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	<title>Entropia La Revue</title>
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	<description>Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique de la d&#233;croissance</description>
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		<title>Entropia La Revue</title>
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		<title>NOTES DE LECTURE </title>
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		<dc:date>2021-10-26T17:52:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude BESSON-GIRARD, Simon CHARBONNEAU</dc:creator>



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&lt;p&gt;Marshall Sahlins, La D&#233;couverte du vrai sauvage et autres essais. Traduit de l'anglais par Claudie Voisenat, Gallimard, janvier 2007. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il en va des livres qui nous nourrissent et nous stimulent comme des vins que l'on boit et partage : il y a des ann&#233;es m&#233;diocres, des moyennes, des bonnes et de tr&#232;s rares excellentes. &lt;br class='autobr' /&gt;
1974 et 1976 furent pour moi, comme pour ceux qui les d&#233;couvrirent alors, les excellentes ann&#233;es de publication en France de deux ouvrages majeurs en anthropologie : La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marshall Sahlins&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;La D&#233;couverte du vrai sauvage et autres essais&lt;/i&gt;. Traduit de l'anglais par Claudie Voisenat, Gallimard, janvier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va des livres qui nous nourrissent et nous stimulent comme des vins que l'on boit et partage : il y a des ann&#233;es m&#233;diocres, des moyennes, des bonnes et de tr&#232;s rares excellentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1974 et 1976 furent pour moi, comme pour ceux qui les d&#233;couvrirent alors, les excellentes ann&#233;es de publication en France de deux ouvrages majeurs en anthropologie : &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; contre l'&#201;tat&lt;/i&gt; de Pierre Clastres, et &lt;i&gt;&#194;ge de pierre, &#226;ge d'abondance, l'&#233;conomie des soci&#233;t&#233;s primitives&lt;/i&gt; de Marshall Sahlins, pr&#233;fac&#233; par Pierre Clastres. Ces deux livres ont aliment&#233; &#224; l'&#233;poque ma pens&#233;e naissante sur la d&#233;croissance, &#224; tel point que je pense aujourd'hui que s'il existait une improbable &#171; &#201;cole de la d&#233;croissance &#187; je recommanderais &#224; son responsable d'offrir &#224; ses &#233;l&#232;ves une session de plusieurs mois pour l'&#233;tude de ces deux auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1980, furent publi&#233;s en fran&#231;ais deux autres livres de Sahlins : &lt;i&gt;Critique de la sociobiologie, aspects anthropologiques&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Au c&#339;ur des soci&#233;t&#233;s, raison utilitaire et raison culturelle&lt;/i&gt;, puis il y eut un trou inexplicable de vingt-sept ans dans les publications en fran&#231;ais des &#339;uvres du plus c&#233;l&#232;bre, avec Clifford Geertz (1926-2006), des anthropologues nord-am&#233;ricains. C'est donc avec une gourmandise compr&#233;hensible que je viens de d&#233;vorer son dernier livre, remarquablement traduit par Claudie Voisenat : &lt;i&gt;La D&#233;couverte du vrai sauvage et autres essais&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait chipoter sur le titre fran&#231;ais choisi par la Maison Gallimard, qui ne correspond qu'&#224; l'intitul&#233; d'un des essais de ce recueil. Il est vrai que &lt;i&gt;Culture in Practice&lt;/i&gt; (titre original de l'&#233;dition, publi&#233;e chez Urzone, New York, 2000) est nettement moins &#171; glamour &#187; pour un lectorat urbain et mat&#233;riellement privil&#233;gi&#233;, d'autant plus avide d'exotisme qu'il consomme davantage de 4X4 et de voyages &#171; d&#233;paysants &#187; dans les &#206;les tropicales o&#249; il joue au &#171; bon sauvage &#187; ou au Capitaine Cook, alternativement, selon ses humeurs passag&#232;res et les fluctuations du Cac 40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recueil d'articles, donc. Je dirais plut&#244;t travaux d'atelier qui r&#233;capitulent l'itin&#233;raire intellectuel de Marshall Sahlins, anthropologue profond&#233;ment am&#233;ricain, n&#233; en 1930, engag&#233; contre la guerre men&#233;e par son pays au Vietnam, et qui a entretenu un dialogue avec l'&#233;cole fran&#231;aise d'anthropologie, en particulier avec l'&#339;uvre et la personne de Claude L&#233;vi-Strauss.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier essai du livre (sous la forme d'un &lt;i&gt;Avant-propos&lt;/i&gt;), intitul&#233; : &lt;i&gt;Fragments d'une autobiographie intellectuelle&lt;/i&gt;, on peut lire l'immense int&#233;r&#234;t que Sahlins porte &#224; la philosophie et &#224; la litt&#233;rature en g&#233;n&#233;ral comme &#171; r&#233;action esth&#233;tique &#224; la domination de l'&#233;conomie de march&#233; et &#224; la marchandisation de toute chose &#187;. [p. 9] D'o&#249; lui vient une des constantes de sa recherche dans le domaine symbolique : &#171; L'organisation (et la d&#233;sorganisation) du monde en termes symboliques est la caract&#233;ristique de l'humanit&#233;. &#187; [p. 15] La mise en relation de l'histoire (versus actualit&#233;) avec les fondements culturels des soci&#233;t&#233;s et son admiration pour la lutte vietnamienne lui font &#233;crire : &#171; Mais le spectacle du n&#233;olithique &#233;crasant la r&#233;volution industrielle ne fut pas seul &#224; d&#233;construire mon anthropologie scientifique. Ma participation &#224; l'invention d'un mouvement pour arr&#234;ter la guerre devait influer de fa&#231;on curieuse et contradictoire sur mon parcours intellectuel. &#187; [p. 28] Toute la trajectoire de Sahlins est d&#233;j&#224; dans cette phrase. &#171; L'histoire peut donc ob&#233;ir &#224; un ordre culturel sans &#234;tre prescrite par la culture. Lorsque l'anthropologue d&#233;clare qu'un certain &#233;v&#233;nement &#8211; le &lt;i&gt;teach-in&lt;/i&gt; ou le Capitaine Cook gisant sur une plage d'Hawa&#239; &#8211; se d&#233;plie dans une certaine logique culturelle, il ne tente pas (comme on l'a cru parfois) de r&#233;introduire l'esp&#232;ce disparue du d&#233;terminisme culturel. &#187; [p. 34]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre I a justement pour titre : &lt;i&gt;Exp&#233;rience individuelle et ordre culturel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier sous-chapitre : &#171; Individualisme utilitariste et d&#233;terminisme culturel &#187; on plonge dans un bain aujourd'hui familier aux objecteurs de croissance. &#171; Et, de fait, lorsqu'une soci&#233;t&#233; voue un culte &#224; la marchandise, son anthropologie, elle, est toute dispos&#233;e &#224; faire du culte une marchandise. &#187; [p ; 43] Le plaisir se prolonge, quand Sahlins, puisant dans son immense culture sans fronti&#232;res, &#233;crit plus loin : &#171; La perception est instantan&#233;ment une re-connaissance, une confrontation de ce qui est per&#231;u avec des cat&#233;gories socialement admises : &#8220;Ceci est un oiseau.&#8221; La conscience humaine ou symbolique consiste aussi en des actes de classification impliquant l'int&#233;gration d'une perception individuelle dans une conception sociale. La perception rel&#232;ve donc du concept de la fa&#231;on dont un exemple rel&#232;ve d'une classe ; de m&#234;me l'exp&#233;rience rel&#232;ve de la culture. &#187; [p. 47] Citant le bon mot de Gregory Bateson : &lt;i&gt;plus c'est la m&#234;me chose, plus &#231;a change&lt;/i&gt;, Sahlins, tout au long de l'ouvrage ne va cesser d'articuler la d&#233;marche dialectique critique &#224; son exploration anthropologique cadr&#233;e dans le temps depuis la mise en contact de l'Occident avec les soci&#233;t&#233;s que son imp&#233;rialisme id&#233;ologique et technique lui permet de &#171; d&#233;couvrir &#187;. Dans le champ g&#233;ographique des int&#233;r&#234;ts de Sahlins pour la Polyn&#233;sie, cette &#171; d&#233;couverte &#187; se confond avec et depuis l'aventure de James Cook (1728-1779).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant faire des choix pour ne pas alourdir cette note, je saute au chapitre III : &lt;i&gt;La d&#233;couverte du vrai sauvage&lt;/i&gt;. Y est narr&#233;e par le menu l'aventure de Charlie Savage et ce qui en suivit. Savage &#233;tait (probablement) un marin su&#233;dois, rejet&#233; par un naufrage au large des &#238;les Nairai en 1808 et qui s'installa &#224; Bau comme chef de bande d'une vingtaine d'&#233;trangers combattant pour le compte du grand roi guerrier Naulivou et lui permettant (selon les historiens des &#238;les Fidji) de faire de Bau le royaume dominant ces &#238;les. Le propos de Sahlins, dans cette narration, consiste &#224; d&#233;montrer que &#171; la glorification de Charlie Savage, au cours de sa vie et apr&#232;s sa mort, fut une affaire fidjienne et non une simple autorepr&#233;sentation all&#233;gorique de l'imp&#233;rialisme europ&#233;en &#187;. [p. 187] En termes plus g&#233;n&#233;raux, il s'agit, pour Sahlins, de faire la d&#233;monstration que, contrairement au courant rousseauiste qui se cantonne au c&#244;t&#233; destructeur de la rencontre du capitalisme avec les peuples qu'il conquiert, ceux-ci r&#233;agissent &#224; l'arriv&#233;e des armes et des marchandises en adaptant leurs institutions et en int&#233;grant &#171; l'ext&#233;riorit&#233; &#187; dans un cadre qui prolonge leurs traditions. Les Tonguiens allant jusqu'&#224; penser que Napol&#233;on &#233;tait un Tonguien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essai suivant (chapitre IV) s'intitule : &lt;i&gt;Les cosmologies du capitalisme&lt;/i&gt;. &#171; L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale de ce chapitre est que le Syst&#232;me Monde est l'expression rationnelle &#8211; tout au moins en termes de valeur d'&#233;change &#8211; de logiques culturelles relatives. Syst&#232;me de diff&#233;rences culturelles organis&#233;es comme une division du travail, c'est un march&#233; global des faiblesses humaines, o&#249; toutes peuvent &#234;tre n&#233;goci&#233;es avec profit, dans une monnaie commune. Tout comme Galil&#233;e pensait que les math&#233;matiques &#233;taient le langage du monde physique, la bourgeoisie s'est plu &#224; croire que l'univers culturel &#233;tait r&#233;ductible &#224; un discours sur les prix &#8211; bien que les autres peuples aient r&#233;sist&#233; &#224; l'une et l'autre id&#233;e en peuplant leur existence d'autres consid&#233;rations. Si le f&#233;tichisme est donc le mode de fonctionnement coutumier de l'&#233;conomie mondiale capitaliste, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il traduit ces cosmologies et ontologies distinctes, ces diff&#233;rentes relations de personnes et de syst&#232;mes d'objets, en termes d'analyse de co&#251;t et de b&#233;n&#233;fices : un simple pidgin8 arithm&#233;tique au moyen duquel nous pouvons aussi acqu&#233;rir &#224; bon compte les savoirs des sciences sociales. Certes, cette capacit&#233; de r&#233;duire les propri&#233;t&#233;s sociales aux valeurs du march&#233; est justement ce qui permet au capitalisme de ma&#238;triser l'ordre culturel. Pourtant, au moins quelquefois, cette m&#234;me capacit&#233; fait du capitalisme l'esclave de conceptions locales du prestige, de moyens de contr&#244;le du travail et de pr&#233;f&#233;rences marchandes qu'il ne cherche pas &#224; contr&#244;ler puisque cela ne serait d'aucun profit. Une histoire du syst&#232;me mondial doit mettre au jour la culture cach&#233;e sous le capitalisme. &#187; [p. 213]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmant que &#171; le d&#233;veloppement d'une conscience culturelle chez les anciennes victimes de l'imp&#233;rialisme est l'un des ph&#233;nom&#232;nes les plus remarquables de l'histoire du monde dans la derni&#232;re partie du XXe si&#232;cle &#187; [p. 268], Marshall Sahlins, (dans le chapitre V), nous invite &#224; un &lt;i&gt;Adieu aux Tristes Tropiques&lt;/i&gt;. Certains lecteurs y verront sans doute la malencontreuse apparition d'un optimisme paradoxal et d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'&#339;uvre dont nous &#233;tions tous devenus peu ou prou familiers. Ce n'est pas mon opinion. Je me risque &#224; penser qu'il ne s'agit pas d'optimisme (cat&#233;gorie du jugement, &#233;trang&#232;re &#224; l'anthropologie de Sahlins) mais d'une lucidit&#233; appuy&#233;e sur des faits, des exemples qui constamment assouplissent un sch&#233;ma th&#233;orique ou le relativisme, excluant les faits culturels (symboliques), rejoint un &#171; re-vitalisme &#187; sans concessions &#224; l'air du temps. &#171; Il est parfois utile de rappeler que notre pr&#233;tendu discours rationaliste participe lui aussi d'un langage culturel particulier et que &#171; nous sommes l'un des autres. &#187; [p. 281] Toute l'&#339;uvre de Sahlins s'inscrit en faux contre le relativisme culturel en ce qu'il rend impossible la comparaison. Similarit&#233; et diff&#233;rence se d&#233;veloppent conjointement dans l'histoire du monde moderne et contemporain dans la mesure o&#249; une soci&#233;t&#233; parvient &#224; briser le joug &#233;tranger et retrouve le chemin de sa propre culture. Toute lib&#233;ration, toute &#233;mancipation est d'abord un acte de culture. &#171; Si tout cela a un sens, si le monde devient une Culture des cultures, ce qu'il nous faut aujourd'hui ethnographier c'est l'indig&#233;nisation de la modernit&#233; &#8211; &#224; travers le temps et dans ses hauts et ses bas dialectiques, depuis le premier develop-man [jeu de mot, que Sahlins rel&#232;ve &#224; partir d'une prononciation indig&#232;ne du mot anglais &#171; development &#187;] jusqu'aux derni&#232;res inventions de la tradition. Le capitalisme occidental est plan&#233;taire dans son extension, mais il n'est pas une logique universelle du changement culturel. D'ailleurs, nous avons nous-m&#234;mes &#233;t&#233; trop domin&#233;s, sur le plan historiographique et ethnographique, par ses imp&#233;rieuses affirmations. Il est temps aujourd'hui de comprendre ce qu'il devient dans d'autres contextes culturels. &#187; [p. 295-296]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Osez savoir ! &#187; Ce sont les deux premiers mots du chapitre VI : &lt;i&gt;Lumi&#232;res de l'anthropologie ? De quelques le&#231;ons du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;. Le point d'interrogation est capital, on l'aura compris. Il s'agit bien d'interroger les id&#233;ologies de la &#171; modernisation &#187; et du &#171; d&#233;veloppement &#187;. Celles-ci ont puis&#233; leur inspiration dans un syst&#232;me philosophique justifiant la domination de l'Occident. &#171; L'&#233;volutionnisme unilin&#233;aire du XIXe si&#232;cle &#233;tait une cons&#233;quence anthropologique logique de cette conception &#233;clair&#233;e de la rationalit&#233; universelle. Tout le monde devait passer par les m&#234;mes stades de d&#233;veloppement. &#187; [p. 306-307] S'attachant &#224; d&#233;montrer que si le monde s'est unifi&#233; par l'expansion du capitalisme au cours des deux derniers si&#232;cles, il est &#233;galement rediversifi&#233; par les adaptations indig&#232;nes au rouleau compresseur de la globalisation, Sahlins d&#233;finit son point de vue anthropologique comme capacit&#233; de d&#233;celer les grandes choses dans les petites. &#171; L'indig&#233;nisation de la modernit&#233; nous offre encore un nouvel &#233;clairage. &#187; [p. 328] &#171; Aujourd'hui, tout le monde a une culture et il n'y a plus que les anthropologues pour en douter &#187; [...] Car &#171; la culture n'est pas seulement un h&#233;ritage, c'est un projet &#187;. [p. 334]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre VII (et dernier) est un essai foisonnant de digressions fulgurantes et parfois &#233;nigmatiques. Il porte le beau titre : &lt;i&gt;La tristesse de la douceur, ou l'anthropologue indig&#232;ne de la cosmologie occidentale&lt;/i&gt;. Je songe &#224; la pi&#232;ce de Synge : &#171; Le baladin du monde occidental &#187;, tant les sous-chapitres &#233;voquent une composition po&#233;tique et musicale tout en demeurant des coups de sondes dans la recherche anthropologique contemporaine. Qu'on en juge par leur simple &#233;nonc&#233; : Introduction : Les &#171; Fleurs du mal &#187; ; L'anthropologie du besoin ; Digression : note sur la renaissance ; L'anthropologie de la biologie ; L'anthropologie du pouvoir ; L'anthropologie de la providence ; L'anthropologie de la r&#233;alit&#233; ; La tristesse de la douceur. Je laisse au lecteur le go&#251;t de s'en &#233;merveiller, de s'en d&#233;marquer, de s'y retrouver ou de s'y perdre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Sahlins, une culture se comprend par l'histoire, et une histoire par sa culture. La notion qui est au centre de toute son &#339;uvre est celle de &#171; culture &#187;. Il propose une th&#233;orie de la culture, qui est selon lui le v&#233;ritable projet de l'anthropologie. De la m&#234;me mani&#232;re qu'il a cherch&#233; &#224; r&#233;soudre l'opposition classique entre infrastructure et superstructure en s'appuyant sur le structuralisme, il va prendre la m&#234;me orientation pour tenter de sortir d'un sch&#233;ma &#233;volutionniste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de l'histoire. Qu'on le suive ou le d&#233;sapprouve, il est incontestable que s'&#233;tant toujours int&#233;ress&#233; au r&#244;le de l'imp&#233;rialisme occidental dans son rapport aux autres soci&#233;t&#233;s, il nous est d'une aide pr&#233;cieuse pour comprendre o&#249; nous en sommes aujourd'hui. La tradition anthropologique est plus que jamais n&#233;cessaire &#224; la compr&#233;hension du monde actuel. Sahlins nous rappelle, si nous l'ignorions encore, que la vraie pens&#233;e sauvage (et la vraie &#171; sauvagerie &#187;) est peut-&#234;tre celle du capitalisme occidental. Puissent les lecteurs de cette revue y trouver leur miel tant il m'appara&#238;t, chaque jour davantage, que la conversion de la pens&#233;e sous-tendue par l'objection de croissance, est une conversion anthropologique ou elle n'est rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Claude BESSON-GIRARD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andr&#233; Lebeau&lt;/strong&gt;. &lt;i&gt;L'Engrenage de la technique. Essai sur une menace plan&#233;taire&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;ophysicien de formation, professeur honoraire au CNAM et ancien cadre dirigeant au CNES et &#224; l'Agence Spatiale Europ&#233;enne, Andr&#233; Lebeau a incontestablement vou&#233; sa vie &#224; la Technique, c'est pourquoi il est particuli&#232;rement qualifi&#233; pour en parler. Mais contrairement aux &#233;crits habituellement consacr&#233;s &#224; une carri&#232;re r&#233;ussie c&#233;l&#233;brant les vertus de la technique qui lui ont donn&#233; tout son sens et son &#233;clat, Lebeau a d&#233;cid&#233; de prendre au contraire du recul critique et de la hauteur vis-&#224;-vis de ce qui constitue le destin de l'humanit&#233; moderne. Son analyse du r&#244;le jou&#233; par la technique dans ce que mon p&#232;re Bernard Charbonneau appelait &#171; la grande mue de l'humanit&#233; &#187; s'inscrit dans la tradition des ouvrages consacr&#233;s &#224; la critique du d&#233;veloppement scientifique et technique &#224; contre-courant de l'id&#233;ologie du progr&#232;s, une tradition acad&#233;mique qui n'a malheureusement rencontr&#233; aucun &#233;cho aupr&#232;s de ceux qui sont cens&#233;s nous guider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; certains de ses a&#238;n&#233;s parmi les plus c&#233;l&#232;bres comme Jacques Ellul, qu'il ne cite curieusement pas alors que c'est l'auteur pionnier qui il y a cinquante ans a &#233;crit un ouvrage fondateur sur le question de l'engrenage de la technique dans le monde moderne, Lebeau n'aborde pas du tout cette question sous un angle sociologique et philosophique. Son point de vue, explicable par sa formation, reste r&#233;solument scientifique et plus pr&#233;cis&#233;ment biologisant comme il l'affirme sans d&#233;tour (p. 149 et p. 240 par cette phrase : &#171; Nous resterons plus que jamais fid&#232;le au parti d'un regard ext&#233;rieur, vide d'&#233;motion, sur le sort de l'esp&#232;ce ! &#187;). En s'appuyant sur les &#339;uvres d'auteurs comme Leroi-Gourhan, Simondon et Bertrand Gilles, il analyse la nature, la structure et la dynamique du ph&#233;nom&#232;ne technique. Sur la base d'une grande culture scientifique multidisciplinaire, il souligne les diff&#233;rentes dimensions de ce ph&#233;nom&#232;ne &#224; travers les questions de l'information, de l'&#233;nergie, de la mati&#232;re et de la d&#233;mographie. A vrai dire, au c&#339;ur de la d&#233;marche de l'auteur, il y a le recours &#224; l'analyse syst&#233;mique qui s'applique admirablement &#224; la crise &#233;cologique. Dans cette optique, il a beau jeu de d&#233;montrer que l'absence totale de r&#233;troactions n&#233;gatives, contribuant &#224; instaurer un &#233;quilibre hom&#233;ostatique au sein du techno-syst&#232;me [p. 156], ne peut que d&#233;boucher sur une catastrophe finale pour l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion totalement pessimiste de l'ouvrage qui comporte d'ailleurs le titre &#233;loquent &#171; Les portes de la nuit &#187; [p. 256] s'inscrit dans le courant actuel dit du &#171; catastrophisme &#233;clair&#233; &#187; cher &#224; JeanPierre Dupuy. Reste que l'auteur ignore les fondements anthropologiques du &#171; d&#233;ferlement technologique &#187; (Thibon Cornillot) ainsi que ses cons&#233;quences sociales, &#233;thiques et culturelles, car seule la question des rapports de l'homme moderne arm&#233; de la technique avec la terre l'int&#233;resse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'en conseillerons pas moins la lecture de cet ouvrage remarquablement p&#233;dagogique &#224; toutes les personnes de formation scientifique qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ont cru dur comme fer &#224; l'avenir radieux o&#249; devait nous conduire le progr&#232;s technique h&#233;rit&#233; du si&#232;cle des Lumi&#232;res. Il devrait contribuer &#224; leur dessiller les yeux si les &#233;v&#233;nements de ces derni&#232;res ann&#233;es n'y ont pas contribu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon CHARBONNEAU&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les claques du vent de la pens&#233;e sauvage</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article180</link>
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		<dc:date>2021-10-26T17:33:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques FRADIN</dc:creator>



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&lt;p&gt;Entropia est indispensable pour les liens qu'elle tente de tisser entre un niveau de pens&#233;e g&#233;n&#233;ral ou th&#233;orique et des niveaux plus appliqu&#233;s, politiques ou pragmatiques, et pour les clarifications que ce tissage d'intelligence, entre des niveaux &#233;tag&#233;s, devrait apporter au grand d&#233;bat (pugilat ?) en cours, parfois confus ou &#233;chevel&#233; faute de rigueur (d&#233;j&#224; dans les d&#233;finitions des &#171; termes &#187; lanc&#233;s comme des grenades, comme &#171; modernit&#233; &#187; ou &#171; travail &#187;), au grand d&#233;bat sur &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt; est indispensable pour les liens qu'elle tente de tisser entre un niveau de pens&#233;e g&#233;n&#233;ral ou th&#233;orique et des niveaux plus appliqu&#233;s, politiques ou pragmatiques, et pour les clarifications que ce tissage d'intelligence, entre des niveaux &#233;tag&#233;s, devrait apporter au grand d&#233;bat (pugilat ?) en cours, parfois confus ou &#233;chevel&#233; faute de rigueur (d&#233;j&#224; dans les d&#233;finitions des &#171; termes &#187; lanc&#233;s comme des grenades, comme &#171; modernit&#233; &#187; ou &#171; travail &#187;), au grand d&#233;bat sur &#171; l'&#233;co-socialisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voil&#224; tout de suite un &#171; terme &#187; trop vague ou trop charg&#233; ; et qui ne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette revue est imm&#233;diatement un maillon n&#233;cessaire de la grande recomposition en cours de la pens&#233;e &#171; de gauche &#187; ou &#171; socialiste &#187; (encore des &#171; termes &#187; &#224; revivifier), de la pens&#233;e de &#171; la lib&#233;ration humaine &#187;, du progr&#232;s spirituel et moral aurait-on dit autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, pour l'instant, semble pr&#233;dominer le chaos (&#171; cr&#233;ateur &#187;) succ&#233;dant &#224; l'explosion de &#171; la pens&#233;e socialiste classique &#187;, pens&#233;e classique compromise par son &#233;conomisme, voire son crypto-capitalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, comme illustration de ce que ce &#171; crypto-capitalisme &#187; peut impliquer, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, son ancrage dans &#171; La Modernit&#233; &#187; (&#224; d&#233;finir ici comme t&#233;l&#233;ologie capitaliste &#8211; oppos&#233;e &#224; &#171; la modernit&#233; critique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Prenons &#171; Le Travail &#187;, th&#232;me de propagande sarkozyste (et n&#233;o-p&#233;tainiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;) ou sa foi en la religion du progr&#232;s mat&#233;riel &#233;conomique, voire son idol&#226;trie technophile (les &#171; bons cyborgs &#187; de Hardt-Negri).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans et par ce chaos se dessinent des p&#244;les de reconstruction, p&#244;les encore conflictuels... et qui devraient le rester, formant les &#233;l&#233;ments principaux de recomposition politique (hors des institutions ou des partis appareill&#233;s) de la future d&#233;mocratie agonistique (Laclau &amp; Mouffe), d&#233;mocratie agonistique pos&#233;e comme projet central politique de l'&#233;co-socialisme &#224; venir. &#171; Faire de la politique autrement &#187; : comment r&#233;activer le vieux projet compromis et us&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien en ce n&#339;ud de difficult&#233;s qu'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt; est n&#233;cessaire, moyen essentiel d'une d&#233;mocratie vivante de &#171; clubs &#187; (au sens r&#233;volutionnaire du &#171; terme &#187; ; sens oppos&#233; &#224; celui des &#171; think tanks &#187; ou des &#171; lobbies &#187;, outils privil&#233;gi&#233;s de la propagande pour le consentement r&#233;sign&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet &#233;tat (localement un peu) catastrophique, il para&#238;t indispensable d'effectuer une synth&#232;se (encore &#224; venir) des &#233;l&#233;ments disponibles, bien qu'&#233;tag&#233;s &#224; des niveaux th&#233;oriques, analytiques ou &#171; plus concrets &#187;, tout &#224; fait diff&#233;rents. Et voil&#224; alors inscrite &#171; la richesse &#187; du projet Entropia. &#171; Richesse &#187; qui s'exprime par le soustitre : &#171; Revue d'&#233;tude th&#233;orique et politique &#187; ; car la prise en compte compl&#232;te des divers niveaux d'&#233;laboration, effectu&#233;s ou en cours, constitue un indispensable objectif. Cet objectif &#233;tant de susciter le d&#233;bat entre des &#171; niches de pens&#233;es &#187;, puis de mener &#224; la conf&#233;d&#233;ration des &#171; clubs &#187; &#233;co-socialistes, tendant tous vers la m&#234;me finalit&#233; : pr&#233;parer l'&#233;co-socialisme (&#233;co-f&#233;ministe) d&#233;mocratique &#224; l'&#233;chelle mondiale et &#224; venir. L'id&#233;e &#171; d'&#233;chelle mondiale &#187; (cosmopolite) &#233;tant bien s&#251;r essentielle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi la &#171; controverse &#187; Harribey-Latouche sur croissance vs d&#233;croissance &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rendre plus concret ce remerciement, il est possible de choisir pour point d'ancrage le grand d&#233;bat sur les caract&#233;ristiques politiques (r&#233;actionnaires ? d&#233;mocratiques ? utopiques ? etc.) de la longue marche vers &#171; l'apr&#232;s-d&#233;veloppement &#187; (Latouche), que je nommerais plus volontiers &#171; non-&#233;conomie &#187; (avec une ambigu&#239;t&#233; volontaire sur le &#171; non &#187;). De nombreuses interrogations, critiques, empoignades, etc., d&#233;ploy&#233;es &#224; ce propos&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citons en vrac : Jean Zin, le site tourment&#233; d&#233;croissance.info et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sont en fait longuement d&#233;velopp&#233;es puis r&#233;solues (ainsi la fameuse question terrorisante de &#171; la menace communautariste &#187; &#8211; vieux d&#233;bat made in USA import&#233; : une d&#233;mocratie cosmopolite [n&#233;o-ONU] est n&#233;cessairement &#171; multiculturelle &#187;, sans que les dites &#171; cultures &#187; ne soient des mus&#233;es municipaux de traditions ou des prisons n&#233;o-nationalistes &#8211; utopie des communaut&#233;s optionnelles), r&#233;solues &#224; condition de ne pas se fermer aux &#233;laborations les plus exigeantes (philosophiques ou sociologiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un seul exemple illustratif : le d&#233;bat Vandenberghe/Latour (sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; voire &#233;conomiques), &#224; condition de d&#233;passer le journalisme &#171; m&#233;diocratique &#187; (mot form&#233; sur le &#171; m&#233;diologique &#187; de R&#233;gis Debray) et d'en arriver &#224; la pens&#233;e politique cr&#233;ative (&#171; esth&#233;thique &#187;), m&#234;me et surtout si elle n'est pas m&#233;diatis&#233;e, pens&#233;e qu'il faut prendre &#224; bras le corps pour inventer les figures politiques centrales de l'&#233;co-socialisme &#224; venir (sortir de l'&#233;conomie, affronter le dilemme efficacit&#233;/justice, repenser l'organisation, d&#233;passer la forme parti li&#233;e &#224; l'&#201;tat, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Offrons un pot-pourri de questions d&#233;battues (dans la tendance &#233;co-d&#233;mocratique) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment penser la d&#233;mocratie mondiale multi-culturelle, en dehors du communautarisme de forteresse (n&#233;o-nationalisme, style Europe ou USA), comment penser cette d&#233;mocratie comme dynamisme culturel permanent ? [cf. les &lt;i&gt;Cultural Studies&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &#233;laborer une nouvelle D&#233;claration Universelle qui deviendrait une &#171; constitution &#187; cosmopolite (&#233;co-socialiste), ni mondiale ni internationale ? Nouvelle D&#233;claration faisant toute sa place &#224; l'&#233;cologie politique (aux droits dits de 3e g&#233;n&#233;ration) tout en maintenant l'ensemble des &#171; droits sociaux &#187; (droits dits de 2e g&#233;n&#233;ration) ? [cf. les travaux des juristes sur les Droits Humains g&#233;n&#233;ralis&#233;s et sur la refonte de l'ONU, hors des nations]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment penser &#171; anti-&#233;conomiquement &#187; l'&#233;co-socialisme ou l'&#233;co-f&#233;minisme ? Quelle place pour une planification cosmopolite postkeyn&#233;sienne (avec transferts massifs) ? Par exemple, comment dissoudre le &#171; professionnalisme &#187; ou le mono-activisme ? [cf. les &#233;laborations f&#233;ministes]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus abstraitement : comment penser la dialectique de la subjectivisation politique hors du mod&#232;le militant-militaire (&#171; l&#233;niniste &#187;) avec &#171; d&#233;vouement &#224; la cause &#187;, soit hors du transport des valeurs de l'entreprise dans la politique (d&#233;vouement, fid&#233;lit&#233;, professionnalisme, s&#233;rieux, voire &#171; se d&#233;foncer &#187;, etc.) ? Comment d&#233;passer le blocage par des appareils ou des machines sociales (toujours antid&#233;mocrates) ? Comment repenser l'organisation, l'administration, etc. ? [cf. toute la pens&#233;e postfoucaldienne puis d&#233;constructive investie dans la critique des organisations ou des institutions]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre alors l'essentiel : casser les comportements &#171; gagnants &#187; ou &#171; performants &#187;, (d&#233;)vou&#233;s &#224; la r&#233;ussite, comme le &#171; faire carri&#232;re &#187; g&#233;n&#233;ralis&#233; du besoin infantile de reconnaissance (ici, critique n&#233;cessaire de Honneth) &#8211; qu'est-ce que le don ? Briser l'id&#233;ologie du professionnalisme monodirectionnel, de la vie &#224; but unique (de &#171; la r&#233;ussite m&#233;diatis&#233;e &#187; &#8211; refuser la reconnaissance sociale et retrouver l'anonymat). En effet l'&#233;co-socialisme, s'il implique une r&#233;volution des institutions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Insistons sur la n&#233;cessit&#233; de repenser &#171; la d&#233;mocratie &#187;, de refuser la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, implique autant une r&#233;volution des comportements, un appauvrissement &#233;conomique volontaire, dont les th&#232;mes pr&#233;c&#233;dents (combattre la professionnalisation et ce qu'elle charrie d'infantilisme, de besoin de reconnaissance maternante) ne sont que des entr&#233;es en mati&#232;re. Alors combattre toutes les scories de &#171; l'esprit d'entreprise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On sait depuis l'analyse magistrale du grand sociologue anglo-polonais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; passe &#233;galement par le rejet de la visibilit&#233; m&#233;diocratique ou de la focalisation sur cette visibilit&#233; (retour &#224; la critique du culte de la personnalit&#233;, dont le vedettariat est une forme adapt&#233;e, r&#233;cup&#233;r&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#233;co-f&#233;minisme : obliger les hommes &#224; &#171; s'investir &#187; dans l'&#233;ducation des enfants ou les t&#226;ches domestiques (travail &#224; mi-temps obligatoire, y compris pour la militance &#233;cologique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors les vedettes professionnelles m&#233;diocrates (&#224; la Finkielkraut) appara&#238;tront comme des &#171; cyborgs &#187; d'ancien r&#233;gime ; inutile donc de r&#233;agir &#224; la r&#233;action qu'ils personnifient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore : aujourd'hui un &#171; intellectuel &#187; (n&#233;cessairement antim&#233;diocrate autant qu'anti-&#233;conomiste) est celui qui transforme sa vie en se retirant de &#171; la lutte pour la reconnaissance &#187; et en constituant, par son refus de &#171; la r&#233;ussite &#187;, la communaut&#233; (sans institutions) des refuzniks &#233;co-f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien d'autres questions de ce type sont &#233;labor&#233;es depuis au moins deux d&#233;cennies, par un intense travail de recherche, travail certes dispers&#233; (mais il le faut &#8211; la concentration est toujours militaire) et, ainsi, m&#233;diocratiquement invisible, mais, de ce fait, parfaitement &#171; progressif &#187;. Ne serait-il pas temps de commencer par un inventaire en vue de la synth&#232;se mobile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir au d&#233;bat choisi comme point d'amarrage, les nombreuses interrogations pr&#233;sent&#233;es (dans les limites &#233;videntes de ces remarques) sont en fait r&#233;solues, &#224; condition de sortir du journalisme et d'introduire au travail secret de la pens&#233;e (travail diss&#233;min&#233; des foyers de la nouvelle esth&#233;thique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travail secret qui peut s'articuler en trois niveaux pr&#233;sent&#233;s par trois pr&#233;alables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Accepter de jouer le tr&#232;s long terme de la recomposition socialiste ; s'inspirer du mod&#232;le des &#171; &#233;vang&#233;listes de march&#233; &#187; : une longue marche de 50 ann&#233;es pour conqu&#233;rir le pouvoir, longue marche &#171; philosophiquement &#187; bien d&#233;finie (suivre Hayek, l'antipoliticien qui n'a fait que de la politique, l'ennemi des organisations qui a pass&#233; son temps &#224; organiser !).&lt;br class='autobr' /&gt;
2) D&#233;velopper une pens&#233;e (une id&#233;ologie) anti-&#233;conomiste (surtout au niveau des comportements &#171; d'entreprise &#187;) de rupture : rompre avec l'efficacit&#233; ou avec &#171; le march&#233; &#187; ; repenser le cosmopolitisme en dehors de toutes les ambigu&#239;t&#233;s sur la &#171; mondialisation &#187; n&#233;cessaire (ou sur l'&#233;conomie n&#233;cessaire des mozarts &#233;conomistes [Harribey]). Politique contre &#233;conomie, d&#233;mocratie cosmopolite (de la D&#233;claration Universelle) contre mondialisation &#233;conomiste : &#233;cosocialisme cosmopolite du d&#233;p&#233;rissement de l'&#233;conomie.&lt;br class='autobr' /&gt;
3) Repenser et reconstituer : appareils, organisations, partis, institutions, &#233;tats, etc. Lutter contre toute &#171; constitution &#187; qui place des organisations traditionnelles (partis, banques, entreprises, etc.) au centre de la vie politique &#8211; le nouveau type de &#171; constitution &#187; &#233;conomique europ&#233;enne &#233;tant aussi pervers que l'ancien type politique du XVIIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dernier point, qui devrait &#234;tre le premier : d&#233;nonciation radicale (par le fait, par le retrait) de la m&#233;diocratie ; analyse de la propagande n&#233;o-stalinienne et du syst&#232;me journalistique (Chomsky, Bourdieu, Halimi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pour conclure : sortir des niches m&#233;diocratiques, prendre les claques du vent de la pens&#233;e sauvage ; commencer imm&#233;diatement, en pratique, la critique de l'&#233;conomisme (de l'organisation recluse) en s'ouvrant &#224; la multiplicit&#233; conflictuelle des questionnements et de leurs solutions. &#192; quand une revue qui ne sera plus celle d'une tribu (vivant ferm&#233;e de sa chaleur familiale) mais sera celle de la plus grande aventure de la d&#233;mocratie conflictuelle des &#171; clubs &#187; ? Quand finira le parall&#233;lisme autiste des revues pour passer &#224; un tissage : &lt;i&gt;&#201;coRev'&lt;/i&gt; peut-elle lire &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; et vice versa ? Combien d'&#233;cologismes qui devraient se confronter dans un dynamisme de &#171; clubs &#187; transport&#233;s par leurs inventions institutionnelles ? Voil&#224; l'ensemble des paris qu'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt; semble tenir. Remercions-la encore pour cet engagement risqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;f&#233;rences intempestives :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maria Mies &amp; Vandana Shiva, &lt;i&gt;&#201;cof&#233;minisme&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 1998 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rony Brauman &amp; Eyal Sivan, &lt;i&gt;&#201;loge de la d&#233;sob&#233;issance&lt;/i&gt;, Le Pommier, 1999 ; Judith Butler, Ernesto Laclau, Slavoj Zizek, &lt;i&gt;Contingency, Hegemony, Universality&lt;/i&gt;, Verso, coll. Phronesis, 2000.&lt;br class='autobr' /&gt;
John Holloway, &lt;i&gt;Change the world without taking power&lt;/i&gt;, Pluto Press, 2005. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marie-Louis Mallet (ed.), &lt;i&gt;La D&#233;mocratie &#224; venir, autour de Jacques Derrida&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 2004.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chantal Mouffe, &lt;i&gt;On the Political&lt;/i&gt;, Routledge, 2005.&lt;br class='autobr' /&gt;
Axel Honneth, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du m&#233;pris&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bruno Latour, &lt;i&gt;Changer de soci&#233;t&#233;, Refaire de la sociologie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2006. Fr&#233;d&#233;ric Vandenberghe, &lt;i&gt;Compexit&#233;s du posthumanisme&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2007. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pi&#232;ces &amp; Main-d'&#338;uvre, &lt;i&gt;Nanotechnologies, maxiservitudes&lt;/i&gt;, L'Esprit Frappeur, 138, 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
Colloque de Cerisy, &lt;i&gt;La Philosophie d&#233;plac&#233;e, autour de Jacques Ranci&#232;re&lt;/i&gt;, Horlieu &#233;ditions, 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
Anne Kupiec &amp; &#201;tienne Tassin, &lt;i&gt;Critique de la politique, autour de Miguel Abensour&lt;/i&gt;, Sens &amp; Tonka, 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour un point de vue &#171; f&#233;ministe &#187; sur la question de &#171; la lib&#233;ration des femmes par le travail &#187;, lire &lt;i&gt;Nouvelles Questions F&#233;ministes&lt;/i&gt;, vol. 22, n&#176; 3, 2003, &lt;i&gt;&#192; contresens de l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;, vol. 23, n&#176; 3, 2004, &lt;i&gt;Famille-Travail, une perspective radicale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voil&#224; tout de suite un &#171; terme &#187; trop vague ou trop charg&#233; ; et qui ne pourra &#234;tre pr&#233;cis&#233; que par la m&#233;diation d'une controverse (le corps de &#171; la d&#233;mocratie agonistique &#187;, d'origine scientifique) ; qui n'ouvre donc qu'un cheminement lent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, comme illustration de ce que ce &#171; crypto-capitalisme &#187; peut impliquer, le d&#233;bat entre &#171; f&#233;ministes &#187; sur &#171; la lib&#233;ration des femmes par le travail &#187; ; reprise insue du plus vieux d&#233;bat sur &#171; le capitalisme comme voie n&#233;cessaire au (ou pour le) socialisme &#187;... Et ici, encore, ce sont les &#171; termes &#187; : travail, &#233;conomie, capitalisme, socialisme, etc. qui doivent &#234;tre &#171; travaill&#233;s &#187;. R&#233;cemment, un article savoureux de Jean-Marie Harribey, &lt;i&gt;Mozart &#233;cologiste&lt;/i&gt; (&#171; le principe d'&#233;conomie est un principe humain &#187;, &#171; le principe d'&#233;conomie est un droit &#187;, etc.), revue &lt;i&gt;ContreTemps&lt;/i&gt;, avril 2006, retricote un trop vieux d&#233;bat (que &#171; les a&#238;n&#233;s &#187;, comme moi, croyaient r&#233;solu) sur &#171; la rationalit&#233; &#233;conomique &#187; (&#171; faire des &#233;conomies &#187; !), vieux d&#233;bat qui nous renvoie, par exemple, &#224; un aussi vieux &#171; travail &#187; de M. Godelier ou &#224; l'id&#233;e, post-par&#233;tienne (Oskar Lange &amp; Henri Denis), de la logique &#233;conomique universelle (principe de Maupertuis : la nature aime l'&#233;conomie, tout est &#233;conomis&#233;)... Voil&#224; donc un sujet ponctuel sur lequel il est possible de conclure (ce sujet est du reste referm&#233; depuis 30 ann&#233;es au moins) et pour lequel le projet indispensable d'&lt;i&gt;Entropia&lt;/i&gt; offre un espace de r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Prenons &#171; Le Travail &#187;, th&#232;me de propagande sarkozyste (et n&#233;o-p&#233;tainiste assaisonn&#233; de poujadisme), &#171; la valeur (du) travail &#187; : la glorification du Travail est r&#233;actionnaire (&#171; Moderne &#187;) et sa critique essentielle pour une pens&#233;e anticapitaliste (puis non-&#233;conomique). Le slogan &#171; abolition du Travail &#187; (abolition de l'&#233;conomique) trace une ligne de rupture entre &#171; les moralo-modernisateurs &#187; (&#171; moderniser &#187; est encore un slogan &#224; la Sarko-P&#233;tain) et les tenants de &#171; la modernit&#233; critique &#187; d'une &#233;thique-politique (esth&#233;thique) inventive... Toujours une question de d&#233;finition des &#171; termes &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi la &#171; controverse &#187; Harribey-Latouche sur croissance vs d&#233;croissance &#171; se r&#233;sout &#187; dans l'utopie d'une d&#233;mocratie cosmopolite multi-culturelle (&#224; communaut&#233;s de pens&#233;es optionnelles) agonistique, seul projet &#171; alter-mondialiste &#187; cons&#233;quent. &#171; Concr&#232;tement &#187; : &#233;tablir un centre mondial (keyn&#233;sien) de redistribution des richesses, par exemple imposer fortement les fran&#231;ais (avec des &#233;co-taxes cons&#233;quentes &#8211; nouveaux imp&#244;ts fortement progressifs sur la richesse) pour redistribuer aux boliviens, etc. Ce centre mondial keyn&#233;sien (sub-&#233;tatique, n&#233;o-ONU) n'&#233;tant que &#171; le protecteur &#187; des communaut&#233;s optionnelles conf&#233;d&#233;r&#233;es (sur la base d'une D&#233;claration Universelle) et ayant pour t&#226;che &#171; le d&#233;p&#233;rissement de l'&#233;conomie &#187;, momentan&#233;ment par des transferts internationaux, et par la glorification de la grande solidarit&#233; cosmopolite (un grand projet pour l'Europe), etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Citons en vrac : Jean Zin, le site tourment&#233; &lt;i&gt;d&#233;croissance.info&lt;/i&gt; et les alarmes de Vincent Cheynet, le d&#233;bat &#224; ATTAC &lt;i&gt;Le d&#233;veloppement a-t-il un avenir ?&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un seul exemple illustratif : le d&#233;bat Vandenberghe/Latour (sur les technosciences, nano-g&#233;n&#233;tiques en particulier) pris comme th&#232;me composant de la grande clarification.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Insistons sur la n&#233;cessit&#233; de repenser &#171; la d&#233;mocratie &#187;, de refuser la confusion de propagande entre &#171; d&#233;mocratie &#187; et &#171; parlementarisme &#187;, de sortir de l'id&#233;ologie constitutionnaliste du XVIIIe si&#232;cle (Montesquieu) et de son d&#233;ploiement (r&#233;alis&#233;) en &#171; r&#233;publique des int&#233;r&#234;ts (ou parties) reconnu(e)s &#187; (la r&#233;publique des notables), de sortir, plus encore, de la confusion entre &#171; r&#233;publique &#187; (r&#233;gime &#233;tatique) et &#171; d&#233;mocratie &#187; (qui ne peut &#234;tre un r&#233;gime &#8212; cf. Ranci&#232;re) ; n&#233;cessit&#233; de se frotter &#224; Laclau, Mouffe, Holloway, Zizek, Badiou, ou au th&#232;me de &#171; la d&#233;mocratie &#224; venir &#187; autour de Derrida.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On sait depuis l'analyse magistrale du grand sociologue anglo-polonais Zygmunt Bauman, &lt;i&gt;Modernit&#233; et Holocauste&lt;/i&gt;, que la source de l'&#233;quarrissage totalitaire est &#224; trouver dans &#171; l'esprit d'entreprise &#187; et dans le fonctionnalisme (de fonctionnement harmonieux par l'ob&#233;issance) des &#171; particules &#233;l&#233;mentaires &#187; que l'organisation efficace exige... th&#232;me qui m&#232;ne de Max Weber &#224; Franz Kafka, et &#224; l'analyse critique des organisations. Encore : faire de la politique autrement, non pas par l'interm&#233;diaire des partis de militants-militaires disciplin&#233;s (et professionnels) mais par la controverse (de la d&#233;mocratie agonistique) maintenue sans pause. Refuser le mirage de l'ordre bienfaisant (m&#234;me celui des &#233;cologistes m&#233;ta-physiciens ou naturalistes).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les m&#233;saventures d'un objecteur de croissance</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article179</link>
