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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>L'infini satur&#233; contre la d&#233;croissance</title>
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		<dc:date>2021-11-08T22:33:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel GUET</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il ne suffit jamais de se dire &#171; puisque notre cause est juste, elle triomphera &#187;. &#192; supposer qu'il y ait bien des conditions de validit&#233; des causes, des valeurs, des concepts ou des id&#233;es, il existe parall&#232;lement des conditions de &#171; visibilit&#233; &#187; pour ces m&#234;mes objets, conditions qui n'ont rien &#224; voir avec leurs contenus, mais dont d&#233;pend leur r&#233;ception aujourd'hui. Ainsi en est-il des concepts aussi puissants que progr&#232;s, science, technique, d&#233;veloppement, mais encore patrie, nation, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique31" rel="directory"&gt;N&#176; 3 - D&#233;croissance &amp; technique (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il ne suffit jamais de se dire &#171; puisque notre cause est juste, elle triomphera &#187;. &#192; supposer qu'il y ait bien des conditions de &lt;i&gt;validit&#233;&lt;/i&gt; des causes, des valeurs, des concepts ou des id&#233;es, il existe parall&#232;lement des conditions de &#171; &lt;i&gt;visibilit&#233;&lt;/i&gt; &#187; pour ces m&#234;mes objets, conditions qui n'ont rien &#224; voir avec leurs contenus, mais dont d&#233;pend leur r&#233;ception &lt;i&gt;aujourd'hui&lt;/i&gt;. Ainsi en est-il des concepts aussi puissants que progr&#232;s, science, technique, d&#233;veloppement, mais encore patrie, nation, r&#233;publique, d&#233;mocratie, auxquels nous pouvons et devons ajouter &#171; la d&#233;croissance &#187; comprise comme une valeur. Ignorer ces conditions de visibilit&#233; peut conduire &#224; l'&#233;chec qui revient, pour une cause, &#224; ne point exister ou &#224; demeurer confidentielle. &lt;i&gt;Quid&lt;/i&gt; de cette visibilit&#233; ? Qui la produit ? Qui la manipule ? C'est &#224; ces questions ouvertes que nous entendons apporter une contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;cro&#238;tre et &#171; d&#233;-croire &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;cro&#238;tre est un objet neuf. Un objet mental, un concept disent les modernes. Nous pouvons, faire remonter cette notion &#224; Georgescu-Roegen et aux ann&#233;es soixante-dix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Grinevald nous en donne une bonne approche dans le n&#176; 1 d'Entropia, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais gu&#232;re plus, ce qui est fort r&#233;cent pour une id&#233;e, alors que certaines nous s&#233;duisent encore depuis deux mille ans. D&#232;s qu'une id&#233;e neuve et vierge appara&#238;t au march&#233; des id&#233;es, tout le monde en veut sa part et la voil&#224; tiraill&#233;e &#224; hue et &#224; dia, tripot&#233;e par des mains pas toujours particuli&#232;rement innocentes. Toujours, l'enfance d'une id&#233;e sera fragile. Il faut s'y faire et admettre que seul son &#226;ge, son histoire, lui sera peut-&#234;tre une protection suffisante, et encore... Il faut y ajouter sa beaut&#233; et sa bont&#233; ! Nul mieux que le graveur Frans Masereel n'a rendu cette fragilit&#233; dans une suite &#8211; sans parole &#8211; de quatre-vingt-trois bois grav&#233;s intitul&#233;e &lt;i&gt;Id&#233;e, sa naissance, sa vie, sa mort&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frans Masereel : Id&#233;e, sa vie, sa mort, Paris Ollendorff, 1920.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Id&#233;e&lt;/i&gt; y est une belle jeune femme, h&#233;las on sait qu'en la circonstance, beaut&#233; et &#226;ge sont des qualit&#233;s r&#233;put&#233;es incompatibles, sauf aux yeux de quelques sages...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Ari&#232;s, dans la premi&#232;re livraison d'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt;, a donn&#233; un bon inventaire des tiraillements auxquels nous faisons allusion, et pos&#233; une terrible question : &lt;i&gt;Comment rendre enfin la d&#233;croissance d&#233;sirable d&#233;mocratiquement&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit. p. 167, formule presque identique &#224; celle de Michel Dias (m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? C'est bien de cela dont il s'agit : au march&#233; des id&#233;es comment rendre enfin la d&#233;croissance d&#233;sirable d&#233;mocratiquement ? C'est &#224; dessein que nous introduisons l'horrible mot &#171; march&#233; &#187;, car h&#233;las, il s'agit bien &#224; pr&#233;sent d'un march&#233;, nous le verrons : la concurrence est rude o&#249; tout s'ach&#232;te et se vend, surtout les mots et les id&#233;es qu'ils recouvrent. C'est en effet un combat furieux qui se livre et se livrera autour de la d&#233;croissance ; il nous faut y aller avec de bonnes armes, et plus encore, poss&#233;der la meilleure connaissance possible du terrain sur lequel il se livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant toute chose, nous proposons de pr&#233;f&#233;rer le mot &#171; valeur &#187; au mot &#171; id&#233;e &#187; pour parler de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Valeurs symboliques&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Convenons donc que la d&#233;croissance est une valeur et, pour l'&#233;loigner d&#233;finitivement de toute r&#233;f&#233;rence triviale, une valeur symbolique ; en tout cas, nous entendons bien la porter si haut parmi ses s&#339;urs, et lui donner toute la force symbolique qu'elle m&#233;rite &#224; nos yeux. Mais qui sont ses s&#339;urs, me direz-vous ? La d&#233;mocratie par exemple, puisque le mot fut prononc&#233; ; voil&#224; une valeur &#233;minemment symbolique, plus que bimill&#233;naire et toujours aussi s&#233;duisante (il reste encore parmi nous, esp&#233;rons-le, quelques sages capables de la courtiser malgr&#233; son grand &#226;ge). La d&#233;mocratie n'est pas la seule valeur symbolique, bien s&#251;r, il en est d'autres, il en est m&#234;me d'autres qui nous sont devenues insupportables et sont des ennemies du genre humain pensonsnous. Contre celles-l&#224; nous entendons nous battre, c'est le cas de la croissance, autre valeur symbolique &#224; qui nous opposons la d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Croire et savoir&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pourquoi d&#233;cro&#238;tre ? Parce que nous avons cr&#251; et cru ; cr&#251; exag&#233;r&#233;ment et cru aveugl&#233;ment en la croissance. (Formidable t&#233;lescopage de la langue fran&#231;aise et ses insondables hasards... un accent circonflexe fera la diff&#233;rence et le d&#233;sespoir de tout traducteur). Pour autant, il ne s'agit pas d'un jeu de mots gratuit, croire et cro&#238;tre ont &#224; voir ensemble. La croissance, au sens &#233;conomique, parvenue au stade o&#249; nous la connaissons, fut pouss&#233;e par de si puissants moteurs &#8211; progr&#232;s, science, technique &#8211; qu'ils ne peuvent qu'&#234;tre aliment&#233;s par une formidable &#233;nergie, une &#233;nergie magique, transcendante et d&#233;passant largement toute technologie, science et progr&#232;s, une &#233;nergie infiniment renouvelable et propre &#224; l'homme : la croyance. Mais de croire ou cro&#238;tre, o&#249; fut le mal ? Autrement dit, des deux, o&#249; est la cause et o&#249; est l'effet ? Cro&#238;tre &lt;i&gt;exag&#233;r&#233;ment&lt;/i&gt; nous semble l'effet, croire &lt;i&gt;aveugl&#233;ment&lt;/i&gt; nous para&#238;t la cause, l'inverse s'embo&#238;terait mal &#224; placer l'aval avant l'amont. Simple logique et simple chronologie : l'homme a d'abord cru avant de cro&#238;tre. Cependant affirmer que croire est un mal serait excessif, admettons que pour un penchant humain, c'est une &lt;i&gt;conduite &#224; risque&lt;/i&gt; qui devient v&#233;ritable danger s'il y a aveuglement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quel autre penchant humain pourrions-nous faire appel et qui s'opposerait au croire, ou bien encore, qui lui conserverait des proportions acceptables ? Nous ne voyons que &#171; savoir &#187;. Voil&#224; qui pose et suppose une n&#233;gociation n&#233;cessaire entre croire et savoir. N&#233;gociation est ici un euph&#233;misme commode pour d&#233;signer tout ce qui se situe entre ces deux p&#244;les : collaborer ou s'opposer, &#234;tre avec ou bien &#234;tre contre. Dans ce dernier cas, c'est d'un combat qu'il s'agit. Opposer croissance et d&#233;croissance est donc bien un combat entre deux valeurs symboliques, comme opposer par exemple monarchie et d&#233;mocratie, ou socialisme et capitalisme. Inversement, nous souhaitons que soient consid&#233;r&#233;es &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt; ces deux autres valeurs symboliques que sont d&#233;croissance et d&#233;mocratie. Il nous reste &#224; examiner dans le d&#233;tail comment ces valeurs symboliques se font, se d&#233;font, par quels moyens et sur quels lieux agissent-elles ou sont-elles agies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Instituer l'institution&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment s'impos&#232;rent nos valeurs symboliques ? Tout simplement par l'&lt;i&gt;institution&lt;/i&gt;, dit Castoriadis : &#171; L'institution premi&#232;re de la soci&#233;t&#233; est le fait que la soci&#233;t&#233; se cr&#233;e elle-m&#234;me comme soci&#233;t&#233; et se cr&#233;e chaque fois en se donnant des institutions anim&#233;es par des significations imaginaires sociales sp&#233;cifiques &#224; la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e [...] &#187;. &#171; Et cette institution premi&#232;re s'articule et s'instrumente en des institutions secondes [...] que nous pouvons diviser en deux cat&#233;gories [&lt;i&gt;celles qui sont&lt;/i&gt;] transhistoriques (langage, individu, famille), [&lt;i&gt;et celles qui sont&lt;/i&gt;] sp&#233;cifiques &#224; des soci&#233;t&#233;s donn&#233;es (la &lt;i&gt;polis&lt;/i&gt; grecque, ou