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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>Tristes (en)tropiques</title>
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		<dc:creator>G&#233;rard DUBEY</dc:creator>



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&lt;p&gt;Introduction Dans les domaines de plus en plus nombreux concern&#233;s par la grande technologie, la d&#233;croissance op&#232;re d&#233;j&#224; d'elle-m&#234;me, loin des projecteurs et sur un mode mineur, mais en profondeur. Seuls quelques &#171; signaux &#187; dits &#171; faibles &#187;, comme l'on parle de &#171; conflits de basse intensit&#233; &#187;, nous en informent. Ce qui est en jeu, c'est la destruction rapide et pourtant invisible des diff&#233;rentes m&#233;diations sociales qui permettent aux macro-syst&#232;mes techniques de rester en phase avec la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/revue/no-3-decroissance-technique-en-ligne/" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Introduction&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les domaines de plus en plus nombreux concern&#233;s par la grande technologie, la d&#233;croissance op&#232;re d&#233;j&#224; d'elle-m&#234;me, loin des projecteurs et sur un mode mineur, mais en profondeur. Seuls quelques &#171; signaux &#187; dits &#171; faibles &#187;, comme l'on parle de &#171; conflits de basse intensit&#233; &#187;, nous en informent. Ce qui est en jeu, c'est la destruction rapide et pourtant invisible des diff&#233;rentes m&#233;diations sociales qui permettent aux macro-syst&#232;mes techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gras A., Les Macro-syst&#232;mes techniques, Paris, &#171; Que-sais-je ? &#187; PUF, 1997.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de rester en phase avec la soci&#233;t&#233; r&#233;elle et l'existence concr&#232;te des hommes. La num&#233;risation du r&#233;el, qui r&#233;pond &#224; la n&#233;cessit&#233; pour le macro-syst&#232;me-technique d'&#234;tre en ad&#233;quation avec lui-m&#234;me, fait peu &#224; peu office d'unique r&#233;f&#233;rentiel. Or, ce double num&#233;rique ne fait que mimer ou simuler les mouvements de la soci&#233;t&#233; concr&#232;te, mesurer et quantifier ce qui se pr&#234;te &#224; la mesure et &#224; la quantification. Il n'en rend pas compte, pas plus qu'il ne leur donne de sens. L'extension du domaine du contr&#244;le est ainsi productrice d'illusion, celle d'une ma&#238;trise de la soci&#233;t&#233; identifi&#233;e aux flux qui la traversent. Confondue avec les indicateurs cens&#233;s rendre compte de ses dynamiques, cette derni&#232;re &#233;chappe d'autant mieux au regard qui la scrute qu'elle dispara&#238;t derri&#232;re un voile de conformit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re irrepr&#233;sentable des nouveaux dispositifs techniques, qui tournent le dos au sens commun autant qu'aux sens, devient un facteur non n&#233;gligeable de fragilisation des conditions qui permettent &#224; ces m&#234;mes dispositifs de mobiliser les &#233;nergies et de capter le d&#233;sir des masses. Ce qui se profile donc en filigrane, c'est l'effritement de la croyance fondamentale dans la possibilit&#233; d'un double technologique du monde, aux potentialit&#233;s infinies et insensible aux contraintes de la nature. Or, la confiance dans ces syst&#232;mes, leur fiabilit&#233; et leur durabilit&#233;, est l'une des cl&#233;s de la dynamique de croissance. Cela constitue donc une sorte de pr&#233;requis &#224; l'id&#233;e de d&#233;croissance, &#224; la conscience que nous sommes de mani&#232;re irr&#233;versible solidaires d'un monde fini (ce qui ne signifie pas clos). Dans les syst&#232;mes complexes que nous avons &#233;tudi&#233;s (ici le cas de l'identification biom&#233;trique) cela se manifeste par de nombreux signes, vari&#233;s et parfois contradictoires, de d&#233;sengagement : conformisme de fa&#231;ade, baisse progressive des exigences professionnelles et des crit&#232;res de qualit&#233;, comportements plus rigides laissant une place plus grande &#224; l'arbitraire de la d&#233;cision individuelle, sentiment partag&#233; d'une perte de sens et de l&#233;gitimit&#233; de la r&#232;gle, mise en cause de la l&#233;gitimit&#233; des indicateurs ou des informations fournies par les syst&#232;mes... C'est dans la multiplication des situations routini&#232;res observ&#233;es sur le terrain que se laisse le mieux approcher ce qui ressemble fort aux pr&#233;mices d'un d&#233;sinvestissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du territoire &#224; la gestion de flux : le cas du contr&#244;le biom&#233;trique&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le visa Schengen est apparu un ph&#233;nom&#232;ne nouveau, un processus pour &#234;tre plus exact. Il s'agit du recouvrement progressif de la logique &#233;tatique du contr&#244;le &#224; distance par la logique propre au macrosyst&#232;me technique. Comme le remarque D. Bigo, la notion de fronti&#232;re n'est, par exemple, plus directement et ind&#233;fectiblement attach&#233;e &#224; celle de territoire. L'accent mis sur le droit de circulation par les politiques lib&#233;rales successives et la subordination croissante des institutions politiques &#224; la logique de l'&#233;conomie de march&#233; a d&#233;bouch&#233; sur une externalisation des fronti&#232;res d&#233;sormais d&#233;connect&#233;es de la r&#233;alit&#233; physique des &#201;tats-nations. Nous sommes donc pass&#233;s, explique D. Bigo, &#171; &#224; un imp&#233;ratif de circulation et de mise en mouvement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bigo Didier, Guild E. 2005. La Mise &#224; l'&#233;cart des &#233;trangers. La logique du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. En d'autres termes, les objectifs &#233;tatiques de contr&#244;le apparaissent de plus en plus asservis aux imp&#233;ratifs techniques et industriels de gestion des flux. Dans ce mod&#232;le semble dominer une logique