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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>Vers une autonomie &#233;nerg&#233;tique locale</title>
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		<dc:date>2021-11-07T19:46:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laure Dobigny </dc:creator>



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&lt;p&gt;Si la question &#233;nerg&#233;tique se voit aujourd'hui propuls&#233;e sur le devant de la sc&#232;ne m&#233;diatique et politique, le d&#233;bat ne porte essentiellement que sur les sources d'&#233;nergies probables, souhaitables ou encore envisageables. Des &#233;nergies renouvelables (EnR) au nucl&#233;aire, en passant par les projets de la technoscience aussi d&#233;mesur&#233;s qu'inutiles (hydrog&#232;ne, &#171; charbon propre &#187;, ITER, etc.), la question pos&#233;e reste &#171; quoi &#187; bien plus que &#171; comment &#187;. Et pour cause, s'interroger sur les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si la question &#233;nerg&#233;tique se voit aujourd'hui propuls&#233;e sur le devant de la sc&#232;ne m&#233;diatique et politique, le d&#233;bat ne porte essentiellement que sur les &lt;i&gt;sources&lt;/i&gt; d'&#233;nergies probables, souhaitables ou encore envisageables. Des &#233;nergies renouvelables (EnR) au nucl&#233;aire, en passant par les projets de la technoscience aussi d&#233;mesur&#233;s qu'inutiles (hydrog&#232;ne, &#171; charbon propre &#187;, ITER, etc.), la question pos&#233;e reste &#171; quoi &#187; bien plus que &#171; comment &#187;. Et pour cause, s'interroger sur les convertisseurs et syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques, c'est poser la question de l'&lt;i&gt;id&#233;ologie&lt;/i&gt; sous-jacente aux choix technologiques. Ainsi, bien qu'on ne puisse que se r&#233;jouir de la place &#8211; tant dans les d&#233;bats que dans les installations &#8211; que prennent les EnR, ne s'inscrivent-elles pas dans la continuit&#233; des technologies modernes, c'est-&#224;-dire de l'id&#233;ologie de croissance ? Au-del&#224; de l'&#233;nergie utilis&#233;e, ne serait-ce pas la &lt;i&gt;technique employ&#233;e&lt;/i&gt; qui caract&#233;rise un changement social ? Le fondement de ce questionnement est que, si une soci&#233;t&#233; d&#233;croissante, du point de vue &#233;nerg&#233;tique, reposait avant tout sur l'absence de consommation ou &#171; n&#233;gawatt &#187;, une part incompressible d'&#233;nergie resterait n&#233;anmoins n&#233;cessaire. Quel syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique serait alors compatible avec une soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance et surtout, car il s'agit bien de penser la transition, permettrait d'atteindre une sobri&#233;t&#233; ? Ce changement de syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique n'est-il pas d'ailleurs d&#233;j&#224; en &#339;uvre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technologie et id&#233;ologie&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;veloppement rapide des grands projets EnR appara&#238;t n&#233;cessaire face &#224; l'urgence &#233;cologique de r&#233;orienter nos choix &#233;nerg&#233;tiques. Bien que seules les EnR repr&#233;sentent une alternative &#233;nerg&#233;tique r&#233;elle, de tels projets se situent pourtant dans la lin&#233;arit&#233; de nos usages &#233;nerg&#233;tiques et de nos fondements id&#233;ologiques s'exprimant dans la technique. Par l&#224;, ils ne peuvent &#234;tre pens&#233;s comme transition vers une d&#233;croissance. S'il sera davantage fait ici allusion au r&#233;seau &#233;lectrique, l'analyse peut s'&#233;tendre &#224; tous les syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#234;me rapport &#224; la nature tout d'abord. L'usage des &#233;nergies fossiles et fissiles semble significatif d'une &#171; conception moderne &#187; du monde : le rapport d'ext&#233;riorit&#233; &#8211; et de pr&#233;dation &#8211; de l'homme envers la nature par le pillage des ressources et la ma&#238;trise de la puissance. Mais en quoi la construction d'&#233;normes barrages hydrauliques, en d&#233;pla&#231;ant le lit d'un fleuve, inondant des hectares, cr&#233;ant de gigantesques retenues d'eau, modifiant enti&#232;rement le paysage sur de grandes distances et d&#233;pla&#231;ant des populations enti&#232;res, ne rel&#232;ve-t-elle pas d'une artificialisation de la nature, manipul&#233;e et domin&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour son paroxysme, on pensera notamment au barrage chinois des Trois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Que l'&#233;nergie hydraulique soit une des rares EnR &#224; n'avoir jamais &#233;t&#233; abandonn&#233;e malgr&#233; l'essor