l'entreprise capitaliste)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Corn&#233;lius Castoriadis, Figures du pensable. Les Carrefours du labyrinthe &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Nous pourrions sans h&#233;siter ajouter, au chapitre de l'entreprise capitaliste, croissance, progr&#232;s et d&#233;veloppement infinis comme institutions sous-sp&#233;cifiques, comme valeurs symboliques. Toute soci&#233;t&#233; humaine se donne, se cr&#233;e, institue des valeurs, lesquelles transcendent et d&#233;passent les contingences n&#233;cessaires &#224; sa stricte survie mat&#233;rielle. (Nous consid&#233;rons l&#224; aussi bien les soci&#233;t&#233;s pr&#233;historiques que celles, dites primitives, que nous n'avons pas encore totalement &#233;radiqu&#233;es de la surface du globe). Ces valeurs, en cela &lt;i&gt;symboliques&lt;/i&gt;, sont une sorte de ciment qui lie les membres d'une soci&#233;t&#233;, c'est le &lt;i&gt;vivre-ensemble&lt;/i&gt; d'Hannah Arendt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il n'est pas exclu que ce concept soit plus ancien et que l'on puisse, selon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ces valeurs, diff&#233;rentes d'une soci&#233;t&#233; &#224; l'autre &#8211; toutes singuli&#232;res &#8211;, sont le produit de cette soci&#233;t&#233;, mais encore produisent culturellement les hommes de cette soci&#233;t&#233; qui tous y souscrivent fermement. Le terme &lt;i&gt;souscrire&lt;/i&gt; est suffisamment vague pour que l'on puisse y placer croire, esp&#233;rer, savoir, conna&#238;tre ; en un mot pour ces hommes : souscrire &#224; ces valeurs, c'est &#234;tre socialement, c'est &#234;tre humain, c'est m&#234;me &#234;tre &lt;i&gt;tout simplement&lt;/i&gt;. La puissance de ces valeurs symboliques partag&#233;es est telle que s'y soustraire, ou bien encore les m&#233;conna&#238;tre, &#233;quivaut pratiquement &#224; une condamnation &#224; mort et, en tout cas, dans nos soci&#233;t&#233;s contemporaines, correspond &#224; l'exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pouvoir et repr&#233;sentations&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces valeurs symboliques sont &#171; op&#233;ratoires &#187; quand, devenues institutions, elles poss&#232;dent les vertus, les pouvoirs de nous faire agir, comme l'&#233;crit Pierre Legendre : &#171; L'institution se d&#233;finit comme l'instance logique rendant possible, &#224; chaque sujet, l'amour du Pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Legendre, L'amour du censeur, Seuil, 1974, p. 74.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Nous touchons bien &#224; l'essence m&#234;me du pouvoir. Louis Marin exprime parfaitement ce ph&#233;nom&#232;ne : &#171; Que dit-on lorsqu'on dit &#8220;pouvoir&#8221; ? Pouvoir, c'est d'abord &#234;tre en &#233;tat d'exercer une action sur quelque chose ou quelqu'un ; non pas agir ou faire, mais en avoir la puissance, avoir cette force de faire ou d'agir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Marin, Le portrait du roi, Minuit, 1981, p. 11.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. D&#232;s lors, comment, &#224; partir de ces valeurs symboliques, se cristallise le pouvoir ? &#171; Ce qui donne pouvoir au discours du pouvoir, c'est la puissance propre de l'imagination, dans sa relation avec la coutume en particulier et tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment l'int&#233;riorisation de ce discours de l'arbitraire de la d&#233;cision des ma&#238;tres comme repr&#233;sentation de la croyance obligatoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 46.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Nous retrouvons ici notre croire et &#171; d&#233;croire &#187; pour d&#233;cro&#238;tre. Secondement et en d&#233;coulant, le pouvoir doit s'incarner dans la (ou les) repr&#233;sentation(s) symbolique(s). Il se produit alors un double mouvement sur lequel insiste Marin : &#171; Premi&#232;re relation, l'institution du pouvoir s'approprie la repr&#233;sentation comme sienne [...]. Deuxi&#232;me relation : la repr&#233;sentation, le dispositif de la repr&#233;sentation produit son pouvoir, il se produit comme pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 9.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. &#192; ceux qui objecteront que nous sommes bien loin de croissance et d&#233;croissance, il est ais&#233; de r&#233;pondre que les valeurs symboliques &#233;tant op&#233;ratoires, elles ont cette puissance de nous faire agir par la croyance int&#233;rioris&#233;e. Or, qui peut nier que nous avons cru aveugl&#233;ment en la croissance (science, technique, progr&#232;s, d&#233;veloppement) et cr&#251; dangereusement, et que cela m&#234;me nous a conduits au bord du gouffre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour savoir ensuite comment le pouvoir institu&#233; s'incarne dans les repr&#233;sentations et se les approprie, comment le dispositif de repr&#233;sentation symbolique devient lui-m&#234;me pouvoir, il faut aller plus loin. Outre le &lt;i&gt;modus&lt;/i&gt;, il faut chercher le &lt;i&gt;locus&lt;/i&gt;, le lieu de cette op&#233;ration. Car, qu'il s'agisse d'institution, qu'il s'agisse d'incarnation ou de repr&#233;sentation, tout cela qui sert le pouvoir, qui est pouvoir, a bien forme et figure, a bien &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt;. Si, donc, &#171; le monde est tout ce qui a lieu &#187; comme le propose Wittgenstein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ludwig Wittgenstein, proposition 1 (sur 7), in Tractatus logico-philosophicus,&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, quel est donc le lieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le lieu du pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Assur&#233;ment un tel lieu ne peut &#234;tre que visible de tous, appartenir &#224; tous et &#224; personne en particulier, c'est lui qui montre et est montr&#233;, c'est lui qui est sens et fait sens, &#171; qui institue en &#233;tant collectivement institu&#233; &#187; selon les th&#232;ses de Castoriadis. Quel est donc ce lieu qui est le ciment, le vivre-ensemble de toute soci&#233;t&#233; et en contient toutes les valeurs symboliques ? Qui emporte la croyance en sorte qu'elle soit int&#233;rioris&#233;e par tous, et au besoin la fait obligatoire par la force ou par le droit, (nous le verrons) ? Qui porte la mat&#233;rialit&#233; et l'incarnation du pouvoir et ses hi&#233;rarchies par des repr&#233;sentations symboliques, lesquelles &#224; leur tour se produisent elles-m&#234;mes comme pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieu et l&#233;gitimit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce lieu existe, il a un nom et fut parfaitement institu&#233;. Il se nomme l'espace public et c'est bien entre l'Ath&#232;nes ch&#232;re &#224; Castoriadis et Rome qu'il fut institu&#233; pour la premi&#232;re fois dans le droit &#233;crit. &#171; Toute soci&#233;t&#233; institue &#224; la fois son institution et la &#8220;l&#233;gitimation&#8221; de celle-ci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, op. cit. p. 67.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et, si &#171; instituer, c'est faire advenir &#224; l'univers juridique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martine R&#233;mond-Gouilloud, in L'homme, la nature et le droit (collectif), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, nous allons en effet trouver dans le droit l'existence l&#233;gitime de cet espace public. Selon le droit romain, toutes les choses (&lt;i&gt;res&lt;/i&gt;) qui n'&#233;tait point propri&#233;t&#233; particuli&#232;re : &lt;i&gt;res propria&lt;/i&gt;, &#233;taient r&#233;put&#233;es biens sans ma&#238;tre : &lt;i&gt;res nullius&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La cat&#233;gorie des biens sans ma&#238;tre se subdivisait &#224; son tour en deux autres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette derni&#232;re cat&#233;gorie se subdivise comme suit (nous simplifions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ces questions Paul Fr&#233;d&#233;ric Girard, Manuel &#233;l&#233;mentaire de droit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) : primo, les &lt;i&gt;res communes&lt;/i&gt; &#8211; souvent confondues avec les res nullius &#8211;, biens sans ma&#238;tre, mais dont on peut user sans abuser, choses et fruits de la nature, air, eau, vent, etc., r&#233;put&#233;s &#224; l'&#233;poque in&#233;puisables. Enfin, secundo, les &lt;i&gt;res publicae&lt;/i&gt;, biens sans ma&#238;tre, mais essentiels au bon fonctionnement de la cit&#233;, institu&#233;s, b&#226;tis, &#233;tablis &#224; l'usage du peuple comme institution, &lt;i&gt;pour son &#233;dification&lt;/i&gt; et, en principe, plac&#233;s sous son administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Res publicae&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si tel est bien le sens originaire de la &lt;i&gt;res publicae&lt;/i&gt;, (notons au passage la fortune de cette locution, qui conduira au mot &lt;i&gt;r&#233;publique&lt;/i&gt;), le peuple institu&#233; comme pouvoir &#8211; comme &lt;i&gt;cratos&lt;/i&gt; &#8211; est une invention de la cit&#233; ath&#233;nienne : la d&#233;mocratie, mais &#244;tez-en le peuple et le pouvoir restera, ce que s'empresseront de faire toutes les formes de pouvoirs qui se succ&#233;deront apr&#232;s la d&#233;mocratie grecque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui fera dire &#224; Moses I. Finley &#224; propos de l'Empire romain &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'&#233;vidence, c'est la &lt;i&gt;res publicae&lt;/i&gt; qui contient ce que nous cherchons. C'est sous cette cat&#233;gorie du droit que les anciens classaient effectivement les &#233;l&#233;ments constitutifs de ce que nous nommons l'espace public, soit en clair : le pouvoir. Et ceci inclut forc&#233;ment l'ensemble des institutions elles-m&#234;mes qui y contribuent, ainsi que tout l'appareil symbolique propre au (x) pouvoir(s), son c&#233;r&#233;moniel, ses