatique. Il s'agit de la finitude de nos stocks et, plus essentiellement encore, de la pr&#233;servation de l'&#233;tat de sant&#233; de la plan&#232;te vivante, de ses &#233;cosyst&#232;mes et des services qu'ils nous rendent, conditions absolues de sa viabilit&#233;. En pillant les ressources, en introduisant en masse dans la biosph&#232;re toutes sortes de substances extraites de l'&#233;corce terrestre et autres substances de synth&#232;se, en d&#233;truisant directement le milieu ou simplement en l'artificialisant de fa&#231;on massive, nous soumettons Ga&#239;a &#224; rude &#233;preuve. L'&#233;tat de nos grands fleuves avec leur d&#233;bit r&#233;duit et leurs eaux pollu&#233;es illustre &#224; lui seul cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont donc ces services indispensables &#224; notre bien-&#234;tre et, au del&#224;, &#224; notre existence m&#234;me ? Il est loisible de les r&#233;partir en trois cat&#233;gories : les &lt;i&gt;services de r&#233;gulation&lt;/i&gt;, les services de fourniture de ressources primaires indispensables &#224; l'agriculture comme &#224; l'industrie, et enfin les services culturels. Parmi les services de r&#233;gulation, on d&#233;nombre la r&#233;gulation de la qualit&#233; de l'air, du climat local et r&#233;gional, de la quantit&#233; et de la qualit&#233; de l'eau douce, de l'&#233;rosion, du traitement des d&#233;chets, des maladies, du nombre des insectes ravageurs et de celui des insectes pollinisateurs et enfin la r&#233;gulation des risques naturels avec notamment les zones tampon que constituent les mangroves et autres zones humides. Les &lt;i&gt;services de fourniture&lt;/i&gt; procurent en premier lieu la nourriture (r&#233;coltes, cheptel, p&#234;che, aquaculture, animaux sauvages), les fibres (bois de construction et de chauffage, coton, soie, chanvre, lin, etc.), les ressources g&#233;n&#233;tiques, les mol&#233;cules v&#233;g&#233;tales (pour la pharmacie, les cosm&#233;tiques et &#224; l'avenir de plus en plus pour les biomat&#233;riaux, la chimie verte et les agrocarburants) et enfin l'eau douce. La derni&#232;re cat&#233;gorie, celle des &lt;i&gt;services culturels&lt;/i&gt;, comporte les services spirituels et religieux (bois et animaux sacr&#233;s par exemple), les services esth&#233;tiques rendus par les paysages ou les animaux sauvages et enfin les services r&#233;cr&#233;atif et touristique procur&#233;s par les sites naturels. Or, 60 % de ces services fournis sont d&#233;grad&#233;s ou surexploit&#233;s, soit 15 sur 24. Cette d&#233;gradation devrait s'aggraver durant les cinquante prochaines ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Millennium Ecosystem Assessment, Ecosystems and Human Well-Being. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e &#233;conomique moderne qui sous-tend la rationalit&#233; pr&#233;sum&#233;e de nos &#233;conomies est notre aptitude &#224; substituer au capital naturel que nous d&#233;truisons du capital reproductible, &#224; savoir des artefacts divers ; nous sommes ainsi cens&#233;s maintenir au moins &#233;gales les capacit&#233;s de production d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre. Or, l'approche dudit capital non plus en termes de stocks, mais de services rendus par les &#233;cosyst&#232;mes, rend tr&#232;s al&#233;atoire ce pr&#233;suppos&#233;. Concernant les services de fourniture (r&#233;coltes, &#233;levage, p&#234;che, bois, fibre, mol&#233;cules diverses), nous ne pouvons gu&#232;re faire mieux que de les substituer les uns aux autres ; les services de r&#233;gulation ne semblent au mieux que partiellement substituables, et le plus souvent &#224; un co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233; (r&#233;gulation du climat local, qualit&#233; de l'air et de l'eau, r&#233;g&#233;n&#233;ration de la fertilit&#233; des sols, pollinisation, r&#233;gulation des populations de pathog&#232;nes) ; enfin parmi les services culturels, celui de la fr&#233;quentation de la nature sauvage est par d&#233;finition non substituable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour cette nomenclature, voir Millennium Ecosystem Assessment, Ecosystems (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; titre d'exemple, l'effondrement des ressources halieutiques dans leur ensemble ne saurait &#234;tre compens&#233; par l'aquaculture, la production d'un kilo de poissons en aquaculture exigeant cinq kilos de poissons sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;duire nos flux de mati&#232;res, nous disposons de deux strat&#233;gies de d&#233;mat&#233;rialisation : l'&#233;conomie circulaire, ou &#233;cologie industrielle, et