des &#233;nergies fossiles en est r&#233;v&#233;lateur. L'Union europ&#233;enne n'inclut ainsi dans sa d&#233;finition des EnR que l'hydraulique inf&#233;rieure &#224; dix m&#233;gawatts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La distinction entre le gros et le petit hydraulique cr&#233;e notamment un vif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; pourtant la source d'&#233;nergie reste identique. La technique caract&#233;riserait-elle davantage l'id&#233;ologie qui la sous-tend que le type d'&#233;nergie utilis&#233;e ? Le d&#233;bat sur les gros convertisseurs n'est pas &#233;largi aux autres EnR, alors que tous s'inscrivent dans une m&#234;me continuit&#233; technologique, c'est-&#224;-dire dans cette m&#234;me conception du monde. Si prendre en compte l'environnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'usage de ce mot exprime &#224; lui seul la pr&#233;gnance d'une conception (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'homme, pr&#233;server son &#171; contexte &#187;, n'est pas une conception d'ext&#233;riorit&#233; radicale entre l'homme et la nature, elle n'en reste pas moins une vision anthropocentriste du monde. La nature est toujours un immense r&#233;servoir de ressources, mais qu'il faut pr&#233;server, voire faire fructifier, pour permettre l'existence future de l'homme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si prendre en compte le contexte n'implique pas l'abandon de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et ce n'est pas incompatible avec le d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#234;me conception du &lt;i&gt;bien-&#234;tre social&lt;/i&gt; donc. Les convertisseurs sont en effet indissociables du syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique dans lequel ils s'ins&#232;rent : de grandes unit&#233;s de production d'&#233;nergie n'ont de sens que dans un vaste r&#233;seau centralis&#233;. Or, ces macro-syst&#232;mes techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notion introduite en France par A. Gras, elle caract&#233;rise un syst&#232;me compos&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que sont les r&#233;seaux &#233;nerg&#233;tiques, reposent sur une conception particuli&#232;re du bien-&#234;tre social qu'est la croissance. Conception d&#233;terminant &#233;galement une organisation sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire l'organisation politique, institutionnelle, &#233;conomique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sp&#233;cifique, que caract&#233;rise un r&#233;seau &#233;nerg&#233;tique fortement centralis&#233;, dont les individus sont totalement d&#233;pendants. Y ins&#233;rer de grandes installations d'EnR n'est pas un changement de &lt;i&gt;paradigme&lt;/i&gt;, c'est au mieux un am&#233;nagement de l'id&#233;ologie de croissance &#8211; ou &#171; d&#233;veloppement durable &#187;. Ces grands convertisseurs n&#233;cessitent aussi, en eux-m&#234;mes, un important syst&#232;me technique pour leur construction mondialis&#233;e, leur installation et bien s&#251;r leur maintenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuit&#233; id&#233;ologique et technologique donc ; l&#233;gitimit&#233; de l'organisation sociale en place, par l'impossibilit&#233; de concevoir un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, une d&#233;croissance &#233;nerg&#233;tique est inatteignable : ne sont remises en cause ni la surproduction d'&#233;nergie ni les consid&#233;rables pertes sur le r&#233;seau. Interroger les besoins et consommations &#233;nerg&#233;tiques est en fait impossible avec un tel r&#233;seau. Cette &#233;nergie invisible, imm&#233;diate et immat&#233;rielle emp&#234;che toute conscience de sa mise en &#339;uvre dans le quotidien. On voit difficilement comment les consommations pourraient donc cesser d'augmenter, voire se stabiliser. Alors, ins&#233;rer des EnR sur le r&#233;seau, c'est faire presque l'aveu de leur impossible substitution totale aux &#233;nergies fossiles ou fissiles. R&#233;pondre &#224; une telle demande, en tenant compte de l'intermittence du soleil et du vent qui sont l'objet des principales installations, n&#233;cessiterait en effet des installations en surcapacit&#233;. C'est-&#224;-dire, une surproduction de mat&#233;riaux n&#233;cessaires &#224; leur construction &#8211; qui commencent d&#233;j&#224; &#224; manquer &#8211; ainsi qu'une importante mobilisation de l'espace. L'impact environnemental serait consid&#233;rable. Un choix qui se r&#233;v&#232;le donc peu probable, l&#233;gitimant le recours, plus substituable, au nucl&#233;aire comme aux alternatives les plus folles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique donn&#233; inclut donc toujours