<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Entropia La Revue</title>
	<link>http://www.entropia-la-revue.org/</link>
	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?id_auteur=61&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Entropia La Revue</title>
		<url>https://www.entropia-la-revue.org/local/cache-vignettes/L144xH32/siteon0-9f5ff.png?1635369859</url>
		<link>http://www.entropia-la-revue.org/</link>
		<height>32</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Fabrique du vivant et d&#233;croissance</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article198</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article198</guid>
		<dc:date>2021-11-04T21:58:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques Testart</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On peut difficilement imaginer que certains &#233;l&#233;ments de la machine du progr&#232;s demeureraient indemnes de nouvelles conditions &#233;conomiques, et des nouveaux paradigmes de sociabilit&#233; qui en d&#233;coulent. Ce n'est pas seulement la carence du p&#233;trole et la r&#233;alit&#233; de l'effet de serre qui appelleront des solutions novatrices, c'est aussi la le&#231;on des &#233;checs de l'&#232;re industrielle, l'&#233;vidence qu'il faut r&#233;viser les certitudes du &#171; progr&#232;s &#187;, et l'instauration de nouvelles r&#232;gles pour la vie de chacun (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On peut difficilement imaginer que certains &#233;l&#233;ments de la machine du progr&#232;s demeureraient indemnes de nouvelles conditions &#233;conomiques, et des nouveaux paradigmes de sociabilit&#233; qui en d&#233;coulent. Ce n'est pas seulement la carence du p&#233;trole et la r&#233;alit&#233; de l'effet de serre qui appelleront des solutions novatrices, c'est aussi la le&#231;on des &#233;checs de l'&#232;re industrielle, l'&#233;vidence qu'il faut r&#233;viser les certitudes du &#171; progr&#232;s &#187;, et l'instauration de nouvelles r&#232;gles pour la vie de chacun et pour la vie collective. Ce monde ne pourra &#234;tre que plus convivial, ou alors il serait dramatiquement injuste, si un petit nombre s'appropriait les ressources rar&#233;fi&#233;es tout en poursuivant la d&#233;pr&#233;dation de la plan&#232;te, une &#233;ventualit&#233; qui rappelle que l'avenir sera aussi un effet de la politique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, dans l'hypoth&#232;se o&#249; la barbarie ne l'emporterait pas, notre monde devra survivre &#224; la r&#233;duction de sa consommation en d&#233;veloppant la frugalit&#233;, mais aussi des relations de coop&#233;ration et de solidarit&#233; qui, seules, peuvent rendre la d&#233;croissance supportable, si ce n'est r&#233;jouissante. Dans ce paysage o&#249; nous vivrons bient&#244;t, la recherche scientifique ne pourra pas poursuivre sa fonction actuelle, qui est essentiellement de rendre possible la consommation de nouveaux produits ou services pour le b&#233;n&#233;fice principal de puissances financi&#232;res. Mais cela ne veut pas dire que la recherche deviendrait interdite ou seulement superflue. Imaginer cette issue serait admettre que l'humanit&#233; dispose d'ores et d&#233;j&#224; de toutes les technologies n&#233;cessaires &#224; sa survie et m&#234;me &#224; son &#233;panouissement, une hypoth&#232;se mise &#224; mal, entre autre, par de vraisemblables nouveaux besoins, n&#233;s de nouvelles conditions d'existence. On peut m&#234;me imaginer le renouvellement du besoin de connaissances par la recherche dite &#171; fondamentale &#187;... une activit&#233; devenue un luxe en perdition dans nos soci&#233;t&#233;s n&#233;o-lib&#233;rales de comp&#233;tition ! Les utopistes de &lt;i&gt;La Nef des fous&lt;/i&gt; ont ainsi exp&#233;riment&#233; depuis trente ans les conditions d'une &#233;conomie domestique &#233;chappant aux crit&#232;res du d&#233;veloppement. Ils t&#233;moignent que &#171; les questions rencontr&#233;es nous ont amen&#233;s &#224; &#233;tudier des savoirs aussi vari&#233;s que la di&#233;t&#233;tique pour d&#233;finir nos plans de culture et d'&#233;levage, le droit pour d&#233;finir notre statut juridique et fiscal dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, la thermodynamique pour imaginer des moteurs nouveaux, l'&#233;lectronique pour la r&#233;gulation automatique de nos machines &#224; partir de composants r&#233;cup&#233;r&#233;s dans de vieux t&#233;l&#233;viseurs... Nous avons donc constitu&#233; une biblioth&#232;que technique d'ouvrages du XVIIIe si&#232;cle &#224; nos jours&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diog&#232;ne, in D&#233;faire le d&#233;veloppement, refaire le monde, Parangon, 2000. 