l'&#233;conomie de fonctionnalit&#233;. L'objectif de l'&#233;conomie circulaire est de r&#233;duire le substrat mat&#233;riel de nos &#233;conomies en cherchant &#224; reproduire, pour les mati&#232;res, le mode de fonctionnement quasi cyclique des &#233;cosyst&#232;mes naturels. Ce programme a d'ores et d&#233;j&#224; donn&#233; lieu &#224; de multiples r&#233;alisations, tant dans les pays anciennement industrialis&#233;s que dans les pays &#233;mergents, via la valorisation des d&#233;chets sous toutes ses formes (valorisation &#233;nerg&#233;tique, recyclage, r&#233;duction, r&#233;cup&#233;ration, r&#233;utilisation, refabrication) et plus &#233;troitement sous la forme d'&#233;coparcs industriels, par exemple Kalundborg au Danemark, Guigang en Chine ou Kwinana &#224; Perth en Australie. Dans ce cadre sont pratiqu&#233;es des synergies industrielles, &#224; savoir, selon la d&#233;finition de Marian Chertow, l'&#233;change par au moins trois industriels d'au moins deux ressources (eau, mati&#232;res, &#233;nergie). &#192; Kalundborg, ce sont ainsi entre 20 et 30 % des ressources qui sont &#233;conomis&#233;es. Ce programme est fondamental et int&#233;ressant, mais sans proportion avec le degr&#233; de d&#233;mat&#233;rialisation auquel nous devrions parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre piste est l'&#233;conomie de fonctionnalit&#233;, c'est-&#224;-dire la substitution de la vente de l'usage des produits &#224; la vente des produits eux-m&#234;mes. Avec la vente des biens, il n'est d'autre fa&#231;on d'accro&#238;tre le chiffre d'affaires que d'en vendre de plus en plus ; lorsque seul leur usage est vendu, la croissance du chiffre d'affaires n'implique plus &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; l'augmentation de la production. La dur&#233;e du produit support du service conditionne au contraire la dur&#233;e du service lui-m&#234;me et celle du flux financier qu'il g&#233;n&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment vendre par exemple, pour un manufacturier, moins de pneus tout en augmentant son chiffre d'affaires ? C'est le cas de Michelin dans le secteur des pneumatiques d&#233;di&#233;s au transport routier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source, s&#233;minaire organis&#233; par le CREIDD &#224; l'UTT en 2003.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Depuis quelques ann&#233;es, en effet, les plus grandes entreprises de transport routier externalisent la gestion de leurs pneumatiques, gestion dont se chargent leurs fournisseurs. Michelin a &#233;t&#233; l'initiateur et est le leader de ce type de service propos&#233; aux entreprises de transport, service qui a tr&#232;s vite rencontr&#233; un grand succ&#232;s. Aujourd'hui, 50 % des grandes flottes europ&#233;ennes de poids lourd y ont souscrit (soit 8 % du march&#233; total), tandis que le march&#233; nord-am&#233;ricain s'ouvre &#224; son tour &#224; ce type de prestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que propose Michelin qui int&#233;resse tant les transporteurs routiers ? L'entreprise de Clermont-Ferrand, forte des r&#233;sultats d'une analyse de cycle de vie, propose essentiellement une optimisation de l'&#233;tat des pneumatiques, poste essentiel en mati&#232;re de consommation de carburant. En effet, 93,5 % de l'impact environnemental d'un pneumatique est associ&#233; &#224; sa phase d'utilisation, contre seulement 4,5 % en phase de production et de consommation initiale de mati&#232;re premi&#232;re et d'&#233;nergie. C'est donc l'utilisation qui m&#233;nage l'essentiel des marges de progr&#232;s. Proposer des pneus permettant de r&#233;duire les consommations de carburant, mais aussi et surtout proposer la maintenance de ces pneus, afin d'optimiser cette r&#233;duction, semble constituer un avantage pour les clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne s'agit l&#224; que de l'un des avantages &#171; vendus &#187; au client. Outre l'optimisation du budget pneu, Michelin insiste &#233;galement sur les moindres co&#251;ts organisationnels li&#233;s &#224; la gestion des pneumatiques, ceux-ci &#233;tant transf&#233;r&#233;s du client au fournisseur. Autre avantage, des pneus mieux entretenus impliquent une fiabilit&#233; accrue des camions, ce qui se traduit non seulement en terme de s&#233;curit&#233; routi&#232;re, mais &#233;galement par une augmentation de la mobilit&#233; du mat&#233;riel. Enfin, les conducteurs &#233;tant imm&#233;diatement assist&#233;s en cas de probl&#232;me pneumatique, il s'agit d'un plus au niveau des conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de prestation