dans une m&#234;me logique toutes les &#233;nergies utilis&#233;es. Le &#171; gros EnR &#187; est pens&#233;-pour et ins&#233;r&#233; dans un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique qui repose sur une conception moderne du monde et particuli&#232;re du bien-&#234;tre social qu'est la croissance. Une m&#234;me &#233;nergie peut &#234;tre employ&#233;e dans deux syst&#232;mes techniques au sens social antagonique. Donc au-del&#224; de l'&#233;nergie choisie, c'est bien s&#251;r les techniques utilis&#233;es qu'il s'agit d'&#234;tre vigilant. La technique a en effet toujours un sens social : interm&#233;diaire entre l'homme et la nature ainsi qu'entre les membres d'un groupe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gras, Fragilit&#233; de la puissance, Paris, Fayard, 2003, p. 235.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, elle est &lt;i&gt;moyen d'action&lt;/i&gt; sur le monde. &#192; une rupture id&#233;ologique correspond forc&#233;ment une rupture technologique. Ce n'est d&#232;s lors qu'avec des syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques en discontinuit&#233; radicale qu'une d&#233;croissance est pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autonomie locale : l'&#233;nergie de la d&#233;croissance ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Discontinuit&#233; que constitue sans nul doute l'autonomie &#233;nerg&#233;tique locale au moyen d'EnR. Ce syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique est-il n&#233;anmoins compatible avec une d&#233;croissance ? Les convertisseurs sont techniquement identiques &#224; ceux d&#233;crits pr&#233;c&#233;demment, mais de petite envergure ou &#224; la mesure d'un homme et dans un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique inverse : l'autonomie de production. Une &#233;tude de terrain r&#233;alis&#233;e en 2005, aupr&#232;s de personnes en autonomie &#233;nerg&#233;tique totale ou partielle au moyen d'EnR dans leur habitat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Dobigny, Des &#233;nergies renouvelables &#224; la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique, Etude (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous permet de d&#233;gager quelques caract&#233;ristiques de ce syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique, et d'en &#233;valuer le sens social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des EnR &#224; la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que ce soit en autonomie partielle ou totale, l'usage de petits convertisseurs d'EnR conduit &#224; la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique. Celle-ci d&#233;coule de la proximit&#233; des lieux de production et de consommation d'&#233;nergie : avoir conscience de la production am&#232;ne &#224; consommer diff&#233;remment. En effet, la proximit&#233; de la production (fluctuante et limit&#233;e) permet le &#171; d&#233;voilement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Heidegger, en effet, &#171; Le pro-duire fait passer de l'&#233;tat cach&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; de l'&#233;nergie. D&#233;voilement qui modifie le rapport de l'acteur &#224; l'&#233;nergie : elle acquiert une valeur symbolique qui s'oppose &#224; son gaspillage. La connaissance du syst&#232;me technique donne donc sa &lt;i&gt;valeur&lt;/i&gt; &#224; l'objet &#8211; en dehors du r&#244;le qu'il peut avoir dans le jeu des interactions sociales &#8211; et cela influence directement les usages et la consommation d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la valeur qu'acquiert l'&#233;nergie pour les acteurs est la stricte inversion de sa d&#233;finition &#233;conomique. L'&#233;nergie, gratuite, est per&#231;ue comme un bien rare et pr&#233;cieux. Ce renversement de valeur tient &#224; la visibilit&#233; de la production d'&#233;nergie, son caract&#232;re fluctuant, sa m&#233;diatet&#233; et son incidence sur la satisfaction des besoins. L'autonomie conduit donc &#233;galement &#224; une inversion de la logique de consommation moderne : ce n'est pas la satisfaction d'un besoin qui am&#232;ne &#224; consommer de l'&#233;nergie, mais la pr&#233;sence d'&#233;nergie qui permet la satisfaction d'un besoin. C'est-&#224;-dire &#171; prendre ce qui est l&#224;, quand c'est l&#224; &#187;, t&#233;moigne un acteur. Est ainsi adopt&#233; un mode de consommation &#233;conome, arbitr&#233; en fonction de la production, c'est-&#224;-dire du temps m&#233;t&#233;orologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien par la conscience du syst&#232;me technique &#8211; parce qu'il est proche ou que l'on y participe &#8211; que se modifie la consommation d'&#233;nergie. La visibilit&#233; de la production