2 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... &#187;. On le voit, une activit&#233; inventive, souvent d&#233;connect&#233;e des laboratoires professionnels, ne s'oppose pas &#224; la pr&#233;diction d'Ivan Illich : &#171; Les deux-tiers de l'humanit&#233; peuvent encore &#233;viter de traverser l'&#226;ge industriel s'ils choisissent d&#232;s &#224; pr&#233;sent un mode de production fond&#233; sur un &#233;quilibre postindustriel, celui-l&#224; m&#234;me auquel les nations surindustrialis&#233;es vont &#234;tre accul&#233;es par la menace du chaos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Illich I. La Convivialit&#233;, Seuil, 1973.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la quasi totalit&#233; des r&#233;flexions autour de la d&#233;croissance, quand elles comportent des analyses plut&#244;t que des g&#233;n&#233;ralit&#233;s, portent sur les th&#232;mes de la gestion de l'&#233;nergie ou de l'&#233;conomie de proximit&#233;. Ce sont effectivement les th&#232;mes premiers, puisqu'un monde d&#233;croissant n'est pas forc&#233;ment le meilleur des mondes possibles, mais celui que va nous imposer la n&#233;cessit&#233; de faire avec les p&#233;nuries et les pollutions. C'est donc de fa&#231;on presque automatique qu'on pense l'agonie de la bagnole, de l'avion et du pavillon individuel, en m&#234;me temps qu'on peut imaginer des modes de vie responsables. Mais qu'en est-il de la science et des innovations dans des domaines qui semblent d&#233;connect&#233;s des pr&#233;occupations &#171; d&#233;croissantes &#187; actuelles ? Nous formulerons ici des hypoth&#232;ses sur le devenir possible des actions sur le vivant, appliqu&#233;es &#224; l'homme ou aux plantes cultiv&#233;es et aux animaux domestiques. Cet ensemble d'artifices concerne de nombreux champs : &lt;i&gt;procr&#233;ation&lt;/i&gt; (AMP), &lt;i&gt;contraception&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;st&#233;rilisation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;s&#233;lection&lt;/i&gt; (DPI, diversit&#233;), &lt;i&gt;correction&lt;/i&gt; (th&#233;rapie g&#233;nique), &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; (clonage), &lt;i&gt;modification&lt;/i&gt; (OGM), &lt;i&gt;cr&#233;ation&lt;/i&gt; (transhumanisme). Quand elles s'appliquent aux humains ces techniques ne rel&#232;vent pas de nouveaux biens mais de nouveaux services, dont on doit &#233;valuer la pertinence c'est-&#224;-dire le potentiel d'am&#233;lioration qualitative des conditions d'existence mais aussi l'effet anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, &#224; la Renaissance, l'anatomiste Andr&#233; V&#233;sale publia &lt;i&gt;La fabrique du corps humain&lt;/i&gt; (1543), fruit de ses dissections controvers&#233;es, il ne s'agissait que de description des os, muscles, nerfs, vaisseaux, organes, etc., sans pr&#233;tention &#224; enseigner le fonctionnement de la machine humaine. Aujourd'hui, l'anatomie est devenue une science d&#233;su&#232;te : les enjeux cognitifs, m&#233;dicaux et &#233;conomiques se sont port&#233;s sur la dimension fonctionnelle des &#171; machines vivantes &#187;, de la bact&#233;rie &#224; l'homme en passant par les plantes et les animaux. Et la &lt;i&gt;fabrique du corps humain&lt;/i&gt; a fait place &#224; une v&#233;ritable &lt;i&gt;fabrique du vivant&lt;/i&gt;, d&#233;bordant le descriptif pour cr&#233;er, modifier, g&#233;rer des organismes. Puisque cette fabrique du vivant occupe largement l'actualit&#233; et se d&#233;montre capable d'influencer notre devenir et celui du monde naturel, il est justifi&#233; de penser son statut et ses fonctions dans une soci&#233;t&#233; dont la gouvernance, les priorit&#233;s et les ressources seraient largement remodel&#233;es. C'est le cas d'une soci&#233;t&#233; amen&#233;e &#224; r&#233;viser son mode d'existence quand l'&#233;conomie n'est plus dict&#233;e par la croissance. Alors, la dimension anthropologique des technologies pourrait &#234;tre appr&#233;ci&#233;e en dehors des pressions parasites (int&#233;r&#234;ts des professionnels, industriels, id&#233;ologie de la performance...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons imm&#233;diatement que les r&#233;flexions qui suivent prennent le risque de mourir comme de fausses pr&#233;visions, une issue qui menace toujours le d&#233;broussaillage et l'audace prospective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les valeurs que nous consid&#233;rerons pour &#233;valuer les pratiques &#233;ventuelles de &lt;i&gt;fabrique du vivant&lt;/i&gt; sont surtout : dignit&#233; humaine, biodiversit&#233;, solidarit&#233;, coop&#233;ration, convivialit&#233;, fragilit&#233;, prudence, autonomie, responsabilit&#233;, tol&#233;rance. Nous n'envisagerons ici que les actions sur le vivant &#171; domestique &#187; ou visible, en n&#233;gligeant les effets des activit&#233;s humaines sur les myriades d'organismes, v&#233;g&#233;taux, insectes, champignons, et en n&#233;gligeant surtout que, pour sa plus grande part (80 %), le vivant habite la couche superficielle de la terre. Ainsi le mod&#232;le d'agriculture est aussi un mode de gestion de ces organismes, car c'est l&#224; que g&#238;t la source pour la fabrique naturelle et le renouvellement du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Procr&#233;ation&lt;/i&gt;. Sous