implique une r&#233;orientation strat&#233;gique de Michelin, notamment en mati&#232;re de conception des pneumatiques et d'innovation. En ligne avec le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie de fonctionnalit&#233;, Michelin d&#233;veloppe des pneumatiques qui lui permettent d'accro&#238;tre sa comp&#233;titivit&#233;. La gamme de pneumatique &#171; Energy &#187; va dans ce sens. Ces pneumatiques ont une moindre r&#233;sistance au roulement, qui permet une baisse des consommations de carburant de l'ordre de 6 %. Autre produit con&#231;u dans ce sens, le pneumatique &#171; X-One &#187; peut-&#234;tre mont&#233; seul sur un essieu, l&#224; o&#249; traditionnellement deux pneus &#233;taient n&#233;cessaires. La r&#233;duction de poids qui s'en suit, se traduit par une baisse allant jusqu'&#224; 5 % des consommations de carburant. Surtout, Michelin affirme que sa meilleure connaissance du mat&#233;riel lui permet d'intervenir de fa&#231;on plus fine au niveau du gonflage, un pneu s'usant plus ou moins vite et induisant une consommation de carburant plus ou moins forte en fonction de ce facteur. C'est en cela que ces innovations se combinent avec l'&#233;conomie de fonctionnalit&#233;. Leur potentiel de r&#233;duction des co&#251;ts et des externalit&#233;s n&#233;gatives ne s'exprime pleinement que gr&#226;ce au service de maintenance qui l'accompagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de r&#233;duction des d&#233;chets, la possibilit&#233; de recreuser un pneu us&#233;, puis de le rechaper, puis de le recreuser &#224; nouveau, permet aux pneus une dur&#233;e de vie multipli&#233;e par 2,5. Il s'agit d'une &#233;conomie de 36 % par rapport au remplacement direct des pneumatiques us&#233;s par des neufs, tandis que 20 pneus neufs seulement sont n&#233;cessaires dans le sc&#233;nario pr&#233;vu par Michelin, contre 64 pr&#233;c&#233;demment. L&#224; aussi, il est important d'assurer un bon suivi du mat&#233;riel, afin de ne pas laisser passer le moment ad&#233;quat, un pneu trop us&#233; ne pouvant plus &#234;tre r&#233;utilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de solution est appliqu&#233; &#224; toutes sortes de domaines : production d'&#233;nergie, photocopies, textiles, solvants, etc. Jusqu'&#224; aujourd'hui, il s'agit essentiellement de relations d'entreprise &#224; entreprise, et d'entreprise &#224; consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie de fonctionnalit&#233; ainsi comprise offre d'autres atouts. Toutes les op&#233;rations de valorisation &#8211; r&#233;cup&#233;ration, r&#233;utilisation, &lt;i&gt;remanufacturing&lt;/i&gt; et recyclage &#8211; sont facilit&#233;es, le producteur gardant la ma&#238;trise du produit jusqu'&#224; son terme. Par ailleurs, les cons&#233;quences sur l'emploi en g&#233;n&#233;ral et sa localisation en particulier devraient &#234;tre favorables : la maintenance est en effet plus consommatrice de main d'&#339;uvre que la production ; l'usage d'un bien, du fait du syst&#232;me maintenance/r&#233;cup&#233;ration, s'accompagne alors n&#233;cessairement d'une cr&#233;ation locale d'emplois. Enfin, si l'on imagine que les camions ne puissent plus, &#224; l'instar des photocopieurs, &#234;tre vendus mais seulement lou&#233;s, le fabricant peut alors tirer un flux financier de la vente de leurs usages successifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'o&#249; pourrons-nous &#233;tendre ce syst&#232;me, jusqu'&#224; quelle proportion de nos consommations courantes ? Quelles seront au but du compte les performances de l'&#233;conomie de fonctionnalit&#233; en mati&#232;re de d&#233;mat&#233;rialisation absolue ? Nous manquons d'&#233;tudes et d'exp&#233;riences pour disposer de r&#233;els &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse. Le chemin qui pourrait conduire &#224; une disjonction de la cr&#233;ation de richesse de l'augmentation des flux de mati&#232;res est donc loin d'&#234;tre clairement balis&#233; ; il n'est que tr&#232;s marginalement technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association march&#233;/progr&#232;s technologique, &#224; d&#233;faut d'encadrement &#233;thique et politique, peut susciter d'autres d&#233;rives que purement quantitatives. Le physicien Martin Rees s'est ing&#233;ni&#233; &#224; dresser l'inventaire des catastrophes technologiques potentielles du XXIe si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. M. Rees, Our Final Hour, London, Basic Books, 2003.