repr&#233;sentations ritualis&#233;es, son &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt; &#233;voqu&#233; par Marin. Lieu institu&#233; collectivement, l'espace public est bien ce lieu visible de tous, qui appartient &#224; tous et &#224; personne en particulier, qui montre et est montr&#233; pour contenir toutes les valeurs symboliques, qui donc est sens et fait sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois espaces publics&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'ici, nous avons rappel&#233; les principes et les fondements de l'espace public, et montr&#233; combien il est consubstantiel au pouvoir. Il reste &#224; traiter de sa mat&#233;rialit&#233; et des modifications qui, au fil des si&#232;cles, l'ont multipli&#233; et &#233;tendu &#224; des espaces impensables aux anciens. Nous pouvons d&#233;couper l'espace public en trois entit&#233;s distinctes et superpos&#233;es, qui chacune apparaissent &#224; un moment de notre histoire. Aucune d'entre elles ne vient remplacer l'autre, mais le tout s'amplifie au contraire, ce qui revient &#224; dire qu'&#224; travers les diff&#233;rents &#233;tats successifs de l'espace public, le pouvoir s'est &#233;tendu. L'histoire de l'espace public se d&#233;compose donc, selon nous, en trois d&#233;ploiements successifs : un premier espace public &#171; tangible &#187; auquel se superposeront d'abord un espace public &#171; papier &#187;, puis un espace public &#171; &#233;cran &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retiendrons &#171; l'espace public tangible &#187; comme premier &#233;tat de l'espace public, celui o&#249; parviennent les soci&#233;t&#233;s d&#232;s lors qu'elles se s&#233;dentarisent en pratiquant l'&#233;levage domestique et l'agriculture, soit le n&#233;olithique. Du n&#233;olithique jusqu'&#224; l'invention de l'imprimerie, on peut consid&#233;rer l'espace public comme unique : il est seul et n'est doubl&#233; d'aucun autre. Essentiellement traduit et mat&#233;rialis&#233; en volume, en relief, en dur, nous le nommons espace public tangible ; nous l'avons toujours sous nos yeux, augment&#233; de ce que les diff&#233;rentes &#233;poques historiques, leurs valeurs symboliques et leurs moyens techniques successifs y ont ajout&#233;. Du point de vue de sa substance &#8211; de sa traduction physique &#8211; cet &lt;i&gt;espace public tangible&lt;/i&gt;, dont le monument est l'arch&#233;type, illustre et mat&#233;rialise les valeurs symboliques qui assurent la coh&#233;sion de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, mais aussi les pouvoirs qui y r&#233;alisent l&#224; leur pleine puissance, que ce soit par la soumission volontaire ou la contrainte, par la croyance int&#233;rioris&#233;e ou l'&#233;tonnement provoqu&#233;. Cet espace public tangible se caract&#233;rise donc, principalement, par le &#171; monumental ostentatoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut attendre l'arriv&#233;e de l'imprimerie et de la gravure (1450) pour voir surgir et se d&#233;ployer, dans les quelques si&#232;cles qui suivirent cette remarquable invention, un second espace public &#8211; virtuel, fait de papier couvert de signes &#8211;, qui vient doubler le premier de fa&#231;on suffisamment significative pour entra&#238;ner de profonds changements politiques et sociaux. Ce second espace que mat&#233;rialisent livres et gravures abondamment multipli&#233;s est bien un nouvel espace public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous renvoyons sur ce sujet au livre magistral de J&#252;rgen Habermas, L'espace (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; cens&#233; &#234;tre accessible &#224; tous. Il permet comme le premier, tangible, la mise en commun des valeurs symboliques nouvellement cr&#233;&#233;es ainsi que de leurs repr&#233;sentations. Les conditions &#224; r&#233;unir pour que cette transformation s'op&#232;re furent d'ordre culturel autant qu'&#233;conomique. Culturellement, ces changements ne purent trouver un terreau qu'&#224; la condition qu'il soit fertile d'un nombre suffisant d'individualit&#233;s se d&#233;gageant du commun par la puissance de la pens&#233;e et le besoin de savoir, d'auteurs et de lecteurs ; en tout cas d'individus &lt;i&gt;pensant&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;se pensant&lt;/i&gt;, ayant en un mot conquis l'&lt;i&gt;autonomos&lt;/i&gt; de la raison (comme Castoriadis a pu le dire de l'Ath&#232;nes d&#233;mocratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Corn&#233;lius Castoriadis, Les carrefours du labyrinthe, 6 vol, Seuil, 1978-1999.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Enfin, c'est au cours de cette p&#233;riode qu'&#233;merge un v&#233;ritable pouvoir &#233;conomique capable de rivaliser puis de supplanter les deux premiers en place &#8211; &lt;i&gt;sacrum&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;imperium&lt;/i&gt;. Il se manifeste par l'&#233;mergence de la puissance financi&#232;re et industrielle &#224; travers la bourgeoisie (banque, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, manufactures, n&#233;goce). Ainsi, l'av&#232;nement du pouvoir &#233;conomique se fit simultan&#233;ment &#224; ce qu'il est convenu de nommer le pouvoir de l'opinion et de la raison, qui s'&#233;tait form&#233; en trois si&#232;cles, de l'invention de l'imprimerie jusqu'aux r&#233;volutions politiques, techniques et &#233;conomiques de la fin du XVIIIe si&#232;cle, en Europe et aux &#201;tatsUnis. Ce qui le caract&#233;rise sera l'&#233;mergence de la bourgeoisie, et plus largement d'une &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; porteuse d'une opinion, capable de s'opposer d'abord au pouvoir religieux et politique, puis plus tard au pouvoir &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'au milieu du XIXe si&#232;cle que commence &#224; se d&#233;ployer le dernier-n&#233; des espaces publics. Il est issu de l'encha&#238;nement historique et technique de la photographie, du cin&#233;ma et de la t&#233;l&#233;vision. C'est l'espace public virtuel &#171; &#233;cran &#187;, auquel viendront s'adjoindre l'ordinateur, l'Internet et leurs d&#233;riv&#233;s. Comme pour le second espace public de papier, il est virtuel, mais ici, &lt;i&gt;la puissance &#233;conomique d&#233;cupl&#233;e sera totalement d&#233;terminante quant aux avanc&#233;es et aux choix techniques r&#233;alis&#233;s afin que l'espace public &#233;cran impose d&#233;finitivement sa domination sur les deux premiers&lt;/i&gt;. &#192; l'instar des deux espaces publics pr&#233;c&#233;dents, il en poss&#232;de les vertus : la mise en commun des valeurs symboliques nouvellement cr&#233;&#233;es ainsi que de leurs repr&#233;sentations &#233;tablissant le pouvoir. Cet espace public de l'&#233;cran est constitu&#233; exclusivement d'un flux constant, permanent et mondialement r&#233;pandu. Ayant r&#233;alis&#233; techniquement la synth&#232;se de l'image, du mouvement, de la parole, du son et de la musique, en une seule m&#233;diation purement visuelle, c'est l'omnipr&#233;sence du visuel et sa consommation massive et passive qui le caract&#233;rise, ce pour quoi il n'est m&#234;me plus n&#233;cessaire de poss&#233;der parfaitement les codes de la lecture (contrairement au pr&#233;c&#233;dent), et il s'accommode fort bien d'un certain niveau d'illettrisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dur&#233;e et visibilit&#233;, le renversement&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'espace public est le lieu du pouvoir, il s'y est auto-institu&#233; dans le droit, nous l'avons vu ; pour autant, la pleine l&#233;gitimit&#233; du pouvoir ne lui sera acquise que si, d'une part, sa dur&#233;e dans l'espace public est suffisante, et d'autre part, que dans la mesure o&#249; il s'y montre avec &#233;vidence, ce que nous traduisons par le monumental et l'ostentatoire. Le monumental sera la constante temps et dur&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alo&#239;s Riegl : &#171; Par monument, au sens le plus ancien et v&#233;ritablement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'ostentatoire sera la constante visibilit&#233; et publicit&#233; (au sens de : caract&#232;re de ce qui est public)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carl Schmitt : &#171; La lutte pour la repr&#233;sentation est toujours une lutte pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi le pouvoir, pour tenir debout, pour avoir une mat&#233;rialit&#233; dans l'espace public, s'appuie sur ces deux piliers que sont la dur&#233;e (temps) et la visibilit&#233; (espace), chacun multipliant les effets de l'autre. Sa l&#233;gitimit&#233;, outre le droit, ne s'institue pleinement que par ces deux voies, &lt;i&gt;or seul l'espace public garantit dur&#233;e et visibilit&#233;&lt;/i&gt;. Lorsqu'une valeur symbolique &#8211; quelle qu'elle soit &#8211; devient ostentatoire dans l'espace public, elle participe du pouvoir : l'homme, pour ces valeurs auxquelles il croit profond&#233;ment, peut aller jusqu'&#224; sacrifier ou offrir sa vie, ses biens et les siens : honneur, &#233;glise, d&#233;mocratie, patrie... Encore, ne citons-nous l&#224; que des valeurs historiques et lest&#233;es du poids d'une certaine d&#233;cence morale (proches de la &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt; orwellienne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Mich&#233;a, Orwell, anarchiste tory, Climats, 2000.