le sigle AMP (Assistance m&#233;dicale &#224; la procr&#233;ation), on regroupe des m&#233;thodes artificielles comme la fivete (f&#233;condation in vitro et transfert d'embryon), l'ins&#233;mination artificielle (IA), le don d'ovules ou d'embryons... Faudrait-il se passer de ces fa&#231;ons r&#233;centes de faire des enfants ? Si l'AMP compte aujourd'hui pour environ 2 % des naissances dans les pays industrialis&#233;s, rares sont les PVD d&#233;pourvus de ces technologies (des centres de fivete existent par dizaines en Inde ou au Br&#233;sil par exemple). Bien s&#251;r, le constat d'une irruption technologique, m&#234;me g&#233;n&#233;ralis&#233;e, ne suffit pas &#224; la justifier, mais toutes les cultures reconnaissent le droit de procr&#233;er, m&#234;me &#224; l'aide de rites ou d'artifices contre les al&#233;as naturels, le Vatican, seul dans le monde, exprimant son opposition &#233;thique. Ces m&#233;thodes paraissant admises, faudrait-il s'abstenir de rechercher de nouveaux artifices pour am&#233;liorer les techniques disponibles ? D&#232;s qu'une pratique se r&#233;pand, &#224; la convenance des populations, les chercheurs ont mission d'&#233;liminer ses carences, ses &#233;checs et ses servitudes. Par ailleurs, les atteintes durables &#224; la fertilit&#233; provoqu&#233;es par les pollutions, d&#233;j&#224; r&#233;elles, de l'environnement ne poussent-elles pas au recours croissant &#224; l'AMP, pour r&#233;soudre des d&#233;sirs individuels autant que pour assurer la suite de l'esp&#232;ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf &#224; accepter la st&#233;rilit&#233; comme une fatalit&#233;, et sans oublier le recours potentiel, h&#233;las &#233;ternel, &#224; l'adoption d'enfants abandonn&#233;s, il restera l&#233;gitime pour un couple de faire &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; enfant, m&#234;me avec l'irruption de sp&#233;cialistes m&#233;dicaux dans son intimit&#233;. Toutefois, quand ces sp&#233;cialistes ne sont pas indispensables, on devrait pouvoir souvent s'en passer, au nom du principe d'autonomie (les lesbiennes am&#233;ricaines se sont depuis longtemps organis&#233;es pour r&#233;aliser elles-m&#234;mes l'ins&#233;mination vaginale, et obtiendraient de meilleurs r&#233;sultats que les gyn&#233;cologues...). D'autre part, quand les techniques de procr&#233;ation comportent la contribution de tiers (don de gam&#232;tes et d'embryons, m&#232;re-porteuse, procr&#233;ation de personnes seules ou de couples homosexuels) on pourrait &#233;viter les &#171; appariements &#187; de type v&#233;t&#233;rinaire qu'impose le pouvoir m&#233;dical. Il faudrait pour cela revaloriser l'adoption, ou r&#233;&#233;valuer les pratiques de secret-anonymat du tiers donneur (de gam&#232;tes ou d'embryons) actuellement obligatoires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Testart J. (dirig&#233; par) Le Magasin des enfants, Gallimard, 1994.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il reste aussi &#224; s'interroger sur l'issue de certains travaux, encore confidentiels et largement utopiques, qui visent &#224; produire des gam&#232;tes &#171; artificiels &#187; ou &#171; synth&#233;tiques &#187; &#224; partir de cellules souches pluripotentes, ou m&#234;me de cellules somatiques, extraites du corps du g&#233;niteur st&#233;rile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'ut&#233;rus artificiel, vieux fantasme masculin r&#233;cup&#233;r&#233; par certaines f&#233;ministes, il faut souhaiter qu'il demeure techniquement infaisable &#233;tant donn&#233; son haut degr&#233; d'exp&#233;rimentation humaine et d'instrumentalisation inutile de la grossesse. Enfin, certaines revendications, comme la grossesse masculine, n'ont pas m&#234;me pour but de r&#233;tablir une fonction emp&#234;ch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chez l'animal&lt;/i&gt;, les pratiques d'IA et de m&#232;res porteuses d'embryons s&#233;lectionn&#233;s conduisent &#224; des monopoles sur les g&#233;niteurs (herd books) et &#339;uvrent &#224; la rar&#233;faction vari&#233;tale (voir s&#233;lection).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Contraception&lt;/i&gt;. Les m&#233;thodes disponibles sont nombreuses et la diminution des ressources devrait valoriser ces artifices pour limiter le nombre des humains autant que pour ma&#238;triser la procr&#233;ation individuelle. La contraception &#171; naturelle &#187; le restera, mais conservera ses marges d'erreur. Les autres techniques font appel aux mati&#232;res plastiques ou aux hormones synth&#233;tiques... mais peut-&#234;tre ne faut-il pas &#234;tre plus d&#233;croissant que la d&#233;croissance ! C'est m&#234;me dans ce domaine de la contraception que des recherches pourraient s'av&#233;rer utiles afin de proposer des moyens contraceptifs non contraignants, en particulier pour les populations qui ne sont pas pr&#233;par&#233;es &#224; la discipline qu'exigent les pratiques actuelles. L'&#233;ventualit&#233; d'un vaccin contraceptif, appliqu&#233; &#224; l'un ou l'autre sexe et efficace pendant quelques ann&#233;es, pourrait s&#233;duire. J'ai personnellement &#233;prouv&#233; les r&#233;ticences de l'industrie pharmaceutique pour aider de telles recherches qui risquent d'entra&#238;ner un manque &#224; gagner consid&#233;rable par rapport aux m&#233;thodes hormonales...