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette m&#234;me association pourrait d&#233;boucher sur un devenir monstrueux de l'humanit&#233; elle-m&#234;me. La biologie contemporaine ne permet pas tant, en effet, d'&#233;lucider la nature humaine que d'ouvrir l'horizon de sa transformation. Associ&#233; aux g&#233;nies informatique, robotique et mol&#233;culaire, le g&#233;nie biologique semble pouvoir rendre accessible l'aspiration des transhumanistes &#224; la fabrication d'autre chose que l'humanit&#233;, et plus pr&#233;cis&#233;ment autre chose que des hommes : &#224; savoir des hybrides techno-biologiques par la transformation des capacit&#233;s sensorimotrices et morales au gr&#233; des fantasmes de puissance et d'immortalit&#233;. Sur un plan plus banal, que la vie quotidienne puisse &#234;tre quasi d&#233;sert&#233;e par toute esp&#232;ce de construction collective du sens ne laisse pas d'inqui&#233;ter. Est tr&#232;s probablement imputable &#224; cet &#233;tat de choses l'esp&#232;ce de crise morale &#224; laquelle nous assistons. Par exemple, au sein d'une population comme celle du canton de Vaud en Suisse, environ 700000 personnes, les services sociaux de l'&#201;tat doivent prendre en charge chaque jour quelques adolescents suppl&#233;mentaires &#171; perdus &#187;. L'automatisme du march&#233; et du progr&#232;s me para&#238;t conditionner cet ensemble de ph&#233;nom&#232;nes. Associ&#233;s l'un &#224; l'autre ils ouvrent la possibilit&#233; d'une qu&#234;te &#233;perdue des moyens tout en fermant celle de l'interrogation sur les fins : &#224; quoi bon, pourquoi et dans quel but ? L'id&#233;ologie du progr&#232;s affirme que l'avanc&#233;e des sciences et des techniques d&#233;bouche n&#233;cessairement sur une am&#233;lioration de la condition g&#233;n&#233;rale. Le march&#233;, quant &#224; lui, sollicite fortement les seuls d&#233;sirs imm&#233;diats et interdit toute interrogation sur les cons&#233;quences &#224; moyen et plus long terme et la coh&#233;rence de l'accumulation de tous ces choix individuels. Et il n'y a pas jusqu'au principe de pr&#233;caution qui ne rel&#232;ve de cette logique de fuite vis-&#224;-vis de l'interrogation sur les fins de l'action. Seuls les risques purement mat&#233;riels tombent dans son escarcelle ; il ne concerne en outre que la s&#251;ret&#233; des moyens et ne conduit &#224; aucune interrogation sur leur opportunit&#233; en tant que telle. Nous sommes ainsi &#233;galement confront&#233;s &#224; un d&#233;fi moral, celui de la construction collective du sens, faute de quoi il ne saurait non plus y avoir de durabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. le calcul de Jean-Marc Jancovici et d'Alain Grandjean dans &lt;i&gt;Le Plein s'il vous pla&#238;t&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2006, p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source : note d'Yves Martin pour la Fondation Nicolas Hulot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#171; Pompes &#224; chaleur et habitat &#187;, &lt;i&gt;Clip&lt;/i&gt;, n&#176; 18 janvier 2007, p. 5. La performance moyenne du b&#226;ti fran&#231;ais est de 185/kWh/an/m2 alors qu'il est techniquement possible de descendre en-dessous des 50 kWh.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. GIEC, &lt;i&gt;Pi&#233;geage et stockage du dioxyde de carbone&lt;/i&gt;, OMM et ONU, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf.Charles Raux, &lt;i&gt;Les Permis n&#233;gociables dans le secteur des transports&lt;/i&gt;, La Documentation fran&#231;aise, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicolas Hulot et le CVE, &lt;i&gt;Pour un Pacte &#233;cologique&lt;/i&gt;, Paris, Calmann-L&#233;vy, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Millennium Ecosystem Assessment, &lt;i&gt;Ecosystems and Human Well-Being. Synthesis&lt;/i&gt;, Island Press, Washington, DC, 2005, document disponible sur le site du Millenium : &lt;a href=&#034;http://www.millenniumassessment.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.millenniumassessment.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour cette nomenclature, voir Millennium Ecosystem Assessment, &lt;i&gt;Ecosystems and Human Well-Being. Synthesis&lt;/i&gt;, Island Press, Washington, DC, 2005, document disponible sur le site du Millenium : &lt;a href=&#034;http://www.millenniumassessment.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.millenniumassessment.org&lt;/a&gt;, pp. 6-7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Source, s&#233;minaire organis&#233; par le CREIDD &#224; l'UTT en 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. M. Rees, &lt;i&gt;Our Final Hour&lt;/i&gt;, London, Basic Books, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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