purement op&#233;ratoire qui pense, par exemple, les probl&#232;mes migratoires en termes de faisabilit&#233; technique ou d'interop&#233;rabilit&#233; des bases de donn&#233;es informatiques. C'est la figure du macro-syst&#232;me technique qui se d&#233;tache ici comme paradigme et principale modalit&#233; du contr&#244;le &#233;tatique dans un r&#233;gime globalis&#233; de circulation des flux. Le macro-syst&#232;me technique, notion introduite en France par Alain Gras, se distingue du r&#233;seau, avec lequel on peut ais&#233;ment le confondre, par la place centrale qu'y occupe l'activit&#233; de contr&#244;le. Les r&#233;seaux qui tissent la toile sur laquelle se propagent les flux sont en effet distribu&#233;s autour de points &#233;metteurs-r&#233;cepteurs (des n&#339;uds de communication). Ceux-ci g&#232;rent la transmission des unit&#233;s de flux, unit&#233;s qui peuvent &#234;tre mat&#233;rielles ou immat&#233;rielles (des signes, des objets ou des &#234;tres). C'est cet aspect gestionnaire &#8211; gestion des flux &#8211; ainsi que la capacit&#233; &#224; se cr&#233;er son propre espace-temps qui le distinguent des autres syst&#232;mes de communication et du simple r&#233;seau. Il dispose d'un syst&#232;me de r&#233;f&#233;rence interne qui double le territoire r&#233;el et s'en s&#233;pare nettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identification biom&#233;trique s'inscrit pleinement dans ce processus dont elle constitue en quelque sorte la traduction mat&#233;rielle. C'est, pour simplifier, la possibilit&#233; d'identifier un individu &#224; partir d'une caract&#233;ristique physique stable, de la mesure et du calibrage d'une partie de son corps. La partie du corps concern&#233;e est num&#233;ris&#233;e sous la forme d'un gabarit (il ne s'agit pas d'une image analogique) qui est enregistr&#233; et stock&#233;e dans une base de donn&#233;es informatique. Les ph&#233;nom&#232;nes biologiques ne sont pris en compte que dans la mesure o&#249; ils permettent d'&#233;tablir les caract&#233;ristiques distinctives des individus. L'identification s'op&#232;re par rapprochement automatique entre le gabarit stock&#233; (dans le fichier informatique) et la partie du corps qui lui correspond (&#224; partir d'un terminal de lecture ou lecteur). Les modalit&#233;s d'utilisation sont actuellement tr&#232;s vari&#233;es. Si l'empreinte digitale demeure la plus fr&#233;quente, on utilise &#233;galement la g&#233;om&#233;trie de la main (contour de la main), l'iris, la r&#233;tine, le visage (reconnaissance faciale), les nervures de la peau ou le syst&#232;me veineux de la main, et l'on travaille actuellement sur la g&#233;om&#233;trie de l'oreille ou les odeurs. C'est don un marqueur d'identit&#233; (sous la forme d'un gabarit et non d'une image analogique d'une partie du corps), &#224; l'int&#233;rieur de flux. Elle renvoie bien au processus plus g&#233;n&#233;ral d'informatisation de la soci&#233;t&#233; et &#224; l'imp&#233;ratif de tra&#231;abilit&#233; (des signes, des choses et aujourd'hui des &#234;tres vivants) qu'impose le recouvrement du monde r&#233;el par son image num&#233;rique contr&#244;l&#233;e et contr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre contr&#244;le total et perte de contr&#244;le&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette construction particuli&#232;re du temps et de l'espace, d'une soci&#233;t&#233; qui se repr&#233;sente, se pense comme un dispositif mat&#233;riel de gestion de flux avec des unit&#233;s de contr&#244;le centralis&#233;es ou des n&#339;uds de communication, proc&#232;de par exclusion d'autres logiques, d'autres mani&#232;res d'agir et de conna&#238;tre, d'habiter le territoire et le monde. La d&#233;marche analogique par exemple, qui implique une correspondance (pas une &#233;quivalence) entre les sens et les signes, une participation du corps &#224; la connaissance, est ainsi sacrifi&#233;e aux exigences d'ad&#233;quation du syst&#232;me avec lui-m&#234;me. La traduction num&#233;rique du r&#233;el (l'image que le syst&#232;me produit de lui-m&#234;me &#224; un instant t fait peu &#224; peu office de seul r&#233;f&#233;rentiel. Comme en t&#233;moignent les r&#233;sultats de notre enqu&#234;te qualitative sur la mise en place des dispositifs d'identification biom&#233;trique aux fronti&#232;res et dans les consulats&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Craipeau, Sylvie ; Dubey, G&#233;rard ; Guchet, X. 2006. &#171; Biodev : du contr&#244;le &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ces &#233;volutions mettent &#224; mal un certain nombre de modalit&#233;s d'action au travers desquelles les professionnels plac&#233;s en premi&#232;re ligne du contr&#244;le &#224; distance restaient en prise avec le r&#233;el et sa contingence. Logique de la reconnaissance et du face-&#224;-face, savoir-faire informels, logiques floues, coups d'&#339;il ou flair, rapports de confiance p&#226;tissent de la mise en place d'un syst&#232;me qui demande davantage aux hommes qu'ils supervisent des dispositifs, plut&#244;t qu'il n'exige d'eux la production d'un sens commun (et d'un monde commun) dans l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les techniques polici&#232;res d'identification et de contr&#244;le comme la biom&#233;trie se sont progressivement d&#233;velopp&#233;es sous l'impulsion des &#201;tats modernes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Noiriel G., &#201;tat, nation et immigration, Paris, Gallimard, 2001. Gras A., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant, m&#234;me dans le cadre de l'application de ces techniques de contr&#244;le &#224; distance, une large place &#233;tait encore accord&#233;e dans les usages aux modes traditionnels d'identification, c'est-&#224;-dire, pour &#234;tre pr&#233;cis, &#224; la reconnaissance. L'&#233;tat-civil lui-m&#234;me, dont l'actuelle biom&#233;trie doit justement permettre d'&#244;ter la gestion aux communes, constitue encore une modalit&#233; de la