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;St&#233;rilisation&lt;/i&gt;. C'est une proposition extr&#234;me pour que l'humanit&#233; puisse survivre malgr&#233; la carence des ressources. Devant la difficult&#233; &#224; recruter massivement des &#171; volontaires &#187;, ce projet quitte l'apparence d'une action m&#233;dicale pour en venir aux solutions radicales et impos&#233;es : guerre, empoisonnement, &#233;limination des populations les plus prolifiques qui sont aussi les plus d&#233;munies. Puisque l'effectif du monde &#171; d&#233;velopp&#233; &#187; n'augmente quasiment plus, l'enrichissement r&#233;el des PVD pourrait &#234;tre une solution &#224; la surpopulation. Mais cette solution ne prend pas en compte la d&#233;croissance globale n&#233;cessaire pour la survie de la plan&#232;te, ni le temps de latence entre les pratiques malthusiennes et leurs &#233;ventuels effets sur l'am&#233;lioration du niveau de vie. Aussi, certains avancent des propositions pour des solutions extr&#234;mes : &#171; L'&#233;limination nucl&#233;aire instantan&#233;e des centres de population pourrait m&#234;me &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une d&#233;livrance, compar&#233;e aux famines et aux massacres se prolongeant pendant des d&#233;cennies. &#192; la longue, probablement avant 2150, la population mondiale sera tomb&#233;e &#224; un niveau que les &#233;nergies renouvelables, principalement la biomasse, pourront soutenir. Il est probable qu'elle soit similaire &#224; la population d'avant la R&#233;volution industrielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stanton W, sur le site de l'ASPO :&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Affirmons que, dans le monde que nous souhaitons, les limites &#224; la procr&#233;ation ne peuvent en aucun cas aller au-del&#224; de la contraception volontaire ! Il est, par ailleurs, regrettable que les pr&#233;visionnistes n'envisagent pas d'autres fa&#231;ons de vivre, et en particulier de se nourrir (par exemple, la substitution de plantes l&#233;gumineuses &#224; la viande permettrait de nourrir plus de 10 milliards de personnes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Chez les animaux&lt;/i&gt;, la st&#233;rilisation s'opposerait &#224; la prolificit&#233; qu'on exige des &#233;levages. Chapons, poulardes ou b&#339;ufs ne sont que des petits luxes pour parfaire la qualit&#233; des viandes, et la plupart des individus y &#233;chappent dans chaque esp&#232;ce. Mais les m&#226;les, m&#234;mes non castr&#233;s, sont fonctionnellement st&#233;rilis&#233;s si la reproduction des troupeaux n'est assur&#233;e que par quelques g&#233;niteurs, lesquels sont d&#233;tenus par les s&#233;lectionneurs. &lt;i&gt;Les plantes&lt;/i&gt; constituent une cible plus ais&#233;e pour les techniques st&#233;rilisantes. Est-ce seulement pour augmenter la productivit&#233; ou surtout pour fortifier le march&#233; des semences que certaines esp&#232;ces (ma&#239;s) sont essentiellement commercialis&#233;es sous une forme &#171; hybride &#187; qui assure leur st&#233;rilit&#233; ? L'uniformisation g&#233;n&#233;tique qui caract&#233;rise les plants hybrides para&#238;t peu propice pour affronter les changements climatiques et les fl&#233;aux biologiques &#224; venir. Le fameux transg&#232;ne &lt;i&gt;Terminator&lt;/i&gt; que les multinationales menacent d'introduire dans les plantes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;es (OGM) &#171; pour mieux contr&#244;ler leur diss&#233;mination &#187; permettrait surtout de remplacer les contr&#244;les policiers actuels pour assurer l'impossibilit&#233; de resemer des graines r&#233;colt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a bien montr&#233; Jean-Pierre Berlan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Berlan J. P. La Guerre au vivant. OGM et mystifications scientifiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; le but des &#171; n&#233;crotechnologies &#187; est &#171; d'exproprier cette propri&#233;t&#233; malheureuse des plantes et des animaux : se reproduire et se multiplier &#187;. Il s'agit donc de s&#233;parer la &lt;i&gt;production&lt;/i&gt; qui reste dans les mains de l'agriculteur, de la &lt;i&gt;reproduction&lt;/i&gt; qui devient le privil&#232;ge de l'investisseur, c'est-&#224;-dire de quelques multinationales. D'o&#249; le projet &#171; s&#233;culaire mortif&#232;re &#187; de st&#233;rilisation du vivant. Ces pratiques mercantiles, contraires &#224; l'int&#233;r&#234;t commun, cesseront si on assure la reprise en main de l'agriculture par les paysans eux-m&#234;mes, et qu'on emp&#234;che l'appropriation du