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), mais, par un renversement extraordinaire, il se trouve que des &#171; valeurs &#187; d'une autre esp&#232;ce et des plus triviales sont promues &#224; leur tour dans &#171; l'espace public pouvoir &#187; : confort, mode, vitesse, progr&#232;s, d&#233;veloppement, croissance... Voil&#224; toute la force de ce que nous nommons l'&lt;i&gt;infini satur&#233;&lt;/i&gt;, et c'est par lui que s'op&#232;re le renversement : si les deux composantes des pouvoirs mat&#233;rialis&#233;s &#8211; dur&#233;e et visibilit&#233; &#8211;, furent en &#233;quilibre relatif dans les espaces publics &#171; tangible &#187; et &#171; papier &#187;, pour construire les pouvoirs au travers des institutions, il n'en va pas de m&#234;me sur le dernier-n&#233; des espaces publics, celui de l'&#233;cran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Faire &#233;cran&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, par la toute-puissance &#233;conomique et financi&#232;re, entra&#238;nant une ma&#238;trise scientifique et technique encore inconnue, s'op&#232;re un renversement de l'essence du pouvoir et, partant, de toute l&#233;gitimit&#233;. L&#224; o&#249;, autrefois, il fallait concilier dur&#233;e et visibilit&#233; pour obtenir un quelconque pouvoir au travers des institutions, il suffira d&#233;sormais &#224; la puissance &#233;conomique de construire de toutes pi&#232;ces et &lt;i&gt;rapidement&lt;/i&gt;, &#8211; c'est-&#224;-dire sans le concours de la dur&#233;e &#8211;, un espace public fait de pure m&#233;diation visuelle, pour acc&#233;der au pouvoir et faire passer pour l&#233;gitime ce qui ne l'&#233;tait pas, c'est-&#224;-dire ses propres valeurs. La dur&#233;e, comme &#233;coulement, reste inaccessible &#224; toute manipulation, reste impossible &#224; acheter, par contre, l'espace visible est plus v&#233;nal. Il suffira donc &#224; la puissance de l'argent de fabriquer ce nouvel espace public que nous nommons &#171; &#233;cran &#187;, &#224; sa mesure et, dans le m&#234;me temps, d'acheter, envahir ou corrompre tous les espaces publics &lt;i&gt;d&#233;j&#224; l&#224;&lt;/i&gt; (tangible et papier) pour asseoir d&#233;finitivement sa l&#233;gitimit&#233; usurp&#233;e et devenir pouvoir absolu. Ce renversement est total (et totalitaire) en ce que &#8211; outre l'espace &#233;cran, son pur produit &#8211; se trouvent ainsi corrompus l'espace public premier et tangible, mais &#233;galement l'espace public papier. Quant &#224; l'espace priv&#233;, s'il &#233;tait autrefois un rempart et peu ou prou un refuge contre les pouvoirs, c'est aujourd'hui se distinguer que de poss&#233;der chez soi, en s'endettant, le plus d'&#233;crans et toujours plus grands&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul Besset : &#171; La publicit&#233; prend aussi d'assaut l'univers priv&#233;, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'infini satur&#233; arraisonne l'espace public&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&lt;i&gt;infini satur&#233;&lt;/i&gt; est l'arraisonnement de la totalit&#233; des espaces publics par le pouvoir &#8211; devenu unique &#8211; de l'&#233;conomie mondialis&#233;e ; ce qui confirme au mieux sa parfaite r&#233;alisation est l'arraisonnement, dans le m&#234;me mouvement, de tout espace priv&#233;. Comment l'&#233;conomie est-elle devenue un pouvoir unique ? La raison &#233;conomique, comme valeur centrale des soci&#233;t&#233;s occidentales, est un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;cent dont l'origine n'a pas plus de cinq si&#232;cles. Cette p&#233;riode fut employ&#233;e &#224; faire converger, principalement sur la vieille Europe colonialiste, les richesses plan&#233;taires, comme stock (mati&#232;res premi&#232;res, &#233;nergies fossiles) et comme flux (force de travail par l'esclavage, le sous-salariat, la prol&#233;tarisation). En outre, les richesses ne furent pas seulement employ&#233;es &#224; &#234;tre consomm&#233;es sur-le-champ, mais, par le truchement des sciences et techniques, elles furent utilis&#233;es &#224; fabriquer de nouvelles richesses et de nouveaux biens ; plus encore, comme l'avait vu Marx, &#224; produire celui &#224; qui elles &#233;taient destin&#233;es : le &#171; sujet &#187; &#8211; aujourd'hui le client &#8211;, avec comme valeurs centrales le progr&#232;s et la technique, ainsi que leurs d&#233;riv&#233;s plus triviaux : le d&#233;veloppement, l'emploi, la consommation, la nouveaut&#233;, la mode... La production du &lt;i&gt;client&lt;/i&gt; fut la t&#226;che que s'assigna l'espace public &#233;cran et sa r&#233;alisation achev&#233;e est l'infini satur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir de l'opinion, n&#233; de l'espace public papier, a pu s'opposer (un temps) aux trois autres, religieux, politique, &#233;conomique. Ces derniers r&#233;pondirent par de multiples dispositions et man&#339;uvres : interdictions, lois et d&#233;crets, de la mise &#224; l'index &#224; la r&#233;pression arm&#233;e, en passant par la censure et la corruption. Mais le pouvoir &#233;conomique, depuis la naissance des banques, des billets &#224; ordre, de la monnaie de papier, du cr&#233;dit, ne cessera de grandir et de s'imposer au fil des si&#232;cles ; se rendant indispensable &#224; tous, il l'emporte finalement sur tous les autres pouvoirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce point de bascule, Karl Polanyi le place autour de 1780 : &#171; Le changement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et, plus gravement, sur la raison et le pouvoir d'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le premier espace public tangible tenta d'&lt;i&gt;&#233;difier&lt;/i&gt;, le second, de papier, se risqua &#224; &lt;i&gt;&#233;duquer&lt;/i&gt; ; quant au troisi&#232;me, par l'&#233;cran il parvient &#224; &lt;i&gt;divertir&lt;/i&gt;. L'arraisonnement sera r&#233;alis&#233; d&#232;s lors que les deux premiers espaces publics auront &#233;t&#233; annex&#233;s et se seront soumis au principe du troisi&#232;me : &#233;difier et &#233;duquer en divertissant. En outre l'espace public &#233;cran poss&#232;de sur les deux autres l'absolue sup&#233;riorit&#233; de p&#233;n&#233;trer efficacement l'ensemble des espaces priv&#233;s sans qu'il soit fait appel au vouloir, mais &#224; la simple passivit&#233;, qui plus est divertissante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Jean-Paul Besset, op. cit. p. 250.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous sommes ainsi spoli&#233;s de notre espace priv&#233; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de notre espace public &#8211; &lt;i&gt;res publica&lt;/i&gt; &#8211; propri&#233;t&#233; commune, fondement de la R&#233;publique, qui v&#233;hiculait une grande diversit&#233; de valeurs, de croyances et de savoirs, s'opposant les uns les autres, au profit d'un espace public dont les trois formes sont d&#233;sormais arraisonn&#233;es par l'unique pouvoir &#233;conomique, nous imposant les seules valeurs, croyances et savoirs qui lui sont favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arraisonnement et ravissement&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224;, proprement, le &#171; ravissement &#187;, le rapt du savoir et du croire, des consciences et du d&#233;sir dans un heureux, perp&#233;tuel et factice enchantement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour nous mettre en accord avec Max Weber [1864-1920] et son &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'exposer au pouvoir, se manifestant sur l'espace public tangible et premier, demandait un effort de participation. Il fallait quitter son espace priv&#233; pour s'y soumettre. L'espace virtuel papier impliquait un discernement et des choix individuels. Il fallait &#234;tre en possession de codes comme la lecture, ainsi qu'une capacit&#233; plus ou moins complexe de raisonner. Inversement, l'&lt;i&gt;infini satur&#233;&lt;/i&gt; ne demande ni effort, ni participation active, ni discernement, ni raisonnement. &lt;i&gt;S'il exige de nous un effort, c'est celui qu'il faut d&#233;ployer pour lui &#233;chapper&lt;/i&gt;. Selon Serge Latouche, il ne reste plus que &#171; la possibilit&#233; d'entrer en dissidence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Serge Latouche, Le pari de la d&#233;croissance, Fayard, 2006, p. 209 et 276.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais comment entrer en dissidence alors que le ravissement est double : une premi&#232;re fois, parce qu'il a capt&#233; toutes les valeurs ; une seconde fois, en ce qu'il nous captive par la s&#233;duction et l'apparente innocence du divertissement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dissidence&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'espace public, s'il n'est pas une &lt;i&gt;cause premi&#232;re&lt;/i&gt; au sens des philosophes, l'est sur le terrain des valeurs qui d&#233;terminent nos comportements collectifs. Son arraisonnement nous permet d'expliquer &#8211; non d'excuser &#8211; bon nombre d'aveuglements, illusions et aberrations touchant &#224; nos soci&#233;t&#233;s &#233;gar&#233;es. Sous ses trois formes, il est celui qui montre, qui enseigne &#224; tous et &lt;i&gt;qui enseigne &#224; celui qui enseigne&lt;/i&gt;. En effet, il est bien peu de choses que nous sachions, auxquelles nous croyons, que nous enseignons, qui ne viennent pas de lui, y compris celles que nous pensons n&#244;tres et issues de l'espace priv&#233;. C'est &#224; des questions telles que : &#171; pourquoi nous est-il impossible de changer de cap ? &#187;, &#171; pourquoi ne ma&#238;trisons-nous pas la technique ? &#187; (ou le progr&#232;s, le d&#233;veloppement, la croissance), ou bien : &#171; Comment savons-nous ce que nous savons ? &#187;, (ou croyons-nous ce que nous croyons), que r&#233;pond la notion d'infini satur&#233;. C'est l'infini satur&#233; Grand Professeur, &lt;i&gt;infini&lt;/i&gt; parce rien ne peut entraver le d&#233;veloppement ni borner les limites du virtuel ; satur&#233;, pour &#234;tre une sorte de bouteille molle qui n'est emplie que de ce que l'&#233;conomie marchande y met et &lt;i&gt;Grand Professeur&lt;/i&gt;, parce que sous son r&#232;gne, le pouvoir &#233;conomique, ayant arraisonn&#233; tous les espaces publics, devient le ma&#238;tre de la visibilit&#233;, de l'ostentatoire, de la publicit&#233;, le ma&#238;tre du croire et du savoir, mais encore du d&#233;sir. O&#249; que nos yeux se posent, quoi que nos oreilles entendent et nos mains saisissent, c'est lui qui impose les valeurs &#8211; ses valeurs &#8211;, au d&#233;triment de toutes les autres. &lt;i&gt;Quid&lt;/i&gt;, en ce cas, de la &#171; visibilit&#233; &#187; d&#232;s lors qu'acqu&#233;rir une visibilit&#233; sur