reconnaissance. On y enregistre l'identit&#233; civile d'une personne sur la base d'un acte de reconnaissance (la d&#233;claration de naissance) et sur le registre figurent une date, un lieu et un nom. Cette inscription spatiale et temporelle articule en quelque sorte l'identit&#233; civile &#224; l'exp&#233;rience v&#233;cue d'une personne concr&#232;te, le niveau institutionnel au niveau personnel. Elle t&#233;moigne d'un &#233;v&#233;nement qui continue d'&#234;tre attest&#233; socialement par la pr&#233;sence de tiers, comme l'employ&#233; de mairie par exemple. C'est cette dimension sociale et historique de l'identit&#233; qui est en revanche menac&#233;e par l'identifiant biom&#233;trique o&#249; l'on passe imperceptiblement de la reconnaissance (m&#234;me lorsque celle-ci n'op&#232;re plus sur le mode du t&#233;moignage direct et du face-&#224;-face, mais op&#232;re &#224; partir de m&#233;diations techniques, d'outils) &#224; l'identification, c'est-&#224;-dire &#224; un mode op&#233;ratoire de d&#233;finition de l'identit&#233; enti&#232;rement subordonn&#233; aux crit&#232;res et au r&#233;f&#233;rentiel d'un syst&#232;me technique de gestion de flux. Ce qui est caract&#233;ristique de l'identifiant biom&#233;trique, c'est qu'il ne s'articule plus &#224; la dimension socio-historique de l'identit&#233; personnelle, c'est un code dont la r&#233;alit&#233; n'a de signification qu'&#224; l'int&#233;rieur du r&#233;f&#233;rentiel propre au syst&#232;me de gestion des flux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, l'identit&#233; biom&#233;trique d'une personne se rapporte moins &#224; l'op&#233;ration de r&#233;duction de l'individu &#224; la qualit&#233; d'&#234;tre vivant &#8211; ce qui montre en apart&#233; les insuffisances du paradigme du biopouvoir &#8211; qu'aux conditions de faisabilit&#233; technique et d'exigences de fonctionnement internes au syst&#232;me. C'est l'application de la technique du code-barre non seulement au vivant, mais &#224; l'&#234;tre social et cela ne va pas sans poser un certain nombre de probl&#232;mes, dont le premier et non des moindres concerne l'efficacit&#233; r&#233;elle de ces dispositifs cens&#233;s nous prot&#233;ger des falsifications et des flux migratoires &#171; ind&#233;sirables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la Police Aux Fronti&#232;res (PAF), les plus anciens, qui d&#233;tiennent l'exp&#233;rience et la connaissance des savoir-faire informels, se d&#233;clarent souvent inquiets des &#233;volutions qui affectent les contr&#244;les r&#233;glementaires et documentaires. &#171; On est scotch&#233;s sur le truc et le non-respect de la r&#233;glementation, t'en fais plus. Pourtant, c'est &#231;a notre boulot. Il y a une perte des r&#233;flexes contr&#244;le documentaire et r&#233;glementaire. &#187; L'identification semble progressivement devoir se suffire &#224; elle-m&#234;me. La v&#233;rification de la seule conformit&#233; de l'identit&#233; biom&#233;trique, c'est-&#224;dire formelle, avec les informations enregistr&#233;es sur la base de donn&#233;es prend le pas sur l'entretien et la v&#233;rification des conditions d'accueil. &#171; Vous remarquez &#8211; souligne un brigadier &#8211; qu'ils n'ont pos&#233; aucune question sur les conditions de s&#233;jour, les moyens de subsistance... On est absorb&#233;s, &#231;a capte l'attention au d&#233;triment du contr&#244;le aux fronti&#232;res. Les coll&#232;gues se fient &#224; l'informatique. Les conditions de d&#233;livrance du visa &#224; l'&#233;tranger se suffisent &#224; elles-m&#234;mes... donc ils posent moins de questions, ils font moins de contr&#244;le documentaire, cherchent moins &#224; savoir si les conditions d'accueil sur le territoire sont bien r&#233;unies... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le traitement automatis&#233; de l'identification, r&#233;put&#233; fiable, &#171; capte l'attention &#187; au point de la d&#233;tourner des t&#226;ches qui constituent le c&#339;ur de la mission. Ce ph&#233;nom&#232;ne de focalisation est caract&#233;ristique des processus d'automatisation. En a&#233;ronautique, on le d&#233;signe sous le nom d'effet tunnel, lorsque l'attention est absorb&#233;e par la gestion et le fonctionnement des interfaces. Comme cela a &#233;t&#233; dit plus haut, le &#171; dialogue &#187; avec les interfaces du syst&#232;me fait de plus en plus obstacle &#224; la relation avec le passager ou le demandeur de visa. L'&#233;cran fait litt&#233;ralement &#233;cran, et dresse comme un mur de verre qui isole un peu plus l'op&#233;rateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On focalise sur le visa, la lecture optique, et le document est moins regard&#233;... il y a moins de questions... Il ne faut pas laisser cela s'installer. Les fonctionnaires se reposent sur la technologie. En plus tous les anciens ont &#233;t&#233; mut&#233;s. Eux &#231;a ne les aurait pas g&#234;n&#233;s, car ils avaient l'exp&#233;rience de la fraude. Les coll&#232;gues manquent de l'appui des anciens, de r&#233;f&#233;rents... &#187; De plus en plus passif, l'op&#233;rateur s'en remet au syst&#232;me, et en devient l'auxiliaire. Ce dernier extrait met aussi l'accent sur l'absence de transmission, et de connaissance du contexte, comme conditions d'une d&#233;pendance redoubl&#233;e &#224; la technologie et, finalement, d'une nouvelle forme de c&#233;cit&#233;. Le ph&#233;nom&#232;ne observ&#233; de &#171; surconfiance &#187; dans la technique se pr&#233;sente en ce sens comme la r&#233;ponse pour ainsi dire &#171; normale &#187; &#224; un environnement d&#233;grad&#233;, &#224; la perte des savoir-faire, autant qu'au durcissement des relations avec les passagers ou les demandeurs. Parall&#232;lement, le dispositif technique appara&#238;t d'autant plus s&#233;curisant que l'environnement est devenu plus hostile, ou est per&#231;u comme tel. &#171; Avec BIODEV, on est s&#251;r qu'il n'y a pas d'usurpation. Avec l'empreinte, c'est