fait sens, elle rend conscient de l'&#233;nergie mise en &#339;uvre ainsi que de l'acte de consommation et acquiert donc une valeur. Cette valeur conf&#233;r&#233;e &#224; l'&#233;nergie sort alors du cadre de l'habitat : s'instaure chez les acteurs une r&#233;flexion &#233;nerg&#233;tique syst&#233;matique pour tous leurs choix quotidiens de biens de consommation (services, objets techniques, alimentation, mobilit&#233;, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un autre rapport &#224; la nature&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'usage de ces techniques, il s'agit de se greffer sur un ph&#233;nom&#232;ne naturel sans le modifier, de pr&#233;server plut&#244;t que de d&#233;truire. Ainsi, le micro-hydraulique &#8211; pour reprendre cet exemple &#8211; est &#171; au fil de l'eau &#187;. Il y a, de plus, une forte d&#233;pendance de l'acteur aux ph&#233;nom&#232;nes naturels pour ses besoins &#233;nerg&#233;tiques. Cette d&#233;pendance modifie et, en m&#234;me temps, inscrit l'acteur dans un autre rapport &#224; la nature. Un rapport qui n'est pas soutenu par un quelconque utilitarisme, car si l'acteur devient davantage d&#233;pendant des ph&#233;nom&#232;nes naturels pour ses besoins &#233;nerg&#233;tiques, son rapport &lt;i&gt;&#224; la nature&lt;/i&gt;, il le con&#231;oit moins comme une interd&#233;pendance que comme un &#171; &#233;quilibre &#187;. Ce qui se manifeste, dans les pratiques, par des logiques de pr&#233;servation et d'usage raisonn&#233; tant de l'&#233;nergie que des ressources naturelles. Pour un acteur, ce sera par exemple la gestion &#224; long terme du bois sur son propre terrain, utilis&#233; comme unique &#233;nergie de chauffage. Chez la plupart des utilisateurs s'instaure &#233;galement une observation &#171; r&#233;flexe &#187; des conditions m&#233;t&#233;orologiques, de par leur incidence (originaire) sur la production d'&#233;nergie, qui est &#224; comprendre comme &#171; attention de &#187; et rompt radicalement avec une position d'ext&#233;riorit&#233;. Certains utilisateurs acqui&#232;rent ainsi une connaissance m&#233;t&#233;orologique tr&#232;s pr&#233;cise, bas&#233;e par exemple sur l'orientation de leur &#233;olienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni pr&#233;dation, ni ext&#233;riorit&#233;, l'usage de ces techniques s'inscrit davantage dans un rapport de cohabitation, au sens d'un espace commun, c'est-&#224;-dire proche d'une conception &#233;cocentr&#233;e du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'&#171; outil convivial &#187; &#224; une autre organisation sociale ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Autonomie et d&#233;croissance sont n&#233;cessairement li&#233;es, puisque l'autonomie conduit &#224; la sobri&#233;t&#233;. Les caract&#233;ristiques d'une technique compatible avec la d&#233;croissance sont donc assez proches de la notion d'&#171; outil convivial &#187; d'Ivan Illich&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La notion d'outil chez I. Illich ne porte pas uniquement sur la technique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il tente en effet de d&#233;finir un outil non liberticide, c'est-&#224;-dire permettant davantage d'autonomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En effet, selon lui, si l'outil n'est pas maintenu dans une certaine limite, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Se baser sur cette analyse nous permet d&#232;s lors d'&#233;valuer le caract&#232;re &#171; d&#233;croissant &#187; des petits convertisseurs EnR mais aussi les cons&#233;quences sociales de leur usage, sur lesquelles porte avant tout l'analyse d'Illich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un outil est &#171; convivial &#187; dans la mesure o&#249; chacun peut l'utiliser, sans difficult&#233;, lorsqu'il le souhaite, &#224; des fins qu'il d&#233;termine lui-m&#234;me, et son caract&#232;re convivial ne d&#233;pend pas de sa complexit&#233; (cela n'exclut donc en rien les technologies modernes). Mais il doit &#234;tre au service d'une personne dans un groupe et non &#224; celui d'un corps de sp&#233;cialistes, contr&#244;l&#233; par l'homme, c'est-&#224;-dire ma&#238;trisable, &#224; sa mesure et localis&#233;. Si les objets techniques sont en effet de plus en plus &#171; verrouill&#233;s &#187; pour l'utilisateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et ce &#171; depuis le basculement dans l'&#232;re capitaliste, et l'on peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les petits convertisseurs d'EnR sont en revanche totalement ma&#238;trisables (ils ne d&#233;pendent pas d'un r&#233;seau pour fonctionner et sont sous le contr&#244;le total de l'individu) et appropriables. La plupart