l'espace public au si&#232;cle de l'&lt;i&gt;infini satur&#233;&lt;/i&gt; ne sera possible qu'&#224; la condition que nous puissions nous hausser &#224; la puissance de ses nouveaux producteurs ? Y parviendrions-nous, que nous n'aurions fait que nous soumettre aux r&#232;gles que ces nouveaux producteurs ont &#233;dict&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de Paul Ari&#232;s et de Michel Dias nous parut juste : &#171; Comment rendre &lt;i&gt;la d&#233;croissance d&#233;sirable d&#233;mocratiquement&lt;/i&gt; ? &#187;, mais elle est aussi terrible parce que triple. Il nous faut en effet r&#233;soudre cette formidable contradiction qu'est la n&#233;cessit&#233; de faire exister ces trois valeurs : d&#233;croissance, d&#233;sir, d&#233;mocratie sur l'espace public dont on sait l'arraisonnement &#224; l'&lt;i&gt;&#233;conomisme&lt;/i&gt;, qui en a d&#233;j&#224; bafou&#233; deux : le d&#233;sir (r&#233;sorb&#233; dans la pacotille marchande) et la d&#233;mocratie (dissoute dans la &#171; t&#233;l&#233;cratie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bernard Stiegler, La t&#233;l&#233;cratie contre la d&#233;mocratie, Flammarion, 2006, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Quant &#224; la soci&#233;t&#233; de d&#233;croissance, comprise en tant qu'alternative &#224; la soci&#233;t&#233; de croissance, elle s'oppose frontalement &#224; l'infini satur&#233;. C'est pourtant la d&#233;croissance qui me para&#238;t &#234;tre en meilleure posture que le d&#233;sir et la d&#233;mocratie. En effet, la d&#233;croissance dans nos pays occidentaux, me semble, &#224; l'examen de la fausset&#233; des chiffres de l'id&#233;ologie &#233;conomique triomphante, d&#233;j&#224; bien engag&#233;e, ne serait-ce que par la stagnation r&#233;elle qui en est la pr&#233;misse. Finitude du monde, &#233;puisement des ressources, irr&#233;versibilit&#233; et entropie feront le reste. Mais nous avons &#224; la rendre &lt;i&gt;d&#233;sirable&lt;/i&gt;, et surtout &lt;i&gt;d&#233;mocratiquement&lt;/i&gt;, afin de conjurer le danger de &#171; force pure &#187; qu'&#233;voquait Canetti : &#171; Quand le pouvoir prend son temps, il devient puissance. Mais au moment de crise, qui finit toujours par arriver, &#224; l'instant irr&#233;vocable de la d&#233;cision, il redevient pouvoir, force pure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;lias Canetti, Masse et puissance, Gallimard, 1966, p. 299.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons cherch&#233; &#224; dessiner la carte en ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle et une bonne carte reste en elle-m&#234;me un espoir. Nous n'avons certes pas cherch&#233; &#224; d&#233;sesp&#233;rer, pas plus qu'&#224; faire esp&#233;rer. Notre intention &#233;tait de d&#233;signer clairement l'adversaire, non point de le dire invincible. Mais il est certain qu'ignorer ou encore sous-estimer la puissance de l'infini satur&#233; conduirait &#224; l'&#233;chec. Nous savons maintenant que ce n'est pas parce que notre cause est juste qu'elle triomphera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire &#224; pr&#233;sent ? peuvent demander ceux qui ont accord&#233; &#224; cette carte une certaine validit&#233;. S'ils ont en main ces quelques feuillets, ils devraient se rassurer : une &#233;troite parcelle d'espace public existe toujours, celle que nous avons nomm&#233;e &#171; espace public papier &#187; qui permet encore le d&#233;bat d'id&#233;es. Des interstices existent encore sur l'infini satur&#233;. &#192; nous de les occuper, de les multiplier, de recr&#233;er un espace public v&#233;ritable &#8211; &lt;i&gt;res publica&lt;/i&gt; &#8211; libre et non afferm&#233;, garantissant, seul, la possible circulation de tous les savoirs et leur partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Individuellement, il reste &#224; chacun de &#171; d&#233;-croire &#187; pour d&#233;cro&#238;tre. Cette formule n'&#233;tait pas un simple jeu de mots liminaire. Pour commenter Jean-Pierre Dupuy qui affirme que &#171; nous ne croyons pas ce que nous savons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme &#233;clair&#233;, Seuil, Point-Essai, 2002, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, t&#226;chons non seulement de croire ce que nous savons, mais encore de savoir ce que nous croyons. C'est le pr&#233;alable &#224; toute action &#224; la mesure des enjeux de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Collectivement, effor&#231;ons-nous de recr&#233;er, l&#224; o&#249; nous sommes, les conditions de l'&lt;i&gt;autonomos&lt;/i&gt; cher &#224; Castoriadis, &#171; les hommes assembl&#233;s se donnant &#224; eux-m&#234;mes leurs propres lois... &#187;, et &#171; sachant qu'ils le font &#187;, ajoutait-il. Effor&#231;ons-nous de recr&#233;er les conditions de &#171; l'assembl&#233;e des hommes &#187;, ce sont aussi celles du vivre-ensemble. C'est &#224; cette r&#232;gle que je me plierai. Aussi ne soyez pas surpris de ne point trouver ici de &#171; solutions &#187;. Elles ne peuvent venir d'un seul, mais de plusieurs, &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Grinevald nous en donne une bonne approche dans le n&#176; 1 d'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt;, Parangon/Vs, 2006 pp. 185-188. Voir &#233;galement &#171; Historique du mot [d&#233;croissance] &#187; dans &lt;i&gt;Les Cahiers de l'IEESDS&lt;/i&gt;, n&#176; 1 d&#233;cembre 2006, suppl&#233;ment &#224; &lt;i&gt;La D&#233;croissance&lt;/i&gt; n&#176; 35, (article non sign&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Frans Masereel : &lt;i&gt;Id&#233;e, sa vie, sa mort&lt;/i&gt;, Paris Ollendorff, 1920.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;. p. 167, formule presque identique &#224; celle de Michel Dias (m&#234;me ouvrage, p. 61).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Corn&#233;lius Castoriadis, &lt;i&gt;Figures du pensable. Les Carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt; &#8211; VI. Seuil, 1999, pp.124-sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il n'est pas exclu que ce concept soit plus ancien et que l'on puisse, selon les traducteurs, l'attribuer &#224; Aristote.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Legendre, &lt;i&gt;L'amour du censeur&lt;/i&gt;, Seuil, 1974, p. 74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Marin, &lt;i&gt;Le portrait du roi&lt;/i&gt;, Minuit, 1981, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;. p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;. p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ludwig Wittgenstein, proposition 1 (sur 7), in &lt;i&gt;Tractatus logico-philosophicus&lt;/i&gt;, trad. de Gilles-Gaston Granger, Gallimard, 1993, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martine R&#233;mond-Gouilloud, in &lt;i&gt;L'homme, la nature et le droit&lt;/i&gt; (collectif), Bourgois, 1988, p. 203.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La cat&#233;gorie des biens sans ma&#238;tre se subdivisait &#224; son tour en deux autres : les &lt;i&gt;res nullius&lt;/i&gt; sous juridiction humaine et celles sous juridiction divine. Nous ne nous permettrons point de nous m&#234;ler de ce qui appartient aux dieux, par contre les res nullius sous juridiction humaine m&#233;ritent toute notre attention, puisque ces cat&#233;gories du droit romain r&#233;gissent encore, avec force distorsions, nos lois et nos d&#233;crets nationaux et internationaux particuli&#232;rement pour ce qui concerne l'environnement, (cf. &lt;i&gt;L'homme la nature et le droit, op. cit&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ces questions Paul Fr&#233;d&#233;ric Girard, &lt;i&gt;Manuel &#233;l&#233;mentaire de droit romain&lt;/i&gt;, Paris Rousseau, 1918.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui fera dire &#224; Moses I. Finley &#224; propos de l'Empire romain &#171; La politique cessa d'&#234;tre un instrument utile pour le peuple et il s'av&#233;ra que la solution ultime &#233;tait la fin, non seulement de la participation du peuple &#224; la politique, mais de la politique elle-m&#234;me &#187;, in &lt;i&gt;L'invention de la politique&lt;/i&gt;, Flammarion, 1985, p. 176.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous renvoyons sur ce sujet au livre magistral de J&#252;rgen Habermas, &lt;i&gt;L'espace public&lt;/i&gt;, Payot, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Corn&#233;lius Castoriadis, &lt;i&gt;Les carrefours du labyrinthe&lt;/i&gt;, 6 vol, Seuil, 1978-1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alo&#239;s Riegl : &#171; Par monument, au sens le plus ancien et v&#233;ritablement originel du terme, on entend une &#339;uvre cr&#233;&#233;e de la main de l'homme et &#233;difi&#233;e dans le but pr&#233;cis de conserver toujours pr&#233;sent et vivant dans la conscience des g&#233;n&#233;rations futures le souvenir de telle action ou telle destin&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Le culte moderne des monuments&lt;/i&gt; [1903], Seuil, 1984, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carl Schmitt : &#171; La lutte pour la repr&#233;sentation est toujours une lutte pour le pouvoir politique &#187;, or, &#171; il n'y a de repr&#233;sentation que s'il y a publicit&#233; &#187; in &lt;i&gt;Verfassungslehre&lt;/i&gt;, Berlin, 1957, 3&#176;&#233;d. p. 212, [cit&#233; par Julien Freund in &lt;i&gt;&#171; L'essence du politique &#187;&lt;/i&gt;, Paris, Sirey, 1965, pp. 331-329], ce que dit semblablement Louis Marin &#171; D'un c&#244;t&#233;, la repr&#233;sentation met la force en signes [...], signes de la force qui n'ont besoin que d'&#234;tre vus pour que la force soit crue &#187;, in &lt;i&gt;Le portrait du roi&lt;/i&gt;, Minuit, 1981, p. 11. [&lt;i&gt;C'est l'auteur qui souligne&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude Mich&#233;a, &lt;i&gt;Orwell, anarchiste tory&lt;/i&gt;, Climats, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul Besset : &#171; La publicit&#233; prend aussi d'assaut l'univers priv&#233;, la bo&#238;te aux lettres, les messageries &#233;lectroniques, les t&#233;l&#233;phones, les jeux vid&#233;o, les radios de salle de bains &#187;, &lt;i&gt;Comment ne plus &#234;tre progressiste...