s&#233;curisant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;canismes par le biais desquels s'op&#232;re le d&#233;sengagement et le d&#233;sinvestissement progressif des usagers sont ici bien mis en lumi&#232;re. Se retrancher derri&#232;re le dispositif appara&#238;t bien comme une mani&#232;re de se prot&#233;ger d'une relation devenue ing&#233;rable par manque d'exp&#233;rience, et cons&#233;cutive au d&#233;membrement des collectifs de travail (la disparition programm&#233;e des anciens). C'est parce que les conditions de la relation sont pr&#233;alablement d&#233;grad&#233;es que ce transfert de &#171; comp&#233;tences &#187; et d'autorit&#233; devient possible, et souhait&#233;. L'automatisation de la relation pr&#233;c&#232;de ainsi l'automatisation technique, et n'est en tout cas certainement pas la cons&#233;quence d'une sorte de n&#233;cessit&#233; ou de cours naturel des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biom&#233;trie s'apparente en ce sens moins &#224; une aide &#224; la d&#233;cision, ainsi que le laissent entendre les strat&#233;gies de communication de la hi&#233;rarchie, qu'&#224; un vecteur de banalisation (simplification et d&#233;qualification) du m&#233;tier qui contribue &#224; la d&#233;t&#233;rioration des conditions favorables &#224; l'action. Le &#171; rem&#232;de &#187; et le &#171; mal &#187; s'entretiennent mutuellement, et finalement cr&#233;ent les conditions de leur d&#233;veloppement autonome. D'une certaine mani&#232;re, m&#234;me si c'est par d&#233;faut, cela ressort clairement des propos tenus par certains membres de l'encadrement sur le terrain : &#171; Les policiers qui arrivent sont tr&#232;s jeunes et ont besoin d'aide &#224; la d&#233;cision, de quelque chose qui soit confortable. Auparavant, les policiers faisaient appel &#224; leurs connaissances. Mais la technologie peut pallier &#224; ces carences. La biom&#233;trie, c'est une aide &#224; la d&#233;cision pour faire face aux flux, un support technique pour l'authentification du document. &#199;a acc&#233;l&#232;re et simplifie le contr&#244;le. L'inqui&#233;tude des policiers ? C'est la m&#234;me chose qu'avec le passage au code barre dans les grandes surfaces. Au d&#233;but, on se m&#233;fiait et v&#233;rifiait son ticket de caisse. Maintenant, c'est de la caissi&#232;re dont on se m&#233;fie lorsqu'elle tape elle-m&#234;me le code &#224; la main. Donc on est rassur&#233; au niveau des visas... &#187; La r&#233;f&#233;rence au code barre dans les supermarch&#233;s est significative d'une banalisation &#224; l'&#339;uvre, et surtout du fait qu'il n'y a pas plus d'aide &#224; la d&#233;cision qu'il n'y a de d&#233;cision dans le geste de passer un code au lecteur optique. La m&#234;me personne ajoute cependant un peu plus loin : &#171; Le questionnement &#233;tait plus naturel lorsque le contr&#244;le &#233;tait manuel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des policiers de la PAF, comme de celui des agents consulaires, on ne semble pas saisir les tenants et les aboutissants d'une technologie qui renvoie, nous l'avons dit, &#224; des sch&#233;mas finalement assez abstraits et d&#233;connect&#233;s de la r&#233;alit&#233; v&#233;cue. On comprend, et m&#234;me partage l'enjeu s&#233;curitaire, mais simultan&#233;ment le lien entre les dispositifs cens&#233;s le mat&#233;rialiser et les probl&#232;mes concrets rencontr&#233;s au quotidien semble de plus en plus difficile &#224; &#233;tablir. Devant ce hiatus, de nouveaux comportements, ou plut&#244;t de nouvelles attitudes se sont d&#233;velopp&#233;es. D'un c&#244;t&#233;, le conformisme normalement caract&#233;ristique des phases d'apprentissage, lorsque l'apprenant est contraint d'appliquer strictement la r&#232;gle, ou de se raccrocher aux informations fournies par les instruments, par manque de confiance en soi, semble se p&#233;renniser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Maintenant, nous dit cet agent consulaire, la date de naissance est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'un autre c&#244;t&#233;, certaines attitudes de retrait peuvent &#234;tre assimil&#233;es &#224; des formes de r&#233;sistance, si l'on accepte de ne pas restreindre le sens de ce terme aux actions manifestement contestataires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;sistance, &#233;crit par exemple C. Dobr&#233;, s'exprime aussi au travers &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Des r&#233;sistances, frontales, il y en a eu, et m&#234;me d'assez vives, comme le cas de ces policiers qui s'en s'ont pris directement au mat&#233;riel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il y a des anciens nous dit un grad&#233;, qui sont r&#233;fractaires &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cela est rest&#233; marginal. Chez le plus grand nombre, cela se manifeste, au niveau du discours, par la mani&#232;re dont les fonctionnaires inscrivent par exemple la biom&#233;trie dans un futur lointain et une hypoth&#233;tique homog&#233;n&#233;isation des techniques de contr&#244;le, c'est-&#224;-dire dans un avenir qui ne les concerne pas, et dans un monde parfaitement contr&#244;l&#233;, dont ils sont bien plac&#233;s pour savoir qu'il s'agit d'un pur fantasme. &#171; La biom&#233;trie ca va &#234;tre un plus ind&#233;niable le jour o&#249; ca sera g&#233;n&#233;ralis&#233;, mais personnellement je n'en attends rien. Ca emp&#234;chera les falsifications. Th&#233;oriquement si le visa est bon, le passeport l'est aussi si le travail a &#233;t&#233; bien fait au consulat. Le visa peut toujours avoir &#233;t&#233; fait &#224; partir d'un faux. BIODEV ne v&#233;rifie qu'apr&#232;s. &#187; Chez les plus jeunes, cela se traduit moins dans le discours que par un manque &#233;vident d'enthousiasme. &#171; Il y a une chose &#233;trange, nous confiait un major. M&#234;me les jeunes les plus f&#233;rus de nouvelles technologies tra&#238;nent les pieds avec les technologies qu'on leur donne. Ils disent : &#8220;Ouais, mais j'ai pas fait le