de ces techniques sont en effet simples et r&#233;parables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hormis le photovolta&#239;que, une technologie de pointe, dont la r&#233;paration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens, ces techniques sont bien des outils qui suscitent la cr&#233;ativit&#233;, l'&#233;panouissement et le savoir-faire autonome : beaucoup sont en effet auto-construites. De nombreux utilisateurs exp&#233;rimentent aussi tout un tas de solutions pour augmenter le rendement &#233;nerg&#233;tique de ces techniques, dans l'optique de les rendre toujours plus simples &#224; auto-construire, pour &#234;tre accessibles &#224; tous sans connaissances techniques pointues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme par exemple les multiples exp&#233;riences pour mettre au point un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils s'inscrivent donc dans cette &#171; recherche radicale &#187; qu'un outil doit permettre selon Illich, &#224; savoir qu'un nombre croissant de gens puissent faire, et non avoir, toujours plus avec toujours moins. N'est-ce pas &#233;galement l'objectif d'une d&#233;croissance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'autonomie pour davantage de libert&#233; et d'&#233;quit&#233; sont les cons&#233;quences sociales de l'outil convivial selon Illich. En ce, finalement, qu'il n'exerce pas de &#171; monopole radical &#187; ; tel l'usage des EnR qui permet &#8211; force est de le constater &#8211; la coexistence d'autres modes de production. Cette autonomie en premier lieu &#233;nerg&#233;tique a bien des r&#233;percussions plus globales sur la libert&#233; d'un individu ou d'une localit&#233;. L'autonomie et la sobri&#233;t&#233; permettent en effet de s'extraire de cercles de d&#233;pendance qui s'imbriquent les uns dans les autres. Plusieurs acteurs ont ainsi diminu&#233; leur temps de travail, c'est-&#224;-dire d&#233;gag&#233; du temps mobilisable pour r&#233;aliser des objectifs non salari&#233;s, qu'il s'agisse d'activit&#233;s culturelles, sociales ou d'auto-construction. L'autonomie d'une commune permet, de fa&#231;on identique, la r&#233;alisation d'autres objectifs collectifs. Autonomie et sobri&#233;t&#233; ne sont pas non plus sans incidence sur l'&#233;quit&#233;, dans la mesure o&#249;, comme le d&#233;montre Illich, plus l'&#233;nergie abonde, plus son contr&#244;le est mal r&#233;parti, c'est-&#224;-dire que &#171; plus d'&#233;nergie consomm&#233;e demande plus de domination sur autrui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;I. Illich, &#201;nergie et &#233;quit&#233; [1975], in &#338;uvres compl&#232;tes vol. 1, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une &#233;chelle plus collective, changer de syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique conduit donc n&#233;cessairement &#224; une modification de l'organisation sociale. L'autonomie locale et la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique permettraient notamment de relocaliser l'&#233;conomie, de valoriser les productions locales, d'autres modes de concertation et de d&#233;cision, plus collectifs, ainsi qu'une autre forme de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De l'autonomie au lien social&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; ce que l'on pourrait croire en effet, l'autonomie ne conduit pas &#224; la perte mais &#224; la cr&#233;ation de liens sociaux. Autour de l'usage d'EnR s'instaure en effet un &#233;change de savoirs et d'exp&#233;riences (localement ou plus globalement, par des visites, forums Internet, articles, conf&#233;rences), la cr&#233;ation de groupe de pairs, ainsi que des relations et entraides avec le voisinage autour de l'&#233;nergie et de la panne ; comme en t&#233;moigne cet acteur : &#171; Ce qui m'int&#233;resse dans le fait d'&#234;tre coup&#233; du r&#233;seau, c'est r&#233;ussir &#224; &#234;tre coup&#233; du r&#233;seau sans &#234;tre coup&#233; des personnes. Pour moi la recherche d'autonomie, &#231;a n'a jamais &#233;t&#233; une recherche d'autarcie. Au contraire, &#231;a a cr&#233;&#233; plus de contact humain que &#231;a ne m'en a coup&#233;. &#199;a a une port&#233;e que je ne recherche m&#234;me pas [...] Rien que par la curiosit&#233; des gens, l&#224; je parle localement, qui se rendent compte... [...] Il y a des gens qui me connaissent aussi par ce biais-l&#224;, uniquement presque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, plus d'autonomie individuelle conduit &#224; davantage de liens sociaux, alors que plus les individus sont interd&#233;pendants les uns des autres, comme c'est le cas dans nos soci&#233;t&#233;s techniciennes modernes de &#171; division du travail social &#187;, plus on