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		<dc:date>2021-10-26T16:32:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Willem HOOGENDIJK</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Mon cher Jean-Claude, On m'a dit que tu t'occupes maintenant de la d&#233;croissance. C'est une id&#233;e un peu dingue, non, avec le ch&#244;mage, la comp&#233;tition de la Chine, etc.? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais te raconter ma derni&#232;re m&#233;saventure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par l'interm&#233;diaire d'un ami, je re&#231;ois d'un haut fonctionnaire du minist&#232;re des Affaires sociales la mission d'&#233;tablir un plan pour promouvoir l'emploi parmi les personnes marginalis&#233;es, qui sont surtout des gens &#226;g&#233;s, des jeunes allochtones et une l&#233;gion de semi-handicap&#233;s, &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mon cher Jean-Claude,&lt;br class='autobr' /&gt;
On m'a dit que tu t'occupes maintenant de la d&#233;croissance. C'est une id&#233;e un peu dingue, non, avec le ch&#244;mage, la comp&#233;tition de la Chine, etc.?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais te raconter ma derni&#232;re m&#233;saventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'interm&#233;diaire d'un ami, je re&#231;ois d'un haut fonctionnaire du minist&#232;re des Affaires sociales la mission d'&#233;tablir un plan pour promouvoir l'emploi parmi les personnes marginalis&#233;es, qui sont surtout des gens &#226;g&#233;s, des jeunes allochtones et une l&#233;gion de semi-handicap&#233;s, &#171; fain&#233;ants &#187;... (Et, pour cela il nous faut de la croissance &#233;conomique, mon cher !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a chez nous, en Hollande, un fonds sp&#233;cial pour permettre aux entreprises et aux institutions d'embaucher du personnel suppl&#233;mentaire, notamment des ch&#244;meurs de longue dur&#233;e. Toutefois, on n'aime pas de telles places subventionn&#233;es. Ce ne sont pas de vrais emplois, dit-on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail ordinaire, en Hollande comme chez toi, on le sait, est en g&#233;n&#233;ral routinier et donne peu de satisfaction. La pression au boulot ne cesse de monter, ce qui fait que nous constatons toujours plus de &lt;i&gt;stress, burn-out&lt;/i&gt;, d'absences pour maladie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarque, &#224; mon avis, nous devons travailler, et comment ! Regarde combien de travaux d'entretien de toutes sortes sont n&#233;glig&#233;s et en retard. Combien de mains suppl&#233;mentaires seraient n&#233;cessaires pour l'&#233;ducation et la sant&#233;, l'agriculture et la protection de la nature. Pense &#224; toutes ces activit&#233;s o&#249; les machines ou la chimie ont remplac&#233; la main d'&#339;uvre, pas toujours de fa&#231;on avantageuse. En plus, il y a le d&#233;sir croissant de travailler de fa&#231;on plus relax&#233;e. On pourrait, en outre, lib&#233;rer du temps pour enseigner des vrais m&#233;tiers aux plus jeunes. Et puis, pense &#224; tous ceux que l'on licencie et dont l'exp&#233;rience est perdue &#224; jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que je rencontre un &#171; Vert fonc&#233; &#187; qui me parle de notre empreinte &#233;cologique. Tu connais ? Il para&#238;t que nous, c'est-&#224; dire les pays riches, nous devons diminuer drastiquement notre pression sur la plan&#232;te. Notre mani&#232;re de vivre surpasse sa capacit&#233; de charge. Elle n'est pas soutenable. En plus, nos ressources s'&#233;puisent, dit-on. Prends la croissance des transports, c'est fou ce que &#231;a consomme d'&#233;nergie. Et pire, &#231;a fait chauffer l'atmosph&#232;re, notre &lt;i&gt;&#171; o&#239;kos &#187;&lt;/i&gt;. &#199;a &#8211; je dois le dire &#8211; on le remarque d&#233;j&#224; par les temp&#234;tes, les canicules et les s&#233;cheresses. C'est anormal, tu ne trouves pas ? Ces feux r&#233;cents, en Australie, sont terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, je me suis demand&#233; quel travail le meilleur et le plus utile je pourrais offrir &#224; mes &#171; marginalis&#233;s &#187; du syst&#232;me et &#224; la fois plaire &#224; mon fonctionnaire ? &lt;i&gt;Trovato &lt;/i&gt; : celui qui remplace l'importation et qui en m&#234;me temps fait moins de d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques. Naturellement, le travail dur ou dangereux doit continuer de se faire avec des machines, mais pas mal de travail actuel se ferait mieux avec moins d'engins m&#233;caniques. C'est souvent mieux pour l'environnement. On pourrait faire notre monde plus beau et satisfaire davantage l'ex&#233;cutant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre jour encore, un menuisier se plaignait de devoir installer 20 portes par jour tandis qu'autrefois il en faisait quatre plus solides, plus soign&#233;s et plus belles. En plus, notre production s'est pas mal appauvrie par la mondialisation. Maintes activit&#233;s &#233;conomiques, maints m&#233;tiers et maints savoir-faire et connaissances ont disparu, dans mon pays encore plus que chez vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon projet r&#233;tablira donc la diversit&#233; de la production. Il nous rendra moins vuln&#233;rables aux caprices du casino mondial. Et cette diversit&#233; sera aussi favorable au d&#233;veloppement de notre technologie et de notre culture dans tous les domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail nouveau &#8211; souvent travail d'antan, restaur&#233; et, &#231;a va de soi, modernis&#233; &#8211; je le place dans un secteur de base, &lt;i&gt;home sector&lt;/i&gt;, le secteur domestique, en dessous du secteur officiel, celui de Total/Rh&#244;ne-Poulenc/Cr&#233;dit Lyonnais, domin&#233; par l'OMC, l'UE et des capitaux internationaux planant au-dessus de nos t&#234;tes &#224; la recherche du &lt;i&gt;quick profit&lt;/i&gt;. Mon projet ne touchera pas (encore) &#224; ce secteur mondialis&#233;. Mais le secteur de base peut servir de filet de sauvetage pour tous ceux qui, par la mondialisation prolong&#233;e, seront encore davantage expuls&#233;s du secteur Total, etc. Des paysans et autres entrepreneurs sur le point de succomber, mais qui r&#233;ussiront &#224; survivre gr&#226;ce &#224; la nouvelle &#233;conomie, constitueront un autre contingent de travailleurs important dans notre secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau travail fera partie d'une vaste relocalisation de l'&#233;conomie. Il sera d&#233;termin&#233; par les gens eux-m&#234;mes, c'est-&#224;-dire surtout &#224; l'&#233;chelle des quartiers, municipalit&#233;s et d&#233;partements. Toutefois, afin de ne plus ruiner notre Terre, une vaste campagne pr&#233;alable sur l'&#233;cologie s'impose : &#233;ducation, exemple et encouragement. L'activit&#233; principale dans le &lt;i&gt;home sector&lt;/i&gt; devrait &#234;tre l'agriculture et l'horticulture biologiques. Les Quesnay et les Fourier seront contents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce secteur devrait aussi &#234;tre plus social. Comme tu le sais, Aristote, en son temps, voyait d&#233;j&#224; l'&#233;mergence du capitalisme, de la &lt;i&gt;chrematistik&#232;&lt;/i&gt;. Il commen&#231;ait &#224; faire la distinction entre cette nouvelle &#233;conomie d'acquisition et &#171; la normale &#187;, celle de la pourvoyance. Alors, mon secteur de base devrait &#234;tre &#171; la normale &#187;, celle de pourvoyance. Il y aura sans doute une certaine comp&#233;tition, mais encadr&#233;e par la communaut&#233;. Donc une stimulation coop&#233;rative, comme nous le voyons encore dans maints villages et dans les march&#233;s locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des cons&#233;quences de la relocalisation de l'&#233;conomie sera que l'argent aura tendance &#224; rester en circulation dans la r&#233;gion, maintenant ainsi le pouvoir d'achat et les activit&#233;s &#233;conomiques. On pourra aussi y introduire une monnaie locale. La campagne ne perdra plus son artisanat, ses magasins et son am&#233;nagement. J'ai visit&#233; un village en Italie, qui est arriv&#233; &#224; &#234;tre financi&#232;rement autarcique : c'est &#233;patant ! Quelle joyeuse intelligence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ladite campagne &#233;ducative, nous devrons souligner la n&#233;cessit&#233; de travailler utilement, je le pr&#233;cise. Le vieil &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; du travail qui servait au Capital sera remplac&#233; par une conception moderne de nous-m&#234;mes et de nos responsabilit&#233;s : &lt;i&gt;celui qui utilise la Terre et la soci&#233;t&#233; doit le leur rendre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait &#233;galement important de souligner la valeur du travail, humble, non spectaculaire et souvent manuel, dans cette nouvelle vision des choses. Les syndicats l'ont qualifi&#233; de basse qualit&#233; pour des raisons compr&#233;hensibles, mais c'est une erreur. Le secteur de base doit &#234;tre reconnu non pas comme destin&#233; surtout &#224; des soixantehuitards attard&#233;s, ou &#224; des perdants du mod&#232;le dominant, mais comme &lt;i&gt;le seul secteur qui nous fera survivre&lt;/i&gt;, comme le seul syst&#232;me vraiment intelligent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, je t'&#233;voquerai rapidement toutes sortes de projets et de r&#233;alisations que je connais. Des fermes o&#249; l'on emploie des handicap&#233;s. En Angleterre, un &lt;i&gt;ashram&lt;/i&gt; o&#249; un important groupe d'Indiens ont choisi de gagner leur vie avec l'agriculture solidaire. Des corporations italiennes qui pratiquent l'autogestion. Les projets de Longo Mai &#8211; en France et en Suisse &#8211; o&#249; des jeunes travaillent sans d&#233;truire la plan&#232;te. Des entreprises qui ont fait faillite et o&#249; le personnel a continu&#233; la production. En Allemagne de l'Est, j'ai visit&#233; un village qui s'est rendu autarcique pour l'alimentation, l'&#233;nergie et le recyclage, tout en prot&#233;geant la nature. Je me suis renseign&#233; sur Davis, une ville californienne de 40000 habitants, qui s'est transform&#233;e en &lt;i&gt;eco-city&lt;/i&gt;. Je d&#233;couvre tant d'autres projets dans le monde qui vont dans la direction &#233;cologique et sociale &#224; la fois &#8211; c'est tellement encourageant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce bagage, je me rends chez mon fonctionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se montre d'abord assez r&#233;serv&#233;. Mais en &#233;coutant le r&#233;cit de toutes les alternatives d&#233;j&#224; mises en &#339;uvre, il devient int&#233;ress&#233;. Il me questionne sur les aspects du protectionnisme et sur le principe de pr&#233;caution &#8211; les grandes inqui&#233;tudes des lib&#233;raux. J'explique que dans la r&#233;gion, on ach&#232;te surtout les produits locaux. M&#234;me si c'est un peu plus cher, on sait que la r&#233;gion enti&#232;re en profite et que le profit ne part pas ailleurs. Une certaine protection par le syst&#232;me des &#233;cotaxes d'efficience &#233;cologique (donc moins de transports) s'imposera certainement ici comme ailleurs et, &#224; la longue, partout dans le monde. Cette protection &#233;quilibrera celle dont b&#233;n&#233;ficient les capitaux en g&#233;n&#233;ral et les &lt;i&gt;hedgefunds&lt;/i&gt; en particulier. (Le hasard veut qu'en ce moment, de tels &#171; capitaux sauterelles &#187; menacent quelquesunes de nos entreprises nationales dont nous sommes fiers, ce qui, enfin, r&#233;veille un peu nos dirigeants de leur sommeil n&#233;o-lib&#233;ral dangereux.) Ainsi, la r&#233;gionalisation contrecarrera et assainira une mondialisation galopante (&lt;i&gt;gone wild)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon fonctionnaire devient plus int&#233;ress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais plus loin dans mon explication. Une &#233;conomie relocalis&#233;e fournira une base mat&#233;rielle &#224; la coop&#233;ration entre les gens. Travailler ensemble en bonne entente et se conduire plus socialement devient une n&#233;cessit&#233;. Il y aura plus de communaut&#233; concr&#232;te [ou : concr&#233;tis&#233;e]. Donc plus besoin de pr&#234;cher la solidarit&#233; &#171; humanitaire &#187;, comme nos dirigeants le font d'habitude. (Je ne sais pas si mon fonctionnaire l'a compris...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci doit aussi avoir une cons&#233;quence pour la r&#233;partition des revenus, j'ose ajouter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie du &lt;i&gt;home sector&lt;/i&gt; sera bas&#233;e sur la demande qui devra rester, bien s&#251;r, dans des limites &#233;cologiques implacables. Cette demande sera plus intelligente que l'actuelle &#233;conomie de l'offre et de son d&#233;veloppement artificiel, dans laquelle on doit produire toujours plus et donc consommer toujours plus. Quel gaspillage ! Cette &#233;conomie de la demande a toujours exist&#233; dans le monde. Celle de l'offre est devenue la principale dans les pays riches, depuis deux si&#232;cles seulement, sous la domination des grands capitaux et par l'extension progressive du cr&#233;dit bancaire... Mais je suis assez sage pour me taire l&#224;-dessus devant mon fonctionnaire. C'est une mani&#232;re de voir encore trop h&#233;r&#233;tique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque la demande peut fluctuer, sauf pour des produits consomm&#233;s tout le temps comme le pain, l'&#233;ducation et l'&#233;lectricit&#233;, les entreprises aussi doivent pouvoir fluctuer sans devoir fermer leurs portes au moindre r&#233;tr&#233;cissement de la demande. Ceci n&#233;cessitera, d'une part, une organisation flexible du travail : la plupart des travailleurs ont un ou plusieurs boulots suppl&#233;mentaires, si leur travail principal est temporairement moins demand&#233;, ils auront ainsi plusieurs sources de revenu. La plupart des gens sont polyvalents au travail, n'est-ce pas ? Nous sommes tous, de temps en temps, bricoleurs, jardiniers, cuisiniers, capables de raccommoder, d'&#233;duquer, d'&#234;tre animateurs, musiciens ou philosophes... Remarque, ce que je propose ne ressemble aucunement aux &#171; travailleurs flexibles &#187;, ardemment plaid&#233;s par les entrepreneurs. Chez moi, le contexte est tout autre, &#224; savoir convivial. D'autre part, une &#233;conomie bas&#233;e sur la demande conduira &#224; une r&#233;mun&#233;ration flexible du capital investi. Moins de ventes, donc moins d'argent pour les investisseurs, ce qui exigerait un lien plus &#233;troit entre entrepreneurs et financiers. (Un professeur suisse propose la fondation comme forme juridique fusionnant entrepreneur et investisseur.) Des entreprises de quartier et de village seront plus simples &#224; g&#233;rer. La transition vers une telle &#233;conomie calm&#233;e et r&#233;gul&#233;e signifiera la lib&#233;ration de l'entrepreneur, des entreprises et de l'&#233;conomie tout enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon fonctionnaire tient bon. A-t-il compris la port&#233;e de toutes ces propositions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ignore, mais je continue dans la m&#234;me direction. La technique &#233;tant devenue plus simple et moins d&#233;pendante de techniciens hautement qualifi&#233;s, les gens auront plus de ma&#238;trise et de contr&#244;le sur les forces de productions. Le travail sera le leur, donnant ainsi davantage de sens &#224; leurs vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou&#239;e, &#231;a je n'aurais pas d&#251; le dire ! Sur le coup son enthousiasme a disparu. Mes derniers propos sur les forces de productions, je pr&#233;sume, ont mis en marche chez ce haut fonctionnaire une vieille mais persistante alarme datant du temps o&#249; il se disputait avec ses co-&#233;tudiants anarchistes et marxistes. &#171; Merci de votre travail, Monsieur Hoogendijk, mais je ne pense pas que ce projet puisse r&#233;pondre &#224; nos besoins. &#187; Exit Willem !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, Jean-Claude, ma m&#233;saventure ! Je ne suis pas suffisamment cal&#233; pour n&#233;gocier avec le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement j'ai suffisamment d'autres activit&#233;s int&#233;ressantes. Mais quand m&#234;me une chance loup&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des choses &#224; toi et aux tiens,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;WILLEM&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Mon Cher Willem,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci pour ton r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#232;re r&#233;action en h&#226;te (notre 2e num&#233;ro est en train d'accoucher !) : ce que tu as voulu faire avec tes propositions se situe parfaitement dans le projet de croissance de notre revue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc encore de l'espoir pour toi dans la vie ! Amicalement,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JEAN-CLAUDE&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>.219 De la c&#233;cit&#233; volontaire...</title>
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		<dc:date>2021-10-26T15:57:14Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois BRUNE</dc:creator>



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&lt;p&gt;LUNDI 29 JANVIER 2007. Apr&#232;s avoir soulign&#233; qu'avec le r&#233;chauffement climatique, personne ne peut plus nier le d&#233;fi majeur auquel notre plan&#232;te se trouve confront&#233;e, l'&#233;ditorialiste poursuit et conclut : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Une fois l'&#233;quation pos&#233;e, le plus dur reste de la r&#233;soudre. Car le fl&#233;au de la d&#233;t&#233;rioration de l'environnement est le corollaire direct du d&#233;veloppement &#8211; et donc de l'am&#233;lioration des conditions de vie &#8211; de l'humanit&#233; (1). Si, partout dans le monde, l'on pollue davantage, c'est avant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LUNDI 29 JANVIER 2007. &lt;i&gt;Apr&#232;s avoir soulign&#233; qu'avec le r&#233;chauffement climatique, personne ne peut plus nier le d&#233;fi majeur auquel notre plan&#232;te se trouve confront&#233;e, l'&#233;ditorialiste poursuit et conclut&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois l'&#233;quation pos&#233;e, le plus dur reste de la r&#233;soudre. Car le fl&#233;au de la d&#233;t&#233;rioration de l'environnement est le corollaire direct du d&#233;veloppement &#8211; et donc de l'am&#233;lioration des conditions de vie &#8211; de l'humanit&#233; (1). Si, partout dans le monde, l'on pollue davantage, c'est avant tout que l'on produit plus, parce que l'on consomme plus et que l'on transporte plus d'hommes et de marchandises. Des mesures importantes, comme la cr&#233;ation du march&#233; du gaz carbonique, ont &#233;t&#233; prises dans un certain nombre de pays pour brider cette fuite en avant. Mais tout le monde sait que, m&#234;me &#224; supposer que tous les &#201;tats acceptent de s'y soumettre, ce qui a &#233;t&#233; entrepris &#224; ce jour n'est pas &#224; la hauteur du probl&#232;me, loin s'en faut. Et &#224; dire vrai, on ne voit pas, en l'&#233;tat actuel des choses et de nos connaissances, ce qui pourrait stopper la machine infernale (2), sans remettre fondamentalement en cause le mode de d&#233;veloppement m&#234;me de nos soci&#233;t&#233;s, ainsi que leur organisation (3). Pour autant, il serait illusoire de pr&#233;tendre gagner ce combat en s'appuyant sur cette seule approche restrictive, tout simplement parce qu'elle est inacceptable et n'a aucune chance d'&#234;tre accept&#233;e (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;alit&#233;, c'est que les discours catastrophistes, fixant des objectifs inatteignables, sont contre-productifs. Ce dont les opinions ont besoin, c'est d'une &#233;cologie du possible, concr&#232;te, qui contraigne sans bouleverser (5). Nicolas Hulot, Al Gore et Alain Jupp&#233;, par exemple, ont int&#233;gr&#233; cette dimension. L'exercice est difficile, mais c'est le r&#244;le du politique de le rendre possible &#224; force de conviction (6). &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet &#233;ditorial est un document capital : il permettra &#224; nos survivants, dans quelques si&#232;cles, de comprendre comment l'&#234;tre humain, au XXIe si&#232;cle, parvenait &#224; brandir d'une main le flambeau de la lumi&#232;re tout en s'appliquant, de l'autre, un bandeau sur les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;i&gt;La d&#233;t&#233;rioration de l'environnement est le corollaire direct du d&#233;veloppement &#8211; et donc de l'am&#233;lioration des conditions de vie &#8211; de l'humanit&#233;&lt;/i&gt;. Le mot &#171; corollaire &#187; est ici judicieusement choisi : le &#171; d&#233;veloppement &#187; &lt;i&gt;s'accompagne&lt;/i&gt; de cette d&#233;t&#233;rioration (c'est un dommage &lt;i&gt;collat&#233;ral&lt;/i&gt;), il ne saurait en &#234;tre la cause fondamentale. Quant &#224; &lt;i&gt;l'am&#233;lioration des conditions de vie&lt;/i&gt;, elle &lt;i&gt;ne fait qu'un&lt;/i&gt; avec le d&#233;veloppement (&lt;i&gt;&#171; et donc &#187;&lt;/i&gt;, dit le texte, faisant de cet &#233;nonc&#233; un postulat). En d'autres termes, si l'on reprend la bonne vieille distinction philosophique entre la substance et l'accident : le d&#233;veloppement est am&#233;lioration en soi, &lt;i&gt;par essence&lt;/i&gt; ; il ne peut donc engendrer de &#171; d&#233;t&#233;rioration &#187; de l'environnement que &lt;i&gt;par accident&lt;/i&gt;. L'ennui, c'est que cet environnement est lui-m&#234;me un &lt;i&gt;&#233;l&#233;ment substantiel&lt;/i&gt; des conditions de vie. En n&#233;gligeant cela, l'auteur se dispense d'aller jusqu'au bout de la contradiction qu'il aurait d&#251; &#233;noncer ainsi : le d&#233;veloppement ne r&#233;ussit &#224; am&#233;liorer nos conditions de vie qu'en les d&#233;t&#233;riorant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &lt;i&gt;&#171; On ne voit pas, en l'&#233;tat actuel des choses et de nos connaissances, ce qui pourrait stopper la machine infernale &#187;&lt;/i&gt;. Rien &#224; redire, cette fois, &#224; la logique de notre &#233;ditorialiste. Il a bien vu que &lt;i&gt;&#171; produire plus, transporter plus, consommer plus &#187;&lt;/i&gt; ne fait, partout dans le monde, que &lt;i&gt;polluer davantage&lt;/i&gt;. Il aurait pu poursuivre sa strat&#233;gie d'&#233;vitement du r&#233;el, en faisant passer des mesurettes pour &#171; la &#187; solution. Bien au contraire, il avoue l'impuissance de ceux qui voient, de ceux qui savent et de ceux qui dirigent : face &#224; la gravit&#233; de la situation, il n'y a pas de machiniste susceptible de stopper la machine infernale ! Que faire alors ? freiner &#224; toute berzingue, changer de cap, virer &#224; 180&#176; tant qu'il est encore temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &lt;i&gt;&#171; Remettre fondamentalement en cause le mode de d&#233;veloppement m&#234;me de nos soci&#233;t&#233;s, ainsi que leur organisation. &#187;&lt;/i&gt; Eh bien oui ! L'auteur le dit clairement : il n'y a de solution que radicale. Il faut remettre en cause le mode m&#234;me de d&#233;veloppement et l'organisation de nos soci&#233;t&#233;s. La fermet&#233; de ce propos indique qu'on ne saurait se contenter d'une solution interm&#233;diaire, nomm&#233;e par exemple &#171; d&#233;veloppement durable &#187;. On ne r&#233;gule pas une machine infernale. La remise en cause doit &#234;tre fondamentale. Or, c'est &#224; l'instant o&#249; il parvient &#224; cette conclusion que, sans doute effray&#233; par l'audace de son propos, notre &#233;dito fait soudain &#171; machine arri&#232;re &#187;, mais pas tout &#224; fait dans le sens qu'on attendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &lt;i&gt;&#171; Cette seule approche restrictive [...] est inacceptable et n'a aucune chance d'&#234;tre accept&#233;e. &#187; &lt;/i&gt; Qu'arrive-t-il &#224; notre auteur ? &lt;i&gt;&#171; Pour autant &#187;&lt;/i&gt;, dit-il. &lt;i&gt;&#171; Il serait illusoire &#187;&lt;/i&gt; dit-il. Et voil&#224; qu'ayant satur&#233; son texte d'indices de constat objectif (&lt;i&gt;c'est avant tout que, fuite en avant, tout le monde sait que, &#224; dire vrai, &#233;tat actuel des choses&lt;/i&gt;), il barre d'un trait de plume et d&#233;clare illusoire la conclusion logique o&#249; l'a men&#233; la prise en compte de la r&#233;alit&#233; ! Pourquoi cette d&#233;n&#233;gation ? Parce que cette conclusion est &#171; inacceptable &#187;. Peut-on, devant la gravit&#233; d'une situation, r&#233;cuser tout &#224; coup la seule solution logique qu'on vient d'envisager ? Oui, car m&#234;me si l'auteur l'acceptait, &lt;i&gt;&#171; elle n'a aucune chance d'&#234;tre accept&#233;e &#187;&lt;/i&gt; (par qui donc ? par les multinationales ou par les citoyens ?). Nous touchons l&#224; le noyau dur de l'imaginaire du d&#233;veloppement, ce sch&#233;ma pr&#233;&#233;tabli, cette &#171; croyance &#187; sans cesse r&#233;it&#233;r&#233;e qui rue dans les brancards d&#232;s que le r&#233;el la contrarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &lt;i&gt;&#171; Ce dont les opinions ont besoin... &#187;&lt;/i&gt; Ce dont les opinions ont besoin, si l'on comprend bien, c'est d'&#234;tre maintenues dans l'illusion de croire que des contraintes suffisent l&#224; o&#249; s'imposent des bouleversements. Paradoxalement, l'&#233;ditorialiste incrimine les &lt;i&gt;discours catastrophistes&lt;/i&gt; qu'il oppose soudain &#224; la &#171; r&#233;alit&#233; &#187;, alors qu'il venait justement, en all&#233;guant la catastrophe o&#249; nous conduit la &#171; machine infernale &#187;, d'&#233;clairer ses lecteurs ! Mais cette clart&#233; avait quelque chose de si aveuglant qu'il valait mieux enfouir nos petites t&#234;tes dans le sol...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &lt;i&gt;&#171; Le r&#244;le du politique [...] &#224; force de conviction. &#187;&lt;/i&gt; Pour justifier cette politique de l'autruche, l'auteur en appelle &#224; une &lt;i&gt;&#171; &#233;cologie du possible &#187;&lt;/i&gt;, incarn&#233;e selon lui par N. Hulot, Al Gore et A. Jupp&#233;. Des mod&#233;r&#233;s, des r&#233;formistes qui ne heurteront pas de front les opinions. Convenons avec lui que leur &lt;i&gt;&#171; exercice &#187;&lt;/i&gt; sera bien difficile puisqu'ils n'auront que leur &lt;i&gt;&#171; force de conviction &#187; &lt;/i&gt; &#224; opposer aux d&#233;terminismes climatiques qui, eux, s'appuient honteusement sur les lois d'airain de la physique-chimie. Cet appel &#171; politique &#187; aux trois personnalit&#233;s r&#233;formistes suscit&#233;es n'est-il pas, finalement, la pire fa&#231;on de les disqualifier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre la simplicit&#233; volontaire et la c&#233;cit&#233; volontaire, choisis ton camp, camarade !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Comment sortir de l'industrialisme ?</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article177</link>
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		<dc:date>2021-10-26T15:40:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean MONESTIER</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Encourag&#233;e, ne l'oublions pas, par ceux qui ach&#232;tent ses produits, s&#233;duits par le grand vent de la publicit&#233;, l'industrie multiplie l'efficacit&#233; des facteurs de destruction de la biosph&#232;re. M&#234;me si l'&#238;le de P&#226;ques a &#233;t&#233; d&#233;sertifi&#233;e par des hommes munis de haches de pierre, des b&#251;cherons &#233;quip&#233;s de tron&#231;onneuses seraient all&#233;s seulement beaucoup plus vite, mais le r&#233;sultat aurait &#233;t&#233; le m&#234;me. Et nous utilisons couramment aujourd'hui des &#233;quipements &#224; l'&#233;chelle des montagnes, qui font Des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Encourag&#233;e, ne l'oublions pas, par ceux qui ach&#232;tent ses produits, s&#233;duits par le grand vent de la publicit&#233;, l'industrie multiplie l'efficacit&#233; des facteurs de destruction de la biosph&#232;re. M&#234;me si l'&#238;le de P&#226;ques a &#233;t&#233; d&#233;sertifi&#233;e par des hommes munis de haches de pierre, des b&#251;cherons &#233;quip&#233;s de tron&#231;onneuses seraient all&#233;s seulement beaucoup plus vite, mais le r&#233;sultat aurait &#233;t&#233; le m&#234;me. Et nous utilisons couramment aujourd'hui des &#233;quipements &#224; l'&#233;chelle des montagnes, qui font Des d&#233;g&#226;ts au niveau g&#233;ologique. Faut-il donc arr&#234;ter toute l'industrie, ou seulement freiner ce train qui ne va nulle part, mais de plus en plus vite ? N'y a-t-il pas un juste milieu, une juste mesure, permettant de cr&#233;er du bonheur de vivre tout en pr&#233;servant la plan&#232;te le plus longtemps possible ? Nous allons esquisser quelques pistes de r&#233;ponse dans les lignes qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nature de l'industrialisation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le traitement industriel peut s'appliquer &#224; toute activit&#233; de l'&#233;conomie, y compris celles qui ne sont pas consid&#233;r&#233;es a priori comme industrielles, les activit&#233;s de service. Il commence par simplifier la r&#233;alit&#233; pour mieux l'appr&#233;hender et la ma&#238;triser, mais lui applique ensuite des processus de plus en plus techniques et complexes, ce qui fait que les cons&#233;quences n'en sont plus totalement pr&#233;visibles. Cela g&#233;n&#232;re de nouveaux probl&#232;mes, auxquels l'industrie tentera de r&#233;pondre en analysant plus finement le r&#233;el, mais aussi en en complexifiant davantage le traitement, ce qui g&#233;n&#233;rera encore d'autres difficult&#233;s, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc &#224; l'entr&#233;e deux d&#233;marches principales : une segmentation du traitement en processus parall&#232;les analys&#233;s en op&#233;rations successives et, simultan&#233;ment, une approche num&#233;rique, ce qui aboutit immanquablement, d'une part, &#224; une cr&#233;ation de cat&#233;gories au sein des objets trait&#233;s, et donc le plus souvent &#224; leur tri et &#233;ventuellement leur hi&#233;rarchisation, d'autre part, &#224; une massification des donn&#233;es relatives &#224; chaque cat&#233;gorie, qui seront trait&#233;es uniform&#233;ment. Le tout favorise la mise en exergue de la productivit&#233; du processus, flambeau de son d&#233;veloppement et de sa diffusion, lesquels font oublier la mise &#224; l'&#233;cart des cas trop particuliers, renvoy&#233;s &#224; leur insatisfaction. Dans certains cas, des fili&#232;res distinctes se cr&#233;ent (par exemple bois d'&#339;uvre et bois pour p&#226;te &#224; papier), dans d'autres, il y a seulement tri et rejet (par exemple le tri des bless&#233;s &#224; l'entr&#233;e du bloc chirurgical d'un h&#244;pital de guerre). Le probl&#232;me est que cette simplification m&#233;thodologique n'est jamais totalement satisfaisante, sauf quand l'industrie se l'applique &#224; elle-m&#234;me, par exemple pour des produits interm&#233;diaires, puisqu'elle est alors &#224; la fois le concepteur et le b&#233;n&#233;ficiaire du test, et qu'elle assume &#233;ventuellement le co&#251;t du rejet dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;volution du processus, on observe au fil des ans une complexit&#233; de plus en plus croissante des &#233;quipements, issue des perfectionnements et corrections successifs. Cela g&#233;n&#232;re de l'opacit&#233; m&#234;me pour les professionnels et, du fait de la division du travail, une sp&#233;cialisation grandissante de ces derniers, qui est elle-m&#234;me un deuxi&#232;me g&#233;n&#233;rateur d'opacit&#233;, chacun d'entre eux ignorant de plus en plus ce que font ses coll&#232;gues, d'autant plus que leur activit&#233; est &#233;loign&#233;e de la sienne verticalement et horizontalement. Le r&#233;sultat du processus est en principe pr&#233;cis, uniforme, efficace et &#233;conomique, mais il est aussi simplifi&#233;, sans nuance, sans al&#233;as, et pour ainsi dire froid. La massification/simplification qui a permis cette efficacit&#233;, accompagn&#233;e de l'opacit&#233; des processus, aboutit &#224; un certain degr&#233; d'inadaptation du produit industriel et d'&#233;tranget&#233; de son abord premier. Alors que l'industriel s'est voulu au service de l'utilisateur, (&#233;voquant le d&#233;vouement de l'artisan auquel il succ&#232;de souvent), c'est ce dernier qui doit s'adapter au produit, en accepter les r&#232;gles normatives, en apprendre la mise en &#339;uvre, et accepter les contingences du r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a diff&#233;rents degr&#233;s d'industrialisation et diff&#233;rentes mani&#232;res de l'organiser : on peut observer parfois une activit&#233; principale tr&#232;s industrialis&#233;e dont les p&#233;riph&#233;riques le sont tr&#232;s peu (par exemple dans l'agroalimentaire), ou au contraire une activit&#233; principale tr&#232;s peu industrialis&#233;e dont les p&#233;riph&#233;riques le sont &#233;norm&#233;ment (bloc chirurgical), et bien s&#251;r toutes les combinaisons envisageables de ces tendances, de l'usine enti&#232;rement automatis&#233;e &#224; l'organisation int&#233;gralement artisanale, mais d&#233;j&#224; industrieuse. On peut donc imaginer de cr&#233;er des cartes des degr&#233;s d'industrialisation de l'ensemble des processus concourant &#224; une production, mais il restera &#224; &#233;valuer comme nul, faible, moyen, fort, exag&#233;r&#233;, insupportable, le degr&#233; d'industrialisation de chaque phase, et &#224; d&#233;terminer d'abord comment construire la grille de ce classement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir par l'industrialisation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me de l'industrialisation est qu'elle fait syst&#232;me, &#224; la diff&#233;rence de l'artisanat, et donc, comme tout syst&#232;me, qu'elle tend &#224; s'&#233;tendre, &#224; d&#233;velopper sa coh&#233;rence, &#224; chercher &#224; s'appliquer verticalement, du pr&#233;l&#232;vement de mati&#232;re premi&#232;re dans la nature jusqu'au rejet des d&#233;chets dans cette m&#234;me nature et, horizontalement, &#224; tout processus, &#224; tout lieu, &#224; toute activit&#233;. On peut dire qu'elle constitue un outil id&#233;al mis &#224; la disposition d'un processus capitalistique, mais ce dernier &#233;tant devenu sp&#233;culatif (et lui m&#234;me industrialis&#233; au moyen de l'informatisation des march&#233;s), et donc entr&#233; dans une spirale destructrice, elle l'accompagne et le soutient dans cette recherche des limites qui, une fois d&#233;pass&#233;es, marqueront la fin de la Soci&#233;t&#233; Humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons ici un petit d&#233;tour par la neurologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonio Damasio explique dans deux livres publi&#233;s chez Odile Jacob, &lt;i&gt;L'erreur de Descartes&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le sentiment m&#234;me de soi&lt;/i&gt;, qu'il existe dans le cerveau un centre des &#233;motions et que, lorsque ce centre est d&#233;truit (ou isol&#233;), le sujet devient incapable de prendre de bonnes d&#233;cisions. Ces derni&#232;res &#233;tant d&#233;finies fort modestement par les sp&#233;cialistes comme les d&#233;cisions favorables &#224; la survie de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en d&#233;duire que le technocrate qui pr&#233;tend appr&#233;cier objectivement une politique et prendre sans &#233;motions les bonnes d&#233;cisions est soit un menteur (cas le plus probable), soit quelqu'un d'&#233;minemment dangereux pour la structure qu'il pilote. Au-del&#224; de la question de savoir si les ordinateurs seront un jour intelligents, ce qui est en quelque sorte exclu par construction, on peut &#234;tre certain qu'ils ne sont aucunement en mesure de &#171; prendre &#187; de bonnes d&#233;cisions, puisqu'ils ne ressentent aucune &#233;motion (ils peuvent seulement les simuler si on les a programm&#233;s dans ce but), et que leur centre &#233;motionnel est, non seulement isol&#233; de leur processeur, mais inexistant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les march&#233;s sp&#233;culatifs, o&#249; beaucoup de d&#233;cisions doivent &#234;tre prises tr&#232;s vite, et sont donc confi&#233;es &#224; des ordinateurs (l'homme ne faisant alors que d&#233;cider des param&#232;tres de l'action), ne peuvent pas, et de moins en moins, au fur et &#224; mesure que l'homme s'efface devant la technique, prendre de bonnes d&#233;cisions (favorables &#224; leur survie et &#224; la n&#244;tre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; le capital traditionnel, apport&#233; par des proches ou &#224; la rigueur une banque locale, ou par appel &#224; un march&#233; r&#233;unissant des intervenants humains, restait ainsi reli&#233; au r&#233;el de l'activit&#233;, &#224; la solidit&#233; de son opportunit&#233;, au co&#251;t &#233;ventuel de ses erreurs &#233;cologiques ou sociales, le capital sp&#233;culatif, g&#233;r&#233; &#224; partir d'algorithmes math&#233;matiques, lib&#233;r&#233; de la r&#233;alit&#233; de quelque lieu que ce soit, affranchi de toute r&#233;alit&#233; sociale ou &#233;cologique, est l'instrument parfait du suicide de l'Humanit&#233;. Les plus lourdes d&#233;cisions, impliquant l'ensemble de la plan&#232;te, &#224; travers le travail des milliers de lobbyistes, op&#233;rant dans tous les domaines, politique, l&#233;gislatif, et bien s&#251;r industriel, sont prises sous son &#233;gide, d&#233;charg&#233;es de toute &#233;motion r&#233;elle comme de toute responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, les technocrates jurent, la main sur le c&#339;ur, que la Banque mondiale et l'OMC sont au service de l'ensemble de l'Humanit&#233;, l'industrie des OGM nous promet une nourriture parfaite pour tous et la gu&#233;rison des maladies les plus retorses, les gouvernements affichent la d&#233;finition du d&#233;veloppement durable en t&#234;te de tous leurs documents un peu importants, mais nous savons que ces phrases sont vides, aussi vides que celles de l'ordinateur programm&#233; &#224; dire &#171; je vous remercie &#187; d&#232;s qu'on a valid&#233; la man&#339;uvre pr&#233;vue par le logiciel activ&#233;, et qu'elles visent seulement l'acceptabilit&#233; (nouveau terme de la novlangue) des mesures &#233;voqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est que cette machine, la m&#233;gamachine, a pris le pouvoir, tout le pouvoir, ou plut&#244;t que l'homme le lui a donn&#233;, au terme d'un processus assez complexe, assez bien d&#233;crit par Ellul, par exemple. &#192; c&#244;t&#233; d'un imaginaire noyaut&#233; sur le plan politique par la notion de progr&#232;s, et sur le plan &#233;conomique par le credo de la croissance, le bras arm&#233; de ce pouvoir est l'&lt;i&gt;industrialisme&lt;/i&gt;, sorte de fanatisme que nous d&#233;finirions comme consistant &#224; confier &#224; l'industrie, peu &#224; peu, et si possible en verrouillant toute possibilit&#233; de revenir en arri&#232;re, l'ensemble des activit&#233;s humaines, y compris les plus intimes, les plus &#233;motionnelles, les plus proches de notre nature originelle. Ce fanatisme, meurtrier par son exc&#232;s m&#234;me, apr&#232;s avoir obtenu de nous une adh&#233;sion massive &#224; travers la religion du progr&#232;s ax&#233;e sur la notion de croissance ind&#233;finie, est sur le point de d&#233;truire l'humus m&#234;me au sein duquel nous avons pris naissance apr&#232;s quelques millions d'ann&#233;es d'&#233;volution : la biosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous sauver, il nous faut &#224; tout prix reprendre le contr&#244;le de cette &#171; machine &#187;, r&#233;sister &#224; cette invasion exponentielle en reprenant d'abord le contr&#244;le de nous-m&#234;mes, en d&#233;colonisant &#224; la fois notre propre imaginaire et notre propre pens&#233;e rationnelle, que le syst&#232;me a investie avec notre propre &#233;nergie en la privant peu &#224; peu de son bienfaisant contrepoids &#233;motionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortir de l'industrialisme&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains auraient tendance &#224; pr&#233;coniser un retour massif &#224; l'artisanat, mais il ne s'agit ni de revenir au pass&#233;, ce qui est en fait impossible, ni de parcourir le temps en marche arri&#232;re, ni de revenir &#224; l'&#233;tat d'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt;. Il faut d'ailleurs remarquer que la fabrication d'un produit, fut-il apparemment simple et d'une utilit&#233; universellement &#233;vidente, comme le v&#233;lo, passe par celle de ses composants et met parfois immanquablement en jeu, &#224; certains stades, des processus industriels. Quelquefois m&#234;me intervient une tr&#232;s haute technologie, opaque, d&#233;voreuse de moyens, et g&#233;n&#233;ratrice de d&#233;sordres sociaux et de pollutions &#224; l'autre bout de la plan&#232;te. Parfois il existe une ou plusieurs alternatives, parfois aucune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons ici que l'absence d'industrie n'a pas emp&#234;ch&#233; les habitants de l'&#238;le de P&#226;ques de d&#233;truire leur biotope. C'est donc bien en amont que se situe ce fanatisme qui, &#224; des &#233;chelles diff&#233;rentes, nous conduit &#224; la catastrophe quel que soit l'outil que nous utilisons. O&#249; se situe donc la limite &#224; ne pas d&#233;passer ? Comment remettre l'industrie &#224; sa place de serviteur efficace et ob&#233;issant ? Qu'est-ce qu'on accepte ? Qu'est-ce qu'on refuse ? Qu'est-ce qu'on a le droit d'accepter ? Qu'est-ce qu'on a le devoir de refuser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part incontournable de la r&#233;flexion, c'est le fait que ce monde est fini et que l'empreinte &#233;cologique de l'Humanit&#233; tout enti&#232;re doit redescendre &#224; 1, sous peine de naufrage. Les pays qui sont au-dessus de 1 ont donc une sorte de dette envers ceux qui ont une empreinte inf&#233;rieure &#224; 1. On a peu &#233;voqu&#233; la contrainte d&#233;mographique, qui est le deuxi&#232;me facteur de l'empreinte &#233;cologique, le premier &#233;tant le patrimoine g&#233;ographique du pays, le troisi&#232;me en &#233;tant le train de vie, c'est-&#224;-dire en quelque sorte l'intensit&#233; d'usage des ressources naturelles de son territoire. Ainsi, plus son territoire est grand, plus l'empreinte du pays sera faible, plus sa population est importante, plus son train de vie est &#233;lev&#233;, plus son empreinte sera forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour chaque produit, on peut se demander s'il est vraiment n&#233;cessaire ou s'il est superflu, en sachant que d&#233;j&#224; ici la culture interviendra, que ce soit au niveau local, national, ou mondial. Il faudra ensuite se demander s'il est g&#233;n&#233;ralisable &#224; tous, comme par exemple la bicyclette, ou si sa fabrication doit &#234;tre exclue pour cause de co&#251;t &#233;cologique et social exag&#233;r&#233;, comme probablement tout ce qui touche au tourisme spatial, ou encore s'il peut l&#233;gitimement &#234;tre fabriqu&#233; pour un certain nombre, en fonction d'une passion assez exclusive (par exemple le char &#224; voile), d'une profession (un v&#233;hicule pour un commer&#231;ant), d'un handicap (un ordinateur pour un aveugle), au moins pour tous ceux qui le souhaitent, ce qui renvoie &#224; une empreinte &#233;cologique tant&#244;t individuelle, tant&#244;t moyenne, donc osons le mot, &#224; une sorte de rationnement polymorphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce terme de rationnement &#233;voque une limitation. Il s'agissait donc d'un gros mot jusqu'&#224; ces derni&#232;res ann&#233;es, m&#234;me si cette limitation n'interdit ni les gains de productivit&#233; sur des pr&#233;l&#232;vements plafonn&#233;s de ressources naturelles ni toutes les am&#233;liorations immat&#233;rielles par lesquelles certains aimeraient sauvegarder la croissance, qui serait alors en quelque sorte d&#233;mat&#233;rialis&#233;e. On sait que ce projet est discutable, puisque le moindre acte immat&#233;riel met malgr&#233; tout en jeu de l'&#233;nergie et des ressources naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, on comprend que mettre un terme &#224; l'industrialisme soit un vaste chantier. Si l'on veut remettre le bonheur de vivre au centre de l'&#233;conomie, dont c'&#233;tait le but premier d'apr&#232;s Georgescu-Roegen, il est n&#233;cessaire de fixer des limites au champ industriel, et de faire rentrer l'industrie dans ce p&#233;rim&#232;tre, soit au niveau de la nature des biens ou services produits (par exemple chaussures, v&#234;tements, soins m&#233;dicaux), soit au niveau de l'opportunit&#233; d'industrialiser tout ou partie des processus de production de ces biens ou services et des biens ou services interm&#233;diaires entrant dans leur composition (par exemple, pour les cycles : les roulements &#224; billes, pneus, accessoires, m&#233;canismes, car&#233;nages), soit au niveau du caract&#232;re tol&#233;rable ou non de cette activit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) par rapport aux travailleurs eux-m&#234;mes, compte tenu de leur degr&#233; d'&#233;panouissement dans le processus, et de l'organisation m&#234;me de ce dernier face au sens qu'ils peuvent lui donner dans leurs vies : par exemple, jusqu'&#224; quel point le ramassage et le traitement des d&#233;chets doivent-il &#234;tre effectu&#233;s par des professionnels qui y consacrent toute leur carri&#232;re ou &#224; tour de r&#244;le pendant un &#224; trois mois par des jeunes effectuant un service civique aussi universel que l'allocation du m&#234;me nom ?&lt;br class='autobr' /&gt;