stage&#8221;. Ils ne rejettent pas vraiment les technologies, mais elles ne les int&#233;ressent pas. Un beau lecteur MP3, ils sauront le faire fonctionner tout de suite, mais COVADIS, ils s'en foutent. Ce qui les int&#233;resse, c'est finir leur tour et rentrer chez eux. Il faut les fliquer. &#187; Derri&#232;re ces propos on comprend bien que ce n'est pas la technique, ou m&#234;me l'innovation, qui sont en cause, mais une technologie d&#233;pourvue d'attrait, d&#233;tach&#233;e du sens de la mission, n'offrant aucune prise &#224; ses usagers. Tout le contraire, par cons&#233;quent d'une technique qu'on peut manipuler, explorer ou d&#233;tourner de sa fonction premi&#232;re, avec laquelle une relation ludique peut s'instaurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En focalisant l'attention sur les proc&#233;dures d'identification et la falsification des documents de voyage, la biom&#233;trie &#8211; nous avons insist&#233; sur cet aspect &#8211; s'inscrit dans une logique &#233;trang&#232;re &#224; celle qui structure les pratiques de ses usagers. La probl&#233;matique n'est gu&#232;re diff&#233;rente dans les consulats, m&#234;me si elle se traduit autrement. Sur le fond, il est toujours question de la m&#234;me chose, &#224; savoir du d&#233;calage entre ce qui constitue le lot quotidien du travail, et l'offre technique qui repose sur une vision standardis&#233;e et homog&#232;ne de la r&#233;alit&#233;. La biom&#233;trie ne r&#233;pond pas au souci majeur des agents consulaires. Elle n'est pas per&#231;ue n&#233;gativement, et n'est pas non plus l'objet d'un rejet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le passeport sur lequel on travaille doit &#234;tre vrai. C'est une s&#233;curit&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais elle ne r&#233;pond en rien &#224; la difficult&#233; croissante d'ajuster une r&#233;glementation de plus en plus dissuasive, tatillonne et changeante, aux demandeurs, en chair et en os, que l'on a sous les yeux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une personne &#226;g&#233;e se pr&#233;sente &#224; l'un des guichets du consulat d'Annaba pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour reprendre le bon mot de Zygmunt Bauman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bauman, Z. L'Amour liquide. De la fragilit&#233; des liens entre les hommes. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les portes ont beau &#234;tre verrouill&#233;es &#224; double tour, &#171; le probl&#232;me refuse de s'en aller &#187;. La pression migratoire est plus que jamais d'actualit&#233;, et la biom&#233;trie, qui ne fait somme toute que v&#233;rifier la conformit&#233; d'un marqueur avec les &#233;l&#233;ments contenus dans un fichier informatique, dissimule un peu plus la r&#233;alit&#233; et la nature politique du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, &#171; &#231;a saigne et &#231;a pleure le visa &#187;. La dimension morale et affective est &#233;videmment centrale. Les cas de conscience se multiplient au fur et &#224; mesure que les fronti&#232;res se ferment, que les conditions se durcissent, et qu'augmente la pression migratoire. Cela a de nombreuses cons&#233;quences sur la vie quotidienne des agents expatri&#233;s, qui doivent se prot&#233;ger, voire vivre en reclus, comme c'est le cas en Alg&#233;rie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les agents expatri&#233;s du consulat d'Annaba sortent par exemple tr&#232;s peu, ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour reprendre l'image employ&#233;e par un fonctionnaire de la DSCE, le sentiment partag&#233; est qu'on &#171; essaie avec des textes, d'emp&#234;cher la plaque indienne d'entrer sous l'Himalaya &#187;. La biom&#233;trie appara&#238;t dans ce contexte comme une aide bien d&#233;risoire, en tout cas d&#233;cal&#233;e, par rapport aux besoins des agents situ&#233;s en premi&#232;re ligne et des nuages qui s'amoncellent (les exodes massifs de population engendr&#233;s par la conjonction de l'ultra-lib&#233;ralisme et du r&#233;chauffement climatique)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Sur les dossiers m&#233;dicaux, il y a des probl&#232;mes d'ordre moral car il y a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers le d&#233;rapage incontr&#244;l&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me auquel nous invitent &#224; r&#233;fl&#233;chir ces formes de d&#233;sinvestissement a une port&#233;e bien plus g&#233;n&#233;rale. La &#171; soci&#233;t&#233; automatique &#187;, dont les tendances totalitaires se manifestent dans la cl&#244;ture du syst&#232;me et sa propre tendance &#224; l'auto-r&#233;f&#233;rentialit&#233;, mime les mouvements de la soci&#233;t&#233; r&#233;elle bien plus qu'elle ne la redouble, par une donation de sens qui l'&#233;l&#232;verait au-dessus d'elle-m&#234;me. C'est aussi ce qui la rend particuli&#232;rement vuln&#233;rable. Le premier risque est celui d'un d&#233;crochage avec la soci&#233;t&#233; r&#233;elle, concr&#232;te, qui par contraste avec l'image l&#233;nifiante et totalisante qu'en donne le paradigme est un espace ouvert, largement ind&#233;termin&#233;, poreux et h&#233;t&#233;rog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, pour la soci&#233;t&#233; qui place la valeur de la s&#233;curit&#233; au-dessus de toutes les autres et en confie la gestion &#224; des dispositifs technologiques, l'enjeu de l'automatisation concerne au premier chef la capacit&#233; de ces dispositifs &#224; s'adapter pour continuer &#224; assurer cette s&#233;curit&#233;. La question sous-jacente, que soul&#232;ve la phase d'industrialisation et de standardisation des savoir-faire &#171; artisanaux &#187;, particuli&#232;rement saillante dans le cas des syst&#232;mes &#224; risque (qu'il s'agisse de l'industrie de production de l'&#233;nergie comme le nucl&#233;aire, des transports comme l'a&#233;ronautique ou encore de l'industrie du vivant), est celle de leur maintenance, donc du maintien de la