observe un repli sur soi. Dans l'autonomie, en effet, on a conscience de la n&#233;cessit&#233; de l'autre, notamment en cas de panne. Autre, qui est identifi&#233; comme une personne tant physique que morale, le voisin par exemple. S'il s'instaure davantage de lien social, c'est parce que l'autonomie en r&#233;v&#232;le l'importance. En revanche, dans nos soci&#233;t&#233;s modernes &#8211; o&#249; l'interd&#233;pendance est totale &#8211; il y a une illusion d'autonomie et d'inutilit&#233; de l'autre pour la satisfaction de ses besoins. L'autre est effectivement invisible, il n'est que service ou bien marchand, comme l'intervention de l'agent EDF ou du chauffagiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'autonomie appara&#238;t ainsi une autre forme de solidarit&#233; reposant tant sur la n&#233;cessit&#233; de l'entraide que sur l'&#233;change de savoir-faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers une autonomie &#233;nerg&#233;tique locale ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, le passage de l'individuel au collectif ou de l'atomisation de ce syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique &#224; sa g&#233;n&#233;ralisation, peut &#234;tre discut&#233; et diverger sur la forme : de petits r&#233;seaux collectifs ? municipaux ? des coop&#233;ratives de particuliers ? etc. En revanche, le sens social d'un tel syst&#232;me semble bien compatible avec une d&#233;croissance, tout comme les modifications sociales qu'il engendrerait. Nous n'avons pas &#233;t&#233; exhaustifs sur ce point, car bien d'autres cons&#233;quences sociales peuvent en d&#233;couler. Cons&#233;quences qui ne s'imposent pas ext&#233;rieurement puisque le choix &#233;merge toujours du social : c'est un changement social qui conduit &#224; l'obsolescence d'un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique ou de l'usage d'une &#233;nergie, et &#224; l'adoption d'autres. Il n'en reste pas moins que les changements techniques ont des cons&#233;quences sociales, voire philosophiques, tant id&#233;elles que par la concr&#233;tude d'un rapport au monde que la technique permet. Si le choix &#233;nerg&#233;tique est d&#233;termin&#233; &#8211; en amont &#8211; par des conceptions particuli&#232;res du monde et du bien-&#234;tre social, son usage r&#233;alise le passage symbolique de l'id&#233;el au r&#233;el. Ainsi, par le grand barrage hydraulique, je &#171; deviens &#187; ma&#238;tre de la nature. En ce sens, la technique est bien moyen d'action sur le monde naturel et social. Mais l'adoption d'une technique modifie aussi &#224; son tour le social, aux cons&#233;quences impens&#233;es lors de son choix, notamment par de nouveaux usages dans les rapports sociaux. Ainsi, l'objet technique &#171; construit son sens en m&#234;me temps qu'il modifie son contexte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gras, Fragilit&#233; de la puissance, op. cit., p. 26.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; tant naturel que social. Et son usage peut conduire &#224; une remise en question des conceptions sur lesquelles il repose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le fort d&#233;veloppement technique avec les cons&#233;quences environnementales que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ainsi un lien corr&#233;latif entre, d'une part, changement &#233;nerg&#233;tique et changement social, et d'autre part, entre syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique et organisation sociale &#8211; mais dont la r&#233;ciprocit&#233; se situe sur des ordres de grandeur diff&#233;rents. Il faut donc bien se garder, dans une pens&#233;e de la d&#233;croissance, d'un quelconque d&#233;terminisme technique : un changement radical de technique ne conduirait pas, mais proviendrait d'un changement social radical, puisque ce choix technique &#233;manerait du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation actuelle ne permet pas davantage le postulat d'un d&#233;terminisme mat&#233;rialiste : l'&#233;puisement des &#233;nergies fossiles et fissiles ou des m&#233;taux ne conduira pas ind&#233;niablement &#224; la sobri&#233;t&#233;, l'autosuffisance locale, etc. Il n'y a tout d'abord jamais eu aucun d&#233;terminisme &#233;nerg&#233;tique dans l'histoire, notamment en cas de crise d'une ressource donn&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que d&#233;montrent J.-C. Debeir, J.-P. Del&#233;age et D. H&#233;mery dans leur ouvrage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et ce serait oublier l'al&#233;atoire des bifurcations technologiques dans un contexte social sp&#233;cifique, tel que le d&#233;montre Alain Gras&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Gras, Fragilit&#233; de la puissance, op. cit.