2) par rapport aux populations environnantes dans le cadre d'une gestion concert&#233;e du territoire : par exemple, jusqu'&#224; quel point une activit&#233; &#224; risque mais jug&#233;e d&#233;mocratiquement n&#233;cessaire peut-elle &#234;tre implant&#233;e quelque part, o&#249; et selon quelles modalit&#233;s et en prenant quelles pr&#233;cautions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une d&#233;marche &#224; proposer&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait mettre au point la d&#233;marche pour quelques produits ou services et, si elle para&#238;t int&#233;ressante, essayer ensuite de trouver les moyens de la syst&#233;matiser &#224; l'ensemble de l'&#233;conomie afin, par exemple, de pouvoir faire des propositions d'objectifs au niveau du tableau d'&#233;changes interindustriel (TEI). Compte tenu du fait que certaines mati&#232;res premi&#232;res ne se trouvent que dans des lieux tr&#232;s localis&#233;s de la plan&#232;te, que certaines productions sont plus facilement envisageables sous d'autres latitudes, il ne serait pas r&#233;aliste de nous limiter &#224; la France, et il faudra donc envisager ult&#233;rieurement de trouver comment nous concerter avec les repr&#233;sentants d'autres pays afin que, la biosph&#232;re &#233;tant plan&#233;taire, ces choix r&#233;fl&#233;chis puissent aussi &#234;tre effectu&#233;s au niveau plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Analyse de la situation actuelle&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
branche par branche ;&lt;br class='autobr' /&gt;
secteur par secteur ;&lt;br class='autobr' /&gt;
produit par produit (y compris les produits interm&#233;diaires). rep&#233;rage des fili&#232;res de production o&#249; l'industrialisme se d&#233;cha&#238;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
ou tend &#224; se d&#233;cha&#238;ner ;&lt;br class='autobr' /&gt;
rep&#233;rage des fili&#232;res g&#233;n&#233;rant une empreinte &#233;cologique&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; sup&#233;rieure &#224; 3 (moyenne fran&#231;aise) : justifiant le blocage de tout nouveau projet d'installation puisqu'il augmenterait l'empreinte &#233;cologique du pays.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; sup&#233;rieure &#224; 1 (moyenne mondiale tol&#233;rable &#224; long terme) :
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; recherche de moyens de r&#233;duire l'activit&#233; ou de lui trouver des alternatives moins pr&#233;gnantes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Recherche documentaire des alternatives et calculs de leurs empreintes &#233;cologiques respectives&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; au niveau d'une op&#233;ration&lt;/li&gt;&lt;li&gt; au niveau d'un processus&lt;/li&gt;&lt;li&gt; au niveau d'une fili&#232;re&lt;/li&gt;&lt;li&gt; (par exemple par simplification des appareils, renonciation &#224; des sophistications inutiles, etc.)&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait ensuite se pencher aussi sur l'aspect quantitatif des productions industrielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait int&#233;ressant, en utilisant au maximum les documentations existantes, de cr&#233;er un tableau matriciel chiffrant les &#233;changes &#233;nerg&#233;tiques et mat&#233;riels (et non financiers) inter-branches selon trois modes : &#233;ventualit&#233; la plus catastrophique pour l'environnement, situation actuelle, &#233;conomie de mati&#232;re et d'&#233;nergie la plus performante en l'&#233;tat actuel des connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ainsi, en faisant varier les param&#232;tres, calculer l'importance du b&#233;n&#233;fice &#233;cologique esp&#233;r&#233; de tel ou tel processus alternatif (artisanal ou non), de tel gain de productivit&#233;, de telle diminution sugg&#233;r&#233;e de l'offre dans tel ou tel secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible qu'il faille consulter pour cela des professionnels, cadres ou syndicalistes, dans chaque branche, des sp&#233;cialistes de la comptabilit&#233; nationale, des informaticiens, mais :&lt;br class='autobr' /&gt;
1) cette r&#233;flexion deviendrait ainsi politiquement plus cr&#233;dible et capable de structurer un d&#233;bat.&lt;br class='autobr' /&gt;
2) le fait que nous ne puissions pas mener &#224; bien une telle t&#226;che aujourd'hui n'exclut pas que nous dressions un plan de recherche afin d'en chercher ult&#233;rieurement le financement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus envisageable est sans doute, dans un premier temps, de commencer par traiter compl&#232;tement quelques produits embl&#233;matiques et reconnus indispensables comme le v&#233;lo, le fauteuil du dentiste, le livre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Recommandations normatives&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; soulev&#233; dans des d&#233;bats de niveau national, le programme politique des objecteurs de croissance reste peu d&#233;velopp&#233;. Ce travail permettrait de sugg&#233;rer diverses mesures d'encadrement de l'industrie, action incontournable pour &lt;i&gt;sortir de l'industrialisme&lt;/i&gt; au niveau de l'offre, et mettre fin &#224; la dictature des producteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne serait pas inutile de r&#233;diger m&#234;me des propositions, sur &lt;i&gt;l'affichage de l'&#233;nergie grise, la r&#233;parabilit&#233;, le suivi des pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, la compatibilit&#233;, la modularit&#233; des produits industriels&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'affichage de l'&#233;nergie&lt;/i&gt; grise de tout bien et service et de tout produit interm&#233;diaire semble une chose indispensable et urgente si l'on veut lutter contre l'emballement de l'effet de serre. Pour que cette mesure soit efficace et dissuasive, il faut, d'une part, que les acheteurs-citoyens soient sensibilis&#233;s &#224; l'utilit&#233; de cette information, d'autre part, qu'elle soit universellement donn&#233;e, y compris, m&#234;me avec une approximation, pour les produits artisanaux, de sorte que les comparaisons les plus &#233;clatantes soient &#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La r&#233;parabilit&#233;&lt;/i&gt; est en quelque sorte le contraire de l'obsolescence programm&#233;e, pratique industrielle d&#233;vorante de ressources naturelles, puisqu'elle permet de prolonger la vie des produits. Elle implique d'autres attitudes lors de leur conception, d'autres choix de composants (vis au lieu de rivets, joints au lieu de soudure, etc.), mais permettant de faire durer les produits &#233;ventuellement &#224; travers plusieurs carri&#232;res, elle &#233;conomise les pr&#233;l&#232;vements &#224; la nature et ralentit les &#233;missions de d&#233;chets. Elle facilite aussi le recyclage partiel, voire la mise &#224; niveau des composants, tout en contribuant &#224; cr&#233;er des emplois plut&#244;t qualifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le suivi des pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es&lt;/i&gt; implique que la gestion de ces derni&#232;res ne soit pas instrumentalis&#233;e pour acc&#233;l&#233;rer l'obsolescence des produits. Des seuils de dur&#233;e minimale pourraient &#234;tre &#233;tablis, en distinguant selon qu'il s'agit d'un &#233;l&#233;ment consommable, d'une pi&#232;ce d'usure, d'un composant structurel. Par ailleurs, on pourrait d&#233;cider que la fabrication des composants est libre et les brevets correspondants suspendus (ou retomb&#233;s dans le domaine public) quand le vendeur du produit ne veut plus assurer le suivi des pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es en assurant la &#171; r&#233;parabilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La compatibilit&#233;&lt;/i&gt; est aussi tr&#232;s limit&#233;e par l'industrie quand elle tente de conserver une exclusivit&#233; sur ses gammes de produits, ou d'organiser tout simplement leur obsolescence par refus de vente des composants. Mais ce sera au contraire son int&#233;r&#234;t de favoriser la compatibilit&#233; si on l'oblige &#224; assurer de longs suivis de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, car elle pourra alors limiter le nombre de r&#233;f&#233;rences en stock. Cette probl&#233;matique est flagrante dans le secteur automobile, o&#249; il semble normal de changer de v&#233;hicule quand on veut seulement en changer le moteur (voir tout le discours actuel sur les v&#233;hicules hybrides), mais o&#249; certaines pi&#232;ces restent discr&#232;tement identiques sur tous les mod&#232;les de la marque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La compatibilit&#233; entre fabricants et entre fili&#232;res soul&#232;ve un probl&#232;me plus d&#233;licat, celui des normes, puisqu'on d&#233;passe alors les choix internes &#224; une entreprise, et que l'on bride la libert&#233; mythique de l'entrepreneur. Nous pensons toutefois qu'il s'agit avant tout de volont&#233; politique. Le proc&#232;s Microsoft est embl&#233;matique de la fa&#231;on dont la compatibilit&#233; est envisag&#233;e par les grandes entreprises : un moyen d'asservir l'ensemble de leur secteur. Pour en rester &#224; l'automobile, c'est bien une culture n&#233;faste qui nous fait admettre qu'il faut changer tout le v&#233;hicule alors que c'est d'abord le moteur qui est remis en question. Il n'en a pas toujours &#233;t&#233; ainsi, puisqu'au d&#233;but du si&#232;cle dernier on pouvait composer son v&#233;hicule en choisissant ici un moteur, l&#224; un train avant, etc. Ceci nous am&#232;ne justement &#224; la piste suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La modularit&#233; des produits&lt;/i&gt; correspond &#224; une nouvelle libert&#233; de l'utilisateur. La souplesse d'utilisation et d'affectation d'un composant, rendue possible par la compatibilit&#233;, est envisag&#233;e d&#232;s sa conception quand la modularit&#233; devient un objectif. Il peut alors, en cours de carri&#232;re, &#234;tre r&#233;affect&#233; dans un autre &#233;quipement, puis un autre au besoin, jusqu'&#224; la fin de sa dur&#233;e de vie. Alvin Toffler pr&#233;voyait dans les ann&#233;es soixante-dix que la modularit&#233;, par exemple dans le b&#226;timent, autoriserait les utilisateurs des produits industriels &#224; une grande cr&#233;ativit&#233; qui ferait contrepoids &#224; l'uniformisation que l'on redoutait d&#233;j&#224; de l'industrialisation. Mais les dirigeants d'entreprise, comme ils l'ont souvent fait face aux normes, y ont vu des avantages donn&#233;s &#224; la concurrence et la modularit&#233;, sauf quand elle est utilis&#233;e en interne, reste de l'ordre d'un bricolage plut&#244;t d&#233;savou&#233; par les fabricants. M&#234;me en informatique, o&#249; elle est vant&#233;e par certains commerciaux, elle se limite souvent aux mat&#233;riels ayant moins de trois ans, ce qui favorise l'obsolescence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a sans doute compris, ces diff&#233;rentes contraintes, que nous proposons de confirmer &#224; la fois par le haut, par la voie l&#233;gislative, et par le bas, par les boycotts des acheteurs, visent &#224; augmenter la dur&#233;e de vie des produits, de sorte que leur r&#233;forme, qui devrait aboutir &#224; leur d&#233;montage et leur recyclage, soit librement d&#233;cid&#233;e par l'utilisateur, si possible apr&#232;s un calcul visant la plus grande &#233;conomie de ressources naturelles, et non impos&#233;e techniquement par le fabricant, dont la strat&#233;gie marketing ne vise qu'&#224; d&#233;gager le plus gros profit, sans aucun souci des g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Recommandations concr&#232;tes&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut donc d&#233;terminer : que produire ? combien produire ? comment produire ? par des voies industrielles ? artisanales ? en autoproduction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut distinguer : a) ce qui peut &#234;tre produit pour tous (mais en quelle quantit&#233; ?) avec le processus ayant l'empreinte &#233;cologique minimale. Notons que si la population de r&#233;f&#233;rence est multipli&#233;e par deux, des limites &#224; cette &#171; d&#233;mocratisation &#187; peuvent &#234;tre impos&#233;es par le caract&#232;re fini de la ressource ou de la base qui lui permet de se renouveler. On peut envisager de classer dans cette cat&#233;gorie les produits n&#233;cessaires &#224; la satisfaction des besoins basiques fondamentaux (eau, nourriture, v&#234;tement, logement), mais aussi les grands services publics (&#233;ducation, sant&#233;, transports collectifs, organisation des d&#233;bats publics, gestion administrative, etc.)&lt;br class='autobr' /&gt;
b) ce qui ne devrait &#234;tre produit pour personne, car non g&#233;n&#233;ralisable, puisque, dans l'id&#233;ologie actuelle, tout produit tend &#224; se diffuser, par l'action pernicieuse des mass m&#233;dias, vers des publics de plus en plus nombreux, et que cette diffusion future, parfois totalement hypoth&#233;tique, justifie l'accaparement, par les plus fortun&#233;s, de ressources naturelles &#224; l'acc&#232;s desquelles leur argent ne devrait leur donner aucun droit suppl&#233;mentaire. Nous pensons ici &#224; l'exemple typique du tourisme spatial, dont la d&#233;mocratisation n'est m&#234;me pas &#233;voqu&#233;e, mais dont les comptes-rendus triomphants sont une injure &#224; la face du monde, ou plus banalement au Paris-Dakar, hideux flambeau de l'id&#233;ologie occidentale et du gaspillage &#233;nerg&#233;tique, qui devrait au minimum &#234;tre interdit de toute m&#233;diatisation nationale ou internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
c) dans les produits non g&#233;n&#233;ralisables &#224; l'ensemble de la population, certains pourraient tout de m&#234;me &#234;tre fabriqu&#233;s, soit parce qu'ils sont indispensables &#224; une cat&#233;gorie de personnes bien pr&#233;cise et peu int&#233;ressants pour les autres, soit parce que, dans un contexte de revenus plus stables et moins diff&#233;renci&#233;s, ils repr&#233;senteraient un investissement qui ne peut correspondre qu'&#224; une forte passion &#8211; et donc un tr&#232;s grand bonheur de vivre pour leurs utilisateurs &#8211; excluant pour eux (&#224; travers les limites de temps et d'argent) de nombreuses autres activit&#233;s : tout le monde ne veut pas faire du char &#224; voile, de la reliure, du mod&#233;lisme, etc. C'est donc ici que se nicheraient les diversit&#233;s individuelles, car nous ne pensons gu&#232;re que le &#171; bonheur de vivre &#187; puisse &#234;tre issu d'une &#171; planification &#224; la sovi&#233;tique &#187; de la consommation, ni d'un &#171; fascisme vert &#187; g&#233;rant uniform&#233;ment l'emploi des ressources naturelles par chaque individu. Rappelons que c'est la consommation globale qui doit &#234;tre ma&#238;tris&#233;e, et on peut esp&#233;rer qu'elle le soit en autorisant des diversit&#233;s de comportements limit&#233;es plus par un plafonnement de l'&#233;ventail de revenus que par un rationnement strict des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous pouvons calculer assez objectivement ce qu'il est possible de mettre &#224; la disposition de tous, ou au contraire ce qu'il est impossible de g&#233;n&#233;raliser, il nous semble qu'un d&#233;bat d&#233;mocratique au sein de chaque communaut&#233; devrait d&#233;terminer quels produits ne pourraient &#234;tre propos&#233;s qu'&#224; une certaine proportion de la population, ou r&#233;serv&#233;s &#224; des usages collectifs, et dans quel quota, puisque c'est seulement le total cumul&#233; qui devrait &#234;tre plafonn&#233; &#224; travers l'empreinte &#233;cologique, et que de nombreux arbitrages tr&#232;s divers restent possibles dans cette limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, tout rationnement posera en m&#234;me temps la question de la d&#233;mocratie &#224; travers celle de sa l&#233;gitimit&#233;, et celle de l'&#233;galit&#233;, puisque rationnements, quotas, et autres p&#233;r&#233;quations individuelles ne sont supportables que si les revenus des citoyens cessent de devenir de plus en plus divergents. En effet, il n'est pas question de r&#233;partir les ressources en fonction du pouvoir d'achat, ce qui reviendrait &#224; maintenir les privil&#232;ges actuels, que les divergences grandissantes des revenus rendraient insupportables en situation de p&#233;nurie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;tablir au passage un parall&#232;le avec les doctrines mon&#233;taires qui demandent l'&#233;tablissement :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;1) d'un revenu minimum&lt;/i&gt; (par exemple l'allocation universelle) ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;2) d'un revenu maximum&lt;/i&gt;, au-dessus duquel l'enrichissement d&#233;borde l'environnement r&#233;el d'un individu et le fait obligatoirement entrer soit dans un accaparement de biens ou de ressources st&#233;rile par rapport au but ultime de l'&#233;conomie, la cr&#233;ation de bonheur de vivre (son bonheur personnel dans le monde r&#233;el n'&#233;tant plus accru par un suppl&#233;ment de richesse), soit dans la sp&#233;culation capitalistique, dont il appara&#238;t de plus en plus clairement qu'elle est destructrice de l'&#233;conomie r&#233;elle, c'est-&#224;-dire de l'outil permettant justement &#224; la collectivit&#233; humaine de consolider ou d'accro&#238;tre &#233;ventuellement son bonheur de vivre global,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;3) des processus plus complexes&lt;/i&gt; qui, laissant l'individu libre &lt;i&gt;entre ce plancher et ce plafond&lt;/i&gt;, lui demanderont toutefois soit de faire redescendre progressivement et de maintenir &#224; 1 son empreinte &#233;cologique personnelle (contrainte individuelle), soit, dans le cadre d'une mutualisation des pr&#233;l&#232;vements et des pollutions, d'agir en sorte que l'empreinte &#233;cologique de son groupe de r&#233;f&#233;rence descende et se maintienne durablement &#224; 1 (contrainte collective). Les doutes exprim&#233;s sur l'efficacit&#233; des &#233;changes de quotas de carbone obligent &#224; rester prudents sur ce type de perspective, m&#234;me dans l'hypoth&#232;se d'une r&#233;duction de l'&#233;ventail des revenus qui mettrait tous les individus devant des possibilit&#233;s mon&#233;taires comparables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la France, base incontournable de notre r&#233;flexion, la t&#226;che est immense puisque notre pays devrait diviser son empreinte &#233;cologique par 3. Il faudra donc commencer par d&#233;finir une strat&#233;gie qui tienne compte de l'urgence de la situation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La technique et le &#171; rez-de-chauss&#233;e de la civilisation &#187;</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article176</link>
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		<dc:date>2021-10-26T12:09:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel C&#201;R&#201;ZUELLE</dc:creator>



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&lt;p&gt;La part occult&#233;e de l'&#233;conomie La plupart des analyses sociologiques de la pauvret&#233; et de l'exclusion sociale cherchent &#224; mettre en &#233;vidence les m&#233;canismes socio&#233;conomiques, institutionnels et politiques de sa production en prenant comme indicateur principal les revenus mon&#233;taires des m&#233;nages et comme principe explicatif les rapports sociaux qui d&#233;coulent de la position des groupes sociaux &#224; l'int&#233;rieur de l'appareil productif. Ce faisant, on n&#233;glige trop souvent le r&#244;le important de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La part occult&#233;e de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La plupart des analyses sociologiques de la pauvret&#233; et de l'exclusion sociale cherchent &#224; mettre en &#233;vidence les m&#233;canismes socio&#233;conomiques, institutionnels et politiques de sa production en prenant comme indicateur principal les revenus mon&#233;taires des m&#233;nages et comme principe explicatif les rapports sociaux qui d&#233;coulent de la position des groupes sociaux &#224; l'int&#233;rieur de l'appareil productif. Ce faisant, on n&#233;glige trop souvent le r&#244;le important de la technicisation et de son retentissement sur les humbles pratiques de la vie quotidienne et les modes de vie. L'acc&#232;s aux ressources de l'&#233;conomie mon&#233;taire n'explique pas tout et pour comprendre certaines formes de mis&#232;re contemporaine il faut adopter une approche plus anthropologique de la richesse et de la pauvret&#233;, attentive non seulement aux revenus mon&#233;taires, mais aussi &#224; la diversit&#233; des ressources informelles qui contribuent &#224; la construction d'un mode de vie et qui gardent, m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; &#171; moderne &#187; industrielle et technicienne comme la n&#244;tre, une importance fondamentale et largement sous-estim&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel C&#233;r&#233;zuelle. Pour un autre d&#233;veloppement social, Descl&#233;e de Brouwer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que Malthus, un des fondateurs de l'&#233;conomie politique, &#233;crivait que si &#171; nous voulons faire de l'&#233;conomie politique une science positive fond&#233;e sur l'exp&#233;rience et susceptible de donner des r&#233;sultats pr&#233;cis, il faut prendre le plus grand soin d'embrasser seulement les objets dont l'accroissement ou la diminution peuvent &#234;tre susceptibles d'&#233;valuation. [...] Un pays sera donc riche ou pauvre, selon l'abondance ou la raret&#233; des objets mat&#233;riels dont il est pourvu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas-Robert Malthus. Principes d'&#233;conomie politique, Calmann-Levy, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ce faisant, il savait qu'il retenait une d&#233;finition restrictive puisque selon lui la richesse correspond &#224; tout ce que l'homme d&#233;sire comme pouvant lui &#234;tre utile et agr&#233;able : &#171; Toutes les choses mat&#233;rielles ou intellectuelles, tangibles ou non [...] elle comprend par cons&#233;quent les avantages et consolations que nous retirons de la religion, de la morale, de la libert&#233; politique et civile, de l'&#233;loquence, des conversations instructives et amusantes, de la musique, de la danse, du th&#233;&#226;tre, et d'autres services et qualit&#233;s personnelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 45.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Pour reprendre les termes de Guy Roustang, tout s'est pass&#233; comme si les &#233;conomistes, soucieux de lutter contre la raret&#233;, avaient consid&#233;r&#233; que toutes ces richesses non &#233;conomiques n'auraient pas &#224; souffrir, bien au contraire, de l'augmentation des richesses &#233;conomiques : plus on produit, meilleur on est ; ou encore : plus, c'est mieux. Dans cette perspective, l'&#233;conomie mon&#233;taire est l'infrastructure de la soci&#233;t&#233;, le progr&#232;s &#233;conomique conditionnant tous les autres progr&#232;s. Pas besoin d'&#234;tre marxiste pour croire cela. L'autre aspect de cette h&#233;g&#233;monie de l'&#233;conomie mon&#233;taire, c'est la place pr&#233;pond&#233;rante prise dans les esprits par l'emploi qui a rejet&#233; dans l'ombre les activit&#233;s non &#233;conomiques et le travail non r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle d'&#233;conomie, tout naturellement on parle d'&#233;conomie mon&#233;taire, que ce soit l'&#233;conomie priv&#233;e marchande ou l'&#233;conomie publique non marchande. La religion du PIB en est le symbole, qui n'int&#232;gre pour ainsi dire pas l'autoproduction et l'&#233;conomie non mon&#233;taire dans ses calculs de la richesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;France Caillavet. &#171; L'int&#233;gration de la production domestique dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant, m&#234;me dans notre soci&#233;t&#233; technicienne et marchande, en ce qui concerne la seule &#233;conomie domestique, on a pu estimer &#224; partir de l'enqu&#234;te budget temps de 1974, que les Fran&#231;ais avaient consacr&#233; 48 milliards d'heures au travail domestique, et 41 milliards au travail r&#233;mun&#233;r&#233;. Si l'on cherche &#224; estimer de combien il faudrait augmenter le PIB si l'on en tenait compte, selon les conventions de calcul, on aboutit &#224; 35 ou 75 %. Fernand Braudel parlait d'une &#171; zone d'opacit&#233; [qui] s'&#233;tend au-dessous du march&#233; ; c'est l'activit&#233; &#233;l&#233;mentaire de base que l'on rencontre partout et qui est d'un volume tout simplement fantastique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fernand Braudel, Civilisation mat&#233;rielle, &#233;conomie et capitalisme, tome 1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette &#171; &#233;conomie du rez-de-chauss&#233;e &#187; constitue le socle indispensable de toute vie sociale. Elle forme le monde du non mon&#233;taire, du troc, du domestique, de l'autoproduction. Elle est aussi le lieu de transmission des savoir-faire, des savoir-&#234;tre et des apprentissages des normes sociales ; elle participe &#224; la socialisation primaire n&#233;cessaire, par exemple, pour une bonne socialisation secondaire dans le syst&#232;me &#233;ducatif ou l'activit&#233; professionnelle. &#192; l'oppos&#233;, quand certaines familles en grande difficult&#233; ne sont plus &#224; m&#234;me d'&#233;duquer, quand on constate que nos soci&#233;t&#233;s ont du mal &#224; assurer le passage &#224; l'adolescence, que les jeunes de certains quartiers sont sans rep&#232;res, on voit bien que ce sont les fondements m&#234;mes de notre soci&#233;t&#233; qui sont &#233;branl&#233;s. Pour utiliser le vocabulaire des &#233;conomistes, dans la formation du &#171; capital humain &#187;, avant l'&#233;cole qui assure une socialisation secondaire, il y a la famille et le voisinage qui jouent un r&#244;le indispensable dans la socialisation primaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre le r&#244;le que joue l'autoproduction, et plus largement l'&#233;conomie non mon&#233;taire, dans la soci&#233;t&#233; moderne, il nous faut nous m&#233;fier d'une approche trop &#233;volutionniste d'une vie sociale vou&#233;e &#224; passer d'un stade &#224; l'autre de sa transformation en abandonnant toutes les formes li&#233;es &#224; l'&#233;tape ant&#233;rieure, condamn&#233;es &#224; s'&#233;vanouir. &#192; cette vision du changement social comme &lt;i&gt;trajectoire&lt;/i&gt; on proposera comme correctif une vision du changement comme &lt;i&gt;construction&lt;/i&gt; &#233;tag&#233;e, chaque &#233;tape gardant sa n&#233;cessit&#233; comme socle sur lequel s'&#233;difient les &#233;tages sup&#233;rieurs, plus &#171; modernes &#187; de l'&#233;conomie, et sans le soutien desquels ils ne peuvent fonctionner. S'inspirant des travaux de Braudel sur l'histoire &#233;conomique de longue dur&#233;e, Fran&#231;ois-Xavier Vershave montre comment on peut d&#233;crire l'&#233;conomie des soci&#233;t&#233;s modernes comme un &#233;difice ayant un rez-de-chauss&#233;e surmont&#233; de deux &#233;tages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois-Xavier Vershave. Libres le&#231;ons de Braudel, passerelles pour une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;conomie du rez-de-chauss&#233;e est celle de la production et des &#233;changes domestiques et communautaires. Cette &#233;conomie est non mon&#233;taire et les &#233;changes y sont codifi&#233;s par un ensemble complexe de symboles et de r&#232;gles sociales favorisant la coh&#233;sion du groupe, comme dans toutes les soci&#233;t&#233;s traditionnelles. L'&#233;conomie du premier &#233;tage, c'est celle du march&#233; local o&#249; les &#233;changes sont mon&#233;taris&#233;s, soumis &#224; des r&#232;gles publiques et ind&#233;pendantes des r&#233;seaux d'all&#233;geances personnelles. La participation &#224; cette forme d'&#233;conomie favorise la reconnaissance de chacun comme sujet de droit et comme individu autonome. Enfin l'&#233;conomie du deuxi&#232;me &#233;tage correspond &#224; ce que Braudel appelle l'&#233;conomie-monde, celle des &#233;changes &#224; grande distance, soumis &#224; des logiques sp&#233;culatives et financi&#232;res opaques, souvent affranchies des r&#232;gles de droit commun qui font loi dans l'&#233;conomie du march&#233; local. L'autoproduction et l'&#233;conomie non mon&#233;taire rel&#232;vent donc de &#171; l'&#233;conomie du rez-de-chauss&#233;e &#187;. Mais celle-ci ne peut &#234;tre r&#233;duite &#224; ce qui doit &#234;tre aboli pour que se d&#233;veloppent l'&#233;conomie de march&#233;, l'espace public et les formes de la citoyennet&#233;. Au contraire, elle peut fournir le socle qui les rend possibles &#224; condition qu'on se pr&#233;occupe de m&#233;nager des transitions, des &#171; escaliers &#187; ou des initiations favorisant les circulations entre les diff&#233;rents &#233;tages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des ressources indispensables, mais menac&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;conomie du rez-de-chauss&#233;e constitue le socle indispensable &#224; toute soci&#233;t&#233;. Elle forme le monde du non mon&#233;taire, du troc, du domestique, de l'autoproduction. Elle est aussi le lieu de transmission des savoir-faire, celui des apprentissages des normes sociales et des savoir-&#234;tre ainsi que des solidarit&#233;s essentielles. Les &#233;conomistes la m&#233;prisent, tout occup&#233;s qu'ils sont par l'&#233;conomie de march&#233; (le premier &#233;tage) ou plus encore par celle des &#233;changes &#224; longue distance, mondialis&#233;s (le second &#233;tage). Certes on peut imaginer, en termes &#233;conomiques, que la disparition de cette &#233;conomie du rez-de-chauss&#233;e et du &#171; faire par soi-m&#234;me et pour les siens &#187; favoriserait une croissance consid&#233;rable des &#233;changes mon&#233;taires. Mais au plan anthropologique, on peut se demander s'il n'en r&#233;sulterait pas pour la soci&#233;t&#233; un grave d&#233;ficit &#233;ducatif et un recul de sa capacit&#233; int&#233;gratrice. Car si le travail salari&#233; a pu jouer un r&#244;le de &#171; grand int&#233;grateur &#187; de la soci&#233;t&#233; moderne, c'est parce que d'autres processus de socialisation op&#233;raient, sans que l'on y fasse bien attention, &#224; un niveau informel. C'est pourquoi il para&#238;t important de pr&#233;server un minimum de vitalit&#233; de l'&#233;conomie du rez-de-chauss&#233;e, car c'est l&#224; que s'&#233;laborent les processus symboliques de construction de la personne et du lien social. Certes, il est l&#233;gitime de vouloir &#233;viter la ghetto&#239;sation communautaire et tout cantonnement dans une &#233;conomie marginalisante. Mais en fait, cette &#233;conomie du rez-de-chauss&#233;e, loin d'entrer en opposition avec l'&#233;conomie de march&#233; du premier &#233;tage, en constitue le compl&#233;ment n&#233;cessaire ; loin d'&#234;tre un enfermement, elle forme l'antichambre de l'&#233;conomie de march&#233;. C'est &#224; ce niveau que s'acquiert une &lt;i&gt;qualification sociale&lt;/i&gt;, largement informelle, s'av&#233;rant de plus en plus indispensable pour acc&#233;der &#224; l'emploi et participer &#224; la vie publique. La vitalit&#233; de l'&#233;conomie du rez-de-chauss&#233;e permet &#224; tous de l'acqu&#233;rir ou de la consolider ; elle devient le meilleur passeport possible pour obtenir un travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel C&#233;r&#233;zuelle, &#171; &#201;conomie non mon&#233;taire et processus informels (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il reste important que tous puissent y participer sans, bien s&#251;r, y &#234;tre enferm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;conomie domestique et non mon&#233;taire est occult&#233;e dans les travaux des sociologues et des &#233;conomistes, c'est qu'elle va de soi. Elle para&#238;t si naturelle qu'on oublie son existence pour ne s'int&#233;resser qu'&#224; l'&#233;conomie mon&#233;taire en r&#233;volution permanente du fait du dynamisme technicien de nos soci&#233;t&#233;s. Mais dans notre soci&#233;t&#233; technicienne, ce qui allait de soi ne va plus tellement de soi. En effet, un examen attentif du mode de vie quotidienne des populations en difficult&#233; sociale sugg&#232;re que les transformations de la civilisation mat&#233;rielle et du cadre technique de la vie quotidienne peuvent faire obstacle &#224; la transmission et &#224; la ma&#238;trise de ces ressources informelles qui jouent pourtant un r&#244;le d&#233;cisif dans les processus de construction de la personnalit&#233; et d'int&#233;gration sociale. Toutes les formes de pauvret&#233; et de mis&#232;re moderne ne peuvent pas s'expliquer seulement en termes d'in&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux ressources mon&#233;taires. Il faut aussi tenir compte des in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s aux ressources non mon&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici qu'intervient la question de la technique. En effet, la technicisation du mode de vie contribue &#224; d&#233;vitaliser les ressources pratiques et symboliques de cette &#171; &#233;conomie du rez-de-chauss&#233;e &#187; non mon&#233;taire, ressources qui fournissent le socle informel sur lequel se construit l'autonomie des sujets et l'insertion sociale des m&#233;nages. &#192; cet &#233;gard, on peut consid&#233;rer certaines formes contemporaines de mis&#232;re et de pauvret&#233; comme un sous-produit des effets socialement et culturellement d&#233;sorganisateurs du changement technique acc&#233;l&#233;r&#233; que connaissent les soci&#233;t&#233;s d&#233;velopp&#233;es. Il en r&#233;sulte de s&#233;rieux probl&#232;mes d'int&#233;gration sociale face auxquels les soci&#233;t&#233;s modernes r&#233;pondent par toute une panoplie de techniques d'action sociale et de d&#233;veloppement social mise en &#339;uvre par des professionnels. Cependant, l'efficacit&#233; de ces techniques bute sur des limites internes qui semblent difficilement surmontables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Daniel C&#233;r&#233;zuelle, Pour un autre d&#233;veloppement social, op.cit.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et il conviendrait d'explorer d'autres voies de d&#233;veloppement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Technicisation et &#233;rosion du capital social symbolique&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un &#233;conomiste comme Amartya Sen a montr&#233; combien il est important de distinguer les principaux axes de r&#233;alisation des personnes (les &lt;i&gt;functionnings&lt;/i&gt;) et les capacit&#233;s et comp&#233;tences (&lt;i&gt;capabilities&lt;/i&gt;) qui permettent aux personnes d'utiliser &#224; bon escient les ressources disponibles pour r&#233;aliser leurs projets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sen, Amartya, L'&#201;conomie est une science morale, Paris, La D&#233;couverte,1999. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces capacit&#233;s se construisent en grande partie hors du champ de l'&#233;conomie formelle. Or, la reconnaissance de l'importance des niveaux informels de la construction de la sociabilit&#233; primaire, et plus particuli&#232;rement du r&#244;le de l'&#233;conomie non mon&#233;taire dans la construction des personnes et du lien social, conduit &#224; poser un probl&#232;me d&#233;licat, signal&#233; entre autres par Corn&#233;lius Castoriadis. Ce philosophe rappelait que &#171; le syst&#232;me politico-&#233;conomique qui a succ&#233;d&#233; au capitalisme classique se reproduit gr&#226;ce &#224; des types anthropologiques qui viennent d'&#233;poques plus anciennes. Le syst&#232;me se reproduit pour autant qu'il peut compter sur des gens dont les valeurs ne sont pas celle du syst&#232;me3 &#187;. Le probl&#232;me tient &#224; ce que ces types humains sur lesquels s'est construit le monde moderne et le socle symbolique qui les soutient sont remis en cause de multiples fa&#231;ons par le processus de modernisation technique et &#233;conomique qu'ils ont rendu possible. En particulier, l'&#233;tude des modes de vie montre que les processus de transmission de certains savoir-faire de la vie quotidienne qui contribuent &#224; la construction de la personne et &#224; son int&#233;gration sociale peuvent tomber en panne. Cette panne se manifeste de multiples mani&#232;res dans la soci&#233;t&#233; contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux si&#232;cles apr&#232;s les d&#233;buts de la civilisation industrielle, il appara&#238;t que le d&#233;veloppement acc&#233;l&#233;r&#233; a d&#233;bouch&#233; sur la mont&#233;e et la multiplication des probl&#232;mes d'environnement. On se rend moins bien compte que le d&#233;veloppement s'accompagne aussi d'une crise culturelle. Les &#233;quilibres culturels qui organisent la vie humaine, individuelle et collective ne sont pas moins fragiles, et les ressources culturelles ne se renouvellent pas ais&#233;ment. C'est ainsi que la modernisation acc&#233;l&#233;r&#233;e de nos soci&#233;t&#233;s s'accompagne d'une crise des &lt;i&gt;savoir-vivre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombreux sont ceux pour qui les processus informels de transmission et d'int&#233;gration des savoir-vivre qui permettent la construction de la personnalit&#233;, de la sociabilit&#233; ainsi que la ma&#238;trise de la vie quotidienne, sont en panne. Nous n'&#233;voquerons ici &#224; titre d'exemples que quelques-uns des effets pr&#233;occupants de cette crise. Aujourd'hui, on se rend compte que de nombreux m&#233;nages n'ont pas &#233;t&#233; initi&#233;s aux savoir-faire et aux savoir-&#234;tre qui permettent d'&lt;i&gt;habiter&lt;/i&gt; quelque part. D'autres qui les avaient les perdent. Il en r&#233;sulte un d&#233;ficit d'entretien des logements et parfois une d&#233;gradation irr&#233;versible du b&#226;ti dont r&#233;sulte la n&#233;cessit&#233; de d&#233;molir. De m&#234;me un nombre croissant de m&#233;nages ne sait plus ni se nourrir ni nourrir ses enfants de sorte que, par exemple, l'ob&#233;sit&#233; devient un grave probl&#232;me de sant&#233; publique qui va peser de plus en plus sur le budget social comme sur le destin des individus. D'autres ne ma&#238;trisent pas les r&#232;gles informelles de coexistence avec autrui, et la mont&#233;e de l'incivilit&#233; devient un grave probl&#232;me dans tous les pays d&#233;velopp&#233;s dans lesquels on n'a jamais construit autant de prisons. D'autres enfin ne disposent pas des ressources psychologiques et symboliques informelles qui rendent possibles les relations d'apprentissage et l'on assiste &#233;galement &#224; une crise des institutions &#233;ducatives qui, quel que soit le raffinement des techniques p&#233;dagogiques, ne peuvent fonctionner efficacement qu'avec des personnalit&#233;s qui ont &#233;t&#233; &#233;quip&#233;es de ces ressources en temps voulu. Enfin, on observe que faute de transmission de m&#232;re &#224; fille, un nombre croissant de jeunes m&#232;res ignorent les gestes et les savoir-faire pour s'occuper d'un nourrisson : d'o&#249; la multiplication des accouch&#233;es affirmant de leur enfant qu'elles ne savent pas quoi en faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christine Castelain-Meunier, La Place des hommes et la m&#233;tamorphose de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. G&#233;n&#233;ralisons : on assiste dans divers domaines &#224; une panne de la transmission des savoir-vivre, et cette panne affecte des cat&#233;gories sociales assez diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en maintenant &#224; l'interpr&#233;tation de ces observations. Nous avons &#233;crit &#224; plusieurs reprises que les processus d&#233;cisifs de construction de la personnalit&#233; et d'acquisition d'une aptitude &#224; la sociabilit&#233; s'effectuent d'abord &#224; un niveau informel de la vie culturelle. Par &#171; informel &#187; il faut entendre ici non ce qui est informe, mais plut&#244;t ce qui n'est pas soumis &#224; des r&#232;gles explicites et qui est structur&#233;, parfois de mani&#232;re inconsciente, de mani&#232;re symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernst Cassirer a montr&#233; comment, m&#234;me dans l'exercice de ses aptitudes les plus abstraites et rationalis&#233;es, l'homme reste toujours un animal symbolique. Il voit le monde et se le repr&#233;sente &#224; partir d'une organisation formelle, d'un ensemble de significations. Cassirer applique principalement cette approche &#224; la connaissance scientifique et au probl&#232;me de ses conditions transcendantales, mais il l'applique &#233;galement &#224; d'autres domaines de la culture : l'usage de l'outil et du langage, les c&#233;r&#233;monies religieuses et l'organisation sociale. Il l'a m&#234;me appliqu&#233;e &#224; la vie politique dans un de ses derniers ouvrages, intitul&#233; &lt;i&gt;Le Mythe de l'&#201;tat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cassirer, Ernst, Le Mythe de l'&#201;tat (1946), Gallimard, Paris, 1993.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il montre que quelle que soit sa modalit&#233;, l'exp&#233;rience du monde est organis&#233;e en un ou des univers symboliques qui fondent une compr&#233;hension o&#249; trouvent place les choses, les sujets, leurs actions : &#171; Un monde de signes et d'images qui se sont cr&#233;&#233;s d'eux-m&#234;mes s'avance au-devant de ce que nous appelons la r&#233;alit&#233; objective des choses [...]