s&#233;curit&#233; au niveau &#233;lev&#233; que nous lui connaissons. D'aucun pr&#233;conisent, en r&#233;f&#233;rence au concept anglo-saxon de r&#233;silience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'id&#233;e consiste &#224; ne pas forcer l'op&#233;rateur ou le syst&#232;me &#224; &#234;tre exempt de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'opter pour une &#171; s&#233;curit&#233; &#233;cologique &#187;, c'est-&#224;-dire de r&#233;introduire &#224; l'int&#233;rieur des syst&#232;mes une forme de tol&#233;rance &#224; l'erreur et au dysfonctionnement qui redonne toute latitude aux op&#233;rateurs humains de mettre en &#339;uvre leurs capacit&#233;s d'adaptation. La voie semble cependant assez &#233;troite si l'on en croit les r&#233;actions suscit&#233;es par les premi&#232;res applications de ce concept dans la haute technologie. Ce que nous montre, par exemple, le cas du Rafale, c'est bien la difficult&#233; d'&#233;laborer des outils sur la base d'une compr&#233;hension r&#233;solument fonctionnelle, et par cons&#233;quent erron&#233;e, de la nature sociale des savoir-faire mis en &#339;uvre par les usagers (auxquels il faut adjoindre les concepteurs). La confiance, modalit&#233; principale de socialisation de l'incertitude, est d'autant plus fragilis&#233;e qu'elle doit d&#233;sormais faire face &#224; une nouvelle source, ind&#233;celable, d'incertitude : celle que g&#233;n&#232;rent les avatars sociaux et sensoriels directement d&#233;riv&#233;s du concept de s&#233;curit&#233; &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empressement &#224; forger des outils qui n'ont d'autres buts que d'entretenir l'illusion d'une ma&#238;trise de ces nouveaux risques tend &#224; accr&#233;diter la th&#232;se d&#233;fendue par I. Illich il y a plus de trente ans. Celle du seuil de contre-productivit&#233; au-del&#224; duquel les bienfaits des grands syst&#232;mes de production h&#233;t&#233;ronomes (pour l'essentiel m&#233;canis&#233;s) mis en place par les hommes pour &#233;radiquer les contraintes pos&#233;es par la Nature se transforment &#224; leur tour en contraintes aux effets bien plus redoutables encore. &#171; L'appauvrissement des liens qui unissent l'homme &#224; lui-m&#234;me, aux autres et au monde, devient un puissant g&#233;n&#233;rateur de demande de substitutions h&#233;t&#233;ronomes qui permettent de survivre dans un monde de plus en plus ali&#233;nant, tout en renfor&#231;ant les conditions qui les rendent n&#233;cessaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dupuy J-P., &#171; I. Illich, ou la bonne nouvelle &#187;, Le Monde, 26 d&#233;cembre 2002.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Le sentiment d'ins&#233;curit&#233; cro&#238;t donc &#224; mesure que se multiplient les dispositifs s&#233;curitaires ; la solitude et les pathologies mentales au travers desquelles elle se manifeste progressent aussi vite que les technologies de la communication ; la confiance s'&#233;mousse &#224; mesure que se renforcent les moyens de contr&#244;le, d'identification et d'authentification ; la demande en services m&#233;dicalis&#233;s se d&#233;veloppe au rythme de la technicisation du rapport patient/m&#233;decin. Les syst&#232;mes, qui enserrent d&#233;sormais la vie quotidienne, prolif&#232;rent &#224; mesure que diminue l'autonomie sociale et individuelle. Inertie, cynisme, fuite en avant, radicalisation sont les sympt&#244;mes les plus visibles des bouleversements en cours. Il n'est pas jusqu'&#224; l'action terroriste qui ne nous renvoie &#224; cette r&#233;alit&#233; funeste. Terrorisme &#171; sans nom &#187;, comme on a pu le lire apr&#232;s les attentats meurtriers de Madrid ou de New York, &#171; sans visage &#187;, &#171; sans cause ni id&#233;ologie &#224; d&#233;fendre &#187;, le terrorisme d'aujourd'hui ne refl&#232;te-t-il pas l'absence d'horizon, de signification, de projet mais aussi la brutalit&#233; aveugle des m&#233;canismes &#233;conomiques &#224; l'&#339;uvre sous le nom de &#171; Loi du march&#233; &#187; et dont nous attendons, b&#233;atement, qu'elle nous &#233;pargne le fardeau de faire de la politique, autrement dit qu'elle nous soulage de notre libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous assistons, c'est &#224; la disjonction ou &#224; la divergence croissante de deux mani&#232;res d'habiter le monde de plus en plus indiff&#233;rentes et distantes l'une de l'autre. Celle des individus concrets, esseul&#233;s et sans protection parce qu'ils ne cessent d'agir dans un r&#233;f&#233;rentiel non reconnu par les dispositifs techniques (celui des sens et du sens), celui des macro-syst&#232;mes techniques qui fonctionnent en boucle ferm&#233;e sur la base d'une repr&#233;sentation num&#233;rique du r&#233;el et &#224; destination d'un homme abstrait introuvable dans la r&#233;alit&#233;. Telle est la v&#233;ritable fracture, celle dont l'enjeu est la fiabilit&#233; et la p&#233;rennit&#233; m&#234;me des dispositifs physiques entre les mains desquels les soci&#233;t&#233;s contemporaines ont remis&#233; leur existence, mais aussi celle dont l'effet moins visible, mais profond, est de saper de l'int&#233;rieur l'un des piliers de la croissance (la s&#233;curit&#233; et la fiabilit&#233; des dispositifs techniques de contr&#244;le sur lesquels elle repose). Et cela laisse entrevoir d'autres horizons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tristes (en)tropiques &#187;, ou peut-il y avoir une d&#233;croissance heureuse ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a en effet au moins deux mani&#232;res de lire ce processus. Si l'on peut facilement tomber d'accord sur le constat d'une ali&#233;nation de plus en plus grande aux dispositifs physiques qui g&#232;rent notre quotidien, il existe en revanche de nombreuses interpr&#233;tations possibles de la mani&#232;re dont la soci&#233;t&#233; comprend et retravaille ce ph&#233;nom&#232;ne. D'autres lectures peuvent &#234;tre envisag&#233;es, que la d&#233;marche socio-anthropologique nous aide &#224; d&#233;gager. Attentive aux &#171; braconnages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bouvier P., Socio-anthropologie, Paris, A. Colin, 2002.