vivant par le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;S&#233;lection&lt;/i&gt;. On touche ici un domaine d&#233;j&#224; sensible. L'&#233;limination de certains f&#339;tus ou embryons est motiv&#233;e aussi bien par la charge sociale qu'imposent les handicap&#233;s que par le refus d'accepter des personnes diff&#233;rentes. Qu'en sera-t-il dans une soci&#233;t&#233; d&#233;croissante ? Si on consid&#232;re la charge sociale que repr&#233;senteraient des individus malades ou inactifs, elle pourrait appara&#238;tre de plus en plus insupportable dans un monde moins opulent... Mais, &#224; l'inverse, si des relations solidaires et conviviales s'instaurent r&#233;ellement, les personnes handicap&#233;es pourraient trouver leur place comme il arrivait avant l'av&#232;nement de la soci&#233;t&#233; industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui risque de changer la donne, c'est l'&#233;volution prochaine des techniques concernant le tri des embryons (diagnostic pr&#233;implantatoire = DPI). Qu'en sera-t-il quand la production &lt;i&gt;in vitro&lt;/i&gt; d'ovules en abondance, &#224; partir d'innombrables ovocytes immatures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Testart J. Des Ovules en abondance ? M&#233;decine/Sciences 20, 2004.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; g&#233;n&#233;rera des embryons en masse, et qu'on pourra trier selon des caract&#233;ristiques nombreuses, sans que la femme ne doive souffrir les actes de stimulation hormonale, monitorage de l'ovulation et ponction folliculaire qui caract&#233;risent aujourd'hui la fivete ? Cette perspective ouvre, &#224; moyen terme, la s&#233;lection des enfants &#224; tous les parents potentiels, m&#234;me normalement fertiles. Qui souhaiterait alors choisir un embryon g&#233;n&#233;tiquement &#171; tar&#233; &#187; si des dizaines d'embryons &#171; normaux &#187; sont disponibles ? Une telle banalisation consensuelle de la norme par la &#171; s&#233;lection comp&#233;titive &#187; ouvre &#224; un nouvel eug&#233;nisme, v&#233;ritable mise en science et en fantasmes du n&#233;o-lib&#233;ralisme. Il existe une convergence objective entre les int&#233;r&#234;ts &#233;tatiques des soci&#233;t&#233;s de comp&#233;tition et les angoisses de l'anormalit&#233; chez les futurs parents. Le premier terme devant s'att&#233;nuer dans le monde de l'apr&#232;s-croissance, reste &#224; esp&#233;rer que le second s'&#233;puisera dans de nouvelles valeurs de sociabilit&#233;. Il faut bien voir aussi que la multiplication des diagnostics chez l'embryon, l'enfant et l'adulte am&#232;nera &#224; la caract&#233;risation g&#233;n&#233;tique de plus en plus complexe des individus existants (non &#233;limin&#233;s dans l'&#339;uf) et &#224; alimenter ainsi le champ de la m&#233;decine pr&#233;dictive en fonction de la fr&#233;quence statistique des &#171; facteurs de risque &#187; associ&#233;s &#224; chaque g&#233;nome. D'o&#249; des consignes comportementales pr&#233;ventives et la production d'une ing&#233;nierie m&#233;dicale (m&#233;dicaments, examens, r&#233;gimes) le plus souvent inutile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Testart J. Des hommes probables, Seuil, 1999.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi serait amplifi&#233; jusqu'&#224; l'absurde le constat d'Ivan Illich : &#171; La m&#233;decine cr&#233;e les pathologies qu'elle diagnostique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appliqu&#233;e aux &#234;tres vivants non humains (plantes et animaux), la s&#233;lection est aussi &#224; double tranchant. Si elle permet de conserver et am&#233;liorer des vari&#233;t&#233;s utiles (comme on l'a fait depuis toujours), elle peut aussi r&#233;duire la biodiversit&#233;, une cons&#233;quence qui pourrait s'av&#233;rer dramatique dans les conditions pr&#233;visibles de changements climatiques rapides. Il faudra certainement restituer l'outil s&#233;lectif au monde paysan, ce qui ne peut arriver qu'en r&#233;duisant les avantages qu'en retirent les industriels (brevets, droits divers). Mais cela ne signifie pas que la recherche publique doive s'abstenir de poursuivre son travail de mise &#224; jour des meilleures vari&#233;t&#233;s, y compris avec les outils sophistiqu&#233;s de la g&#233;n&#233;tique. Il existe naturellement des plantes et animaux dou&#233;s de propri&#233;t&#233;s encore mal exploit&#233;es. Les identifier et inclure ces propri&#233;t&#233;s dans l'inventaire du vivant domestique ne n&#233;cessite pas de construire des chim&#232;res intersp&#233;cifiques et para&#238;t positif dans le cadre d'un &#233;largissement de la diversit&#233; plut&#244;t que dans sa restriction. Ainsi l'acclimatation des esp&#232;ces utiles &#224; l'homme peut &#233;largir l'&#233;levage ou la culture &#224; des territoires hostiles ou &#224; des conditions climatiques nouvelles, une perspective qui n'a rien &#224; voir avec le productivisme de l'agriculture intensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Correction&lt;/i&gt;. Bien