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le concept de forme symbolique dans l'&#233;dification des sciences de l'esprit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Or, ce que nous avons coutume d'appeler le progr&#232;s, ou le d&#233;veloppement technique et &#233;conomique, a pour effet l'&#233;rosion des rep&#232;res symboliques qui fournissent le socle informel sur lequel se construisent les savoir-vivre et se transmettent les savoir-faire. Gilbert Hottois signalait &#224; juste titre que, tout comme la monnaie, la technique d&#233;symbolise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilbert Hottois, Entre symbole et technoscience, un itin&#233;raire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la soci&#233;t&#233; capitaliste moderne la mon&#233;tarisation des relations humaines ne conna&#238;t pas de limite fixe. Le dynamisme du capital d&#233;place sans cesse les rep&#232;res symboliques qui organisent les relations des hommes entre eux et avec le monde, les disqualifie apr&#232;s leur avoir &#244;t&#233; leur efficacit&#233; organisatrice et les fait sauter les uns apr&#232;s les autres. Comme la monnaie, la technique est un puissant op&#233;rateur social qui tend &#224; s'affranchir des limites symboliques : le domaine de l'op&#233;rationnalit&#233; technique ne cesse de s'&#233;tendre et de s'affranchir des normes &#233;thiques, qui elles aussi ne cessent de se d&#233;placer. Ainsi, le changement rapide de l'infrastructure technique et &#233;conomique rend inop&#233;rantes et disqualifie les ressources symboliques qui organisent la vie sociale. En effet, le rythme de la production sociale de cadres symboliques informels est n&#233;cessairement lent. L'unit&#233; de temps est au moins la g&#233;n&#233;ration et il est douteux que cela puisse changer, comme en atteste l'&#233;chec des r&#233;volutions modernes &#224; cr&#233;er un &#171; homme nouveau &#187;. Par contre le rythme du changement technique et &#233;conomique, lui, ne cesse de s'acc&#233;l&#233;rer. Ce d&#233;calage est un puissant facteur de d&#233;sorganisation sociale et culturelle, comme Marx l'avait signal&#233; d&#232;s le XIXe si&#232;cle pour la monnaie et le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie mon&#233;taire, mais sans en tirer toutes les cons&#233;quences. Philosophe, Marx s'int&#233;ressait surtout aux dimensions formelles et intellectuellement &#233;labor&#233;es de ce capital symbolique : le droit, les id&#233;es politiques, l'art, la religion. H&#233;riti&#232;re en cela de la tradition rationaliste, sa pens&#233;e n&#233;glige les dimensions informelles du capital social symbolique et leur importance dans la construction du lien social, tout comme il sous-estime la sp&#233;cificit&#233; des pratiques non mon&#233;taires et leur importance dans la vie &#233;conomique. Or, dans un contexte de changement rapide, non seulement une partie de ceux qui d&#233;tiennent ces ressources informelles n'arrive plus &#224; les mettre en pratique, mais aussi on observe une crise de la transmission d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre. Cette panne de la transmission des savoir-vivre affecte aussi bien les savoir-vivre ensemble (le lien social, la civilit&#233;), que les savoir-faire pratiques de la vie quotidienne. Comme le d&#233;veloppement du capital, le changement technique favorise donc une &#233;rosion du capital symbolique qui permet aux individus de se construire comme sujets autonomes et responsables, capables d'entrer dans une relation quotidienne ma&#238;tris&#233;e et constructive avec leur environnement social, technique et naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne touche-t-on pas l&#224; une des limites du processus de technicisation dont l'&#233;volution rapide risque de d&#233;truire la base anthropologique qui, jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'a rendu possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du technique au symbolique&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comprendre la panne qui aujourd'hui dans notre soci&#233;t&#233; technicienne peut affecter la transmission des savoir-faire de la vie quotidienne, il convient donc d'accorder une grande importance &#224; la dimension symbolique du rapport de l'homme &#224; ses techniques. Contrairement aux interpr&#233;tations intellectualistes ou utilitaristes de l'action technique, pour rationnelle qu'elle soit dans la mobilisation des savoirs et la mise en &#339;uvre de ses moyens, l'action technique d'&lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt; n'est pas seulement organis&#233;e par des id&#233;es et des concepts mobilis&#233;s pour r&#233;pondre &#224; des besoins objectifs. On ne peut pas la comprendre sans tenir compte du terreau symbolique dans lequel elle s'enracine. Certes l'action technique cherche &#224; ma&#238;triser une mati&#232;re en mettant en &#339;uvre des op&#233;rations objectivables, mais ni cette mati&#232;re ni la repr&#233;sentation du but qui suscite l'intention d'agir ne sont un donn&#233; compl&#232;tement objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble n&#233;cessaire de suivre ici Cassirer lorsqu'il rappelle que &#171; la forme symbolique rend possible la constitution d'une mati&#232;re en signifiant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p. 13&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Hors de cette forme la mati&#232;re ne signifie rien. Le sens est premier ; la forme symbolique donne un sens aux &#233;l&#233;ments du r&#233;el ; elle organise et oriente l'action et la connaissance en fonction de ce sens. Cela vaut non seulement pour la connaissance scientifique, mais aussi pour l'action technique et la culture du quotidien. Cette conception nous invite &#224; prendre nos distances &#224; l'&#233;gard d'une approche utilitariste qui tend &#224; naturaliser l'&#233;volution technique en l'expliquant en termes de besoins objectifs qui suscitent une r&#233;ponse technique puis des modes de pens&#233;e appropri&#233;s. Pour Cassirer la forme symbolique n'est pas produite par la n&#233;cessit&#233;, elle ne r&#233;pond pas &#224; un besoin pr&#233;alable. Au contraire, comme l'a montr&#233; Jacques Cauvin &#224; propos de la naissance de l'agriculture et de la r&#233;volution du n&#233;olithique, c'est l'univers symbolique et ses mutations (telles que l'apparition de nouvelles divinit&#233;s) qui conditionnent l'&#233;mergence de nouvelles techniques et leur diffusion. Ainsi, la &#171; r&#233;volution n&#233;olithique &#187; se compose d'une grappe d'innovations majeures, mais tr&#232;s peu dans l'outillage : &#171; Tous les outils n&#233;cessaires &#224; la r&#233;volution n&#233;olithique proviennent des chasseurs-cueilleurs. &#187; Ces innovations ne sont pas caus&#233;es par des contraintes environnementales exog&#232;nes : le contexte n'est pas celui &#171; d'une paup&#233;risation ou d'un &#233;puisement des ressources exploit&#233;es jusqu'alors&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cauvin, Jacques, Naissance de l'agriculture, Paris, CNRS, p. 93.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. La dynamique endog&#232;ne passe d'abord par une transformation de la religiosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre l'&#233;volution technique, il faut donc renoncer au mod&#232;le &#233;volutionniste d'un progr&#232;s lin&#233;aire et cumulatif et tenir compte du fait que les techniques ne sont pas l'application pure et simple de connaissances objectives et de sch&#232;mes op&#233;ratoires existentiellement neutres et d&#233;tachables du sujet. La philosophie des formes symboliques de Cassirer nous aide &#224; comprendre pourquoi leur acquisition et leur transmission ne s'effectue pas de mani&#232;re logique et utilitaire : elles sont encastr&#233;es dans un ensemble de relations symboliques et ont du mal &#224; se transmettre et se diffuser hors de cet ensemble, car cette forme doit se transmettre dans sa globalit&#233; coh&#233;rente. Comme l'&#233;crit Jean Lass&#232;gue : &#171; Les conditions de pr&#233;sence de la forme symbolique ne rel&#232;vent pas d'une logique de l'extension qui irait du particulier au g&#233;n&#233;ral [...] elle a ceci de particulier de faire &#224; la fois partie de l'environnement et d'&#234;tre le moyen gr&#226;ce auquel on peut porter un jugement sur cet environnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Parcours de Cassirer, mai 2005.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Chaque forme symbolique permet un acc&#232;s au monde, selon une compr&#233;hension qui n'est jamais purement objective ; et, parce qu'elle est symbolique, elle engage le sujet de mani&#232;re sensible, charnelle, dans sa relation au monde. Elle implique de mani&#232;re indissociable le corps en m&#234;me temps que l'esprit. C'est ainsi que Cassirer accorde une grande importance au mythe (verbal) et au rite (corporel) qui ont une fonction identique, &#224; savoir construire et exprimer un int&#233;r&#234;t commun. Ainsi, &#224; travers l'&#233;motion suscit&#233;e par la participation aux r&#232;gles collectives de la danse rituelle, se diffuse collectivement l'activit&#233; de construction d'un sens : &#171; Ce qui compte ici ne rel&#232;ve pas de relations empiriques de causes et d'effets, mais de l'intensit&#233; et de la profondeur avec lesquelles les relations humaines s'&#233;prouvent entre elles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernst Cassirer, op. cit., p. 60.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Dans la mesure o&#249; la participation est de nature &#233;motive, elle implique le partage commun de valeurs esth&#233;tiques et &#233;thiques qui ne rel&#232;vent pas seulement de la temporalit&#233; &#171; avant-apr&#232;s &#187; qui caract&#233;rise la causalit&#233; mat&#233;rielle : fiction symbolique et r&#233;alit&#233; causale sont imbriqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Servier a montr&#233; comment dans les soci&#233;t&#233;s de l'antiquit&#233; le rapport technique que l'homme &#233;tablit avec le monde &#233;tait m&#233;diatis&#233; par toute une symbolique religieuse et comment une transformation de la pens&#233;e religieuse a contribu&#233; &#224; instaurer un nouveau rapport aux techniques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Servier, Jean, Les Forges d'Hiram ou la gen&#232;se de l'Occident, Grasset, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Guy Thuillier a &#233;tudi&#233; comment dans la soci&#233;t&#233; rurale fran&#231;aise du XIXe si&#232;cle les gestes du quotidien s'inscrivent dans un &#171; ancien r&#233;gime des gestes &#187;, de sorte que &#171; dans une ritualisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e la soci&#233;t&#233; se reconna&#238;t comme un vaste corps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thuillier, Guy : Pour une histoire du quotidien au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais cet encastrement du technique dans le symbolique ne concerne pas seulement le statut de la technique dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;modernes. Il caract&#233;rise aussi les techniques du quotidien et de l'&#233;conomie du rez-de-chauss&#233;e de notre soci&#233;t&#233; technicienne et industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a bien montr&#233; le sociologue Jean-Claude Kaufmann &#224; propos de la mise en &#339;uvre des techniques du quotidien dans le monde contemporain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kaufmann, Jean-Claude, Le C&#339;ur &#224; l'ouvrage, th&#233;orie de l'action m&#233;nag&#232;re, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qu'il s'agisse de faire le m&#233;nage, la lessive, la cuisine, de repasser, etc., le corps et les &#233;motions jouent toujours un r&#244;le d&#233;cisif dans la mise en &#339;uvre de la &#171; raison domestique &#187;. L'action m&#233;nag&#232;re a ses rituels n&#233;cessaires ; ainsi, faire le m&#233;nage, c'est effectuer une &#171; danse m&#233;nag&#232;re &#187; qui emporte les individus dans ses rythmes. La mise en &#339;uvre d'une humble activit&#233; technique requiert la construction d'une habitude, ins&#233;parable d'une histoire de vie. &#171; Faire le m&#233;nage, ce n'est pas seulement enlever de la poussi&#232;re et remettre les objets &#224; leur place ; par ces gestes routiniers se fabrique formellement rien d'autre que la base d'existence du groupe domestique. Qui sans ces gestes ne serait rien. Faire le m&#233;nage (au sens des choses), c'est aussi faire le m&#233;nage (au sens des personnes), constituer la famille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 49.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Par ailleurs, Kaufmann souligne que dans l'action domestique il s'instaure un jeu ininterrompu entre le corps et l'esprit. En m&#234;me temps que l'intelligence objective, froide, calculatrice, est mise en jeu une intelligence sensible, &#233;motionnelle, intuitive. Quant aux outils, pour pouvoir les utiliser, il faut se les incorporer. C'est le corps qui est le lieu de la s&#233;dimentation des habitudes, de la m&#233;moire des rythmes qui organisent la mise en &#339;uvre de ces techniques et l'usage des outils. D'o&#249; ces sortes de &#171; danses initiatiques &#187; qui permettent &#224; chacun de se disposer corps et &#226;me &#224; l'action. Se r&#233;f&#233;rant &#224; Leroy-Gourhan, Kaufmann montre comment les gestes de l'action m&#233;nag&#232;re sont travers&#233;s par un &#171; &#233;tat de conscience cr&#233;pusculaire &#187; et s'organisent dans une &#171; p&#233;nombre psychique &#187; dont le sujet ne sort que rarement, en cas d'impr&#233;vu dans le d&#233;roulement des s&#233;quences. Les sensations interviennent massivement dans la gestion de la pens&#233;e. Ainsi, lorsqu'on ne fait pas &#171; bien &#187;, la dissonance est ressentie d'abord &#233;motionnellement, et ne pas agir quand il le faudrait entra&#238;ne une honte, un malaise. C'est donc un arri&#232;re-plan symbolique informel qui donne sens aux gestes techniques et favorise l'incorporation des outils. Mais la technicisation de la vie et la mon&#233;tarisation des &#233;changes tendent &#224; d&#233;vitaliser ce socle symbolique qui perd sa coh&#233;rence et sa pr&#233;gnance &#233;motionnelle, de sorte que la transmission des savoir-faire et des savoir-vivre du quotidien s'effectue mal. On objecte parfois &#224; cette notion de d&#233;symbolisation technicienne que nous vivons dans un monde qui se caract&#233;rise au contraire par une &#233;norme production symbolique. Ce n'est pas faux, mais on peut r&#233;pondre que ce qui caract&#233;rise une situation d'inflation, c'est pr&#233;cis&#233;ment la perte de valeur et d'efficacit&#233; des signes, perte que l'on tente d'exorciser par leur prolif&#233;ration. Que ce soit dans le domaine de la philosophie acad&#233;mique ou dans celui de la culture quotidienne de la soci&#233;t&#233; technicienne, la prolif&#233;ration du discours et des signes est le sympt&#244;me d'une perte d'efficacit&#233;, comme l'a signal&#233; Hottois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilbert Hottois, L'Inflation du langage dans la philosophie contemporaine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'inflation contemporaine des signes et des images ne suffit pas &#224; cr&#233;er ce monde symbolique dont parle Cassirer ; elle contribue au contraire &#224; son an&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le symbolique et le charnel&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la dimension symbolique du rapport de l'homme &#224; ses techniques est si importante, c'est parce que l'homme est un &#234;tre de chair pour qui le &lt;i&gt;penser et l'agir&lt;/i&gt; sont ins&#233;parables d'un &lt;i&gt;ressentir&lt;/i&gt;. Comme l'a montr&#233; Michel Henry&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Henry, Incarnation, une philosophie de la chair, Seuil, Paris, 2000 .&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'homme n'est ni un esprit qui aurait un corps ni un corps qui aurait un esprit. Il est chair, engag&#233; charnellement dans toutes ses activit&#233;s, m&#234;me les plus spirituelles. De cette condition charnelle nous soulignerons ici une cons&#233;quence : alors que l'intellect humain peut acc&#233;der &#224; des v&#233;rit&#233;s qui peuvent &#234;tre d&#233;montr&#233;es, il ne peut y avoir de sens pour l'homme qu'&#233;prouv&#233;. C'est pourquoi il ne peut se former et cro&#238;tre comme sujet pensant, &lt;i&gt;homo sapiens&lt;/i&gt;, ou sujet agissant, &lt;i&gt;homo faber&lt;/i&gt;, qu'en s'enracinant dans un &#171; terreau &#187; de formes symboliques, &#224; la fois sensibles et signifiantes. C'est pourquoi l'informel est si important d&#232;s qu'il s'agit de comprendre la vie concr&#232;te de &lt;i&gt;l'homme de chair&lt;/i&gt;. C'est ainsi que la ph&#233;nom&#233;nologie a montr&#233; que le monde r&#233;ellement v&#233;cu par l'homme ne se r&#233;duit pas &#224; ce monde de corps, d'objets, qu'&#233;tudient la g&#233;om&#233;trie ou la physique. C'est ainsi que des historiens et des &#233;conomistes nous rappellent que la richesse des nations ne se r&#233;duit pas &#224; la production et &#224; l'&#233;change mon&#233;taris&#233;s de biens et services. La prise en compte des dimensions informelles de la vie sociale apporte un &#233;clairage important sur les co&#251;ts et les limites de la technicisation. Par exemple, c'est la d&#233;vitalisation de certaines strates du terreau symbolique de la culture qui &#233;claire la panne de la transmission des techniques du quotidien et certaines formes contemporaines de d&#233;sorganisation sociale et de mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que l'homme est un &#234;tre de chair que le d&#233;ploiement rapide de la puissance technicienne peut avoir des effets d&#233;sorganisateurs, voire d&#233;shumanisants, tant au plan individuel que collectif. Et si, bien souvent, &lt;i&gt;nous avons du mal&lt;/i&gt; &#224; reconna&#238;tre ces effets, ce n'est pas un manque de connaissance ou de rationalit&#233; qui explique cette difficult&#233;. Il faut prendre ici l'expression &#171; avoir du mal &#187; au pied de la lettre. En effet, la puissance de notre imaginaire techniciste fait activement et passivement obstacle &#224; la reconnaissance de ces probl&#232;mes. Et il n'est pas question ici d'id&#233;es inad&#233;quates que l'on pourrait remplacer, gr&#226;ce au raisonnement, par des id&#233;es plus ad&#233;quates ! L'exp&#233;rience montre que bien souvent nous sommes incapables de croire ce que nous savons, lorsque ce que nous savons contredit notre imaginaire. Cela tient &#224; ce que nous avons signal&#233; pr&#233;c&#233;demment, &#224; savoir que la forme symbolique a ceci de particulier de faire &#224; la fois partie de l'environnement et d'&#234;tre le moyen gr&#226;ce auquel on peut porter un jugement sur cet environnement. Nous baignons dans l'imaginaire techniciste, il nous dit ce qu'il faut consid&#233;rer comme r&#233;el, vrai et important. Or l'imaginaire fait partie de l'&#234;tre intime de l'homme de chair ; il lui colle litt&#233;ralement &#224; la peau. C'est pourquoi lorsqu'on remet cet imaginaire en question il peut r&#233;agir comme si on lui arrachait la peau. &#192; cet &#233;gard, il n'y a gu&#232;re de diff&#233;rence entre l'imaginaire religieux des soci&#233;t&#233;s sacromagiques et l'imaginaire techniciste de la soci&#233;t&#233; moderne. C'est pourquoi, confront&#233; aux probl&#232;mes pos&#233;s par l'acc&#233;l&#233;ration du changement technique, l'homme de chair qui appartient &#224; la soci&#233;t&#233; technicienne ne sait r&#233;pondre que par plus de technique. Mais le projet moderne de mobiliser la puissance op&#233;ratoire des formalismes techniques, scientifiques et &#233;conomiques, voire d'en g&#233;n&#233;raliser l'application pour r&#233;organiser la vie individuelle et collective risque d'aggraver encore plus la d&#233;sorganisation, voire la d&#233;composition du &#171; rez-de-chauss&#233;e de la civilisation &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel C&#233;r&#233;zuelle. &lt;i&gt;Pour un autre d&#233;veloppement social&lt;/i&gt;, Descl&#233;e de Brouwer Paris, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas-Robert Malthus. &lt;i&gt;Principes d'&#233;conomie politique&lt;/i&gt;, Calmann-Levy, Paris, 1969 ; pp. 13-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;France Caillavet. &#171; L'int&#233;gration de la production domestique dans les comptes nationaux &#8211; R&#233;centes avanc&#233;es et perspectives &#187;. INSEE &#8211; Stateco n&#176; 83/84, sept.-d&#233;c. 1995, pp. 55-76.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fernand Braudel, &lt;i&gt;Civilisation mat&#233;rielle, &#233;conomie et capitalisme&lt;/i&gt;, tome 1, Armand Colin, Paris, 1979, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois-Xavier Vershave. &lt;i&gt;Libres le&#231;ons de Braudel, passerelles pour une soci&#233;t&#233; non excluante&lt;/i&gt;, Syros, Paris, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel C&#233;r&#233;zuelle, &#171; &#201;conomie non mon&#233;taire et processus informels d'&#233;ducation &#187;, in Fran&#231;ois Hainard et Fabrice Plomb (sous la direction de) &lt;i&gt;&#201;conomie non-mon&#233;taire, politiques d'insertion et lien social&lt;/i&gt; ; Commission Nationale suisse pour l'Unesco-Universit&#233; de Neuch&#226;tel , 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Daniel C&#233;r&#233;zuelle, &lt;i&gt;Pour un autre d&#233;veloppement social&lt;/i&gt;, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sen, Amartya, &lt;i&gt;L'&#201;conomie est une science morale&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte,1999. 3 Cit&#233; par Vincent Descombes, &#171; Entretien &#187;, in Esprit, juillet 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christine Castelain-Meunier, &lt;i&gt;La Place des hommes et la m&#233;tamorphose de la famille&lt;/i&gt;. PUF, Paris, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cassirer, Ernst, &lt;i&gt;Le Mythe de l'&#201;tat&lt;/i&gt; (1946), Gallimard, Paris, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le concept de forme symbolique dans l'&#233;dification des sciences de l'esprit &#187;, (1922). In &lt;i&gt;Trois Essais sur le symbolique&lt;/i&gt;, &#338;uvres VI, Paris, Le Cerf, pp. 9-37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilbert Hottois, &lt;i&gt;Entre symbole et technoscience, un itin&#233;raire philosophique.&lt;/i&gt; Champ Vallon, Seyssel, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cauvin, Jacques, &lt;i&gt;Naissance de l'agriculture&lt;/i&gt;, Paris, CNRS, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Parcours de Cassirer&lt;/i&gt;, mai 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernst Cassirer, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Servier, Jean, &lt;i&gt;Les Forges d'Hiram ou la gen&#232;se de l'Occident&lt;/i&gt;, Grasset, Paris, 1976. &lt;i&gt;Le Visible et l'invisible&lt;/i&gt;, Robert Laffont, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thuillier, Guy : &lt;i&gt;Pour une histoire du quotidien au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle en Nivernais&lt;/i&gt;. Mouton, Paris-La Haye.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kaufmann, Jean-Claude, &lt;i&gt;Le C&#339;ur &#224; l'ouvrage, th&#233;orie de l'action m&#233;nag&#232;re&lt;/i&gt;, Nathan, Paris, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilbert Hottois, &lt;i&gt;L'Inflation du langage dans la philosophie contemporaine&lt;/i&gt;, &#201;ditions de l'universit&#233; de Bruxelles, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Henry, &lt;i&gt;Incarnation, une philosophie de la chair&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 2000 .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>LIP Les effets formateurs d'une lutte collective</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article166</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article166</guid>
		<dc:date>2021-10-23T17:43:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Piaget</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Charles Piaget, militant syndicaliste, aura &#233;t&#233; une figure embl&#233;matique du mouvement autogestionnaire fran&#231;ais &#224; travers le conflit social chez LIP dans les ann&#233;es soixante-dix. Ce texte est un t&#233;moignage au jour le jour de la lutte des ouvriers de LIP, qui, d'avril 1973 &#224; mars 1974, fit la une de maintes gazettes. Ce &#171; journal &#187; est l'&#339;uvre d'un collectif anim&#233; par Charles Piaget qui nous l'a confi&#233;e pour publication. Nous avons choisi de n'y apporter aucune modification formelle tant il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Charles Piaget, militant syndicaliste, aura &#233;t&#233; une figure embl&#233;matique du mouvement autogestionnaire fran&#231;ais &#224; travers le conflit social chez LIP dans les ann&#233;es soixante-dix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte est un t&#233;moignage au jour le jour de la lutte des ouvriers de LIP, qui, d'avril 1973 &#224; mars 1974, fit la une de maintes gazettes. Ce &#171; journal &#187; est l'&#339;uvre d'un collectif anim&#233; par Charles Piaget qui nous l'a confi&#233;e pour publication. Nous avons choisi de n'y apporter aucune modification formelle tant il repr&#233;sente un chapitre cl&#233; de la m&#233;moire ouvri&#232;re en France, au si&#232;cle dernier. (Ndlr)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour &#171; les Lips &#187;, c'est une histoire extraordinaire, l'histoire d'une lutte qui a &#233;t&#233; pour eux un formidable changement, une formation permanente de plus d'un an. Et quelle formation ! Certes toutes les luttes ouvri&#232;res sont formatrices. Mais quand celle-ci dure dix mois, qu'elle se prolonge, pour &#171; l'application de l'accord &#187;, dix mois encore, pendant lesquels des actions de formation sont mises en place (plus de 600 travailleurs y participeront), on a d&#233;j&#224; une id&#233;e de ce qui a pu &#234;tre acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut se rappeler que cette lutte a &#233;t&#233; tr&#232;s &#171; participative &#187;, pas ses mots d'ordre. Elle s'est heurt&#233;e non seulement au patron de LIP, mais au patronat tout entier, &#224; l'administration, &#224; la justice, &#224; la police, au gouvernement. Cette lutte a mis en avant des revendications qui mettent en cause le syst&#232;me &#233;conomique actuel, qui ont mis en cause bien des tabous de notre soci&#233;t&#233; industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs de cette lutte &#233;taient des travailleurs &#171; moyens &#187;, c'est&#224;-dire un peu syndicalis&#233;s, pas du tout politis&#233;s (pour la grande masse), de toute fa&#231;on tr&#232;s marqu&#233;s par les id&#233;es dominantes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise dans presque tous les domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend mieux alors combien, &#224; chaque heurt, &#224; chaque frottement avec les rouages de cette soci&#233;t&#233;, des pans entiers de leur fa&#231;on de voir vacillaient. Toutes les id&#233;es int&#233;rioris&#233;es &#233;taient boulevers&#233;es. Tout arrivait tr&#232;s vite et de tous les c&#244;t&#233;s : interrogation sur l'information diffus&#233;e par les organes d'information, presse-t&#233;l&#233;radio ; &#224; quoi sert un d&#233;put&#233; ? ; est-ce possible qu'un pr&#233;fet nous raconte des histoires, tienne des propos aussi peu consistants ? Et surtout, tr&#232;s vite, d&#233;couverte qu'il n'y a rien dans l'arsenal des lois, rien du c&#244;t&#233; de l'Administration publique, aucun arbitrage s&#233;rieux. On est seul, face &#224; tout ; on ne peut compter que sur soi, sur la force collective. Il faut participer. &#192; partir de l&#224;, l'autoformation s'acc&#233;l&#232;re. Alors l'&#233;cole de formation qu'est la lutte ouvri&#232;re marque profond&#233;ment chacun de nous, &#233;clate de tous c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; J'en ai plus appris en dix mois que pendant ces dix derni&#232;res ann&#233;es.
&lt;br /&gt;&#8212; Maintenant, ce ne sera plus comme avant pour moi. Je sais beaucoup de choses, je me suis affirm&#233;, je suis plus s&#251;r de moi.
&lt;br /&gt;&#8212; Je n'avais jamais cru, avant, les r&#233;alit&#233;s d&#233;couvertes pendant cette lutte. Je ne voyais pas les choses comme cela. J'&#233;tais aveugle, je ne le suis plus.
&lt;br /&gt;&#8212; Je sais que la solidarit&#233; existe maintenant, la solidarit&#233; des travailleurs, quelle chose &#233;mouvante ! On peut faire beaucoup ensemble.
&lt;br /&gt;&#8212; J'ai connu des tas de gens qui m'ont beaucoup appris simplement, clairement, dans mon langage.
&lt;br /&gt;&#8212; Quand j'entends autour de moi, dans la famille o&#249; ailleurs, des propos simplistes, des id&#233;es toutes faites, je me dis : Tiens, j'&#233;tais comme cela avant. Mais maintenant, m&#234;me si je ne sais pas tout, loin s'en faut, j'ai des points de rep&#232;re qui m'aident &#224; r&#233;fl&#233;chir, &#224; raisonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'avons-nous donc appris ensemble pendant ces longs mois de lutte ? Qu'est-ce que cette lutte collective a apport&#233; &#224; chacun de nous ? On peut en faire un inventaire que voici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'organisation de la lutte : &#233;cole de d&#233;mocratie, moyen de formation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vite compris l'importance du collectif, l'importance de se retrouver tous ensemble et de s'informer, de s'expliquer, d'apprendre les uns des autres, de r&#233;fl&#233;chir, d'analyser et de d&#233;cider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques chiffres :&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le 17 avril 1973, les informations commencent dans les ateliers, les gens se regroupent pour &#233;couter. Au d&#233;but, une information par jour, puis deux. Plusieurs fois des A.G. sont organis&#233;es pour tout le personnel ; et, &#224; partir du 10 juin, il y aura une A.G. tous les jours (cinq fois par semaine) jusqu'&#224; &#171; la r&#233;ouverture de l'usine &#187; le 11 mars 1974 (parfois deux par jour). Ce qui fait pr&#232;s de 200 assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales au cours de ce conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La participation.&lt;/i&gt; Sur 1150 employ&#233;s &#224; LIP-Palente, (les cadres et repr&#233;sentants n'y venant pas, cela repr&#233;sente en fait 1 050 personnes) la participation a &#233;t&#233; de plus de 800 travailleurs jusqu'en octobre 1973 ; puis de 650 &#224; 750 personnes ; et les derni&#232;res rassemblaient encore plus de 500 personnes de LIP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les A.G. se tenaient au restaurant d'entreprise. Pendant les mois de juillet et d'ao&#251;t (&#233;poque o&#249; les cong&#233;s se prennent par roulement) nous avons pu disposer l'A.G. en cercle, soit au restaurant, soit sur les pelouses de l'usine. Mais quand tout le personnel &#233;tait pr&#233;sent, il &#233;tait n&#233;cessaire de disposer d'une salle sonoris&#233;e, et d'improviser une sorte de tribune. Plus tard, apr&#232;s l'occupation de l'usine par la police, les A.G. se tenaient dans un cin&#233;ma, et cela leur fera perdre une part de leur valeur p&#233;dagogique. Ceux qui parlaient se tenaient sur une estrade qui provoquait une certaine coupure. Nous sommes descendus de l'estrade pour nous mettre au niveau des travailleurs. Cela s'est am&#233;lior&#233;, mais jamais nous n'avons retrouv&#233; &#171; l'ambiance p&#233;dagogique &#187; des A.G. en cercle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les prises de parole.&lt;/i&gt; Normalement, l'ordre &#233;tait le suivant : a) les informations diverses (ce qu'on avait appris depuis la veille) ; b) les d&#233;placements : ceux qui rentraient faisaient un compte-rendu ; c) les &#171; visiteurs &#187; : ceux de &#171; l'ext&#233;rieur &#187; qui avaient quelque chose &#224; signaler ; d) la r&#233;flexion pour les jours &#224; venir et les propositions d'action. Il faut reconna&#238;tre que la tribune ne se renouvelait pas beaucoup. Les prises de parole &#233;taient cependant nombreuses venant de la salle, directement ou par l'interm&#233;diaire d'un micro. Le micro baladeur a &#233;t&#233; demand&#233; de nombreuses fois (il &#233;tait quelquefois en panne), les intervenants rappelant qu'il fallait un micro pour &#234;tre &#224; &#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'A.G. a &#233;t&#233; vraiment le lieu de formation permanente, une heure et demie tous les jours, avec les discussions par groupes naturels avant et apr&#232;s 1'A.G. C'&#233;tait l'endroit par excellence o&#249; chaque travailleur venait confier ses espoirs, ses interrogations, ses craintes, venait chercher l'information, le r&#233;confort, de nouvelles raisons de croire &#224; la victoire finale. La plupart des travailleurs &#171; assistaient &#187; passivement, mais m&#234;me cette assistance passive leur faisait d&#233;couvrir mille choses, et facilitait leur r&#244;le dans les commissions, dans des d&#233;placements, ou plus simplement pour expliquer autour d'eux, dans leur famille, le sens de leur lutte, leurs raisons de lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions exp&#233;riment&#233; depuis 1968 les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. Nous savions que pour lib&#233;rer la parole, il fallait : du &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt;, la conscience qu'on n'avait rien &#224; craindre ou plus rien &#224; perdre, l'assurance que ce qui est dit ne l'est pas pour rien, qu'on est &#233;cout&#233;, que ce qu'on dit sert &#224; quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions remarqu&#233; que pendant ces A.G. se reproduisait le syst&#232;me hi&#233;rarchique de l'usine : ceux qui savent, qui parlent, qui dirigent, ceux qui &#233;coutent, qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, pour ce qui est du temps n&#233;cessaire, nous avions not&#233; que les gens ne se d&#233;g&#232;lent pas en une heure ou deux. Il y faut plus de temps. D'autre part, c'est difficile de prendre la parole devant autant de monde. Aussi, nous avions utilis&#233;, avant le conflit, la proc&#233;dure suivante : 1) Il y avait un expos&#233; qui appelait &#224; la r&#233;flexion et &#224; des propositions ; 2) Arr&#234;t de l'A.G. pour une discussion libre. Tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s et militants se dispersaient dans les groupes naturels qui se formaient, par ex. : les fraiseurs, l'habillage horlogerie, les d&#233;colleteurs, etc. L&#224; les langues se d&#233;liaient : entre dix personnes qui se connaissent, on n'a pas peur de parler ; 3) Trois quarts d'heures apr&#232;s, les militants se rassemblent, et font le point en dix minutes sur ce qui &#233;mane des diff&#233;rents groupes ; 4) Reprise de l'A.G. : on pr&#233;cise les r&#233;flexions dominantes. Si l'une d'entre elles domine nettement, on le signale et on la met aux voix. Si c'est plus difficile, on fait un expos&#233; et un vote sur les deux dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1970, c'est au cours d'une r&#233;flexion de groupe qu'une solution difficile est trouv&#233;e au probl&#232;me de la lutte. Nous &#233;tions en lutte pour les salaires (bloqu&#233;s depuis pr&#232;s de neuf mois), et &#224; trois semaines des cong&#233;s. Il fallait un rapport de force maximum, et pourtant nous avions propos&#233; de laisser la &#171; libert&#233; du travail &#187; &#224; ceux qui ne nous avaient pas rejoints. Deux groupes proposent le blocage de l'exp&#233;dition, de mettre un syst&#232;me de douane en place qui laisse travailler, mais permet de garder la production sur place. Les propositions sont d&#233;j&#224; bien charpent&#233;es. Elles feront l'unanimit&#233; (c'&#233;tait une forme de lutte inconnue &#224; l'&#233;poque). Huit jours apr&#232;s nous avions satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des votes, il n'y avait jamais de s&#233;paration : d'un c&#244;t&#233; les pour, de l'autre les contre. Cette pratique de la division est d&#233;sastreuse. Nous avions fini par comprendre qu'il fallait &#233;viter les votes, mais plut&#244;t reprendre longuement les arguments des uns et des autres pour arriver &#224; une proposition unitaire et &#224; un vote massif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons d&#233;sormais qu'il faut une longue pratique pour construire un collectif d&#233;mocratique. Cela ne vient pas comme cela : a) il y a n&#233;cessit&#233; de la tol&#233;rance. Par exemple, lorsqu'une intervention est &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187;, tombe &#171; &#224; plat &#187;, voire maladroite, il est n&#233;cessaire de reprendre ce qu'elle a de positif malgr&#233; tout, et d'essayer de mettre en questions ce qui ne va pas, pour que d'autres apportent des r&#233;flexions qui &#233;clairent la personne. b) Les travailleurs ne prennent pas facilement la parole devant une assistance nombreuse. Il faut trouver des &#171; trucs &#187;. Par exemple, raconter un d&#233;placement est plus facile que de faire une analyse, surtout si on vient &#224; plusieurs au micro. c) Mais il faut savoir que si les A.G. sont n&#233;cessaires pour, physiquement, se retrouver nombreux, sentir le &#171; courant &#187; collectif, &#234;tre le creuset des informations, elles ne peuvent suffire &#224; la d&#233;mocratie. Il y a lieu de multiplier les organes plus petits o&#249; l'on s'exprime davantage, plus naturellement, et o&#249; ces r&#233;flexions sont saisies et remontent &#224; la coordination de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le r&#244;le des commissions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le collectif et l'individuel&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le collectif : croire au collectif, c'est toute une aventure, une lutte entre &#171; l'individuel &#187; qui est en chacun de nous et le collectif, r&#233;alit&#233; plus ou moins vivante. Toute cette soci&#233;t&#233; nous pousse &#224; l'individualisme, &#224; l'esprit de comp&#233;tition appris &#224; l'&#233;cole. Toutes les &#171; affaires &#187; sont personnelles, depuis les jouets jusqu'au salaire qui est individualis&#233; &#224; l'extr&#234;me. Toute la soci&#233;t&#233; rel&#232;ve d'un mode culturel qui valorise l'individu, le h&#233;ros. On ne parle pas de groupe, de collectif, autrement que pour en comparer la grisaille et l'uniformit&#233; au prestige et &#224; l'originalit&#233; du h&#233;ros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec ce bagage dans la t&#234;te que les travailleurs sont confront&#233;s &#224; un fait d&#233;routant : individuellement on peut se d&#233;brouiller plut&#244;t mal que bien, mais pour les petits &#233;v&#233;nements de la vie quotidienne seulement. Le licenciement collectif, la fermeture d'entreprises, d&#233;concertent tr&#232;s fortement. On en arrive tr&#232;s vite &#224; l'id&#233;e diffuse que se d&#233;brouiller seul, ce n'est pas facile, ce n'est pas s&#251;r. Mais ce n'est pas pour autant que le travailleur va croire facilement au &#171; collectif &#187;. C'est trop nouveau, c'est trop contraire &#224; toute une conception qu'il a int&#233;rioris&#233;e : &#171; la solidarit&#233;, &#231;&#224; n'existe pas ; il y a toujours des l&#226;cheurs &#187; ; &#171; les ouvriers sont trop b&#234;tes &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si bien que l'histoire de la lutte, de sa solidit&#233;, sera &#233;galement l'histoire interne de chaque travailleur tiraill&#233; entre d'une part croire au collectif, et d'autre part se d&#233;brouiller seul. En fait &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; un travailleur ne choisit compl&#232;tement le collectif. Il a toujours une oreille du c&#244;t&#233; du collectif, et l'autre du c&#244;t&#233; de l'individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons essay&#233; de traduire cela ainsi : a) au d&#233;but, le travailleur se refuse &#224; croire les mauvaises nouvelles. Il se dit que c'est peut-&#234;tre exag&#233;r&#233; : &#171; Cette entreprise, je l'ai toujours vue fonctionner. Alors ? &#187; b) Puis, lorsque cela se pr&#233;cise, il se dit : &#171; Oui, mais moi je travaille bien. Je suis l&#224; depuis longtemps, je suis s&#233;rieux. S'il y a des licenci&#233;s, ce ne sera pas moi &#187;. c) Enfin, avec des faits, des informations chiffr&#233;es, il commence &#224; douter et tend une oreille aux explications que donnent les militants. Il regarde, il &#233;coute. Est-ce s&#233;rieux ? Peut-on vraiment se d&#233;fendre ensemble ? Pot de terre contre pot de fer ? Il regarde aussi du c&#244;t&#233; de ses relations familiales. &#171; Si cela va mal, le cousin L&#233;on devrait me trouver quelque chose. Oui, mais ma place est int&#233;ressante ici. J'ai tel avantage... &#187; Et il regarde de nouveau du c&#244;t&#233; du collectif, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne croira au collectif que si les analyses faites sur la situation sont s&#233;rieuses : &#171; C'est assez vrai ce qu'ils disent l&#224;, ils ont l'air de s'y conna&#238;tre &#187; ; si les propositions faites le concernent : &#171; Si on obtient cela, je pourrais garder mon emploi, mes avantages &#187; ; si les actions d&#233;cid&#233;es sont plausibles, efficaces, etc. Il oscillera sans cesse du &#171; c'est peut-&#234;tre possible ensemble &#187; au &#171; vaut mieux se d&#233;brouiller seul &#187;. Puis un jour, il sera &#171; accroch&#233; &#187; au collectif, mais cela restera fragile. La famille peut le faire d&#233;crocher car elle est un p&#244;le tr&#232;s fortement branch&#233; sur l'individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des A.G. nous avons abord&#233; tous ensemble ces probl&#232;mes. De les exprimer a beaucoup aid&#233; &#224; les d&#233;passer. Toute cette difficult&#233; : &#171; n'est-ce pas qu'on croit plus facilement &#224; l'action individuelle qu'&#224; l'action collective ? n'est-ce pas que d&#232;s que nous ne sommes plus ensemble (les samedis, les dimanches) le doute, la peur, nous reprend ; la famille pose de multiples probl&#232;mes, et qu'on ne sait plus o&#249; est la v&#233;rit&#233; ? &#187;. On a pu constater que cette expression a beaucoup facilit&#233; le d&#233;passement des peurs. &#192; travers tous les &#171; sourires &#187;, les &#171; confessions &#187; on d&#233;couvrait que son probl&#232;me &#233;tait aussi celui du voisin, celui de tous, qu'il n'&#233;tait pas honteux, qu'il &#233;tait vrai, et qu'il fallait vivre avec pour le surmonter. Cela a beaucoup facilit&#233; le sentiment d'appartenance &#224; un collectif, &#224; le rendre plus fort que l'individualisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'utilisation des outils de travail&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette valorisation de l'action collective, et de la r&#233;gulation collective des actions d&#233;cid&#233;es et men&#233;es, n'efface pas par magie les r&#233;actions et les comportements individuels. Mais la prise en compte des peurs et des craintes de chacun, du d&#233;sir de pouvoir ou de d&#233;pendance de quelques autres, n'est pas suffisante. En se contentant de parler, de s'exprimer, les travailleurs en seraient rest&#233;s &#224; une vaste dynamique collective sans prise r&#233;elle sur la r&#233;alit&#233; du travail et des usines o&#249; ils le font. C'est int&#233;ressant d'apprendre dans les &#233;changes quotidiens, et &#224; l'occasion d'une action collective dont l'enjeu est s&#233;rieux : l'emploi, ce que d'autres enseignent ou &#233;tudient sous le nom de psychosociologie (apr&#232;s les accords de D&#244;le, un organisme de formation proposera aux techniciens et agents de ma&#238;trise, une &#171; formation-encadrement &#187; qui leur sera r&#233;serv&#233;e. Une expression qui n'a pas plu !). Dans l'entreprise, il y a des hommes, mais aussi des outils, des machines, qui servent &#224; des t&#226;ches bien pr&#233;cises. Leur utilisation au service de la lutte a suppos&#233; qu'on franchisse bien des barri&#232;res avant que les travailleurs ne les utilisent pour leur combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on regarde ce qui s'est pass&#233; lors de la gr&#232;ve des PTT &#224; l'automne 1974, on voit que les gr&#233;vistes ont eu un probl&#232;me important &#224; r&#233;soudre : l'information entre eux, entre les milliers de bureaux de poste et de centres de tri. Il est, en effet, de la plus haute importance de savoir ce qui se passe, de faire conna&#238;tre les initiatives nouvelles, les succ&#232;s, les probl&#232;mes, de gr&#233;vistes &#224; gr&#233;vistes. Cela a beaucoup manqu&#233; aux postiers. Et pourtant, les travailleurs des PTT ont pour mission de faire circuler l'information. Et ils disposent pour cela d'outils : le t&#233;lephone, le service des t&#233;l&#233;grammes, etc. D&#233;tenir tout un ensemble logistique cr&#233;&#233; pour faire circuler l'information, et manquer cruellement de moyens de communication pour le faire, c'est un paradoxe qui n'est pas unique dans l'histoire des luttes ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps, il existe une barri&#232;re entre les travailleurs et leurs propres outils de travail. Il suffit de se rappeler les gr&#232;ves de 1968. On occupe alors les usines, mais l'outil de travail est sacr&#233;, on n'y touche pas, on le prot&#232;ge, on le d&#233;fend des personnes de l'ext&#233;rieur, on l'entretient : il est au patron, pas &#224; nous. Et puis, progressivement, cette coupure qu'on observe dans chaque lutte entre le travailleur et son outil de travail s'estompe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; LIP, le premier accroc a commenc&#233; avec des affiches. Au d&#233;but, on a dessin&#233; des affiches sur le th&#232;me &#171; d&#233;fendons l'emploi &#187;. Certaines de ces affiches plaisaient, notamment une. Le gars qui l'avait faite &#233;tait sollicit&#233; pour faire d'autres affiches identiques. Un dessinateur pr&#233;sent au collectif est intervenu : &#171; On travaille sans m&#233;thode. Tu ne vas pas t'amuser &#224; la reproduire, une par une, en vingt exemplaires. Voil&#224; un calque, fais-la &#224; l'encre. Et on tirera des &#8220;bleus&#8221; sur la machine &#224; tirer des plans. &#187; Il y a eu un moment d'h&#233;sitation devant une telle audace (maintenant cela nous para&#238;t naturel). Et puis on s'est d&#233;cid&#233;. Cela &#224; &#233;t&#233; la premi&#232;re utilisation par les gr&#233;vistes de machines de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde utilisation a eu aussi pour origine la n&#233;cessit&#233; de l'information. On ne parvenait plus &#224; faire face aux tirages de tracts &#224; l'Union Locale, la demande &#233;tant trop importante. Nous discutions de ce probl&#232;me &#224; quelques m&#232;tres de la salle de reproduction de l'entreprise, o&#249; il y avait offsets, polycopieuses... L'un d'entre nous s'est mis &#224; rire, et &#224; nous le faire remarquer. Nouvelle h&#233;sitation. Et puis... d'accord. Un pas de plus est franchi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, cela a &#233;t&#233; plus vite : utilisation de machines &#224; la menuiserie pour faire des pancartes, puis d'autres machines. Les m&#233;caniciens font tourner leurs machines pour faire des bracelets en laiton chrom&#233;, et les gravent pour d'autres travailleurs dans l'usine. Enfin, ce sont les machines &#224; &#233;crire qu'on utilise pour r&#233;pondre aux lettres, le t&#233;l&#233;phone ; les machines de l'informatique pour faire la paye, les machines &#224; calculer, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette pr&#233;paration a &#233;t&#233; tr&#232;s utile pour franchir le pas essentiel : produire nous-m&#234;mes des montres, et les vendre. Jusqu'au slogan : &#171; C'est possible : on fabrique, on vend, on se paye. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, on peut dire que les habitudes, la crainte, le respect excessif, des situations toujours hi&#233;rarchis&#233;es, forgent des barri&#232;res mentales qui sont de v&#233;ritables Rubicon &#224; franchir. Une fois que l'action collective a permis de l'exprimer, on se rend compte petit &#224; petit de l'ancien asservissement. Il y a une v&#233;ritable lib&#233;ration qui se fait. Mais l'expression de ces craintes &#224; propos de rien n'y suffirait pas. Cela se fait &#224; propos d'une action. C'est l'action qui r&#233;v&#232;le la capacit&#233; et l'imagination des travailleurs. L'utilisation par les travailleurs de ses outils de travail (ceux du patron en droit) marque d&#233;j&#224; le franchissement de barri&#232;res : un apprentissage du contr&#244;le ouvrier. Aujourd'hui, un pas est franchi. Et les exemples sont aujourd'hui nombreux de travailleurs qui se sont servi de leurs outils pour leur combat : Manuest, Caron, Teppaz, Everwear, Darboy, Erwite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les modes d'appropriation du savoir &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est clair que, pour tous les travailleurs, cette action collective qui a dur&#233; plusieurs mois, et notamment les phases les plus aigu&#235;s de la lutte, ont &#233;t&#233; l'occasion de tout un mouvement d'appropriation du savoir. L'organisation de la lutte ; son organisation collective ; la recherche de solutions technique, &#233;conomique, politique et &#233;ducative aux probl&#232;mes quotidiens qui se posaient ; la redistribution des t&#226;ches ; le passage de t&#226;ches manuelles diversifi&#233;es &#224; la prise de parole dans les A.G., les Commissions, les meetings, les r&#233;unions, et &#224; des t&#226;ches de r&#233;daction de tracts, de documents, du journal &#171; LIP Unit&#233; &#187; ; la conduite quasi permanente de n&#233;gociations avec toute sorte d'instances... ont permis tout un apprentissage collectif. Appropriation d'un savoir g&#233;n&#233;ralement distribu&#233; entre sp&#233;cialistes cloisonn&#233;s, de comp&#233;tences techniques g&#233;n&#233;ralement limit&#233;es &#224; un poste de travail, mais aussi production d'un savoir ouvrier. L'action, la pratique enseignent. La participation &#224; la lutte permet de mieux comprendre l'histoire du mouvement ouvrier, et de continuer &#224; la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ralement, ce sont les patrons, les cadres, les ing&#233;nieurs, les techniciens qui s'approprient le savoir par des voies qui ne sont pas accessibles aux ouvriers. Les patrons et les cadres s'arrangent en plus pour se r&#233;server l'information. En soi, elle n'est pas incompr&#233;hensible par les travailleurs. Elle est seulement inaccessible. Ou encore, cod&#233;e de telle mani&#232;re que des travailleurs devraient effectivement passer beaucoup de temps en formation pour arriver seulement &#224; la d&#233;chiffrer. Un travailleur peut comprendre la situation &#233;conomique de son entreprise. &#192; condition que la pr&#233;sentation de cette situation soit faite autrement qu'&#224; travers un codage qui n&#233;cessite des ann&#233;es d'&#233;tudes consacr&#233;es uniquement &#224; 1'apprendre, &#224; travers un langage qui a essentiellement pour fonction d'emp&#234;cher que le travailleur acc&#232;de &#224; sa signification, et donc &#224; la ma&#238;trise de l'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Appropriation de l'information&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En m&#234;me temps que les machines redevenaient utiles, on s'est donc pr&#233;occup&#233; de s'approprier l'information contenue dans les diff&#233;rents bureaux. La complexit&#233; m&#234;me de cette information a n&#233;cessit&#233; qu'on l'exploite avec l'aide d'un cabinet d'experts (SYNDEX). La saisie des documents de la direction permettait une analyse des projets patronaux et des documents comptables et financiers. Mais il fallait encore que cette analyse, d'abord faite par les experts, soit accessible au plus grand nombre des travailleurs. D'abord pour montrer &#224; tous que le conflit de LIP n'&#233;tait pas ce qu'en disait le patronat. Et, pour cette premi&#232;re phase, experts et militants ont &#233;t&#233; tr&#232;s utiles. Ensuite, pour informer la totalit&#233; du personnel sur la situation r&#233;elle de l'entreprise. Enfin, pour lui permettre de comprendre cette information. Ce dernier objectif a &#233;t&#233; obtenu par la prise en charge des O.S., notamment par des techniciens, qui se sont appliqu&#233;s, en quelques s&#233;ances, &#224; initier leurs camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette appropriation de l'information &#233;conomique sur la situation de l'entreprise s'est surtout concr&#233;tis&#233;e dans le slogan &#171; LIP, Maison de verre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; LIP, Maison de verre &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, ce slogan n'est pas apparu d'une mani&#232;re spontan&#233;e. Il a &#233;t&#233; la conclusion d'un raisonnement conscient fait par une minorit&#233; des militants de la section CFDT. Il est devenu ensuite le slogan d'une tr&#232;s large majorit&#233;, m&#234;me si la CGT y est rest&#233;s hostile. Ce slogan est donc le fait d'un &#171; apport ext&#233;rieur &#187;. Depuis 1968, des militants de la section CFDT de Besan&#231;on qui participaient &#224; des luttes se rendaient compte que la richesse de l'imagination, de la cr&#233;ation, augmentaient avec la diversit&#233; des participants, surtout si ceux-ci provenaient d'horizons diff&#233;rents : b&#226;timent, usines, universit&#233;, formateurs, etc. Donc des travailleurs de cultures diff&#233;rentes. La cr&#233;ation est plus riche, mais &lt;i&gt;&#224; une condition&lt;/i&gt; : que la section syndicale de l'entreprise soit assez forte, en puissance, en formation, pour supporter le choc des id&#233;es, les favoriser, mais aussi &#234;tre capable d'assurer le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant des travailleurs de l'entreprise en lutte. Il est important que ceux-ci ne soient pas ballott&#233;s par les vagues, mais ma&#238;trisent le courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que les &#171; habitudes &#187; syndicales ne vont pas dans ce sens. Les travailleurs sont dress&#233;s inconsciemment contre tout apport &#233;tranger. Seuls les responsables syndicaux sont consid&#233;r&#233;s comme faisant partie de la famille. Tout le reste est dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, jusqu'&#224; la prise en charge par les travailleurs de la vente des montres, cela a &#233;t&#233; difficile. Les &#171; visiteurs &#187;, ceux qui venaient en curieux, ou apporter leurs bras, leur t&#234;te, &#224; la lutte, &#233;taient refoul&#233;s. Certains des travailleurs &#233;taient boulevers&#233;s &#224; l'id&#233;e que des &#233;trangers puissent circuler dans l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vente des montres au public, dans des lieux diff&#233;rents, la renomm&#233;e de la lutte, nous ont aid&#233;s &#224; aboutir &#224; &#171; LIP, maison de verre &#187;. En effet, il fallait accepter les &#171; clients &#187;. Il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; qu'on ne serait pas des marchands ordinaires. Il fallait donc leur expliquer ce qu'on faisait, leur faire visiter l'usine, les laisser libres de discuter avec les travailleurs, libres d'aller et venir. C'est &#224; cette occasion qu'on a vu des monteuses O.S. &#234;tre capables d'assimiler les techniques de vente, de conna&#238;tre des produits sur lesquels elles n'avaient auparavant qu'une vision tr&#232;s partielle en fonction de leur position dans la cha&#238;ne de montage ; &#234;tre capables de tenir une comptabilit&#233;, de g&#233;rer des stocks. &#202;tre capables surtout d'expliquer aux acheteurs les raisons du conflit. Il est clair que des travailleurs mis en situation de responsabilit&#233;, s'int&#233;ressant &#224; autre chose qu'aux t&#226;ches parcellis&#233;es auxquelles on les restreint, d&#233;couvrent leurs comp&#233;tences et acqui&#232;rent des connaissances. D&#233;j&#224; plus haut, nous avons dit que c'est l'action qui r&#233;v&#232;le la capacit&#233; des travailleurs, &#224; condition que ce soit une action r&#233;elle, non une simulation, une action ayant un v&#233;ritable enjeu, et une action prenant les choses dans leur globalit&#233;. &#192; partir de l&#224;, les m&#234;mes travailleurs ont pu ensuite &#233;tablir des feuilles de paye, calculer des retenues (et on sait la complexit&#233; arithm&#233;tique de ces op&#233;rations !), tenir des listings, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord sur &#171; LIP, Maison de verre &#187; supposait donc que les propres habitants de cette maison la connaissent. Mais c'est un savoir qui est toujours refus&#233; &#224; ceux qui travaillent dans une entreprise. Il fallait ensuite que ce slogan devienne une r&#233;alit&#233; pour les &#171; &#233;trangers &#187;. Et que la transparence m&#234;me de cette entreprise ouverte soit une occasion de formation pour le plus grand nombre. Et notamment tous ceux qui n'ont jamais mis les pieds dans une usine, ou &#224; qui on en interdit l'entr&#233;e. En fait, il y a toujours eu une lutte entre ceux qui voulaient ouvrir toutes grandes les fen&#234;tres sur le monde ext&#233;rieur, et ceux qui avaient peur des courants d'air et qui les refermaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; en A.G. que la grille de l'usine resterait ouverte toute la journ&#233;e, et qu'on ne la fermerait que la nuit. Ce seul point a &#233;t&#233; l'objet d'une lutte continuelle, cette grille se refermant petit &#224; petit sous l'impulsion de camarades CGT, et pas seulement CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu menacer d'appliquer la d&#233;cision de l'A.G. sans concession. Sinon, cette grille serait soud&#233;e pour qu'elle reste ouverte d&#233;finitivement. Il y a eu des d&#233;bats, des discussions, autour de cette porte avec les travailleurs inquiets. Mais, peu &#224; peu, ils se sont rendu compte &lt;i&gt;de visu&lt;/i&gt; de l'int&#233;r&#234;t du brassage, de l'int&#233;r&#234;t des portes ouvertes, et cela a continu&#233;. Dans l'usine, les all&#233;es et venues &#233;taient libres. Seuls des ateliers sont rest&#233;s volontairement ferm&#233;s aussi bien aux travailleurs de l'entreprise qu'aux visiteurs. Tout le monde avait la possibilit&#233; d'assister aux A.G., aux r&#233;unions du comit&#233; d'action, aux travaux des commissions. Tout au long du conflit, nous n'avons utilis&#233; que deux ou trois fois, et pour une heure seulement, des A.G. r&#233;serv&#233;es au personnel de LIP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La section syndicale CFDT avait commenc&#233; tr&#232;s t&#244;t &#224; s'ouvrir. Lors des conflits de 1970-1971, nous avons rompu avec la pratique qui consistait, pour les d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#224; s'enfermer avec un permanent du syndicat. Nous pratiquions une r&#233;flexion ouverte &#224; tous. On s'asseyait en rond avec les autres travailleurs en lutte pour faire le point, r&#233;fl&#233;chir &#224; la suite en apportant toute la r&#233;flexion syndicale sur la situation. Au d&#233;but, les travailleurs se contentaient d'&#233;couter. Ensuite, ils ont commenc&#233; &#224; participer. Au d&#233;but de la lutte en 1973, la salle CFDT &#233;tait ouverte &#224; tous, et on s'est habitu&#233; &#224; travailler alors que, sans cesse, des travailleurs entraient et sortaient. Portes ouvertes, cela donnait une confiance absolue : c'est clair, on peut tout savoir, pas de secret, la salle est ouverte. Au d&#233;but, et m&#234;me apr&#232;s, cela est p&#233;nible : on rompt avec les habitudes douillettes d'efficacit&#233; &#224; quelques-uns. Mais cela est profitable car les interventions s'am&#233;liorent, le cercle s'&#233;largit, et se qualifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation, c'est rendre transparent le milieu qu'on habite, faire face de fa&#231;on autonome &#224; la complexit&#233; des entreprises par exemple. Mais aussi le rendre transparent &#224; ceux qui ne l'habitent pas. Ouvrir la grille de la porte d'entr&#233;e, c'&#233;tait s'ouvrir &#224; toutes les id&#233;es, qu'elles viennent de l'int&#233;rieur ou de l'ext&#233;rieur sans juger a priori de leur valeur. C'&#233;tait recevoir la solidarit&#233; des camarades sur les lieux m&#234;mes du conflit, et engager des d&#233;bats qui nous aid&#232;rent lors des meetings. Aujourd'hui, beaucoup d'entreprises occup&#233;es par des travailleurs en lutte organisent des journ&#233;es &#171; portes ouvertes &#187;. Eh bien ! nous, nous avions d&#233;cid&#233; des portes ouvertes permanentes ! C'est vraisemblablement &#224; travers cette appropriation collective d'un savoir g&#233;n&#233;ralement d&#233;tenu par quelques-uns : patrons, cadres, mais aussi leaders syndicaux ; &#224; travers aussi des d&#233;bats largement ouverts &#224; ceux de l'int&#233;rieur comme &#224; ceux de l'ext&#233;rieur, soit que les travailleurs de l'entreprise accueillent d'autres travailleurs, soit qu'ils aillent participer &#224; des d&#233;bats &#224; l'ext&#233;rieur, qu'a pu se constituer tout un savoir collectif sur la conduite des luttes aujourd'hui, sur les contradictions de l'&#233;conomie capitaliste, sur les m&#233;canismes de la fermeture des entreprises et des licenciements, sur les multinationales, etc. L'appropriation de ce savoir, mais aussi sa constitution, telle qu'elle a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e, telle qu'elle a &#233;t&#233; diffus&#233;e, telle qu'elle a &#233;t&#233; int&#233;rioris&#233;e dans la pratique de centaines de travailleurs, sont ainsi un exemple suppl&#233;mentaire des capacit&#233;s d'autoformation de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le contr&#244;le ouvrier sur la production : une autod&#233;fense&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les formations formelles qu'on propose aux travailleurs, par exemple dans le cadre de la Loi sur la formation professionnelle continue, sont toujours coup&#233;es des conditions mat&#233;rielles dans lesquelles le travailleur exerce son activit&#233; de producteur. Il n'a rien &#224; dire par exemple sur la division du travail dans laquelle on l'inscrit. Rien non plus sur l'organisation du travail. Encore moins peut-il contr&#244;ler ses machines, ses outils de travail, et dire son mot sur les caract&#233;ristiques de la pi&#232;ce qu'on lui demande de faire. Ce sont ces conditions que la dynamique d'une gr&#232;ve dynamique a chang&#233;es. Et c'est peut-&#234;tre parce que cette gr&#232;ve ne s'est pas coup&#233;e de son lieu et de son outil de travail, parce qu'on ne s'est pas content&#233; d'attendre, parce qu'on a repris partiellement la fabrication et assur&#233; la vente, qu'elle s'est transform&#233;e en lutte, et que nous y avons autant appris par nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La reprise partielle de la production : des objectifs politiques et organisationnels.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me qui &#233;tait pos&#233; en juin 1973, au d&#233;but de la lutte, &#233;tait le suivant : a) les salaires ne sont plus assur&#233;s depuis le d&#233;but du mois (le 10 juin exactement). Les patrons nous ont coup&#233; les vivres.&lt;br class='autobr' /&gt;
b) dans une telle situation, la lutte va &#234;tre longue. Nous luttons pour l'emploi, contre une multinationale et des banques bien r&#233;solues &#224; &#171; restructurer compl&#232;tement l'entreprise &#187;. Et eux disposent de moyens tr&#232;s importants. Cela signifie en clair que, sans argent, nous tiendrons huit &#224; neuf semaines, dans 1e meilleur des cas. C'est le temps que d'autres, en lutte totale, sans salaire, ont pu tenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
c) nous approchons de la p&#233;riode des vacances, peu favorable &#224; l'action. De plus, nous avons &#233;tudi&#233; de pr&#232;s le probl&#232;me des collectes. Avec de gros efforts, on peut esp&#233;rer couvrir 5 &#224; 10 % d'un salaire de survie. C'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce probl&#232;me qui a &#233;t&#233; pos&#233;, de bouche &#224; oreille, &#224; un bon nombre de travailleurs. C'est ce probl&#232;me qu'il fallait r&#233;soudre. Sinon, il ne restait plus qu'&#224; faire comme la ch&#232;vre de Monsieur Seguin : combattre vaillamment pendant trois semaines, et mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des r&#233;ponses nous sont parvenues sur la mani&#232;re d'accro&#238;tre les collectes, de fabriquer des petits objets et de les vendre. Mais rien qui constitue une solution possible. La r&#233;ponse avait &#233;t&#233; esquiss&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur : fabriquer et vendre. Cela avait &#233;t&#233; donn&#233; comme une possibilit&#233; par les militants du PSU. Mais, l&#224; aussi, il y a un Rubicon &#224; franchir. Et les paroles sont tomb&#233;es, personne ne les a reprises. Ensuite, ce sont des militants ext&#233;rieurs &#224; l'entreprise qui ont repris cette formule, des journalistes engag&#233;s qui ont donn&#233; des arguments plus convaincants. Imm&#233;diatement, une &#233;tude discr&#232;te a &#233;t&#233; faite par un petit groupe d'horlogers. &#201;tude sur place, dans les ateliers. On a voulu se rendre compte des possibilit&#233;s de fabrications : elles paraissaient plausibles. On a alors r&#233;fl&#233;chi aux possibilit&#233;s de commercialisation. L&#224;, la conclusion &#233;tait ind&#233;cise : c'est possible, mais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tout pr&#233;par&#233; dans le d&#233;tail. Et, le lendemain, la proposition &#233;tait faite en A.G. et reprise &lt;i&gt;avec enthousiasme&lt;/i&gt;. Cette reprise partielle de la fabrication avait donc pour objectif premier de donner un moyen pour tenir, pour permettre de continuer la lutte. Il a fallu d&#233;finir tr&#232;s vite d'une mani&#232;re plus compl&#232;te le r&#244;le de cette reprise de la production. L'objectif global de la lutte reste le m&#234;me : pas de d&#233;mant&#232;lement de l'entreprise, pas de licenciements. Cet objectif global reste, au moment de la reprise de la production, l'objectif unique de cette lutte conduite dans le cadre du capitalisme. Pour nous, ce rappel signifie qu'on refuse toute voie vers la coop&#233;rative. Pour parvenir &#224; ce but, le moyen premier reste le rapport de force bas&#233; sur le d&#233;veloppement de l'unit&#233; int&#233;rieure et ext&#233;rieure par le soutien le plus large possible. La popularisation reste l'outil n&#176; 1. Et c'est dans la popularisation que les plus grandes forces doivent s'investir. La production sera donc men&#233;e &#224; l'&#233;chelle la plus r&#233;duite possible avec le moins de travailleurs possible. Il n'est donc pas question de se laisser prendre &#224; la fascination de produire. Il n'est pas davantage question de se transformer en marchands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'au cours de la premi&#232;re journ&#233;e, le groupe au travail a fait remarquer que, dans le cadre de cet objectif, il &#233;tait &lt;i&gt;pour le moment&lt;/i&gt; inutile de monter des mouvements d'horlogerie. Le stock des 30000 mouvements que nous avions mont&#233;s les derni&#232;res semaines &#233;tait tout &#224; fait suffisant pour le moment. Nous avons donc abandonn&#233; la cha&#238;ne o&#249; l'on montait les mouvements pour nous concentrer sur la cha&#238;ne d'habillage, qui est la derni&#232;re partie de la cha&#238;ne de fabrication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le fait m&#234;me, la division du travail entre travailleurs &#233;tait autre, l'&#171; organisation scientifique du travail &#187; en a pris un coup. Mais nous n'&#233;tions pas l&#224; essentiellement pour produire, pour produire toujours plus, dans le cadre d'une redivision du travail que nous ne contr&#244;lerions plus. C'est ainsi qu'il y a eu une rotation des gens au travail pour &#233;viter qu'ils se coupent du combat principal : la popularisation. Tout au moins d'une partie importante des gens au travail. De m&#234;me, tous assistaient aux A. G. Pas question de rendement, d'astreinte, de revenir aux &#171; cha&#238;nes &#187; que nous avions bris&#233;es dans la premi&#232;re partie de la lutte. Il fallait surtout ne pas se r&#233;encha&#238;ner, et recommencer &#224; croire que le but est uniquement de produire, et dans des conditions telles que n'existerait plus la force collective qui &#233;tait en train de se constituer. C'est donc la commission production qui a fix&#233; ellem&#234;me ses horaires, les rotations, la mani&#232;re de travailler sur place. &#192; travers tout &#231;&#224;, c'est sans doute les finalit&#233;s m&#234;mes de la production pour la production, pour la productivit&#233;, pour le profit, qui &#233;taient en cause. De la production pour quoi ? mais aussi de la production pour qui ? &#192; la fois, de l'&#233;conomie politique et de la sociologie du travail. Mais une critique en acte de l'une et de l'autre par l'ensemble des travailleurs qui ont remis &#224; sa place le travail productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diminution de la production a &#233;t&#233; au d&#233;but du conflit l'un des &#233;l&#233;ments d&#233;terminants de la mobilisation des travailleurs. Face au patronat, nous inversions ainsi le rapport de force, nous dominions une situation qui nous avait toujours &#233;chapp&#233;, nous prenions une partie d'un pouvoir jamais partag&#233;, nous engagions un processus irr&#233;versible avec un objectif tr&#232;s pr&#233;cis qui n'a jamais vari&#233; au cours du conflit. Gr&#226;ce &#224; la baisse des cadences, &#224; l'entretien d'une production limit&#233;e, nous augmentions les p&#233;riodes de libert&#233;, le d&#233;bat pouvait s'ouvrir entre tous les travailleurs, les id&#233;es pouvaient jaillir, l'action pouvait s'organiser. Il y avait du temps pour l'imagination collective, et donc la cr&#233;ation collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Imagination collective et lib&#233;ration des capacit&#233;s instituantes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est trop peu dire que les discussions permanentes sur la strat&#233;gie de la lutte, l'organisation collective de la vie quotidienne des LIP (la cantine, les soir&#233;es culturelles, les contacts, les &#233;changes avec les autres travailleurs en gr&#232;ve, les d&#233;placements dans d'autres villes, les transports collectifs, les journaux muraux, les films, les n&#233;gociations...) ont d&#233;brid&#233; l'imagination des travailleurs, et les ont rendus cr&#233;ateurs. Un homme encha&#238;n&#233;, des travailleurs divis&#233;s, dans une entreprise qui leur est opaque, ne sont pas en condition de cr&#233;er. Une fois qu'ils se sont appropri&#233; toute l'information possible sur leur usine, une fois qu'ils ont remis partiellement en route la production pour vivre et continuer la lutte, il fallait encore qu'ils produisent euxm&#234;mes l'information pour eux, entre eux et pour l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;laboration de l'information&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fallait donc que chacun s'implique dans l'&#233;laboration de l'information. Pourquoi l'information ? Parce que les travailleurs de LIP ont vraiment essay&#233; de se donner les moyens les plus importants possible pour la plus large information de tous. Il faut dire que l'ensemble des grands moyens d'information est au service du gouvernement et du patronat. De ce fait l'information sur les conflits ouvriers est g&#233;n&#233;ralement d&#233;favorable et tr&#232;s souvent une escroquerie &#224; la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs de LIP ont fait un effort exemplaire pour donner de l'information aussi bien &#224; l'int&#233;rieur de LIP qu'&#224; l'ext&#233;rieur, qui allait de Besan&#231;on, &#224; toute la France et l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps la section syndicale CFDT de LIP avait comme devise : &#171; Donner le maximum d'informations, pour permettre le combat d&#233;mocratique. &#187; Quelques mois avant que le conflit n'&#233;clate, un dossier d'information avait &#233;t&#233; distribu&#233; &#224; tout le personnel pour qu'il prenne connaissance de la situation r&#233;elle dans laquelle se trouvait l'entreprise et des risques pr&#233;visibles d'un conflit. Cela dans le but de d&#233;montrer que cette situation &#233;tait le r&#233;sultat d'un plan sciemment pr&#233;par&#233;, et non de la &#171; fatalit&#233; &#233;conomique &#187;. &#192; partir de ce moment, tous les travailleurs se sentirent concern&#233;s et r&#233;fl&#233;chirent au type de riposte &#224; employer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du moment o&#249; l'on donne des explications claires sur ce qui se passe, chaque travailleur comprend le sens du combat ouvrier et abandonne le fatalisme pour la r&#233;flexion. Durant tout le conflit, les travailleurs demand&#232;rent avec insistance une information r&#233;guli&#232;re et compl&#232;te. Dans but de pouvoir donner son avis sur les orientations g&#233;n&#233;rales du conflit. Et dans les p&#233;riodes les plus dramatiques, &#233;clairer le d&#233;bat par des affirmations simples, d&#233;coulant de la propre logique du conflit (ce fut le cas par exemple au moment du refus du plan Giraud). Cette connaissance parfaite de tous les d&#233;tails permet &#224; un grand nombre d'entre nous de partir au pied lev&#233; pour assurer une t&#226;che d'information, lors des meetings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; l'ouverture des portes de l'entreprise, et le fonctionnement de l'A.G. en tant que lieu privil&#233;gi&#233; pour l'information. Pour montrer le r&#244;le de l'information, le r&#244;le de l'image sociale v&#233;hicul&#233;e par les m&#233;dias, je vais donner l'exemple de l'information sur l'information comme particuli&#232;rement significatif de cette implication des LIP dans la production de leur propre information sur ce qu'ils vivaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'information sur l'information : le journal mural&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ensemble de la presse &#233;crite s'est empar&#233; du conflit LIP qui a tenu le devant de la sc&#232;ne comme aucun &#233;v&#233;nement ne l'avait fait depuis tr&#232;s longtemps. Mais surtout aucun conflit social n'a passionn&#233; autant l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des articles et les discussions qu'ils sollicitaient au sein des travailleurs nous amen&#232;rent &#224; la formation d'une &#233;quipe qui &#233;tait charg&#233;e de se procurer l'ensemble des journaux quotidiens, hebdomadaires et mensuels. De d&#233;couper les articles traitant du conflit ou d'autres conflits sur l'emploi, et de les coller sur une grande feuille de papier. D'afficher celle-ci &#224; la vue de tous. Comme cela, l'ensemble des travailleurs avait une id&#233;e tr&#232;s pr&#233;cise de tout ce qui &#233;tait &#233;crit sur le conflit, et sur la nature exacte des informations que l'on donnait &#224; la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, cette activit&#233; ne pouvait pas se faire sans une v&#233;ritable &#171; analyse de presse &#187;. Et d'une mani&#232;re qui, pour nous, engag&#233;s dans le conflit, n'avait rien de scolaire. Nous avons beaucoup appris sur les interpr&#233;tations diff&#233;rentes &#233;mises par les journaux, sur la falsification de la v&#233;rit&#233; et, dans certains cas, des articles mensongers. Aujourd'hui, chaque travailleur de LIP &#233;value de fa&#231;on plus juste les informations sur les conflits sociaux et autres probl&#232;mes qu'il trouve en lisant son journal. Il conna&#238;t exactement la valeur de ce qui est &#233;crit dans des journaux de la trempe de &lt;i&gt;Minute&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous aurions tr&#232;s bien pu faire une critique syst&#233;matique de la presse lors des A.G. Nous avons estim&#233; dans un premier temps plus int&#233;ressant que chaque travailleur lise l'ensemble de la presse. Dans un deuxi&#232;me temps, chacun en faisait sa propre critique en comparant ce qui &#233;tait lu par rapport &#224; la r&#233;alit&#233; v&#233;cue. Et puis cela a permis de faire le point avec l'ensemble des journalistes de la presse &#233;crite, de la presse parl&#233;e et t&#233;l&#233;vis&#233;e. D'engager le d&#233;bat entre les travailleurs et les journalistes, de les interroger sur le sens qu'ils donnaient &#224; leur profession. De nous faire part des difficult&#233;s qu'ils rencontraient pour mener &#224; bien leur t&#226;che d'information.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce journal mural avait aussi l'avantage d'&#234;tre un barom&#232;tre qui nous permettait de mesurer l'impact que nous pouvions avoir en France et &#224; l'&#233;tranger. Et savoir rapidement sur quoi partait l'information plus sp&#233;cialement, et en quel domaine il nous fallait faire un effort pour informer rapidement l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Informations donn&#233;es &#224; la presse&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de chaque &#233;v&#233;nement important que le conflit a produit, une foule de journalistes d&#233;barquait &#224; LIP. Beaucoup d'entre nous furent tr&#232;s vite surpris par ce ph&#233;nom&#232;ne nouveau, et inqui&#233;t&#233;s par ces gens qui n'arr&#234;taient pas de poser des questions. Pour pallier &#224; cela, et comprenant tr&#232;s vite l'importance de cet &#233;l&#233;ment de popularisation, nous avons constitu&#233; une commission charg&#233;e d'informer les journalistes qui arrivaient &#224; Besan&#231;on. La commission centralisait l'ensemble des informations, faisait un tri syst&#233;matique et chaque fois que cela &#233;tait n&#233;cessaire, convoquait les journalistes pour faire une conf&#233;rence de presse. Cela avait l'avantage de donner &#224; l'ensemble des journalistes une information uniforme, et comme les camarades poss&#233;daient la totalit&#233; des informations, ils pouvaient r&#233;pondre &#224; une foule de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#233;thode de travail permettait aux principaux &#171; leaders &#187; de la lutte de rester le plus possible avec les travailleurs et de ne pas &#234;tre toujours assaillis par les journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les meetings&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est par une image un peu extraordinaire que nous pouvons expliquer les meetings. Imaginons, au petit matin, deux ou trois travailleurs sur le quai d'une gare. Ayant pour bagages des tracts, des journaux, un film, pour partir &#224; l'autre bout de la France expliquer &#224; d'autres travailleurs pourquoi et comment nous nous battons, et par quels types d'actions ils peuvent nous aider. Eh bien ! cette image s'est reproduite des centaines de fois. Nous avons accumul&#233; un nombre record de meetings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les p&#233;riodes de pointe, c'est presque une centaine d'entre nous qui &#233;taient sur la route, ou programm&#233;s pour partir dans une ville de France. Nous avons aussi assur&#233; des meetings en Suisse, en Allemagne, en Italie, en Belgique, en Autriche, aux Pays-Bas, etc. C'est la plus brillante d&#233;monstration pour affirmer que les travailleurs &#233;valuent bien la puissance de l'information et savent, le moment venu, trouver le courage de parler devant une salle et d'exprimer de fa&#231;on tr&#232;s claire leurs probl&#232;mes, et de sentir l'immense &#233;lan de solidarit&#233; qui se d&#233;clenchait &#224; la venue des Lips. Les travailleurs de LIP savent qu'ils poss&#232;dent le plus grand r&#233;seau d'amiti&#233; ouvri&#232;re en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les films LIP&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons r&#233;alis&#233; deux films, qui ont servi avant tout de support d'information lors des meetings. Les images &#233;taient beaucoup plus explicites que les paroles pour faire ressentir l'ambiance du conflit. Le premier se d&#233;roule dans l'usine lors du red&#233;marrage des cha&#238;nes d'horlogerie et de la premi&#232;re &#171; paye sauvage &#187;. Le second prend appui sur la situation que nous avons v&#233;cue apr&#232;s l'intervention de la police et de notre expulsion de l'usine de Palente. Ces films ont connu un tr&#232;s grand succ&#232;s. Aujourd'hui ils passent encore dans de nombreux meetings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait encore parler de la tr&#232;s grande quantit&#233; d'informations d&#233;taill&#233;es qui ont &#233;t&#233; diffus&#233;es au cours du conflit. Nous avons fait un effort important pour sortir de fa&#231;on d&#233;taill&#233;e des probl&#232;mes ou des informations qu'il nous semblait int&#233;ressant d'approfondir. J'ai dit plus haut comment lorsque la direction s'est sauv&#233;e au tout d&#233;but du conflit, nous avons fouill&#233; de fond en comble les bureaux abandonn&#233;s. Nous y avons trouv&#233; une masse de documents sur les pratiques patronales et sur la m&#233;thode employ&#233;e pour liquider l'entreprise. Avec cela nous avons fait trois brochures, qui ont &#233;t&#233; reprises par la suite dans le livre LIP 73.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce serait du journal &lt;i&gt;LIP Unit&#233;&lt;/i&gt; qu'il faudrait aussi parler. Pourquoi avoir r&#233;alis&#233; un journal ? D&#232;s le d&#233;but du conflit nous avons cherch&#233; un moyen de ne pas perdre contact avec le personnel qui venait tr&#232;s peu ou ne venait pas s'informer de ce qui se passait dans le conflit. Nous avons choisi le journal plut&#244;t que le tract, car il permet de donner une plus grande somme d'informations dans un autre style que le tract. M&#234;me s'il est tr&#232;s difficile de r&#233;aliser un journal, avec du recul, nous pouvons affirmer que cela est indispensable. Cela permet au plus grand nombre de prendre part &#224; la r&#233;daction et au travail collectif de pr&#233;paration. Ce journal est l'&#339;uvre des travailleurs de LIP qui pensent, dans leur ensemble, qu'il est tr&#232;s important d'avoir des relations &#233;troites entre entreprises en gr&#232;ve et l'ensemble des militants de toute la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, nous ne pr&#233;tendons pas qu'&#224; travers tout ce travail collectif tous les conflits ont disparu, toutes les contradictions se sont lev&#233;es. Entre organisations syndicales, entre syndicat et comit&#233; d'action, entre femmes et hommes, jeunes et vieux, ouvriers et techniciens, etc. Mais elles se sont manifest&#233;es dans le jeu des instances que nous avions mises collectivement en place. Et c'est toujours l'action elle-m&#234;me qui nous permettait de les d&#233;passer. Faudrait-il rappeler la signification des manifestations pour des dizaines de milliers de travailleurs ? Chaque fois, au cours de ces manifestations, nous avons senti, presque charnellement, combien la classe ouvri&#232;re &#233;tait proche de nous. Nous avons r&#233;alis&#233; profond&#233;ment le symbole que LIP &#233;tait devenu pour les travailleurs et nous avons pris conscience, nous qui n'&#233;tions pas des vedettes, que nous &#233;tions devenus l'esp&#233;rance de tous les exploit&#233;s, et que nous n'avions plus le droit, sous peine de trahir, de nous d&#233;mobiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rescolarisation des LIP et les enjeux de la formation&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est courant de dire qu'avant de faire une chose, il faut apprendre &#224; la faire ; avant de travailler, il faut se former ; avant de prendre, il faut apprendre. Nous, nous avons suivi exactement le sch&#233;ma inverse. Nous avons agi collectivement d'abord ; et on nous a form&#233;s individuellement apr&#232;s. Nous avons pris notre sort en main, et ce faisant nous avons appris. Les pages pr&#233;c&#233;dentes sont un peu le bilan de tout ce que nous avons acquis et d&#233;velopp&#233;. Nous avons commenc&#233; par prendre l'information l&#224; o&#249; elle &#233;tait pour lutter avec ceux qui la d&#233;tenaient, par prendre des machines pour assurer la lutte et la d&#233;velopper, par prendre la parole dans l'usine et &#224; l'ext&#233;rieur, par prendre des d&#233;cisions, par prendre du pouvoir avec notre autonomie. Et ce faisant nous avons appris ce qu'&#233;tait une entreprise capitaliste, une multinationale, comment on fabriquait l'information, comment on pouvait travailler pour vivre, comment on pouvait parler, &#233;crire faire des films, un journal, un livre... Nous avons accumul&#233; les d&#233;couvertes politiques, administratives, juridiques, &#233;conomiques. Nous avons appris en les fr&#233;quentant ce qu'&#233;taient les institutions du syst&#232;me : l'Inspection du Travail, la Pr&#233;fecture, la Mairie... Nous avons &#171; pratiqu&#233; &#187; ces personnages que sont les Inspecteurs, les Pr&#233;fets, les Maires, les D&#233;put&#233;s, les S&#233;nateurs. Nous nous sommes battus avec le Tribunal de commerce, avec le Syndic. La Justice s'est occup&#233;e de nous, et nous avons appris ce qu'elle &#233;tait. De m&#234;me avec ces autres instances que sont l'IDI (Institut pour le D&#233;veloppement Industriel), le patronat et ses organisations, et aussi le gouvernement. En affrontant les probl&#232;mes que nous rencontrions, nous en d&#233;couvrions d'autres : l'arm&#233;e et l'armement avec le Larzac, les probl&#232;mes d'habitat et d'urbanisme ; les probl&#232;mes culturels ; les probl&#232;mes des r&#233;gions et du r&#233;gionalisme... Nous avons mieux appris, en les continuant, ce qu'&#233;taient les probl&#232;mes de notre classe : l'histoire du mouvement ouvrier ; la strat&#233;gie et la tactique des diff&#233;rents syndicats ; la mise en place et la fonction, au sein des luttes ouvri&#232;res, de comit&#233;s d'action, de comit&#233;s de gr&#232;ves... Nous avons compris autrement les probl&#232;mes internationaux, ceux du Chili et de l'Espagne. Nous avons contribu&#233; &#224; l'&#233;laboration d'un savoir sur l'autogestion, les coop&#233;ratives, la cogestion, le socialisme... Et pour conclure tout &#231;&#224;, on nous a propos&#233; des &#171; cours &#187; faits par des enseignants sur la vie &#233;conomique de l'entreprise, sur l'histoire de la montre ; des techniques d'expression &#233;crite et orale (&#224; nous qui avions tant parl&#233; et tant &#233;crit, et dans toutes sortes de situations !) ; un perfectionnement &#224; l'encadrement (alors que nous venions de mener collectivement une lutte de plusieurs mois !)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est quand nous avons obtenu satisfaction pour la garantie de l'emploi qu'on a commenc&#233; &#224; nous parler de formation. Il n'en avait pas &#233;t&#233; question auparavant. Et nous avions pourtant la certitude d'avoir beaucoup appris, et d'une mani&#232;re qui ne d&#233;valorisait aucun de nous. Et voil&#224; qu'on se mettait &#224; nous proposer des cours o&#249; l'on nous r&#233;partissait suivant notre niveau hi&#233;rarchique, o&#249; l'on nous distribuait dans des lieux s&#233;par&#233;s, o&#249; l'on risquait par ce biais la d&#233;qualification des travailleurs, et la d&#233;valorisation de ce que nous avions appris. Apr&#232;s que nous avons appris quotidiennement et mutuellement, dans le cadre et dans la dynamique de la lutte que nous conduisions et d&#233;veloppions ensemble ! La formation formelle a marqu&#233; pour nous le retour &#224; l'ordre, une p&#233;riode d'attente apr&#232;s que nous avons gagn&#233; l'essentiel. Une p&#233;riode pendant laquelle il fallait surtout assurer la r&#233;int&#233;gration de tous. Mais aussi ne pas oublier en quelques semaines, ce que des mois de &#171; formation &#187; active et collective nous avaient permis d'acqu&#233;rir et de d&#233;velopper. Bien s&#251;r, la &#171; formation &#187; a exist&#233; pendant les dix mois du conflit. Il ne faudrait pas que la &#171; formation &#187; qu'on nous a distribu&#233;e apr&#232;s ces dix mois fasse oublier la premi&#232;re, la plus importante et la plus significative. Sans doute parce que nous la contr&#244;lions enti&#232;rement, parce que nous la vivions collectivement, parce qu'elle n'&#233;tait pas s&#233;par&#233;e d'une action collective que nous menions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, l'&#233;l&#233;ment le plus novateur de l'affaire LIP n'aura pas &#233;t&#233; de mettre fin &#224; un conflit par un dispositif de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait &#233;t&#233; convenu lors de l'accord de D&#244;le (24 janvier 1974), que tout le personnel de LIP b&#233;n&#233;ficiant de cet accord et ne rentrant pas imm&#233;diatement dans l'entreprise, devait suivre une p&#233;riode de formation. Celle-ci s'&#233;talant du 1er mars au 31 d&#233;cembre 1974, comprenant trois p&#233;riodes : du 10 mars au 15 avril, mise &#224; niveau ; du 15 avril au 31 juillet, cours professionnels ; du 1er septembre au 31 d&#233;cembre, cours professionnels. Un mini-syst&#232;me scolaire pour travailleurs en attente d'&#234;tre repris par le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La mise &#224; niveau : des cours &#171; tampon &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s dix mois d'autoformation, les &#171; autorit&#233;s &#187; n'ont pas pu mettre en place les cours de mise &#224; niveau. Ceux-ci sont devenus &#171; cours tampon &#187;, dans l'attente de la pr&#233;paration du dispositif de formation en vue des cours professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le recours &#224; la formation avait essentiellement pour fonction de permettre &#224; l'entreprise de ne pas payer le personnel tant qu'il n'&#233;tait pas r&#233;embauch&#233; : il le serait sur les fonds de la formation professionnelle continue, et donc pris en charge par l'administration. Mais aussi de nous faire l&#226;cher prise, de nous d&#233;courager. Et pour nous cette seconde phase de la lutte fut d'autant plus dure que la formation mise en place nous divisait, nous s&#233;parait, une partie &#224; l'usine et les autres ventil&#233;s aux quatre coins de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;partition a &#233;t&#233; faite sur l'ensemble des &#233;tablissements scolaires de Besan&#231;on. Les LIP sont retourn&#233;s &#224; l'&#233;cole. Environ une quinzaine d'&#233;tablissements ont accueilli du personnel de LIP. Celuici &#233;tait divis&#233; en 38 groupes de 12 &#224; 15 personnes. La composition des groupes s'est faite sur le principe des tranches d'&#226;ge (moins de 25 ans, 25-35, 35-45, 45-55 et plus). Nous pensons que cela a &#233;t&#233; tr&#232;s malheureux. La vie communautaire du conflit nous avait permis d'avoir des &#233;changes extr&#234;mement enrichissants entre jeunes et moins jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la mise en place de ce dispositif, il nous a fallu lutter pour que le projet devienne coh&#233;rent et rencontre l'approbation des travailleurs de LIP, puisque la direction se d&#233;sint&#233;ressait des stages et des stagiaires. Un accord nous a permis de choisir nous-m&#234;mes le lieu d'enseignement qui se trouvait le plus pr&#232;s du lieu d'habitation. Le r&#233;sultat de notre lutte, sur la r&#233;partition g&#233;ographique, nous a en m&#234;me temps permis de briser rapidement le verrou des tranches d'&#226;ge, pour obtenir des groupes qui tiennent compte de la r&#233;alit&#233; du conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Contenu et attitude des animateurs&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le contenu de ces cours, de tr&#232;s larges discussions se sont ouvertes pour le modifier. L'ensemble des &#171; animateurs &#187; &#233;taient des profs de lyc&#233;e, ou des &#233;tudiants qui &#233;taient pions. Ceux-ci avaient re&#231;u pour mission de nous faire des cours de fran&#231;ais, de maths et d'&#233;conomie. Tout cela distill&#233; comme &#224; des enfants qui n'auraient pas encore v&#233;cu et lutt&#233;. Mais le plus grave &#233;tait que nous avions appris beaucoup, durant dix mois, en &#233;changeant sur des exemples concrets et face &#224; une r&#233;alit&#233; v&#233;cue au jour le jour. Toutes les questions que nous nous &#233;tions pos&#233;es durant le conflit avaient trouv&#233; des r&#233;ponses collectives. Et, brutalement, il nous fallait poser des questions &#224; une personne repr&#233;sentante du &#171; savoir &#187; qui devait r&#233;pondre sans qu'aucun commentaire critique soit fait sur cette r&#233;ponse. Beaucoup d'animateurs comprirent le probl&#232;me et travaill&#232;rent avec l'ensemble du groupe sur des discussions ayant pour base l'actualit&#233;. D'autres se retranch&#232;rent derri&#232;re leur savoir abstrait pour conserver leur position et leur autorit&#233; de profs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les cours professionnels&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils interviennent donc apr&#232;s les cours tampon qui devaient &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; permettre la construction d'un plan de formation pour des cours professionnels. Mais comme toujours, les lacunes &#233;taient immenses : rien n'avait pu &#234;tre discut&#233; avant que le projet soit appliqu&#233;. Nous nous sommes retrouv&#233;s exactement avec les m&#234;mes probl&#232;mes que lors du d&#233;marrage des cours tampon. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxi&#232;me p&#233;riode, ax&#233;e sur des cours professionnels, devait &#234;tre pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une &#233;tude sur le contenu de la formation entre la direction, l'administration et les repr&#233;sentants du personnel de LIP. La direction de l'entreprise devait pr&#233;ciser de la mani&#232;re la plus claire possible les axes de d&#233;veloppement de l'entreprise, accompagn&#233;s d'une r&#233;partition minimum en postes de travail. La direction a toujours refus&#233; de donner des indications pr&#233;cises, justifiant sa r&#233;ponse par : &#171; Nous ne pouvons &#233;taler notre plan de red&#233;marrage sur la voie publique &#187;. L'administration se servit de cette attitude pour justifier sa propre inertie. Malgr&#233; tous les contacts que nous avons eus avec l'administration, organisatrice des stages, jamais nous n'avons pu discuter de l'organisation de ces stages, jamais nous n'avons pu obtenir une r&#233;union tripartite pour &#233;tudier le contenu des cours. C'&#233;tait de nouveau comme &#224; l'&#233;cole. Si bien &#8211; et cela est tr&#232;s significatif &#8211; que nous nous sommes retrouv&#233;s le jour du d&#233;marrage des cours devant un plan de formation b&#226;cl&#233;e, qui est loin de faire honneur &#224; ceux qui l'ont r&#233;alis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, les travailleurs de LIP, class&#233;s Professionnels en m&#233;canique, devaient suivre des cours au sein d'un coll&#232;ge d'enseignement technique. Malgr&#233; le d&#233;lai du cours tampon, le directeur du coll&#232;ge de Montjoux ne fut pr&#233;venu de la venue de 90 &#224; 100 professionnels que le vendredi pour les accueillir le mardi suivant. La raison &#233;tait que ces cours &#233;taient pr&#233;vus dans un pr&#233;fabriqu&#233;. Celui-ci n'ayant pas &#233;t&#233; termin&#233; &#224; temps, il fallut en catastrophe trouver un moyen de rechange, en l'occurrence le CET. La direction du coll&#232;ge ayant accept&#233; &#224; cause de la pression des syndicats de l'&#201;ducation nationale, essaya en un temps record d'&#233;tablir un programme coh&#233;rent par rapport aux volont&#233;s de l'Administration, la plus rigoureuse &#233;tant 30 heures minimum de cours. Le plus simple constat d&#233;montrait la plus parfaite stupidit&#233; du programme, des horaires, du contenu. Le CET est d&#233;j&#224; en &#233;tat de saturation. Il faut donc bien caser les LIP dans les temps morts. &#192; 13 heures. Ou encore le samedi toute la journ&#233;e. Tout cela dans le but &#233;vident de faire plaisir aux travailleurs. Et, dans la logique de ce sentiment, venait la menace tr&#232;s clairement exprim&#233;e que toute absence serait passible d'une retenue sur le salaire. Pour parfaire ce remarquable travail de bureaucrate, le directeur organisa le contenu des cours en tenant beaucoup plus compte des salles libres que d'un programme aboutissant &#224; un r&#233;sultat concret pour les travailleurs en formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner que la r&#233;pression de la part du directeur ne s'est pas fait attendre, les travailleurs ayant d&#233;cid&#233; collectivement qu'ils n'iraient pas en cours le samedi. Ceux-ci se voient p&#233;nalis&#233;s au niveau du salaire jusqu'&#224; des sommes atteignant 300 F environ. Les travailleurs remarquent qu'une fois encore ils font les frais de la carence de l'administration. Mais il est hors de question de laisser passer une pareille injustice. Notre r&#233;action sera tr&#232;s vigoureuse pour remettre les choses en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne ferons pas le proc&#232;s des professeurs ; ceux-ci recrut&#233;s au pied lev&#233; ne pouvaient &#224; l'&#233;vidence faire que tr&#232;s peu de chose, sinon redonner les cours qu'ils donnent aux gosses du CET. Certains comprirent tr&#232;s bien que leur r&#244;le &#233;tait limit&#233;, n'ayant jamais re&#231;u de formation n&#233;cessaire pour enseigner &#224; des adultes. D'autres se r&#233;fugi&#232;rent derri&#232;re leur titre de professeur, de personnage important qui, dans une salle de cours, r&#232;gne par la r&#233;pression de son savoir, gardant la relation enseignant-enseign&#233; type, &lt;i&gt;comme si la classe ouvri&#232;re ne participait pas &#224; l'&#233;laboration du savoir&lt;/i&gt;. Il est triste de constater qu'aucun de ces personnages n'a compris que le contenu et la mani&#232;re jouaient un r&#244;le fondamental avec des ouvriers inquiets pour leur avenir professionne1, psychologiquement marqu&#233;s par le fait d'&#234;tre sans emploi. On pourrait donner d'autres exemples : les cours pour les professionnels horlogers, ceux pour les O.S. de fabrication... On retrouverait les m&#234;mes caract&#233;ristiques. &#192; partir de ces &#233;l&#233;ments, nous avons &#233;mis une hypoth&#232;se de r&#233;flexion. Tout cela n'a-t-il pas &#233;t&#233; fait en esp&#233;rant d&#233;courager les travailleurs ? Pour obtenir d'eux qu'ils rentrent dans le pi&#232;ge de la recherche individuelle d'un autre emploi. Si c'est bien cela le choix qui a &#233;t&#233; fait, alors il faut constater son &#233;chec : il y a eu un taux extraordinairement faible de d&#233;parts depuis le d&#233;but du conflit jusqu'&#224; la r&#233;int&#233;gration dans l'entreprise. Il faudrait analyser la carence de l'ADEP (Agence Nationale pour le D&#233;veloppement de l'&#201;ducation Permanente). &#201;voquer ce que deviennent des professeurs et des stagiaires quand ils ne peuvent assurer aucune production : il ne reste plus aux professeurs que le r&#244;le ingrat de surveillant responsable de faire l'appel. Pr&#233;ciser comment la direction, &#224; travers la formation, a cherch&#233; &#224; baisser la qualification g&#233;n&#233;rale pour que l'entreprise puisse se d&#233;velopper suivant des sch&#233;mas de rentabilit&#233; id&#233;ale, sans souci de l'homme. Pour conclure sur l'impression que tous ces cours que nous avons tous suivis plus ou moins longtemps ont repr&#233;sent&#233;, pour une grande partie d'entre nous, une incitation &#224; la d&#233;mission plut&#244;t qu'un enrichissement personnel, comme beaucoup l'esp&#233;raient et le demandaient. Mais beaucoup de travailleurs LIP ont compris qu'il &#233;tait autrement enrichissant pour eux de se r&#233;unir au sein d'un collectif de travail, et que c'&#233;tait, encore &#224; ce moment du conflit, l'arme la plus efficace pour r&#233;soudre avant la fin de l'ann&#233;e 1974 les probl&#232;mes encore pos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dis-moi ton salaire, je te dirai &#224; quel savoir tu as droit &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De cette p&#233;riode de formation (il faut bien l'appeler ainsi !) on peut au moins retenir deux choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Que la d&#233;termination des contenus de la formation a &#233;t&#233; le probl&#232;me essentiel de tous les groupes. Pour les O.S., il ne s'agit que de travail manuel : rien d'autre ne leur a &#233;t&#233; propos&#233;. Et pourtant, ils avaient fait bien autre chose durant les 10 premiers mois de lutte ! Pour les autres, on peut r&#233;sumer la rigidit&#233; du contenu par cette phrase : &#171; Libre &#224; vous de tout prendre, mais ce que l'on vous donne, et rien d'autre. &#187; Tous les d&#233;sirs exprim&#233;s ont &#233;t&#233; repouss&#233;s parcs qu'ils ne correspondaient pas &#224; la scolarit&#233; propos&#233;e aux enfants.&lt;br class='autobr' /&gt;
2) Que la m&#233;thode d'enseignement est toujours bas&#233;e sur la probl&#233;matique suivante : une personne poss&#232;de un savoir qu'elle a appris et qu'elle doit redonner. Sans que cela soit possible de le discuter ou de le remettre en question. En partant du principe que les travailleurs ne savent rien, puisqu'ils ne sont que des travailleurs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande majorit&#233; des stagiaires ne se sont pas laiss&#233;s enfermer dans cette &#171; formation continu(ellement) bidon &#187;. Parce que l'objectif des travailleurs &#233;tait toujours de retrouver leur emploi &#224; l'usine de Palente. Mais il fallait rappeler, au moins pour un effet de contraste, ce que les travailleurs de Salamander &#224; Romans ont appel&#233; &#171; l'imposture de la solution-formation &#187; pour r&#233;gler les conflits du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, la v&#233;ritable formation a correspondu &#224; toute la p&#233;riode de la lutte, &#224; son organisation et &#224; son d&#233;veloppement. La mise en place d'un dispositif de formation formelle, d'un processus de formation h&#233;t&#233;ronome dont nous &#233;tions si peu partie prenante et avec des contenus aussi insignifiants, n'a &#233;t&#233; qu'un &#233;pisode pendant lequel il s'agissait surtout d'assurer le retour de tous &#224; l'usine. Le retour &#224; l'usine n'a pas signifi&#233; la fin du combat : il faut conserver et d&#233;velopper les acquis de la lutte. Cela est clair pour ce qui est du d&#233;bat d&#233;mocratique &#224; l'int&#233;rieur de l'organisation ouvri&#232;re. C'est dire que c'est cette lutte et ce d&#233;bat permanent qui sont notre lieu de formation. C'est dire, d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, qu'il n'y a pas de solution-formation pour la classe ouvri&#232;re autre que celle qui consiste &#224; se former elle-m&#234;me. C'est notre mani&#232;re de r&#233;pondre &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la formation professionnelle continue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La supercherie de l' &#171; externalisation des t&#226;ches domestiques &#187;</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article165</link>
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		<dc:date>2021-10-23T16:49:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois-Xavier Devetter, Sandrine Rousseau</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les mesures gouvernementales en faveur des &#171; services &#224; la personne &#187; sont pr&#233;sent&#233;es comme la volont&#233; d'exploiter un gisement d'emplois. Peu de voix se sont &#233;lev&#233;es contre cet objectif. Tout au plus la m&#233;thode, appuy&#233;e sur une logique de d&#233;fiscalisation des d&#233;penses des plus ais&#233;s, a &#233;t&#233; critiqu&#233;e. Si cet &#233;l&#233;ment est assur&#233;ment in&#233;galitaire, il nous semble que les incitations &#224; la cr&#233;ation d'emplois dans ce secteur sont n&#233;gatives sur bien d'autres aspects. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il convient tout d'abord de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les mesures gouvernementales en faveur des &#171; services &#224; la personne &#187; sont pr&#233;sent&#233;es comme la volont&#233; d'exploiter un gisement d'emplois. Peu de voix se sont &#233;lev&#233;es contre cet objectif. Tout au plus la m&#233;thode, appuy&#233;e sur une logique de d&#233;fiscalisation des d&#233;penses des plus ais&#233;s, a &#233;t&#233; critiqu&#233;e. Si cet &#233;l&#233;ment est assur&#233;ment in&#233;galitaire, il nous semble que les incitations &#224; la cr&#233;ation d'emplois dans ce secteur sont n&#233;gatives sur bien d'autres aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il convient tout d'abord de mieux cerner la nature de ces services et des emplois tant esp&#233;r&#233;s. Il est remarquable que ,dans la plupart des discours sur la question, la nature des activit&#233;s encourag&#233;es demeure tr&#232;s floue : services informatiques, assistance aux personnes &#226;g&#233;es, conciergerie d'entreprise, voire tout simplement &#171; nouveaux services &#187; sans plus de pr&#233;cisions. L'&#233;nonc&#233; des services cr&#233;&#233;s passe le plus souvent sous silence le m&#233;nage &#224; domicile. Ainsi, dans un des rares textes publi&#233;s sur l'&#233;mergence d'entreprises de ce secteur, le m&#233;nage n'est &#224; aucun moment cit&#233;... sauf lorsqu'il s'agit de trouver un exemple d'entreprise existant r&#233;ellement (Saint Martin, 2006). Or actuellement, selon les pr&#233;visions les plus s&#233;rieuses (Sebeil, 2002, par exemple), il est clair que le m&#233;nage &#224; domicile repr&#233;sente une part consid&#233;rable des activit&#233;s d&#233;velopp&#233;es : &#224; c&#244;t&#233; des services de garde des enfants et d'assistance aux personnes &#226;g&#233;es, les femmes de m&#233;nage repr&#233;sentent ainsi au moins un tiers des emplois attendus. Nous pouvons donc en partie repr&#233;ciser la question qui nous occupe : quelles sont les cons&#233;quences sociales d'une politique d'incitation &#224; la cr&#233;ation d'emplois de femmes de m&#233;nage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, nous reviendrons sur le caract&#232;re tr&#232;s sp&#233;cifique de cet emploi, dont l'existence et le d&#233;veloppement ne peuvent que s'appuyer sur un cumul d'injustices et d'in&#233;galit&#233;s. Dans un second temps, nous nous int&#233;resserons au mod&#232;le de soci&#233;t&#233; qu'implique une plus grande externalisation des t&#226;ches domestiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des emplois injustes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour affirmer le caract&#232;re injuste des emplois de m&#233;nage &#224; domicile nous reprendrons la d&#233;finition de la justice de Nancy Fraser, &#224; savoir qu'une situation est juste si elle permet une &#171; parit&#233; de participation &#187; souscrivant alors &#224; deux crit&#232;res compl&#233;mentaires : une reconnaissance sociale minimale, d'une part, et une capacit&#233; mat&#233;rielle de participation et d'ind&#233;pendance de l'autre (Fraser, 2004). Ce sont ces deux crit&#232;res que nous allons &#233;tudier successivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un d&#233;ficit de reconnaissance&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Fraser accorde une place fondamentale &#224; la demande de reconnaissance sociale des individus, pour qu'ils puissent pleinement appartenir &#224; la soci&#233;t&#233;. Le crit&#232;re de reconnaissance doit &#234;tre entendu dans une acception normative et non psychologique. La reconnaissance est ici une question de statut social plus que d'identit&#233;, et elle doit permettre de reconna&#238;tre l'autre comme partenaire &#224; part enti&#232;re dans l'interaction sociale. Ainsi, l'absence de reconnaissance passe par l'imbrication d'in&#233;galit&#233;s sociales et par le refus de reconnaissance. L'activit&#233; de m&#233;nage &#224; domicile est, en ce sens, marqu&#233;e par une d&#233;valorisation tr&#232;s forte qui la place dans une situation d&#233;favorable en termes de reconnaissance sociale. Plusieurs &#233;l&#233;ments concourent &#224; ce r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il semble que la nature des t&#226;ches tende &#224; &#234;tre d&#233;valoris&#233;e et d&#233;valorisante pour les personnes les effectuant. Certes, il ne faut pas tomber dans une naturalisation trop forte des t&#226;ches, et il est clair qu'historiquement des activit&#233;s rejet&#233;es ont fini par obtenir une visibilit&#233; sociale meilleure, voire enviable. N&#233;anmoins, il nous semble que la gestion de la salet&#233; fait partie des activit&#233;s les plus difficiles &#224; valoriser, comme le montre par exemple Michael Walzer (1997). Historiquement, en effet, et m&#234;me dans les soci&#233;t&#233;s les plus &#233;galitaires, comme les kibboutz ou les phalanst&#232;res, construites autour de la notion d'&#233;galit&#233; (ce qui est loin d'&#234;tre le cas d'autres soci&#233;t&#233;s et notamment la n&#244;tre), les t&#226;ches de m&#233;nage n'ont jamais pu &#234;tre g&#233;r&#233;es comme les autres, gardant un statut &#224; part et d&#233;grad&#233;. Ainsi le fait de nettoyer la salet&#233; des personnes dans leur intimit&#233; reste marqu&#233; n&#233;gativement, au plan symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute ce qui explique l'&#233;mancipation politique tardive des personnes effectuant le m&#233;nage en tant que domestiques. Elles n'acc&#232;dent en effet pas &#224; la citoyennet&#233; au moment de la R&#233;volution Fran&#231;aise, et la R&#233;publique tardera &#224; leur accorder le droit de vote (d'Iribarne, 1997). Aujourd'hui encore, la convention collective du particulier employeur porte sur des emplois d&#233;sign&#233;s par des termes directement issus de la domesticit&#233; : on y parle de &#171; valets de chambre &#187;, de &#171; repasseuse &#187; ou encore de &#171; femmes de chambre &#187;. Et si ces personnes sont aujourd'hui des citoyens par leur droit de vote, elles ont encore beaucoup de difficult&#233;s &#224; faire valoir leurs droits sur leur lieu de travail. L'inspection du travail n'ayant pas l'autorisation d'entrer au domicile des particuliers, les femmes de m&#233;nage sont de fait priv&#233;es d'une partie de la protection accord&#233;e par l'&#201;tat &#224; tout salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ficit de reconnaissance sociale ne semble pas pouvoir &#234;tre combl&#233; aujourd'hui, malgr&#233; l'augmentation du nombre d'emplois qui pourrait laisser penser &#224; une sorte de banalisation. En effet, ce type d'emplois s'appuie sur l'absence apparente de qualifications sp&#233;cifiques. Les qualit&#233;s requises sont consid&#233;r&#233;es comme &#171; naturelles &#187; ou &#171; inn&#233;es &#187; et surtout tr&#232;s largement partag&#233;es, chacun pouvant autoproduire le service de m&#233;nage &#224; son domicile. Or, selon Axel Honneth (2002, p.152), &#171; une personne ne peut se juger estimable que si elle se sent reconnue dans des prestations qui ne pourraient &#234;tre aussi bien assur&#233;es par d'autres &#187;. L'estime de soi doit s'appuyer sur la participation &#224; un processus de production dont l'utilit&#233; est collective, et auquel chacun collabore de mani&#232;re sp&#233;cifique. La division du travail sur laquelle reposent les emplois de femmes de m&#233;nage n'est pas conforme &#224; l'id&#233;e d'une division coop&#233;rative et d&#233;mocratique du travail telle qu'on la retrouve chez Mead par exemple. Cette affirmation rejoint le constat de Christian Baudelot et Michel Gollac : les femmes de m&#233;nage ont &#233;t&#233; les seules &#224; interpr&#233;ter de mani&#232;re diff&#233;rente la question qui leur &#233;tait pos&#233;e (comme &#224; toutes les autres cat&#233;gories de salari&#233;s) : &#171; Vous arrive-t-il parfois d'&#233;prouver dans votre travail l'impression que ce que vous faites n'importe qui pourrait le faire ? &#187; Si pour les autres professions, une r&#233;ponse positive est per&#231;ue comme d&#233;valorisante (n&#233;gation d'une qualification), pour les femmes de m&#233;nage elle peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un signe positif de &#171; normalit&#233; &#187; de la profession et du refus de son caract&#232;re d&#233;valorisant (Baudelot, Gollac, 2003, pp.83-84). En l'absence de qualifications sp&#233;cifiques, la seule raison d'une d&#233;l&#233;gation de ces t&#226;ches &#224; d'autres repose sur leur p&#233;nibilit&#233; (et leur faible co&#251;t) (Kauffman, 1997)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ne sont pas compris dans cette analyse les cas de m&#233;nage &#224; domicile chez les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et c'est sans doute l&#224; l'&#233;l&#233;ment essentiel d'une impossible valorisation de ces emplois : certains se sp&#233;cialisant dans ce que d'autres peuvent, mais ne veulent pas faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est utile de distinguer les t&#226;ches des personnes, remarquons toutefois que le passage par un emploi de femme de m&#233;nage ne permet que rarement d'acc&#233;der &#224; des emplois plus qualifi&#233;s ou plus valoris&#233;s. Les personnes sur ces postes sont le plus souvent des femmes en situation de rupture sociale, ce qui en fait un emploi non transitoire, accept&#233; en fin de trajectoire professionnelle, et per&#231;u comme un &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les emplois de m&#233;nage &#224; domicile sont particuli&#232;rement mal consid&#233;r&#233;s socialement. Les raisons &#233;voqu&#233;es pr&#233;c&#233;demment sont probablement partielles, mais l'essentiel ici est que le constat est relativement sans appel. Une &#233;tude empirique aupr&#232;s d'&#233;tudiants en &#233;cole d'ing&#233;nieur peut l'illustrer : lorsqu'il est demand&#233; de classer des emplois selon leur degr&#233; de d&#233;sirabilit&#233; pour eux-m&#234;mes durant leurs &#233;tudes ou pour un(e) ami(e) n'ayant pas fait d'&#233;tudes, le m&#233;nage &#224; domicile arrive loin derri&#232;re les autres situations propos&#233;es comme agent de s&#233;curit&#233;, employ&#233; dans la restauration rapide ou manutentionnaire. La perception de l'emploi est tr&#232;s n&#233;gative, d'autant qu'&#224; ce manque de reconnaissance s'ajoute une situation tr&#232;s d&#233;grad&#233;e dans la distribution des avantages &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un d&#233;ficit dans la distribution des avantages &#233;conomiques&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est tr&#232;s difficile de porter un jugement objectif sur les conditions de travail et de r&#233;mun&#233;ration des femmes de m&#233;nage, en l'absence de donn&#233;es statistiques significatives. Les principales donn&#233;es disponibles sur ce th&#232;me seraient celles issues du compl&#233;ment &#171; Conditions de Travail &#187; r&#233;alis&#233; avec l'Enqu&#234;te Emploi de 1998. Malheureusement, les &#171; employ&#233;s de maison et femmes de m&#233;nage &#187; interrog&#233;s dans ce cadre ne sont que 239. Certes, sur la base de cet &#233;chantillon, il ressort que cette cat&#233;gorie de salari&#233;s d&#233;clare tr&#232;s largement subir une p&#233;nibilit&#233; du travail li&#233;e au fait de rester debout (92 % contre 51 % des autres employ&#233;s). Ils d&#233;clarent &#233;galement davantage que la moyenne des employ&#233;s des postures (54 %) et des mouvements p&#233;nibles (42 %). La taille r&#233;duite de l'&#233;chantillon doit nous inciter &#224; prendre ces r&#233;sultats avec prudence, mais ils sont toutefois largement confirm&#233;s par les enqu&#234;tes sociologiques effectu&#233;es sur ce secteur d'emploi. Les publications de J.-C. Kaufman (1997), A. Dussuet (2002), T. Angelof (2000) ou K. Vaselin (2001, 2002) (pour se limiter aux travaux fran&#231;ais) s'accordent sur le constat d'un travail p&#233;nible, faiblement r&#233;mun&#233;r&#233; (et n'assurant pas toujours un revenu sup&#233;rieur au seuil de pauvret&#233;), pr&#233;caire, marqu&#233; par l'isolement et des contraintes temporelles excessives. Il en va de m&#234;me des entretiens men&#233;s par nos soins aupr&#232;s des employeurs des nouvelles entreprises cr&#233;&#233;es sur le secteur : l'organisation du travail et les conditions de r&#233;mun&#233;ration, par exemple, ne sont pas meilleures que dans le gr&#233; &#224; gr&#233;, notamment du fait de la faiblesse des marges obtenues par les entreprises (Devetter, Rousseau, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de r&#233;mun&#233;ration, 43 % des employ&#233;s de maison et femmes de m&#233;nage d&#233;clarent toucher moins de 380 euros mensuels (Enqu&#234;te Emploi, 2002). Ces salaires mensuels ne s'expliquent pas par une faible r&#233;mun&#233;ration horaire, mais la faiblesse du nombre d'heures travaill&#233;es. Il semble en effet difficile (si ce n'est impossible) de travailler &#224; temps plein en tant que femme de m&#233;nage. Outre la p&#233;nibilit&#233; importante du travail qui rend le temps plein difficile &#224; supporter, surtout pour des femmes plut&#244;t &#226;g&#233;es, leur r&#233;mun&#233;ration se fonde sur le temps pass&#233; au domicile des clients. Contrairement &#224; d'autres emplois de services r&#233;mun&#233;r&#233;s sur la base de 35 heures par semaine, quel que soit le temps pass&#233; sur le lieu de production du service, les femmes de m&#233;nage ne sont pay&#233;es que lorsqu'elles sont &#224; pied d'&#339;uvre. Ainsi la multiplication du nombre de clients entra&#238;ne la multiplication des temps de transport (non r&#233;mun&#233;r&#233;s dans l'ensemble des entreprises que nous avons interrog&#233;es, et conform&#233;ment &#224; la convention collective). Le temps moyen d'intervention au domicile &#233;tant de 3 heures (Enqu&#234;te Emploi du Temps, 1998), lorsque ces employ&#233;es font le m&#233;nage chez deux personnes, elles n'ont travaill&#233; que 6 heures et ne peuvent que difficilement &#171; faire une troisi&#232;me maison &#187;. Ainsi, l'organisation m&#234;me de l'emploi emp&#234;che la constitution d'un temps plein, y compris au sein d'associations prestataires. Il est tout de m&#234;me remarquable que nous ayons affaire &#224; un m&#233;tier qui concentre une part non n&#233;gligeable des working poors, le revenu de ces emplois ne permettant pas toujours de d&#233;passer le seuil de pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cumul de situations d&#233;favorables rend particuli&#232;rement complexe une am&#233;lioration de la situation des salari&#233;es concern&#233;es, et cela d'autant plus que leur d&#233;veloppement s'inscrit dans un cadre fonci&#232;rement in&#233;galitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; in&#233;gal et productiviste&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, l'existence m&#234;me des emplois de femmes de m&#233;nage repose sur les in&#233;galit&#233;s sociales, tandis que leur d&#233;veloppement entretient ces m&#234;mes in&#233;galit&#233;s. Par ailleurs, la division sociale du travail qui en d&#233;coule favorise et s'articule parfaitement avec une orientation productiviste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Des emplois qui n'existent que gr&#226;ce aux in&#233;galit&#233;s&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La dimension in&#233;galitaire de ces emplois se manifeste tout d'abord par l'absence de m&#233;canismes d'allocation de ces t&#226;ches p&#233;nibles, reconnues comme socialement l&#233;gitimes. Comme le montre notamment Walzer (1997), les travaux p&#233;nibles peuvent &#234;tre r&#233;partis de diff&#233;rentes mani&#232;res, pour certaines socialement acceptables : que ce soit sur la base par exemple d'in&#233;galit&#233;s consid&#233;r&#233;es l&#233;gitimes (l'&#226;ge par exemple) ou encore suivant un principe de r&#233;ciprocit&#233; ou une sorte de &#171; tour de r&#244;le &#187;. Or, aucun de ces m&#233;canismes n'est &#224; l'&#339;uvre dans le cas des services domestiques. L'&#226;ge par exemple : en g&#233;n&#233;ral les t&#226;ches les plus p&#233;nibles physiquement sont allou&#233;es aux jeunes et/ou aux hommes. Ici, les femmes de m&#233;nage, comme leur nom l'indique, sont des femmes et leur moyenne d'&#226;ge est &#233;lev&#233;e en comparaison d'autres professions non qualifi&#233;es (SYDO, 2005). Par ailleurs, le principe de r&#233;ciprocit&#233; ou du &#171; chacun son tour &#187; n'est ici pas appliqu&#233; : les femmes de m&#233;nage n'ont pas recours elles-m&#234;mes &#224; d'autres femmes de m&#233;nage, et les employeurs (ou clients selon la structure) n'ont que tr&#232;s rarement (pour ne pas dire jamais) occup&#233; eux-m&#234;mes l'emploi avant de le confier &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, la demande de services domestiques n'est pas appuy&#233;e sur des besoins &#171; objectifs &#187;, d&#233;finis collectivement et reconnus socialement, mais sur le seul niveau de revenu. Les analyses &#233;conom&#233;triques font clairement ressortir que les &#171; besoins &#187; (li&#233;s &#224; l'activit&#233; f&#233;minine ou la pr&#233;sence d'enfants par exemple) n'expliquent que tr&#232;s marginalement le recours &#224; une femme de m&#233;nage. Seul le niveau de revenu est r&#233;ellement explicatif. Ainsi la proportion de m&#233;nages (dont la personne de r&#233;f&#233;rence a moins de 70 ans) employant une femme de m&#233;nage ne devient significative que pour le 10e d&#233;cile de la distribution des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;tudes am&#233;ricaines comparant le volume d'emploi dans ce secteur entre les grandes villes am&#233;ricaines concluent &#233;galement que le principal d&#233;terminant du nombre d'emplois de femmes de m&#233;nage n'est ni l'activit&#233; f&#233;minine, ni d'autres &#171; besoins &#187; &#233;ventuels, ni m&#234;me le seul revenu des m&#233;nages, mais plus encore le degr&#233; d'in&#233;galit&#233;s, notamment au sein de la distribution des salaires f&#233;minins (Milkman et alii, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'in&#233;galit&#233; n'est pas seulement &#233;conomiquement n&#233;cessaire (n&#233;cessit&#233; de diff&#233;rentiels de salaire &#233;lev&#233;s comme pour tous les services aux particuliers), elle est &#233;galement symboliquement utile : Bridget Anderson montre par exemple que la g&#234;ne li&#233;e &#224; la d&#233;l&#233;gation de t&#226;ches domestiques est combattue, du point de vue du client, notamment via l'aide apport&#233;e par l'employeur &#224; la salari&#233;e intervenant &#224; son domicile. Ainsi, les personnes recourant aux services d'une femme de m&#233;nage aident par exemple les enfants des salari&#233;es dans le cadre d'un soutien scolaire, ce qui ne fait finalement que renforcer le d&#233;calage social. Pour le dire cr&#251;ment, on ne fait pas faire son m&#233;nage &#224; un semblable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une division sociale du travail favorable au productivisme&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la division sociale du travail qui d&#233;coule du d&#233;veloppement des emplois &#224; domicile, et plus particuli&#232;rement du m&#233;nage, est fonci&#232;rement in&#233;galitaire, elle s'articule &#233;galement avec une vision tr&#232;s productiviste de la soci&#233;t&#233;. En effet, ces emplois sont cens&#233;s permettre un engagement plus grand des individus &#171; les plus productifs &#187; dans leur travail. Les discours relatifs aux emplois de services &#224; la personne sont sans ambigu&#239;t&#233; : ils doivent faciliter la conciliation vie professionnelle &#8211; vie priv&#233;e des actifs, et permettre &#233;ventuellement un accroissement choisi du temps de travail. En ce sens, la politique de promotion des services domestiques est parfaitement coh&#233;rente avec la volont&#233; de favoriser un temps de travail &#171; choisi &#187;, permettant de &#171; travailler plus pour gagner plus &#187;. Et on peut v&#233;rifier que les employeurs de femmes de m&#233;nage ont bien un temps de travail sensiblement sup&#233;rieur &#224; la moyenne (Enqu&#234;te Budget des m&#233;nages, 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution in&#233;galitaire des temps de travail (croissance du temps de travail des cadres et diminution forte, via le temps partiel, des temps de travail des ouvriers et employ&#233;s) ob&#233;it &#224; la m&#234;me logique d'accroissement de la division sociale du travail (Gershuny, 2005). La marchandisation des t&#226;ches domestiques encourage la transformation des gains de productivit&#233; en r&#233;mun&#233;ration suppl&#233;mentaire et non en temps libre. Ce choix a &#233;videmment des cons&#233;quences environnementales non n&#233;gligeables, comme le rappelle notamment Juliet Schor (2005). Lorsqu'un actif travaille plus de 45 heures, on observe en effet des &#233;volutions de consommation dans trois domaines particuli&#232;rement importants : les d&#233;penses de transports en commun baissent, les voyages &#224; forfaits (incluant le plus souvent un transport a&#233;rien) croissent consid&#233;rablement et les d&#233;penses de &#171; repas pris &#224; l'ext&#233;rieur &#187; augmentent &#233;galement, alors que ceux-ci ont une empreinte &#233;cologique de 4 fois sup&#233;rieure &#224; celle d'un repas pris au domicile (Wiedmann et alii, 2006). Les temps de travail &#233;lev&#233;s sont le plus souvent le fait de cat&#233;gories socio-professionnelles sup&#233;rieures, donc &#224; revenu &#233;lev&#233;. Or, la pollution &#233;tant tr&#232;s li&#233;e &#224; la consommation, c'est sans doute l&#224; le lien essentiel entre temps de travail et externalit&#233;s (Devetter, 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux travaux f&#233;ministes soulignent &#233;galement que le d&#233;veloppement des emplois de m&#233;nage &#224; domicile signale l'&#233;chec d'une redistribution des t&#226;ches domestiques au sein du m&#233;nage. Pour soulager la femme, le couple emploie une femme de m&#233;nage. Ainsi, le partage des t&#226;ches domestiques, qui serait sans doute une mani&#232;re d'all&#233;ger la double journ&#233;e de travail des femmes, trouve l&#224; un exutoire facile pour les hauts revenus. La &#171; d&#233;faite &#187; des femmes actives au sein de leur m&#233;nage est alors compens&#233;e par leur victoire face aux femmes des classes plus d&#233;favoris&#233;es (Romero, 2002), (Anderson, 2001 ; 2006). En ce sens, les emplois &#224; domicile sont embl&#233;matiques d'un choix de soci&#233;t&#233; privil&#233;giant des temps de travail longs et une marchandisation accrue des activit&#233;s domestiques aux d&#233;pens d'un mod&#232;le privil&#233;giant la r&#233;duction du temps de travail et le partage &#233;galitaire des t&#226;ches domestiques. L'&#233;volution de la politique su&#233;doise vis-&#224;-vis des emplois domestiques illustre cet aspect. Apr&#232;s la mise en place en France du ch&#232;que emploi service, un d&#233;bat a eu lieu en Su&#232;de sur la m&#234;me question. Finalement, le dispositif n'y a pas &#233;t&#233; mis en place, au motif que les emplois de femmes de m&#233;nage &#233;taient d&#233;valorisants pour les femmes, et que l'&#233;galit&#233; n&#233;cessitait un partage des t&#226;ches domestiques. Aujourd'hui la question est relanc&#233;e : le travail des femmes et le faible partage des taches au sein du couple, d&#233;gradant la situation des femmes de ce pays et favorisant l'emploi de femmes de m&#233;nage non d&#233;clar&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les emplois de m&#233;nage &#224; domicile cumulent d&#233;ni de reconnaissance et d&#233;ficit d'avantages &#233;conomiques. En ce sens, nous pouvons consid&#233;rer l'incitation &#224; leur cr&#233;ation comme injuste. Certes, les plans de promotion de ces emplois ont pris acte de leur faible attractivit&#233;, mais les mesures de structuration de l'offre semblent clairement insuffisantes pour am&#233;liorer la situation de salari&#233;s dont l'emploi repose d'abord sur des in&#233;galit&#233;s sociales et symboliques importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, la logique de promotion de ces emplois n'est pas simplement le d&#233;sir d'exploiter un gisement d'emplois, mais s'articule au contraire parfaitement avec un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; fond&#233; sur une division sociale du travail accrue, permettant la marchandisation de nouvelles activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la critique de ces politiques et le rejet de ce type d'emploi ne peuvent s'inscrire que dans une perspective &#171; id&#233;ale &#187; et laissent, au contraire, ouvertes des questions de morale concr&#232;tes. Ainsi, par exemple, les injustices que vivent les femmes de m&#233;nage immigr&#233;es sont potentiellement plus faibles que celles qu'elles auraient v&#233;cues en l'absence de ce type d'emploi... L'obtention d'un emploi de m&#233;nage &#224; domicile peut alors d'un point de vue individuel &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un progr&#232;s. Ce constat favorise le combat pour une meilleure reconnaissance de ces emplois, mais n'annule cependant pas l'objectif, plus lointain, d'une soci&#233;t&#233; o&#249; cette forme d'emploi n'aurait plus lieu d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ne sont pas compris dans cette analyse les cas de m&#233;nage &#224; domicile chez les personnes &#226;g&#233;es qui entrent dans un cadre diff&#233;rent et ne constituent par ailleurs pas la majorit&#233; de ces emplois.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>F&#233;minisme, d&#233;croissance et travail postmoderne</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article164</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard GUIBERT</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je partirai d'un slogan qui m'avait un moment s&#233;duit dans la pr&#233;campagne pr&#233;sidentielle de 2006 : &#171; Diviser par deux la double journ&#233;e de travail des femmes ! &#187; C'est d'abord &#233;videmment une mani&#232;re &#233;nergique de faire de la &#171; d&#233;croissance &#187; ! Nul ne doute ensuite que la seconde journ&#233;e effectu&#233;e &#224; la maison ne corresponde &#224; des travaux socialement utiles et m&#234;me incontournables pour assurer la perp&#233;tuation de l'esp&#232;ce humaine. Donc il faudra bien que du travail &#171; masculin &#187; compense la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je partirai d'un slogan qui m'avait un moment s&#233;duit dans la pr&#233;campagne pr&#233;sidentielle de 2006 : &#171; Diviser par deux la double journ&#233;e de travail des femmes ! &#187; C'est d'abord &#233;videmment une mani&#232;re &#233;nergique de faire de la &#171; d&#233;croissance &#187; ! Nul ne doute ensuite que la seconde journ&#233;e effectu&#233;e &#224; la maison ne corresponde &#224; des travaux socialement utiles et m&#234;me incontournables pour assurer la perp&#233;tuation de l'esp&#232;ce humaine. Donc il faudra bien que du travail &#171; masculin &#187; compense la suppression de la deuxi&#232;me journ&#233;e des femmes. D'o&#249; cr&#233;ation massive d'emplois pour les hommes. CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; est l'erreur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur consiste &#224; assimiler les t&#226;ches domestiques &#224; du travail (premi&#232;re partie) : elle devient manifeste si on s'aventure &#224; faire un parall&#232;le entre l'exode rural des Trente glorieuses alimentant l'industrialisation urbaine avec ce qu'on pourrait attendre de la &#171; salarisation du travail domestique &#187;, via la g&#233;n&#233;ralisation des &#171; ch&#232;ques emploi service universel &#187; (CESU) ou l'extension aux &#171; femmes au foyer &#187; du &#171; salaire maternel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, finalement &#171; f&#233;minisme et d&#233;croissance &#187; pousseront dans le sens d'une soci&#233;t&#233; de pleine activit&#233; et de revenu suffisant pour tous, mais au prix d'une forte relativisation du travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;da, Dominique, Le Travail, une valeur en voie de disparition, Aubier, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au sein de toute une palette d'activit&#233;s (deuxi&#232;me partie) qui vont des moins nobles, le travail proprement dit, vers les plus nobles, l'action (civique), en passant par les &#339;uvres (artistiques et intellectuelles) selon la terminologie d'Hannah Arendt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arendt, Hannah, Condition de l'homme moderne, Calmann-L&#233;vy, Paris, 1983.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne pourra se faire qu'au prix de deux bouleversements de notre conception du travail qui am&#232;neront &#224; le &#171; transsubstantier &#187; en &#171; travail postmoderne &#187; sur le mod&#232;le de t&#226;ches domestiques qui auraient compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; leurs potentialit&#233;s positives. Le premier renversement consiste &#224; remplacer la productivit&#233; de la division croissante du travail &#224; la Adam Smith par celle, diam&#233;tralement oppos&#233;e, des synergies des diff&#233;rents types d'activit&#233;s parmi lesquelles il y a du travail, c'est-&#224;-dire la &#171; d&#233;formalisation &#187; du travail (troisi&#232;me partie). Le second consiste &#224; substituer &#224; la r&#233;gulation par les &#233;changes marchands des travaux s&#233;par&#233;s par la division du travail celle de la &#171; palabre &#187;, autrement dit celle de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative (quatri&#232;me partie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ressort de la d&#233;monstration de toute cette contribution est assez simple : elle consiste &#224; prendre au s&#233;rieux et jusqu'au bout l'anthropologie d'Arendt, en ne la limitant pas &#224; ce qu'elle appelle la vie active, mais en compl&#233;tant cette derni&#232;re par la reconnaissance mutuelle des &#339;uvres et des actions de chacun (vie contemplative), afin d'aboutir au plein &#233;panouissement de l'&#234;tre humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et si la deuxi&#232;me journ&#233;e de la femme &#233;tait salari&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Supposons d'abord que la &#171; deuxi&#232;me journ&#233;e &#187; des femmes qui se sont &#171; &#233;mancip&#233;es &#187; gr&#226;ce &#224; un travail salari&#233; dans les soci&#233;t&#233;s occidentales contemporaines soit aussi du travail salari&#233;, sous la forme par exemple d'un salaire maternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les gains de productivit&#233; au sein de la famille pourraient-ils cr&#233;er des emplois salari&#233;s ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;tant donn&#233; que les solidarit&#233;s avec les personnes &#226;g&#233;es passent de moins en moins par les solidarit&#233;s familiales, la deuxi&#232;me journ&#233;e de travail des femmes &#224; la maison qui serait par hypoth&#232;se salari&#233;e s'analyse en prestation de services au mari et en soins aux enfants. On pourrait donc imaginer que les Caisses d'allocations familiales d&#233;partementales deviennent les employeurs des femmes pour leur deuxi&#232;me journ&#233;e de travail (comme elles le sont juridiquement &#224; l'heure actuelle pour les cotisations retraite des &#171; femmes au foyer &#187;). Les salaires vers&#233;s seraient financ&#233;s par des cotisations employeurs correspondant &#224; l'amortissement du &#171; capital variable fixe &#187; dont les Caisses d'allocations familiales auraient fait &#171; l'avance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette hypoth&#232;se les directeurs-entrepreneurs des Caisses d'allocations familiales seraient tent&#233;s de &#171; rationaliser &#187; le travail domestique gr&#226;ce aux bonnes vieilles m&#233;thodes fordiennes &#233;prouv&#233;es de l'organisation scientifique du travail (OST). Les &#171; bureaux des m&#233;thodes d'organisation scientifique des t&#226;ches domestiques &#187; s'emploieraient, pour rentabiliser les capitaux investis dans ces nouvelles infrastructures, &#224; &#171; chasser les gaspillages &#187;, &#224; r&#233;duire les co&#251;ts, bref &#224; faire des gains de productivit&#233;. Ils financeraient des laboratoires de recherche appliqu&#233;e pour am&#233;liorer les outillages des t&#226;ches domestiques (&#233;lectrom&#233;nager par exemple) et pour conseiller les m&#233;nag&#232;res en mati&#232;re d'organisation en mettant en place des r&#233;seaux &#171; Tupperware &#187; permettant de mutualiser les &#171; bonnes pratiques &#187;. D'o&#249; une augmentation de la productivit&#233; globale de la reproduction de la force de travail. La cons&#233;quence indirecte en serait une diminution du poids relatif des salaires dans la valeur ajout&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution tendancielle de ce &#171; capitalisme pur &#187; peut &#234;tre pr&#233;vue en comparant avec l'&#233;volution de la paysannerie en France ou en Italie apr&#232;s la fin de la Seconde Guerre mondiale : les progr&#232;s de la productivit&#233; dans l'agriculture ont &#171; lib&#233;r&#233; &#187; (exode rural) une main-d'&#339;uvre qui est venue alimenter dans les banlieues des villes du nord de chacun des deux pays l'essor des industries productrices de biens de consommation, selon un m&#233;canisme de &#171; vases communicants &#187; tr&#232;s bien d&#233;crit par Jean Fourasti&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fourasti&#233;, Jean, Les Trente glorieuses, ou la r&#233;volution invisible de 1946 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le caract&#232;re conjoncturellement r&#233;actionnaire de l'extension du Revenu social d'existence aux femmes au foyer&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ce sch&#233;ma est-il inacceptable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on abandonne les &#339;ill&#232;res de l'&#233;conomisme, pour &#233;couter les controverses &#224; l'int&#233;rieur du mouvement f&#233;ministe, on s'aper&#231;oit qu'il y a une querelle des anciennes et des modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les f&#233;ministes des ann&#233;es soixante-dix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Delphy, Christine. L'Ennemi principal, Syllepse, 1997.