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, aux discontinuit&#233;s, au foisonnement de significations dissimul&#233;es sous l'apparente homog&#233;n&#233;it&#233; du M&#234;me, porteuse d'une conception implicite de l'histoire, o&#249; pass&#233;, futur et pr&#233;sent convergent sans s'exclure, la socio-anthropologie propose de multiples entr&#233;es &#224; un ph&#233;nom&#232;ne qui se pr&#234;te trop facilement aux explications mono-causales. Le d&#233;sengagement des op&#233;rateurs des grands syst&#232;mes techniques est &#233;videmment une source d'inqui&#233;tude (surtout lorsqu'il concerne les domaines d'activit&#233; &#224; risque comme ceux du nucl&#233;aire et des transports, encore relativement &#233;pargn&#233;s). Il r&#233;v&#232;le en m&#234;me temps la faillite d'un syst&#232;me, son impuissance &#224; mobiliser durablement les &#233;nergies, &#224; s'ali&#233;ner les imaginaires qui sont &#224; la source de sa l&#233;gitimit&#233;. Le conformisme et l'ennui &#224; travers lequel il se manifeste sont aussi des moteurs de d&#233;croissance. Le d&#233;sengagement manifeste plus qu'un d&#233;sint&#233;r&#234;t croissant pour les solutions purement techniques, il incarne d&#233;j&#224; une forme de r&#233;sistance et de retrait qui constituent le pr&#233;alable &#224; l'invention de nouveaux rapports au monde. Nous savons bien que les m&#233;canismes de la croissance &#233;conomique d&#233;passent largement le cadre de la seule analyse &#233;conomique. Comme s'&#233;vertuait &#224; le montrer I. Illich dans des domaines aussi vari&#233;s que la m&#233;decine ou l'&#233;cole, la croissance et la consommation compulsive sont avant tout les produits d'une perte d'autonomie de la soci&#233;t&#233; et des individus qui la composent. C'est la perte de notre &#171; immunit&#233; naturelle &#187; qui engendre l'&#233;tat de d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de syst&#232;mes de plus en plus h&#233;t&#233;ronomes et abstraits, et entretient ce rapport addictif &#224; la consommation. Or, cette h&#233;t&#233;ronomie montre aujourd'hui clairement ses limites en m&#234;me temps que son essoufflement. C'est donc sur une note plus &#171; optimiste &#187;, ou plut&#244;t en r&#233;affirmant l'ind&#233;termination de l'histoire, que nous voudrions conclure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discours alarmants abondent, qui d&#233;noncent les destructions irr&#233;versibles, les outrages quotidiens prof&#233;r&#233;s &#224; la plan&#232;te. La catastrophe appara&#238;t peu &#224; peu comme la seule issue cr&#233;dible de la civilisation thermo-industrielle. Du coup, un rapport presque schizophr&#233;nique au temps s'institue subrepticement, dans lequel pr&#233;sent et avenir sont radicalement disjoints. L'avenir, c'est l'impensable et l'irrepr&#233;sentable de la catastrophe finale, que l'on pr&#233;f&#232;re pour cette raison ignorer, ou habiller d'un discours moral sur la responsabilit&#233; envers les g&#233;n&#233;rations futures. Parce qu'il est impensable, cet avenir reste lointain, hors de port&#233;e de l'action quotidienne et n'engage que superficiellement la conscience de chacun, ses habitudes de vie. La consommation et la croissance deviennent ainsi le seul horizon &#224; court terme, les seules ressources disponibles pour le pr&#233;sent. &#171; Tristes (en)tropiques &#187; d&#233;signe cette fa&#231;on de rendre &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; impossible toute pens&#233;e de l'entre-deux et de l'entre-temps, de pr&#233;senter la d&#233;croissance comme une obligation vitale, plut&#244;t qu'un moment de cr&#233;ation. Nous rejoignons ici certaines des th&#232;ses d&#233;velopp&#233;es par H-P Jeudy sur le d&#233;sir de catastrophe comme autre face du projet t&#233;l&#233;ologique de la technoscience. Anticiper la fin dans le souci de la pr&#233;venir ou de l'incliner ne doit pas nous priver des moyens de penser le pr&#233;sent. La notion de &#171; d&#233;croissance &#187; elle-m&#234;me n'&#233;chappe pas totalement &#224; cette critique puisqu'elle appara&#238;t avant tout privative, qu'elle semble &#244;ter, retirer, plut&#244;t qu'enrichir l'existence de sens nouveaux. Triste d&#233;croissance donc, que celle qui exigerait le renoncement sans offrir une vision de ce qui pourrait &#234;tre. Certes, il y a urgence. Les inqui&#233;tudes de J.-P. Dupuy sont fond&#233;es, lorsqu'il remarque que tout se passe en d&#233;finitive comme si, en se d&#233;chargeant sur la technique et la consommation de biens mat&#233;riels du fardeau de sa libert&#233;, l'individu moderne donnait &#224; celle-ci la forme d'un destin inhumain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dupuy J-P., Pour un catastrophisme &#233;clair&#233;. Quand l'impossible est certain, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la premi&#232;re urgence ne consiste-t-elle pas &#224; reconqu&#233;rir un rapport au temps non soumis &#224; l'urgence, &#224; renoncer &#224; la temporalit&#233; compulsive faite de la juxtaposition d'instants disjoints de l'&#233;conomie et de la technologie ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gras A., &lt;i&gt;Les Macro-syst&#232;mes techniques&lt;/i&gt;, Paris, &#171; Que-sais-je ? &#187; PUF, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bigo Didier, Guild E. 2005. &lt;i&gt;La Mise &#224; l'&#233;cart des &#233;trangers. La logique du visa Schengen&lt;/i&gt;. Paris, L'Harmattan, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Craipeau, Sylvie ; Dubey, G&#233;rard ; Guchet, X. 2006. &#171; Biodev : du contr&#244;le &#224; distance au macro-syst&#232;me-technique &#187;, rapport final INT/Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur/Minist&#232;re des Affaires Etrang&#232;res/Communaut&#233; europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Noiriel