des proth&#232;ses permettent de corriger efficacement les erreurs du vivant ou les accidents de l'existence (lunettes, greffe d'organe, chirurgie r&#233;paratrice, etc.). L'attrait de certains de ces actes, par exemple la chirurgie esth&#233;tique, pourrait diminuer dans une soci&#233;t&#233; plus tol&#233;rante et moins soumise aux images de perfection, mais on ne voit ni la n&#233;cessit&#233; ni le bien fond&#233; de d&#233;cr&#233;ter leur interdiction. Le cas de la correction des maladies g&#233;n&#233;tiques (th&#233;rapie g&#233;nique) m&#233;rite plus de circonspection tant il mobilise de moyens sans avoir d&#233;montr&#233; sa faisabilit&#233;. Il n'est pas l&#233;gitime qu'un lobby comme le T&#233;l&#233;thon joue sans vergogne sur des sollicitations &#233;motionnelles pour recueillir des sommes consid&#233;rables qui lui permettent de canaliser les moyens de l'appareil public de recherche. Cet exemple est embl&#233;matique de la n&#233;cessit&#233; d'une gouvernance d&#233;mocratis&#233;e de la recherche scientifique, prenant en compte les besoins r&#233;els, des hypoth&#232;ses valid&#233;es et l'affectation proportionn&#233;e des moyens disponibles. De m&#234;me est-il abusif que certains chercheurs veuillent imposer des th&#233;rapies hypoth&#233;tiques avec des cellules correctrices obtenues par clonage (cellules souches embryonnaires = cellules ES). Ce projet, en voie d'&#234;tre impos&#233;, n'est encore qu'une utopie, puisque sa faisabilit&#233; n'a pas &#233;t&#233; montr&#233;e dans un mod&#232;le animal (ici on rencontrera l'hostilit&#233; absolue de certains pour l'exp&#233;rimentation animale, mais, s'il est souvent possible de tester des m&#233;dicaments sur des mod&#232;les cellulaires plut&#244;t que sur animaux vivants, on voit mal comment exp&#233;rimenter des th&#233;rapies cellulaires hors des organismes entiers. Le choix est alors entre cobaye humain ou cobaye animal). De plus le recours aux cellules ES n'appara&#238;t pas n&#233;cessaire tant que des cellules souches moins probl&#233;matiques (extraites du liquide amniotique ou du cordon ombilical, ou d'organismes adultes, ou encore d'embryons vou&#233;s &#224; &#234;tre d&#233;truits) n'ont pas &#233;t&#233; &#233;valu&#233;es compl&#232;tement dans ce but. Il faut souhaiter que tous les projets de recherche controvers&#233;s soient soumis &#224; la critique des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Reproduction&lt;/i&gt;. Au contraire de la procr&#233;ation h&#233;t&#233;rosexuelle qui engendre toujours une descendance vari&#233;e et impr&#233;visible, la reproduction pr&#233;tend recopier un mod&#232;le unique (clonage). Son recours pour des &#234;tres humains supposerait que les &#171; &#233;lus &#187; soient reconnus pour des qualit&#233;s exceptionnelles g&#233;n&#233;tiquement d&#233;termin&#233;es, ou alors que certains puissants s'arrogeraient le &#171; droit &#187; absurde d'immortalit&#233;. Seul un syst&#232;me &#233;litiste, voire totalitaire, pourrait revendiquer le clonage humain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faut-il vraiment cloner l'homme ? Forum Diderot, PUF, 1999.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appliqu&#233; aux &lt;i&gt;animaux&lt;/i&gt; d'&#233;levage, le clonage vise &#224; perp&#233;tuer des qualit&#233;s g&#233;n&#233;tiques, &#233;ventuellement acquises par transgen&#232;se (voir modification). La multiplication asexu&#233;e de ces individus d'&lt;i&gt;&#233;lite&lt;/i&gt; participe &#224; la course au productivisme au m&#233;pris de la diversit&#233;, &#224; la sp&#233;cialisation outranci&#232;re des animaux au m&#233;pris de leur robustesse... et &#224; la privatisation marchande des ressources animales, comme il arrive d&#233;j&#224; avec les &lt;i&gt;plantes&lt;/i&gt; pour lesquelles le clonage (bouturage) est le mode naturel de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Modification&lt;/i&gt;. Pour les m&#234;mes raisons que le clonage, la modification du g&#233;nome humain (transgen&#232;se au stade de l'embryon) ne saurait &#234;tre justifi&#233;e : quel g&#232;ne ajouter &#224; l'humanit&#233; ? Au contraire des animaux ou plantes transg&#233;niques (OGM), nul ne peut dire ce que signifierait le projet d'&lt;i&gt;am&#233;liorer&lt;/i&gt; les humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des &lt;i&gt;plantes et animaux&lt;/i&gt; domestiques, c'est seulement une strat&#233;gie productiviste qui pousse &#224; modifier d&#233;lib&#233;r&#233;ment les g&#233;nomes. Cette strat&#233;gie bute sur des &#233;cueils impr&#233;vus par le r&#233;ductionnisme des g&#233;n&#233;ticiens (OGM manifestant des caract&#232;res ind&#233;sirables, effets seulement temporaires, acquisition de r&#233;sistances par les parasites). On peut m&#234;me penser que la modification g&#233;n&#233;tique des &#234;tres vivants est une absurdit&#233; &#233;cologique dans la mesure o&#249; la ma&#238;trise de ces cr&#233;atures sera toujours en retard sur la