&lt;/i&gt;, Fayard, 2005, p. 251.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce point de bascule, Karl Polanyi le place autour de 1780 : &#171; Le changement d'atmosph&#232;re, entre Adam Smith et Townsend, est vraiment frappant. Avec le premier se cl&#244;t une &#233;poque qui s'&#233;tait ouverte avec les inventeurs de l'&#201;tat, Thomas More et Machiavel, Luther et Calvin ; le second appartient &#224; ce XIXe si&#232;cle au cours duquel Ricardo et Hegel ont d&#233;couvert, &#224; partir de points de vue oppos&#233;s, l'existence d'une soci&#233;t&#233; qui n'est pas soumise aux lois de l'&#201;tat, mais qui, au contraire soumet l'&#201;tat &#224; ses propres lois &#187;, &lt;i&gt;La grande transformation&lt;/i&gt;, Gallimard, [1983], 2003 p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Jean-Paul Besset, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;. p. 250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour nous mettre en accord avec Max Weber [1864-1920] et son &#171; d&#233;senchantement &#187;, nous devrions &#233;voquer ici un &lt;i&gt;r&#233;&lt;/i&gt;-enchantement...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Serge Latouche, &lt;i&gt;Le pari de la d&#233;croissance&lt;/i&gt;, Fayard, 2006, p. 209 et 276.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bernard Stiegler, &lt;i&gt;La t&#233;l&#233;cratie contre la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Flammarion, 2006, &#224; qui nous empruntons ce n&#233;ologisme (et que cela) ; B.S. par ailleurs chantre d&#233;vou&#233; &#224; ce capitalisme cognitif et &lt;i&gt;immat&#233;riel&lt;/i&gt; qui a toujours quelque chose &#224; vendre, que Serge Latouche aurait pu ais&#233;ment ranger au c&#244;t&#233; de Jacques Attali dans &lt;i&gt;Le pari de la d&#233;croissance&lt;/i&gt;, Fayard, 2006, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;lias Canetti, &lt;i&gt;Masse et puissance&lt;/i&gt;, Gallimard, 1966, p. 299.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Dupuy, &lt;i&gt;Pour un catastrophisme &#233;clair&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, Point-Essai, 2002, p. 142.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'audace d'h&#233;siter</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article30</link>
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		<dc:date>2009-03-22T09:39:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel GUET</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les effets visibles et terribles d'un effondrement des civilisations riches et dominantes &#8212; qui entra&#238;neront avec elles toutes les autres &#8212; se font sentir depuis l'&#233;t&#233; 2008 ; cela les dirigeants politiques et &#233;conomiques du monde l'ont nomm&#233;e &#171; crise &#187;. Nous nous sommes expliqu&#233;s sur cet euph&#233;misme qui fait nommer crise ce qui n'est en r&#233;alit&#233; que la conjonction et r&#233;sultante d'une somme consid&#233;rable de non-choix, de d&#233;ni de r&#233;el et de comportements aveugles effectu&#233;s bien en amont, nous ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;Points de vue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.entropia-la-revue.org/local/cache-vignettes/L92xH120/arton30-b97dc.jpg?1635517816' class='spip_logo spip_logo_right' width='92' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les effets visibles et terribles d'un effondrement des civilisations riches et dominantes &#8212; qui entra&#238;neront avec elles toutes les autres &#8212; se font sentir depuis l'&#233;t&#233; 2008 ; cela les dirigeants politiques et &#233;conomiques du monde l'ont nomm&#233;e &#171; crise &#187;. Nous nous sommes expliqu&#233;s sur cet euph&#233;misme qui fait nommer crise ce qui n'est en r&#233;alit&#233; que la conjonction et r&#233;sultante d'une somme consid&#233;rable de non-choix, de d&#233;ni de r&#233;el et de comportements aveugles effectu&#233;s bien en amont, nous ne reviendrons pas sur ce point, un autre nous pr&#233;occupe ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette pr&#233;tendue crise, ces m&#234;mes &#233;tats-majors mondiaux pr&#233;tendent porter rem&#232;de par des dispositions qui nous semblent caut&#232;res sur jambe de bois. Plus grave nous para&#238;t encore le pr&#233;suppos&#233; de tout cela : l'homme ma&#238;triserait son destin ; en effet, il lui suffirait de quelques am&#233;nagements &#233;conomiques pour trouver soudain le chemin de la sagesse et du m&#234;me coup serait enray&#233;e la &#171; crise &#187; et ma&#238;tris&#233; le destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, nous semble-t-il ici, erreur sur l'homme qui est confondu avec l'individu. Certes, que le destin d'un individu puisse &#234;tre ma&#238;tris&#233; par lui-m&#234;me, (s'il en a le pouvoir, ce qui n'est d&#233;j&#224; point accord&#233; &#224; tout le monde), est du domaine du possible, cela s'est vu et nous pouvons l'admettre. Mais quand il s'agit de l'Homme, &#233;crit ici avec une majuscule, quand il s'agit de l'humanit&#233;, quand il s'agit de civilisation le probl&#232;me est tout autre et, que nous sachions, rien ne s'est jamais &#171; pass&#233; comme pr&#233;vu &#187;, rien ne fut jamais ma&#238;tris&#233;. Nos soci&#233;t&#233;s d'individus n'ont pour gouvernail qu'une absence de gouvernail, elles sont aveugles, elles sont telosblind. Nous n'&#233;crivons l'histoire qu'apr&#232;s. Nos soci&#233;t&#233;s n'ont pour sens, pour destin, que la r&#233;sultante &#8212; en creux &#8212; d'une foule de comportements dict&#233;s par les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et bassement corporatistes auxquels ne pr&#233;side, tout au plus, qu'une id&#233;ologie factuelle r&#233;sultant elle-m&#234;me de ces m&#234;mes int&#233;r&#234;ts pour peu que ceux-ci aient atteint l'espace public et soient d&#232;s lors &#233;rig&#233;s en doctrines que chaque citoyen int&#233;riorisera, notamment le primat de l'&#233;conomie consum&#233;riste pour ne citer que celui-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les civilisations ma&#238;trisaient leur destin et pr&#234;taient une oreille attentive &#224; la sagesse cela se saurait et l'histoire &#8212; elle justement &#8212; nous en fournirait quelques preuves. Pour ce qui concerne la modernit&#233; r&#233;cente, l'Allemagne nazie et ses camps, la Russie et ses goulags, l'Am&#233;rique et ses Hiroshima suffisent largement &#224; accr&#233;diter la certitude que nous ne ma&#238;trisons rien qui nous conduirait &#224; la sagesse, collectivement s'entend, m&#234;me si cela reste possible pour quelques rares individus, lesquels m&#233;riteraient de ce fait, sinon d'&#234;tre nos &#233;lus, &#224; tout le moins d'&#234;tre questionn&#233;s et &#233;cout&#233;s... Mais l'id&#233;ologie dominante &#8212; elle justement &#8212; se fait fort de nous pr&#233;senter ces h&#233;sitants comme les pires ennemis du &#171; progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons d'&#233;voquer une premi&#232;re confusion Homme/individu, il en est une seconde tout aussi pernicieuse qui veut que la ma&#238;trise de la technique vaut pour ma&#238;trise du destin collectif. C'est en tout cas le credo sans cesse rab&#226;ch&#233; de nos &#233;lites. Il semble bien, au regard de l'histoire, que la ma&#238;trise de la technique ne se soit sold&#233;e presque exclusivement que par la ma&#238;trise de la guerre et certainement pas de la paix ; faut-il pour obtenir cette derni&#232;re ma&#238;triser le canon, l'acier blind&#233;, l'atome ? (Oui bien s&#251;r ! r&#233;pondent en ch&#339;ur tous les fauteurs de guerre.) O&#249; r&#233;side la confusion ici, sinon &#224; croire que ma&#238;triser la technique revient aussi &#224; ma&#238;triser ses effets, or ceux-ci nous &#233;chappent totalement, quelques philosophes nous l'ont enseign&#233;, et s'il en &#233;tait autrement il n'y aurait point &#171; crise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sait, les &#233;lites sont toujours en retard sur leurs avant-gardes, ailleurs comme en sciences car certains chercheurs new-age, ceux des nanobiotechnologies &#224; qui une certaine m&#233;taphysique est possible (ils sont peu nombreux) crachent le morceau : &#171; il nous a fallu longtemps [sic] pour comprendre que la puissance d'une technique &#233;tait proportionnelle &#224; son &#171; incontr&#244;labilit&#233; &#187; intrins&#232;que (...) En v&#233;rit&#233;, si nous n'&#233;prouvons pas de l'inqui&#233;tude devant une technique, c'est qu'elle n'est pas assez r&#233;volutionnaire &#187; , on ne peut mieux dire.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1 - je dois cette citation du scientifique Kevin Kelly &#224; Jean-Pierre Dupuy, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces deux confusions cumul&#233;es, Homme/individu et techniques/effets &#8212; il en est certainement d'autres &#8212; l'id&#233;e de la ma&#238;trise s'est impos&#233;e comme &#233;vidence. Plus encore, se persuader que nous ma&#238;trisons nos destins est absolument n&#233;cessaire &#224; qui veut en &#234;tre r&#233;solument l'esclave, autrement dit nous ne serions pas plac&#233;s devant un si terrible avenir si nous avions eu cette petite modestie d'admettre que nous ne contr&#244;lions rien. Car, en ce cas, nous aurions eu, au bon moment, l'audace d'h&#233;siter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1 - je dois cette citation du scientifique Kevin Kelly &#224; Jean-Pierre Dupuy, elle est tir&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
de son dernier ouvrage La marque du sacr&#233;, Carnet Nord, 2008, p.43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De quoi le mot &#034;crise &#034;est-il le nom ?</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article25</link>