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'&#233;mancipation passait (peut-&#234;tre &#224; juste titre) par l'acquisition d'une activit&#233; professionnelle autonome : chaque femme devait avoir la libre disposition de l'argent de son salaire et de son corps pour avoir une &#171; chambre &#224; soi &#187; comme disait Virginia Woolf, quitte &#224; payer un &#171; droit de p&#233;age &#187; d'un montant exorbitant sur le march&#233; du travail (outre souvent un droit de &#171; cuissage &#187; sur le march&#233; matrimonial), une deuxi&#232;me journ&#233;e de travail, non pay&#233;e, une esp&#232;ce de &#171; rente en nature &#187; vers&#233;e au patriarcat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le long terme il faut certes r&#233;affirmer que cette revendication du Revenu social d'existence reste fondamentalement juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans la conjoncture actuelle, trente ans plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;da, Dominique, Le Temps des femmes. Pour un nouveau partage des r&#244;les, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la voie &#171; d'&#233;mancipation &#187; de la g&#233;n&#233;ration des femmes du baby-boom n'est plus praticable. Tout simplement parce qu'il n'y a pas plein-emploi : le contexte n'est plus keyn&#233;sien, mais, depuis le consensus de Washington de 1979, n&#233;o-lib&#233;ral. Les femmes qui se pr&#233;sentent sur le march&#233; du travail en sont les premi&#232;res exclues (ch&#244;mage diff&#233;rentiel, temps partiel subi et non choisi), et quand elles r&#233;ussissent &#224; y prendre pied elles y sont les plus pr&#233;caris&#233;es, les plus exploit&#233;es, les plus harcel&#233;es moralement et sexuellement, etc. Dans ces conditions, la revendication pour elles toutes d'un Revenu social d'existence (RSE), reviendrait en fait &#224; &lt;i&gt;substituer&lt;/i&gt; la salarisation de la deuxi&#232;me journ&#233;e de travail des femmes &#224; la premi&#232;re et non &#224; la rendre &lt;i&gt;compl&#233;mentaire&lt;/i&gt;, &#224; les priver tout simplement de tout &#171; premier revenu &#187;, &#224; les exclure d&#233;finitivement du march&#233; du travail salari&#233; et &#224; en faire des assist&#233;es ou des &#171; mineures &#187; &#224; vie. Certes il y aurait d&#233;croissance de la production, puisqu'on passerait de deux journ&#233;es de travail &#224; une. Mais cela reviendrait &#224; priver les femmes de leurs possibilit&#233;s &#171; d'&#233;mancipation &#187; &#233;conomique et politique gr&#226;ce &#224; une activit&#233; professionnelle reconnue socialement, et &#224; n'&#234;tre que nominalement salari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces cons&#233;quences politiques et id&#233;ologiques seraient &#233;videmment inacceptables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En outre, le concept de &#171; salaire familial &#187; est conceptuellement une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des plus nobles aux plus viles des t&#226;ches domestiques&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut replacer le travail salari&#233;, et m&#234;me le travail en g&#233;n&#233;ral, dans tout l'&#233;ventail des activit&#233;s humaines en adoptant l'anthropologie d'Arendt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le travail, l'&#339;uvre et l'action&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Arendt s'inspire de l'anthropologie de la Gr&#232;ce antique pour hi&#233;rarchiser les activit&#233;s en partant des moins nobles, le &#171; travail &#187; (mat&#233;riel), d&#233;volu alors aux esclaves pour satisfaire les besoins &#171; animaux &#187; (&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt;), pour aller vers les plus nobles, les &#171; actions &#187; des dirigeants politiques. Celles-ci sont m&#233;morables, c'est- &#224;-dire dignes d'&#234;tre retenues dans les annales de l'histoire de l'humanit&#233;. Ceux qui gouvernaient la cit&#233; &#233;taient les citoyens v&#233;ritables &#8211; les hommes pleinement &#171; libres &#187;. Entre ces deux extr&#234;mes, il y a les &#171; &#339;uvres &#187; artisanales, artistiques et intellectuelles. Dans le cas de l'artisanat, les &#171; &#339;uvres &#187; &#233;taient r&#233;serv&#233;es aux classes &#171; moyennes &#187;, &#8211; les hilotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Arendt d&#233;nonce (&#224; juste titre) une esp&#232;ce de &lt;i&gt;camera obscura&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;chelle des si&#232;cles, voire des mill&#233;naires, un renversement qui fait passer du Grec de l'Antiquit&#233; &#224; &#171; l'homme moderne &#187;. L'&#233;conomie dans la cit&#233; grecque d&#233;signe &#171; l'art &#187; du &#171; management des esclaves du domaine &#187; (&lt;i&gt;o&#239;kos&lt;/i&gt;), art indigne de l'attention des facteurs d'&#339;uvres et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; des acteurs politiques. &#192; l'&#233;poque moderne, l'&#233;conomie est sortie de l'espace domestique &lt;i&gt;priv&#233;&lt;/i&gt; (qui dans l'Antiquit&#233;, pour les citoyens qui &#233;taient tous des propri&#233;taires terriens, avait l'extension spatiale d'une latifundia) pour &#171; d&#233;terminer en derni&#232;re instance &#187; la totalit&#233; de l'espace &lt;i&gt;public&lt;/i&gt;. Au contraire, l'espace priv&#233; se restreint comme une peau de chagrin &#224; la dimension de la famille nucl&#233;aire quand ce n'est pas &#224; celle de l'individu compl&#232;tement isol&#233; de la &#171; foule solitaire &#187;. Et le pire est alors que la cat&#233;gorie de &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;, surtout sous sa forme salari&#233;e, phagocyte celles de &lt;i&gt;l'&#339;uvre&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;l'action&lt;/i&gt; au point de dissoudre toutes les s&#233;parations et de d&#233;truire toutes les articulations qu'il pouvait y avoir dans l'anthropologie grecque selon Arendt. La d&#233;nomination de &#171; salaire &#187; acquiert progressivement un quasi-monopole pour d&#233;signer tout &lt;i&gt;revenu&lt;/i&gt;, quelle que soit l'activit&#233;, travail, &#339;uvre ou action qui est cens&#233;e le justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet &#171; uniforme &#187; du salaire ne saurait dissimuler que toute activit&#233; humaine, que ce soit le travail de l'ouvrier sp&#233;cialis&#233; ou les t&#226;ches du foyer, combine de mani&#232;re invisible et en proportions variables de l'initiative et de la d&#233;cision (&lt;i&gt;action&lt;/i&gt;, gouvernement), de &lt;i&gt;l'&#339;uvre&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; machinal, non pas dans une monade isol&#233;e du reste de la soci&#233;t&#233;, mais dans des rapports de domination (action), d'information (&#339;uvre) ou de production (travail) d&#233;termin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'idol&#226;trie de l'argent qui d&#233;veloppe d&#233;sormais &#224; l'&#233;chelle du globe une &#233;quivalence g&#233;n&#233;ralis&#233;e des travaux, des &#339;uvres et des actions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Goux, Jean-Joseph, &#201;conomie et symbolique, Seuil, Paris, 1973.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'ali&#233;nation et la r&#233;ification g&#233;n&#233;ralis&#233;es du salariat au point que le culte de Mammon devienne un &#171; totalitarisme doux &#187; &#8211; un renversement &#171; l&#233;niniste &#187; consisterait &#224; &#171; remettre sur ses pieds ce que le lib&#233;ralisme a mis &#224; l'envers &#187; : &#171; l'&#339;uvre &#187; intellectuelle (de Marx par exemple) d'analyse des contradictions du capitalisme (alias le &#171; travail salari&#233; &#187;) &#233;claire &#171; l'action &#187; de l'avant-garde politique r&#233;volutionnaire pour lib&#233;rer l'humanit&#233; esclave du travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un f&#233;minisme-l&#233;ninisme ?&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait &#234;tre tent&#233; de transposer ce sch&#233;ma l&#233;niniste-arendtien &#224; l'&#233;mancipation f&#233;minine. Leur praxis du gouvernement de la maisonn&#233;e (&lt;i&gt;action&lt;/i&gt;) et leur capacit&#233; &#224; m&#233;tamorphoser en chefs-d'&lt;i&gt;&#339;uvre&lt;/i&gt; humains (&#339;uvres mat&#233;rielles artisanales de la couture et de la cuisine, &#339;uvres spirituelles de l'&#233;ducation et d'embellissement de la vie quotidienne, &#339;uvres de l'amour enfin) la simple et humble d&#233;pense d'&#233;nergie m&#233;canique ou animale (&lt;i&gt;animal laborans&lt;/i&gt;) donneraient aux femmes la mission historique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Analogue &#224; celle d&#233;volue au prol&#233;tariat par Marx, &#224; savoir de sauver toute (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de remettre sur ses pieds la hi&#233;rarchie des activit&#233;s humaines selon leur degr&#233; de noblesse, le travail, l'&#339;uvre, l'action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouve cette hi&#233;rarchie r&#233;tablie pour la ma&#238;tresse de maison de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;videmment saluer le progr&#232;s consid&#233;rable qui consiste &#224; ne pas rabattre toutes les activit&#233;s humaines sur le seul travail, comme a tendance &#224; le faire l'id&#233;ologie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les intuitions d'Arendt, qui d&#233;ploient l'&#233;ventail des activit&#233;s qui vont du travail &#224; l'action politique en passant par l'&#339;uvre, rejoignent celles d'Andr&#233; Gorz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gorz, Andr&#233;, M&#233;tamorphoses du travail, Qu&#234;te du sens, Critique de la raison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui distingue les &#171; activit&#233;s autonomes &#187; des &#171; activit&#233;s h&#233;t&#233;ronomes &#187; : les premi&#232;res consistent &#224; mettre la capacit&#233; individuelle &#171; d'action &#187; politique de chacun au &#171; poste de commandement &#187;. De m&#234;me le &#171; d&#233;sir de voir le bout de ses actes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gorz, Andr&#233;, Les chemins du paradis, Agonie du capital, Galil&#233;e, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; qu'il voit chez chacun d'entre nous peut se traduire en langage arendtien par l'aspiration &#224; int&#233;grer son &#171; travail &#187; dans une &#171; &#339;uvre &#187; personnelle. Mais ceux qui en restent &#224; la tripartition d'Arendt, travail, &#339;uvre, action, pour l'appliquer m&#233;caniquement &#224; toutes les activit&#233;s humaines, et donc en particulier aux activit&#233;s des femmes au sein de leurs familles, oublient qu'il ne s'agit l&#224; que de la moiti&#233; de son anthropologie. Ces trois types d'activit&#233;s sont ce qu'elle appelle la &lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt;. Elle les oppose &#224; la &lt;i&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt;. Et c'est cette derni&#232;re qui, dans l'Antiquit&#233;, constitue le &#171; bonheur supr&#234;me &#187;, l'enrichissement v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La productivit&#233; de la &#171; d&#233;formalisation &#187; du travail&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; l'&#233;poque postmoderne, la &lt;i&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt; peut-elle encore pr&#233;tendre &#171; produire &#187; de la richesse et du bien-&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'impossibilit&#233; de r&#233;guler les &#233;conomies informelles&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Si Arendt a segment&#233; la &lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt; en trois formes distinctes, elle a laiss&#233; la &lt;i&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt; indiff&#233;renci&#233;e. C'est que cette derni&#232;re est un en de&#231;&#224; de toute diff&#233;renciation, de toute formalisation et donc de toute s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui permet de revenir &#224; la soi-disant division sexuelle du travail. Les sociologues &#171; conventionnalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Boltanski, Luc, Th&#233;venot, Laurent, Les &#201;conomies de la grandeur, Cahiers du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, par exemple, analysent les diff&#233;rents modes sociaux de coordination des diff&#233;rentes activit&#233;s, et notamment ceux des activit&#233;s domestiques. Certes, ce faisant, ils brisent le monopole du mod&#232;le du march&#233;. Certes, ils d&#233;ploient tout un &#233;ventail de &#171; conventions &#187; et de &#171; cit&#233;s &#187; (marchandes, civiques, industrielles, aristocratiques, domestiques etc.) qui modulent et raffinent l'analyse extr&#234;mement grossi&#232;re et simpliste propos&#233;e par les thurif&#233;raires du march&#233;. Mais pour que les coordinations puissent agir par des &#171; r&#232;gles &#187; ou des &#171; conventions &#187;, encore faut-il que les activit&#233;s humaines (et en particulier les activit&#233;s f&#233;minines) aient fait l'objet d'un &#171; investissement de forme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est Laurent Th&#233;venot qui a introduit cette expression des &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Celui-ci est n&#233;cessaire pour les &#171; formater &#187; et ainsi les rendre mesurables et quantifiables, donc susceptibles d'&#234;tre mises en &#233;quivalence et de rentrer dans ces r&#233;gulations. Et de ce point de vue, en mettant la &#171; cit&#233; domestique &#187; sur le m&#234;me plan que les cit&#233;s marchandes, industrielles, etc., nos &#171; conventionnalistes &#187; pr&#233;supposent que les activit&#233;s au sein de la cit&#233; domestique ont fait l'objet des investissements de forme pr&#233;alables. Ces investissements de forme sont de m&#234;me nature que les &#171; disciplines &#187; ou les &#171; contr&#244;les &#187; qui ont format&#233; au cours de l'accumulation primitive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les c&#233;l&#232;bres analyses de Michel Foucault qui prolongent celles de Marx (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; la force de travail pour qu'elle puisse entrer dans les modes de coordination caract&#233;ristiques du pseudo-march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce n'est pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Premi&#232;re conception&lt;/i&gt; a minima &lt;i&gt;de l'informel comme &#171; halos &#187; et chevauchements entre travail, &#339;uvre et action&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, nos &#233;conomistes et sociologues &#171; conventionnalistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peut-&#234;tre sous l'influence insidieuse du mod&#232;le du choix rationnel (RAT).&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ont tendance &#224; vouloir faire de la r&#233;gulation par les r&#232;gles un effet d'une volont&#233; consciente. Pourtant, les anthropologues et les psychanalystes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et m&#234;me certains sociologues comme Bourdieu.&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous ont familiaris&#233;s avec des &#171; r&#232;gles &#187; comme les r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de la parent&#233;, la prohibition de l'inceste, le don&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir tous les travaux du MAUSS (outre ceux de Marcel Mauss) &#224; commencer par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou m&#234;me les &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt;, etc., qui fonctionnent d'autant plus &#171; efficacement &#187; qu'elles le font &#224; l'insu de leurs &#171; assujettis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour essayer de sauver n&#233;anmoins l'apport des &#171; conventionnalistes &#187; il faudrait leur permettre l'extension de leur concept de conventions &#224; ces r&#232;gles non conscientes, et en particulier &#224; celle de l'&#233;conomie du &lt;i&gt;don&lt;/i&gt; (la triple obligation de donner, d'accepter et de rendre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la tripartition travail &#8211; &#339;uvre &#8211; action de la &lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt; d'Arendt, la &#171; formalisation &#187; permet de &#171; s&#233;parer &#187; des classes sociales, bref d'instaurer une division sociale du travail. Mais, en m&#234;me temps, un &#171; halo &#187; rend les fronti&#232;res entre les formalisations floues. Cela permet des chevauchements et des entrelacements entre des travaux, des &#339;uvres et des actions, bref des synergies. Par exemple, si au lieu de se limiter aux seules &#339;uvres &#171; artisanales &#187; on va jusqu'aux &#339;uvres artistiques ou, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt;, intellectuelles, on voit qu'il n'y a pas, dans la Gr&#232;ce antique en tout cas, de solution de continuit&#233; stricte entre l'artisan et l'artiste. On retrouve ce m&#234;me &#171; halo &#187; chez les artistes ing&#233;nieurs de la Renaissance. D'autre part, &#171; l'&#339;uvre &#187; philosophique peut aussi bien dans la Gr&#232;ce antique &#234;tre produite par un esclave (&#201;pict&#232;te) que par un aristocrate (Platon). A contrario, les soci&#233;t&#233;s o&#249; la formalisation est trop stricte entravent leur puissance cr&#233;atrice, comme on peut le voir dans les soci&#233;t&#233;s de castes comme l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La productivit&#233; globale des &#171; halos &#187; de non-formalisation, &#8211; les synergies entre les travaux, les &#339;uvres et les actions &#8211;, r&#233;sulte du simple fait qu'en ouvrant par exemple aux esclaves et aux aristocrates la profession de philosophe on augmente fatalement le volume et la qualit&#233; (par l'&#233;mulation) des &#171; &#339;uvres &#187; philosophiques. Elle r&#233;sulte &#233;galement du fait que les halos multiplient les occasions de confrontations, de m&#233;tissages, d'hybridations, etc., ou encore, en langage moderne, de transferts de technologie et de surplus de productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La productivit&#233; de la performativit&#233; du langage&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'existence de ces halos, de ces synergies et de ces covariations de productivit&#233; rend les activit&#233;s autres que le travail informalisables et donc impossibles &#224; r&#233;guler par le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les externalit&#233;s positives de l'informel&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la contrepartie positive de ces &#171; halos &#187; est de &lt;i&gt;mettre en communication&lt;/i&gt; les diff&#233;rents &#233;tages du syst&#232;me nerveux de chaque individu pour cr&#233;er des synergies : celles-ci mobilisent en effet les &#233;nergies cr&#233;atrices de chacun, &#233;nergies qui ne sont pas individuellement ma&#238;tris&#233;es, ni conscientes bien souvent, et qui sont st&#233;rilis&#233;es et frein&#233;es par les proc&#233;dures d'homog&#233;n&#233;isation, de standardisation et de routinisation qu'appelle fatalement le d&#233;veloppement de la division technique du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intuition qu'il n'y a peut-&#234;tre pas corr&#233;lation entre niveau de &#171; productivit&#233; globale de la reproduction &#187; (et donc de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble) et &#171; degr&#233; de formalisation &#187; des activit&#233;s de production est confort&#233;e par les analyses microsociologiques des activit&#233;s domestiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet &#8211; en termes moins abstraits et moins macro-&#233;conomiques &#8211; l'assimilation des t&#226;ches domestiques &#224; du travail se heurte &#224; l'impossibilit&#233; de les mesurer par une grandeur homog&#232;ne. &#192; la diff&#233;rence du travail salari&#233; id&#233;alement mesur&#233; par le &#171; temps de travail socialement n&#233;cessaire &#187;. Par exemple, lorsqu'une femme enceinte &#171; continue &#187; &#224; travailler, sa contribution &#171; en nature &#187; &#224; la reproduction sociale ne peut pas se mesurer de mani&#232;re quantitative &#233;vidente. Ni par l'&#233;quivalence d'un temps de travail. Ni a fortiori par de l'argent, par exemple les indemnit&#233;s journali&#232;res de son cong&#233; de maternit&#233; ! Et on peut passer en revue d'autres t&#226;ches domestiques comme la surveillance des enfants ou la cuisson des repas. Bien s&#251;r, le travail productif lui-m&#234;me comprend des t&#226;ches de surveillance. On pourrait donc oser, avec un brin d'ironie, assimiler les modestes cuisini&#232;res des cuisines de HLM aux hauts-fourneaux g&#233;ants de la sid&#233;rurgie. Mais les normes, les cadences et les codes qui permettent de rendre &#233;quivalents les temps concrets (&lt;i&gt;effectivement&lt;/i&gt; d&#233;pens&#233;s &#224; surveiller, &#224; manipuler, &#224; r&#233;parer et &#224; entretenir dans les &#171; pores de la journ&#233;e de travail &#187; selon l'expression de Marx) &#224; un temps de travail socialement &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; n'existent m&#234;me pas dans le cas des familles. Et il n'y a pas d'institution, comme la hi&#233;rarchie des contrema&#238;tres ou les n&#233;gociations salariales, qui permettraient de mettre en &#339;uvre ces mises en &#233;quivalence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il y a un d&#233;faut d'&lt;i&gt;analyticit&#233;&lt;/i&gt; des t&#226;ches domestiques. &#192; cause de la connexion &#233;troite de leur temporalit&#233; sociale propre avec des cycles temporels naturels et biologiques, elles sont irr&#233;ductibles &#224; toute mesure et &#224; toute &lt;i&gt;quantification&lt;/i&gt; : elles ne peuvent pas entrer dans des calculs, des additions, des multiplications, des sommations et des moyennes ni, surtout, dans des mises en &#233;quivalence. Or ces derni&#232;res sont des pr&#233;alables incontournables pour des &#171; &#233;changes d'&#233;quivalents &#187;, &#233;ventuellement mon&#233;taris&#233;s. Il y a donc une r&#233;sistance &#171; naturelle &#187; des t&#226;ches domestiques &#224; la marchandisation de la plan&#232;te. On pourrait s'acharner &#224; &#171; domestiquer &#187; le travail domestique pour le rendre quantifiable. Mais ce n'est pas souhaitable, parce que cela st&#233;riliserait les ressorts cach&#233;s de sa productivit&#233; propre, justement son caract&#232;re informel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce d&#233;faut d'analyticit&#233; a une contrepartie positive : les t&#226;ches domestiques peuvent &#234;tre faites &lt;i&gt;simultan&#233;ment et en synergies&lt;/i&gt; &#224; condition que les diff&#233;rentes t&#226;ches ex&#233;cut&#233;es en m&#234;me temps n'exigent pas toutes un m&#234;me et intense degr&#233; d'implication personnelle, et en particulier une mobilisation &#233;nergique de longue dur&#233;e des facult&#233;s c&#233;r&#233;brales sup&#233;rieures. Les femmes, autrefois, tricotaient en allaitant ou en surveillant la soupe sur le feu ou les devoirs des enfants. En termes informatiques, leur travail est multit&#226;che et en temps partag&#233;. Mais en r&#233;alit&#233;, ce qui fait le &#171; prix &#187; du travail domestique est moins de pouvoir faire &#171; l'homme-orchestre &#187; (sic !) que d'avoir de la r&#233;activit&#233; (politique) et de la capacit&#233; d'anticipation, d'int&#233;gration, d'imagination et de synth&#232;se. Ces qualit&#233;s caract&#233;risent le grand homme d'action selon Arendt. Ce sont ces m&#234;mes qualit&#233;s que le capitalisme le plus avanc&#233; exigerait de plus en plus souvent, selon Luc Boltanski et &#200;ve Chiapello&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Boltanski, Luc, Chiappello, &#200;ve, Le Nouvel Esprit du capitalisme, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, non seulement de ses grands patrons mais m&#234;me de ses salari&#233;s ordinaires. Ce sont les qualit&#233;s requises par la &#171; cit&#233; de projets &#187; ou par la cit&#233; par &#171; r&#233;seaux &#187;, bref par la cit&#233; postmoderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on veut donc &#224; tout prix plaquer les cat&#233;gories de l'&#233;conomie politique sur la &#171; productivit&#233; sociale &#187; des t&#226;ches domestiques, il vaut mieux abandonner le mod&#232;le de la manufacture d'&#233;pingles ch&#232;re &#224; Smith pour en revenir au &#171; cro&#238;t &#187; de Quesnay, le &#171; surplus &#187; offert par la nature et non par l'homme chez les physiocrates&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autrement dit, si le service de reproduction assur&#233; par les femmes devait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La productivit&#233; de l'interconnexion g&#233;n&#233;ralis&#233;e via la communication&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand un fonctionnaire tricote pendant une r&#233;union, quand une femme allaite en surveillant les devoirs de ses autres enfants ou quand un conducteur t&#233;l&#233;phone en roulant, chacune de ces t&#226;ches requiert un degr&#233; d'implication et d'attention diff&#233;rent. Mais intuitivement il est &#233;vident que la &#171; productivit&#233; &#187; globale de la soci&#233;t&#233; ne peut qu'augmenter si, au lieu de ne mobiliser qu'un &#233;tage du syst&#232;me nerveux (le cortex frontal par exemple), on n'exclut pas de recourir simultan&#233;ment aux &#233;tages inf&#233;rieurs, et en particulier aux m&#233;canismes r&#233;flexes, dans des proportions &#233;videmment &#224; articuler et &#224; optimiser. Et on a l'intuition qu'il existe des synergies non conscientes entre ces diff&#233;rents &#233;tages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard Billaudot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Billaudot, Bernard, Degr&#233; d'engagement des individus dans leurs activit&#233;s et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; clarifie les trois cat&#233;gories d'activit&#233;s de la &lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt; selon Arendt en leur faisant correspondre un degr&#233; et un seul d'implication subjective. Celui-ci cro&#238;t avec la &#171; noblesse &#187; de la partie du syst&#232;me nerveux mobilis&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou de mobilisation croissante comme dans la cit&#233; par projet de Luc Boltanski (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cette clarification, pour des besoins didactiques, pourrait faire croire, &#224; tort, qu'il n'y a que des cloisons &#233;tanches entre travail, &#339;uvre et action, et que ces activit&#233;s n'ont pas un m&#233;dium commun, celui de la r&#233;flexivit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e du langage. En effet, ce m&#233;dium est ce qu'exclut Billaudot de l'anthropologie d'Arendt &#8211; la &lt;i&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt; &#8211; qui d&#233;passe (&#171; sursume &#187;, &lt;i&gt;Aufhebung&lt;/i&gt;) la s&#233;paration des trois activit&#233;s, travail, &#339;uvre, action, en les faisant se chevaucher, interf&#233;rer et s'interf&#233;conder mutuellement : les moines &lt;i&gt;laboratores&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt;) sont aussi des moines &lt;i&gt;oratores&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt;). Ils prient en travaillant et r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'Arendt appelle la &lt;i&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt; ne consiste pas en une d&#233;connexion de la &lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt; pour basculer dans la vacuit&#233; st&#233;rile de la vacance et du loisir. Pour le marin Grec c'est l'appropriation amoureuse de ce qu'est v&#233;ritablement la mer, sa communion avec elle devenue une seconde nature, qui lui permet de combiner les forces de l'&#233;quipage avec celles des vents et des courants, gr&#226;ce &#224; ses connaissances pour saisir le moment opportun du &lt;i&gt;kairos&lt;/i&gt; et bien piloter le navire. Pour le moine, c'est sa propre contemplation jubilatoire du monde que peint le dominicain Fra Angelico (vie contemplative) quand il se repr&#233;sente lui-m&#234;me dans un coin des fresques du couvent de San Marco &#224; Florence : il se r&#233;fl&#233;chit lui-m&#234;me admirant ce que son Dieu a cr&#233;&#233;, &#224; moins qu'il n'admire plut&#244;t humblement de n'&#234;tre que l'humble instrument de la r&#233;flexion de Dieu en son tableau. C'est cette m&#234;me &#171; connaissance unitive &#187; (selon le langage de Huxley&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Huxley, Aldous, Philosophia perennis, Seuil, Paris.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) qui permet &#224; un autre dominicain, Saint-Thomas d'Aquin, de dessiner l'architecture monumentale de la Somme th&#233;ologique en contemplant celle du clo&#238;tre des Jacobins &#224; Toulouse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Panofsky, Erwin, Architecture gothique et pens&#233;e scolastique, Minuit, Paris.&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le slogan de &#171; r&#234;ve g&#233;n&#233;ral &#187; qu'on peut reprendre aux aborig&#232;nes d'Australie serait-il productiviste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Messianisme f&#233;ministe et r&#233;gulation par la palabre (d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il renoncer &#224; accorder les r&#234;ves de chacun dans une r&#233;gulation d'ensemble et de ne faire de la productivit&#233; du r&#234;ve qu'une propri&#233;t&#233; exclusive des individus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La productivit&#233; du don g&#233;n&#233;ralis&#233;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour sortir de cette difficult&#233;, il faut se souvenir que la th&#232;se qu'Arendt a faite en sa jeunesse avec Heidegger avait pour objet l'amour chez saint Augustin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arendt, Hannah, Le Concept d'amour chez Augustin, Essai d'interpr&#233;tation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce dernier, avec saint Thomas, est un des grands th&#233;ologiens de la Trinit&#233;. Dans cette th&#233;ologie, l'amour divin (dont proc&#232;de l'amour humain) est d&#233;peint sur les tableaux de la Renaissance comme une &#171; conversation sacr&#233;e &#187; &#233;ternelle entre les trois personnes divines, un don d'amour mutuel entre les trois personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faut mettre en rapport cette repr&#233;sentation religieuse de la Trinit&#233; divine avec la tripartition des activit&#233;s, le travail, l'&#339;uvre et l'action (le gouvernement), puisque leur matrice commune est la tripartition des fonctions dans les soci&#233;t&#233;s indo-europ&#233;ennes comme l'a analys&#233; Georges Dum&#233;zil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dum&#233;zil, Georges, Les dieux souverains des indo-europ&#233;ens, Gallimard, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : le roi (l'action politique), le pr&#234;tre (l'&#339;uvre spirituelle) et le paysan (travail mat&#233;riel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la reconstitution de l'unit&#233; du corps social bris&#233; par une division sociale du travail d&#233;brid&#233;e et folle dans le capitalisme se pense comme la restauration du don, c'est-&#224;-dire la triple obligation de donner, d'accepter et de rendre m&#233;diatis&#233;e par le langage, une &#171; conversation sacr&#233;e et &#233;ternelle &#187; entre les trois entit&#233;s personnifi&#233;es et divinis&#233;es du travail (&#233;conomie), de l'&#339;uvre (culture, &#233;ducation, sciences et arts) et de l'action (histoire)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Fr&#233;d&#233;ric Lordon l'&#233;conomie du don serait l'ontologisation de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du mythe du matriarcat &#224; l'utopie f&#233;ministe&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma critique, qui se veut constructive, s'appuie sur celle de Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; pour montrer que cette &#233;conomie du don (l'amour qui circule entre les trois personnes divines dans les &#171; conversations sacr&#233;es &#187;) est notre &lt;i&gt;utopie&lt;/i&gt; (autrement dit notre horizon politique) et non pas un &lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt; fondateur dont la &#171; religion &#187; serait &#224; d&#233;fendre ou &#224; restaurer : ce qui nous appara&#238;t comme &lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt; fondateur &#8211; ici l'&#233;conomie du don comme socialit&#233; primaire conjurant la violence sauvage primitive &#8211; doit &#234;tre d&#233;cod&#233; comme une utopie r&#233;trospective, une projection dans le pass&#233; de nos esp&#233;rances quant &#224; notre avenir. Nous esp&#233;rons d&#233;passer la violence de la lutte pour la vie incarn&#233;e par le &lt;i&gt;march&#233;&lt;/i&gt;, en allant vers une &lt;i&gt;fraternit&#233;&lt;/i&gt; retrouv&#233;e. Si on applique ce chiasme &#224; la vulgate marxienne de la succession des modes de production, alors le &lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt; du &#171; communisme primitif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Engels Friedrich. L'origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; qui n'a jamais r&#233;ussi &#224; convaincre un seul ethnologue et un seul anthropologue, le mythe sacr&#233; et transcendant de l'&#201;den perdu par la faute de l'homme, rejoint le &lt;i&gt;messianisme&lt;/i&gt; profane et immanent des &#171; aujourd'huis qui chantent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt; du communisme primitif qu'Engels lisait chez Bachofen&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bachofen, Johann Jakob, Myth, Religion and Mother Right, selected writings (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sous la forme d'un matriarcat doit donc &#234;tre transform&#233; &#224; notre &#233;poque en un &lt;i&gt;messianisme f&#233;ministe&lt;/i&gt;. Le d&#233;passement du travail salari&#233; (alias le d&#233;passement du capitalisme) passe par la m&#233;tamorphose du travail en &#171; activit&#233;s domestiques postmodernes &#187;, des activit&#233;s o&#249; on voit le &#171; bout de ses actes &#187;, comme dit Andr&#233; Gorz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes ici tr&#232;s proches de ce que J&#252;rgen Habermas appelle &#171; l'agir communicationnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Habermas, J&#252;rgen, Th&#233;orie de l'agir communicationnel, Tome 1. Rationalit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais alors que ce dernier met l'accent sur l'action, Arendt nous invite &#224; le d&#233;placer sur la &lt;i&gt;communication&lt;/i&gt;, voire sur la &lt;i&gt;communion&lt;/i&gt;, figure positive invers&#233;e de la mondialisation lib&#233;rale au stade du &#171; capitalisme cognitif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Negri, Antonio, Hardt, Michael, Empire, Exils, Paris, 2000 ; Negri, Antonio, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inversion messianique de la fl&#232;che du temps qui va du mythe &#224; l'utopie invalide la conception positiviste d'un temps homog&#232;ne et orient&#233; qui irait d'une origine vers une fin. Or, c'est le temps implicitement pr&#233;suppos&#233; par la conception des &#233;conomistes classiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La valeur &#171; travail &#187; de Smith &#224; Marx en passant par Ricardo.&#034; id=&#034;nh4-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; du travail humain calqu&#233;e sur la m&#233;canique du d&#233;but du XIXe si&#232;cle lors- qu'il mesure la valeur &#233;conomique par le &#171; temps de travail socialement n&#233;cessaire &#187;. Il faut plut&#244;t en revenir &#224; un temps cyclique, o&#249; le &lt;i&gt;mythe&lt;/i&gt; fondateur est &#224; chaque instant contemporain de &lt;i&gt;l'utopie&lt;/i&gt; apocalyptique (jugement) de la fin des temps, o&#249;, comme chez Walter Benjamin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin, Walter, Th&#232;ses sur l'histoire, Repris dans Benjamin, Walter, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, chaque instant est gros d'une discontinuit&#233; cr&#233;atrice possible &#8211; une r&#233;volution dans le domaine politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'avoir un &lt;i&gt;travail parcellis&#233;&lt;/i&gt; qui s&#233;pare les individus et qui se conforme aux lois m&#233;caniques de la conservation de l'&#233;nergie, on passe &#224; une &lt;i&gt;communion&lt;/i&gt; &#224; la fois contemplative (&lt;i&gt;vita contemplativa&lt;/i&gt;) et active (&lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt;) qui cr&#233;e (n&#233;guentropie) &#224; chaque instant &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt; de l'humain et de l'histoire pendant que l'&#233;nergie humaine employ&#233;e &#224; combiner labeur (&#233;nergie m&#233;canique), &#339;uvre et action se d&#233;grade (deuxi&#232;me loi de la thermodynamique). On en vient alors &#224; une conception &#171; physiocratique &#187; (ou en langage contemporain &#171; &#233;cologiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gorz, Andr&#233;, Capitalisme, socialisme, &#233;cologie. D&#233;sorientations, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;) du temps : c'est le &#171; cro&#238;t &#187; de temps historique qui est v&#233;ritablement cr&#233;ateur de richesses sp&#233;cifiquement humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour montrer que d&#233;croissance et f&#233;minisme peuvent se conjuguer pour aboutir &#224; une augmentation substantielle de revenus, c'est-&#224;- dire non seulement d'emplois salari&#233;s, mais &#233;galement d'enrichissement mat&#233;riel et spirituel, il m'a fallu effectuer deux sauts p&#233;rilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier a consist&#233; &#224; montrer que les m&#233;canismes d'augmentation de la productivit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e (selon les trois dimensions du travail, de l'&#339;uvre et de l'action) dans le travail ordinaire et dans les t&#226;ches domestiques &#233;taient diam&#233;tralement oppos&#233;es : la &lt;i&gt;formalisation&lt;/i&gt; des travaux est une condition incontournable de leur division capitaliste, elle-m&#234;me source des gains de productivit&#233;, division &#171; d&#233;pass&#233;e &#187; (&lt;i&gt;Aufhebung&lt;/i&gt;) par l'&#233;change marchand ; au contraire, c'est la &#171; r&#233;calcitrance absolue &#187; des t&#226;ches domestiques &#224; &#234;tre codifi&#233;es, formalis&#233;es et donc r&#233;gul&#233;es par l'&#233;change marchand qui est &#224; l'origine de sa &#171; productivit&#233; sp&#233;cifique &#187; : s'enrichir consiste alors &#224; &#171; d&#233;formaliser &#187; les activit&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me saut p&#233;rilleux consiste &#224; m&#233;tamorphoser la productivit&#233; de l'&#233;nergie m&#233;canique et animale dans les cat&#233;gories de la &lt;i&gt;vita activa&lt;/i&gt; selon Arendt (travail, &#339;uvre, action) en une productivit&#233; sp&#233;cifiquement humaine, voire spirituelle, de la communication gr&#226;ce &#224; la &#171; performativit&#233; &#187; sociale du langage. La r&#233;gulation de l'activit&#233; &#171; d&#233;formalis&#233;e &#187;, &#171; informelle &#187;, est la &#171; palabre &#187; ou, en langage postmoderne, la &#171; d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les le&#231;ons &#224; en tirer coulent de source. C'est gr&#226;ce aux femmes du Sud du Nord, celles des cit&#233;s qui br&#251;lent, et du Sud tout court (&#233;conomie informelle des favelas des m&#233;gapoles du Sud) que r&#233;sistent les derniers carr&#233;s de la socialit&#233; primaire du don. Ce sont donc ces r&#233;seaux informels d'entraide f&#233;minine qu'il faut arracher au capitalisme qui les instrumentalise pour assurer une reproduction &#171; bon march&#233; &#187; de la force de travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui n'exclut pas souvent, en outre, une &#171; exploitation mini&#232;re des femmes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut les consolider par des aides directes (subventions), les prot&#233;ger par les &#171; digues &#187; fragiles que repr&#233;sentent les quasi-monnaies non th&#233;saurisables, d&#233;di&#233;es et &#171; interdites de salarisation &#187;. Et surtout, il faut entendre dans le &#171; bavardage des femmes &#187; &#8211; la palabre &#8211; les balbutiements de la d&#233;mocratie d&#233;lib&#233;rative et participative.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;da, Dominique, &lt;i&gt;Le Travail, une valeur en voie de disparition&lt;/i&gt;, Aubier, Paris, 1995 ; M&#233;da, Dominique, &lt;i&gt;Qu'est ce que la richesse ?&lt;/i&gt;, Aubier, Paris, 1999 ; Rifkin, Jeremy, &lt;i&gt;La Fin du travail, Pr&#233;face de Michel Rocard&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 1997 ; Viveret, Patrick, &lt;i&gt;Reconsid&#233;rer la richesse&lt;/i&gt;, &#201;dition de l'Aube, Paris, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arendt, Hannah, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, Paris, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fourasti&#233;, Jean, &lt;i&gt;Les Trente glorieuses, ou la r&#233;volution invisible de 1946 &#224; 1975&lt;/i&gt;, Fayard, Paris, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Delphy, Christine. &lt;i&gt;L'Ennemi principal&lt;/i&gt;, Syllepse, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;da, Dominique, &lt;i&gt;Le Temps des femmes. Pour un nouveau partage des r&#244;les&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En outre, le concept de &#171; salaire familial &#187; est conceptuellement une contradiction dans les termes. Voir : Rey, Pierre Philippe, &lt;i&gt;Les Alliances de classes, Sur l'articulation des modes de production&lt;/i&gt;, Maspero, Paris, 1973, et Meillassoux, Claude, &lt;i&gt;Femmes, greniers et capitaux&lt;/i&gt;, Maspero, Paris, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Goux, Jean-Joseph, &lt;i&gt;&#201;conomie et symbolique&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Analogue &#224; celle d&#233;volue au prol&#233;tariat par Marx, &#224; savoir de sauver toute l'humanit&#233; en se sauvant lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On retrouve cette hi&#233;rarchie r&#233;tablie pour la ma&#238;tresse de maison de la famille bourgeoise id&#233;ale du XIXe si&#232;cle : elle est cens&#233;e &#171; gouverner &#187; la maisonn&#233;e depuis les t&#226;ches des servantes et des serviteurs (travail) jusqu'&#224; l'observance de &#171; l'&#233;tiquette &#187; &#224; table et jusqu'&#224; la production de ces &#171; &#339;uvres &#187; que sont aussi bien le repas de Fran&#231;oise offert par la m&#232;re du narrateur &#224; M. de Norpois qu'une brillante conversation dans le salon de Mme de Guermantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gorz, Andr&#233;, &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses du travail, Qu&#234;te du sens, Critique de la raison &#233;conomique&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, Paris, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gorz, Andr&#233;, &lt;i&gt;Les chemins du paradis, Agonie du capital&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, Paris, 1983. Gorz, Andr&#233;, &lt;i&gt;Mis&#232;re du pr&#233;sent, Richesse du possible&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, Paris, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Boltanski, Luc, Th&#233;venot, Laurent, &lt;i&gt;Les &#201;conomies de la grandeur,&lt;/i&gt; Cahiers du centre d'&#233;tudes de l'emploi 31, Presses Universitaires de France, Paris, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est Laurent Th&#233;venot qui a introduit cette expression des &#171; investissements de forme &#187;. Cf. notamment : Boltanski, Luc, Th&#233;venot, Laurent, &lt;i&gt;Les &#201;conomies de la grandeur&lt;/i&gt;, op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon les c&#233;l&#232;bres analyses de Michel Foucault qui prolongent celles de Marx sur l'accumulation primitive : Foucault, Michel, &lt;i&gt;Surveiller et punir, Naissance de la prison&lt;/i&gt;, Gallimard NRF, Paris, 1975, 318 p.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peut-&#234;tre sous l'influence insidieuse du mod&#232;le du choix rationnel (RAT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et m&#234;me certains sociologues comme Bourdieu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir tous les travaux du MAUSS (outre ceux de Marcel Mauss) &#224; commencer par : Caill&#233;, Alain, &lt;i&gt;Anthropologie du don, Le tiers paradigme&lt;/i&gt;, Descl&#233;e de Brouwer, Paris, 2000 ; Caill&#233;, Alain, &lt;i&gt;D&#233;-penser l'&#233;conomique, Contre le fatalisme&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Boltanski, Luc, Chiappello, &#200;ve, &lt;i&gt;Le Nouvel Esprit du capitalisme&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Autrement dit, si le service de reproduction assur&#233; par les femmes devait &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; en argent, ce revenu rel&#232;verait davantage de la cat&#233;gorie marxienne de la &lt;i&gt;rente&lt;/i&gt; que de celle du &lt;i&gt;salaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Billaudot, Bernard, &lt;i&gt;Degr&#233; d'engagement des individus dans leurs activit&#233;s et organisations sociales.&lt;/i&gt; &#192; partir de Condition de l'homme moderne &lt;i&gt;de Hannah Arendt.&lt;/i&gt; Communication au colloque PEKEA de Dakar, &#171; individus et soci&#233;t&#233; &#187;, 1 &#224; 3 d&#233;cembre 2006. Communication aimable et priv&#233;e de l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ou de mobilisation croissante comme dans la cit&#233; par projet de Luc Boltanski et d'&#200;ve Chiapello.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Huxley, Aldous, &lt;i&gt;Philosophia perennis&lt;/i&gt;, Seuil, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Panofsky, Erwin, &lt;i&gt;Architecture gothique et pens&#233;e scolastique&lt;/i&gt;, Minuit, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arendt, Hannah, &lt;i&gt;Le Concept d'amour chez Augustin, Essai d'interpr&#233;tation philosophique&lt;/i&gt;, Payot, Paris, 1 929.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dum&#233;zil, Georges, &lt;i&gt;Les dieux souverains des indo-europ&#233;ens&lt;/i&gt;, Gallimard, Paris, 1977 ; Dum&#233;zil, Georges, &lt;i&gt;Mythes et dieux des indo-europ&#233;ens&lt;/i&gt;, Flammarion, Paris, [1968], 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon Fr&#233;d&#233;ric Lordon l'&#233;conomie du don serait l'ontologisation de la socialit&#233; primaire. Cf. : Lordon, Fr&#233;d&#233;ric, &lt;i&gt;L'int&#233;r&#234;t souverain, Essai d'anthropologie spinoziste&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Engels Friedrich. &lt;i&gt;L'origine de la famille, de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'&#201;tat&lt;/i&gt;, 1884.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bachofen, Johann Jakob, &lt;i&gt;Myth, Religion and Mother Right, selected writings of J. J. Bachofen&lt;/i&gt;, Princeton University Press, Princeton, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Habermas, J&#252;rgen, &lt;i&gt;Th&#233;orie de l'agir communicationnel&lt;/i&gt;, Tome 1. Rationalit&#233; de l'agir et rationalisation de la soci&#233;t&#233;, Fayard, Paris, 1987 ; Habermas, J&#252;rgen, Th&#233;orie de l'agir communicationnel, Tome 2. Pour une critique de la raison fonctionnaliste, Fayard, Paris, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Negri, Antonio, Hardt, Michael, &lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt;, Exils, Paris, 2000 ; Negri, Antonio, Hardt, Michael, Multitude, &lt;i&gt;Guerre et d&#233;mocratie &#224; l'&#226;ge de l'empire&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La valeur &#171; travail &#187; de Smith &#224; Marx en passant par Ricardo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin, Walter, &lt;i&gt;Th&#232;ses sur l'histoire&lt;/i&gt;, Repris dans Benjamin, Walter, &lt;i&gt;&#338;uvres III&lt;/i&gt;, Folio essais, Gallimard, Paris. Comment&#233;es dans : L&#246;wy, Michael, &lt;i&gt;Walter Benjamin, avertissement d'incendie : une lecture des th&#232;ses &#171; Sur le concept d'histoire &#187;&lt;/i&gt;, PUF, Paris, 2001 ; Scholem, Gershom, &lt;i&gt;Benjamin et son ange&lt;/i&gt;, Payot, Rivages, Paris, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gorz, Andr&#233;, &lt;i&gt;Capitalisme, socialisme, &#233;cologie. D&#233;sorientations, orientations&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, Paris, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui n'exclut pas souvent, en outre, une &#171; exploitation mini&#232;re des femmes et des enfants &#187; comme au moment de &#171; l'accumulation primitive &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;gradation du travail productif</title>