r&#233;alit&#233; d'un environnement naturel perturb&#233; en permanence (et d&#233;sormais de fa&#231;on acc&#233;l&#233;r&#233;e). Alors, s'il existe des modifications g&#233;n&#233;tiques d'int&#233;r&#234;t en agriculture, ce seraient seulement parmi celles qui &#233;largissent les perspectives d'acclimatation, comme on l'a &#233;voqu&#233; pour la s&#233;lection (tol&#233;rance au sel, &#224; la s&#233;cheresse). Mais de tels buts pourraient &#234;tre plus s&#251;rement approch&#233;s par des m&#233;thodes de s&#233;lection, &#233;ventuellement assist&#233;e par des marqueurs g&#233;n&#233;tiques, que par l'introduction de g&#232;nes &#233;trangers dans le g&#233;nome des plantes ou des animaux domestiques. Dans une soci&#233;t&#233; qui prendrait soin de ses ressources biologiques, et refuserait leur accaparement par des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, il semble &#233;vident que les droits exigibles sur des vari&#233;t&#233;s am&#233;lior&#233;es seraient limit&#233;s, et que les brevets sur le vivant seraient supprim&#233;s. Dans ces conditions, on peut parier que l'engouement actuel des industriels du vivant pour la transgen&#232;se, au prix de promesses mensong&#232;res, (&#171; nourrir le tiers-monde &#187;, &#171; prot&#233;ger l'environnement &#187;...) tomberait avec les pr&#233;rogatives du brevet...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cr&#233;ation&lt;/i&gt;. Il s'agit de d&#233;lires anciens de la science-fiction, que la science officielle vient juste de revendiquer. On y trouve p&#234;le-m&#234;le : la substitution d'une nouvelle base &#224; l'une des 4 bases (A, T, G, C) constitutives de l'ADN ; la fabrication de chim&#232;res par fusion des embryons d'esp&#232;ces diff&#233;rentes ; la cr&#233;ation de &#171; transhumains &#187; gr&#226;ce &#224; la convergence des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l'information, sciences cognitives). Tous ces projets sont en contradiction absolue avec les valeurs qui permettraient de survivre &#224; la croissance sans sombrer dans la barbarie. Le transhumanisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dupuy J.P. &#171; Quand les technologies convergeront &#187;, Futuribles 300, sept 2004.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; m&#233;rite une mention sp&#233;ciale, parce qu'il est &#224; la fois le plus fou et le plus s&#233;rieusement consid&#233;r&#233; dans les milieux qui comptent, surtout aux &#201;tats-Unis. Il s'agit de d&#233;passer les limites physiques et mentales de l'humain en am&#233;liorant ses capacit&#233;s par l'utilisation de drogues, par le traitement de ses informations c&#233;r&#233;brales &lt;i&gt;ex vivo&lt;/i&gt; dans un ordinateur ou &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; des nanorobots... Le transhumanisme s'oppose &#224; l'humanisme en rempla&#231;ant l'&#233;ducation et les r&#233;formes sociales par l'am&#233;lioration techno-g&#233;n&#233;tique de l'esp&#232;ce. Alors la pens&#233;e deviendrait un objet quantifiable, et la &#171; neur&#233;thique &#187; permettrait de la rationaliser (en commen&#231;ant par la localisation des &#171; aires c&#233;r&#233;brales de la morale &#187; et &#171; de la religion &#187;...). On est l&#224; dans une volont&#233; de m&#233;canisation de l'humain visant la gestion efficace d'une soci&#233;t&#233; d&#233;shumanis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusions&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la civilisation de diversit&#233; que nous souhaitons, la r&#233;gulation des probl&#232;mes de bio&#233;thique ne devrait pas d&#233;pendre de r&#232;gles &#233;dict&#233;es &#171; d'en haut &#187;. Pourtant, ici encore, la libert&#233; de chacun devrait s'arr&#234;ter l&#224; o&#249; commence celle des autres. La question est alors : en quoi, et &#224; qui, certaines pratiques &#233;voqu&#233;es ici sont-elles pr&#233;judiciables, et quelle n&#233;cessit&#233; avons-nous d'une &#233;thique commune ? Cette question est d&#233;j&#224; pos&#233;e dans la soci&#233;t&#233; de comp&#233;tition et les r&#233;ponses r&#233;sultent d'un compromis entre divers lobbies (m&#233;decins, industries des biotechnologies, religions) et des attitudes culturelles (mystique du progr&#232;s, humanisme, &#233;cologie profonde). Ce qui pourrait changer, si la soci&#233;t&#233; relativement d&#233;sali&#233;n&#233;e n'&#233;tait plus pilot&#233;e par des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, c'est le pouvoir des lobbies professionnels et industriels d'une part, et le poids des certitudes d'autre part. Il restera que, je le sais d'exp&#233;rience, deux &#233;thiques coexistent en chacun d'entre nous, m&#234;me si leur conflit n'appara&#238;t qu'en de rares occasions de crise : d'une part l'&#233;thique commune fond&#233;e sur des g&#233;n&#233;ralit&#233;s et refusant le plus souvent les transgressions &#224; la r&#232;gle (morale) commune ; d'autre part l'&#233;thique de situation qui porte chacun &#224; consid&#233;rer