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La ville questionnée

lundi 29 mars 2010, par Entropia

Comment parler de la ville et de son évolution sans inviter Jean-
Jacques Rousseau ? C’est en tout cas la conviction de Marcel Hénaff.
« Pour Rousseau il est clair qu’elle [la nature] n’a pas fait l’homme
pour s’entasser en grand nombre sur des espaces réduits. Cette concentration
loin de favoriser le lien social le détruit. » La relation entre la
société politique et le territoire impose que celui-ci soit soigné comme
un jardin pour que le corps moral de la nation soit harmonieux. Mais,
« Comment vivre ensemble tout en maintenant une nécessaire distance
 ? » La question est plus que jamais actuelle, maintenant que plus
de la moitié de l’humanité est devenue urbaine.

Rendant compte de l’étude de Mathieu Hilgers sur la ville de
Koudougou, au Burkina Faso, Michael Singleton est convaincu qu’il est
à la fois « possible et plausible d’aborder en anthropologue des objets
d’une taille certaine », mais « qui change d’échelle, change d’essence ».
En l’occurrence, ici, c’est un parcours qui va de la bande nomade pour
arriver à la ville moderne en passant le village paysan, qui permet une
glose anthropologique et philosophique, où, « même décroissante, la
(socio)logique humaine semble désormais destiner la plupart des
hommes à une existence citadine. »

Thierry Paquot nous rappelle que « l’être humain est toujours en
mouvement » dans l’espace comme dans le temps. Il habite les territoires
du temps. Mais il est vrai que de mieux en mieux conscient de la
préoccupation environnementale, « le citadin se doit d’imaginer une
dé- mobilité progressive selon son emploi et selon ses contraintes ».
Une décroissance du mésusage de l’espace et de ses ressources ne peut
qu’inviter à un usage partagé et convivial du temps. Il s’agit bien de
changer en même temps notre regard et nos modes de vie : « Mieux et
non plus
, voilà ce qui est écrit au fronton des territoires du temps.
Entrez, vous êtes chez vous. »

« Chaque réflexion sur la décroissance doit [ainsi] partir de la critique
des besoins humains opposée au « biopouvoir » d’un capitalisme
nihiliste. » Tel est, pour Tiziana Villani, le fil conducteur de cette pensée
dérangeante. On ne peut se dégager de la fatalité des catastrophes
qu’à travers « une révolution culturelle qui déplace l’attention de
l’anthropocentrisme funeste vers une écologie sociale qui prend en
considération le bonheur du vivant ». Partout, des groupes entrent en
résistance contre les multiples atteintes à l’autonomie, contre les gaspillages
énergétiques et alimentaires. Mais il faut aussi s’attendre à ce
que se développent les terrains conflictuels.

En partie à cause de nos modèles urbains, notre empreinte écologique
n’est pas soutenable. Aurélien Boutaud apporte de nombreuses
précisions sur cet indicateur qui explose dans le cas de l’étalement
urbain. Plaidant en faveur d’un retour du politique afin de réduire
l’empreinte écologique de nos villes, l’auteur rappelle que « la somme
des intérêts individuels, bien loin d’avoir mené à l’intérêt général, a
finalement créé une situation largement insoutenable sur le plan collectif
 ». Mais si l’aménagement du territoire est bien la traduction spatiale
du modèle productiviste, c’est bien ce modèle politique et
économique qu’il faut abandonner.

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