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		<dc:date>2009-02-10T10:42:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel GUET</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il est des titres que l'on ne se lasse de rouler dans sa bouche comme la mer ses galets et l'occasion &#233;tait trop belle de plagier celui du pamphlet d'Alain Badiou (dont je vous conseille la lecture). Ici il ne s'agit pas d'une attaque ad hominem mais d'une r&#233;flexion sur la guerre des mots laquelle se joue sous nos yeux et sur l'espace public res publica. arraisonn&#233; par le pouvoir marchand , ainsi que d'une tentative d'interpr&#233;tation de ce qui est commun&#233;ment d&#233;nomm&#233;, depuis l'&#233;t&#233; 2008, &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique11" rel="directory"&gt;Points de vue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.entropia-la-revue.org/local/cache-vignettes/L115xH150/arton25-6ff79.jpg?1635517816' class='spip_logo spip_logo_right' width='115' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est des titres que l'on ne se lasse de rouler dans sa bouche comme la mer ses galets et l'occasion &#233;tait trop belle de plagier celui du pamphlet d'Alain Badiou&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Badiou, De quoi sarkozy est-il le nom ? &#201;ditions Lignes, Paris, 2007.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (dont je vous conseille la lecture). &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici il ne s'agit pas d'une attaque &lt;i&gt;ad hominem&lt;/i&gt; mais d'une r&#233;flexion sur la guerre des mots laquelle se joue sous nos yeux et sur l'espace public&lt;i&gt; res publica&lt;/i&gt;. arraisonn&#233; par le pouvoir marchand&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Car c'est bien sur l'espace public que se construisent les valeurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , ainsi que d'une tentative d'interpr&#233;tation de ce qui est commun&#233;ment d&#233;nomm&#233;, depuis l'&#233;t&#233; 2008, &lt;i&gt;&#171; crise &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Qui use du mot &#171; crise &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donnons l'impulsion sans attendre, nommons cette succession de faits impr&#233;vus d'un mot qui nous convient, qui nous para&#238;t juste ; donnons &#224; ces &#233;v&#232;nements, &#224; ce qui nous arrive, la couleur qui sied ! C'est d&#233;cid&#233;, nous nommons cela CRISE, nous disons cela d'assurance, nous disons cela it&#233;rativement&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme disait le sapeur Camember.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous (qui est nous ?), nous qui nommons, nous qui parlons, nous qui disons le monde, qui le montrons, sommes aussi NOUS qui faisons le monde, nous les ma&#238;tres du &lt;i&gt;nomos&lt;/i&gt;, de la Parole, de la Loi. Nous &#8212; qui sommes en r&#233;alit&#233; ceux qui avons produit ces faits et &#233;v&#232;nements autrement dit cette crise &#8212;, sommes les seuls aptes &#224; la justement nommer (du reste, nous d&#233;tenons la Parole sur l'espace public, ainsi que l'espace public lui-m&#234;me pour l'avoir arraisonn&#233;) : oui, c'est sans nul doute une crise et nous nous y entendons en crise et rem&#232;des &#224; la crise puisque nous l'avons foment&#233;e nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les ma&#238;tres du&lt;i&gt; nomos&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Souvenons-nous des enseignements de C.Castoriadis opposant h&#233;t&#233;ronomos &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8212; en un mot les hommes du pouvoir &#8212;, avant tout du pouvoir de pr&#233;senter et re-pr&#233;senter le monde, ont-ils nomm&#233; cette succession de faits et d'&#233;v&#232;nements, c'est disent-ils une crise. Il est pourtant des hommes, d'autres hommes &#224; qui le pouvoir est &#233;tranger, des hommes sens&#233;s et dot&#233;s d'une intelligence quelquefois brillante qui nomment cela autrement, ceux-ci s'inqui&#232;tent de cela depuis quelques d&#233;cennies mais h&#233;las ils n'ont ni pouvoir ni visibilit&#233; sur un espace public d&#233;j&#224; fort satur&#233;, aussi sont-il tr&#232;s peu entendus et lus encore moins...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'&#233;voque exactement le mot &#171; crise &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Au commencement &#233;tait le Verbe &#187;, nous savons tous qu'il n'est pas innocent de nommer les choses, de nommer le monde ; nous savons tous qu'en r&#233;alit&#233; le vrai pouvoir c'est le Verbe, la Parole, la Loi, &lt;i&gt;le nomos&lt;/i&gt; ; nous savons tous aussi que, lorsque aucun de ceux-l&#224; ne sont partag&#233;s alors le pouvoir triomphe, il devient total voire totalitaire or qui oserait affirmer aujourd'hui qu'il y a r&#233;el partage de la parole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Empruntons &#224; la sagesse populaire (il fut un temps o&#249; la parole n'&#233;tait pas tout &#224; fait confisqu&#233;e) : un vieil adage dit fort justement &lt;i&gt;qui veut noyer son chien dit qu'il a la rage&lt;/i&gt;,&lt;/i&gt; et qui veut faire accroire que tout va bien, qu'il ne s'agit que d'un banal accident de parcours, une p&#233;rip&#233;tie sans importance, nomme l'innommable du doux euph&#233;misme de &#171; crise &#187;, ceci depuis l'&#233;t&#233; 2008 car au printemps tout allait encore parfaitement. Parce que dans le mot &#171; crise &#187; il y a de l'espoir n'est-ce pas, une crise passe qui suit la pr&#233;c&#233;dente et juste avant la crise il n'y avait rien de semblable n'est-ce pas ; l'histoire est faite de cycles, l'homme s'en est toujours tir&#233; n'est-ce pas, il est plein de ressources et sa science si riche de promesses, et la technique, le progr&#232;s, le d&#233;veloppement, l'innovation... Fi du d&#233;clinisme et allons de l'avant, n'est-elle pas b&#234;tement&lt;i&gt; entrav&#233;e&lt;/i&gt; notre bonne f&#233;e croissance, ne suffit-il pas de la&lt;i&gt; lib&#233;rer&lt;/i&gt; pour que tout aille comme avant. 2009 sera un cap &#224; passer je vous l'accorde, mais d&#232;s 2010... Oh oui, nous connaissons la chanson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la r&#233;alit&#233; cach&#233;e derri&#232;re le mot &#171; crise &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Derri&#232;re l'euph&#233;misme, il y a une r&#233;alit&#233; que le virtuel occulte soigneusement. Derri&#232;re l'euph&#233;misme, il y a l'innommable car jamais nomm&#233;, jamais nomm&#233; parce que trop d&#233;rangeant. Le r&#233;el d&#233;range toute id&#233;ologie, il permet le doute, il contredit m&#234;me, et cela est id&#233;ologiquement inadmissible. Id&#233;ologiquement inadmissible et si vrai, que ceux qui emploient le mot &#171; crise &#187; pour d&#233;signer l'innommable sont parfaitement sinc&#232;res : ils pensent &lt;i&gt;sinc&#232;rement&lt;/i&gt; qu'il s'agit d'une crise ; du reste ne le penseraient-ils point qu'ils n'auraient pu nous conduire aussi s&#251;rement au pire, c'est-&#224;-dire &#224; la catastrophe, &#224; l'effondrement, &#224; l'innommable. En cela on peut dire qu'ils sont absolument sinc&#232;res et pour autant inexcusables de cet aveuglement. Il en est ainsi de toute id&#233;ologie, elle rend aveugle &#224; ce qui la contredit, elle ne l'entend m&#234;me point car le contredit, de m&#234;me que le &#171; contredissement &#187; sont des cat&#233;gories qui n'existent pas en id&#233;ologie, en tout cas pas plus que la contradiction. &#171; Cap au pire &#187; disait Beckett, encore un beau titre, eh bien nous y voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attention, il faut ici marquer un temps et jouer finement car ce point est subtil. Nous (nous autres de l'apr&#232;s d&#233;veloppement, objecteurs de croissance...) qui ne nous voulons ni acteurs ni victimes de cette id&#233;ologie ; nous qui disons, affirmons qu'il s'agit d'une catastrophe, d'un effondrement, nous ne d&#233;plorons pas la m&#234;me chose que les euph&#233;mistes ! Soyons pr&#233;cis. Que ceux-l&#224; y voient une banale &#171; crise &#187; alors que nous y voyons un v&#233;ritable effondrement n'est point surench&#232;re de notre part, loin s'en faut et cela ne suffit certainement pas &#224; nous placer &#224; leur c&#244;t&#233;. En effet, les euph&#233;mistes de la crise se lamentent sur la faillite d'un syst&#232;me bancaire et financier, ils pleurent la chute d'un march&#233; immobilier, geignent sur l'embourbement d'une industrie automobile &#8212; en attendant la succession d'effondrements qui doit logiquement advenir ces prochains mois : b&#226;timent &amp; T.P., agro-industrie, grande distribution, transports routiers, a&#233;riens etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oserai-je &#233;voquer Airbus (fuyez toulousains, vite...)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212;, (toutes choses dont nous n'osions esp&#233;rer la fin), or tout cela ne sont que des effets dont jamais les euph&#233;mistes n'&#233;voquent les causes, alors que ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces causes qui nous int&#233;ressent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous qui t&#226;chons, au prix d'une r&#233;sistance de chaque heure, de penser et vivre le r&#233;el sans c&#233;der aux illusions de l'id&#233;ologie, ne partageons pas les m&#234;mes inqui&#233;tudes que les euph&#233;mistes de la crise, certes non ! Nous appuyant sur les m&#234;mes faits apparents et superficiels mais en analysant leurs soubassements, la catastrophe &#224; laquelle nous pensons c'est la conviction que nous touchons au terme d'un &lt;i&gt;certain&lt;/i&gt; monde dans l'impr&#233;vision la plus totale et c'est aussi l'inqui&#233;tude de ce qui s'en suivra. Cette catastrophe nous ne la nommons pas &#171; crise &#187; mais effondrement, elle est aussi innommable.