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et donc la libert&#233; de choix des soci&#233;t&#233;s humaines quant &#224; leur devenir. Ainsi, comme nous l'avons vu, les choix techniques actuels &#233;manant des pouvoirs &#233;tatiques ou industriels s'inscrivent toujours dans l'id&#233;ologie de croissance. Les alternatives &#233;nerg&#233;tiques mises en place, en dehors du &#171; grand &#187; EnR, sont bien plut&#244;t l'EPR, ITER, l'hydrog&#232;ne, le charbon &#171; propre &#187;, etc., qui ne vont ni dans le sens d'une sobri&#233;t&#233;, ni d'une autosuffisance locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les alternatives sociales ne se r&#233;sument donc pas aux simples alternatives &#233;nerg&#233;tiques. Ainsi, tandis que les grands pouvoirs de la soci&#233;t&#233; perp&#233;tuent un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique identique &#8211; et donc une m&#234;me id&#233;ologie, &#233;merge un syst&#232;me antagonique n&#233;cessairement porteur d'un autre sens social. L'autonomie locale s&#233;duit en effet de plus en plus de particuliers, communes ou villes. Un processus d'autonomisation qui ne se limite pas d'ailleurs &#224; l'&#233;nergie. De plus en plus de communes reprennent la r&#233;gie de l'eau, tout comme, de plus en plus de petits projets EnR se mettent en place, ici et l&#224;, &#224; l'initiative des habitants, agriculteurs, communes et villes, voire des r&#233;gions. Et il s'agit bien d'aller vers une autonomie, &#224; travers des r&#233;seaux de chaleur ou la production d'&#233;lectricit&#233; ; de nombreuses localit&#233;s font en effet le choix de techniques dont elles peuvent assurer la maintenance, tout comme elles reprennent la gestion et l'entretien des r&#233;seaux d'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus d'autonomisation &#233;nerg&#233;tique, encore plus install&#233; dans d'autres pays europ&#233;ens, en instaurant un syst&#232;me radicalement autre, ne peut &#234;tre compris d&#232;s lors que comme le signe avant coureur d'un profond changement social &#224; venir, mais d&#233;j&#224; &#171; en &#339;uvre &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour son paroxysme, on pensera notamment au barrage chinois des Trois Gorges, mais les barrages fran&#231;ais s'inscrivent dans un rapport identique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La distinction entre le gros et le petit hydraulique cr&#233;e notamment un vif d&#233;bat en Am&#233;rique du Nord, o&#249; celle-ci varie d'un &#201;tat &#224; l'autre. D. Egr&#233;, L. Gagnon et J. Milewski, &#171; Les grands projets hydro&#233;lectriques : une &#233;nergie renouvelable et &#8220;verte&#8221; ? &#187;, Cuepe, novembre 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'usage de ce mot exprime &#224; lui seul la pr&#233;gnance d'une conception anthropocentriste, il permet de &#171; bien souligner encore son caract&#232;re ext&#233;rieur, avec toujours l'Homme au centre, comme &#224; l'&#233;poque o&#249; la terre &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme le centre de l'Univers. &#187;, selon J. Grinevald, &#171; De la nature de l'&#233;conomie &#224; l'&#233;conomie de la nature &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; M. Dardenne et G. Trussart (dir.), &lt;i&gt;Penser et agir avec Illich, Balises pour l'apr&#232;s-d&#233;veloppement&lt;/i&gt;, Bruxelles, Couleur livres, 2005, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si prendre en compte le contexte n'implique pas l'abandon de l'anthropocentrisme, celui-ci ne repose pas n&#233;cessairement sur une conception humaniste &#8211; telle l'&#233;thique environnementale d&#233;velopp&#233;e par D. Birnbacher, tout aussi dangereuse pour l'homme que pour la nature, &lt;i&gt;La responsabilit&#233; envers les g&#233;n&#233;rations futures&lt;/i&gt; [1988], Paris, PUF, 1994. Sur le caract&#232;re mena&#231;ant d'une telle &#233;thique, C. Larr&#232;re, &#171; Peut-on &#233;chapper au conflit entre anthropocentrisme et &#233;thique environnementale ? &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; A. Fagot-Largeault et P. Acot (dir.), &lt;i&gt;L'&#233;thique environnementale&lt;/i&gt;, Chilly-Mazarin, Sens, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notion introduite en France par A. Gras, elle caract&#233;rise un syst&#232;me compos&#233; d'objets industriels, s'&#233;tendant sur un large espace, coupl&#233; &#224; une technologie de l'information : l'&#233;tat de chaque point est connu du centre de r&#233;gulation, et soutient d'autres syst&#232;mes techniques, qui peuvent aussi &#234;tre des macro-syst&#232;mes. Ce type de syst&#232;me appara&#238;t &#224; partir du XIXe si&#232;cle. In A. Gras, S. Poirot-Delpech, &lt;i&gt;Grandeur et d&#233;pendance&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire l'organisation politique, institutionnelle, &#233;conomique et technique. Une organisation sociale particuli&#232;re d&#233;termine donc le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique choisi, qui est &#224; ce titre une organisation socio-technique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2003, p. 235.