que le mal d'un proche (ou le sien propre) constitue un cas particulier susceptible d'exception. Nul ne peut se faire juge des tourments int&#233;rieurs. S'il est l&#233;gitime de fonder des r&#232;gles (comme les lois de bio&#233;thique) dans une soci&#233;t&#233; o&#249; des charognards veillent sur toutes les d&#233;tresses exploitables, on peut esp&#233;rer qu'une autre &#171; biopolitique &#187; serait possible dans un monde apais&#233;. Pas d'illusions ! Il y aura toujours des pervers, des frustr&#233;s du r&#233;el, des gourmands de fantasmes... Dans tous les actes qui bouleversent les r&#232;gles communes du jeu procr&#233;atif (comme faire un enfant apr&#232;s la m&#233;nopause, ou dans un ventre masculin, se faire cloner) ceux-l&#224; resteront largement minoritaires et leurs comportements ne sauraient influencer s&#233;rieusement la soci&#233;t&#233;. Jean Rostand indiquait d&#233;j&#224; que son inqui&#233;tude ne d&#233;coulait pas de l'irruption de quelques savants fous, mais de la tranquille assurance de tous les autres pour fabriquer un avenir jamais &#233;valu&#233;. Il en est de m&#234;me en bio&#233;thique : ce ne sont pas les positions en marge qui d&#233;font la &#171; morale &#187; des peuples, ce sont les revendications raisonnables, mais qui m&#233;prisent les limites, qui ignorent la rupture entre l'espoir du mieux et l'obsession du meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il restera plus ais&#233; et moins violent de surveiller en amont l'&#233;laboration des possibles dans les laboratoires que de l&#226;cher la police sur des contrevenants... Mais ce qui para&#238;t certain, c'est que le r&#244;le et les orientations de la recherche, comme la gestion des innovations, devront, de plus en plus, &#234;tre soumis aux attentes v&#233;ritables de la soci&#233;t&#233;. &lt;i&gt;Ouvrir la recherche&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;mettre la science en d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, ces v&#339;ux qui justifient les combats de la Fondation sciences citoyennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FSC :&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; devraient devenir des &#233;vidences collectives et imposer une nouvelle gouvernance de la recherche scientifique, ne serait-ce que par la conscience d'une communaut&#233; des destins, pour le refus des gaspillages, pour la veille vigilante sur un monde fragilis&#233;. Pour &#233;laborer ces r&#232;gles de vie commune, on devra d'abord s'accorder sur le mode d'emploi de la d&#233;mocratie : faut-il faire confiance aux sp&#233;cialistes, ou glaner les avis bruts de la population, les deux solutions le plus souvent pratiqu&#233;es pour d&#233;cider du &#171; progr&#232;s &#187; ? Mon opinion est qu'il faut, et qu'il faudra toujours, organiser des proc&#233;dures combinant l'acquisition de savoirs avec la valorisation du &#171; bon sens &#187;, c'est ce que peuvent et pourront faire, par exemple, les conf&#233;rences de citoyens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Testart J. Le V&#233;lo, le mur et le citoyen, Belin, 2006. Des &#233;l&#233;ments (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Diog&#232;ne, in &lt;i&gt;D&#233;faire le d&#233;veloppement, refaire le monde&lt;/i&gt;, Parangon, 2000. 2 Illich I. La Convivialit&#233;, Seuil, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Illich I. &lt;i&gt;La Convivialit&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Testart J. (dirig&#233; par) &lt;i&gt;Le Magasin des enfants&lt;/i&gt;, Gallimard, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stanton W, sur le site de l'ASPO : &lt;a href=&#034;http://www.peakoil.net/,2005&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.peakoil.net/,2005&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Berlan J. P. &lt;i&gt;La Guerre au vivant. OGM et mystifications scientifiques&lt;/i&gt;, Agone, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Testart J. &lt;i&gt;Des Ovules en abondance ?&lt;/i&gt; M&#233;decine/Sciences 20, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Testart J. &lt;i&gt;Des hommes probables&lt;/i&gt;, Seuil, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Faut-il vraiment cloner l'homme ?&lt;/i&gt; Forum Diderot, PUF, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dupuy J.P. &#171; Quand les technologies convergeront &#187;, &lt;i&gt;Futuribles&lt;/i&gt; 300, sept 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FSC : &lt;a href=&#034;http://www.sciencescitoyennes.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.sciencescitoyennes.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Testart J. &lt;i&gt;Le V&#233;lo, le mur et le citoyen&lt;/i&gt;, Belin, 2006. Des &#233;l&#233;ments compl&#233;mentaires peuvent &#234;tre trouv&#233;s sur mon site : &lt;a href=&#034;http://jacques.testart.free.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://jacques.testart.free.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