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle est effondrement par la certitude d'assister &#224; l'agonie d'un syst&#232;me pillant et gaspillant inutilement ressources et &#233;nergies terrestres, d'un syst&#232;me arrogant destructeur des singularit&#233;s et richesses humaines, d'un syst&#232;me o&#249; l'&#234;tre se consume en consommant et pour qui la technologie est devenue religion. L&#224; est notre grande diff&#233;rence avec les euph&#233;mistes, car si eux se lamentent de cet effondrement nous nous en r&#233;jouissons. Mais, h&#233;las, cette catastrophe est aussi innommable car ce syst&#232;me &#8212; tel que mont&#233; de toute pi&#232;ce par les riches &#8212; en s'effondrant, entra&#238;nera dans sa chute nos autres nous-m&#234;mes : les plus pauvres, les plus d&#233;munis ; c'est innommable parce que ceux-l&#224; se verront infliger une double peine, l'occident colonialiste les aura, en deux si&#232;cles, spoli&#233; de leurs richesses, puis dans sa chute il les plongera dans les affres de la famine, les pand&#233;mies, les guerres, sur fond de catastrophes climatiques, s&#233;cheresses ou pluies diluviennes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et dites-moi ce que dit le mot &#171; crise &#187; de tout cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une autre &#171; crise &#187;, v&#233;ritable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; pr&#233;sent s'il faut absolument une crise afin de rester dans l'euph&#233;misme, j'oserai en &#233;voquer une, dont peu nous parlent, que je crois profonde et p&#233;renne ; elle porte sur quelque chose de fragile et l'histoire nous enseigne qu'il ne faut que deux g&#233;n&#233;rations pour d&#233;truire ce qui fut construit en cent. Non, il ne s'agit pas d'une crise de la d&#233;mocratie, encore que... il ne s'agit pas plus d'une crise des valeurs ou des &#233;lites, encore que... En r&#233;alit&#233; il s'agit de tout cela un peu et nous pr&#233;f&#232;rerons nommer ce tout &lt;i&gt;crise de l'intelligence&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Besson-Girard nomme cela une crise anthropologique.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8212; de l'intelligence politique s'entend, encore que... &#8212; on y retrouvera p&#234;le-m&#234;le valeurs, &#233;lites et d&#233;mocratie confondues. En effet, s'il n'y avait appauvrissement de l'intelligence politique, comment au regard de l'histoire diplomatique internationale interpr&#233;ter les huit ann&#233;es de la pr&#233;sidence Bush Jr. et ses s&#233;ides d&#233;mocratiquement &#233;lus ? Comment interpr&#233;ter &lt;i&gt;la relance de la consommation int&#233;rieure ou l'injection de liquidit&#233;s&lt;/i&gt; comme rem&#232;des propos&#233;s &#224; la &#171; crise &#187; par les fauteurs et auteurs de cette m&#234;me &#171; crise &#187; ? Comment interpr&#233;ter le comportement des repr&#233;sentants des d&#233;mocraties face au r&#233;chauffement climatique, &#224; l'&#233;puisement des ressources tant renouvelables que fossiles, &#224; la mont&#233;e des famines, &#224; la croissance du d&#233;sert ? C'est rester en surface d'invoquer la cupidit&#233; pour expliquer ces faits. Quant &#224; l'aveuglement id&#233;ologique, il y aura bien eu en amont quelque chose qui en pr&#233;par&#226;t le lit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Michel Guet, B&#233;tail, roman, A plus d'un titre, Lyon, 2008&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;br class='autobr' /&gt; Nous avons invoqu&#233; valeurs, &#233;lites, d&#233;mocratie, mais dans quel ordre placer tout cela ? Sans prendre un gros risque on peut affirmer que les &#233;lites produisent les valeurs et parmi ces valeurs nous pouvons placer la d&#233;mocratie. Bien. Mais qui donc produit les &#233;lites ? Sans h&#233;siter ici il faut r&#233;pondre : la d&#233;mocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En r&#233;alit&#233; ce fonctionnement est tautologique : l'&#233;lite produit sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8212; disons plut&#244;t qu'une d&#233;mocratie intelligente politiquement produirait des &#233;lites intelligentes politiquement... Or, &#224; constater l'&#233;tat du monde il n'y a ni l'une ni l'autre ; l'intelligence politique, bien avant Machiavel, n'est-ce point d'&#234;tre lucide, de pr&#233;voir ? Nous avons bien entendu, de nos oreilles, &#8212; de nos oreilles &#8212; sur une cha&#238;ne radiophonique nationale au mois de novembre 2008 un membre &#233;minent de l'&#233;lite politique gouvernante d&#233;clarer &#171; nous ne pouvions pr&#233;voir une telle crise &#187; ! La premi&#232;re stupeur pass&#233;e comment ne pas en conclure que nous n'&#233;tions pas&lt;i&gt; gouvern&#233;s.&lt;/i&gt; Afin de ne pas alourdir le propos je ne prendrai pas le temps de d&#233;montrer, d'une part, que certains d&#8216;entre nous avaient pr&#233;vu une &#171; telle crise &#187; et depuis quarante ans, d'autre part, que pillage, profit, destruction sont eux parfaitement gouvern&#233;s (tout cela vous le savez) ; mais par l&#224; m&#234;me, la gouvernance se trouve au service de l'int&#233;r&#234;t priv&#233; au d&#233;triment de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, ce qui est parfaitement contraire &#224; toute intelligence d&#233;mocratique. Il y a donc bien crise de l'intelligence politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour autant, il nous reste &#224; r&#233;pondre &#224; une derni&#232;re question : quelles sont les modalit&#233;s pratiques qui font qu'une &#233;lite produise les valeurs ? (Autrement dit : aujourd'hui, comment &#231;a marche ?) La r&#233;ponse &#224; cette question se fait en trois temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui ne sont autres que : la l&#233;gitimit&#233;, la repr&#233;sentation, l'institution, et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Premier temps : c'est sur l'espace public res publica que l'&#233;lite produit les valeurs (lui seul peut les l&#233;gitimer). Second temps : la premi&#232;re valeur produite par l'&#233;lite est l'&#233;lite comme valeur (et non plus la d&#233;mocratie). Troisi&#232;me et dernier temps : mes deux premiers r&#233;alis&#233;s, l'&#233;lite peut produire n'importe quelle autre valeur puisque c'est l'&#233;lite qui la produit (par exemple : poss&#233;der un 4X4). Enfin, pour &#234;tre compl&#232;te, cette r&#233;ponse ne peut se passer d'une d&#233;finition de l'&#233;lite, la voici aussi concise que possible : ici et maintenant, l'&#233;lite c'est ceux qui d&#233;tiennent l'espace public. De tout cela il d&#233;coule effectivement que d&#233;sirer un 4X4 est un choix &lt;i&gt;d&#233;mocratique.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Nanti de ce viatique, je vous livre mes derniers doutes en m'appuyant pr&#233;cis&#233;ment sur ce qui para&#238;t contredire toute perte d'intelligence politique : l'&#233;lection r&#233;cente de Barak Obama. Certes il ne s'agit pas de bouder son plaisir &#224; voir un tel homme &#233;lu &#224; la t&#234;te du pays le plus puissant &#8212; sinon le plus imit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ajoutons &#224; mes trois pr&#233;c&#233;dents ce quatri&#232;me pour faire bonne mesure : la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il y a un d&#233;sir mondial d'am&#233;rique (que nous &#233;crivons ici sans majuscule) &#8212;, mais pour un observateur attentif et &#233;mu de la chose politique, solidement adoss&#233; &#224; sa perspective historique (disons depuis Ath&#232;nes), quelque chose ne tourne pas rond. Passer de Bush Jr &#224; Obama, deux hommes de l'&#233;lite, dans un bel et grand &#233;lan d&#233;mocratique et si soudain me laisse plut&#244;t perplexe, quand bien m&#234;me ce geste de bon sens soit unanimement salu&#233; ; si est invoqu&#233; le formidable budget de campagne &#8212; historiquement le plus &#233;lev&#233; jamais vu &#8212; dont ce dernier disposa, le trouble m'effleure ; enfin si allusion est faite &#224; ce que fut sa capacit&#233; &#224; exploiter les ficelles du Net afin de &#171; mobiliser &#187; tant de nouveaux &#233;lecteurs, l&#224;, l'inqui&#233;tude me gagne... &lt;br class='autobr' /&gt;
&#212; je ne voudrai pas passer pour grincheux ni bouder mon plaisir, je le r&#233;p&#232;te. La chance nous sourit cette fois-ci qui a d&#233;sign&#233; celui que nous jugeons (pour l'instant) &#234;tre le &#171; bon &#187;... Mais une question : pensez-vous que la d&#233;mocratie ce soit un coup le mauvais, un coup le bon ? trois coups le mauvais, un coup le bon ? ou inversement ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Badiou, De quoi sarkozy est-il le nom ? &#201;ditions Lignes, Paris, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Car c'est bien sur l'espace public que se construisent les valeurs symboliques qui font que l'on part en guerre pour sauver la Patrie ou que l'on s'endette pour acqu&#233;rir un 4x4. Cf. Michel Guet, L'Infini satur&#233; contre la d&#233;croissance, Entropia n&#176;3, automne 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme disait le sapeur Camember.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Souvenons-nous des enseignements de C.Castoriadis opposant h&#233;t&#233;ronomos &#224; autonomos, Les carrefours du labyrinthe, Seuil, Paris, 6 vol, 1978-1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Oserai-je &#233;voquer Airbus (fuyez toulousains, vite...)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Claude Besson-Girard nomme cela une crise anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Michel Guet, B&#233;tail, roman, A plus d'un titre, Lyon, 2008&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En r&#233;alit&#233; ce fonctionnement est tautologique : l'&#233;lite produit sa d&#233;mocratie qui produit &#224; son tour son &#171; &#233;lite &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui ne sont autres que : la l&#233;gitimit&#233;, la repr&#233;sentation, l'institution, et pour l'intelligence desquelles je renvoie &#224; trois &#233;minents auteurs : respectivement Pierre Legendre, Louis Marin, Corn&#233;lius Castoriadis, (cette liste n'est pas exhaustive, voir note suivante...)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ajoutons &#224; mes trois pr&#233;c&#233;dents ce quatri&#232;me pour faire bonne mesure : la mim&#233;sis ch&#232;re &#224; Ren&#233; Girard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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