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Dobigny, &lt;i&gt;Des &#233;nergies renouvelables &#224; la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique, Etude socioanthropologique des EnR dans l'habitat individuel en France&lt;/i&gt;, m&#233;moire de Ma&#238;trise, Universit&#233; Paris 1, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Heidegger, en effet, &#171; Le pro-duire fait passer de l'&#233;tat cach&#233; &#224; l'&#233;tat non cach&#233;, il pr&#233;sente (bringt vor). Pro-duire (her-vorbringen) a lieu simplement pour autant que quelque chose de cach&#233; arrive dans le non cach&#233;. Cette arriv&#233;e repose, et trouve son &#233;lan, dans ce que nous appelons le d&#233;voilement. &#187;. M. Heidegger, &#171; La question de la technique &#187;, in &lt;i&gt;Essais et Conf&#233;rence&lt;/i&gt; [1954], Paris, Gallimard, 2004, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La notion d'outil chez I. Illich ne porte pas uniquement sur la technique, elle regroupe tout objet, organisation, structure pris comme moyen d'une fin, et englobe donc autant les biens que les services. I. Illich, &lt;i&gt;La convivialit&#233;&lt;/i&gt; [1973], in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes vol. 1&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En effet, selon lui, si l'outil n'est pas maintenu dans une certaine limite, les moyens se changent en fins et ainsi, non seulement l'outil n'atteint plus la fin initiale de son usage, mais impose un monopole radical, en ce sens qu'il n'est plus possible que cohabitent d'autres outils et modes de production. De tels outils dominent alors l'individu et imposent une consommation obligatoire qui restreint son autonomie et sa libert&#233;. I. Illich, &lt;i&gt;La convivialit&#233;, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et ce &#171; depuis le basculement dans l'&#232;re capitaliste, et l'on peut consid&#233;rer qu'un des objectifs de l'invention technique depuis lors consiste &#224; enfermer l'objet technique dans un bo&#238;te noire, verrouill&#233;e pour l'utilisateur ou l'op&#233;rateur professionnel &#187;, selon A. Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 232.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hormis le photovolta&#239;que, une technologie de pointe, dont la r&#233;paration reste tr&#232;s limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme par exemple les multiples exp&#233;riences pour mettre au point un rev&#234;tement s&#233;lectif sur les panneaux solaires thermiques auto-construits (technique pour l'instant uniquement industrielle) auxquelles se livrent les amateurs d'EnR, avec la recherche du moins co&#251;teux, du plus simple et du recyclage, comme on peut l'observer sur un forum d'&#233;change mis en place pour partager les savoir-faire et exp&#233;riences du solaire thermique : &lt;a href=&#034;http://fr.groups.yahoo.com/group/auto_construction_solaire_thermique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://fr.groups.yahoo.com/group/auto_construction_solaire_thermique/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;I. Illich, &lt;i&gt;&#201;nergie et &#233;quit&#233;&lt;/i&gt; [1975], in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes vol. 1&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2005, p. 386.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le fort d&#233;veloppement technique avec les cons&#233;quences environnementales que l'on sait, n'a-t-il pas permis de montrer les limites d'une conception du monde qui s&#233;pare la nature de l'homme, d&#233;montrant que lorsque nous abandonnons nos artefacts, ils n'en cessent pas moins d'exister (la pollution par exemple), d&#233;voilant ainsi une nature &#171; vivante &#187; qui se modifie par nos actions et agit &#224; son tour sur nous ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que d&#233;montrent J.-C. Debeir, J.-P. Del&#233;age et D. H&#233;mery dans leur ouvrage collectif qui reste une r&#233;f&#233;rence sur l'histoire de l'&#233;nergie, &lt;i&gt;Les servitudes de la puissance, Une histoire de l'&#233;nergie&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Gras, &lt;i&gt;Fragilit&#233; de la puissance, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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