		<link>https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article163</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?article163</guid>
		<dc:date>2021-10-21T23:48:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul ARI&#200;S</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La question du travail interroge les objecteurs de croissance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle critique de l'id&#233;ologie du travail est-il n&#233;cessaire de d&#233;ployer pour conforter notre th&#233;orie critique du productivisme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Suffit-il de d&#233;noncer le travail ali&#233;n&#233; pour rendre compte des cultures ouvri&#232;res centr&#233;es sur l'amour du travail bien fait et les sociabilit&#233;s de m&#233;tiers ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on prend au s&#233;rieux le fait que la soci&#233;t&#233; &#233;conomique n'aura bient&#244;t plus besoin que de 20 % des humains quelle conception de la vie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.entropia-la-revue.org/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;N&#176; 2 - D&#233;croissance &amp; travail (en ligne)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question du travail interroge les objecteurs de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle critique de l'id&#233;ologie du travail est-il n&#233;cessaire de d&#233;ployer pour conforter notre th&#233;orie critique du productivisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suffit-il de d&#233;noncer le travail ali&#233;n&#233; pour rendre compte des cultures ouvri&#232;res centr&#233;es sur l'amour du travail bien fait et les sociabilit&#233;s de m&#233;tiers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend au s&#233;rieux le fait que la soci&#233;t&#233; &#233;conomique n'aura bient&#244;t plus besoin que de 20 % des humains quelle conception de la vie opposer &#224; une soci&#233;t&#233; qui reste fond&#233;e sur l'identit&#233; salariale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peuvent opposer les objecteurs de croissance &#224; nos amis altermondialistes qui se refusent &#224; sauter le pas et &#224; revendiquer des droits non li&#233;s au travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche, incapable de penser autrement le travail, ne rejoint-elle pas le syndicalisme salarial tout aussi impuissant &#224; penser les nouveaux mod&#232;les de management fond&#233;s sur le harc&#232;lement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entreprise hypercapitaliste n'est-elle pas cette mauvaise m&#232;re qui d&#233;vore toujours plus ses enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment refuser ces strat&#233;gies de psychologisation du lien salarial et cette casse des collectifs, si ce n'est paradoxalement en revendiquant une nouvelle logique de droits humains qui ne soient plus fond&#233;s sur le travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi l'adoption d'un revenu universel inconditionnel et l'extension de la sph&#232;re de la gratuit&#233; sont-elles aujourd'hui les piliers d'une politique de la d&#233;croissance pour lib&#233;rer l'homme du travail ali&#233;n&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme s'en est pris aux hommes avant de s'en prendre aux produits : il a longtemps fabriqu&#233; salement des choses utiles. La trag&#233;die du salariat est une longue histoire de d&#233;pouillement. Nous en avons retrac&#233;, dans &lt;i&gt;Harc&#232;lement au travail ou nouveau management&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lyon, Golias, 2002.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les principales s&#233;quences, de l'artisanat &#224; la manufacture, puis de la manufacture &#224; la grande usine. Nous en avons montr&#233; les th&#233;ories &#224; travers l'expos&#233; des modes de gestion : du fayolisme au taylorisme puis du fordisme au toyotisme. Les nouveaux modes de management par l'affectif vont encore plus loin, puisqu'ils visent &#224; confondre le Travail et le Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur fut d&#233;pouill&#233; de ses instruments de production. Il fut d&#233;pouill&#233; du produit de son travail. Il fut d&#233;pouill&#233; d'une part essentielle de la valeur produite par son travail. Il fut d&#233;pouill&#233; de son identit&#233; professionnelle et de sa culture de m&#233;tiers. Il fut d&#233;pouill&#233; de son langage, de ses solidarit&#233;s, de ses collectifs. Il est d&#233;pouill&#233;, aujourd'hui, du sens m&#234;me de son travail puisqu'on continue &#224; lui faire croire que sa force de travail serait indispensable au syst&#232;me et qu'elle justifierait son salaire, alors que ce travail n'est impos&#233; que pour le maintenir dans la suj&#233;tion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous resterons incapables de reconstruire un nouveau projet de soci&#233;t&#233;, conforme &#224; la r&#233;alit&#233; environnementale du monde, mais aussi aux aspirations humaines les plus profondes, si nous nous contentons de r&#233;p&#233;ter les m&#234;mes banalit&#233;s sur le travail perdu. L'enjeu est non seulement d'interroger la signification actuelle du travail, mais de repenser les activit&#233;s humaines &#224; l'&#233;chelle de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le discr&#233;dit sur le travail productif&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;gradation du travail productif passe par une s&#233;rie de facteurs : la casse des identit&#233;s professionnelles et des structures de m&#233;tier, le d&#233;veloppement de la pr&#233;carit&#233; (via la multiplication des contrats atypiques), la d&#233;qualification rampante des personnels et la baisse relative des salaires, le ch&#244;mage de masse, etc. Cette d&#233;gradation appara&#238;t cependant encore plus forte dans le monstrueux discr&#233;dit jet&#233; sur toute activit&#233; productrice. Tout travail productif devient ha&#239;ssable &#224; force d'&#234;tre modernis&#233;. Nous sommes &#224; des ann&#233;es lumi&#232;re du carcan de l'amour du travail bien fait : il ne rend en effet heureux qu'un salari&#233; sur quatre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christian Baudelot et Michel Goliac (sous la direction de), Travailler pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Non seulement nous sommes une soci&#233;t&#233; de travailleurs sans travail, mais ceux qui en poss&#232;dent un s'y ennuient fermement... Sa seule justification reste la consommation qu'il rend possible. Encore le salaire n'est-il plus la base principale du revenu : selon sa classe, on vit de ceux du capital ou de la redistribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours sur le travail lib&#233;rateur est lui aussi d&#233;cr&#233;dibilis&#233;. Comment comprendre que des g&#233;n&#233;rations aient pu travailler et aimer leur travail sans aucun enrichissement mat&#233;riel en retour ? &#201;taient-ils simplement des brutes &#233;paisses &#233;lev&#233;es &#224; la dure, totalement ali&#233;n&#233;es et complices de leur propre exploitation ? M&#233;fions-nous des raccourcis qui emp&#234;chent de comprendre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hymne chant&#233; &#224; la gloire de la &#171; fin du travail &#187; (Jeremy Rifkin) n'est-il pas le &lt;i&gt;summun&lt;/i&gt; de ce discr&#233;dit, dans la mesure o&#249; c'est l'histoire elle-m&#234;me qui est cens&#233;e condamner le Producteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe que la r&#233;alit&#233; soit toute diff&#233;rente : que le nombre de salari&#233;s ne cesse d'augmenter, que la tendance &#224; la prol&#233;tarisation se confirme chaque jour un peu plus, &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire ! Le producteur, d&#233;j&#224; interdit d'images (&lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; des ouvriers dans notre production cin&#233;matographique ?) se trouve aussi interdit de futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se de la fin du travail est certes un mythe d&#233;mobilisateur, puisqu'elle l&#233;gitime la fin d'un certain type de travail relativement qualifi&#233;, dot&#233; d'un statut et d'une &#233;thique, mais c'est aussi et d'abord un mythe fondateur de la soci&#233;t&#233; hypercapitaliste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Castel, &#171; La fin du travail, un mythe d&#233;mobilisateur &#187;, in Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction d'un mythe est de dire une partie de l'indicible en laissant entrevoir ce que m&#234;me les (hyper)capitalistes ignorent. Le capitalisme a fait du travail sa religion et a voulu y voir non seulement l'essence de l'humanit&#233;, mais la condition de sa libert&#233;. L'hypercapitalisme n'aura bient&#244;t plus besoin de ce mythe, car le travail y est de moins en moins la source principale du profit et il n'a plus la capacit&#233; d'offrir &#224; chacun un emploi productif. L'explosion du travail pr&#233;caire qui concerne 75 % des emplois cr&#233;&#233;s est une fa&#231;on de camoufler le ch&#244;mage, tout comme l'allongement de la scolarit&#233; ou la multiplication des stages. Daniel Cohen l'a amplement d&#233;montr&#233; : la soci&#233;t&#233; a de moins en moins besoin de travail pour cr&#233;er toujours plus de richesses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1 Daniel Cohen, Trois le&#231;ons sur la soci&#233;t&#233; postindustrielle, Paris, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En un si&#232;cle, le temps de travail a &#233;t&#233; divis&#233; par deux : compte tenu de l'esp&#233;rance de vie, nous y passons 10 % de notre vie &#233;veill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise du travail explique le retour en vogue de Gabriel Tarde au sein du patronat et dans les rangs de la critique sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gabriel Tarde (1843-1904), ancien magistrat, professeur au Coll&#232;ge de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On explique que la source de la cr&#233;ation de valeur ne serait pas (ou plus) le Travail ou le Capital, ni m&#234;me l'utilit&#233;, mais &#171; l'invention &#187; et &#171; l'association &#187;, bref, l'&#233;conomie immat&#233;rielle. Gr&#226;ce &#224; la m&#233;canisation et &#224; l'automatisation, la contribution de l'homme &#224; la production serait devenue infime : son activit&#233; serait principalement cognitive, puisque la nouvelle division du travail aurait besoin des cerveaux humains pour contr&#244;ler les machines. Un ouvrier sur deux n'utilise-t-il pas d&#233;j&#224; un poste informatique ? Les machines chez McDo ne sonnent- elles pas pour informer l'&#233;quipier que la &#171; viande &#187; est cuite ou le gobelet rempli ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se nous semble largement contestable : d'une part, le travail humain a toujours &#233;t&#233; en partie cognitif (au moins depuis qu'existent des outils) ; d'autre part, elle sous-estime la part de savoir incluse dans les savoir-faire traditionnels ; enfin, elle surestime la place de l'intellect au sein des nouvelles proc&#233;dures de travail, y compris dans le champ intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau capitalisme poursuit son effort de rationalisation, qui n'est rien d'autre que l'assujettissement de tout travail vivant. Le d&#233;veloppement de la &#171; servuction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ric Langeard, Pierre Eiglier, Le Marketing des services, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; en est un bon exemple, puisqu'il s'agit de traiter de la m&#234;me fa&#231;on les interactions humaines (le service) et la transformation de la mati&#232;re. On produit de l'accueil comme autrefois on serrait des boulons. La &#171; taylorisation du sourire &#187; n'est pas une avanc&#233;e de l'intellect, mais bien une fa&#231;on de limiter, par avance, toute subjectivation. La majorit&#233; des emplois cr&#233;&#233;s sont des postes peu qualifi&#233;s : ce n'est pas un hasard si l'OCDE donne comme paradigme des emplois du XXIe si&#232;cle celui de remplisseur de distributeurs automatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discours manag&#233;rial dupe pourtant certains opposants. Ainsi Jean Zin voit-il dans la figure du commercial le signe de cette heureuse modernit&#233; qui annoncerait la fin du travail ali&#233;n&#233; : &#171; Il faut d&#233;sormais s&#233;duire, il ne suffit pas de faire. La mobilisation de la personne est totale, mais, du coup, c'est un v&#233;ritable rapport humain qui n'est plus le simple rapport d'objet &#224; objet d'un service anonyme. Chacun est l&#224; dans l'int&#233;r&#234;t de l'autre mais doit y &#234;tre sans r&#233;ticences ni d&#233;nigrement [...] Cette dimension commerciale du salariat qui l'assimile d&#233;j&#224; &#224; l'artisanat ou aux professions lib&#233;rales, est contradictoire avec les liens de d&#233;pendances hi&#233;rarchiques et contient la d&#233;composition de son statut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Zin, &#171; Les &#233;volutions de la production &#187;, in blog de l'auteur&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste ne peut cependant se passer du mythe du travail productif et lib&#233;rateur sans courir le risque de r&#233;veiller un imaginaire et donc des forces sociales qui le d&#233;borderaient. Chaque th&#232;se du double discours ambiant exprime la moiti&#233; de la v&#233;rit&#233; : Jeremy Rifkin a raison d'annoncer la fin du travail, mais Robert Castel n'a pas tort de lui opposer l'augmentation sans pr&#233;c&#233;dent du nombre de salari&#233;s (80 % de la population active).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail, source d'exploitation ou facteur de domination ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La fin annonc&#233;e du travail n'est pas la fin de tout travail, mais seulement d'une certaine fonction du travail dans la soci&#233;t&#233;. Non seulement le travail n'a pas toujours &#233;t&#233; au centre de la vie, mais il fut longtemps associ&#233; &#224; d'autres fonctions que la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moines y virent une fa&#231;on de se faire l'&#233;gal du cr&#233;ateur. L'apologie du travail dans la th&#233;ologie chr&#233;tienne est d'ailleurs r&#233;cente, comme en t&#233;moigne le fait que la cr&#233;ation divine fut longtemps consid&#233;r&#233;e comme une &#339;uvre (&lt;i&gt;opus&lt;/i&gt;) et non comme un travail (&lt;i&gt;labor&lt;/i&gt;). L'esclavage sous l'Antiquit&#233; sera une forme de domination beaucoup plus que d'exploitation &#233;conomique. Il ne changera de nature qu'avec la d&#233;couverte du Nouveau Monde. Le march&#233; du travail libre, qui devait conduire au salariat puis au capitalisme, fut d'ailleurs initialement invent&#233; par les esclaves qui voyaient l&#224; une fa&#231;on de lutter contre l'esclavagisme lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yann Moulier-Boutang, De l'esclavage au salariat, Paris, PUF, 1998.&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seul le capitalisme parviendra &#224; rendre tout travail producteur de valeur via l'exploitation &#233;conomique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dominique M&#233;da, Le Travail, une valeur en voie de disparition ?, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : on paye au travailleur un salaire qui lui permet de vivre, mais on le fait travailler (produire) bien au-del&#224; de ce strict n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail tend &#224; redevenir toujours plus, aujourd'hui, un moyen de domination et de (re)production &#224; l'identique de la soci&#233;t&#233;. Non seulement le travailleur a appris &#224; refuser sa force de travail en d&#233;veloppant des strat&#233;gies de contournement et de sabotage, mais il a incontestablement pris go&#251;t &#224; la r&#233;duction du temps de travail. Une &#233;tude du d&#233;partement de la Sant&#233; am&#233;ricain &#233;value &#224; 40 % les pertes de productivit&#233; dues &#224; l'absent&#233;isme et au coulage. C'est pourquoi l'on ne cesse d'inventer de nouveaux modes de management pour lui arracher son implication (sa force de travail). Pour cette m&#234;me raison, on voudrait aussi en finir avec l'id&#233;e que la r&#233;duction du temps de travail serait &lt;i&gt;Le Grand Espoir du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, selon le titre de l'ouvrage de Jean Fourasti&#233; publi&#233; en 1989&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Fourasti&#233;, Le Grand Espoir du XXe si&#232;cle, Paris, Gallimard, 1989.&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, malgr&#233; la crise du travail, nous ne sommes pas pr&#234;ts de vivre dans une vraie soci&#233;t&#233; de loisirs (otium en latin, schol&#232; en grec), condition pourtant indispensable &#224; la qualit&#233; de citoyen. Non seulement il faut maintenir les gens au travail co&#251;te que co&#251;te, mais il faut &#233;galement organiser les loisirs sur le mode industriel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Ari&#232;s, Disneyland, le royaume d&#233;senchant&#233;, Lyon, Golias, 2001.&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Herbert Marcuse, la r&#233;duction du temps de travail &#233;tait n&#233;anmoins la seule solution pour sortir du malaise dans la civilisation car elle mettrait fin &#224; la r&#233;pression instinctuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herbert Marcuse, &#201;ros et civilisation, Paris, Minuit, 1963.&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est que temps de red&#233;couvrir Paul Lafargue et son &lt;i&gt;Droit &#224; la paresse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi la division du travail ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'hypoth&#232;se que le travail fut toujours autant, sinon davantage, un instrument de domination que d'exploitation permet de reconsid&#233;rer la division du travail (et aussi les r&#233;actions syndicales). Cette derni&#232;re fut et reste davantage un but en soi qu'un moyen. L'essentiel est toujours de diviser pour mieux r&#233;gner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel avait donc raison : il n'y a rien qui soit &#171; r&#233;el &#187; dans la division du travail. Nous avons &#233;t&#233; victimes de l'&#233;conomisme, ce qui nous a conduits &#224; privil&#233;gier l'utilitarisme contre l'imaginaire de classe et la recherche de la domination. Nous avons cru que le principal &#233;tait l'augmentation de la productivit&#233;, alors que l'essentiel restait la haine de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Friedmann avait donc bien vu les choses : la division du travail sert d'abord &#224; s&#233;parer l'homme &#8211; le travailleur &#8211; de son humanit&#233;. Il faut relire &lt;i&gt;La Direction scientifique des entreprises&lt;/i&gt; (1912) de Taylor pour red&#233;couvrir ce que l'on a volontairement refoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taylorisme n'est pas d'abord une organisation scientifique du travail d'o&#249; r&#233;sulterait accidentellement le &#171; travail en miettes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Friedman, Le Travail en miettes, Paris, Gallimard, 1956.&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, mais la volont&#233; d'en finir avec l'autonomie des travailleurs, avec leurs vieux m&#233;tiers fond&#233;s sur le r&#232;gne de l'empirisme, sur le coup d'&#339;il, le coup de main, le geste s&#251;r, les secrets de fabrication, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taylorisme fut d'ailleurs condamn&#233; par une Commission d'enqu&#234;te parlementaire am&#233;ricaine qui si&#233;gea entre octobre 1911 et f&#233;vrier 1912 : on lui reprocha d'&#234;tre un syst&#232;me destructeur des identit&#233;s collectives et de toute forme de solidarit&#233; entre salari&#233;s. On lui reprocha aussi de promouvoir un syst&#232;me dans lequel l'homme cultiv&#233; (le bon travailleur) n'aurait plus de place. Faut-il rappeler que les Chevaliers du Travail (anc&#234;tres de l'AFL) refusaient, au d&#233;part, l'adh&#233;sion des ouvriers non qualifi&#233;s ? L'objectif est clair : il s'agit de faire de l'ouvrier le spectateur de son propre travail apr&#232;s l'avoir expropri&#233; de son savoir-faire. Ce ne sont plus les ouvriers qualifi&#233;s que le syst&#232;me veut comme travailleurs, mais ces masses illettr&#233;es &#224; peine sorties de l'esclavage (les premiers OS seront les anciens esclaves venus du Sud esclavagiste et fonci&#232;rement heureux de leur nouveau sort). Taylor se d&#233;fendra en expliquant que les ouvriers qualifi&#233;s pourront aller travailler dans des secteurs non encore rationalis&#233;s. Il justifiera son syst&#232;me par la n&#233;cessit&#233; de contourner la r&#233;sistance des ouvriers, pr&#234;ts &#224; tout plut&#244;t que d'accro&#238;tre les cadences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa vie enti&#232;re sera consacr&#233;e &#224; cette recherche d'une discipline de fer. Le taylorisme est donc, avant tout, une vision de l'humanit&#233;. C'est l'id&#233;e d'un monde divis&#233; entre deux types d'humains avec, d'un c&#244;t&#233;, &#171; l'homme-b&#339;uf &#187; et, de l'autre, le &#171; petit surhomme &#187; : &#171; L'une des toutes premi&#232;res aptitudes requises d'un homme capable de faire de la manutention [...] est d'&#234;tre si b&#234;te et si flegmatique que sa tournure d'esprit le rapproche davantage d'un b&#339;uf que de toute autre chose. Un homme qui a un esprit alerte et intelligent est pour cette raison m&#234;me totalement inapte &#224; assumer l'&#233;crasante monotonie de ce genre de travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frederic Taylor, cit&#233; par Michel Pouget, in Taylor et le taylorisme, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers s&#233;lectionn&#233;s &#233;taient entra&#238;n&#233;s &#224; respecter les ordres. La s&#233;lection privil&#233;giait les &lt;i&gt;gros chevaux&lt;/i&gt; balourds et ob&#233;issants : &#171; Tu feras exactement du matin au soir ce que cet homme (le chronom&#233;treur) te dira demain. Quand il te dira de soulever une gueuse et de marcher tu soul&#232;veras et tu marcheras ; et quand il te dira de t'asseoir et de te reposer, tu t'assi&#233;ras. Tu feras exactement cela toute la journ&#233;e. Et de plus, pas de discussion. Un bon ouvrier fait exactement ce qu'on lui dit et ne discutaille pas. Compris ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de la pens&#233;e taylorienne n'est donc pas &#233;conomique, mais politique (au sens d'une conception du monde), sinon pathologique. Il existe d'ailleurs un lien &#233;vident entre la qu&#234;te de l'ordre de Taylor (industriel ou pas) et son &#233;ducation religieuse. Sa famille appartiendra longtemps au mouvement fondamentaliste quaker (&#171; trembleur &#187; en anglais), qui doit son nom &#224; la peur de Dieu. On aura une bonne id&#233;e de sa psychologie en se souvenant qu'encore adolescent, ayant constat&#233; qu'il r&#234;vait (activit&#233; bien peu rationnelle) lorsqu'il dormait sur le dos, il inventa une sorte de harnais, fait de sangles et de coins en bois, qui lui compressait le dos et le r&#233;veillait lorsqu'il se retournait dans son sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taylor ne fait malheureusement pas exception. Frederick Herzberg, v&#233;ritable gourou du management moderne, auteur f&#233;tiche des &#233;tudiants de cette discipline, professeur de psychologie industrielle, oppose aussi deux types d'humains. Certains vivraient dans le mythe d'Adam et consid&#233;reraient le travail comme une chose mauvaise, &#224; &#233;viter. D'autres vivraient du mythe d'Abraham et se feraient l'&#233;gal de Dieu en travaillant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frederick Herzberg, &#171; Une fois de plus, comment motivez-vous vos employ&#233;s ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fin du travail productif&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;volution des techniques semble &#233;liminer l'homme dans tous les domaines. Le pire n'est peut-&#234;tre pas le ch&#244;mage, mais le m&#233;susage : ainsi ces salari&#233;s qui ont le sentiment de n'&#234;tre jamais &#233;cout&#233;s, ces jeunes surdipl&#244;m&#233;s auxquels on ne r&#233;serve que des boulots d&#233;qualifi&#233;s, ces personnes qui voudraient travailler &#224; quelque chose de socialement utile et qui ont la sensation de g&#226;cher leur vie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dieu-travail est devenu une sorte de dieu saturnien d&#233;vorant ses enfants : apr&#232;s la fin des paysans, on ne cesse d'annoncer celles des ouvriers, des enseignants, des caissi&#232;res, des cadres moyens, etc. Pourquoi maintenir des bataillons de salari&#233;s, puisqu'on peut trouver ailleurs une main d'&#339;uvre aussi comp&#233;tente, mais moins r&#233;mun&#233;r&#233;e et vindicative, puisqu'on sait aussi produire tout autant de richesses avec beaucoup moins d'emplois, puisque l'investissement financier l'emporte syst&#233;matiquement sur l'investissement productif en terme de volume et de rendement ? La vague des licenciements boursiers n'a donc rien de provisoire. Le travail n'est plus la r&#233;f&#233;rence principale au niveau des processus de production, ce dont t&#233;moignent de multiples faits comme l'augmentation de l'automatisation de la production, la domination croissante du travail abstrait sur ses formes concr&#232;tes, la d&#233;qualification &#224; l'&#339;uvre dans la majorit&#233; des m&#233;tiers qui conduit l'OCDE &#224; envisager un processus de d&#233;scolarisation massif, le report syst&#233;matique &#224; la p&#233;riph&#233;rie (sous-traitance dans des PME ou d&#233;localisation dans des pays pauvres) du travail le plus productif, la g&#233;n&#233;ralisation de nouveaux syst&#232;mes comptables qui ne sont plus centr&#233;s sur la notion de valeur ajout&#233;e, la d&#233;saffection pour les &#233;tudes de contr&#244;le de gestion au profit du marketing et de la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail, qui a perdu sa centralit&#233; dans le processus de production, le perdra aussi dans la vie individuelle et collective. L'augmentation du ch&#244;mage, qui touche d&#233;j&#224; 6,5 % de la population active mondiale (davantage dans les pays du Sud) est bien s&#251;r l'aspect le plus connu de cette crise du travail productif. D'autant plus que la situation des jeunes est pire encore. Bien que mieux &#171; form&#233;s &#187;, la moiti&#233; des sans-emploi ont moins de 24 ans. Entre 1975 et 1995, le ch&#244;mage n'a cess&#233; d'augmenter en France, tandis que le PIB progressait de 70 % durant la m&#234;me p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus que le ch&#244;mage (qui peut &#234;tre provisoire) c'est la pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui d&#233;sinstitue le monde du travail. Cette rupture du lien entre travail et production (ou entre travail et consommation) est de plus en plus v&#233;cue subjectivement : on ignore o&#249; et comment sont fabriqu&#233;s les biens que l'on consomme et l'argent de cette consommation ne provient que partiellement du travail en raison notamment de la redistribution sociale. Le travail est de moins en moins une valeur essentielle de la vie quotidienne et n'est plus l'ingr&#233;dient principal du lien social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Robin, &#171; Repenser les activit&#233;s humaines &#224; l'&#233;chelle de la vie &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette rupture est th&#233;oris&#233;e par les tenants et les adversaires du syst&#232;me. Daniel Cohen annonce, en 1997, au titre de la Fondation Saint- Simon, la troisi&#232;me r&#233;volution industrielle tueuse d'emplois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Cohen, La Troisi&#232;me R&#233;volution industrielle, note de la Fondation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne restera bient&#244;t que des &#171; jobs &#187; de service aux personnes c'est-&#224;-dire, le plus souvent, le retour de la domesticit&#233;. Jacques Robin explique que le capitalisme, en changeant de nature, aurait moins besoin de travail pour assurer sa valorisation. L'activit&#233; humaine ne pourrait donc se d&#233;velopper &#224; terme qu'en dehors de la sph&#232;re de la valorisation capitaliste, en dehors du travail-emploi. Nous serions tous des ch&#244;meurs en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, d&#232;s lors, ne pas officialiser la rupture de ce lien en g&#233;n&#233;ralisant, par exemple, un revenu universel inconditionnel ? Pourquoi ne pas inventer un nouveau projet pour une civilisation des loisirs adapt&#233;e aux mutations technologiques et &#233;conomiques ? Pourquoi continuer &#224; culpabiliser les ch&#244;meurs et &#224; faire la chasse aux soi- disant faux demandeurs d'emplois pour leur imposer des activit&#233;s ? Pourquoi ne pas passer tout de suite aux 32 heures en quatre jours ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse n'est pas de nature &#233;conomique, mais politique. Les gouvernements de droite comme de gauche font feu de tout bois pour &#233;viter que ne se r&#233;alise la dangereuse pr&#233;vision de Hannah Arendt : la &#171; soci&#233;t&#233; de travailleurs sans travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, Paris, Pocket, 2002.&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail est dans notre soci&#233;t&#233; d'hyperconsommation de moins en moins consid&#233;r&#233; comme une force productive, mais comme une fonction permettant d'acc&#233;der &#224; une reconnaissance sociale, &#224; un statut (y compris pour le versement d'aides sociales). L'hypercapitalisme pr&#233;f&#232;re d&#233;velopper des &#171; faux emplois &#187;, plut&#244;t que de tirer les le&#231;ons de ce d&#233;couplage du travail et de la production afin de maintenir dans la suj&#233;tion (certains diraient faussement dans la &#171; citoyennet&#233; &#187;) des millions de travailleurs devenus inutiles. Voil&#224; pourquoi il faut faire travailler &#224; tout prix les ch&#244;meurs ou les occuper dans des stages, voil&#224; pourquoi la bonne soci&#233;t&#233; se repa&#238;t de la figure du &#171; bon pauvre &#187; comme le SDF-vendeur de journaux. La Grande-Bretagne de Tony Blair a paradoxalement recrut&#233; 900000 ch&#244;meurs dans la fonction publique et les associations caritatives ; en Su&#232;de, o&#249; le taux de ch&#244;mage officiel n'est que de 5 %, on compterait, selon les syndicats, 20 % de ch&#244;meurs v&#233;ritables en tenant compte des stages de r&#233;insertion, des arr&#234;ts maladies, des pr&#233;retraites, des rentes d'invalidit&#233;s, etc. Occuper &#171; utilement &#187; les gens revient souvent &#224; les occuper servilement, afin notamment de les maintenir sous pression pour faire taire les revendications et pour &#233;teindre l'esprit de r&#233;volte. M&#234;me &#224; contre-emploi, l'id&#233;ologie du travail sert &#224; entretenir la soumission &#224; l'autorit&#233;, le sens de la hi&#233;rarchie et de la discipline, bref, &#224; maintenir la l&#233;gitimit&#233; d'un ordre social injuste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christophe Dejours, Souffrance en France, la banalisation de l'injustice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur le contrat de travail &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e est central. Le contrat de travail est la forme qu'a prise historiquement la subordination du salari&#233;, la mise en &#233;quivalence (donc en concurrence) des personnels, c'est en somme le triomphe de l'h&#233;t&#233;ronomie. Il faut cependant d&#233;fendre le CDI face &#224; la pr&#233;carit&#233;, car le capitalisme qui utilise le travail pour augmenter le capital le fait dans des conditions nouvelles de domination-exploitation. Le CDI reste plus b&#233;n&#233;fique au salari&#233; que le CDD ou l'int&#233;rim : non seulement il permet un partage plus avantageux de la valeur ajout&#233;e mais aussi un taux de syndicalisation plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La disparition d'un monde&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mode de production n'est plus l'instance &#233;conomique principale, comme le prouve chaque jour la grande distribution en imposant ses diktats aux fabricants et aux producteurs... Qui pouvait penser que le commer&#231;ant deviendrait plus puissant que l'industriel, que Leclerc l'emporterait sur Renault ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'univers de la production, un monde entier a disparu : tout un univers tiss&#233; de comportements et d'imaginaires anciens. La France perd chaque ann&#233;e 20000 exploitations agricoles, alors que nos tables vomissent leur &lt;i&gt;junkfood&lt;/i&gt; et leurs vins de c&#233;page. Serait-il possible de choisir de n'y voir qu'une pure co&#239;ncidence ? Que sera notre alimentation lorsqu'il ne restera plus que 200000 agri-managers, selon les pr&#233;visions de certains experts officiels ? Faut-il rappeler que dans toutes les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, 80 % minimum des humains &#233;taient des travailleurs de la terre ? L'industrialisation de l'agriculture a provoqu&#233; la baisse des prix agricoles et l'exode rural. Mais quel secteur pourrait aujourd'hui servir de d&#233;versoir pour des millions de travailleurs au ch&#244;mage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres secteurs ne valent en effet gu&#232;re mieux : apr&#232;s avoir tu&#233; le ma&#238;tre dans la t&#234;te des enfants et des parents, le capital pourra librement organiser une &#233;cole sans profs et sans culture... La scolarisation de masse s'y fera par t&#233;l&#233;-enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discr&#233;dit a port&#233; d'abord sur le monde paysan auquel des g&#233;n&#233;rations ont appris &#224; accoler des images d&#233;pr&#233;ci&#233;es. Ne fallait-il pas &#234;tre rustre pour supporter ce labeur abrutissant ? Peu importe que cette vision soit totalement erron&#233;e et qu'au regard des canons m&#234;mes de notre soci&#233;t&#233; industrielle et rationnelle l'agriculteur soit, au contraire, un parangon de la modernit&#233;, il fallait, pour que cela colle, que &#171; la fin des paysans &#187; soit scell&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;in Esprit.&#034; id=&#034;nh5-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce discr&#233;dit a port&#233; ensuite sur le monde ouvrier : a-t-on assez r&#233;fl&#233;chi &#224; ce que signifie le passage de la figure du prol&#233;taire, dont on attendait la R&#233;volution et le Bonheur sur Terre &#224; celle du &#171; bauf &#187; de Cabu, v&#233;ritable incarnation d'une sous-humanit&#233; ? Qui ne s'est pas moqu&#233; de &#171; l'amour du travail bien fait &#187;, facilement d&#233;nonc&#233; comme le summum de l'ali&#233;nation ? Qui ne s'est pas gauss&#233; de ce lien charnel des mineurs avec leur puits et ses catastrophes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On esp&#233;rait tout des milieux populaires... On se moque d&#233;sormais ouvertement de leur culture politique, mais aussi intime. Le socio- logue Fran&#231;ois de Singly a raison : &#171; Tout se passe comme si la ren&#233;gociation des rapports entre les sexes s'&#233;tait op&#233;r&#233;e sur le dos des milieux populaires. La valeur physique des ouvriers &#8211; leur seule richesse &#8211; tout comme la valeur m&#233;nag&#232;re des femmes au foyer du peuple ont servi de repoussoirs conjoints aux hommes et aux femmes des milieux de cadres modernistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois de Singly, &#171; Les habits neufs de la domination masculine &#187; in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont la gauche se positionne face aux banlieues est exemplaire. Il y a vingt ans, le parti socialiste fondait SOS racisme. Aujourd'hui les cit&#233;s ne souffriraient plus d'abord d'exploitation et de la mise &#224; l'&#233;cart de la R&#233;publique mais... de machisme. La gauche soutient donc le mouvement Ni putes ni soumises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre modernit&#233; a mis &#224; mort le couple prol&#233;taire/populaire. Cette d&#233;valorisation porte naturellement sur les m&#233;tiers manuels. Il faudrait &#234;tre un cancre pour &#233;chapper au corset du bac g&#233;n&#233;ral. Ni les salaires ni l'int&#233;r&#234;t du travail ne sont n&#233;cessairement en cause, mais l'image qui colle &#224; la peau de ceux qui produisent, de ceux qui se coltinent avec les r&#233;sistances multiples de la mati&#232;re. Mieux vaudrait &#234;tre &#233;quipier dans un fastfood que cuisinier... On manque de vrais professionnels, mais McDo peut faire son march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discr&#233;dit atteint aujourd'hui le secteur tertiaire. Qui aspire encore au bonheur laborieux des cols blancs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la figure du fonctionnaire, il ne resterait, nous clame-t-on, que des marginaux pour se complaire dans cette bassesse. Seul l'enseignant a sans doute plus mauvaise presse que le postier. On le jalouse pour ses &#233;ternelles vacances et ses cong&#233;s-maladie, on le soup&#231;onne de ne pas en faire lourd et de le faire mal... Il faut dire que dans cette &#233;poque de m&#233;pris g&#233;n&#233;ralis&#233; de la culture, la fonction de transmettre des connaissances d&#233;note sacr&#233;ment... On manque aussi de m&#233;decins, de sages-femmes et d'infirmi&#232;res. Peut-&#234;tre faudrait-il regarder du c&#244;t&#233; du marketing pour trouver des gens radieux totalement en phase avec notre belle modernit&#233; ? Qui oserait imaginer un monde peupl&#233; de VRP et de technico-commerciaux ? Leurs valeurs ne sont-elles pourtant pas d&#233;j&#224; au pouvoir ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lyon, Golias, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christian Baudelot et Michel Goliac (sous la direction de), &lt;i&gt;Travailler pour &#234;tre heureux ?&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Castel, &#171; La fin du travail, un mythe d&#233;mobilisateur &#187;, in &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, septembre 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;1 Daniel Cohen, &lt;i&gt;Trois le&#231;ons sur la soci&#233;t&#233; postindustrielle&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gabriel Tarde (1843-1904), ancien magistrat, professeur au Coll&#232;ge de France, fondateur de l'&#233;conomie psychologique contre le courant de l'&#233;conomie politique, principal adversaire d'&#201;mile Durkheim.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ric Langeard, Pierre Eiglier, &lt;i&gt;Le Marketing des services&lt;/i&gt;, Paris, &#201;discience-international, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Zin, &#171; Les &#233;volutions de la production &#187;, in blog de l'auteur &lt;a href=&#034;http://perso.orange.fr/marxiens/politic/composit.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://perso.orange.fr/marxiens/politic/composit.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Yann Moulier-Boutang, &lt;i&gt;De l'esclavage au salariat&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dominique M&#233;da, &lt;i&gt;Le Travail, une valeur en voie de disparition ?&lt;/i&gt;, Paris, Aubier, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Fourasti&#233;, &lt;i&gt;Le Grand Espoir du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Ari&#232;s, &lt;i&gt;Disneyland, le royaume d&#233;senchant&#233;&lt;/i&gt;, Lyon, Golias, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Herbert Marcuse, &lt;i&gt;&#201;ros et civilisation&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Friedman, &lt;i&gt;Le Travail en miettes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1956.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Frederic Taylor, cit&#233; par Michel Pouget, in &lt;i&gt;Taylor et le taylorisme&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Frederick Herzberg, &#171; Une fois de plus, comment motivez-vous vos employ&#233;s ? &#187;, in &lt;i&gt;Revue des affaires&lt;/i&gt;, Harvard, octobre 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Robin, &#171; Repenser les activit&#233;s humaines &#224; l'&#233;chelle de la vie &#187;, in &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, mars 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Cohen, &lt;i&gt;La Troisi&#232;me R&#233;volution industrielle&lt;/i&gt;, note de la Fondation Saint- Simon, janvier 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hannah Arendt, &lt;i&gt;Condition de l'homme moderne&lt;/i&gt;, Paris, Pocket, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christophe Dejours, &lt;i&gt;Souffrance en France, la banalisation de l'injustice sociale&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;in &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois de Singly, &#171; Les habits neufs de la domination masculine &#187; in &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, novembre 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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