G., &lt;i&gt;&#201;tat, nation et immigration&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2001. Gras A., op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Maintenant, nous dit cet agent consulaire, la date de naissance est int&#233;gr&#233;e d&#232;s le d&#233;part &#224; la quittance (code barre). On ne peut pas les changer, donc se tromper. Maintenant tout d&#233;marre avec le num&#233;ro de quittance qu'on entre pour saisir... C'est organis&#233; scientifiquement, tout a &#233;t&#233; pens&#233;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;sistance, &#233;crit par exemple C. Dobr&#233;, s'exprime aussi au travers &#171; d'actes priv&#233;s, men&#233;s sans d&#233;cision pr&#233;alable, qui ignorent leur caract&#232;re politique et ne se d&#233;finissent pas comme tels, ne d&#233;rogeant pas n&#233;cessairement &#224; la loi &#8211; mais plut&#244;t &#224; la norme institu&#233;e par une mod&#232;le culturel (qui n'est pas toujours ressenti comme dominant) &#187;. Dobr&#233; M., &lt;i&gt;L'&#201;cologie au quotidien. &#201;l&#233;ments pour une th&#233;orie sociologique de la r&#233;sistance ordinaire&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Paris, 2003, p. 316.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il y a des anciens nous dit un grad&#233;, qui sont r&#233;fractaires &#224; l'innovation, sceptiques &#224; l'&#233;gard des nouvelles technologies et qui interf&#232;rent avec le message adress&#233; aux jeunes. [...] Il suffit d'un ou deux vers dans le fruit pour que le syst&#232;me soit perverti. [...] &#192; la marge, il y a eu des d&#233;gradations volontaires, des destructions de ports USB, des souris enlev&#233;es et des boules enlev&#233;es, des d&#233;gradations de COVADIS. [...] Mais avec la nouvelle aubette, vous voyez, plus rien ne d&#233;passe, tout est int&#233;gr&#233;, connectique, mat&#233;riels, terminaux... Pour d&#233;grader le truc, maintenant il faut y aller &#224; la hache. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le passeport sur lequel on travaille doit &#234;tre vrai. C'est une s&#233;curit&#233; en amont pour moi. C'est mieux de travailler dans un univers s&#233;curis&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une personne &#226;g&#233;e se pr&#233;sente &#224; l'un des guichets du consulat d'Annaba pour se voir signifier un refus de visa. Sa fille, qui la re&#231;oit en France n'a pas envoy&#233;e l'attestation de prise en charge. Suit ce dialogue : &#8212; Monsieur, vous avez une retraite de combien ici ? &#8212; 8 000 dinars... Avant c'&#233;tait pas comme ca... &#8212; Oui mais &#231;a a chang&#233;. Demandez &#224; Rachida une attestation sur l'honneur qui indique qu'elle vous prend en charge. C'est &#233;crit ici. &#8212; Je ne reviendrai pas... &#8212; Attendez monsieur... on va voir ca. Avez-vous une petite retraite en France ? Revenez avec un papier r&#233;cent de la poste et on vous prend tout de suite. Vous ne ferez pas la cha&#238;ne. Votre document actuel date de 2001. Apportez moi un papier r&#233;cent de la retraite. &#8212; Mais il est l&#224;... &#8212; Mais il est d'un montant de 4 000 dinars, c'est encore moins que ce que vous m'avez dit... &#8212; Ce n'est pas possible, l'ann&#233;e derni&#232;re ce n'&#233;tait pas comme ca. Je viens de Batna, c'est tr&#232;s loin...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bauman, Z. &lt;i&gt;L'Amour liquide. De la fragilit&#233; des liens entre les hommes&lt;/i&gt;. Le Rouergue/Chambon, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les agents expatri&#233;s du consulat d'Annaba sortent par exemple tr&#232;s peu, ou en groupe, de l'enceinte du consulat prot&#233;g&#233;e par de hauts murs et des barbel&#233;s. Le risque de corruption est tr&#232;s &#233;lev&#233;, d'o&#249; une organisation particuli&#232;re du travail avec un cloisonnement entre les diff&#233;rentes &#233;tapes du processus de traitement des dossiers (&#233;tanch&#233;it&#233; entre la r&#233;ception, la saisie, l'instruction et la d&#233;livrance du dossier). &#171; C'est une vie monachale dans un b&#226;timent qui ressemble un peu &#224; un couvent, nous confiera le consul g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Sur les dossiers m&#233;dicaux, il y a des probl&#232;mes d'ordre moral car il y a &#233;norm&#233;ment de fraudes &#224; la CMU, &#224; la carte vitale... Mais il faut parfois refuser le visa &#224; quelqu'un qui a une pathologie lourde. On est un peu les garants des r&#232;gles et de leur p&#233;rennit&#233;. Si je ferme les yeux et que tout le monde les ferme, ce sont les g&#233;n&#233;rations ult&#233;rieures qui vont perdre... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'id&#233;e consiste &#224; ne pas forcer l'op&#233;rateur ou le syst&#232;me &#224; &#234;tre exempt de dysfonctionnements, mais &#224; se donner les moyens de vivre en s&#233;curit&#233; avec des syst&#232;mes qui ne sont pas nominaux &#187;. Le concept de r&#233;silience renvoie dans ce contexte pr&#233;cis &#224; un syst&#232;me capable de &#171; g&#233;rer la complexit&#233; des situations impr&#233;vues o&#249; les routines sont en &#233;chec. Il peut &#234;tre traduit en fran&#231;ais par r&#233;sistance ou robustesse &#187;. Amalberti R., &#171; Une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s pour les hautes technologies &#187;, &lt;i&gt;Les dossiers de la recherche&lt;/i&gt;, n&#176; 26, f&#233;vrier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dupuy J-P., &#171; I. Illich, ou la bonne nouvelle &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 26 d&#233;cembre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bouvier P., &lt;i&gt;Socio-anthropologie&lt;/i&gt;, Paris, A. Colin, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dupuy J-P., &lt;i&gt;Pour un catastrophisme &#233;clair&#233;. Quand l'impossible est certain&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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